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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Mickala-Manfoumbi, R. (1994). Essai de grammaire pove, langue bantoue du groupe B.30 (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.
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FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES SECTION D'ÉTUDES AFRICAINES
ESSAI DE GRAMMAIRE POVE
LANGUE BANTOUE DU GROUPE B.30
(VOLUME I)
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Dissertation présentée
en vue éle l'obtention du titre de
IXjcieur en Philosophie et Lettres sous la direction du s»-.
par Roger MICKALA-MANFOUMBI Professeur Claire GRÉGOIRE
Année académique 1993-1994
FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES SECTION D'ÉTUDES AFRICAINES
UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES
ESSAI DE GRAMMAIRE POVE
LANGUE BANTOUE DU GROUPE B.30
(VOLUME I)
674.319 V.1 Dissertation présentée
en vue de l'obtention du titre de
Docteur en Philosophie et Lettres sous la direction du
par Roger MICKALA-MANFOUMBI Professeur Claire GRÉGOIRE
Année académique 1993-1994
;:^5 0o3é
Pour l'Amour.
A tous les enseignants dont j'ai été l'élève ou l'étudiant.
En témoignage de profonde reconnaissance et
de vive gratitude
En témoignage de profonde et respectueuse
gratitude.
AVANT-PROPOS
A l'issue de la présente étude, nous tenons à remercier Madame le Professeur Claire GRÉGOIRE, Présidente de la Section d'études africaines à l'Université Libre de Bruxelles (U.L.B.) et responsable de la Section de linguistique au Musée Royal de l'Afrique Centrale (M.R.A.C.) à Tervuren qui avec conscience et compétence a bien voulu la diriger.
Nous profitons de cette occasion pour louer ses qualités humaines incommensurables.
Nos hommages s'adressent ensuite au Professeur André COUPEZ, à Madame Yvonne BASTIN, à Monsieur Baudouin JANSSENS, à Madame Pascale HADERMANN et aux autres membres de la section de linguistique du musée, pour leurs encouragements et leur disponibilité.
Nous avons une pensée pour Monsieur Robert AGNESSENS, décédé alors que nous entamions nos recherches. Puisse son âme reposer en paix.
Nous devons beaucoup
* à l'Etat gabonais qui, de la maternelle à la classe de maîtrise, a assuré notre éducation scolaire, et qui, pendant notre séjour en Belgique, a payé nos voyages au Gabon;
* à l'Administration Générale de Coopération au Développement (A.G.C.D.) qui a financé nos études et notre séjour en Belgique;
* au Musée Royal de l'Afrique Centrale (M.R.A.C.) dont les responsables nous ont accepté comme collaborateur scientifique et ont rétribué nos prestations;
* à l'Université Libre de Bmxelles qui par le biais de son service social, nous a apporté une aide financière.
Notre tribut de reconnaissance va aussi-à tous nos informateurs : Joël-Maurice MAGNANGA, Basile LESSA, Charles YOTO, Emilienne NZIKWANI et Rachel BAYALI.
L'élan de générosité, de confiance et de solidarité que nous a manifesté Monsieur
Pascal NGOMA, payeur de l'ambassade du Gabon au BENELUX nous a ému et permis de
remédier à certains de nos problèmes.
MICKALA, notre soeur Florence ILAMA-KOMBILA, Monsieur et Madame IBINGA- MAGWANGU; et nos amis D. NYANGONE, E. BOUGUENDZA, P. ONDO, P-A.
DIVOUNGUI, O. KOMBILA, J-P. REKANGA, Y. NZANG, Y. NYONDA, R. KOUYI, A.
MPUNGA, D. PITOU, A-S. ONAMBELE, V. AUDATE, R. KAMANDA, E. MOUKETOU, J. BAKA, A. MUSADA, I. TATCHOUAN, Jacqueline RENARD et Fabrice MIESSEN pour leur soutien.
Enfin, nous savons gré à Mesdames Gilberte VENDEMMIA et Muriel GARSOU d'avoir
assuré l'impression de notre texte. Nous n'oublions pas Madame J. LALLEMAND et
Monsieur Léonce-Yembi BOUKA pour leur contribution à ce travail.
1 INTRODUCTION
1 ) Situation géographique
Le pays pove est situé en pleine zone forestière. Il se limite à la seule province de 1'Ogooué-Lolo (sud-est du Ga
bon) La nouvelle répartition administrative le localise en plein département de la Lolo-Bouénguidi (cf. carte 3). Du point de vue physique, il ressemble grossièrement à un polygone à trois côtés que l'on dénomme familièrement triangle pove. Koulamoutou, chef-lieu de province et les villages Mouila-Pouvi et Bania- ti en sont les sommets (cf. carte 2). Les trois axes de l'aire ainsi délimitée portent chacun le nom générique de pèyî ou pîndî.
Le premier axe^^^ s'étend sur une cinquantaine de kilomè- ( 4 )
très et relie Koulamoutou a Mouila-Pouvi. Il porte le nom de Pèy'â Ngâdî et comprend en outre les villages Ikembele, Dindemba, Mibaka, Mandji, Ndombwa-Kombe, Moulobi, Ndjole, Massambi-Nzokunamoyi (jadis deux villages distincts), Bissega, Kouanya, Dibouka. Selon Joël-Maurice MAGNANGA, notre deuxième informateur, cet axe va au-delà de Mouila-Pouvi et intègre les villages Kona et Lolo. Appelé Pey'â Môdî, le deuxième axe s'étale sur des dizaines de kilomètres et joint les villages Mouila-Pouvi et Baniati. L'accès de cet axe est de loin le plus difficile.
Aucune piste carossable n'existe. Dans son sillon se trouvent cependant les localités suivantes: Ndanda, Moukwanyo, Soke et Divinde. Pey'â Mbombe est le nom du troisième axe. Il établit un lien entre Koulamoutou et Baniati. C'est l'axe qui compte le plus grand nombre de villages: Ngoungi-Ditembe, Ngoungi-Dakar,
‘ Seul KWENZI-MIKALA (1987), dans son inventaire géographicojadminis- tratif, localise le pove à la fois dans la province de la Ngounié et dans celle de 1 'Ogooué-Lolo (cf. Contribution à l'inventaire^ des parlera bantu du Gabon), in Pholia (volume 2) C.R.L.S., Université Lumière-Lyon 2, Lyon.
