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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Kavutirwaki, K. (1976). Analyse du contenu éducatif du conte Nande: méthodologie tripolaire (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des Sciences psychologiques et de l'éducation, Bruxelles.
Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/214353/1/78dd5e25-8582-4fdc-b539-7c0cf2ad5e01.txt
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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES 1
FACULTE DES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES ET PEDAGOGIQUES
I
V I
ANALYSE DU
CONTENU EDUCATIF DU CONTE NANDE * METHODOLOGIE TRIPOLAIRE
KAVUTIRWAKI IKambals
joliDISSERTATION DOCTORALE préparée sous la direction de Monsieur le Professeulr P. GEORIS
Année académique 1976-1977
À
U'JJVERSJTE LIBRE DE BRUXELLES Didactique expérimentale
CAftüPUS DE LA PLAINE - CP. 204 Bd. du Triomphe
1050 BRUXELLES
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
FACULTE DES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES ET PEDAGOGIQUES
ANALYSE DU
CONTENU EDUCATIF DU CONTE NANDE METHODOLOGIE TRIPOLAIRE
KAVUTIRWAKI Kambale J '
DISSERTATION DOCTORALE préparée sous la direction de Monsieur le Professeur P. GEORIS
Année académique 1976-1977 21 Gr
3
SOMMAIRE
PP •
Avant-propos... 4
Résumé... 5
Introduction... 8
Première partie : analyse tripolaire... 23
Deuxième partie : épreuve vérificatoire ... 76
Troisième partie : valeur pédagogique du conte nande 134 Conclusions générales... 220
Bibliographie... 224
Thèse annexe... 235
Annexe III... 236
Table des matières... 275
AVANT - PROPOS
Au moment où nous franchissons une étape importante de notre vie, qu'il nous soit permis de remercier l'Uni
versité Libre de Bruxelles qui a contribué pour une très large part à notre formation intellectuelle.
Notre reconnaissance s'adresse tout particulièrement au professeur S. De Cpster qui a commencé la direction de cette thèse ainsi qu'au professeur P. Georis, l'actuel promoteur.
Nous remercions spécialement ce dernier pour ses directives ; elles nous ont été très utiles pour l'achèvement de ce
travail.
Nous pensons aussi à tous les professeurs et assistants, tant belges que zaïrois, qui nous ont apporté leur aide.
Nous ne saurions oublier le Musée Royal de l'Afrique Centrale de Tervuren où les professeurs A.E.Meeussen et
A.Coupez nous ont aidé à élaborer les volumes qui constituent les deux premières annexes de cette thèse et qui nous ont apporté leur concours pour la constitution d'un lexique
nande-français et français-nande créé à partir du texte nande de ces deux tomes.
Nous remercions le R.P. Rodegem de nous avoir prodigué ses conseils et de nous avoir fait bénéficier de son expé
rience au sein de la population rundi, proche de celle que nous étudions. Que le R.P. J. Hervio, qui a corrigé notre
manuscrit trouve ici l'expression de notre gratitude.
Nous pensons en ce moment à notre chère épouse, qui malgré ses préoccupations intellectuelles et ménagères n'a cessé un seul instant de nous témoigner son affection et de nous apporter son réconfort dans les multiples difficultés que nous avons traversées.
Nous remercions tous nos amis d'Europe et d'Afrique et plus particulièrement ces Nande qui ont bien voulu nous livrer ce patrimoine à partir duquel nous avons mené nos investigations. Nous n'avons pas déçu cette population et par elle le Zaïre tout entier puisque cette culture est à jamais conservée pour les générations présentes et à venir.
Que notre pays, le Zaïre, trouve dans cette oeuvre l'expression de notre reconnaissance pour nous avoir permis
de parfaire notre formation universitaire dans cette Insti
tution.
- 5 -
RESUME
C'est en pédagogue que nous avons séjourné pendant un mois, en 1969 - 1970 dans un village zaïrois (Buranga au Kivu) pour observer le mode éducationnel de cette population, partie de l'ethnie nande (dont nous-même sommes originaire). Nous avons limité notre recherche au domaine des contes qui sont récités tous les soirs autour du feujdans un but à la fois recréatif et édu
catif.
Quelles sont les méthodes que ce peuple utilise pour transmettre ce message éducatif et quelle est de manière systématique cette éducation 1 L'observation nous a permis de répondre à la première question.
La méthodologie du conte nande s'avère répétitive (on revient continuellement sur les mêmes thèmes, les mêmes chansons), active (l'auditoire participe active
ment à l'élaboration du conte), globale (le message s'adresse à tous les membres du groupe sans distinction de classe d'âge) et concrète (c'est en décrivant les réalités quotidiennes que les contes transmettent un enseignement et une leçon morale).
L'enseignement sur les phénomènes qui nous entou
rent est donné dans les contes étiologiques tandis que la leçon morale est présente dans tous les contes.
Pour déterminer de manière précise et systémati
que le contenu moral des contes, nous avons eu recours à une méthode toute particulière d'analyse ; la métho
dologie tripolaire. Les récits que nous avons examinés, quatre-vingt-dix contes sur un total de cent soixante- dix, nous ont révélé l'existence de trois protagonistes (le héros, l'anti-héros et le médiateur) dont l'interac
tion conduit à la condamnation d'un défaut ou à l'exal
tation d'une vertu. La population insiste davantage sur les défauts à éviter.
Les trois protagonistes sont porteurs d'un ensem
ble de traits moraux chacun. . Ces traits forment l'image idéale de chaque individu, image telle que se la représentent les Nande. C'est ainsi que par le conte ceux-ci invitent chaque membre de la collectivité à s'élever vers l'idéal, vers son modèle.
- 6 -
Les résultats que nous avons obtenus ont été confirmés par vingt juges dont dix africains et dix européens.
Nous avons prouvé par là que le conte nande joue un rôle édu catif important dans cette collectivité, ce qui était
l'objet de notre thèse.
7
S U M M A R Y
In 1969 - 1970 I speiit a month in the Zaîrian vil
lage of Buranga, Kivu Région, (of the Nande tribe, I myself belonging to that same tribe) in order to study, from
the educational point of view, the taies which are told round the fire in the evenings, and which serve a recrea- tional as well as an educational purpose;
Which are the methods used in order to transmit this educational message, and what is systematic in that éducation ? Direct observation enabled me to answer the first question.
The methodology of the Nande taies is répétitive (the same thèmes and songs are used over and again), active (the listeners participate actively in the élabo
ration of the taie), global (the message is addressed to ail members of the group, whatever their âge) and con
crète (by describing the realities of everyday life the taies transmit an éducation and a moral lesson).
The moral message is présent in ail taies, but etiological taies more over supply explanations about the naturel phenomena which surround us.
In order to détermine in a précisé and systematic way the content of the taies I used a particular method of analysis : the tripolar methodology. Ninety out of the recorded one hundred and seventy taies were examined in this way, and showed the existence of thiee protagonists (the hero, the antihero and the mediator) whose interac
tion leads to the condemnation of a fault or to the
exaltation of a virtue. Emphasis is laid on the faults to be avoided.
The sura-total of the moral features attributed to each of the three protagonists yields the idéal image of the individuel, as seen by the Nande. Thus the taies stimulate each member of the group to try achieve this model for himself.
Our conclusions were sumitted to twenty judges -ten African and ten Européen-, who found them to be right, providing further proof that the Nande taies play an important rôle in the éducation of the group, which was the aira of this study:
INTRODUCTION
1. Aperçu sur les problèmes posés
Au Zaïre, comme dans bon nombre de pays africains, se sont constituées deux classes d’individus : ceux qui sont restés dans les villages, cultivant les chaiaps, élevant le bétail, ou encore, le cas n'est pas rare, ceux qui vivent du produit de la pêche, de la cueillette et de la chasse. Cette catégorie de gens a bien sûr entendu parler de ce qu 'on appelle civilisation, c'est-à-dire des machines qui rédui
sent considérablement l'effort humain pour transformer le monde ambiant (automobiles, tracteurs agricoles, etc...).
