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«Les invisibles deviennent visibles»: le rôle politique des multinationales et les débats sur l'internationalisation en Suisse [1942-1993]

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Thesis

Reference

«Les invisibles deviennent visibles»: le rôle politique des multinationales et les débats sur l'internationalisation en Suisse

[1942-1993]

PITTELOUD, Sabine

Abstract

Cette thèse porte sur le rôle politique des multinationales helvétiques depuis 1942 et sur les débats que le processus d'internationalisation a provoqués en Suisse. La première partie analyse la genèse et l'évolution d'Industrie-Holding, une association créée durant la Seconde Guerre mondiale par plusieurs multinationales industrielles suisses afin de défendre leurs intérêts auprès des autorités fédérales. La deuxième partie étudie comment d'autres groupes d'intérêts, notamment les syndicats, ont perçu le phénomène d'internationalisation des entreprises après 1945. Elle analyse également le rôle particulier d'Industrie-Holding au sein de la coordination patronale suisse, notamment à l'occasion de la création de la garantie contre les risques à l'investissement ou encore de la conclusion d'un accord de double imposition avec l'Italie. La troisième partie étudie les réactions et les stratégies des multinationales suisses lorsque le processus d'internationalisation est remis en cause dans les années 1970, en Suisse, mais aussi à l'international, dans le cadre de l'élaboration de codes de [...]

PITTELOUD, Sabine. «Les invisibles deviennent visibles»: le rôle politique des

multinationales et les débats sur l'internationalisation en Suisse [1942-1993] . Thèse de doctorat : Univ. Genève, 2019, no. SdS 124

URN : urn:nbn:ch:unige-1214571

DOI : 10.13097/archive-ouverte/unige:121457

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:121457

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« Les invisibles deviennent visibles »

Le rôle politique des multinationales et les débats sur l’internationalisation en Suisse [1942-1993]

THÈSE

présentée à la Faculté des Sciences de la Société de l’Université de Genève

par

Sabine Pitteloud

sous la direction de la

Prof. Mary O’Sullivan

pour l’obtention du grade de

Docteure ès Sciences de la Société Mention Histoire, Économie et Société

Membres du jury de thèse :

M. Jean-Michel Bonvin, Professeur, Président du jury, Université de Genève M. Matthieu Leimgruber, Professeur, Université de Zürich

M. Patrick Fridenson, Directeur, École des Hautes Études en Sciences sociales, Paris M. Pierre-Yves Donzé, Professeur, Université d’Osaka

M. William Milberg, Directeur, New School for Social Research, New York

Thèse no 124 Genève, 02 juillet 2019

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La Faculté des sciences de la société, sur préavis du jury, a autorisé l’impression de la présente thèse, sans entendre, par-là, émettre aucune opinion sur les propositions qui s’y trouvent énoncées et qui n’engagent que la responsabilité de leur auteur.

Genève, le 12 juillet 2019

Le doyen

Bernard DEBARBIEUX

Impression d'après le manuscrit de l'auteur

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Résumé :

Cette thèse porte sur le rôle politique des multinationales helvétiques depuis 1942 et sur les débats que le processus d’internationalisation a provoqués en Suisse. La première partie analyse la genèse et l’évolution d’Industrie-Holding, une association créée durant la Seconde Guerre mondiale par plusieurs multinationales industrielles suisses afin de défendre leurs intérêts auprès des autorités fédérales. La deuxième partie étudie comment d’autres groupes d’intérêts, notamment les syndicats, ont perçu le phénomène d’internationalisation des entreprises. Il en ressort que durant les années soixante, marquées par la « surchauffe économique », les syndicats étaient favorables aux transferts de production à l’étranger et que les autorités fédérales ont pris des mesures tarifaires pour favoriser ce processus. C’est davantage l’arrivée des multinationales américaines qui a été remise en cause, notamment par l’Union suisse du commerce et de l’industrie, qui a cautionné l’introduction de quelques entraves administratives. La thèse analyse également le rôle particulier d’Industrie-Holding au sein de la coordination patronale suisse. C’est cette association qui est à l’origine de la création de la garantie contre les risques à l’investissement ou encore de la conclusion d’un accord de double imposition avec l’Italie. La troisième partie étudie les réactions et les stratégies des multinationales suisses lorsque le processus d’internationalisation est remis en cause dans les années 1970, en Suisse, mais aussi à l’international dans le cadre de l’élaboration de codes de bonne conduite. Elle dévoile les rencontres régulières entre des représentants de grandes multinationales suisses et certains fonctionnaires fédéraux, ainsi que les efforts des élites économiques suisses pour trouver davantage de soutiens à l’international.

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vii Remerciements :

La finalisation de cette thèse n’aurait pas été possible sans l’aide de nombreuses personnes auxquelles il s’agit de rendre hommage dans les quelques lignes qui suivent. Si je porte seule la responsabilité de son contenu et des éventuelles erreurs ou imprécisions qui pourraient s’y être glissées, le soutien extérieur et les commentaires reçus ont assurément contribué à en améliorer la qualité.

Ma gratitude va tout particulièrement à ma directrice de thèse, Mary O’Sullivan, qui mérite bien un paragraphe à elle seule. C’est mon amie Florelle Udrisard qui m’a traînée à son cours d’Histoire économique internationale, le premier qu’elle enseignait en français à l’université de Genève. Un an plus tard, je prenais l’option histoire économique en master et aujourd’hui je termine ma thèse dans cette discipline. Merci tout d’abord de m’avoir fait confiance et laissé beaucoup de latitude sur le thème et l’approche choisie, tout en fournissant énormément de commentaires et de conseils. Je reconnais volontiers ma dette pour le temps et l’énergie investis à améliorer mon travail. Merci aussi pour les discussions intellectuelles stimulantes et le soutien apporté tout au long du processus, parfois laborieux et éprouvant, qu’est la rédaction d’une thèse. En somme, une direction exemplaire. Même les choix des vins furent toujours judicieux.

Je suis également extrêmement reconnaissante aux membres de mon jury et à son président Jean-Michel Bonvin, d’avoir donné de leur temps pour lire et commenter extensivement le manuscrit. Un grand merci à Matthieu Leimgruber de m’avoir fait découvrir l’histoire économique de la Suisse grâce à son cours de master ainsi que pour ses nombreux retours et ses conseils avisés sur les archives et la littérature helvétique. À Pierre-Yves Donzé pour son expertise sur l’« exception horlogère » et sa vision analytique, qui a contribué à recentrer mon argumentation. À Patrick Fridenson pour sa connaissance encyclopédique de la littérature en histoire des entreprises et ses commentaires détaillés, pointus et constructifs.

