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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Heine, S. (2008). Les résistances à l'intégration européenne en France et en Allemagne: une analyse des idéologies sous-tendant les critiques de gauche contre le Traité constitutionnel européen (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques – Sciences politiques, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/210553/4/f564bddb-a121-4866-9d81-be9720d89880.txt

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET ECONOMIQUES DEPARTEMENT DE SCIENCE POLITIQUE

Les résistances à l’intégration européenne en France et en Allemagne :

Une analyse des idéologies sous-tendant les critiques de gauche contre le Traité constitutionnel européen

Volume I

Dissertation présentée en vue d’obtenir le titre de docteur en science politique

Par Sophie Heine Sous la direction du Professeur Paul Magnette

Année académique 2007-2008

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET ECONOMIQUES DEPARTEMENT DE SCIENCE POLITIQUE

Les résistances à l’intégration européenne en France et en Allemagne :

Une analyse des idéologies sous-tendant les critiques de gauche contre le Traité constitutionnel européen

Dissertation présentée en vue d’obtenir le titre de docteur en science politique Volume I

Par Sophie Heine Sous la direction du Professeur Paul Magnette

U <, /I

Année académique 2007-2008

Département des Sciences Politiques

14 JAN. 2008

Pascaie Meekers

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Remerciements

A de multiples reprises avant de déposer ce travail, je me suis imaginée écrire et dire ces remerciements, car ce moment est sans doute le plus agréable dans une thèse. Réaliser un doctorat est, en effet, un long et douloureux parcours. Ceux qui me connaissent savent combien cela a été pour moi une épreuve difficile et parsemée de doutes, d’angoisse et solitude. Ils savent qu’à plusieurs reprises, j’ai voulu tout arrêter. Ils m’ont entendu répéter plus d’une fois que les doctorants devraient tous suivre une thérapie pour traverser cette épreuve. Mais à partir du moment où j’ai réussi à circonscrire mon sujet, les doutes m’ont un peu moins tourmentée. Ils étaient toujours là mais comme dormants, mis de côté. Une fois que j’ai commencé à écrire, le fil s’est peu à peu déroulé et l’angoisse a commencé à s’estomper.

Je me rendais compte que ce fil était partiel et ne représentait qu’un infime fragment de ce que j’avais originellement cru pouvoir embrasser dans ce travail, mais je continuais malgré tout le lent déroulement. Une thèse est donc aussi une école de modestie. On part avec de grandes (trop grandes) ambitions, ce qui est terriblement inhibant et angoissant. Puis on réalise qu’on ne pourra pas remplir tous les défis qu’on s’était fixés et qu’il faut bien se résigner à réduire son spectre d’analyse si on veut produire un résultat. C’est frustrant et décevant, mais c’est la seule manière de commencer la finalisation du travail. Par ailleurs, cela nous enseigne l’humilité. On réalise que c’est cela aussi être humain : accepter ses limites. On comprend qu’une thèse, ce n’est pas un achèvement mais seulement un processus, un début, une esquisse. Et c’est cela qui permet d’avancer et, à un moment donné, de boucler ce travail, de l’imprimer, de le relier et finalement de le soumettre à l’évaluation.

Je n’aurais pas pu traverser ce dur exercice sans le soutien d’un grand nombre de personnes que je voudrais ici remercier de tout coeur. Que ceux que j’oublierais de citer ici veuillent bien, dès à présent, me pardonner.

Paul Magnette a été un promoteur tout simplement remarquable du début à la fin de ma thèse.

En tant que professeur déjà, ses enseignements limpides, captivants et brillants, sont parmi ceux qui m’ont le plus doimé le goût de la science politique, tout comme ses ouvrages sur l’Union européenne et la théorie politique, à la fois profonds et pédagogiques. Assesseur de mon mémoire de licence, directeur de mes mémoires de DES et de DEA, il m’a beaucoup aidé dans mes premières réflexions théoriques précédant la recherche proprement dite.

Ensuite, son aide fut décisive dans la rédaction du projet de doctorat que je soumis au FNRS.

Lorsque les premières affres de début de thèse commencèrent à me tourmenter et que je voulus réorienter mon sujet, les nombreuses conversations que j’ai eues avec lui, ses conseils de lecture et de méthode ont constitué pour moi un appui extrêmement précieux. Il m’a aussi soutenue et poussée dans la rédaction de mes premiers articles et de mes premières contributions à des conférences. Je le remercie chaleureusement pour la patience et l’ouverture dont il a fait preuve à mon égard, pour la confiance qu’il m’a toujours octroyée et pour sa grande disponibilité, même lorsque son emploi du temps s’est davantage resserré et que ses responsabilités se sont considérablement accrues.

Je remercie aussi Justine Lacroix. La lecture de ses passionnants écrits de théorie politique fut essentielle dans ma compréhension des problématiques qui allaient animer ma recherche doctorale, en particulier ceux concernant la question du patriotisme constitutionnel et de l’intégration européenne. Elle a ensuite toujours été disponible pour me prodiguer de multiples conseils et encouragements. Je la remercie aussi d’avoir bien voulu relire si attentivement plusieurs passages de cette thèse avant le dépôt. Je remercie également Pascal

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Delwit. Ses cours clairs et structurés, ses séminaires et ses écrits m’ont appris la rigueur indispensable à toute science politique digne de ce nom. Je le remercie aussi d’avoir accepté d’être dans mon jury et d’avoir pris le temps de lire ma thèse malgré son agenda si rempli.

Merci aussi à Jean-Marc Ferry, dont les écrits sur le postnationalisme ont été pour moi l’une des portes d’entrée dans certains des sujets centraux de ma thèse et dont les cours m’ont fait découvrir les arcanes fascinantes de la philosophie politique et de l’épistémologie. Je le remercie de bien avoir voulu me faire l’honneur de faire partie de mon jury de thèse.

Je remercie aussi vivement Serge Audier. Ses publications sur le républicanisme et le socialisme libéral ont été une grande source d’inspiration dans mon travail et je lui suis très reconnaissante d’avoir accepté de prendre part à mon jury et d’avoir pris le temps de lire ma thèse.

Je dois aussi beaucoup à plusieurs autres professeurs de l’ULB. Merci à Matéo Alaluf pour les entretiens qu’il m’a accordés et les excellents conseils qu’il m’a prodigués ; Merci à Jean- Michel Dewaele pour son énergie et sa manière réconfortante de relativiser le doctorat ; Merci à Barbara Delcourt pour les discussions de midi si intéressantes ; Merci à Véronique Dimier pour son enthousiasme et ses enseignements méthodologiques ; Merci à François Forêt pour son humour et ses très bons conseils; Merci à Corinne Gobin pour sa disponibilité et ses écrits sur l’intégration européenne qui m’ont beaucoup éclairée ; Merci à Aude Merlin pour sa grande gentillesse et sa profonde humanité ; Merci à André Rea de m’avoir, comme directeur de mémoire de licence, donné le goût d’approfondir la recherche ; Merci à Eric Remacle pour son soutien et ses paroles réconfortantes ; Merci à Mario Telo pour ses cours éclairants de doctrine politique et ses commentaires très utiles lors de séminaires de recherche. Je voudrais aussi exprimer ma gratitude au personnel administratif de l’Institut d’Etudes Européennes : Mathieu, Renaud, Lydie, Marie, Françoise, Dominique, Ana, Gustave... Outre l’important travail quotidien qu’ils accomplissent, ils égaient cette maison et lui donnent une chaleur assez rare dans les bâtiments académiques.