® L'orthographe des noms des localités est celle de l'Administration gabonaise.
® La numération des axes du triangle pove est purement arbitraire.
Nous tenons ces évaluations kilométriques de nos informateurs.
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SsurCÊs: A MCOUOT. tugmli - S. COUOMB. U. JOm K L PimiS. «Mgiw
3
Moulondo
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Mbolani Manzi .
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Moukoumona-Dioke Ngoungi-Ditembe
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R. MICKALA-MANFOUMBI, "Essai de grammaire pave, langue bantoue du groupe B.30"
N
R. MICKALA-MANFOUMBI, "Essai de grammaire pave, langue bantoue du groupe B.30"
5
Ngoungi—Nzikwani (ou Ngoungi-Centre), Manzi, Moukoumou, Moukou- mona-Mabioko, Moukoumona-Dioke, Biwala, Mbolani, Malanga-Midioke, Malanga-Missamba, Loungassa, Bouvenga. Au-delà de Baniati (45 km de Koulamoutou), deux autres villages se rattachent à cet axe:
Moutouyeni et Moulondo. Ngâdi, Môdi et Mbombe mots figés qui interviennent dans les syntagmes désignant les côtés du triangle seraient les noms propres des chefs de ces contrées. L'un d'entre eux, Mbombe, serait encore en vie. Dans l'agglomération de Koulamoutou, les quartiers dans lesquels la concentration des Pove est relativement importante sont les suivants: Mibaka, Bambomo, Bouvendo, Four, Litsebe I, Litsebe II, Ménage et Bakele.
Les Pove confinent au nord au pays des Abeilles (zone inhabitée), à l'est, au sud et au sud-ouest aux Nzebi, à l'ouest aux Sangu.
L'exode rural qui sévit au Gabon et le brassage des populations ont drainé quelques familles pove à Libreville (quartier Avéa) et sur le tronçon Libreville/Lambarené de la route nationale n°
1 .
2) Etat des recherches et classification
La lecture de Bibliographie bantoue sélective d'Yvonne BASTIN^^^, de Connaissance du Gabon, guide bibliographique d'Olenka DARKOWSKA-NIDZGORSKA^^^ ou celle de l'article de Jean- Marie HOMBERT et Anne—Marie MORTIER^^^ intitulé Bibliographie des langues du Gabon, nous révèle que le pove (ou gevove)
BASTIN Y. (1975) - Bibliographie bantoue sélective, Archives d'anthropologie n° 24, M.R.A.C., Tervuren.
® DARKOWSKA-NIDZGORS^ 0. (1978) - Connaissance du Gabon, guide bibliographique, Université Omar BONGO, Libreville.
“ HOMBERT J.-M. & MORTIER A.-M. (1990) - "Bibliographie des langues du Gabon" in Revue gabonaise des sciences de l'homme n° 2, LUTO/U.O.B., Libreville.
Le thème /vôvè peut être librement associé au préfixe nominal de classe 7 ou à celui de classe^9. Le mot ainsi constitué désigne la langue des
[wà/^ôpè] (singulier [mù/^ôpè]).
® Faisant allusion à la langue pove (ou gevove),, KWENZI-MIKALA (1990)
la dénomme yoPy^ePi^e. Aucun de nos informateurs ne reconnaît cette
appellation (cf. "Quel avenir pour les langues gabonaises?" in Revue gabonaise
7 a été rarement retenu comme sujet d'étude. Ce n'est que tout récemment que deux linguistes à savoir André JACQUOT et
f 2 ^ ^
surtout Lolke-Jolke VAN DER VEEN ont entame l'exploration de cette langue. Le présent travail veut s'inscrire dans l'effort que font les chercheurs pour mettre en valeur les richesses linguistiques du domaine bantou en général et du Gabon en particulier. Plusieurs classifications ont été faites sur les langues bantoues ou plus modestement sur les langues du Gabon.
Nous devons avoir à l'esprit que toute classification, toute taxinomie est raisonnée et subordonnée aux éléments dont on dispose. Autrement dit, le travail qui demeure largement approximatif est comparable à une amorce. Ses résultats n'ont rien d'absolu et de définitif. La recherche n'est jamais arrêtée.
Nous ne retiendrons pas la classification de M.A. BRYAN^^^
parce que nous la jugeons caduque. C'est à partir de la publica- tion phare intitulée Comparative bantu que nous commencerons à cerner le problème. Malcom GUTHRIE, son auteur, classe le pove (bubi) dans le groupe Kele (B20) et il lui attribue la référence B22^. Plus tôt, l'ethnologue M. SORET d'après les travaux d'André RAPONDA—WALKER et Roger SILLANS^^^ avait réparti les popula
tions gabonaises en huit groupes qu'il dénommait respectivement
des sciences de l'homme n° 2, LUTO/U.O.B., Libreville.
JACQUOT A. (1983) - Les classes nominales dans les langues bantoues des groupes BIO, B20, B30 (Gabon-Congo), Travaux et documents de l'ORSTOM n°
157, Paris.
VAN DER VEEN L-J. (1986) - Notes en vue d'une description phonologique et morphologique de la langue pouvi (Gabon), mémoire de maîtrise, Université Lyon 2.
--- (1987) - De l'espace vocalique et des tons en pouvi: notes descriptives, mémoire de DEA, Université Lyon 2.
--- ;;— (1991) - Etude comparée des par 1ers du groupe Okani B30 (Gabon), Thèse de doctorat. Université Lyon 2.
® BRYAN M.A. (1959) - The bantu languages of Africa, Oxford University Press, Londres.
GUTHRIE M. (1967-1970) - Comparative Bantu, Westmead, Gregg Publish- ers.