Ils ont entendu parler de l'école, des hôpitaux, des centres de promotion rurale ; peut-être même les ont-ils fréquentés peu ou prou Mais quelle déception n'y ont-ils pas essuyée î Après un, deux ou trois ans de fréquentation scolaire, pour des raisons qu'ils ignorent eux-mêmes, ils se sont vu inter
dire l'accès de ces écoles. Les années passées dans ces établissements semblent être pour eux, une perte de temps, car ils rejoignent la condition de ceux qui étaient restés au village .' Essayent-ils de fréquenter les centres de promotion rurale ou des centres sociaux, les méthodes péda
gogiques qu'on y applique les déconcertent autant que la méthodologie scolaire qui avait causé leur échec à l'école ! Ces méthodes ne les intéressent en rien, tout simplement parce qu'inadaptées à leur fonds culturel.
Qu'on ne s'y trompe pas, car ce n'est pas seulement dans le domaine de l'instruction que le paysan zaïrois ou africain se trouve déconcerté. Il l'est même dans le domaine de la médecine et de l'hygiène. On lui administre des
médicaments dont on ne peut douter de l'efficacité interne,- mais voici que le médecin traitant ignore la psychologie de son malade. Le rituel, les formules incantatoires, les
gestes auxquels les ont habitués les guérisseurs du village, non seulement font totalement défaut dans la thérapeutique de l'hôpital, mais sont jugés superflus et superstitieux.
Que fait alors le villageois se trouvant en face de ce nou
veau monde incompris et incompréhensible pour lui ? Il re
tourne vers les us et coutumes de ses ancêtres. Il n'admettra certains éléments de la civilisation que pour éviter la
prison, les amendes, les ennuis avec les autorités adminis
tratives .
10 -
A côté de cette première catégorie d'hoiniaes, nous avons ceux qui ont plus ou moins réussi à assimiler la civilisation occidentale. Ils ont pu passer un certain nombre d'années à l'école et ont obtenu sinon un diplôme, du moins un emploi dans un centre urbain ou espèrent en trouver un. Retourner au village pour y habiter leur appa
raît une honte. Ils s'y rendront tout simplement pour y chercher une épouse ou pour visiter un parent malade.
Leurs habitudes et façons d'agir déplaisent à ceux qui sont restés au village:; tandis que ces citadins témoignent à leur tour, d'un certain mépris pour ces coutumes ancestra
les qu'ils jugent trop barbares.
Qui des deux a raison ? C'est bien là une question ambarrassante et à laquelle il n'est guère aisé de répondre.
Quel est en effet l'africain idéal aujourd'hui ? Est-ce celui qui est resté enraciné dans sa culture traditionnelle ou le jeune qui essaie de s'en évader pour se rallier au monde moderne ? "Un fait est certain cependant, dit P. ERNY, c'est qu'avec l'apport de la scolarisation occidentale, le zaïrois n'est plus seulement tourné vers le traditionnel, mais aussi vers le monde moderne, le monde industrialisé, le monde scientifique. Bon gré mal gré, il se trouve plongé dans le monde de l'industrie, des machines, de l'électronique et de la contestation. Comment concilier ces extrêmes 1 L'aspect traditionnel du monde comme son aspect moderne et scienti
fique font et façonnent la personnalité du zaïrois. Renier le traditionnel au profit du moderne serait vivement ressen
ti comme une horrible mutilation de cette personnalité"
(33, 63). (1)
(1) Nous insérons les références bibliographiques dans le texte. Ainsi (33, 63) signifie que l'auteur cité porte le numéro 33 dans la bibliographie de notre thèse et que la citation se trouve à la page 63 de cet ouvrage.
11
L'aspect technique de ce monde est un acquis de l'humanité que l'on ne saurait délaisser au profit de l'as
pect traditionnel.
L'homme idéal du continent africain sera, pensons- nous, celui qui, d'une part aura réussi à assimiler la cul
ture technocratique étrangère et qui, d'autre part, retour
nera en son milieu d'origine pour le transformer et le déve
lopper grâce aux nouvelles connaissances qu'il aura acquises.
Car le développement du milieu africain ne peut se réaliser en marge de cette population qui 1'habite et qui en tire sa subsistance. C'est dire que le peuple doit être promu, éduqué en vue de transformer son propre milieu.
Cette éducation de la masse, l'école n'a pu la réali
ser. Pourquoi ? Plusieurs raisons peuvent être évoquées.
Mais les principales semblent être les suivantes :
- l'école, telle que nous la connaissons au lourd'hui au Zaïre. et dans l'Afrique noire, est hautement sélective et sacrifie par ce fait un grand nombre d'élèves qui retournent au village ou se livrent au vagabondage dans les centres urbains. Le système éducatif actuel ne prévoit rien pour la réintégration sociale de ceux qui quittent prématurément l'école. Ainsi, loin de devenir des promoteurs de la condition socio-éco
nomique de leur milieu, ils en deviennent au contraire, dans la plupart des cas, des éléments sinon nuisibles du moins inefficaces.
- L'école est inadaptée aux besoins réels de nos po
pulations qui sont avant tout agricoles. L'école, pose-t-elle comme objectif prioritaire le dévelop
pement de ce secteur vital ? Elle se complaît à enseigner tout un ensemble de connaissances qui ne servent pas directement a la promotion du milieu
socio-économique. Ces connaissances abstraites, dépour
vues d'intérêt pratique, ne font que contribuer à élargir le fossé entre les deux catégories de per
sonnes dont nous avons précédemment parlé.
- Cette école est non seulement inadaptée dans son contenu d'enseignement, mais aussi dans sa méthodo
logie . Les matières qui y sont.enseignées sont
transmises par des maîtres qui ignorent les méthodes éducatives traditionnelles, soit parce que celles-ci n'ont jamais été présentées au public de manière
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systématique, soit parce que ces maîtres ne se sont jamais posé de question concernant leur utilisation au niveau scolaire.
Dans cet état de choses, les élèves vivent un double système éducatif. A l'école, ils sont soumis à un rythme de vie formel, où il y a un adulte (le maître) qui parle à un groupe d'enfants du même âge, réunis dans une classe. Il leur parle dans une langue qu'ils ne comprennent pas bien. Les ru
diments de sciences qu'ils apprennent sont abstraits et sans application concrète dans leur milieu. Mais ces élèves,
aussitôt rentrés au village, sont plongés dans une communauté où on ne distingue pas un monde d'adultes différent de celui des enfants.
Nous nous posons la question de savoir si ce milieu naturel de l'enfant possède un mode éducationnel qui lui soit propre. Notre travail a précisément pour but de montrer que dans cette société, il existe un système éducatif cohé
rent.
2. Objet de la thèse
L'enseignement dispensé aujourd'hui en Afrique est très semblable à celui de la période coloniale et toutes les tentatives de réformes ont été, dans la majorité des cas, d'une importance marginale. Le système actuel s'est avéré inefficace tant du point de vue productivité des
éléments formés, que du point de vue des dépenses occasionnées C'est pour cette raison que les pays de l'Afrique noire cher
chent de nouvelles méthodes d'enseignement qui soient plus a- daptées au contexte socio-culturel africain. Ces réformes ne seront cependant efficaces que dans la mesure où elles auront un fondement dans la culture même de ces populations. Car qu'est-ce qu'éduquer, sinon, conduire, élever un individu
13
d'un état vers un autre état jugé plus parfait’ Eduquer vient en effet du verbe latin "e-ducere" qui signifie
"conduire hors de". L'éducation comprend ainsi deux termes : un terminus a quo et un terminus ad quera. Le premier terme, pour ce qui concerne les populations africaines est l'ensem
ble des éléments culturels et sociaux sur lesquels se fonde la vie de ces peuples. Le terminus ad quem étant la sociali
sation de l'individu dans le concert des nations.