Le partage d’un bureau avec un collègue sympathique permet d’atténuer la solitude inhérente au travail même de chercheur. Je garderai d’excellents souvenirs des conversations, parfois tranquilles et parfois plus enflammées, que j’ai eues avec Jean-benoît. Lui qui est aujourd’hui professeur m’a donné de nombreux conseils très fructueux et a constitué pour moi un modèle de chercheur. Je voudrais aussi remercier de tout cœur Ninucia Pilât, avec qui j’ai partagé, non seulement des réflexions théoriques, mais aussi tellement de musiques, de sandwichs, de blagues, de commérages, bref, de complicité. Son soutien et son amitié ont largement adouci la finalisation de cette thèse.

L’ambiance de travail dépend beaucoup des collègues que l’on fréquente. Je voudrais remercier tous les autres chercheurs du Cevipol et de l’Institut, que je n’ai malheureusement pas la place de citer ici individuellement. Les repas pris ensemble et les fêtes organisées en dehors de l’université ont ajouté une dimension très agréable à mon travail de doctorat. Les blagues échangées durant les petites pauses café, les coups de main sur les sources, les conversations débloquant certains problèmes, les petites phrases qui relativisent les craintes qu’on ressent,... je les remercie pour tout cela.

Les amis sont indispensables en tout temps, mais particulièrement pendant l’écriture d’une thèse. Grâce à eux, j’ai pu continuer à sortir, m’amuser, danser, parler d’autre chose que de science politique, militer et essayer de refaire le monde. LFn chaleureux merci en particulier à Alberto, Aurélie, Bernard, Camille, Henri D., Julien W., Navruz, Pablo, Valéry, Amir, Ata, Céline, Eva, Fatima, Francis, Franck, Henri H., Jean-Marie, Julie, Oliver, Benoît, Charlotte,

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David, Sandrine, Sébastien, Diane, Frédéric, Françoise, Julien L., Julie, Max, et à tous les autres pour avoir toujours été là et m’avoir permis de garder une vie à côté de la thèse.

Sans les membres de ma famille, je ne serais jamais parvenue à terminer cette thèse. Sans leur soutien affectif et leur écoute si généreuse, je me serais sentie trop petite pour traverser cette épreuve. Merci à mon grand-père pour son soutien et les débats contradictoires et passionnants que j’ai eus avec lui et qui m’ont permis de me changer les idées pendant ce travail. Merci à mon père de m’avoir toujours écoutée si attentivement, d’avoir toujours lu ce que j’écrivais et de l’avoir toujours commenté de manière constructive. Merci à ma mère d’avoir toujours été là pour me rassurer et d’avoir été une si bonne relectrice de dernière minute. Merci à Audrey de m’avoir si souvent écoutée, consolée, conseillée judicieusement et d’avoir relue ime grande partie de cette thèse. Merci à Magali pour ses relectures, son soutien et sa disponibilité. Merci à Ben pour ses encouragements et ses mails de soutien pendant les derniers mois. Merci aussi à Fernand, Dominique, Noé, Victor et Esther pour leur affection et leurs encouragements.

Enfin, je voudrais remercier de toute mon âme l’homme que j’aime et qui a le plus contribué à l’aboutissement de ce travail. Je lui suis infiniment reconnaissante d’avoir supporté mes moments de déprime, d’angoisse et de colère et d’avoir été si patient face à mes interminables exposés sur l’avancement de ma recherche. Les multiples conversations et débats dialectiques que j’ai eus avec lui ont été un formidable moteur dans ma recherche. Je le remercie du fond du coeur de m’avoir, pendant cette période, si bien conseillée, si tendrement entourée et si souvent fait rire aux éclats. Sans son amour et son soutien, je n’aurais peut-être pas fait de recherche, j’aurais sans doute abandonné peu de temps après avoir commencé et je ne me serais certainement pas sentie capable d’aller jusqu’au bout.

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Table des matières

Introduction...11

1- L'analyse de contenu comme méthode d'investigation... 12

2- Les acteurs et les sources analysés...13

3- Explication de la construction du cadre théorique...16

4- Elaboration d'idéaux-types sur quatre dimensions d'analyse... 18

5- L'engagement personnel et la distanciation scientifique...20

6- Hypothèses de recherche...23

Chapitre 1 : Construction des catégories théoriques en vue de i'anaiyse comparative... 27

I- Trois grandes théories socio-économiques...28

1- Le libéralisme économique... 28

1-1. De la vision classique à la vision néoclassique... .29

1-2. L'intérêt général égale la somme des actions individuelles grâce au jeu du marché...30

1-3. Le plein emploi grâce au libre marché...32

1-4. Des crises et des déséquilibres impossibles...33

1-5. Allocation optimale des ressources par le libre échange au niveau international ... 34

1-6. La monnaie comme simple outil de transaction et l'épargne comme source d'investissement...35

1-7. Théorie de la valeur-utilité ; une répartition indolore de la richesse... 36

1- 8. Le néolibéralisme : une variante de l'école néoclassique...40

2- La vision économique marxiste... 41

2- 1. La critique marxiste du capitalisme... 42

2-2. L'antagonisme entre le capital et le travail... 43

2-3. La source de la richesse dans l'exploitation des travailleurs... 45

2-4. Le profit.et la concurrence comme moteurs du dynamisme économique... 47

2-5. Un système économique contradictoire et instable... 48

2-6. L'extension mondiale du capitalisme... 51

2-7. Le rôle de la superstructure dans le maintien du capitalisme...53

2- 8. Des modèles socialistes comme alternative...55

3- La conception keynésienne... 59

3- 1. Critique de la théorie néoclassique... 60

3-2. Anticipations et conventions face à l'incertitude et à l'instabilité du système économique... 61

3-3. Le rôle crucial de la monnaie dans l'économie... ...62

3-4. L'offre globale n'engendre pas une demande globale équivalente...63

3-5. Les investissements comme moteur de l'économie... 64

3-6. Le plein emploi n'est pas l'état naturel de l'économie...65

3-7. Les producteurs contre les rentiers...65

3-8. Le circuit monétaire selon Keynes... 66

3-9. L'action nécessaire de l'Etat pour améliorer le fonctionnement du capitalisme..67

3-10. Politique monétaire favorable aux investissements privés...68

3-11. Politique budgétaire contra-cyclique... 68

3-12. Redistribution en faveur des producteurs... 70

3-13. Régulation de l'économie internationale...71

4- Conclusion... 73

II- Trois conceptions théoriques de la démocratie...76

1-La conception libérale... 76

1-1. Défense de la liberté individuelle... 76

1-2. Une démocratie représentative au service des libertés individuelles... 77

(8)

1-3. Un Etat limité dans ses pouvoirs... 79

1- 4. Différentes définitions possibles des droits fondamentaux...80

2- La conception républicaine... 81

2- 1. La souveraineté populaire au fondement de la liberté...81

2-2. Une démocratie représentative et directe sur le mode de la délibération...82

