CORRIG ´E DU DM1 D’ALG `EBRE 4 (Licence 3 - Math´ematiques, ann´ee 2013-14)
Exercice 1 : Soit A l’ensemble des nombres complexes de la forme z =u+iv√
2, avec u, v∈Z. Pour z ∈C, on pose N(z) :=|z|2.
1) CommeA contientZ, on a {0,1} ⊂A. La stabilit´e de A par +,− et × vient alors du fait que Z est un sous-anneau de C et que (i√
2)2 = −2 ∈ A. On en d´eduit que A est un sous-anneau de C. En particulier, A est int`egre comme sous-anneau d’un corps.
2)a) Soient z = u+iv avec u, v ∈ Z et n ∈ N. On a alors N(z) = u2 +v2 ∈ N. Si u2 + 2v2 = n, alors |u| ≤ √
n et |v| ≤ √n
2, ce qui donne pour ensembles de solutions de l’´equationN(z) =nles parties {±1},{±i√
2}et {±2}lorsque n= 1,2 et 4 respectivement.
b)Soienta, b ∈Aavecb̸= 0. Cherchonsq ∈Atel queN(ab−q) =|ab−q|2 <1. On ´ecrit le nombre complexe ab sous la formeu+iv√
2 avecu, v ∈R. Il exister, s∈Ztels que|u−r| ≤ 12 et|v−s| ≤ 12. Posonsq :=r+is√
2∈A. On a|ab−q|2 = (u−r)2+2(v−s)2 ≤ 14+214 = 34 <1.
On pose alorsr :=a−bq∈A. On aN(r) =N(b)N(rb) =N(b)N(ab−q)< N(b) eta =bq+r.
Ceci montre A est un anneau euclidien pour l’application N :A\ {0} −→N.
c) Soit z ∈A. On a N(z) = 1 si et seulement si 1z = ¯z. Comme l’anneau A est stable par la conjugaison complexe, on a ¯z ∈ A. On en conclut que N(z) = 1 si et seulement si z est inversible dans A. On a doncA× ={±1}par le 2)a).
3) Soit R un anneau factoriel tel queR× ={±1}. Soient a, b, c des ´el´ements de Ravec b et c premiers entre eux et tels que a3 =bc. Supposons b non inversible et non nul dans R.
Soit d un facteur irr´eductible de b dans R. Comme b∧c= 1, on sait que d ne divise pas c.
La multiplicit´emded comme facteur irr´eductible debdans l’anneau factorielR est donc la mˆeme que celle de d comme facteur irr´eductible dea3 car bc =a3. On en d´eduit que m est dans 3N. Cel`a montre quebs’´ecrit sous la formeupα11. . . pαnn o`unest un entier ≥1,u ∈A×, p1, . . . , pn sont des ´el´ements irr´eductibles de R deux `a deux non associ´es et α1, . . . , αn sont des multiples de 3 dans N. Comme A× = {±1} et (−1)3 = −1, on voit que b est un cube dans R. Pour b∈ {0,1,−1}, c’est trivial. On montre de mˆeme que c est un cube dans R.
On suppose dans la suite que x et y sont des ´el´ements de Z tels que y3 =x2+ 2.
4)a) Supposons x pair : il existe donc un entier x′ ∈ Z tel que x = 2x′. On a alors y3 = 2(2x′2 + 1), ce qui montre que y est pair et s’´ecrit y = 2y′ avec y′ ∈ Z. On a ensuite 4y′2 = 2x′2+ 1 et 1 serait pair, ce qui est absurde. On en d´eduit que x est impair.
b) Soit z ∈ A un diviseur commun `a x+i√
2 et x−i√
2. Par somme et diff´erence, z divise alors 2xet 2i√
2 dansA. L’application N :A −→N est multiplicative, doncN(z)|4x2 et N(z)|8 dans N. Comme x est impair par le 4)a), on a (4x2)∧8 = 4 et N(z)|4.
c) Puisquez divise x+i√
2 dansA, on aN(z)|N(x+i√
2) =x2+ 2 dansN. On en d´eduit que N(z) est impair par le 4)a). On en conclut que N(z) = 1, donc que z est inversible dans A. Par cons´equent, les ´el´ements x+i√
2 et x−i√
2 sont premiers entre eux dans A.