Dans notre recherche, nous nous limitons au premier terme de ce domaine éducatif. L'étude porte sur une ethnie du Kivu, en République du Za'îre^qui porte le nom de Nande.
Ce travail veut montrer que les contes de cette ethnie jouent un rôle éducatif dans cette société.
Pourquoi précisément avoir choisi les contes ? Parce que, jadis comme à notre époque, le conte en .Afrique, est le moyen éducatif par excellence dans les villages. Le pres
tige du conte est en effet demeuré intact dans ces milieux.
Partout dans les villages, enfants et adultes, réunis au
tour du feu, écoutent ces récits parfois tard dans la nuit.
Ces contes la plupart du temps enrichis par de très mélo
dieuses chansons et éveillant le sens de la poésie, du
rythme et du beau sentiment, recèlent en plus dë toute cette richesse, une valeur éducative indéniable. Quelle est cette éducation ? Feut-on la présenter de manière systématique "i Quel est le contenu de cette éducation ? Comment se trans
met-elle à la jeune génération ? Nous allons répondre à toutes ces questions en cherchant les techniques éducatives que ce peuple met en oeuvre dans les contes pour éduquer et former l'homme dans son milieu.
- 14 -
3. Cadre sccio-culturel du peuple nande
1° Nécessité de ce cadre pour notre étude
"Pour comprendre la mentalité de l'homme traditionnel, die P. ERNY, il faut nécessairement partir de son milieu écologique et voir comment il vit, se loge, se vêt, se nour
rit et se déplace, quelle terre il travaille, quels animaux il élève, de quels biens il jouit en abondance et de quels autres il est dépourvu , L'ensemble de ces données forme la toile de fond à laquelle il faut se référer pour procéder à l'analyse de ce que peut être la condition humaine en telle région" (32, 135). Nous ne pouvons en effet juger à sa juste valeur les résultats de notre analyse que si nous con
naissons les conditions de vie de cette ethnie.
2° Origine du peuple nande
Les Nande dont nous sommes originaire, au milieu desquels nous avons vécu et recueilli ces contes, forment une des nom
breuses tribus du Zaïre. Ils sont actuellement évalués entre un et deux millions d'habitants (2, 64) et occupent principa
lement les zones de Béni, Lubéro, Rutchuru et Goma en Républi
que du Zaïre. Beaucoup de Nande sont allé s'installer dans les grands centres comme Kinshasa, Kisangani ec Lubumbashi. En Ouganda, sur les contreforts du Ruwenzori, on compte plus de 300.000 Nande appelés Konjo. C'est d'ailleurs de Kitara, en Ouganda, que les Nande arrivèrent vers le milieu du 17ème siècle pour s'établir sur le territoire qu'ils occupent aujour
d'hui et d'où ils refoulèrent les Pygmées (66, 116).
Les Nande sont attachés à la terre qu'ils cultivent pour leur propre subsistance d'abord, pour se procurer les produits de commerce ensuite. Ils élèvent tant le petit que le gros bé
tail:
15
Aspect socio-politique de ce peuple
Les Nande formaient jadis une confédération. Il
existait en effet plusieurs grands chefs qui représentaient les grandes familles du temps de l'immigration.
Biondi régnait sur le groupement des Swaga par exemple.
C'est dans son groupement (un des principaux) que nous avons recueilli nos contes. Ces différents chefs se concertaient pour discuter du fonctionnement de la collectivité.
A l'époque coloniale, ces rassemblement avaient lieu à Lubero, un chef lieu de territoire. Plusieurs contes font allusion à cette grande réunion.de chefs :
Conte no 15, paragraphe a
"... chaque .fois qu'il se rendait au grand rassemble
ment des chefs, il partait avec la reine".
Et plus loin, au paragraphe 1, nous lisons :
"... comment est-ce possible, dirent-ils, une reine qui mange tant de bonnes choses, celle qui accompagne
toujours le roi dans la grande assemblée des chefs “l"
Cette collégialité des chefs se retrouvait aussi dans chaque secteur et comprenait le chef local et les pères de familles. Chaque fois qu'il y avait une décision importante prendre, le chef convoquait ses gens et les consultait.
Le conte no 7, paragraphe g dit ceci :
"Le roi battit le tam-tam et rassembla tous les hommes."
Ces derniers payaient le tribut au chef. Cette dîme consistait en divers dons. C'est ainsi que, par exemple, une partie des récoltes du champ revenait au chef. Périodiquement aussi, on lui devait une partie de son bétail et chaque fois que l'on préparait de la boisson, on lui en donnait une cale
basse.
Le chef, quant à lui, était tenu d'apporter à ses sujets un soutien tant matériel que moral et spirituel.
Il devait en effet veiller sur les cultures en recourant à divers moyens magiques ou en invoquant Dieu pour que les champs soient fertiles et que les troupeaux soient féconds.
Nous nous souvenons ici du conte no 5, paragraphe a :
"Je donnerai ma fille à celui qui m'apportera le raphia, oui à celui qui viendra le planter ici dans la cour. Car il me
tôt
16
faut absolument de la pluie". On croit, dans ce milieu là, que le raphia apporte la pluie.
Le chef, appelé roi dans les contes, protège ses sujets contre les calamités qui peuvent frapper le pays à la suite de certains sacrilèges. C'est ainsi que nous voyons le roi intervenir dans le conte no 109 pour préserver son royaume (voir paragraphe c) d'un grand malheur. Car une famille a engendré une éponge. Le roi ordonne que le mari paye dix chèvres pour effacer ce forfait. Le chef est donc ainsi l'intermédiaire entre les hommes et Dieu. C'est lui qui fait le sacrifice annuel à Dieu pour lui demander la bénédiction sur le pays. C'est lui le plus grand de tous les anciens du village et qui donc constitue la tête de la chaî
ne qui lie la génération présente au monde des ancêtres.
Croyances traditionnelles
Dans leur théodicée, les Nande croient en l'existence d'un Dieu suprême et unique, un Dieu transcendant. Ils lui donnent plusieurs noms : Nyarauhanga, Hangi, Omûkulu. Les deux premiers termes laissent entendre le verbe "erihangika" qui signifie "créer". Le dernier terme signifie "Le Grand". Dieu est le tout Grand, le Créateur de tout ce qui est. D'après les croyances primitives, /^yamuhanga habite dans les pro
fondeurs de la terre avec nos ancêtres qui ont quitté cette vie. Le conte no 83, aux paragraphes d et e parle du Roi des Volcans qui fait l'appel des morts. Dieu séjournerait donc là-
bas. Il
a crée le monde. Celui-ci est constitué d'hommes, d'animaux, de végétaux et de minéraux. Entre Nyarauhanga et le mondejil y a les Esprits. Ces Esprits furent aussi créés par Dieu. C'est entre leurs mains qu'il a laissé le gouvernement de ce monde. Si Dieu a laissé le gouvermement de ce monde entre leurs mains, il ne se désintéresse cependant pas du sort des humains. Il y a comme un principe immanent qui unit Dieu à ses créatures.
Les Esprits se divisent en deux catégories, les bons et les mauvais. Les bons Esprits, appelés Abalimy (singulier Omylimy), veillent sur les hommes. Le plus grand et le plus
17
magnanime parmi eux, c'est Nyâbingi, la mère de l'abondance (54, 19). C'est elle qui donne la fécondité aux femmes stériles et une moisson abondante.
Il y a aussi l'Esprit protecteur des animaux, Kal^sya, c'est-à-dire le berger. Il veille sur les animaux, tant sauvages que domestiques.
Les mauvais Esprits portent atteinte à la vie de l'homme. Eb:^r^my est leur nom (singulier ek^r^mi^).
Les Esprits bons et mauvais peuvent apparaître sous forme humaine bien qu'ils soient esprit pur comme Nyamuhanga.
