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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Haarscher, G. (1976). Marx, l'ontologie de l'activité et ses paradoxes: l'engendrement de la problématique dans les textes de jeunesse et son destin dans l'oeuvre de maturité (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.
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FACULTE DE PHILOSOPHIE ET LETTRES
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
MARX, L’ONTOLOGIE DE L’ACTIVITE ET SES PARADOXES
L’ENGENDREMENT DE LA PROBLEMATIQUE DANS LES TEXTES DE JEUNESSE
ET SON DESTIN DANS L’OEUVRE DE MATURITE.
Thèse présentée pour l'obtention du titre de Docteur en Philosophie
Guy HAARSCHER
DECEMBRE 1976
FÀCULTE DE PHILOSOPHIE ET LETTRES
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
MARX, L’ONTOLOGIE DE L’ACTIVITE ET SES PARADOXES
L'ENGENDREMENT DE LA PROBLEMATIQUE DANS LES TEXTES DE JEUNESSE
ET SON DESTIN DANS L'OEUVRE DE MATURITE.
3.
Thèse présentée pour l’obtention du titre de Docteur en Philosophie
Guy HAARSCHER
DECEMBRE 1976
Nous remercions Monsieur VERSTRAETEN d'avoir bien voulu accepter de diriger ce travail et de nous avoir guidé de ses conseils. Nous sommes également très reconnaissant à
Monsieur PERELMAN et à Monsieur VERSTRAETEN
de nous avoir demandé de les assiste^, ainsi
que pour la formation philosophique qu'ils
nous ont donnée.
I
INTRODUCTION
II
Le présent travail est consacré au thème de l'activité dans l'oeuvre de Marx. A première vue, un tel Objectif sem
ble tout naturel : l'auteur des Thèses sur Feuerbach n'en a-t-il pas appelé à la transformation du monde, soulignant que "tous les mystères qui détournent la théorie en direction du mysticisme trouvent leur solution rationnelle dans la pra
tique humaine et dans 1'intellection de cette dernière (finden ihre ratiohelle Ldsiing in der menschlichen Praxis und im
Begreifen dieser Praxis)" ? Certes, de telles formules peu
vent être comprises en de multiples sens, du pire au meilleur : il faut donc les interpréter, les réinsérer dans le contexte de l'oeuvre entière, mettre en relation les textes épars en lesquels philosophie et activité s'articulent. En un sens, l'entreprise est immense, puisque le corps de doctrine baptisé
"matérialisme historique" a recouvert de ses "évidences" l'effer vescence intellectuelle caractérisant les investigations de
Marx. Qui plus est - et voici qui ne simplifie nullement la question -, tout indique que la sclérose dogmatique a commencé à produire ses effets d'entrée de jeu, dès la jeTinesse et les écrits philosophiques ; il n'existe pas de Marx "pur" auquel il serait possible de se référer comme à une origine, perver
tie par l'action des disciples et la dérive du temps. Notre entreprise n'est assurément pas apologétique, mais nous avons voulu éviter, tant que cela s'avérait possible, la polémique : nous nous sommes interrogé sur le fait de savoir ce qu'agir signifiait pour Marx, et si nos conclusions sont peu "optimis
tes", c'est - du moins dans notre intention - la seule rigue^ur de la recherche et de la lecture qui nous y a conduit.
/
Dès 1844, Marx rédige un long texte qu'il ne publiera pas : les relations du capital et du travail s'y trouvent abordées pour la première fois. Nous présentons les tenants et aboutissants d'une telle thématique, en tâchant çà et là d'en retrouver les chaînons contextuels manquants; ce faisant, nous sommes amené à mettre à jour les symptômes d'un certain exercice de la philosophie, tel qu'il anime la problématique en cause. Après avoir épuisé les ressources de ce premier
"versant" des fenuscrits de 1844, nous en parcourons un second,
âôSïcg
III.
lequel, en un sens, excède l'horizon théorique des relations capital-travail : c'est alors qu'apparaît la réflexion ontolo- g;ique sur le thème de l'activité qui, conférant à l'oeuvre de jeunesse une unité essentielle, nous permet de remonter la chronologie et d'interpréter les écrits socio-politiques de 1843 (Kritik des Hegelschen Staatsrechts et Judenfrage), ainsi que la théorie du droit et de la loi, telle qu'elle se mani
feste dans les articles de journalisme critique parus dans la Rheinische Zeitung (1842). Enfin, le troisième manuscrit de 1844 nous amène à approfondir l'ontologie de l'activité et à interpréter la signification de la relation qu'entretient le jeune Marx avec 1'hegelianisme dans un sens paradoxal, du moins pour qui garde à l'esprit les thèses "bien connues" du matérialisme historique.
En 1845-46, le paysage théorique marxien se trouve bou
leversé de fond en comble : la philosophie se voit rejetée, et à sa place vient àu jour une sorte de discours ambigu, supposé, cumuler les vertus de la "science" et de la politique, répondre à la fois aux exigences propres à la "description" et à la normativité éthique. Nous tâchons de suivre à la trace le parcours - devenu souterrain, puisque l'ontologie a été bannie - de la philosophie de l'activité dans les textes de maturité : nous montrons tout d'abord que le Capital eût pu,
si Marx l'avait voulu - .mais précisément, il s'en est défendu étayer de façon remarquablement "efficace" les positions du premier "versant" des Manuscrits de 1844; ensuite, nous recon
naissons dans le statut de l'étrange discours politico-"scien- tifique", censé se substituer à toute réflexion d'ordre philo
sophique, la raison d'un tel refus; enfin, nous tentons de démontrer qu'en poursuivant jusqu'au bout la "logique" de ce nouveau discours, Marx réintroduit précisément la philosophie dont il avait cherché à se débarrasser. Nous pouvons alors mettre à jour l'ontologie de l'activité qui anime l'oeuvre de maturité, et conclure après l'avoir reliée aux préoccupations philosophiques de la période de jeunesse.