5)a) L’anneau A est euclidien, donc factoriel. On a y3 = (x+i√
2)(x−i√
2) dans A et A× = {±1}. Par les questions 4)c) et 3), on sait donc que x+i√
2 est un cube dans A. Il existe donc u, v ∈Ztels que x+i√
2 = (u+iv√ 2)3.
b) Par la formule du binˆome, on trouve alors 1 =v(3u2−2v2) etx=u3−6uv2 dans Z, en comparant les parties r´eelles et imaginaires des deux cˆot´es. Comme v divise 1 dans Z, on doit avoir v= 1 ou −1.
c) Si v = 1, alors on a 1 = 3u2−2 et donc u = 1 ou −1 ; on obtient alorsx = −5 ou 5.
Siv =−1, alors−1 = 3u2−2 et donc u2 = 13, ce qui est impossible pour u∈Z. Six=±5, alors on doit avoir y3 =x2+ 2 = 27, d’o`u y= 3. On en conclut que les solutions (x, y)∈Z2 de l’´equation (E) : y3 =x2+ 2 sont (5,3) et (−5,3).
2
Exercice 2 : Soit H l’ensemble des (x, y) ∈ R2 tels que x2 − y2 = 1. On note F l’anneau des applications de H vers R avec l’addition et la multiplication d´efinies par (u+v)(x, y) := u(x, y) +v(x, y) et (uv)(x, y) := u(x, y)v(x, y) pour u, v ∈ F et (x, y)∈ H. A tout P ∈R[X, Y], on associe la fonction ˜P : H −→R qui envoie (x, y) appartenant `a H sur P(x, y). On note A l’ensemble des applications ˜P pour P ∈R[X, Y].
1) Il est imm´ediat que A contient les applications constantes (donc 0F et 1F) et que A est stable par +,−,×. C’est donc un sous-anneau de F. L’application f de R[X, Y] vers A qui envoie P sur ˜P est surjective par d´efinition de A. On a f(1) = 1A = 1F, f(P +Q) = P^+Q = ˜P + ˜Q = f(P) +f(Q) et f(P Q) = P Qg = ˜PQ˜ = f(P)f(Q), ce qui montre quef est un morphisme d’anneaux.
2)a) Soient U, V ∈R[X] tels que (X2−1)U2 = V2. Si U ̸= 0, alors il existe a ∈]−1,1[
tel que U(a) ̸= 0, d’o`u (a2 −1)U(a)2 < 0 et V(a)2 ≥ 0, ce qui est impossible. On a donc U = 0, puis V2 = 0, ce qui donne V = 0 carR[X] est int`egre.
b) Soit P ∈R[X, Y]. Dans l’anneau R[X, Y] = (R[X])[Y], le polynˆome −Y2 + (X2−1) admet comme coefficient dominant en Y l’´el´ement inversible −1 de R[X]. On peut donc effectuer la division euclidienne deP par −Y2+ (X2−1) dans (R[X])[Y], ce qui donne des polynˆomes Q∈R[X, Y] et U, V ∈R[X] tels que P = (X2−Y2−1)Q+U Y +V.
c) Par d´efinition de H, on sait que le polynˆomeX2−Y2−1 appartient `a l’id´eal Ker(f) de R[X, Y] et < X2−Y2−1> est donc contenu dans le noyau de f. SoitP ∈Ker(f). On
´ecritP sous la formeP = (X2−Y2−1)Q+U Y +V avec Q∈R[X, Y] et U, V ∈R[X]. Pour tout (x, y) ∈ H, on a alors 0 = P(x, y) = U(x)y+V(x) et donc U(x)2(x2 −1) = V(x)2. Cette relation doit ˆetre v´erifi´ee pour tout r´eel x ≥ 1 (car le point (x,√
x2−1) appartient alors `a H). On en conclut que le polynˆomeU2(X2−1)−V2 est nul, puisqu’il a une infinit´e de racines r´eelles. Le 2)a) montre alors que U = V = 0 et P ∈< X2−Y2−1 >. On en conclut que le noyau def est< X2−Y2−1>. Le th´eor`eme de factorisation des morphismes d’anneaux prouve alors queA est isomophe `a R[X, Y]/ < X2−Y2−1> carf est surjectif.