Ils furent les uns créés directement comme tels par Dieu, les autres sont les âmes désincarnées de ceux qui sont morts, ce qui correspond aux Mânes des Romains. Les mauvais parmi eux persécutent et diminuent les forces vitales des membres de leurs familles tandis que les bons protègent et renforcent cette vie.
Parmi les hommes, il y a aussi des bons et des mau
vais. Les bons sont les généreux, les guérisseurs et tous ceux qui font le bien. Les mauvais sont les sorciers qui ont le pouvoir magique d'agir à distance sur leurs victimes.
C'est eux qui, par méchanceté, par haine et jalousie, pro
voquent les maladies et sèment la mort. Pour se protéger contre leurs maléfices ainsi que contre les méfaits des mauvais Esprits, il faut consulter les devins et les guéris
seurs. Ceux-ci possèdent le moyen magique d'éloigner ces maléfices. Les guérisseurs sont des médecins possédant un véritable art de guérir et connaissent moult plantes médi
cinales.
Quand l'homme meurt, son esprit, son âme s'en va au fond de la terre où il trouve la demeure des bonnes gens s'il s'est conduit selon les normes de la collectivité.
Les âmes des méchants errent sur cette terre et continuent a nuire.
Les hommes, pour calmer ces Esprits mauvais et éloigner le mauvais sort, leur offrent des sacrifices. Ils offrent aus si des sacrifices aux bons Esprits pour garder leur bonne amitié et leur protection. A des périodes déterminées, on sacrifie à Dieu pour lui demander sa protection et sa béné
diction.
18
4. Méthode de travail
Nos premiers travaux remontent à 1969. Ayant été pédagogue praticien dans certaines écoles du Zaïre, nous avons toujours été frappé par le système dualiste qui pré
vaut dans l'éducation du jeune élève. Celui-ci reçoit à 1' ecole un enseignement de type occidental pendant la journée.
Le soir, quand il rentre au village, il se trouve plongé dans un autre système éducatif, de type traditionnel. Les deux en
seignements s ' ignorent pour une grande part. Curieux de sa
voir quel mode éducationnel on pratiquait au village, nous avons séjourné durant un mois dans une localité du Kivu, Buranga. Là, nous avons observé le type d'éducation qui est transmis dans le. domaine bien particulier du conte.
Pourquoi avons-nous choisi Buranga de préférence à toute autre localité 1 Plusieurs raisons y ont contribué :
- C'est là qu'habitent les oncles maternels de l'ancien chef B^ond^. Ce fait est d'une très grande importance, car les oncles maternels sont par excellence censés être les conservateurs des coutumes.
- Dans cette localité, le prédécesseur de Bi^ond:^, Eihya, repose dans un énorme tombeau formant un grand bosquet. Il y a là des rites de mort qui se déroulent et qui sont riches de signification.
- A Buranga se trouvent réunies deux des caractéristi
ques de la culture nande : un sanctuaire du culte aux Mânes et aux Esprits et un grand xylophone qui accompagne les danses traditionnelles^
- Buranga enfin, au point de vue géographique, est au centre de la région des Swaga qui est l'une des principales formations claniques chez les Nande.
D'après le recensement effectué par nous-même le
27/12/1969, le village comptait 402 habitants répartis comme suit :
87 hommes (y compris les célibataires) 119 femmes (y compris les célibataires) 105 filles (en-dessous de l'âge du mariage)
91 garçons (en-dessous de l'âge du mariage)
19
C'est autour du feu, dans les cases, que nous avons enregistre sur des minicassettes 218 contes totalisant 35 heures de parole. Les enregistrements ont été faits du 11/12/1969 au 10/1/1970. Les deux premières annexes de notre thèse contiennent 170 de ces contes (1). Les contes qui ne figurent pas ici sont conservés à Tervuren et sont destinés à être publiés ultérieurement.
Les conteurs tenaient eux-mêmes le micro de l'enre
gistreur et se le passaient ainsi de main en main. Ils trouvaient un plaisir inoui à entendre l'enregistrement de leur propre voix, car nous écoutions ensemble quelques uns des contes enregistrés. Ils se sont littéralement disputé le micro pour conter.
Nous avons eu la joie et le réconfort de voir le grand chef B^ond^ assister a certaines de nos séances malgré sa longue maladie. 11 écoutait, encourageait et rectifiait parfois les récitants. Peu de temps après, nous apprenions
le triste décès de ce chef, survenu à Musyenene, colline voisine de Buranga, le 21/1/1970. Il mourut à l'âge de 75 ans.
Les bandas contenant le texte nande ont été déposées au Musée de Tervuren.. Une copie se trouve à la bibliothèque de
l'Université Nationale du Zaïre au Campus de Kinshasa et de Lubumbashi.
L'annotation du texte nande a été contrôlée par les professeurs A.E.Meeussen et A. Coupez du Musée Royal de 1' Afrique Centrale ainsi que par le professeur L. Stappers et M. Bbemon (2).
2ème annexe 3ème annexe
(1) Notre thèse comporte trois annexes :
1ère annexe : premier tome contenant 100 contes deuxième tome contenant 70 contes
dépouillement de 90 contes analysés par KAVUTIRWAKI Karabale. Cette annexe se trouve a la fin de cette thèse.
(2) Ce dernier prépare une thèse de doctorat à l'Université de Paris, sur la phonologie et la morphologie nominale nande. Il est nande d'origine et de culture.
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Dans les deux premières annexes, le texte nande fi
gure sur les pages de gauche tandis que sur celles de droi
te se trouve la traduction française. Pour en faciliter la correspondance (nande-français), nous avons divisé le texte en paragraphes désignés par les lettres minuscules a, b, c, etc... Pour la transcription du texte nande, nous avons adopté les signes conventionnels suivants :
Le nande compte 7 phonèmes vocaliques (1) : i> U, , 2>, a
Par exemple
i comme dans omubiri : le corps i comme dans omçb^r:^ : le travail
U comme dans eribuga' : terminer, y comme dans er^byga : parler
£ comme dans ^rit^ka : fonder un foyer 3 comme dans i^rit.iga : tomber
a comme dans t^^Itaga : se sentir choyé Le ton haut (.') et le ton bas (dans notre texte, absence de ton signifie ton bas) constituent des phonèmes supra-segmentaires :
£rihanga : faire le beau temps hrihânga : lier
er^s\nga : faire du feu er^s^nga : vaincre.
Il existe encore le ton montant ( ) et le ton (") qui semblent toutefois ne pas avoir de valeur phonologique
(l) Pour les consonnes, il ne se pose pas de problèmes spéciaux, sauf que
g dans notre texte représente y ainsi amayijta (l'huile) s'écrit amagçta
b dans notre texte représente ,0 ainsi (la peur) s'écrit obuba
En ce qui concerne les voyelles,
e représente ^ iilkindu s'écrit, ekindu (la chose) o représente O .^^undu s'écrit obundu (la pâte)
Pour plus d'informations, nous prions le lecteur de consulter notre lexique nande-français et français-nande que nous venons d'élaborer à Tervuren.
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La traduction en français est "littéralo-littéraire"(l) Elle a été revue par les professeurs A. Coupez et L.de Sous- bergh.
Nous avons quitté Buranga avec un matériel important que nous avons immédiatement dépouillé afin de dégager un complément d'information au sujet du problème qui nous préoccupé. Nous avons eu recours à l'analyse de contenu pour explorer les aspects éducatifs de ces contes et complé
ter ainsi les résultats que nous avions obtenus grâce à l'observation durant notre séjour dans ce village.
Nous utilisons donc deux méthodes dans ce travail.
D'une part, l'observation et d'autre part la méthodologie tripolaire. Nous exposerons celle-ci dans le développement du sujet (2). Les résultats de cette analyse ont été confir
més par le recours aux juges qui ont coté comme nous un échantillon de ces contes. Ils ont en effet analysé vingt quatre contes des quatre-vingt-dix que nous avions traités.