À William Milberg pour ses conseils stimulants afin de raccrocher davantage ma recherche au champ de l’économique politique. Les suggestions des membres de mon jury en matière de lectures, de théories et d’approches ont été très utiles pour réviser la thèse, mais seront également des contributions précieuses pour enrichir mes futures recherches et stimuler mes réflexions dans les années à venir.

Merci également aux nombreux autres chercheurs qui a un moment de mon parcours ont commenté des parties de ma thèse, des articles ou des exposés, notamment : Margrit Müller, Béatrice Veyrassat, Per Hansen, Pamela Laird, Stephanie Decker, Alfred Reckendrees, Simon Mollan, Einar Lie, Martin Lutz, Espen Storli, Roy Suddaby, Pierre Gervais, Monika Poettinger, Pilar Nogues Marco, Juan Flores, Luisa Gagliardi, Youssef Cassis, Neil Rollings, Norma Lanciotti, Frédéric Varone et Bruno Amable. Merci aussi aux nombreux auteurs cités extensivement dans cette thèse qui ont stimulé ma recherche par leurs contributions et à Magnus Meister, Quentin Tonnerre, Samuel Beroud, Pierre Eichenberger, Nicolas Chachereau, Mari Carmen Rodriguez et tant d’autres, avec qui il a été fort agréable de discuter d’histoire suisse. À mon professeur de collège Denis Varin pour m’avoir intéressée à la thématique des multinationales. Merci également à Julia Ott et à Alexander Nützenadel de m’avoir accueillie à New York et Berlin dans leurs institutions et à Allison Huetz, David Rausis,

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Sebastian Schöttler, Paulette Carter, Laetitia Lenel et tous les autres qui ont rendu ces séjours agréables.

Je tiens également à remercier les institutions qui ont financé ma recherche, principalement l’université de Genève et le Fonds national suisse de la recherche. J’exprime également ma gratitude à SwissHoldings pour m’avoir accueillie dans leurs locaux au tout début de mon parcours de doctorante, ainsi qu’aux services d’archives de Nestlé, de Novartis et de Roche.

Un grand merci également aux archivistes des autres institutions visitées, en particulier à Martin Lüpold des archives économiques de Bâle, à Dominique Moser-Brossy de l’Union syndicale suisse et aux archivistes des Archiv für Zeitgeschichte et des archives fédérales pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Merci à tous mes collègues et amis de l’Institut d’histoire économique Paul Bairoch pour tous les petits plaisirs quotidiens : discussions au détour d’un café, lunchs, apéros, ballades et j’en passe. La vieille garde : Jean Rochat, Liza Lombardi, Christian Stohr, Christophe Farquet, Sylvain Wenger. La nouvelle : Adriana Calcagno, Simon Baudraz, Marine Dhermy-Mairal, Paul Maneuvrier-Hervieux, Ayoze Alfageme, Grigorios Spanos. Un merci particulier à Jérémy Ducros pour sa French Touch et son humour, à Edoardo Altamura pour son amitié et ses sarcasmes, à Sebastian Alvarez pour sa générosité et les découvertes culinaires, à Laura De La Villa Aleman pour son soutien, sa motivation et sa culture catalane, à Jamieson Myles pour le partage du bureau, les nombreux trajets en train et les moments « chill » dont il a le secret.

Une mention spéciale à Cédric Chambru qui a fait toute la course avec moi, sans faux pas : merci pour ton aide logistique, calorique et le soutien moral, vraiment.

Merci à mes amis et aux membres de ma famille qui ont contribué à la relecture (au côté de nombreux collègues mentionnés précédemment) : Aurélien Cibrario, Mathieu Payn, David Perruchoud, Lucie Audy, Danielle Zwarthoed, Emina Grisevic (la best) et Florelle Udrisard. Et merci à tous les autres pour leur contribution passive et pistique à Tivoli à un moment ou à un autre : Donati, Loïc, Robin, Eleonora, Larissa... Merci à Tante Mimi pour l’Allemand, Tante Tonie pour la livraison, Dudu pour l’impression et Collini, Leah, Telma, Lynou, Benjamin, Karolina et Maximilien pour les moments chaleureux passés en famille. Une dette spéciale pour ma sœur Sophie Pitteloud qui a lu et relu mes travaux avec le sérieux et le regard acéré de la police scientifique et aussi pour les vacances post-conférences de Business History.

Merci à mes parents, Marie-José et Albert Pitteloud, pour l’enfance super à la ferme (en face d’Alusuisse, membre fondateur d’Industrie-Holding !) et leur soutien tout au long de ces années. Merci enfin à Gratien Bonvin de m’avoir accompagnée tout au long de cette aventure, depuis la balade au Christ Roi de Lens jusqu’à ce 2 juillet. Bravo aussi d’avoir survécu à ta thèse et à la mienne. Merci à tous ceux que j’aurais pu oublier…

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Table des matières

Table des matières ... ix

Abréviations ... 13

Table de figures ... 15

Table des illustrations ... 17

Introduction : une histoire politique de l’internationalisation des entreprises en Suisse ... 18

A. Revue de la littérature et questions de recherche ... 23

B. Pertinence du cas suisse ... 33

C. Sources et approche ... 37

D. Contributions ... 40

E. Structure de la thèse ... 41

I. MICRO : Les multinationales et leur influence politique ... 47

Chapitre 1. Industrie-Holding : Genèse ... 71

1.1 S’unir dans l’adversité : la réponse politique des multinationales en 1942

... 72

1.2 « Pour vivre heureux, vivons cachés » : lobbying et coordination patronale ... 80

1.3 Une classe pour soi autour des invisibles ... 89

Chapitre 2. Industrie-Holding — 75 ans de services rendus aux multinationales ... 91

2.1 Intérêts stratégiques : de la gestion des risques politiques au façonnement du Standort Schweiz ... 92

2.2 Les membres du club : 1942-2010... 111

2.3 Les multinationales : d’« invisibles » à incontournables ... 120

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II. MÉSO : Les multinationales face aux autres groupes d’intérêt ... 123 Chapitre 3. Les Trente Glorieuses et le consensus inédit sur les délocalisations

... 133 3.1 L’internationalisation à l’heure de la surchauffe économique ... 136 3.2 Dispositions institutionnelles pour favoriser les transferts de production et la sous-traitance ... 151 3.3 Quand stratégie des multinationales rime avec intérêt général... 165