2- 3. Le néorépublicanisme : entre républicanisme et libéralisme politique... 84

3- La conception marxiste... 88

3- 1. La nature formelle de la démocratie parlementaire bourgeoise... 88

3-2. Un régime au service des intérêts capitalistes...89

3-3. Les droits de l'homme ; les droits du bourgeois égoïste...90

3-4. La démocratie réelle sous le communisme... 92

3-5. La phase transitoire de la dictature du prolétariat...92

3-6. Une autodétermination complète par le communisme... 93

3-7. La suppression progressive de l'Etat... 93

3- 8. La commune de Paris comme modèle de démocratie communiste... 95

4- Conclusion...96

III- Trois approches théoriques de l'identité nationale...98

1- Le patriotisme civique...98

1-1. Lien nécessaire entre nation et démocratie...99

1- 2. Pas de démocratie européenne mais une « Europe des nations »...102

2- Le patriotisme civique européen...105

2- 1. Le patriotisme constitutionnel européen de Habermas... 106

2-2. Renforcer l'Union européenne... 107

2-3. Une identité commune pour donner à l'Union une capacité d'action... 109

2-4. Identité commune et principes constitutionnels universels... 110

2-5. Une culture politique commune comme ciment identitaire... 113

2- 6. Le communautarisme du patriotisme constitutionnel...118

3- Le cosmopolitisme... 120

3- 1. Critique des arguments communautariens... 121

3-2. La résistance à l'identification et l'appartenance cosmopolitique comme alternatives... 124

4- Conclusion...129

IV- Différentes stratégies de changement social... 132

1- La stratégie révolutionnaire... 132

1-1. Les éléments objectifs de la stratégie de révolution... 132

1-2. La dimension subjective de la stratégie révolutionnaire... 133

1- 3. Une conception révolutionnaire des réformes... 135

2- La Stratégie réformiste... 137

2- 1. La capacité du capitalisme à survivre à ses contradictions...138

2-2. La réalisation du socialisme par des réformes... .... 139

2-3. Faire l'histoire par les principes moraux... ... 143

2-4. Une social-démocratie réformiste et non révolutionnaire...144

3- Conclusion... 145

Chapitre 2 : Les résistances de gauche à l'UE en France...147

I- La position des « socialistes du non » sur l'Union européenne... 148

1- Critique socio-économique... 151

1-1. Politique macroéconomique monétariste... 152

1-2. Concurrence sans harmonisation... 153

1-3. Une attaque généralisée contre les services publics... ... ...154

1-4. Baisse des normes sociales et fiscales... 156

1-5. Une Europe contre l'emploi : politiques d'offre et délocalisations... 158

1-6. Le néolibéralisme européen renforce la financiarisation... 159

1-7. Une économie de marchée régulée comme alternative... 161

(9)

1-8. Politiques macroéconomiques keynésiennes...162

1-9. Protection des services publics et harmonisation sociale et fiscale... 163

1- 10. Conclusion... 165

2- critique du déficit démocratique...166

2- 1. Neutralité de la constitution et séparation des pouvoirs... 166

2-2. Le parlement comme institution centrale...167

2-3. Des traités européens démocratiques... 169

2-4. Consolider le politique pour satisfaire l'intérêt général... 170

2-5. Renforcer l'implication citoyenne...171

2- 6. Conclusion...172

3- Référent identitaire...173

3- 1. Une vision pro-européenne... 173

3-2. Défendre la culture et les intérêts de l'Europe... 175

3-3. Développer la compétitivité européenne... 176

3-4. S'opposer au modèle américain... 177

3-5. Une politique étrangère forte et autonome... 178

3-6. Priorité accordée à l'Europe occidentale... 179

3- 7. Conclusion...180

4- Vision stratégique... 181

4- 1. Le changement social par les idées... 181

4-2. Une Europe plus sociale et démocratique par la négociation... 183

4-3. Conclusion... 184

II- La position du PCF sur l'Union européenne...185

1- Critique socio-économique... 188

1-1. Les contradictions inhérentes au capitalisme... 188

1-2. Un cadre macroéconomique opposé à l'économie réelle et consolidant la financiarisation... 190

1-3. Le principe dominant de la concurrence libre et non faussée... 193

1-4. Une politique d'emploi libérale...198

1- 5. Conclusion...199

2- Critique du déficit démocratique... 202

2- 1. Des politiques imposées aux citoyens... 202

2-2. La démocratie doit concerner les questions économiques... 203

2-3. Plus de pouvoir aux assemblées élues...204

2-4. Importance des droits fondamentaux...207

2- 5. Conclusion... 208

3- Conception de l'identité...210

3- 1. Une approche ouverte de l'immigration et de la citoyenneté... 211

3-2. Une critique socio-économique des élargissements...212

3-3. Lien historique entre nation et démocratie... 212

3-4. Une politique de défense nationale... 213

3-5. Un rôle historique pour la France... 214

3-6. Améliorer le sort des pays en développement... '.214

3-7. Une Europe compétitive... 216

3-8. S'affirmer face aux Etats-Unis... 216

3- 9. Conclusion... 218

4- Vision stratégique...219

4- 1. Dépasser le capitalisme... 219

4-2. Des réformes progressives... 221

4-3. Des valeurs alternatives... 222

4-4. Lien avec les mouvements sociaux...223

4-5. Participation électorale et gouvernementale...224

4-6. Conclusion.:... 226

(10)

III- La position de la LCR sur l'UE... 229

1- Conception socio-économique...233

1-1. Soutien du mode de production capitaliste par les pouvoirs publics... 233

1-2. Aiguisement de la concurrence entre capitalistes...234

1-3. Réduction des secteurs socialisés... 235

1-4. Extension de la concurrence mondiale...236

1-5. Remarchandisation de la force de travail...237

1-6. Exploitation accrue des travailleurs...239

1-7. Renforcement du caractère instable du capitalisme... 240

1-8. Une alternative socialiste...244

1-9. L'objectif à atteindre : la liberté réelle...244

1-10. Favoriser la demande...245

1-11. Des droits sociaux élargis... 246

1-12. Une socialisation de l'investissement...247

1-13. Financement socialisé et redistributif... 248

1-14. Démarchandisation de la force de travail... 249

1- 15. Conclusion... 250

2- Conception de la démocratie... 252

2- 1. L'importance de la démocratie...253

2-2. L'absence de démocratie au niveau européen... 253

2-3. La nature formelle de la démocratie représentative en système capitaliste....255

2-4. Une démocratie sur les choix économiques... 256

2-5. Démocratie directe et représentative...257

2-6. La dimension politique de la démocratie...258

2-7. Extension des droits de l'homme et du citoyen... 259

2-8. La politique comme sphère séparée de la société civile... 261

2- 9. Conclusion...262

3- Référent identitaire... 264

3- 1. Un 'non' cosmopolite à l'UE actuelle...264

3-2. Critique de l'impérialisme européen... 265

3-3. Une communauté d'intérêts entre les travailleurs du monde entier... 266

3-4. La différence entre nationalisme opprimé et oppresseur... 268

3-5. Un développement régulé au nord sans nationalisme... 269

3-6. Une défense des droits des étrangers... 271

3- 7. Conclusion...271

4- Approche stratégique...273

4- 1. Les conditions « objectives » de la révolution... 273

4-2. Mobiliser la majorité dominée autour d'un projet politique... 274

4-3. Des réformes subordonnées à l'objectif de mobilisation... 275

4-4. La nécessité d'une prise de pouvoir en rupture avec le système existant... 276

4-5. Application à la critique de l'intégration européenne... 278

4-6. Conclusion... 280

IV- La position d'Attac-France sur l'Union européenne... 281

1- Vision socio-économique...283

1-1. Contre la concurrence libre et non faussée, une économie de marché réglementée... 284

1-2. Contre les contraintes monétaristes, un gouvernement économique européen ... 288

