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Th´eor`eme de Molien.

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Texte intégral

(1)

Th´eor`eme de Molien.

Ann´ee 2014-2015

Arnaud STOCKER ENS Rennes Universit´e de Rennes 1

Table des mati`eres

1 Th´eor`eme de Molien 2

2 Application en th´eorie des invariants 3

2.1 Introduction . . . 3 2.2 S´eries de Molien [Muk03] . . . 4 2.3 Quelques exemples simples [Muk03], [CLO04] . . . 5

R´ef´erences 6

(2)

1 Th´eor`eme de Molien

Th´eor`eme 1

Soitu∈GLn(C). PourP∈ A=C[X1, ...,Xn]on poseσ(u)(P) =P(u1(X1, ...,Xn)t). Alors :

1. L’applicationσ :GLn(C)→ Aut(A)est bien d´efinie et est un morphisme de groupes.∀k∈ N, ce morphisme induit, par restriction, un morphismeσk : GLn(C) → Aut(Ak)o `u Ak d´esigne l’ensemble des polyn ˆomes homog`enes de degr´e k.

2. Si G est un sous-groupe fini deGLn(C), G agit aussi surAket on a : 1

|G|

gG

1

det(In−gX) =

k=0

dim(AkG)Xk,

o `uAGk = {P∈ Ak | ∀g∈ Gσk(g)(P) =P}.

D´emonstration : 1. Soientu,vGLn(C)etPA=C[X1, ...,Xn], alors :

σ(uv)(P) =P(v−1u−1(X1, ...,Xn)t) =σ(u)(P(v−1(X1, ...,Xn)t)) =σ(u)◦σ(v)(P). Commeσ(id) = id, on en d´eduit queuGLn(C), σ(u)est inversible, d’inverseσ(u−1). Lesσ(u)

´etant lin´eaires,σ:GLn(C)→Aut(A)est bien d´efinie et est un morphisme de groupes.

Notonsu−1= (u−1i,j )16i,j6n. Alors, en ´ecrivant σ(u)(P) =P(

n i=1

u1,i−1Xi, ...,

n i=1

u−1n,iXi),

on remarque que le degr´e de P est invariant sous l’action de GLn(C). En particulier,kNet

uGLn(C), on aσ(u)(Ak)⊂ Ak. On obtient donc un morphisme σk :GLn(C)−→ Aut(Ak)

u7−→σ(u)|A

k

2. Consid´erons d´esormaisGun sous-groupe fini deGLn(C), agissant surAkvia le morphismeσk|G(que je noteraiσkaussi, par commodit´e).

D’apr`es le th´eor`eme de Lagrange, le polyn ˆomeX|G|1, qui est scind´e `a racines simples surC, est un polyn ˆome annulateur deg,gG. Par cons´equent, les ´el´ements deGsont diagonalisables.

Soit gG. Il existe donc une matriceuGLn(C) et des complexes λ1, ...,λn tels queugu−1 = diag(λ1, ...,λn).

Par suite,

1

det(IngX) =

n i=1

1 1λiX =

n i=1

l=0

λliXl

!

=

k=0

vkXk, o `uvk=

k1+...+kn=k

λk11...λknn.

D’autre part, Tr(σk(g−1)) =Tr(σk(ug−1u−1))carσk(g−1)etσk(ug−1u−1)sont conjugu´es dans Aut(Ak). Or,σk(ug−1u−1)(X1k1...Xknn) =λk11...λknnXk11...Xnknet{X1k1...Xknn|k1+...+kn =k}est une base deAk. Il s’ensuit que,

Tr(σk(g−1)) =

k1+...+kn=k

λ1k1...λknn =vk, et donc,

1

det(IngX) =

k=0

Tr(σk(g−1))Xk.

La conclusion est alors une cons´equence du lemme suivant, qui sera d´emontr´e `a la fin : Lemme 2

(3)

En effet, on a alors : 1

|G|

g∈G

1

det(IngX) = 1

|G|

g∈G

k=0

Tr(σk(g−1))Xk

=

k=0

1

|G|

g∈G

Tr(σk(g−1))

! Xk

=

k=0

dim(AGk)Xk.

D´emonstration du lemme : Posons f = |G|1

g∈G

σk(g), dont la trace est exactement |G|1

g∈GTr(σk(g)). On va montrer que f est une pro- jecteur surAGk ce qui suffira pour conclure.

– SoitPAGk. Alors,gG,σk(g)(P) =Pet donc f(P) =P. Cela montre queAGkIm(f), – SoitPIm(f). Alors,P= f(Q)pour un certainQdansAk. Par suite,hG,

σk(h)(P) = 1

|G|

g∈G

σk(hg)(Q) = f(Q) =P.