Chapitre 4. Le revers de la médaille : l’arrivée des multinationales américaines en Suisse ... 169 4.1 Bienvenue en Suisse ? Réactions des multinationales suisses et des

associations patronales ... 171 4.2 Du laissez-faire au contrôle : un travail de Sisyphe pour le Vorort et la Police des étrangers ... 182 4.3 La Suisse, un pays accueillant par la force des choses ? ... 199

Chapitre 5. La garantie contre les risques à l’investissement (GRI) ... 201 5.1 Les débats internes au patronat sur le bien-fondé d’un nouvel

instrument institutionnel ... 205 5.2 Un « véritable cas d’école » : contenu et entrée en vigueur de la GRI219 5.3 Un instrument par et pour les multinationales ... 233

Chapitre 6. Multinationales et relations bilatérales : les enjeux liés aux investissements suisses en Italie ... 235 6.1 Un deal win-win ? : Les investissements suisses comme remède à

l’immigration italienne ... 238 6.2 Convention de double imposition avec l’Italie : « Do ut des » ? ... 250 6.3 Les conséquences des fermetures de filiales pour la diplomatie suisse : l’exemple de la SAVA ... 259 6.4 Les investissements à l’étranger, au-delà des considérations économiques ... 268

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III. MACRO : Les multinationales et le capitalisme suisse ... 271

Chapitre 7. Trois fronts pour une seule guerre : défendre l’économie de marché et les multinationales dans les années 1970 ... 285

7.1 Faire accepter les « inexorables lois du marché » : la lutte patronale contre la contestation sociale ... 288

7.2 Une « lutte des classes » au sein du patronat ? Les multinationales versus les PME ... 301

7.3 Le « serment d’Interlaken » : la croisade du patronat européen pour sauver l’ordre libéral ... 312

7.4 La défense est d’argent, l’offensive est d’or ... 321

Chapitre 8. Codes de bonne conduite : les dangers de la « bureaucratie » internationale... 323

8.1 Un pour tous et tous pour un : le groupe informel des multinationales ..

... 326

8.2 L’empire contre-attaque : coordination patronale et diplomatie extérieure ... 337

8.3 L’union fait-elle toujours la force ? Tentatives de coordination internationale du patronat ... 352

8.4 La régulation internationale : essayé, pas pu !... 359

Chapitre 9. L’affaire Firestone ... 363

9.1 Les irréductibles Helvètes face au « management à l’américaine » ... 364

9.2 L’effet papillon, du conflit local à la lutte internationale ... 375

9.3 Firestone, « das Fazit der Schweiz AG » ... 383

Épilogue : « Der Standort Schweiz ist die Welt » : les multinationales et leur agenda politique au tournant du XXIe siècle ... 385

Conclusion ... 407

Fonds d’archives ... 417

Bibliographie ... 418

Annexes ... 445

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Abréviations

AELE : Association européenne de libre-échange ASB : Association suisse des banquiers

BDI : Bundesverband der deutschen Industrie

BIAC: Business and Industry Advisory Committee to OECD BIT : Bureau international du travail

CCI : Chambre de commerce international CDI : Convention de double imposition CE : Comunauté européenne

CEIF : Council of European Industrial Federations CSC : Confédération des syndicats chrétiens de Suisse ECOSOC : Conseil économique et social des Nations Unies EEE : Espace économique européen

FH : Fédération horlogère

FTCP : Fédération textil-chimie papier

GRE : Garantie contre les risques à l’exportation GRI : Garantie contre les risques à l’investissement IDE : Investissement direct à l’étranger

ICF : Fédération internationale des syndicats de travailleurs de la chimie Industrie-Holding : Groupement des holdings industrielles suisses IMF : Internationale des Organisations des travailleurs de la métallurgie ITT : International Telephone & Telegraph

OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques

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OECE : Organisation européenne de coopération économique

OFAEE : Office fédéral des affaires économiques extérieures

OFIAMT : Office fédéral de l’industrie, des arts et métiers et du travail OIT : Organisation internationale du travail

ONU : Organisation des Nations Unies

OSEC : Office suisse d’expansion commerciale PME : Petites et moyennes entreprises PVD : Pays en voie de développement

UCAPS : Union centrale des associations patronales suisses UE : Union européenne

UEP : Union européenne des paiements

UNICE : Union des industries de la Communauté européenne USAM : Union suisse des arts et métiers

USCI : Union suisse du commerce et de l’industrie ; (SHIV en allemand) ; comité= Vorort USP : Union suisse des paysans

USS : Union syndicale suisse SMP : Société du Mont-Pèlerin

SPA-MNU : Sozialpolitische Arbeisgruppe Multinationalen Unternehmen SSIC : Société suisse des industries chimiques

TUAC : Trade Union Advisory Committee to the OECD

VSM : Verein Schweizerischer Maschinenindustrieller = Société suisse des constructeurs de machines

WF : Wirtschaftsförderung (WF) = Société pour le développement de l’économie suisse WPA-MNU : Wirtschaftspolitische Arbeisgruppe Multinationalen Unternehmen

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Table de figures

Figure 1. Évolution du nombre de filiales (avec production) par secteurs ... 33

Figure 2. Évolution des IDE/PIB et des IDE en milliards de CHF ... 34

Figure 3.Stock d’IDE par pays ... 36

Figure 4. Entreprises membres d’Industrie-Holding en 1945 ... 75

Figure 5. Membres du Comité d’Industrie-Holding en 1949... 76

Figure 6. Liste d’envoi du rapport annuel d’Industrie-Holding en 1950 ... 87

Figure 7. Liste des conventions suisses de double imposition ... 100

Figure 8. Liste des accords bilatéraux de protection des investissements ... 107

Figure 9. Thèmes abordés dans les rapports annuels ... 110

Figure 10. Entreprises membres d’Industrie-Holding en 1950. ... 112

Figure 11. Entreprises membres d’Industrie-Holding en 1980. ... 116

Figure 12. Évolution du nombre de membres d’Industrie-Holding. ... 118

Figure 13. Entreprises membres d’Industrie-Holding en 2010 ... 119

Figure 14. Personnel employé par les membres d’Industrie-Holding ... 120

Figure 15. PIB réel de la Suisse ajusté aux prix de 1970... 134

Figure 16. Demandeurs d’emploi par secteurs en Suisse 1921-1976 ... 134

Figure 17. Nombre d’entreprises touchées par des grèves ou lock-out 1927-1986 ... 135

Figure 18. Schéma du processus de consultation ... 138

Figure 19. Chômeurs et des travailleurs étrangers en Suisse 1950-1980 ... 142

Figure 20. Éffectifs en Suisse et à l’étranger et % par rapport à la main d’œuvre totale. ... 150