1-3. Contre la destruction des systèmes sociaux, construction de l'Europe sociale .292 1-4. Contre le principe de concurrence, défense des services publics... 293

1-5. Contre la suprématie de la compétitivité, des droits sociaux européens... 296

1-6. Contre une politique d'emploi libérale. Keynésianisme et emploi de qualité.... 299

1- 7. Conclusion...304

2- Vision de la démocratie... 307

2- 1. Plus de pouvoir pour les élus et plus de participation des citoyens... 307

2-2. Maintenir le pluralisme dans les choix politiques...310

(11)

2-3. Importance de la séparation des pouvoirs... 311

2-4. La démocratie doit servir à réaliser les aspirations populaires... 313

2-5. Emphase sur les droits fondamentaux... 313

2- 6. Conclusion...314

3- Vision identitaire... 315

3- 1. Une conception générale pro-européenne et internationaliste...316

3-2. Un patriotisme progressiste... 317

3-3. Une identité européenne spécifique et positive...319

3-4. Un modèle à défendre et diffuser...320

3- 5. Conclusion...321

4- Vision stratégique...323

4- 1. Le néolibéralisme comme le fruit de décisions et d'une philosophie particulières ...323

4-2. Déconstruction de l'idéologie dominante et élaboration d'un projet alternatif ,.325 4-3. Action dans le cadre des mécanismes démocratiques formels... 326

4-4. Conclusion...328

Chapitre 3: Les résistances de gauche à l'UE en Allemagne...330

I- La vision de Die Linke sur l'Europe... 332

1- Vision socio-économique...335

1-1. Critique du capitalisme débridé et financiarisé... 335

1-2. Une concurrence de plus en plus sauvage...336

1-3. Amputation des instruments macro-économiques... 337

1-4. Injustice sociale et inefficacité économique du néolibéralisme... 339

1-5. Faiblesse de la demande : cause et résultat d'une économie financiarisée...340

1-6. Une économie de marché régulée par des politiques keynésiennes... 343

1-7. Redistribution, normes sociales et politiques contra-cycliques... 344

1-8. Investissements publics et socialisation d'une partie de l'économie... 346

1-9. Acceptation et réglementation du marché et de la propriété privée... 347

1- 10. Conclusion... 349

2- Vision de la démocratie... 352

2- 1. Caractère central des droits fondamentaux... 352

2-2. Contrôle démocratique de l'économie mais maintien de libertés économiques 354 2-3. Le modèle représentatif comme parangon de la démocratie...357

2- 4. Conclusion...359

3- Vision identitaire... 360

3- 1. Eléments cosmopolitiques... 360

3-2. Une plus grande souveraineté nationale...364

3-3. Nécessité d'un attachement à la communauté... 365

3-4. Limitation de l'immigration et de la citoyenneté... 366

3-5. Défense de la compétitivité allemande et européenne... 367

3-6. Une politique étrangère européenne forte face aux Etats-Unis... 369

3-7. Une identité européenne supérieure... 370

3- 8. Conclusion...372

4- Vision stratégique...373

4- 1. S'appuyer sur les luttes sociales... 373

4-2. Importance des idées et des valeurs... 375

4-3. Réformes dans le cadre des institutions existantes... ... 376

4-4. Conclusion... 380

II- La position d'Attac-Allemagne sur l'UE...382

1- Vision socio-économique...385

1-1. Une concurrence sans harmonisation néfaste pour les droits sociaux et les services publics...385

1-2. Un cadre monétariste engendrant stagnation économique et chômage...388

1-3. Libéralisation et dérégulation des marchés financiers... 390

(12)

1-4. Une économie de marché régulée, « ré-encastrée » socialement...393

1-5. Droits sociaux et écologiques, services d'intérêt général et plein emploi de qualité...395

1-6. Développer la demande sur le marché intérieur européen... 398

1-7. Régulation des échanges et contrôle des marchés financiers au niveau mondial ...400

1- 8. Conclusion... ...401

2- Vision de la démocratie...404

2- 1. Exercice de la souveraineté populaire sur les choix économiques... 404

2-2. Une démocratie participative et délibérative en interne... 405

2-3. La démocratie représentative comme référence pour le fonctionnement de l'UE ... ;... ;...407

2-4. Une vision libérale de la démocratie...409

2- 5. Conclusion... 411

3- vision identitaire... 412

3- 1. L'impérialisme économique de l'UE... 412

3-2. Une politique étrangère européenne militariste...414

3-3. Démocratie et Etat social sans identité collective...416

3-4. Une citoyenneté-résidence et une politique d'immigration ouverte... 418

3- 5. Conclusion... 419

4- Vision stratégique... 420

4- 1. L'importance des intérêts et des rapports de force...421

4-2. Le changement social par les idées...422

4-3. Lobbying sur les décideurs politiques...424

4-4. Evolution graduelle plutôt que rupture... 426

4-5. Conclusion... 426

Conclusions générales... 429

I- Comparaison des critiques contre l'UE en France et en Allemagne... 429

1- L'enjeu européen intégré dans les clivages existants...430

2- Une vision socio-économique social-keynésienne... 432

3- Une conception démocratique libérale... 436

4- Une approche pro-européenne entre communautarisme et cosmopolitisme...439

5- Une stratégie réformiste...442

6- Réformisme et libéralisme... 445

II- Une ébauche d'explication des résistances à l'UE... 449

1- Explication par les idées... 449

2- Explication par la culture et les institutions nationales... 452

3- Explication par les intérêts stratégiques des agents... 454

4- Explication par les intérêts sociaux et les structures macrosociologiques et historiques... 457

5- D'une approche par les référentiels à une perspective gramscienne de l'hégémonie

462

Bibliographie...471

(13)

IntroductioE

Les 29 mai et juin 2005, les Français et les Néerlandais rejetaient à une nette majorité le traité constitutionnel qui leur était soumis à référendum et plongeaient ainsi l’Europe dans l’rme des plus profondes crises de son histoire. Suite à une « pause de réflexion » de plus de deux ans, les dirigeants ont finalement renoncé à adopter une « constitution européenne », mais sont parvenus fin 2007 à s’accorder sur un nouveau traité (dit « Traité de Lisbonne ») reprenant la plupart des changements institutionnels du traité constitutionnel.

Les deux « non » à la constitution européenne n’auraient pas dû étonner outre mesure les observateurs attentifs de l’évolution des sentiments populaires envers l’intégration européenne ces dernières années. De nombreuses enquêtes montrent en effet clairement que sourd depuis trente ans déjà, et encore plus depuis les années 1990, un mécontentement croissant des citoyens envers la construction européenne'.