(1) "Littéralo-littéraire", signifie que nous avons tenu à rester le plus près possible du texte original tout en tenant compte du génie de la langue française. Nous avons donné un exemple de traduction littérale dans la troisième partie de notre thèse. Voir ^•33jp-
(2) Infra, Première partie:Analyse tripolaire^ p. 30,
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5. Divisions de l'étude
Les divisions de cette recherche découlent de la nature même du sujet. Son objet est en effet de déterminer
le rôle éducatif du conte nande. Il nous a donc fallu d' abord élaborer une méthode d'analyse pour extraire de ce matériel les éléments éducatifs qui y sont contenus. C'est pour cette raison que, en une première partie de notre
étude, nous abordons le problème de l'analyse de contenu sous son mode particulier et nouveau : l'analyse tripolaire.
Après avoir mis au point cette méthode, nous avons fait une: première approche en analysant un échantillon important de contes. Les résultats auxquels nous avions abouti, étaient- ils objectifs ? Pour en être certain, nous avons soumis
certains contes à vingt juges et analysé leurs résultats.
Seuls ont été retenus les thèmes unanimement acceptés par les divers groupes d'analystes. C'est cette deuxième partie de la thèse que nous avons appelée "l'épreuve vérificatoire",
Les contes sont essentiellement éducatifs. Quelle est cette éducation transmise par ces récits et comment se trans
met-elle ? En une troisième partie, nous dégagerons cette valeur pédagogique du conte nande.
PREMIERE PARTIE
ANALYSE TRIPOLAIRE
1. Introduction
L'objectif de notre recherche est de préciser la va
leur pédagogique du conte nande. Pour déterminer ce contenu, il nous a fallu trouver une technique d'analyse qui soit scientifiquement valable et qui puisse éviter le subjectivis
me. C'est ainsi que nous avons utilisé l'analyse de contenu.
Qu'est-ce que cette technique ? C'est à cette question que nous allons a présent répondre.
2. L'analyse de contenu
2.1. Définition
L'analyse de contenu est une démarche qui cherche a extraire un contenu notionnel d'un document quelconque.
B. BERELSüN en donne la définition suivante ; "L'analyse de contenu est une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste des communications, ayant povir but de les interpréter"
(6,489 et 5,18).
Une formule consacrée dans le langage de l'analyse des communications sociales est la suivante : "Qui dit quoi, à qui, avec quels effets ?"(99, 213 et 11, 608). Nous étudierons
chacun de ces éléments. Qui raconte ces récits ? A qui les raconte-t-on ? Dans quel but narre-t-on ces contes ? Nous parlerons de ces "topos" dans les données du conte
nande d'abord, puis de manière plus explicite dans la partie qui abordera la méthodologie du conte nande. La technique d'analyse que nous allons élaborer concernera le quoi, c'est- à-dire ce qui est contenu dans le conte.
Or ce contenu est traduit en mots. C'est par des mots en effet que les individus ou les colleccivités communiquent entre eux. Ces mots peuvent être exprimés par l'écriture ; nous avons alors des textes ", ou exprimés oralement ; c'est le cas pour la tradition orale. Les contes relèvent de la
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tradition orale. Mais un fait est indéniable, c'est qu'après avoir recueilli ces récits, nous les avons consignés par l'écriture. Et ce sont ces textes écrits que nous soumettons à l'analyse. Celle-ci ne sera donc pas aisée à réaliser du fait qu'il faudra tenir compte de ces deux caractéristiques : le fait que le conte relève de la tradition orale et deuxiè
mement le fait qu'il se trouve traduit en texte. Ainsi pour interpréter ces récits, nous devons tenir compte.de leur caractère d'oralité. Nous considérons que notre recherche répond à cette double exigence, car nous avons veillé dans le développement de notre sujet a spécifier les élé
ment qui pouvaient induire nos juges en erreur. Nous avons interprété ces données en tenant compte de la culture propre du peuple nande (1). Nous avons pris une deuxième précaution;
dans la troisième partie de l'étnde, non seulement nous avons dégagé le contenu éducatif des contes tels qu'ils sont écrits, mais avons aussi reproduit un conte avec toutes les.
caractéristiques qui ont accompagné ce récit lors de son enregistrement. Le but de cette transcription est de déga
ger la méthodologie de la transmission du conte.
Pour connaître et pénétrer la pensée ainsi que la signification de l'expression individuelle ou collective, il faut analyser ces matériaux en leurs éléments constitu
tifs et les plus simples qui soient. Dans la technique d'analyse de contenu, le chercheur fixe selon ses préoccu
pations les éléments constitutifs simples qui lui serviront d'unités d'analyse. Nous avons choisi pour notre recherche, le thème comme unité d'analyse (2).
(1) Cf. Première partie, choix des thèmes (thèmes cotés suivant la culture nandep. 38.
Deuxième partie, thèmes non retenus dans l'épreuve^ p. 84 (2) Cf. Première partie, canevas méthodologique général, p. 29
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^.2; Caractéristiques
^.21. D^imens^on _s^n^axi3^ue £t_s£man_ti£ue
L'analyse de contenu embrasse la dimension syntaxique et sémantique de la communication.
Elle cherche à dégager le sens de la communication et à 1'interpréter. L'interprétation est une transposition du texte étudié dans un langage normalisé convenant à l'étude systématique de son contenu.
Nous avons deux sortes d'interprétations.
L'interprétation lexicale d'abord. Celle-ci est une substitution, aux phrases du texte, d'un nombre variab
le de "mots-clé" choisis pour désigner les concepts jugés essentiels, dans la perspective de l'enquête que l'on s'est fixée. L'analyste qui interprète doit ce
pendant veiller à éviter une interprétation sémantique trop libre, par èxemple, en regroupant abusivement des notions différemment exprimées dans les textes.
Dans l'interprétation lexicale, il faut également éviter la simple transcription littérale où l'on con
serverait les termes propres du texte.
Dans notre cas, nous n'allons pas conserver non plus les termes propres du conte, mais nous chercherons des notions abstraites qui se dégageront du texte des contes.
Ensuite, il existe l'interprétation syntaxique qui consiste à ajouter aux "mots-clé " un certain nombre d'indications de nature à préciser les rapports logi
ques que ceux-ci entretiennent dans les limites d'une séquence donnée. Prenons par exemple cette phrase : racisme des blancs à l'égard des locataires venus des pays du Tiers-Monde. Racisme, blancs, locataires,
Tiers-Monde sont les"mots-clé". La simple juxtaposition des "mots-clé" peut conduire à des équivoques telles :
racisme au Tiers-Monde
attitude des locataires envers les blancs, etc...
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Nous expliquerons plus loin la procédure que nous ' avons suivie pour établir ce rapport logique entre la notion abstraite et le texte du conte (1).
^'.22, É^_con^en^u_d£i^
Des analystes différents se penchant sur un même conte
nu devraient arriver aux mêmes résultats. Cette objecti
vité n'est possible que par l'utilisation des règles strictes, des consignes claires et des catégories sé
mantiques parfaitement définies et précises. L'attitude de l'analyste n'est certes pas neutre, mais elle est plus objective par l'utilisation des règles strictes d'analyse; Si un texte était soumis à plusieurs juges, on devrait arriver au même résultat. Nous testerons cette objectivité en soumettant quelques contes aux juges et en comparant leurs résultats aux nôtres (2);
^,23. d£_coii^enu_sera ^£t£mati^que
L'analyse de contenu sera non seulement objective, mais aussi systématique. Les catégories choisies se doivent non seulement de répondre à des qualités de clarté et de précision, mais elles doivent être totalisantes. C'est-à- dire que tout le contenu du corpus doit y être présent.
Le résultat doit pouvoir être extrapolé, généralisé.