Figure 21. Ressortissants des États-Unis établis en Suisse... 183

Figure 22. Investissements directs à l’étranger en provenance des États-Unis ... 185

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Figure 23. Éffectifs de la population résidente étrangère 1964 ... 237

Figure 24. Organismes italiens de promotion économique ... 245

Figure 26. Fronts auxquels le Vorort fait face dans les années 1970 ... 287

Figure 27. Demandeurs d’emploi en Suisse, 1921-1993 ... 292

Figure 28. Étrangers exerçant une profession fin août de 1955 à 1996. ... 293

Figure 30. Population active par secteurs en Suisse, 1988-1990 ... 303

Figure 31. Liste des publications de l’USCI sur le thème les PME ... 308

Figure 32. Schéma du fonctionnement du Vorort. ... 316

Figure 33. Représentants du patronat européen présent à la Conférence de Salzburg 1980 ... 319

Figure 34. Membres du SPA-MNU en 1980 ... 330

Figure 35. Membres du WPA-MNU en 1973... 332

Figure 36. Représentants de l’industrie suisse dans les organes de l’OCDE en 1983 ... 338

Figure 37. Liste des membres du « Group of eminent persons » ... 341

Figure 39. Représentants de l’industrie suisse au sein de la CCI en 1983... 354

Figure 40. Représentants de l’industrie suisse dans au sein de l’UNICE et du CIFE en 1983 ... 356

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17 Table des illustrations

Illustration 1. Tract de la section du parti communiste de Venise ... 265

Illustration 2. Caricatures de l’affaire Schaffner et des multinationales à l’ONU ... 349

Illustration 3. Prise de position de l’UNICE sur le rapport du groupe des personnalités éminentes ... 358

Illustration 4. Caricature de Firestone ... 367

Illustration 5. Coupures de presse sur l’affaire Firestone ... 369

Illustration 6. Caricature de Fritz Honegger ... 372

Illustration 7. Caricature de la lutte syndicale ... 375

Illustration 8. Le cirque des multinationales ... 381

Illustration 9. Membres de l’European Round Table of Industrialists réunis à Paris, 6-7 avril 1983 ... 399

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Introduction : une histoire politique de l’internationalisation des entreprises en Suisse

« Switzerland wake up »1, tel est le message diffusé par SwissHoldings - l’association d’intérêt des multinationales basées en Suisse. En effet, dans un rapport co-écrit avec McKinsey, Economiesuisse et la Swiss-American Chamber of commerce, SwissHoldings entend démontrer que les « multinationales sont vitales pour la Suisse » et formuler des propositions concrètes pour renforcer l’attractivité du pays pour ce type spécifique d’entreprises2. Pour ce faire, le rapport suggère de revoir certaines conditions-cadres (régime migratoire, fiscalité, accords commerciaux) et surtout de veiller à une « fiabilité et une prévisibilité réglementaire à long terme »3. La condition sine qua non pour y parvenir serait de raviver au préalable l’« état d’esprit pragmatique et favorable aux entreprises »4. Parmi les firmes ayant participé à l’enquête, l’on trouve le nom de plusieurs grandes multinationales suisses : Nestlé, Novartis, Roche, Sulzer, etc.

Comment interpréter ce plaidoyer des multinationales pour raviver la compréhension du public et des politiques en Suisse et leur faire comprendre qu’ils ont tout avantage à favoriser leurs activités ? Si la Suisse doit « se réveiller », c’est parce que plusieurs décisions politiques récentes ont contrevenu à leurs intérêts et que cette série noire n’en est peut-être pas à son épilogue, une « initiative pour des multinationales responsables » ayant récolté le nombre de signatures nécessaires pour aboutir. Son but est de contraindre les entreprises domiciliées en Suisse à respecter les droits humains et l’environnement dans les pays hôtes5. Si l’initiative est soutenue par une soixantaine d’organisations de la société civile et plusieurs grands syndicats, elle est vivement critiquée par SwissHoldings qui considère qu’elle contribue à

« stigmatiser » et « dénigrer » les multinationales6. Rappelant qu’« environ un tiers des emplois, des recettes fiscales et du produit intérieur brut » est le fruit de l’activité des multinationales, SwissHoldings souligne que « l’initiative nuit à la Suisse en sa qualité de pays d’accueil des entreprises »7.

1 McKinsey, Economiesuisse, SwissHoldings, Swiss-American Chamber of commerce, Switzerland wake up. Renforcer l’attractivité de la Suisse pour les multinationales, 2019.

2 McKinsey, Economiesuisse, SwissHoldings, Swiss-American Chamber of commerce, Switzerland wake up…, p. 1 et p. 4.

3 McKinsey, Economiesuisse, SwissHoldings, Swiss-American Chamber of commerce, Switzerland wake up…, p. 4.

4 McKinsey, Economiesuisse, SwissHoldings, Swiss-American Chamber of commerce, Switezrland wake up…, p. 4.

5 Comme revers politique de ces dernières années, l’on peut mentionner l’acceptation de l’initiative populaire « contre l’immigration de masse » en 2014 et la mise en péril des relations bilatérales avec l’Union européenne qui en a résulté ainsi que le refus du peuple de la réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III) en 2017.

6 SwissHoldings, Argumentaire : raisons pour lesquelles les entreprises responsables sont contre

« l’initiative sur les multinationales », 03.10.2016, p. 1.

7 Idem., p. 4.

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SwissHoldings n’a pas attendu 2019 pour demander à la Suisse de « se réveiller » et de prendre en considération les intérêts spécifiques des multinationales. En vérité, l’origine même de l’ancêtre de SwissHoldings — appelée à l’époque Industrie-Holding — est inextricablement liée à cet impératif de reconnaissance par les milieux politiques, comme Pierre Müller, membre du conseil d’administration de Bally, se le remémorait en 1956 :

« Il nous a fallu convaincre nos propres autorités que nos sociétés affiliées à l’étranger appartenaient à l’économie suisse, qu’elles en constituaient des avant- postes sur les marchés étrangers et que nos transferts étaient aussi dignes de leur intérêt et de leur protection que les transferts afférents à d’autres secteurs de notre économie »8.

Industrie-Holding est créée en 1942, période durant laquelle le terme d’« invisibles » est communément utilisé pour désigner les revenus rapatriés de l’étranger vers la Suisse par les multinationales9. Cela fait donc des décennies que certaines multinationales suisses, réunies en association d’intérêt, veillent à « rendre leurs invisibles visibles » afin de susciter la compréhension des autorités politiques et de les amener à défendre leurs intérêts face à ceux d’autres groupes sociaux ou d’autres fractions du patronat10.