Il est donc nécessaire que les chercheurs en sciences politiques se penchent davantage sur ce phénomène. Certes, ce qu’on a pris l’habitude de qualifier d’« euroscepticisme » est, depuis déjà un certain temps, devenu un objet d’étude en soi pour la recherche scientifique. Si ces analyses ont contribué à un premier éclaircissement de ces phénomènes, elles présentent cependant plusieurs limites que cette thèse voudrait contribuer à résorber. Ainsi, la littérature sur l’euroscepticisme étudie très peu le contenu des courants opposés à l’UE. Les typologies considérées jusqu’à aujourd’hui comme faisant autorité sur cette question sont extrêmement larges et ne rentrent absolument pas dans les détails des arguments utilisés. C’est le cas par exemple des taxinomies établies par Taggart et Szczerbiak entre eurosceptiques « hard » et

« soft » ou de celles de Kopecky et Mudde entre « UE-pessimistes » et « europhobes »^. Dans les deux cas, les catégories sont très englobantes et manquent de finesse. Les « eurosceptiques dur » et les « europhobes » désignent les opposants aux caractéristiques fondamentales du projet européen, tandis que les « eurosceptiques doux » et les « UE-pessimistes » acceptent

' Nicola Weill, « En trente ans, l’euroscepticisme n’a cessé de croître sur tout le continent », Le Monde, 9 avril 2005. Entre 1991 et 2003, le soutien à l’UE a chuté de 17% dans l’UE à 15 : Catherine E. Netjes and Kees van Kersbergen, « Interests, Identity and Poltical Allegiance in the European Union », paper presented at

Euroscepticism Conférence, Amsterdam, July 2005, Table 1

^ Paul Taggart and Aleks Szczerbiak, « Contemporary euroscepticism in the party Systems of the European Union candidate States of Central and Eastem Europe », European Journal of Political Research, 43, 2004, p 3;

Petr Kopecky and Cas Mudde, “The Two Sides of Euroscepticism. Party Positions on European Intégration in East Central Europe”, European Union Politics, 3 (3), 2002, p 300-303

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les principes de base de l’intégration européenne, tout en s’opposaiit à l’Union européenne dans sa forme actuelle et dans son évolution prévisible. Une taxinomie aussi approximative ne permet pas de comprendre avec subtilité les idéologies qui animent les courants eurosceptiques et encore moins ce qui peut les différencie. De plus, la littérature de référence sur l’euroscepticisme s’attache surtout à expliquer les oppositions à l’intégration européenne.

Or, ces explications pèchent selon nous par une focalisation excessive sur tes facteurs stratégiques^ et institutionnels"* - nous tenterons d’apporter en conclusion certaines pistes pour les compléter à partir de notre analyse - et tendent également à négliger l’analyse idéologique. Pour contribuer à combler cette lacune, nous nous proposons dans cette thèse de faire une analyse approfondie des idéologies sur lesquelles reposent les oppositions de gauche à l’UE.

1- L’analyse de contenu comme méthode d’investigation

La méthode de recherche que nous avons choisie pour analyser les résistances à l’intégration européenne est celle de l’analyse de contenu. Il ne s’agit donc pas d’étudier, à l’instar des approches étudiant les mouvements sociaux, les formes de mobilisations survenues durant les débats sur le projet de constitution^, mais plutôt de se concentrer sur les idées, sur les arguments utilisés par les courants concernés. Nous tenterons donc de dégager le sens précis des documents analysés sans poser de jugement de valeur sur leurs messages. Une analyse de contenu est en effet « une méthode de classification ou de codification dans diverses catégories des éléments du document analysé pour en faire ressortir des caractéristiques en vue d’en mieux comprendre le sens exact et précis »^. Nous ferons dans cette thèse une

^ Nick Sitter, “Opposing Europe: Euro-Scepticism, Opposition And Party Compétition”, Sussex European Institute, Working paper n°56, 2002, http://www.sussex.ac.uk/sei/documents/wp56.pdf; Ben Crum, “Party stances in the referendums on the EU constitution: causes and conséquences of compétition and collusion”, European Union Politics, Vol 8 (1), Février 2007

'' Michel Hastings, « Nordicité et euroscepticisme », in Justine Lacroix et Ramona Coman, Les résistances à l'Europe : cultures nationales, idéologies et stratégies d’acteurs, Editions de l’Université Libre de Bruxelles, 2007; Juan Diez Medrano, Framing Europe: Attitudes to European Intégration in Germany, Spain, and the United Kingdom, Princeton University Press, 2003

^ Eric Agrikoliansky, « Les conditions d’une mobilisation ambiguë », in Antonin Cohen et Antoine Vauchez, La constitution européenne. Elites, mobilisations, voles, Editions de l’ULB, 2007 ; Eric Agrikoliansky, Olivier Fillieule, Nonna Mayer, L'altermondialisme en France. La longue histoire d'une nouvelle cause, Editions Flammarion, 2005

® René L’écuyer, « L’analyse de contenu : notion et étapes », in Jean-Pierre Deslaurier (sous la direction de). Les méthodes de la recherche qualitative, Sillery, Presses de l’Université de Québec, 1987, p 50

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approche qualitative et non quantitative des données recueillies. Une analyse quantitative se concentrerait sur la fréquence de certains mots ou catégories de mots^, alors que cette analyse qualitative prendra surtout en compte l’importance de certains thèmes en fonction de critères de classification construits préalablement* *. Par ailleurs, nous ne nous contenterons pas d’analyser le contenu manifeste des discours étudiés, mais aussi leur contenu latent^.

Autrement dit, nous essaierons d’aller au-delà d’une lecture de premier niveau visant à présenter ce qu’ont ostensiblement voulu dire les émetteurs du message pour entrer dans une lecture de deuxièrne niveau, mettant en évidence les visions plus générales se cachant derrière le discours manifeste.

Notre objectif sera donc avant tout de comprendre le contenu des critiques formulées par les acteurs concernés contre l’Union européenne, plutôt que de l’expliquer. La compréhension, qui relève d’une démarche herméneutique, se distingue de l’explication en ce qu’elle intègre l’étude du sens de l’action produit par les acteurs eux-mêmes. L’explication se concentre quant à elle sur la mise en évidence des liens de causalité. L’approche explicative observe les acteurs de l’extérieur et recherche les facteurs externes permettant d’expliquer pourquoi ils ont agi de telle ou telle façon, alors que, dans l’approche compréhensive, on cherche surtout à comprendre l’objet d’étude de l’intérieur, à mettre en évidence ce que les acteurs eux-mêmes ont en tête quand ils agissent'®.

2- Les acteurs et les sources analysés

Nous essaierons principalement de comprendre les arguments utilisés contre la construction européenne actuelle par les acteurs de gauche qui la contestent radicalement. Nous partirons pour cela des controverses qu’a suscitées le projet de constitution européenne en France et en Allemagne, sans nous restreindre pour autant aux arguments déployés contre ce projet, mais en intégrant leurs analyses plus larges sur l’état actuel de l’Union européenne. La délimitation

’ C’est par exemple le cas des analyses de discours utilisant la méthode de lexicométrie. Cfr: Corinne Gobin,

« Un survol des discours de présentation de l’exécutif européen (1958-1993) », Mots. Les langages du politique, n°62, mars 2000 ; Corinne Gobin, « Gouverner par les mots : des stratégies lexicales au service du consensus...

contre le social ? », Education et Société, n°13, 2004/1 ; Jean-Claude Deroubaix, Les déclarations

gouvernementales en Belgique (1944-1992). Étude de lexicométrie politique, Thèse de doctorat en sciences du langage, 1997

* François Dépelteau, La démarche d’une recherche en sciences humaines. De la question de départ à la communication des résultats. Presses Universitaires de Laval, 2000, p 296-297

® Ibid, P 297-298

Dépelteau, 2000, op.cit., p 91-92

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temporelle de l’étude couvrira une période s’étendant des débuts des débats sur ce projet jusqu’à aujourd’hui, de 2003 à 2007, mais avec une concentration sur la période de débats les plus intenses, à savoir, entre 2004 et 2005. Cette délimitation ne peut être qu’approximative, car, en ce qui concerne les productions intellectuelles liées aux courants concernés, nous avons privilégié les écrits les plus pertinents pour notre objet, même si ils précèdent de peu la période identifiée.