RAPONDA-WALKER A. & SILLANS R. (1962) - Rites et Croyances des Peuples
du Gabon, Présence Africaine, Paris.
omyènè, séké, eshira, okandé, bakèlè, fang, bakota, mbédé. La langue à laquelle nous consacrons notre étude est classée par SORET dans le groupe okandé qui, selon, lui renferme les langues apindji, simba, mitsogo, bavové, okandé et ivéa.
Au fil du temps, le désir permanent d'une meilleure connaissance de l'aire bantoue sur le plan purement linguistique amène les chercheurs à réorganiser ou à compléter les classifications publiées. Prise dans son ensemble, la classification de M. SORET suscite diverses critiques. De plus, elle diffère de celle de Malcom GUTHRIE sur certains aspects. Elle a néanmoins le mérite d'insérer le pove dans le groupe Okandé. Tour à tour, André JACQUOT (1983) et L.-J. VAN DER VEEN (1986, 1987, 1991) remettent en question la classification de GUTHRIE. Selon eux, la langue pove doit être transférée dans le groupe TSOGO (B. 30). Ils rejoignent ainsi le point de vue de M. SORET même si le nom proposé pour le groupe B.30 est différent.
Deux raisons principales nous amènent à être solidaire de ces nouvelles propositions:
1°/ Nous avons pu compulser des esquisses de description faites sur les langues du groupe Tsogo, ce qui nous a permis d'apprécier les fortes ressemblances qui caractérisent les deux parlers aux niveaux phonologique et morphologique.
2°/ Nous avons eu recours à la méthode lexicostatistique reprise à M. SWADESH par André COUPEZ^(Musée royal de l'A
frique centrale, Tervuren). Cette méthode a pour buts heuristi
ques la classification généalogique et la détermination de l'époque à laquelle les langues apparentées se sont séparées.
Elle se fonde sur une liste d'une centaine de notions (COUPEZ en soustrait six) pour laquelle SWADESH croit avoir observé, dans les langues dont l'histoire est connue sur de longues périodes, une constante dans le rythme d'évolution. Pour cette centaine de notions, la proportion de conservation de la forme et du sens originels par rapport à la substitution d'une forme nouvelle
COUPEZ A. (1985) - Lexicostatistique bantoue: état de la question,
communication au colloque du CICIBA, Libreville.
9 serait approximativement de 85 pour 15 en 1000 ans d'évolution.
Si l'on relève entre les deux langues apparentées le nombre des mots de la liste qui ont une même étymologie et ceux dont la forme a une origine différente, on peut donc par un simple calcul proportionnel, évaluer le nombre de siècles qui s'est écoulé depuis leur séparation. Il est vrai que la méthode lexicostatis- tique a parfois été décriée à propos de son aptitude à déterminer une chronologie absolue mais sa validité reste tout de même certaine sur le plan de la chronologie relative. Bien que l'ivea n'y soit pas inclus, l'arbre que nous donnons en annexe (cf. p.
), nous permet d'apprécier le degré de parenté des langues du groupe B30. En somme, consécutivement à l'enrichissement du groupe Tsogo, celui-ci comprend désormais les langues suivantes:
tsogo, kande, pinji, pove, himba et ivea. Jérôme KWENZI-MIKA- approuve la réorganisation du groupe B. 30 tout en ajoutant une langue jusque-là non classée et inconnue du public:
le .
A notre connaissance, il n'existe aucune étude démographique récente et fiable. Les soubressauts politiques de ces dernières années ont ravivé le besoin urgent d'un recensement national.
Certains locuteurs natifs du pove avancent le nombre de 2500 ou 3000 habitants. Face à cela, nous restons perplexe. Le cadre scientifique qui est celui de ce travail, exige que nous soyons objectif. Nous devons reconnaître que les Pove font partie de la kyrielle des populations gabonaises dont l'indice densimétrique
KWENZI-MIKALA J. (1990) - Quel avenir pour les langues gabonaises? in Revue gabonaise des sciences de l'homme n° 2, LUTO/UOB, Libreville.
® La faiblesse des enquêtes de terrain fait en sorte que les inventaires linguistiques existants ne peuvent prétendre à l'exhaustivité. De fait, des études à venir se révèlent indispensables sinon hautement recommandables afin de confirmer ou d'infirmer l'apport de KWENZI-MIKALA à ce groupe.
Le professeur Jean-Marie HOMBERT et son équipe de l'université Lumière-Lyon
2 parcourent le Gabon depuis plusieurs années. La publication prochaine des
résultats de leurs enquêtes sous forme d'un atlas linguistique comblera, nous
en sommes certain, de nombreuses lacunes et permettra une meilleure
connaissance du paysage linguistique gabonais.
est très faible^^\ La fusion possible de ces populations dans des groupes plus vastes devrait être un sujet de préoccupation.
La faiblesse des populations du groupe "Okani” trouve une explication valable lorsqu'on tient compte de deux facteurs:
1°/ L'environnement
La forêt dense, lieu propice au développement de plusieurs maladies, est le domaine des populations du groupe B30. De fait, la vie, mieux la survie dans un environnement inhospitalier n'est pas du tout facile.
2°/ L'histoire
André RAPONDA—WALKER et Roger SILLANS rappellent:
"Les Bakèle razziaient et pillaient leurs villages pour se procurer des femmes et des esclaves, à bon marché. Ces incursions n'ont cessé réellement qu'avec 1'établissement des Postes administratifs français dans ces parages. Détail qui n 'est pas sans valeur pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la traite des Noirs, les Mitsogo avec les Masango, les Bavové, les Simba, les Banzabi et les Pygmées, ont fourni un fort contingent d'esclaves aux négriers d'antan".
3) Origine et migration des Pove
Au début des années soixante, H. DESCHAMPS^^^ avait publié le fruit de ses recherches sur les peuples du Gabon. Sur le terrain, en pays pove, il recueillit de ses informateurs Patrice MOUBEMBA, à 1 ' époque âgé de 60 ans, chef du clan Mikoso et habitant le village Mibaka et Michel MOUGOUBA, chef du village Kanda, un récit relatif à l'origine des Pove et à l'itinéraire
* Selon M. SORET que citent André RAPONDA-WALKER et Roger SILLANS (1962) in Rites et croyances des peuples du Gabon, le groupe linguistique Okandé ne représentait que 4,5% de la population gabonaise qui était de 420.000 habitants en 1960.