Quatre constats importants découlent de ces observations contemporaines et historiques.

Premièrement, aujourd’hui comme par le passé, les sociétés multinationales s’inquiètent des décisions politiques et reconnaissent que celles-ci ont une influence cruciale sur leurs affaires. Les multinationales n’apparaissent donc pas comme des entreprises apatrides, pouvant s’affranchir si aisément des décisions des États-nations en redéployant leurs activités où bon leur semble. Deuxièmement, les multinationales s’investissent politiquement pour défendre leurs intérêts. Elles ne sont donc pas uniquement des acteurs économiques qui réagissent aux conditions-cadres offertes par les États, mais également des acteurs politiques, qui cherchent à influencer l’environnement dans lequel elles déploient leurs activités. Troisièmement, les intérêts des entreprises multinationales, tels qu’ils sont perçus par leurs hauts cadres, peuvent s’opposer à ceux d’autres groupes sociaux et d’autres secteurs de l’économie. En outre, comme l’illustre l’initiative « pour des multinationales responsables », ces autres groupes peuvent même chercher à influencer la manière dont les multinationales gèrent leurs activités économiques en Suisse et à l’étranger. Finalement, ces deux exemples, que plusieurs décennies séparent, montrent qu’il y a une dynamique historique dans la prise de conscience de l’importance économique et politique des multinationales. En effet, si les activités économiques des multinationales sont encore

8 Industrie-Holding, Protokoll der 13. Generalversammlung in Bern, 29.02.1956. CH SWA PA 600a 37-6.

9 Les invisibles comprennent les bénéfices des filiales, les dividendes, mais aussi les droits de licence, de brevet et les contributions aux frais de la maison-mère.

10 « ‘Invisibles’ werden sichtbar » est d’ailleurs le titre évocateur choisi par le journal Basel Nachrichten lorsque que les multinationales mettent en scène leurs activités à l’étranger pour le grand public lors de l’exposition nationale de 1964. Voir : Basler Nachrichten, ‘Invisibles’ werden sichtbar - Handel wird hörbar, 23-24.05.1964, in : IFERT Gérard, MEYER Rudi, 50 ans après, Souvenir de l’Expo' 64, Travaux de l’équipe du secteur 5 Les échanges, 2014, p. 5.

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relativement « invisibles » en 1942, elles apparaissent incontournables de nos jours, et ce à tel point qu’elles font l’objet d’une initiative populaire.

En s’inspirant de ces constats, cette thèse a pour ambition d’apporter un éclairage historique original sur les débats contemporains autour de l’internationalisation des entreprises en Suisse. Elle le fait en analysant comment certaines grandes multinationales suisses et leur association Industrie-Holding se sont engagées de manière continue dans des activités politiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses résultats, détaillés dans la section D, montrent notamment que l’internationalisation a été au cœur d’enjeux politiques importants depuis des décennies en Suisse. En outre, son contenu dévoile les stratégies mises en place par les différentes parties prenantes — firmes, associations patronales, syndicats, autorités politiques — pour défendre leurs intérêts spécifiques autour de l’activité des multinationales. Nous prenons donc le parti de faire une histoire politique de l’internationalisation des entreprises, considérant d’une part, que l’activité des multinationales ne se limite pas au domaine économique, et d’autre part, que leurs décisions économiques peuvent faire l’objet de luttes sociales et être influencées par les mesures politiques.

En adoptant cette perspective, cette thèse répond à l’appel récent de certains historiens à accorder davantage d’attention au volet politique de l’action des entreprises11. Comme nous l’analyserons ultérieurement dans la revue de la littérature, si l’intérêt académique pour les multinationales est manifeste, les principaux courants qui ont étudié ces entreprises se sont traditionnellement concentrés sur la dimension économique de leurs activités. L’histoire des entreprises (Business History) a ainsi étudié de manière approfondie les stratégies économiques des multinationales dans différents contextes historiques. De même, le champ de l’International Business s’est attelé à fournir des modèles et des théories qui expliquent la structure des opérations menées par les multinationales, — une question cruciale au regard du rôle central qu’occupent ces entreprises dans l’économie contemporaine. En conséquence, l’analyse de l’influence politique des multinationales sur les institutions est demeurée minoritaire, même si cette question a refait surface ponctuellement depuis la parution des œuvres pionnières de Mira Wilkins et de Stephen Hymer12.

Cette orientation se retrouve en partie dans l’historiographie suisse sur les multinationales, qui a néanmoins ses spécificités. En effet, en raison de l’internationalisation précoce des entreprises helvétiques, différentes études sur les investissements directs à l’étranger fleurissent dès le début du XXe siècle, dans le contexte de première mondialisation puis d’effondrement de l’économie mondiale. Leurs auteurs étudient les conséquences de

11 ROLLINGS Neil, British business in the formative years of European integration, 1945-1973, New York : Cambridge University Press, 2008, p. 266 ; IVERSEN Martin Jes, « The ‘varieties of capitalism’ approach as an analytical tool for business historians », Business History Review, vol. 84, n° 4, 2010, p. 665.

12 WILKINS Mira, HILL Frank Ernest, American business abroad : Ford on six continents, New edition/with a new introduction by Mira Wilkins, Cambridge : Cambridge University Press, 2011, 528 p. ; DUNNING John H., PITELIS Christos N., « The political economy of globalization – Revisiting Stephen Hymer 50 years on », SSRN Scholarly Paper, 2009, p. 1-29.

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l’internationalisation tant pour la place industrielle suisse et ses travailleurs qu’autour de la question de l’impérialisme13. Le thème disparaît dans l’après-guerre, avant de revenir en force dans les années 1970. Globalement, les historiens ne participent pas à ces débats très polarisés, qui sont dominés par les sociologues, les économistes et les journalistes. Il faut attendre les années 1990 pour que les historiens se saisissent à nouveau de la question des investissements directs à l’étranger, influencés par les développements de la littérature internationale en histoire des entreprises et en International Business14.