Pour choisir les organisations à analyser, notre critère sera le rejet du projet de traité constitutionnel et nous nous concentrerons sur les courants les plus importants dans ces débats. Nous n’étudierons que les courants de gauche s’étant déclarés contre le projet de constitution, essentiellement par souci de concision et de non dispersion. 11 serait en effet malaisé de réaliser une analyse idéologique approfondie en démultipliant le nombre d’acteurs étudiés. Par ailleurs, contrairement à la plupart des analyses de l’euroscepticisme, nous ne nous focaliserons pas sur les partis politiques qui ont pris part à ce débat mais élargirons l’analyse aux mouvements sociaux, en particulier à certains courants dits

« altermondialistes », car ceux-ci jouent aujourd’hui un rôle non négligeable dans les débats politiques en général et dans les résistances de gauche à l’UE en particulier". Les courants étudiés sont les suivants : en France, il s’agit du Parti Communiste Français (PCF), du parti de gauche radicale Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), des socialistes opposés au projet de constitution (que nous qualifierons de « socialistes du non ») et du mouvement altermondialiste Attac-France ; et en Allemagne, nous analysons le nouveau parti Die Linke, qui rassemble une partie des courants sociaux-démocrates, communistes et trotskystes, ainsi que le mouvement altermondialiste Attac-Deutschland .

Notre analyse portera sur les publications officielles de ces organisations (programmes, articles d’actualité, prises de positions, communiqués de presse, brochures...). Mais comme ces supports sont souvent assez sommaires et peu détaillés, nous examinerons aussi les écrits d’intellectuels proches de ces organisations, afin de comprendre plus en profondeur les

" Isabelle Sommier, Le renouveau des mouvements contestataires à l'heure de la mondialisation, Paris, Flammarion, 2003 ; Donatella délia Porta, Hanspeter Kriesi, and Dieter Rucht (Eds), Social Movements in a globalizing World, Palgrave MacMillan, 1999

Nous n’avons pas inclus les partis Verts dans notre analyse, bien qu’on les classe en général à gauche du spectre politique, principalement pour la raison suivante : si les écologistes français ont connu la même division sur le traité constitutionnel que les socialistes du même pays, les Verts allemands, qui étaient au gouvernement au moment de la ratification du traité, y étaient en revanche favorables. Il n’aurait selon nous pas été très pertinent pour notre comparaison de n’étudier les Verts qu’en France et pas en Allemagne et nous avons donc choisi d’exclure cet acteur de nos analyses.

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idéologies sous-tendant ces arguments. Pour sélectionner ces intellectuels, nous nous sommes basés sur leur visibilité concernant les questions européennes dans les parutions des organisations dont ils sont proches (site, revue, ouvrages...), en particulier pendant les débats les plus intenses sur le projet de constitution, et sur des entretiens exploratoires auprès de militants des diverses organisations. Après avoir identifié plusieurs intellectuels pour chacun des courants, nous avons fait des recherches sur leurs publications propres pour élargir nos sources. Nous avons bien entendu surtout lu les écrits de ces organisations et de leurs intellectuels concernant l’Europe, mais nous avons aussi consulté leurs analyses sur d’autres questions - éventuellement plus nationales - pour comprendre en profondeur les idées qui les caractérisent. Nous avons également réalisé plusieurs entretiens auprès de personnalités clés dans ces mouvements (députés, assistants parlementaires, militants, intellectuels...). Ces entretiens nous ont servi dans la recherche des sources et des personnes centrales dans les différents mouvements, ainsi que dans la clarification de certains enjeux au sein des organisations étudiées. Enfin, un dernier procédé nous a permis d’avoir accès à des documents et informations originaux plus facilement que par la recherche bibliographique classique, à savoir, l’observation participante. Nous avons en effet pris part à plusieurs activités organisées par ces organisations (conférences, manifestations, meetings, universités d’été, cafés politiques, formations...), ce qui nous a permis de comprendre plus rapidement qui sont considérés comme leurs intellectuels principaux et de développer une perception plus fine des débats internes à ces courants.

Quant au choix de la France et de l’Allemagne, il se justifie selon nous pour deux raisons.

D’une part, comprendre le mécontentement croissant envers la construction européenne au sein de ces deux pays est essentiel, car il s’agit de deux des principaux Etats fondateurs de l’Union européenne qui constituent encore aujourd’hui des moteurs importants de la construction européenne. D’autre part, la différence entre les situations française et allemande par rapport au débat sur la constitution européenne rend également la comparaison plus captivante. Il peut être intéressant d’observer si la plus grande vivacité des débats en France entourant le projet de constitution - due à la décision des dirigeants français de faire un référendum - a influé ou non sur le type et le degré de radicalité des critiques formulées par les courants ci-dessus.

(18)

3- Explication de la construction du cadre théorique

Pour comprendre et comparer ces discours selon une méthode d’analyse de contenu, il nous fallait établir des catégories satisfaisant à certains critères ; la pertinence signifie qu’elles doivent refléter suffisamment les idées principales du corpus et exprimer la problématique de départ; l’exhaustivité désigne le fait qu’elles doivent englober tout le corpus analysé;

l’exclusivité se mesure au fait qu’elles sont discriminantes entre elles ; et l’objectivité signifie qu’elles sont élaborées d’une manière telle que ce ne sont pas avant tout les présupposés normatifs du chercheur qui les ont influencées'^.

Pour construire des catégories répondant à de telles exigences, nous avons écarté une démarche purement inductive, basée uniquement sur la généralisation à partir de l’observation empirique. Karl Popper a bien montré les limites inhérentes à une telle démarche en soulignant en particulier qu’il est impossible d’affirmer la véracité d’énoncés généraux tirés de la simple observation d’une réalité, car cette observation ne peut jamais être exhaustive :

« il est loin d’être évident, d’un point de vue logique, que nous soyons justifiés d’inférer des énoncés universels à partir d’énoncés singuliers aussi nombreux soient-ils. Toute conclusion tirée de cette manière peut, en effet, se trouver fausse ; peu importe le grand nombre de cygnes blancs que nous avons pu avoir observés, il ne justifie pas la conclusion que tous les cygnes sont blancs»'"'. Dans le même ordre d’idées, on pourrait ajouter que la simple observation de la réalité sans aucun appoint théorique permet difficilement de mettre de l’ordre dans cette réalité ou bien incite à le faire de manière arbitraire. D’un autre côté, élaborer des critères de classification de manière purement déductive, c’est-à-dire en nous fondant sur notre seul raisonnement, aurait risqué de produire des catégories complètement déconnectées de la réalité que nous nous proposions d’analyser.

Nous avons donc préféré combiner les deux démarches dans l’élaboration des catégories nous permettant de comparer et comprendre les discours étudiés. C’est tout d’abord de manière inductive, au cours de l’observation exploratoire de ces oppositions à l’Union Européenne, qu’il nous a semblé important d’étudier plus en profondeur certaines dimensions. Ce travail exploratoire a mis en lumière qu’une grille de lecture opposant seulement des positions pro- et

André Robert et Annick Bouillaguet, L’analyse de Contenu, Presses Universitaires de France, 2002 (1ère édition : 1997)

Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, Paris, Editions Payot, 1973, p 23

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anti-européennes ne permettrait pas d’appréhender la nature idéologiquement multidimensiormelle des résistances de gauche à l’Union européenne. Trois dimensions en particulier nous sont apparues saillantes au premier abord : une critique socio-économique contre le néolibéralisme de l’Union, une critique politique contre son déficit démocratique et un rapport à l’identité nationale plus complexe qu’une simple opposition entre anti- et pro­

européens.