En cons´equence, Im(f) =AGk et f2= f.

2 Application en th´eorie des invariants

C’EST INFORMEL, CE SOT JUSTE DES NOTES SUR CE QUE JE PENSE AVOIR COMPRIS DES REFERENCE FOURNIT PAR IVORRA

2.1 Introduction

Le th´eor`eme de Molien ne permet pas seulement de calculer les dimensions des sous-espaces d’in- variants, il apporte aussi des renseignements plus profonds sur la structure de l’alg`ebre d’invariants C[X1, . . . ,Xn]G.

Deux exemples :

1. Consid´erons l’action du groupe sym´etrique Sn. Le th´eor`eme de structure des polyn ˆomes sym´etriques affirme queC[X1, . . . ,Xn]Sn = C[σ1, . . . ,σn]o `u lesσi,i = 1 . . .n, d´esignent les polyn ˆomes sym´etriques

´el´ementaires.

2. Si l’on s’int´eresse maintenant `a l’action du groupe altern´eAn, on peut montrer que tout polyn ˆome inva- riant par cette action s’´ecrit sous la formeA+∆BavecA,Bdes polyn ˆomes sym´etriques et

=

16i<j6n

(XiXj). Cela peut encore s’exprimer de la fac¸on suivante :

C[X1, . . . ,Xn]An =C[σ1, . . . ,σn]⊕∆C[σ1, . . . ,σn]

De mani`ere g´en´erale, d`es queGest fini, l’alg`ebre admet une d´ecomposition dite d’Hironaka, c’est-`a-dire de la forme

C[X1, . . . ,Xn]G=⊕ti=1ηiC[θ1, . . . ,θn],

avecη1, . . . ,ηr,θ1, . . . ,θndes polyn ˆomes. Lesηi sont appel´es les invariants secondaires et lesθi les inva- riants primaires.

(4)

2.2 S´eries de Molien [Muk03]

D´efinition 3

Un anneauRmuni d’une d´ecomposition en somme directR = ⊕nZRnv´erifiant RnRm ⊂ Rn+m est appel´e un anneau gradu´e. LesRnsont appel´es les composantes homog`enes deR.

En reprenant les notations du th´eor`eme de Molien, l’anneauAdes polyn ˆomes `a plusieurs ind´etermin´ees est naturellement gradu´e :A=⊕dNAd. Il en est de mˆeme de l’alg`ebre des invariants deAsous l’action d’un groupeG. En effet on a :

AG= ⊕dNAG∩Ad.

La s´erie de Molien (ou de Hilbert ou de Poincar´e) d’un groupeGest la s´erie g´en´eratrice des dimen- sions des composantes homog`enes deAG(o `u l’action deGest celle d´efinie dans le th´eor`eme de Molien).

D´efinition 4

La s´erie de Molien d’un groupeG(fini) est la s´erie formelle :

MG(T) =

d>0

(dim(AG∩Ad))Td.

Exemples : Reprenons les deux exemples pr´ec´edents :

1. SiG=Sn, un ´el´ement deAGAd, ie un polyn ˆome sym´etrique homog`ene de degr´ed, est combinaison lin´eaire de mon ˆomesσ1k1. . .σnknde degr´e totaled. On en d´eduit donc que :

MG(T) =

d>0

k1+···+nkn=d

1

!

Td= 1

(1T). . .(1Tn). 2. SiG=An, un raisonnement similaire conduit `a

MG(T) = 1+Tn(n21) (1T). . .(1Tn).

Il est important de noter que, dans ces deux exemples, les puissances deTpr´esentes au d´enominateur co¨ıncident avec les degr´es des polyn ˆomes sym´etriques ´el´ementaires (invariants primaires deGdans les deux cas)1.

Ce fait, qui n’est pas anodin, illustre l’importance des s´eries de Molien dans l’´etude de l’alg`ebre des invariants (”The Molien seriesmeasures its size and shape” [Muk03], page 12.) :

Th´eor`eme 5

Si AG est engendr´e par des polyn ˆomes homog`enes f1, . . . ,fr de degr´es d1, . . . ,dr, alors la s´erie de Molien deGest le d´eveloppement en s´erie formelle d’une fraction rationnelle de la forme

F(T)

(1−Td1). . .(1−Tdn), o `uF(T)∈Z[T].

D´emonstration : Voir [Muk03] page 122.

1. On constate aussi qu’au num´erateur les puissances correspondent aux degr´es des invariants secondaires :{1}ou{1,} selon l’exemple.

2. Je crois qu’une erreur de frappe s’est gliss´ee dans le livre : lors de l’h´er´edit´e je pense qu’il faut lireh 7→ frhet non h7→ frh.