Si l’histoire des entreprises et l’International Business n’ont porté qu’une attention marginale aux rôles politiques des entreprises, il s’agit d’une des questions principales traitées dans l’historiographie sur les groupes d’intérêt. Récemment, plusieurs historiens se sont attelés à étudier le fonctionnement et le rôle des associations patronales, un sujet qui avait été jusqu’alors davantage traité par les politologues et les sociologues. Cette piste s’est révélée très stimulante pour rediscuter les liens entre entreprises et institutions et dévoiler à l’aide d’archives inédites certaines stratégies qui se déploient en coulisses. Les études historiques portant sur le tournant néolibéral aux États-Unis ont notamment mis en lumière le rôle fondamental joué par certains entrepreneurs et leurs associations d’intérêt15. D’autres historiens ont montré l’intérêt d’aller au-delà de l’histoire traditionnelle centrée sur les politiciens et les diplomates pour comprendre la gouvernance internationale et l’intégration des marchés16. En la matière, l’historiographie suisse s’est significativement enrichie ces vingt dernières années grâce à de nombreuses études historiques dévoilant l’influence politique des associations patronales, que ce soit sur le régime fiscal, social ou encore sur la politique extérieure de la Suisse17. Les études en plein développement sur les élites suisses ont également contribué à souligner l’interpénétration importante entre la sphère économique et la sphère politique, ainsi que le rôle central de certaines entreprises au sein des réseaux patronaux helvétiques18.

Un troisième courant de littérature traite explicitement des relations entre entreprises, groupes d’intérêt, autorités politiques et institutions. Il s’agit des études qui analysent le fonctionnement et les caractéristiques du capitalisme suisse. Ces analyses s’inscrivent dans différentes traditions : analyse critique inspirée du marxisme, études sur le corporatisme, sur

13 Voir notamment les ouvrages de Peter Heinrich Schmidt, d’Ernst Himmel, d’Albert Masnata et de Richard Berendt.

14 Voir en particulier les travaux de Paul Bairoch, de Harm Schröter et de Margrit Müller.

15 PHILLIPS-FEIN Kim, Invisible hands : the making of the conservative movement from the new deal to Reagan, New York, NY: Norton, 2009, 368 p. ; FONES-WOLF Elizabeth A., Selling free enterprise : the business assault on labor and liberalism, 1945-1960, Urbana: University of Illinois Press, 1994, 344 p. ; WATERHOUSE Benjamin C., Lobbying America: the politics of business from Nixon to NAFTA, Princeton : Princeton University Press, 2014, 345 p.

16 ROLLINGS Neil, British business in the formative years…, 278 p.

17 Voir notamment les travaux de Sébastien Guex, André Mach, Matthieu Leimgruber, Janick Schaufelbuehl, Sandra Bott, Pierre Eichenberger, Christophe Farquet, Isabelle Lucas.

18 Voir pour une synthèse : MACH André, DAVID Thomas, GINALSKI Stéphanie, BÜHLMANN Felix, Les élites économiques suisses au XXe Siècle, Neuchâtel : Éditions Alphil - Presses universitaires suisses, 2016, 149 p.

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les variétés du capitalisme, etc. La plupart des analyses historiques sur le capitalisme suisse ont mis en exergue l’importance de la coordination au sein du patronat, mais aussi avec les autorités politiques et dans une certaine mesure avec les partenaires sociaux. Plusieurs études ont également démontré la propension des autorités suisses à défendre prioritairement les intérêts des milieux économiques.

Au sein des trois courants de littérature évoqués — histoire des entreprises, histoire des groupes d’intérêt et histoire du capitalisme —, le rôle politique particulier des multinationales suisses et de leur association Industrie-Holding mérite d’être étudié de manière plus approfondie19. Notre étude vise donc à compléter les trois courants de littérature évoqués en analysant 1) le rôle politique des multinationales, 2) leurs liens complexes avec d’autres groupes d’intérêt et d’autres fractions du patronat depuis 1942 et 3) les luttes politiques autour de l’internationalisation des entreprises, afin de mettre en lumière certaines caractéristiques du capitalisme suisse.

L’approche historique semble particulièrement pertinente dans le cas suisse, en raison de la longévité de ses grandes multinationales et leur importance économique nationale et internationale considérable, comme le montrera plus en détail la section B à l’aide de données quantitatives. Notre analyse s’appuie sur des documents d’archives diverses — archives d’entreprises, archives patronales, archives syndicales, archives fédérales —, dévoilant comment les acteurs concernés évaluaient le bien-fondé de l’internationalisation ainsi que leur stratégie vis-à-vis de ce phénomène. Nos sources et notre approche seront présentées dans la section C. La thèse se structure en trois parties, qui seront détaillées dans la section E : la première se concentre sur les multinationales et leur stratégie collective de défense de leurs intérêts au sein d’Industrie-Holding ; la deuxième se focalise sur les interactions entre les multinationales et différents groupes d’intérêt ; la troisième étudie ce que les luttes politiques autour de l’internationalisation dans les années 1970 nous dévoilent du fonctionnement du capitalisme suisse.

19 Margrit Müller décrit pour la première fois l’association sur la base de ses rapports annuels : MÜLLER Margrit, « Internationale Verflechtung », in : HALBEISEN Patrick, MÜLLER Margrit, VEYRASSAT Béatrice (Hrsg.), Wirtschaftsgeschichte der Schweiz im 20. Jahrhundert, Basel : Schwabe, 2012, p. 339-466 ; voir aussi sur le rôle d’Industrie-Holding dans la gouvernance d’entreprise : LÜPOLD Martin, Der Ausbau der

‘Festung Schweiz’ : Aktienrecht und corporate governance in der Schweiz, 1881-1961, Universität Zürich, 2010, p. 726, p. 740.

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A. Revue de la littérature et questions de recherche

La revue de la littérature est présentée de manière succincte dans cette introduction et sera développée ultérieurement dans les parties introductives des trois grands blocs de la thèse.

Ces blocs reflètent l’organisation de la thèse autour de trois niveaux d’analyse : micro portant sur les multinationales, méso sur les groupes d’intérêt et macro sur le fonctionnement du capitalisme. Tout en prenant acte du fait que ces niveaux se chevauchent constamment, les distinguer permet d’identifier plus clairement les questions de recherche qui guident l’analyse et ses principaux résultats.

Partie micro

De par le rôle clé qu’elles occupent dans l’économie contemporaine, les multinationales ont suscité un intérêt académique conséquent. Deux champs académiques ont porté une attention particulière aux développements de l’activité des multinationales en perspective historique : l’histoire des entreprises et l’International Business. Il est intéressant de noter que les premiers auteurs à s’intéresser aux multinationales, comme Mira Wilkins pour l’histoire des entreprises ou encore Stephen Hymer dans le champ de l’International Business, ne se sont pas limités à analyser leurs stratégies économiques, mais ont également étudié leur importance politique et les relations qu’elles ont développées avec les gouvernements20. Si cet intérêt pour la dimension politique de l’internationalisation des entreprises a donc toujours existé, et a même marqué les origines des études académiques sur les multinationales, il est néanmoins demeuré marginal21. Les analyses portant sur la représentation collective des intérêts des multinationales sont encore plus rares22.