® L'appellation "Okani" du groupe B30 est reprise à VAN DER VEEN (1991).
DESCHAMPS H. (1962) - Traditions orales et archives au Gabon, (In -
8°, 1972 p.), Berger-Levrault édit., Paris.
qu'ils empruntèrent avant d'occuper l'espace qui est le leur actuellement. Afin que nos lecteurs apprécient la richesse et le merveilleux de ce récit, nous jugeons opportun de le citer in extenso.
"Moukouvé, c'est la rivière d'où sont venus les ancê
tres, vers le nord. La première pirogue s'appelait Malèpè-lèmbè. Les hommes étaient en forme de trois boules, là où le ciel et la terre semblaient se toucher. Ils ont senti un vent gui leur a éclairci les idées et leur a donné le pouvoir de fabriquer une pirogue. Tous les hommes, blancs, noirs, pygmées,
étaient groupés au village Mouhokamou (rassemblement).
Ensuite, dans le village Tenga, ils se divisèrent en trois. Ils marchèrent ensemble jusqu'à Moulabano (reconnaissance), puis à Boudinga. Au village Mouao, on pratiquait la confusion des familles (inceste);
c'est au village suivant, Koundza, que l'inceste a été dénoncé. Ils prirent alors le nom de Pové. Mitimbo était le père et Tsinga (tranquillité) la mère; c'est elle qui annonça 1 'interdiction de 1 'inceste. Elle est la mère de tous: Pové, Blancs, Pygmées. Partis de Koundza, ils fondèrent un nouveau village à Moupoundza (gaieté). Là, les Blancs les ont quittés: un Pové avait ri de son père Mitimbo, les Blancs voulurent le châtier, il y eut bataille. Les Blancs partirent, en emportant les richesses que leur père leur avait données parce qu'ils étaient obéissants. Les Pové restèrent dans la brousse. Le premier frère était le Pygmée (babongo), le deuxième le Pové, le troisième le Blanc. Les Pygmées aussi étaient de couleur blanche.
Ils se sont partagé les coutumes. Les Pové suivirent
la rivière Divélé Nangosso et fondèrent le village
Moubango sur la colline dominant la rivière. Ils
trouvèrent un homme appelé Ngètè et son père Mouélé,
qui leur montrèrent la direction. Ils partirent avec
(désastre), arrivèrent à Yangui. Là, ils se divisè
rent. Les Mitsoho, Apindji, Bavia (Evia), Shimba, Okandé prirent leur chemin chacun de son côté. Là, il y avait un oiseau, Badiango, frère de Mbéla, gui détruisait les enfants. Les Pové sont revenus sur leurs pas et sont passés par 1 'Ivindo, puis chez les Okandé et à Eboundé Mabousa (Mabousa était le premier oncle du clan Mogéné). Les Pové franchirent alors le fleuve et envahirent la vallée de la Lolo. Les Nzabi étaient déjà installés sur la Bouéngidi. Le premier habitant était le vieillard Koulamoutou. Le deuxième s'appelait Diminou Bounda, du village Belongo. Les Pové s'installèrent à Belongo, puis à Linguala. Les Européens arrivaient à ce moment-là sur 1'Ogooué. Le capitaine Xavier vit descendre par la Lolo des débris d'arachides et de bananes, signe qu'il y avait des gens en amont. Il remonta la rivière et fit alliance avec Koulamoutou. Les Pové s'allièrent avec les Nzabi;
un de leurs chefs épousa la soeur de Koulamoutou. Ils nouèrent aussi des alliances matrimoniales avec les Massangou. Les Boungomo (Akélé) sont arrivés avant les Européens, au village Bagnano. Ils semaient le trou
ble, prenaient les femmes des autres, tuaient des gens, en enlevaient d'autres comme esclaves. On avait peur d'eux. Après l'arrivée des Blancs, ils se sont
tenus tranquilles".
4) Organisation sociale et sociétés secrètes
La société pove est subdivisée en clans {MyigS, Nzybè,
Mugéné, Bùdingà, Mîtsévo...). Chaque clan a son totem et si ce
dernier relève de la faune ou de la flore comestible, il est
considéré comme un interdit alimentaire. Les Pove pratiquent
l'exogamie c'est-à-dire que les jeunes gens d'un même clan ne
peuvent contracter mariage. Généralement, les alliances matrimo
13 niales se font entre personnes de différents villages et de différents clans. Cependant, il peut arriver que des jeunes gens d'un même village unissent leur destin pourvu que la parenté ne soit pas compromise. Les Pove sont matrilinéaires. De ce fait, c'est l'avunculat qui régit les relations familiales. Autrement dit, la descendance est assurée par les femmes et la direction des clans est assignée aux oncles maternels. Le neveu a une place prépondérante dans un tel système. Il est d'emblée l'héritier de son oncle maternel (et non de son père). Le brassage des populations auquel nous faisons allusion plus haut, permet aux jeunes hommes pove d'aller chercher des épouses hors du cercle restreint de leur société. De même, les jeunes filles peuvent librement convoler en justes noces avec tout Gabonais.
Comme beaucoup de peuples du Gabon, les Pove sont des adeptes du bwiti^^^ et du mwiri^^\ Le bwiti est une société initiatique masculine qui a ses rites, son règlement, ses séances secrètes et ses réjouissances publiques. Il est d'origine pygmée mais les Tsogo ont assuré sa diffusion dans une grande partie du terri
toire national. Le tsogo est d'ailleurs la langue exclusive du bwiti. Quel est donc le but de cette société secrète? André RAPONDA-WALKER et Roger SILLANS répondent^ ^ ^ :
"... Il semble, à première vue, que le but soit le souvenir dû aux grands ancêtres (ou à ceux du clan) . . . Il est probable que dans cette société, à laquelle appartiennent tous les personnages tant soit peu importants du village, on discute parfois de certains problèmes sociaux, particuliers, concernant le village ou le clan, ainsi que ses rapports avec d'autres tribus, d'autres villages, avec les commerçants, planteurs ou coupeurs de bois des environs. Il est
Bwiti se dit bwètè en pove.