(5)

C’est l`a qu’intervient le th´eor`eme de Molien : en donnant une formule explicite de la s´erie de Mo- lien sous forme d’une fraction rationnelle, il permet de savoir o `u chercher les invariants ( dans quelles composantes homog`enes) !3

2.3 Quelques exemples simples [Muk03], [CLO04]

Exemple 1 : Consid´erons le sous-groupe deGLn(C)le plus simple, `a savoirG={−In,In}. Par le th´eor`eme de Molien, on a :

MG(T) = 1 2

1

(1T)n + 1 (1+T)n

.

Par d´efinition de l’action deG, un polyn ˆomePestG-invariant si et seulement siP(X1, . . . ,Xn) =P(−X1, . . . ,Xn). On en d´eduit imm´ediatement queAGest engendr´e par les polyn ˆomes homog`enes de degr´e pair.

Plac¸ons nous dans le casn = 2, de sorte que AG est engendr´e par X21,X22 et X1X2. Essayons de retrouver cela par la formule de Molien.

La formule ci-dessus, pourn=2, donne

MG(T) = 1+T2

(1T2)2 = 1T4 (1T2)3. Le d´enominateur sugg`ere donc la pr´esence des trois g´en´erateurs de degr´e 2.

A premi`ere vue il y a escroquerie, puisque dans la derni`ere ´egalit´e, on s’est arrang´e pour faire ap- paraˆıtre au d´enominateur les trois facteurs(1−T2)3 que l’on attendait. Cependant, si on raisonne par analogie avec ce que l’on a vu sur l’exemple du groupe altern´e, on peut se dire, `a la vue de l’expression

1+T2

(1T2)2, queAGposs`ede deux invariants primaires de degr´e 2 (d´enominateur) et un invariant secondaire de degr´e 2 (num´erateur).

En fait on a4:

AG=C[X21,X22]⊕X1X2C[X21,X22]. On remarque alors que :

1. AG∩Ad= (C[X21,X22])∩Ad⊕(X1X2C[X12,X22])∩Ad 2. (C[X21,X22])∩Adest trivial sidest impair.

Soit S = C[X,Y] un anneau de polyn ˆome en deux variables que l’on munit d’une nouvelle gradua- tion en posant deg(X) = deg(Y) = 25. On dispose alors d’un isomorphisme d’alg`ebre gradu´ee (ie un morphisme d’alg`ebre qui pr´eserve les degr´es) :

ψ:S−→C[X12,X22] X7−→X21 Y7−→ X22

En particulier,S2dest isomorphe (comme espace vectoriel) `a(C[X21,X22])2d= (C[X21,X22])∩A2dpour tout d. Ce dernier est donc de mˆeme dimension que l’espace des polyn ˆomes homog`enes de degr´eden deux variables (voir la note 5), c’est-`a-dire(d+d1).

Maintenant, la multiplication parX1X2est un isomorphisme de(C[X21,X22])∩Addans(X1X2C[X12,X22])∩

3. Voil`a... deux paragraphes de trucs inutiles pour l’agreg avec, comme ultime conclusion, une application finalement assez vague du th´eor`eme de Molien...

4. cela se d´eduit du fait queAGest engendr´e par les polyn ˆomes homog`enes de degr´e pair

5. On aSdr´eduit `a z´ero pourdimpair etS2dqui est l’ensemble des polyn ˆomes homog`enes de degr´edpour la graduation

”classique”.

(6)

Ad+2, leurs dimensions sont donc ´egales. Au final, on obtient :

MG(T) =

dN

dim((C[X12,X22])∩A2d⊕(X1X2C[X21,X22])∩A2d)T2d

=

dN

dim((C[X21,X22])∩A2d) +dim((X1X2C[X21,X22])∩A2d)T2d

=

dN

d+1 d

T2d+

d>2

dim((C[X12,X22])∩A2d2)T2d

= 1

(1−T2)2 +T2

dN

d+1 d

T2d

= 1+T2 (1−T2)2

Je pense que cet argument s’adapte pour montrer le r´esultat suivant.

Th´eor`eme 6 ([Vac])

Si la d´ecomposition d’Hironaka deC[X1, . . . ,Xn]Gest :

C[X1, . . . ,Xn]G =⊕it=1ηiC[θ1, . . . ,θn], avec lesθide degr´edi et lesηjde degr´eejalors,

MG(T) = jT

ej

i(1−Tdj).

R´ef´erences

[CLO04] D. A. COX, J. LITTLEet D. O’SHEA–Using algebraic geometry, Springer, 2004.

[Muk03] S. MUKAI–An introduction to invariants and moduli, Cambridge University, 2003.

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