En effet, la majorité des historiens des entreprises, à l’instar d’Alfred Chandler et de ses héritiers, se sont concentrés sur le rôle des managers et sur la manière dont les multinationales ont adapté leurs stratégies et leurs structures aux différents contextes historiques et aux différents marchés. La même tendance se retrouve dans le champ de l’International Business, au sein duquel plusieurs auteurs comme John Dunning ou encore Michael Porter ont élaboré des théories qui permettent d’expliquer la structure et les lieux

20 WILKINS Mira, HILL Frank Ernest, American business abroad : Ford on six continents, New edition/with a new introduction by Mira Wilkins, Cambridge : Cambridge University Press, 2011, 528 p. ; DUNNING John H., PITELIS Christos N., « The political economy of globalization – Revisiting Stephen Hymer 50 years on », SSRN Scholarly Paper, 2009, p. 1-29.

21 Par exemple, Patrick Fridenson, dans l’ouvrage sur les usines Renault (1898-1939), étudie la stratégie de croissance de la firme, tout en prenant en considération ses implications pour les ouvriers et les relations que l’entreprise entretient avec le gouvernement : FRIDENSON Patrick, Histoire des usines Renault, Paris : Éd. du Seuil, 1998, 358 p. ; Raymond Vernon, très connu pour sa théorie du cycle de vie du produit, a aussi étudié comment l’action des multinationales peut entrer en contradiction avec la volonté des États : VERNON Raymond, Sovereignty at bay : the multinational spread of U.S. enterprises, New York : Basic Books, 1971, 336 p.

22 LANZALACO Luca, « Business interest associations » ; MILWARD Robert, « Business and the state », in JONES Geoffrey, ZEITLIN Jonathan (eds.), The Oxford handbook of business history, Oxford : Oxford University Press, 2009, p. 293-318; p. 529-557.

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d’implantation choisis par les multinationales, selon les avantages propres aux firmes et aux différentes nations23. Ces théories ne considèrent que rarement la manière dont ces avantages sont créés et dans quelle mesure les firmes peuvent se mobiliser dans le champ politique pour façonner les institutions et les règles du jeu. Même Raymond Vernon, dans son ouvrage Sovereignty at bay : the multinational spread of U.S. enterprises publié en 1971, analyse comment l’activité économique des multinationales peut fragiliser la souveraineté politique des États, mais ne considère par les entreprises comme des acteurs politiques à part entière24. Cette négligence des influences réciproques entre firmes et institutions n’est pas sans conséquence, puisqu’elle introduit un certain déterminisme dans les théories de l’internationalisation. En effet, du moment où l’on dresse la liste objective de tous les avantages des entreprises et des territoires, on devrait être à même de prédire la forme organisationnelle choisie.

Pour trouver des théories qui brisent ce déterminisme, il faut aller chercher du côté des outsiders de l’International Business. Par exemple, Edith Penrose souligne la nécessité de ne pas considérer l’environnement dans lequel évoluent les firmes comme fixe et immuable, et d’étudier comment ces firmes cherchent à l’influencer pour servir leurs propres intérêts25. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Dunning a consacré un article à souligner la contribution de Penrose au champ de l’International Business, ce qui d’une part montre l’intérêt et l’originalité de son approche, et d’autre part, témoigne de son positionnement dans les marges du champ26.

Ces dernières années, nous assistons à un regain d’intérêt pour l’analyse des liens entre multinationales et gouvernements dans une perspective historique. Plusieurs historiens des entreprises ont étudié la manière dont les multinationales ont géré les risques politiques extrêmes liés aux guerres, aux nationalismes et à la décolonisation dans les pays hôtes27. Dans le champ de l’International Business, des auteurs tels que Peter Buckley ont appelé à un renouveau, invitant les chercheurs à se focaliser davantage sur les sujets qui interpellent

23 DUNNING John, LUNDAN M. Sarianna, Multinational enterprises and the global economy, 2nd Revised edition, Cheltenham: Edward Elgar Publishing Ltd, 2008, 960 p.; PORTER Michael E., The competitive advantage of nations, New York: Free Press, 1990, 855 p.

24 VERNON Raymond, Sovereignty at bay : the multinational spread of U.S. enterprises, New York: Basic Books, 1971, 336 p.

25 PENROSE Edith T., The theory of the growth of the firm, Reprint, Oxford: B. Blackwell, 1966, p. xii.

26 DUNNING, John H., « The contribution of Edith Penrose to international business scholarship », MIR : Management International Review, vol. 43, n° 1, 2003, p. 3–19.

27 Voir : FORBS Neil, KUROSAWA Takafumi, WUBS Ben (eds.), Multinational enterprise, political risk and organisational change: from total War to Cold War, New York: Routledge, 2019, 246 p.; DONZÉ Pierre- Yves, KUROSAWA Takafumi, « Nestlé coping with Japanese nationalism: political risk and the strategy of a foreign multinational enterprise in Japan, 1913–45 », Business History, vol. 55, n° 8, 2013, p. 1318–

1338 ; LUBINSKI Christina, GIACOMIN Valeria, SCHNITZER Klara, « Internment as a business challenge:

political risk management and German multinationals in colonial India (1914–1947) », Business History, 2018, p. 1–26.

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les politiques et la société28. Des économistes, comme William Milberg et Deborah Winkler, montrent aussi l’intérêt d’étudier les relations de pouvoir qui organisent les chaînes de valeurs et invitent à dépasser l’idée de « dotation naturelle » des différents territoires29. Comme le soulignent des historiens tels que Neil Rollings ou encore Martin Jes Iversen, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer notre compréhension de la manière complexe dont les multinationales ont agi pour façonner les institutions afin de favoriser leur croissance30. Les résultats de leurs recherches attestent d’ailleurs de la pertinence de suivre une approche historique basée sur l’analyse d’archives, afin d’illustrer concrètement les relations entre entreprises et autorités dans toute leur complexité, mais aussi de dévoiler certaines stratégies qui ne peuvent être appréhendées qu’à travers la lecture de documents internes.