C'est grâce à cette systématisation que nous avons pu dégager plus facilement le mécanisme employé par la tri
bu nande pour se créer un idéal à travers les personnages qui interviennent dans le conte (image idéale de l'honune, de la femme, du jeune homme, de la jeune fille, de
l'enfant, etc;..)
(1) Cf. Première partie, choix des thèmes, p.35.
(2) Cf. Deuxième partie,_4.53 critères de choix des traits caractéristiques, p. 120.
- 23
^.24. L'a^nal^se de_c£n;ten.u_do^it^
Enfin, une dernière exigence que doit remplir cette technique de recherche, c’est d'être quantitative.
Elle ne cherche pas à évaluer plus ou moins l'impor
tance de tel ou tel élément dans le texte, mais à chiffrer précisément les occurences des corrélations internes entre les éléments. Elle doit pouvoir se prêter à des jeux mathématiques, le plus simple de ces jeux étant l'addition des fréquences.
Dans^notre recherche, nous avons recouru au calcul du X pour vérifier certaines hypothèses.
2.3. Types
Les auteurs distinguent généralement deux méthodes dans la technique de l'analyse de contenu. Il y a d'abord l'ana
lyse sJjL^ct^^ qui s'attache exclusivement à la recherche de certains thèmes privilégiés et l'analyse exhaustive. Celle- ci tente une compréhension de la totalité du texte sans omettre le moindre détail signifiant.
Parlant de ces deux formes, C. PIAULT écrit ; "De fa
çon générale, l'analyse de contenu procède au moyen d'un ensemble de catégories sémantiques et logiques agissant comme une véritable 'grille' ou viennent en quelque sorte se déposer les matériaux cherchés. Dans l'analyse sélective, la grille est construite en vue d'un objectif fixé a priori, qui en détermine les dimensions ; tandis que l'analyse exhaus tive nécessite l'élaboration d'une grille universelle, per
mettant de filtrer le texte dans la totalité de ses implica
tions" (75, 9).
L'analyse exhaustive peut encore être appelée analyse exploratoire par opposition à l'analyse vérificatoire sui
vant la présence ou l'abscence d'hypothèses au départ de l'analyse.
Pour notre recherche, nous utilisons l'analyse sélec
tive, vérificatoire. Notre étude vise en effet à dégager de
- 29
manière systématique la pédagogie du conte nande. Autrement dit, nous nous posons la question de savoir comment le grou
pement social nande éduque l'homme. Pour cette société, quelle est l'image idéale du roi, de l'homme, de l'épouse, de
l'enfant, etc... Nous n'allons donc chercher que les éléments éducatifs relatifs à certains personnages.
2^.4. Canevas méthodologique général
Le canevas méthodologique de l'analyse de contenu comporte deux démarcher, essentielles. La première est le découpage de l'élément significatif en un certain nombre d'unités. La seconde démarche étant la quantification suivie de l'interprétation de ces unités. Dans la littérature clas
sique en matière d'analyse de contenu, on utilise généralement comme unité de recherche le mot ou le thème.
Quand on choi.sit le mot comme unité d'analyse, on
compte combien de fois certains mots reviennent dans le texte.
Le mot est l'unité la plus petite. On peut cependant aller au- delà du mot et choisir une unité d'analyse plus large que le mot et correspondant à l'idée contenue dans un fragment du
corpus. Cette unité est le thème. L'analyse va donc plus loin que le simple comptage des éléments constitutifs. On cherche des associations entre ces mots, des corrélations pour aboutir ainsi à une analyse d'ordre structurel, d'ordre global.
Le thème a été choisi par beaucoup d'analystes comme unité de base de leurs recherches. "Le thème est une asser
tion, une affirmation, une proposition relative à un sujet"
(31, 151). Dans cette définition, les termes utilisés par M. DUVERGER nous viennent de différents auteurs. C'est ainsi que dans la littérature analytique, les chercheurs ont utili
sé différents termes pour désigner le thème. Celui-ci est une "assertion, une affirmation" (61 ), une "proposition"
(58 ), une "idée" (56 ), une "thèse" (102 ).
C'est le thème que nous avons choisi comme unité d'ana
lyse de nos contes; Cette unité répond à notre objectif car étant plus large que le mot elle enclut en son sein des idées et des vérités exprimées dans l'enchaînement des propositions
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du texte. Un critère empirique aide à en fixer les limites.
C'est l'abscence d'ambiguités sémantiques. Un thème s'arrête au moment où l'abondance des concepts nécessaires à son expression provoque des ambiguités syntaxiques ou des confu
sions avec d'autres thèmes. L'analyste cherche donc à arrêter cette unité au moment où il y a un risque de confusion. C'est pour éviter ces équivoques que nous avons préféré formuler en un terme le substrat que nous retirerons des différentes par
ties du message à analyser et qui se rapporte à chacun des personnages que nous allons rechercher dans le texte."Car le
thème peut être représenté soit en une courte phrase : le bien vainc le mal, le destin décide de tout; ou en un trait général du comportement humain : amour, avarice, etc...
(42, 311). C'est cette dernière formulation que nous avons choisie pour notre analyse. Nous déterminerons les traits comportementaux des personnages du conte.
3. La méthodologie tripolaire
1; L'hypothèse de base
Nous venons d'esquisser le canevas méthodologique géné
ral de l'analyse de contenu ainsi que les conditions que cette dernière doit remplir. La grille méthodologique où viennent se déposer les matériaux cherchés est construite par le cher
cheur lui-même en fonction du but poursuivi par son étude.
Notre but est de voir comment les Nande à travers les contes éduquent l'homme. Ils éduquent celui-ci en partant de sa situation concrète et en l'élevant vers une image idéale de ce qu'il devrait être . Les Nande en racontant ainsi ces récits possèdent un modèle pour chacun des membres de la communauté. C'est ainsi par exemple que le roi sera présenté tel qu'il se comporte dans son royaume avec ses qualités et ses défauts. Mais le conte qui parlera de ce roi sera cons- tuit de telle façon qu'il condamnera le mauvais roi ou magni
fiera le bon monarque. Les conteurs ne présentent pas tou
jours directement tel ou tel personnage. Ils le camoufleront
31
sous le nom d'un animal, d'une plante ou d'un, quelconque objet. Car dans les contes, les animaux, les arbres et les choses parlent et agissent comme l'homme. Est-ce pour éviter de blesser la susceptibilité d'un tel ou d'un tel ? Est-ce pour donner au récit plus d'originalité, plus d'intérêt ? Que ce soit pour l'une ou l'autre de ces raisons ou pour les deux à la fois, l'auditoire comprend directement quelle est la vertu prônée ou le défaut condamné et opère à travers ce récit sa propre idéalisation et sa sublimation. C'est ainsi qu'à travers les personnages du conte, les Nande éduquent les membres de leur collectivité clanique. De quels personnages
s'agit-il ? Nous sommes partis de cette hypothèse : C'est qu' v»n conte est conctitué par trois pôles représentés chacun par un personnage : le héros, 1 'anti-héros et le médiateur.
Qui sont ces personnages et comment arriverons-nous à les mettre en évidence dans un conte ?
^.2. Définition de la méthodologie tripolaire
^.21. Ori^gine^
C'est à la suite des études faites sur la morphologie du conte, études menées d'une part par V. PROPP quant à ce qui concerne les contes russes et d'autre part par D. PAULME pour ce qui est des contes africains, que nous sommes arrivé à formule-lnotre hypothèse.
Nous partons de l'hypothèse que le conte nande se cons^
tuit autour de trois protagonistes : le héros, l'anti-héros et le médiateur et que c'est à travers cës personnages que les Nande éduquent les membres de leur collectivité à la pratique des vertus.
Comment avons-nous procédé pour déterminer ces personna
ges ? D. PAUME, comme nous allons le voir plus loin (1), ana
lyse les contes en termes de "situation". Elle a trouvé que trois états caractésirent le conte :
- une situation normale au départ ;
- la détérioration de cette situation normale ; - le rétablissement de la situation normale.