Nos connaissances théoriques générales sur les catégories politiques classiques des Etats- nations et sur les conséquences de la construction européenne sur ceux-ci sont venues confirmer cette intuition initiale. Ces trois dimensions ont en effet joué un rôle essentiel dans la construction des Etats modernes et sont aujourd’hui profondément affectées par l’intégration européenne. Comme le montre la sociologie historique, la formation des Etats- nations européens a permis d’encadrer les conflits culturels et d’intérêts - engendrés notamment par la centralisation administrative et coercitive et le développement du capitalisme -, grâce à la construction d’une identité nationale relativement homogène, par des institutions assurant une représentation politique des différents acteurs et une certaine redistribution de la richesse socialePlus précisément, comme l’a conceptualisé Stein Rokkan, là construction des Etats nations européens peut être interprétée comme un processus de « fermeture » des différentes frontières : culturelles, politiques, coercitives et économiques.

Cet enfermement des ressources et des acteurs dans un espace circonscrit a permis de

« domestiquer » les stratégies de ces derniers et a construit une affiliation culturelle entre les membres de T Etat-nation. Ce processus de « structuration » a donc permis de construire l’Etat national, démocratique et social du 20^™ siècle'^. Stéfano Bartolini souligne que l’intégration européenne vient bouleverser ces arrangements nationaux, en supprimant progressivement ces frontières sans en reconstruire de nouvelles à un niveau supranational : "European intégration is predicated upon the removal of boundaries among the pre-existing System of States (...). On the contrary, the national, démocratie and welfare features of the States are predicated upon their continued control over redistributive capacities, cultural symbols and political authority.

In this sense, European intégration progressively represents a direct challenge to the latter”’^.

Stefano Bartolini, Restructuhng Europe. Centre formation, System building and political structuring between the nation State and the European Union, Oxford University Press, Oxford, 2005, p 410

Peter Flora, Stein Kuhnle, Derek Urwin (eds), State formation, nation building and mass politics in Europe.

The theory of Stein Rokkan, Oxford, Oxford University Press, 1999

^ Ibid., P 368

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La construction européenne remet ainsi en question l’homogénéité culturelle de ses Etats membres, réduit l’impact des formes nationales de participation aux décisions collectives et affaiblit les politiques de redistribution des Etats sociaux. Si l’on veut comprendre l’idéologie des mouvements de résistance à l’Union européenne, il apparaît donc pertinent de prendre en compte leur position sur ces trois dimensions. Nous analyserons donc les positions des résistances de gauche à l’UE sur les questions socio-économiques, la démocratie et l’identité nationale.

Par ailleurs, revenant ainsi à une démarche plus inductive, nous avons ensuite adjoint un quatrième élément à ces trois premières dimensions. Au début de notre analyse de contenu, une quatrième dimension a, de fait, rapidement surgi comme essentielle dans la position de ces courants, à savoir, la dimension stratégique. Il nous est alors apparu clairement que, si nous voulions saisir en profondeur les idéologies des résistances de gauche à l’UE, il fallait compléter l’analyse de leurs critiques et de leurs alternatives par un examen du type de stratégies qu’ils privilégient pour mettre en œuvre ces projets alternatifs.

4- Elaboration d’idéaux-types sur quatre dimensions d’analyse

Nous avons ensuite affiné nos catégories en établissant, pour chacune de ces quatre dimensions, certaines positions idéal-typiques. Le choix de celles-ci n’a pas été fait arbitrairement mais sur base d’une première perception générale des enjeux traversant les oppositions de gauche à l’UE, de nos connaissances personnelles et, surtout, d’une littérature théorique de référence. Ainsi, à l’époque contemporaine, trois postures théoriques principales sur la question économique sont généralement reconnues ; le libéralisme économique, le keynésianisme et le marxisme. Sur la question démocratique, on peut également identifier trois grandes approches : le libéralisme politique, le républicanisme et la conception marxiste.

Concernant le rapport de l’identité nationale à la construction européenne, les grandes postures envisageables sont le patriotisme, l’europatriotisme et le cosmopolitisme (ou libéralisme philosophique). Enfin, deux grandes conceptions stratégiques peuvent théoriquement être adoptées par les courants de gauche ; réformiste ou révolutionnaire.

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Un idéaltype est normalement construit à partir de la présentation cohérente des traits

1 O

principaux d’une réalité particulière . Dans notre chapitre théorique, nous ne partons cependant pas de la réalité empirique mais plutôt d’écrits théoriques pour construire les idéaux-types qui nous serviront ensuite à analyser les discours formant notre corpus d’analyse. Un grand nombre d’auteurs classiques ont en effet déjà amplement réfléchi et écrit sur la manière de définir de manière idéaltypique les différentes visions possibles de l’économie, de la politique, de l’identité nationale et de la stratégie politique. Il aurait été absurde de vouloir refaire ce travail en partant directement de l’analyse de la réalité ; D’autant plus que cette thèse vise avant tout de comprendre les discours actuels de résistance à l’intégration européenne. Ce premier chapitre sera donc la « présentation idéaltypique » d’idéaux-types déjà existant dans la littérature des sciences sociales.

Elaborer un idéaltype est toujours un travail de conceptualisation et d’abstraction. Si les catégories théoriques que nous présenterons dans le premier chapitre ont été reconstruites à partir d’auteurs considérés comme des classiques dans leur discipline, nous ne prétendons toutefois pas exposer leur pensée de manière exhaustive et détaillée. Nous ne chercherons pas non plus à explorer les querelles herméneutiques au sein même de chaque courant théorique.

Ce n’est d’ailleurs nullement l’objet de notre travail. Notre objectif sera plutôt de rendre saillants les traits essentiels de chaque idéaltype. Même si cela pourra parfois se faire au détriment de certaines subtilités conceptuelles, il s’agira avant tout de se doter d’outils d’analyse et de comparaison relativement maniables pour le travail que nous effectuerons dans les deuxième et troisième chapitres. L’abstraction que représentent les idéaux-types est en effet utile pour comprendre les positions politiques réelles, car elle permet, d’une part, de les distinguer entre elles et, d’autre part, de relever les différences entre les arguments réels et les types idéaux'^.

Voici la définition qu’en donne Max Weber : « on obtient un idéaltype en accentuant unilatéralement un ou plusieurs points de vue et en enchaînant une multitude de phénomènes donnés isolément, (...) qu'on ordonne selon les précédents points de vue choisis unilatéralement, pour former un tableau de pensée homogène. On ne trouvera nulle part empiriquement un pareil tableau dans sa pureté conceptuelle : il est une utopie. Le travail historique aura pour tâche de déterminer dans chaque cas particulier combien la réalité se rapproche ou s'écarte de ce tableau idéal (...) » : Max Weber, « L’objectivité de la connaissance dans les sciences et la politique sociales », 1904, dans. Essais sur la théorie de la science. Traduit de l’Allemand par Julien Freund, Paris : Librairie Plon, 1965 (1"' Edition : 1904-1907, Édition numérique : http://classiques.uqac.ca/classiques/Weber/

essais_theorie_science/Essais_science_l .doc, P 141

Mamoudou Gazibo et Jane Jenson, La politique comparée. Fondements, enjeux et approches théoriques.

Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 2004, p 40 et 49-50

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Soulignons qu’il ne s’agit nullement, en élaborant ces idéaux-types, de poser des références idéales d’un point de vue normatif. Weber le soulignait très bien, lorsqu’il insistait sur « la nécessité de séparer rigoureusement les tableaux de pensée dont nous nous occupons ici, qui sont ‘idéaux’ dans un sens purement logique, de la notion du devoir-être ou de ‘modèle’

Les catégories idéaltypiques que nous avons construites ne sont donc pas des fins en elles- mêmes, mais seulement des outils heuristiques destinés à faire avancer la compréhension des discours politiques sur l’UE. Il est fondamental de ne pas fétichiser les idéaux-types : « Les concepts sont et ne sauraient être que des moyens intellectuels en vue d'aider l'esprit à se rendre maître du donné empirique (...). Les concepts ne sont pas le but, mais des moyens de la connaissance des relations significatives sous des points de vue (...) singuliers » .

Il faut aussi souligner que les idéaux-types et les discours politiques relèvent de deux sphères très différentes. Les premiers doivent nous aider à mieux comprendre les seconds, mais ne pourront jamais refléter totalement la réalité : les idéaux-types ne sont « rien d'autre que des constructions idéelles dont la relation avec la réalité empirique de l'immédiatement donné reste problématique dans chaque cas particulier » . Ainsi, les concepts théoriques sont souvent plus clairs, homogènes et précis que les idées politiques, qui répondent à des logiques à maints égards différentes de celle du raisonnement scientifique.

5- L’engagement personnel et la distanciation scientifique

Depuis Weber, la nécessité de distinguer leur tâche de scientifiques de celle des hommes d’action est devenue évidente pour les chercheurs en sciences sociales. Il faut « faire la distinction entre connaître (erkennen) et porter un Jugement (beurteilen) Ce sont deux sphères distinctes : « il y a eu et il y aura toujours (...) une différence insurmontable entre l'argumentation qui s'adresse à notre sentiment et à notre capacité d'enthousiasme pour des buts pratiques et concrets ou pour des formes et des contenus culturels (...) et enfin celle qui fait appel à notre faculté et à notre besoin d'ordonner rationnellement la réalité empirique, avec la prétention d'établir la validité d'une vérité d'expérience

Weber, 1904, op.cit., p 142 Ibid, P 154

Ibid, P 152 Ibid, P 113 Ibid, P 113-114

(23)

Cependant, la spécificité des sciences sociales par rapport aux sciences dites « exactes » est, d’une part, d’avoir pour objet non les phénomènes naturels mais la société, dans laquelle les chercheurs sont eux-mêmes plongés, et d’autre pai-t, de chercher à démêler la signification culturelle de certaines réalités sociales, qui sont forcément filtrées par les valeurs des chercheurs eux-mêmes. Par conséquent, comme l’explique Weber, les positions personnelles du « savant » sur des problèmes concrets déterminent ce qu’il choisit d’étudier et comment :

« dans le domaine des sciences sociales, l'impulsion pour l'étude des problèmes scientifiques a en général pour origine des questions pratiques, comme le montre l'expérience, si bien que le simple fait de constater l'existence d'un problème scientifique contient déjà une union personnelle avec une orientation déterminée Dès lors, « toute connaissance de la réalité culturelle est toujours une connaissance à partir de points de vue spécifiquement particuliers (...). La connaissance dans l'ordre de la science de la culture telle que nous l'entendons est donc liée à des présuppositions ‘subjectives’ » .

Cela ne signifie pas qu’aucune connaissance objective ne peut être atteinte dans les sciences sociales et que l’on ne puisse aboutir qu’à des vérités purement subjectives et singulières, mais qu’il est important de se prémunir contre la confusion qui règne souvent entre discussion scientifique des faits et raisonnement axiologique, entre entendement et sentiment. Il ne faut pas supprimer les sentiments personnels, mais ne pas les mêler à la recherche de la vérité :

« c'est uniquement contre cette confusion que sont dirigées nos remarques précédentes et non contre l'engagement en faveur d'un idéal personnel » .

Ces explications montrent que la notion de « neutralité axiologique » établie par Weber vise, contrairement à certaines interprétations courantes, non pas à forcer le chercheur à ne plus avoir aucune opinion personnelle sur son objet d’étude, ni à l’inciter à renoncer à tout engagement politique, mais simplement à opérer une séparation entre les sphères théoriques et pratiques. Weber formule initialement cette idée de neutralité axiologique pour mettre en garde les professeurs d’université contre un abus éventuel de leur position dominante face aux étudiants, qui leur permettrait de leur inculquer des valeurs particulières à leur insu. Il demande donc « que le professeur se fasse dans chaque cas particulier, au risque de diminuer l'attrait de son cours, un devoir inconditionnel de faire prendre conscience clairement et sans

Ibid, P 116 Ibid, P 134 Ibid, P 115

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faiblesse à son auditoire, et chose capitale, de prendre surtout lui-même conscience de ce qui dans son exposé résulte d'un raisonnement purement logique ou d'une constatation purement empirique des faits et de ce qui relève d'une évaluation pratique » . Weber élargit au travail du chercheur en général cet impératif de distinction entre engagement et science.

Dans ce travail de thèse, un moyen de prendre une distance par rapport à notre engagement personnel envers notre objet d’étude nous a semblé être d’élaborer des catégories théoriques permettant ensuite de comprendre de manière relativement objective les discours étudiés.

Cependant, il faut admettre, comme le remarque Weber, que le choix même de l’objet et la manière dont sont construits les idéaux-types servant à l’étudier sont forcément influencés par les valeurs personnelles des chercheurs. Il s’agit alors pour ceux-ci de « porter scrupuleusement, à chaque instant, à leur propre conscience et à celle des lecteurs quels sont les étalons de valeur qui servent à mesurer la réalité et ceux d'où ils font dériver le jugement de valeur » .

Sans entrer dans des développements qui ennuieraient certainement le lecteur, il peut être utile de préciser brièvement ici que, si nous avons choisi d’étudier les résistances de gauche à l’intégration européenne en France et en Allemagne, ce n’est pas seulement par intérêt scientifique, mais aussi pour des motivations personnelles. En termes wébériens, le

« sentiment » nous y a poussé autant que 1’ « entendement ». En effet, la véhémence croissante de critiques se disant progressistes contre le projet européen ne nous laissait pas indifférente et nous souhaitions mieux comprendre leurs fondements intellectuels. De même, la France et l’Allemagne sont deux pays dont, pour des raisons affectives et personnelles, nous nous sentons très proches. Enfin, nous avons construit les catégories théoriques que nous utiliserons pour clarifier ces discours sur base de connaissances et lectures théoriques, mais aussi à partir de certaines affinités personnelles avec certains courants de pensée.

Ceci étant dit, une fois l’objet d’étude choisi et le cadre théorique établi, nous nous sommes efforcés de ne pas laisser nos valeurs personnelles interférer sur le résultat de notre analyse de contenu.

Max Weber, « Essai sur le sens de la « neutralité axiologique » dans les sciences sociologiques et économiques », 1917, dans Essais sur la théorie de la science, Traduit de l’Allemand et introduit par Julien Freund. Paris : Librairie Plon, 1965 (1"' édition : 1904-1907), Edition électronique : http://classiques.uqac.ca/

classiques/Weber/essais_theorie_science/Essais_science_4.doc, p 7

^^Weber, 1904, op.cit., p 114

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