® Mwiri se dit mwélè en pove.
RAPONDA-WALKER A. & SILLANS R. (1962), Rites et croyances des peuples
du Gabon, Présence Africaine, Paris.
ports du village avec 1 'Administration française. Les adeptes du bwiti se vantent d'avoir une connaissance du Monde et des choses, plus grande, voire même infiniment plus grande que celle des autres hommes.
Quoiqu'il en soit, il est à notre avis certain que cette connaissance dont ils se targuent devant les profanes ne consiste pas dans les cauchemars et les visions hallucinantes, provoquées par 1'absorption de l'iboga et les sensations voluptueuses qui s'ensui
vent, car n 'importe qui peut, sans être nécessairement affilié au bwiti, obtenir le même résultat en masti
quant 1 ' iboga.
... Il semble y avoir dans le bwiti, un enseignement ésotérique, d'une importance peut-être insoupçonnée qui, comme tous les enseignements initiatiques, dure la vie entière".
Le mwiri est une secte d'hommes dans laquelle peuvent être admis tous les garçons dès la puberté. Il n'a pas pour but d'honorer les ancêtres comme le bwiti. Quel est donc son dessein? André RAPONDA-WALKER et Roger SILLANS^^^ répondent à nouveau
"C'est en quelque sorte une ligue pour la protection de la Nature et 1 'entretien des lieux publics, doublée d'une police secrète destinée à rechercher et punir les coupables quels qu'ils soient. Il arrive en effet que 1 'abus de 1 'abattage, de la chasse, de la pêche et de la cueillette des produits de la brousse, entraîne une raréfaction du gibier, du poisson, des fruits etc... Grâce à ses agents secrets, le Mwiri intervient aussitôt pour faire cesser ces abus, en créant, en quelque sorte, des "réserves naturelles locales" pour plusieurs années, où il sera désormais interdit sous
RAPONDA-WALKER A. et SILLANS R. ( 1962), Rites et croyances des peuples
du Gabon, Présence Africaine, Paris.
peine de sanctions, de chasser, de pêcher, d'abattre des arbres, de récolter des fruits etc...".
Les nouveaux initiés reçoivent un enseignement de mîtimbô^^^
(ou pove na mitimbo). Le mitimbo est une variété de la langue pove. Nous avons interrogé nos informateurs à ce propos. Tous les deux sont des adeptes du mwiri. Personne n'a voulu en parler (de peur de représailles?). Leur attitude nous interpelle et nous laisse supposer que le mitimbo est une sorte de javanais à caractère ésotérique. Serait-il réservé aux seuls membres du mwiri chez les Pove? Est-il utilisé à d'autres occasions? Pour nous, le mitimbo est une énigme qu'il faudra résoudre dans 1'avenir.
Les hommes ont d'autres sociétés initiatiques: le nzégS, le bôdî et le mbùdî. Ils pratiquent également la circoncision de façon solennelle. Par contre, les femmes n'ont que le mananga et le gémbè. Au sujet de cette dernière société, nombreuses sont les personnes qui pensent que le gémbs ne serait que l'équivalent,
, *
(2
)l'homologue féminin du bwiti. Parmi elles, M. BIRINDA note:
"Le Nyemba est la branche du Bwiti, destinée à l'ini
tiation des femmes. Les mystères en sont exactement les mêmes; ce ne sont que les rites et les pratiques gui diffèrent".
Plus loin ce même auteur ajoute:
"Le Nyemba enseigne à la femme tous les secrets de l'Amour dans ses diverses manifestations (amour charnel, conjugal, maternel, amour du prochain)".
5) Enquête. corpus et méthodologie
Selon le récit recueilli par Hubert DESCHAMPS (1962), MITIMBO serait le père de tous les Pove.
® BIRINDA M. (1952) - La Bible secrète des Noirs selon le Bouity
(doctrine initiatique de l'Afrique équatoriale) (In - 16, 141 p.. Omnium
littéraire édit. Collect. L'Afrique vous parle, n° 2, Paris).
Essai de grammaire pove. L'intitulé de notre ouvrage nous a été inspiré par les études monographiques du Professeur A.E.
MEEUSSEN^^^. Ce titre laisse transparaître la non exhaustivité du travail entrepris.
"L'étude synchronique de la langue est la description d'un "état" déterminé de cette langue (à un "moment"
donné)" écrit John LYONS^^^.
Cette citation s'applique bien à notre étude. Gabonais, nous ne sommes ni locuteur natif ni simple locuteur du pove. Le matériau de notre thèse nous a été fourni principalement par nos deux informateurs de référence: Basile LESSA avec qui nous avons travaillé sur place à Bruxelles et Joël-Maurice MAGNANGA qui lors de nos voyages au Gabon, nous a été d'un grand recours. Ces deux Pove sont étudiants. Le premier fait des études d'administration économique et sociale (AES). Le second termine sa formation à l'Ecole Normale Supérieure de l'Enseignement Technique (ENSET).
Ils ne sont pas originaires d'un même axe du triangle pove. Ce détail se révèle être un heureux hasard, un avantage, un enrichissement car, il nous a permis de déceler quelques variantes régionales. Ponctuellement, nous avons bénéficié de l'aide de Mesdames Rachel BAYALI et Emilienne NZIKOUANI (née MOUKOUKA) et celle de Charles YOTO. L'acquisition du matériau linguistique s'est faite de manière indirecte (en faisant traduire des questionnaires appropriés) et de manière directe (en enregistrant de la production spontanée). Ainsi, nous avons fait usage de certains questionnaires linguistiques existants:
GREENBERG-Tervuren-WELMERS (1967), E.R. 74 du C.N.R.S. (1971), B. COMRIE et N. SMITH (1987), et du questionnaire sur les locatifs élaboré par Claire GREGOIRE. A la recherche des types tenais et quelques autres aspects de la morphologie, nous avons rédigé des questionnaires ad hoc. Lors de l'enregistrement des
MEEUSSEN A.E. (1959) - Essai de grammaire rundi, Annales du Musée Royal de Congo Belge, Tervuren.