X
IV
Les traductions françaises des textes de Marx sont nombreuses et de valeur inégale. Nous y. renvoyons, ainsi bien sûr qu'à l'édition originale allemande, sauf quand elles nous paraissent inutilisables. Nous les modifions souvent : comme il était impossible de mentionner chaque fois ce que nous ajoutions ou retranchions, nous donnons à la suite l'une de l'autre la page de l'édition allemande et celle de la' tra
duction française. Ainsi le lecteur pourra-t-il juger par lui-même. Nous indiquons dans la bibliographie les abrévia
tions que nous utilisons pour nos références aux ouvrages fréquemment cités.
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J
PREMIERE PARTIE
L'ENGENDREMENT DE LA PROBLEMATIQUE
DANS
LES TEXTES DE JEUNESSE
1
CHAPITRE I. :
LA CRITIQUE.
deL'ECONOMIE POLITIQUE DANS LES "MANUSCRITS DE
184A" ET LA QUESTION DE LA "TRADUCTION"
1. INTRODUCTION
Dès 18A5, Marx rejette donc la philosophie. Si l'on parcourait l'oeuvre de maturité en son entier, la conclusion suivante s'imposerait de la façon la plus nette : il ne s'y trouve aucune réflexion fondamentale concernant l'action humaine en tant que telle. Ainsi, deux obstacles décisifs semblent-ils fermer la voie à une tentative telle que la nôtre V la négation explicite de la philosophie par Marx et le caractère "scientifique" (économique, historique, sociolo
gique) des textes de la maturité. Le marxisme orthodoxe a pu, sur de telles bases, suivre des années durant une voie scientiste, condamnant au passage avec une violence inouïe des tentatives telles que celles de Lukacs (1) et de Korsch
(2), qui visaient à rétablir la liaison rompue entre les énoncés "positifs" de la "science" historico-économique et la méditation philosophique qui, seule, eût pu les réanimer.
Or la publication, au début des années trente, de cer
tains manuscrits de Marx, bouleversa les perspectives (5).
(1) G, LUKACS, Geschichte und Klassenbewusstsein (1925)»
Neuwied und Berlin, Luchterhand, 1968,
(2) K, KORSCH, Marxismus und Philosophie (1925), Frankfurt am Main, EuropSische Verlagsanstalt, 1966,
(5) On consultera, sur l'évolution de l'interprétation de l'oeuvre de Marx ; J, HABERMAS, Théorie und Praxis,
Neuwied und Berlin, Luchterhand, 1965, pp. 261-555 ("Zur philosophischen Diskussion um Marx und den Marxismus");
* * / • • •
2
En 1932 parurent, dans le cadre de la Marx-Enp;els-Gesamt- Aus^abe (MEGA), deux textes en apparence fondamentalement antithétiques : tout d'abord, les Manuscrits de 18A4 (4), lesquels, à n'en pas douter, constituent l'ouvrage le plus
"philosophique" que Marx ait jamais rédigé; ensuite,
l'Idéologie allemande (5) de 1845-46, qui prend l'exact con
tre pied de ce premier manuscrit en rejetant toute philoso
phie avec un schématisme et une brutalité que l'on ne retrou
ve sans aucun doute nulle part ailleurs dans l'oeuvre de maturité. Deux textes si opposés, et pourtant si proches, du moins selon la chronologie : un tel état de choses favori
sait tout à la fois la "renaissance" philosophique et le dur
cissement de l'orthodoxie.
Toujours est-il que la profondeur des Manuscrits de 1844 a ouvert des voies neuves au sein de l'univers sclérosé qui formait le "milieu" intellectuel du marxisme officiel : cer
tes, la datation des textes plaidait en faveur de l'inter
prétation scientiste et anti-philosophique, le positivisme polémique de l'Idéologie allemande pouvant être compris, de ce point de vue, comme l'acte de renonciation aux tentatives
"ontologiques" de 1844, Mais précisément, le caractère
hâtif, et pour tout dire expéditif, des proclamations réité-
(3) suite
tr, fr, : Théorie et pratique, Paris, Payot, 1975}
vol, II, pp,165-230, Cette traduction donne des éléments bibliographiques supplémentaires, ajoutés dans l'édition allemande de 1971 (ibid,, pp,61-69). On consultera éga
lement à ce propos l'article (vieilli) d'E, THIER, "Etap- pen der Marxinterpretation", Marxismusstudien (Schriften der evangelischen Studentengemeinschaft), TUbingen,
J,G,B, Mohr (P,■ Siebeck) , 1953-'1972, Erste Polge, pp,1-38, (4) Oekonomisch-philosophische Manuskripte (1844), MEGA, 1,
3, 1932, pp,33-172. Le texte, incomplet, a paru la meme année chez un autre éditeur : Die FrUhschriften von Karl Marx, herausgegeben von S, Landshut, Stuttgart, ^ A, Krdner Verlag, 1932,
(5) Die deutsche Idéologie, MEGA, 1, 5» 1932, pp,3-528.
Cf. pie FrUhschriften von Karl Marx, pp,341-485 (édition très incomplète).
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