(1) Infra, p:é3”.
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Ce sont ces trois états définis par D. PAULME qui nous ont inspiré l'élaboration de la méthode tripolaire.
Notre but pédagogique étant de voir comment les Nande édu
quent l'homme dans leur société par le conte, nous avons analyse les contes, non pas en termes de situation, mais en termes de personnages qui sont en relation directe avec ces trois situations. C'est ainsi que le premier personnage, le héros, est choisi en fonction de la situation normale du départ. Tandis que celui qui vient détériorer cette situa
tion normale porte le nom d'anti-héros et enfin celui qui rétablit l'équilibre rompu par l'anti-héros est le médiateur.
Certes, il y a plus de trois personnages dans chaque conte. Mais le récit semble se nouer autour de trois prota
gonistes qui mènent le jeu. Les autres ne sont présents que pour étoffer l'histoire. Ainsi par exemple pour le conte no 2, les principaux acteurs sont :
-l'épervier = héros
-le corbeau = anti-héros -le chef avec ses hommes = médiateur.
A côté de ces personnages, nous avons les autres qui sont : -les enfants de l'épervier (1)
-les enfants du corbeau -les jeunes filles -les cultivateurs.
Lorsque nous considérons les différents états, les diverses situations que traverse ce conte, nous voyons que seul le premier groupe de personnages est important et que les au
tres personnages n'interviennent pas directement dans les situations du conte. Ces situations sont :
1° La situation initiale de manque, mais un manque que l'épervier veut combler. Il a constaté l'état de famine dans lequel les deux familles vivent.
Il s'empresse d'aller chercher des vivres pour que justement il y ait une situation normale où tout le monde a de quoi manger. L'épervier est le héros du conte, car il est en relation directe avec cette situation initiale d'équilibre.
(1) Nous disons "les enfants"de l'épervier et du corbeau et non "les petits"de l'épervier et du corbeau parce que dans les contes les animaux sont personnalisés ^ Is-i
33
2° La rupture de cet équilibre : un personnage empê
chera la réalisation de ce bonheur. C'est le cor
beau. En effet, par jalousie, il vole les enfants de l'épervier et s'enfuit avec eux dans leur vil
lage d'origine. Ainsi, a cause du corbeau l'équi
libre cherché par l'épervier est rompu. Le corbeau est l'anti-héros.
3° Retour à la situation normale. Aussitôt que l'équi
libre est rompu, un troisième personnage intervient.
Dans ce conte no 2, nous avons plutôt un groupe de personnages : le chef et ses hommes. Ceux-ci con
damnent le corbeau et rendent justice à l'éper
vier : ils lui remettent ses enfants et les cinq chèvres payées par le corbeau. Le chef et ses hommes sont les médiateurs dans ce conte.
Nous venons do voir, dans ce conte, quel était le rôle de chaque acteur. Certains personnages sont repérés plus facilement que d'autres. L'anti-héros étant l'agent de la détérioration de la situation initiale d'équilibre, il n'y a guère de difficulté à le reconnaître. Il en est de même pour le médiateur qui intervient pour rétablir l'équilibre rompu.
Mais pour le héros, il est parfois plus difficile de le re
pérer. Car tous les contes ne commencent pas par une situation heureuse; Certains conte-iprésentent dès le début un déséqui
libre. C'est le cas du conte no 2 dont nous venons de parler.
Dans ce cas, le héros se définira comme précisément celui qui, dès le début, cherche à créer une situation normale.
Dans ce conte, bien qu'il y ait la famine , celui qui essaie de faire sortir les familles de ce déséquilibre, c'est 1' épervier. Donc, somme toute, le héros se définit en relation avec une situation initiale d'équilibre. Nous représentons graphiquement ces protagonistes comme suit :
M (le chef
et ses hommes)
A (le corbeau)
3.22. Définition
Deux questions se sont cependant posées a la suite de cette représentation graphique du conte no 2. Tous les contes de notre échantillonnage présentent-ils cette forme triangulaire ? Telle est la première question.
La seconde est la suivante : cette présentation n'est- elle pas subjective ? D'autres analystes ont-ils trouvé comme nous les mêmes pôles avec les mêmes personnages ?
Voici comment nous avons procédé pour répondre à la première question. Nous avons d'abord analysé tous les contes de notre échantillonnage. Ils avaient touSjCes trois pôlesjà l'exception de quelques uns : les contes no 33 et 99 où il n'y a pas d'anti-héros-et le conte no 108 où il n'y a pas de médiateur. Nous avons expliqué ce cas par le fait que ces contes-là offrent une ellipse. L'ellipse étant la suppression de mots qui ne sont pas indispensables pour l'intelligence d'un texte. Nous nous sommes alors posé la question de savoir si ce groupe constituait un cas négli
geable ou non. Ayant parcouru les 170 contes du recueilj nous avons relevé six autres contes de cette catégorie où il n'y a pas d'anti-héros : les contes 42, 61, 67, 131, 142, 162. Ceux-ci ne seront pas exploités ; ils n'ont servi que pour étayer notre hypothèse : un conte est constitué de trois pôles. Ces exceptions sont négligeables, car elles ne constituent que 0,5 o/o de l'ensemble des contes du recueil.
Pour répondre à la seconde question, à savoir comment nous pouvons restreindre le degré de subjectivisme dans la
fixation de ces trois personnages, nous ayons soumis quel
ques contes de notre échantillonnage à vingt juges dont dix africains et dix européens auxquels nous avons demandé de découvrir dans ces contes les personnages qui semblent mener le jeu. Les personnages qu'ils auront découverts
sont-ils les mêmes que les nôtres ? Le dépouillement des réponses des juges sera effectué dans la deuxième partie de notre étude.
Nous pouvons définir la méthodologie tripolaire comme une technique d'analyse d'un conte qui recherche en celui-ci les traits spécifiques à chacun des trois personnages princi
paux et le trait général qui découle de l'interaction de ces protagonistes :
35
23.Choix
^.231. Aspect sous-jacent des thèmes
Les caractéristiques que nous avons relevées ne se trouvent pas dans les contes sous la même formulation. Mais ces traits sont présents dans le texte de manière sous-jacente Nous avons vu dans l'étude sur l'analyse de contenu en géné
ral, que l'analyste ne reprend pas les termes du texte, mais qu'il les conceptualise de manière à arriver à une formula
tion notionnelle. Dans le conte no 2 par exemple, nous ne trouvons nulle part le terme jalousie. Et pourtant c'est entre autres de ce thème qu’il s'agit dans ce conte-là lors
qu'on parle du corbeau. Pourquoi en effet le corbeau abandon
ne-t-il ses petits pour s'enfuir avec ceux de l'épervier ? C'est parce que les siens sont noirs, et qu'il en a honte.
Il désire ceux de l'épervier qui sont blancs. Le corbeau est donc décrit comme étant jaloux des beaux enfants de l'épervier
^.232. Choix des thèmes particuliers
Pour fixer les thèmes particuliers, nous nous référons donc au sens même du conte. Nous lisons les parties qui se rapportent a chacun des protagonistes et traduisons la descrip tion qui en est donnée en un ou plusieurs termes abstraits et universels suivant que cette description concerne un ou plusieurs traits comportementaux. Il y aura ainsi un ou plu
sieurs thèmes qui seront attribués à un personnage. Ainsi par exemple pour le conte no 2, lorsque nous lisons le texte, nous voyons que c'est l'épervier qui est le héros. C'est par
rapport à ce dernier que sont formulés les thèmes suivants : solidarité/individualisme
amour maternel/manque d'amour maternel ponctuai!té/irrégularité
confiance/méfiance
Pourquoi soulignons-nous certains traits ? Cela signifie que d'après le sens du texte, les traits soulignés sont
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attribués à l'Ipervier. Il ressort en effet du texte que ce protagoniste aime la vie communautaire (rester avec son voi
sin le corbeau, apporter son concours pour la réussite de cette vie commune). C'est ce que nous avons exprimé par le thème solidarité.