(1971) - Essai de grammaire lega, Annales du MRAC, Tervuren.
(2)
LYONS J. (1970), Linguistique générale, Larousse, Paris, p. 37.
divers corpus que nous venons de citer, nous n'avons rien imposé à nos informateurs. Ils sont restés "maîtres de la situation".
Cette précision est importante car nous sommes conscient qu'une traduction peut être la source d'un contresens, d'une perte d'information. Sans cesse, nous avons sensibilisé nos informa
teurs à ce problème afin qu'ils ne s'attachent pas au texte français et ne nous proposent pas une traduction littérale. Ils devaient faire preuve d'initiative. Pour les transcriptions, nous avons utilisé l'alphabet Africa de International Africa Institute
(I.A.I.).
Le cadre théorique général de notre recherche se veut autant que possible structuraliste. L'agencement des principales parties est celui qu'emploient les membres de la Section de linguistique du Musée Royal de l'Afrique Centrale (M.R.A.C.) à Tervuren. Cet agencement est, en somme, une approche qui étudie les aspects de la langue de façon progressive (du plus simple au plus complexe).
De fait, du niveau phonétique auquel se situent les énoncés, on a accès à deux niveaux d'abstraction:
1) le niveau phonologique
2) le niveau morphophonologique (ou morphonologique)
A propos du deuxième niveau d'abstraction, A.E. MEEUSSEN^^^
argumente :
". . . Le plan structurel (ou grammatical, ou morphono
logique ), dans lequel un mot est considéré comme consistant en un ou plusieurs morphèmes (radical, affixes); les morphèmes à leur tour sont analysés en morphonèmes, unités opérationnelles choisies en vue de faire ressortir les caractéristiques propres à chaque morphème, notamment celles qui sont indépendantes de 1 'entourage des morphèmes. Des règles de représenta
tion, dans lesquelles on énonce les concordances entre morphonèmes et phonèmes, rendent compte des caracté-
MEEUSSEN A.E. (1959) - Essai de grammaire rundi, Annales du Musée
Royal du Congo Belge, Série in 8°, Tervuren, p. 3-4.
ristiques liées à 1 'entourage; tout comme un son (niveau phonétique) est la réalisation d'un phonème, ainsi un phonème est la représentation d'un morpho- nème. Le mot concret est ainsi ramené à des traits généraux : chacun de ses morphèmes (avec ses morphonè- mes) se retrouve identique dans tous les mots apparen
tés (sauf dans ceux qui contiennent une variante irréductible du morphème), et chaque règle de repré
sentation se retrouve dans d'autres mots si un même morphonème y figure dans un entourage pareil".
Puis on atteint le niveau morphologique. En annexe nous proposons
un lexique de mots.
19 1. PHONETIQUE
1.1. Généralités :
Dans l'exploration d'une langue, la phonétique est une phase initiale incontournable. Elle étudie tous les sons de la langue.
Cette étude ne s'attache qu'à 1' expression linguistique. Le contenu n'est pas de son ressort. Par "expression linguistique", il faut comprendre que la phonétique analyse les sons de la parole en se préoccupant de deux aspects:
1 ) un aspect acoustique dont le but est de révéler la structure physique des sons utilisés et la façon dont une
personne les perçoit;
2) un aspect articulatoire ou physiologique qui s'occupe de l'appareil phonatoire et du mode d'émission ou de production des
sons.
Tout son (ou phone) identifié en pove sera représenté par un symbole graphique, et par convention, nous le mettrons entre crochets [ ] . Les linguistes dénomment ce genre de représentation
"transcription phonétique". Nos transcriptions phonétiques ont pour base l'alphabet "Africa" de International African Institute (I.A.I.). Par ailleurs, une autre convention doit être élucidée:
nombreuses sont les chaînes de sons dont certaines parties sont mises en relief aux dépens des autres. Ces parties privilégiées lors de la production correspondent à des syllabes accentuées.
L'accent étant un phénomène courant dans la langue, nous optons pour le soulignage des syllabes mises en évidence.
Sur le plan organisationnel, la description phonétique sera parallèle à la description phonologique. Parmi tous les sons que nous avons identifiés, nous avons été amené à opérer des choix phonologiques. Ainsi, il nous a paru opportun de faire une distinction entre la phonétique et la phonologie.
Deux niveaux se révèlent indispensables à l'examen de la réalité phonique du pove:
1 ) le niveau segmentai. Il nous permettra de passer en revue
les phones vocaliques, semi-vocaliques (ou semi-consonantiques) et consonantiques. Nous aborderons cet inventaire à la fois sur le plan paradigmatique et sur le plan syntagmatique ;
2) le niveau supra-segmental. Il consistera à analyser les tons, la longueur (ou quantité) vocalique et l'accent.
1.2. Phonétique seomentale A. Les voyelles
A.1. Plan paradigmatique
A. 1 .1 . Tableau des voyelles
Les sons vocaliques que nous avons identifiés peuvent être présentés dans le tableau ci-après:
Point d'articulation
Degré ANTERIEUR CENTRAL POSTERIEUR
d'aperture non arrondi non arrondi arrondi brèves longues brèves longues brèves longues
fermé i i : u u :
mi-fermé e e : o o :
mi-ouvert e e : 5 3 :
ouvert a a :
Ces mêmes phones peuvent s'intégrer dans le triangle vocalique classique de la manière suivante:
[i] [i: ] [u] [u:]
[e] [e: ] [o] [o:]
[e] [e: ]
[a] [a:]
[î] [>:]
21 Lors de nos investigations, aucun de nos informateurs - quel que soit le rythme de l'élocution - n'a inclus le phone [3] dans un énoncé quelconque. Dans son esquisse de description du pove, Lolke—Jolke VAN DER VEEN^^^ fait allusion à ce phone. Il l'analyse comme une voyelle orale, centrale, mi fermée, brève.