3) Soit g : R[X, Y] −→ R[X, Y] l’application telle que g(P) := P(X − Y, X + Y).
Comme g(1) = 1, g(P +Q) = g(P) +g(Q) et g(P Q) = g(P)g(Q) pour P, Q quelconques dans R[X, Y], on sait que g est un morphisme d’anneaux. Il est bijectif car l’application h: R[X, Y]−→R[X, Y] telle queh(P) =P(X+Y2 ,Y−2X) v´erifieg◦h=h◦g=idR[X,Y] eth est ´egal `a g−1. Le morphisme g envoie donc l’id´eal engendr´e parXY −1 sur celui engendr´e par g(XY −1) = (X −Y)(X +Y)−1 = X2−Y2 −1. Soit π la surjection canonique de R[X, Y] vers le quotient R[X, Y]/ < X2 −Y2 −1 >. Le noyau du morphisme d’anneaux π◦g est alors < XY −1>et, par factorisation de π◦g, on en d´eduit un isomorphisme de B:=R[X, Y]/ < XY −1> vers R[X, Y]/ < X2−Y2−1> ≃ A.
4)a) Soit C l’ensemble des fractions rationnelles dans R(X) de la forme XUn, avec U ∈ R[X] et n ∈ N. On v´erifie facilement que C est stable par +,− et ×; de plus, tout V ∈ R[X] appartient `a C puisque V = XV0. On en conclut que C est un sous-anneau de R(X) contenant R[X].
b) Soit J un id´eal de C et I := J ∩R[X]. Comme J et R[X] sont des sous-groupes de (C,+), on sait que leur intersection I est un sous-groupe de (R[X],+). De plus, J et R[X] sont stables par multiplication par un ´el´ement deR[X], donc I l’est aussi. En r´esum´e, I est un id´eal de R[X]. Comme X1n ∈ C pour tout n ∈ N et J est un id´eal de C, on a {XUn, U ∈ I et n ∈ N} ⊂ J. Un ´el´ement F de J s’´ecrit sous la forme XUn pour un U ∈ R[X] et un n ∈ N. On a donc U = F Xn ∈ J ∩ R[X] = I, ce qui prouve que J = {XUn, U ∈ I et n ∈ N}. Or, l’anneau R[X] est principal et, si U est un g´en´erateur de l’id´ealI, alors on aJ ={UXVn, V ∈R[X]et n∈N}, donc J est engendr´e par U dansC.
L’anneau C est donc principal.
3
c) On peut faire la division euclidienne de P ∈ R[X, Y] par XY −1 dans C[Y] et, en multipliant par une puissance de X assez grande, on voit qu’il existe n ∈ N, Q ∈ R[X, Y] et R ∈ R[X] tels que XnP = (XY −1)Q+R. Supposons que P(X,X1) = 0 dans C. On a alors 0 = 0×Q(X, X1 ) +R, donc R = 0 et XnP = (XY −1)Q. Dans l’anneau factoriel R[X, Y], les polynˆomes Xn et XY −1 sont premiers entre eux et le lemme de Gauss donne (XY −1)|P. Par cons´equent, le noyau du morphisme surjectif d’anneaux deR[X, Y] versC qui envoie P sur P(X, X1) est l’id´eal < XY −1 >. Le th´eor`eme de factorisation donne alors un isomorphisme d’anneaux deB vers C. On d´eduit ensuite du 3) que l’anneau A est
´egalement isomorphe `aC et A est donc un anneau principal par le 4)b). Il est int`egre car C est un sous-anneau du corps R(X). Ce n’est pas un corps commutatif, puisque C n’est pas un corps : X+ 1 n’admet par exemple pas d’inverse dans C car X+11 ̸∈C.