Ensuite ce même personnage a des enfants. Il a non pas seulement des enfants, mais on voit qu'il s'en préoccupe.
Ayant constaté qu'il ne retrouve plus le corbeau à qui il avait confié le soin de ses enfants, il parcourt monts et vallees pour les retrouver. Il n'abandonne pas non plus les enfants du corbeau alors que ce dernier, leur propre mère les avait délaissés. Il leur prépare à manger et les porte sur son dos pour aller a la recherche des siens. Dans la chanson qu'il exécute chaque fois pour s'enquérir sur le corbeau, il dit que "celui qui a un enfant ne peut tuer un autre enfant,"
Ce trait de comportement a été traduit par le thème amour maternel.
L'épervier est ponctuel, car il est revenu le troisième jour comme convenu; C'est le thème ponctualité.
Nous lui attribuons enfin la confiance, car il ne prête pas de mauvaises intentions au corbeau et croit qu'il est allé promener les enfants parce qu'ils auraient pleuré. Il a donc confiance en son collègue.
Le corbeau par contre est décrit comme suit :
Il aime lui aussi la vie communautaire. Dans le conte no 138, qui est une variante du conte no 2, il est dit ceci au paragraphe a : "Il y eut une grande famine dans le pays. Le corbeau et l'épervier décidèrent de garder leurs enfants ensemble, pour qu'ils ne meurent pas de faim. Ils se mirent d'accord. Ils firent cela et gardèrent leurs enfants ensemble.
Chaque fois que l'un allait chercher à manger, l'sutre gardait les enfants."
Un thème positif est donc attribué au corbeau ; la solidarité. Mais malgré cette qualité, ce personnage est décrit comme un être antipathique dans la suite du texte.
Il est jaloux. Le conte 138 en son paragraphe b dit :
"Un jour, le corbeau mécontent d'avoir des enfants noirs, prit les enfants de l'épervier et s'enfuit avec eux." A cette jalousie, il ajoute un autre défaut, la malhonnêteté, car il Vole effectivement les enfants de son collègue. Les gens du roi lui demanderont en effet : "Pourquoi avez-vous volé les
37
enfants d'autrui î Pour ce forfait, vous payerez cinq chèvres."
Ce thème de malhonnêteté sera d'ailleurs le thème général du conte. Car dans les deux variantes on reproche au corbeau le fait d'avoir volé les enfants d'autrui. Nous voyons donc par . cet exemple du conte no 2 que le recours aux variantes est nécessaire pour la compréhension du texte d'un conte et partant pour la détermination des thèmes.
Le roi et les anciens qui, dans notre présentation tri
angulaire du conte, forment le pôle médiateur sont présentés comme des personnages qui viennent rétablir l'équilibre rompu par le corbeau : ils restaurent la justice. Ils veulent que
justice soit faite et sont en outre hospitaliers, tant à l'égard de l'épervier qu'à l'égard du corbeau.
3^.233. Choix des thèmes généraux
Pour déterminer le thème général, nous nous référons aussi au sens du texte du conte pris dans son ensemble.
Le conte se construit autour d'une idée centrale. Celle-ci coïncidera très souvent avec la morale du conte qui se
trouve dans la formule finale du récit, comme nous venons de le voir pour le conte no 2 et sa variante, le no 138.
"Pourquoi as-tu volé les enfants d'autrui ? toi corbeau ? Voici la morale de ce conte : si tes enfants sont stupides, ils resteront toujours les tiens", dit la finale du conte 138.
"Voici ce que nous décidons nous autres les anciens : tu payeras cinq chèvres pour dédomma
ger cette femme à qui tu as volé les enfants", dit le conte no 2 en son avant dernier paragraphe Prenons un.autre exemple : le conte no 4. Celui-ci com
prend deux récits. Dans le premier, qui décrit la scène qui se déroule entre la genette et la perdrix, la leçon morale géné raie (le thème général) est la sublimation de la modestie.
Dans cette partie du récit, c'est la modestie qui l'emporte sur l'orgueil. A la fin de ce premier récit, au paragraphe b.
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nous trouvons ces paroles : ''Ainsi donc la perdrix a été consumée par les flammes J Et pourtant ne discutait-elle pas avec moi disant qu'elle avait des ailes et que les flammes ne pouvaient jamais l'atteindre J Or voici qu'elle a péri dans le feu .' Moi qui me suis cachée sous la terre, je n'ai pas été brûlée
Dans la deuxième partie du récit, nous relevons un au
tre thème général, c'est la condamnation de la malhonnêteté.
Le paragraphe n. qui est la conclusion du deuxième récit dit ceci : "Voilà donc pourquoi, si tu veux apprendre à jouer de l'instrument de ton voisin, il ne faut pas le lui ravir.
Voilà le sens de ce conte."
3.234. Thèmes cotés suivant la culture nande
“ Ls polygamie. Nous classons ce trait dans la colonne négative et la monogamie dans la colonne positive parce que dans tous les contes où l'on parle d'un polygame, on relève que ce dernier ne respecte .jamais ses engagements matrimo
niaux. Le polygame finit toujours par abandonner une de ses femmes. La société nande réprouve cette conduite.
S'il était clair que la polygamie avait comme conséquence l'abandon d'une des femmes, était-ce vrai aussi que la mono
gamie entraînait nécessairement des qualités de la part du mari monogame ? Nous avons voulu tester cette hypothèse et justifier la présentation antithétique monogamie/polygamie.
Nous avons recouru au test de signification X-. Dans le tableau suivant le signe + signifie que la catégorie entraî
ne une qualité tandis que le signe - indique que la catégo
rie envisagée a comme conséquence un défaut.
39
catégories +
-
totaux
monogamie 10 .8 18
polygamie 3 20 23
13 28 41
calculé = 10,1
2 , s
X tabule = 3,84 a 5 o/o avec DL = 1.
Le teste est significatif. Autrement dit la monogamie est réellement suivig,par une qualité qui en est la consé
quence, tandis que la polygamie entraîne un défaut. Ainsi donc notre choix se justifie et nous pouvons valablement présenter la formule monogamie/polygamie.
“ La vengeance. D'après la culture nande, une personne qui se venge sur celui qui lui a fait du tort se réalise en tant que personne d'abord et sauvegarde ensuite la force, la vie, le maintien du clan. Pardonner est un signe dé faiblesse, de capitulation. Nous trouvons la confirmation de ces affir
mation dans la conclusion du conte no 7, paragraphe g. Voici ce passage qui exalte la vengeance : "Toi tu seras désormais la femme de mon coeur, dit le roi à la femme délaissée et vous autres vous devenez à présent des femmes délaissées. Car toi tu as engendi-e un homme, un homme qui pourra me venger."
Comment pouvons-nous expliquer cette conception qui est diamétralement opposée à l'enseignement que les religions chrétiennes nous ont apporté ? Le groupe social tient pour précieux et capital la conservation intégrale de ses membres.
Il est dès lors logique que l'on réprime sans pitié ceux qui tentent de porter préjudice à la collectivité. Pardonner serait permettre petit à petit la désintégration du groupe clanique et partant sa disparition. C'est dans ce même contexte de la conservation de la vie du groupe clanique que nous situons l'explication de l'exogamie.
- L'exogamie. L'exogamie est le fait de rechercher des mariages en dehors de son milieu clanique. Cet acte est ré
prouvé parce qu'il introduit dans le groupe des éléments é- trangers, inconnus, ayant des coutumes qui peuvent nuire à la communauté et qui sont jugées dangereuses pour la préser
vation de celle-ci; L'exogamie est donc considérée comme négative; Par contre l'endogamie (mariages au sein même du
clan) est une qualité; La présentation est la suivante : endogarnie/exogarnie;