De plus, il argumente:
"La voyelle centrale [d] ne semble pas avoir de statut phonologique. Son absence en position montre en effet qu'elle ne peut apparaître dans une syllable portant l'accent d'intensité. Dans la grande majorité des cas, notre assistant de langue a pu nous indiquer la véritable nature de la réalisation en question en adoptant un débit lent.
Exemple: [muqqôriqd ] ~ [murjqôqqà] "cou".
Il paraît que toutes les analyses sauf celles du premier degré d'aperture peuvent se réduire à cette forme extrêmement centralisée. D'autres études ne prenant en considération que des mots en isolation seront nécessaires pour mieux comprendre cette ten
dance à la centralisation."
Prenant en compte nos remarques et celles de VAN DER VEEN, il est probable que l'utilisation du phone [3] par certains locuteurs pove soit propre à certaines variantes dialectales.
A.1.2. Description A.1.2.1. Généralités
D'un point de vue général, la description d'un phone vocalique permet de mettre en exergue ses critères d'identification à savoir :
- son point d'articulation, trait qui nous permettra de dire si le phone dont il s'agit est antérieur, central ou postérieur
VAN DER VEEN L-J (1986) - Notes en vue djune description phonologique
et morphologique de la langue pouvi (Gabon). - Mémoire de maîtrise. Université
Lumière Lyon II, Lyon, p. 13-14.
- son degré d'aperture. Le degré d'aperture est subor
donné à la position de la langue dans la bouche. Par exemple si la position de la langue est haute (pour [i] par exemple) la voyelle est fermée] si elle est basse (comme pour [a]) la voyelle est ouverte.
- sa longueur (ou quantité) vocalique. Ce trait nous révèle si la voyelle est longue ou brève.
Nous devons noter que toutes les voyelles du pove sont orales.
A.1.2.2. Enumération
a) [i] voyelle orale, antérieure, fermée, non arrondie, brève, [e] voyelle orale, antérieure, mi-fermée, non arrondie, brève.
[e] voyelle orale, antérieure, mi-ouverte, non arrondie, brève.
[a] voyelle orale, centrale, ouverte, non arrondie, brève.
[ з ] voyelle orale, postérieure, mi-ouverte, arrondie, brève.
[o] voyelle orale, postérieure, mi-fermée, arrondie, brève.
[и] voyelle orale, postérieure, fermée, arrondie, brève.
b) [i:] voyelle orale, antérieure, fermée, non arrondie, longue.
[e: ] voyelle orale, antérieure, mi-fermée, non arrondie, longue.
[e:] voyelle orale, antérieure, mi-ouverte, non arrondie, longue.
[a:] voyelle orale. centrale, ouverte, non arrondie, longue.
[3 :] voyelle orale, postérieure, mi-ouverte, arrondie, longue.
[ 0 :] voyelle orale. postérieure , mi-fermée. arrondie, longue.
[u:] voyelle orale, postérieure, fermée, arrondie, longue.
23 A.1.2.3. Commentaires :
Cinq types de traits caractérisent les voyelles de la langue que nous décrivons :
a) Le mode d'articulation
Comme nous le disons plus haut, toutes les voyelles du pove sont orales, c'est-à-dire qu'elles sont prononcées sans résonance nasale.
b) Le lieu d'articulation
Prenons pour point de départ la position de la langue pour les voyelles [a] et [a:]. La langue reste presque plate dans la bouche, dans une position très voisine de la position de repos.
Si l'on passe de [a], [a;] à [ e ], [e:], [e], [e:] puis [i], [i:], la langue s'élève en s'avançant de plus en plus vers le palais dur avec comme conséquence, une diminution du volume de la bouche et une augmentation de celui du pharynx. On appelle la série constituée par [e], [e:], [e], [e:], [i], [i:] voyelles palatales ou voyelles antérieures parce que durant leur réalisation, la langue s'articule dans la direction du palais dur. Si au contraire, le dos de la langue s'élève vers le voile du palais en se retirant, la cavité buccale sera beaucoup plus grande et son ton propre d'autant plus bas. Le timbre des voyelles ainsi articulées devient plus sombre. Ce sont les voyelles vélaires ou voyelles postérieures: [>], [>:], [o], [o:], [u], [u:]. Tenant compte de la description faite plus haut en ce qui concerne la position de la langue, les voyelles [a] et [a: ] sont définies comme voyelles centrales. En somme, en pove, à propos du lieu d'articulation, les voyelles se répartissent comme suit:
• voyelles antérieures: [i, i:, e, e:, e, e:]
• voyelles centrales: [a, a:]
• voyelles postérieures: [î, >:, o, o:, u, u:]
c) Le degré d'aperture
Comme il est d'usage, nous avons inséré les voyelles du pove dans
le triangle vocalique classique (cf. À.1.1.). La base de ce triangle isocèle est en première ligne. A ses extrémités se trouvent les voyelles les plus fermées. Le sommet pointe vers le bas et accueille la voyelle la plus ouverte. Dans les espaces intermédiaires sont réparties progressivement et à partir du haut
voyelles mi--fermées et mi -ouvertes. Ainsi on a:
• voyelles fermées : [i, i : / u. u: ]
• voyelles mi-fermées : [e. e:, o. o: ]
• voyelles mi-ouvertes : [e, e : ,
î: ]
• voyelles centrales : [a. a: ]
d) L'arrondissement
Lors de leur production, certaines articulations vocaliques sont accompagnées d'un arrondissement des lèvres. Ce détail physique constitue un trait qui nous permet de faire une distinction entre les voyelles:
• non-arrondies: [i, i:, e, e:, e, e:, a, a:]
• arrondies: [j, o, o:, u, u:]
e) La longueur
Matérialisée par le signe diacritique: placé derrière un signe graphique représentant une voyelle, la longueur (ou quantité) vocalique est en fait la durée perçue lors de la production des voyelles. Elle permet d'établir un contraste entre la série des voyelles pourvues de ce trait et appelées par conséquent voyelles longues et la série des voyelles brèves. Toutes les réalisations vocaliques peuvent présenter ce trait de longueur:
• voyelles brèves: [i, e, e, a, >, o, u]
• voyelles longues: [i:, e:, e:, a:, >:, o:, u:]
A. 2. Plan syntagmatique A.2.1. Distribution
Nous avons rencontré les voyelles brèves dans toutes les
positions. Cette constatation se vérifie quel que soit le nombre
de syllabes constituant le mot considéré. Toutefois, sur la base
25 de notre corpus, nous remarquons que dans les mots monosyllabi ques, la voyelle ouverte [a] est la plus fréquente.
Exemples : [ ta]
[ngâ]
"puis, ensuite"
"comme "
[nà]
[mwâ]
"et, avec"
(variante apocopée de [mwâ:nà] "enfant")
[ndé ] [ YYÔ]
[pô]
"mais, aussi"
(variante apocopée de FYv6:mà1 "objet, chose"
(idéophone exprimant la soudaineté)
[mè] (variante apocopée de [mè.:nî] "moi"
[m>] "les tiens (cl. 6)"
[kû] (idéophone exprimant la collision)
Comme on peut le remarquer, seule la voyelle [i] ne figure pas en exemple dans un mot monosyllabique. Toutefois, il est fort possible que la langue compte quelques rares mots de ce type intégrant ladite voyelle. Dans un passage chanté du texte que nous transcrivons à la fin de notre étude, nous avons rencontré [ggi] qui est en fait la forme apocopée de Fnai:ndà1. Selon nos informateurs, le contexte dans lequel ce mot est employé le rend intraduisible. Pour cette raison, nous ne retenons ce mot qu'avec réserves.
A l'initiale absolue des mots plurisyllabiques, aussi bien les voyelles brèves que les voyelles longues sont représentées.
Exemples :
Fè6 é: ne] "sein"
F èBâ:sà]
F êko:kô1
"jumeau"
"épaule"
[à6wè:likî]
[àsè:mbîkî]
r àvi:niki]
"il s'est lavé"
"il a chanté"
"il a dansé"
[Ô6_è : J-6Ù] "maladie"
F osa : là] "plume"
[ 1 .: Pwàkâ]
[é:nâkà]
"appeler"
"voir"
[é:6dî] "lui"
[à:pwâkà]
[a:6àkà]
"répondre"
"crier"
[>:6 >]
[orkôkô]
"palmier"
"entendre"
En syllabe initiale, que ce soit après une ou deux consonnes, on rencontre autant les voyelles brèves que les voyelles longues.
Exemples :
F màsâ: ni] "cartouches"
[ mù^é : à]
[ yèkê: tè ]
"queue"
"insecte (espèce)"
Fnî:Yakàl "écraser"
F Bé:naàkâ1 "attendre"
F Bè:lâkà] "sauter"
F Bâ:ndâkà1 Fpâ:mbô1
"gonfler"
"ver de terre"
[tô :nd>k>] "aimer"
Fmbi:nà]
F nzè : 4-nè 1 F nzârndà]
F mb>:m> 1 Fnqô:va]
F naù: -i-lù]
"moustique"
"vagin"
"araignée"
"python"
"potamocherus porcinus"
"porc"
27 Généralement, en deuxième syllabe non finale d'un mot de trois syllabes, la voyelle est longue.
Exemples :
Fèsîiqaàl "filet"
F yèkû:tù1 "hibou"
F mùté:mà1 "coeur"
[êkô:k6]
[mÙYÈ : 'i.ndà ] [mus3:6>]
"épaule"
"étranger"
"ver"
F è6 â:kô1 "joue"
Cependant, bien que rares, certains substantifs dérogent à cette tendance.
Exemple :
F tsî:lèlè1 "termite"
En troisième syllabe pénultième, on rencontre autant des voyelles brèves que des voyelles longues.
Exemples :
F mùkâ:nxnai] "tisane"
FèyârYÙlâl "écaille"
F yèk> : y^o-tS 1 "chaussure"
Fmùnaârsàlàl "canne à pêche"
F tà:naâlé:naèl F yèsa:naânaô:6èl F tsê:YÉsè:
yè1
"insecte (espèce)"
"livre, lettre"
"auriculaire"
Seules les voyelles brèves sont attestées en syllabe finale quelle que soit l'importance de la chaîne de sons, même si l'énoncé se réduit à la forme apocopée d'un mot.
Exemples :
[mwâ] (variante apocopée de Fmwâ:nà 1 ''enfant'') [é] (variante apocopée de Fé:6i1 "lui"
F mùlo:Bi 1 "abeille"
r tsi:lèlè]
F Yeké: tè ] F mùkwâ:tsà1 F YevS:5>1 [vèsi:6ô1 [mùtû:tù]
"termite"
"insecte "
"fouet"
"canard"
"cephalophus dorsalis castaneus'
"fumée"
A.2.2. Détail de la distribution des voyelles
a) [i] à l'initiale (derrière consonne): Fmikwâ:tsà1 "fouets"
à l'intérieur: Fù:biôvà1 "mouiller"
en finale: F é : 6i 1 "lui"
b) [i:] à l'initiale absolue:
à 1'intérieur :
[liyà]
[yèsi:6ô] 'cephalophus dor
salis castaneus"
c) [e] à l'initiale absolue: Fènz>:mbî1 "cuillère"
à 1'intérieur : F tsi:lèlè1 "termite "
en finale: F tsi:lèlèl "termite"
d) [e: ] à l'initiale absolue: Fè:6îl "nasse"
à l'intérieur : [6ùkwé:lè] "veuvage"
e) [E] à l'intérieur: F tsÉ:YÉsé: ys 1 "auriculaire en finale: Fè6é:nê1 "sein "
f) [e: ] à l'initiale absolue: F é:6î1 "lui "
à 1'intérieur : Fê6 é:nè1 "sein"
g) [a] à l'initiale absolue: Fàvi:nikî1 "il a dansé"
à 1'intérieur : F ndâ:naâlâ:naà1 "annulaire"
- tt