Si l’historiographie suisse suit certaines des évolutions de la littérature internationale, elle a ses propres particularités. Premièrement, en raison de la précocité du caractère international des entreprises suisses, certains auteurs commencent à étudier l’activité des multinationales dès le début du XXe siècle31. Comme dans la littérature internationale, les premiers auteurs qui s’intéressent au phénomène d’internationalisation n’ignorent pas la question des répercussions sociales des activités des multinationales ni celle de leur influence sur la vie politique suisse32. La période d’après-guerre est marquée par un vide dans la littérature, avant que le sujet ne revienne sur le devant de la scène dans les années 1970. Si certains travaux visent à offrir une estimation quantitative des investissements directs à l’étranger33, la plupart participent à un débat très polarisé qui déborde du champ académique et qui s’inscrit dans les controverses plus générales autour de l’activité des multinationales dans les années 1970. Des auteurs tels que Jean Ziegler et François Höpflinger considèrent l’activité des multinationales suisses à l’étranger comme une forme d’impérialisme moderne, alors que d’autres, à l’instar de Lorenz Stucki, célèbrent le génie entrepreneurial helvétique34. Des

28 BUCKLEY Peter J., « Is the international business research agenda running out of steam? », Journal of International Business Studies, vol. 33, n° 2, 2002, p. 365–367.

29 MILBERG William, WINKLER Deborah, Outsourcing economics : global value chains in capitalist development, New York: Cambridge University Press, 2013, 349 p.

30 ROLLINGS Neil, British business in the formative years of European integration, 1945-1973, New York : Cambridge University Press, 2007, p. 266 ; IVERSEN Martin Jes, « The ‘varieties of capitalism’ approach as an analytical tool for business historians », Business History Review, vol. 84, n° 4, 2010, p. 665.

31 SCHMIDT Peter Heinrich, Die schweizerischen Industrien im internationalen Konkurrenzkampfe, Zürich : O. Füssli, 1912, 228 p.

32 Voir notamment : MASNATA, Albert, L’émigration des industries suisses, Lausanne : Impr. G. Vaney- Burnier, 1924, 174 p. ; HIMMEL Ernst, Industrielle Kapitalanlage der Schweiz im Auslande, Zürich : Langensalza, 1922, 137 p. ; BERENDT Richard, Die Schweiz und der Imperialismus, Zürich : Leipzig, 1932, 162 p. ; POLLUX, Trusts in der Schweiz ? die schweizerische Politik im Schlepptau der Hochfinanz, Zürich:

Verein für wirtschaftliche Studien, 1944, 149 p.

33 PEYER Kurt, Ausmass und Bedeutung des Auslandkapitals in der Schweiz, Zürich : Juris-Verlag, 1971, 269 p.

34 ZIEGLER Jean, Une Suisse au-dessus de tout soupçon, Paris : Ed. du Seuil, 1976, 177 p. ; HÖPFLINGER François, L’empire suisse, Genève : Grounauer, 1978, 250 p. ; STUCKI Lorenz, L’empire occulte : les secrets de la puissance helvétique, Paris : R. Laffont, 1970, 390 p.

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économistes, tels que Jürg Niehans, Beat Bürgenmeier ou encore Silvio Borner, répondent à ces controverses en publiant leurs propres études, influencées par les cadres théoriques de l’International Business35. Les historiens ne participent pas à ce débat dominé par les économistes, les sociologues et des auteurs situés hors du champ académique.

Il faut attendre les travaux de Paul Bairoch et de Harm Schröter dans les années 1990 pour raviver l’intérêt des historiens pour l’étude des multinationales et des investissements directs à l’étranger (IDE)36. Depuis les années 2000, nous disposons d’une bien meilleure vision de l’évolution sur la longue durée des IDE grâce aux travaux de Margrit Müller, qui s’inspirent notamment de la Business History étasunienne et des théories de l’International Business37. Margrit Müller est également la première auteure à dresser un portrait d’Industrie-Holding, l’association des multinationales suisse créée en 1942, sur la base de ses rapports annuels38. En parallèle, certains historiens ont réalisé des études de cas sur des multinationales suisses comme Suchard, Novartis ou encore Hero39. Leurs analyses portent principalement sur les stratégies économiques des entreprises.

Dans la littérature helvétique, le rôle politique des multinationales a cependant souvent été abordé lorsque les historiens ont cherché à étudier les relations bilatérales de la Suisse avec d’autres pays. Premièrement, la décision prise par le Conseil fédéral de créer en 1996 la Commission indépendante d’experts (CIE), communément appelée « Commission Bergier », a donné une importante impulsion aux travaux en histoire analysant les liens entres les élites économiques et politiques suisses et les gouvernements étrangers durant la Seconde Guerre mondiale40. En raison de leurs activités à l’étranger, les multinationales suisses ont bien

35 NIEHANS Jürg, « Benefits of multinational firms for a small parent economy: the case of Switzerland », in : AGMON Tamir, KINDLEBERGER Charles P., (eds.), Multinationals from small countries, Cambridge Mass.: MIT Press, 1977, p. 1-39. ; BÜRGENMEIER Beat, Théorie et pratique des investissements suisses à l’étranger, Genève : Libr. Droz, 1981, 279 p. ; BORNER, Silvio, WEHRLE Felix, Die sechste Schweiz : Überleben auf dem Weltmarkt, Zürich : Orell Füssli, 1984, 228 p.

36 SCHRÖTER Harm G., « Etablierungs- und Verteilungsmuster der schweizerischen Auslandsproduktion von 1870 bis 1914 », in : BAIROCH Paul, KÖRNER Martin H. (éd.), La Suisse dans l’économie mondiale = : Die Schweiz in der Weltwirtschaft, Genève: Droz, 1990, p. 391-407.

37 MÜLLER Margrit, « Die Schweiz in der internationalen Arbeitsteilung », in : HALBEISEN Patrick, MÜLLER Margrit, VEYRASSAT Béatrice (Hrsg.), Wirtschaftsgeschichte der Schweiz im 20. Jahrhundert, Basel : Schwabe, 2012, 1243 p.

38 MÜLLER Margrit, « Die Schweiz in der internationalen… », p. 414-417.

39 NUSSBAUM, Claire-Aline, Suchard : entreprise familiale de Chocolat, 1826-1938: naissance d’une multinationale Suisse, Neuchâtel : Ed. Alphil, 2005, 279 p.  ; ZELLER Christian. Globalisierungsstrategien - Der Weg von Novartis. Berlin : Springer, 2001, 702 p. ; KNOEPFLI Adrian, Im Zeichen der Sonne : Licht und Schatten über der Alusuisse, 1930-2010, Baden : hier + jetzt, 2010, 319 p. ; KOELLREUTER Isabel, LÜPOLD Martin, SCHÜRCH Franziska, Hero : seit 1886 in aller Munde: von der Konserve zum convenience food, Baden : Hier + jetzt, 2011, 159 p.

40 Pour une synthèse, voir : BERGIER Jean-François, Commission indépendante d’experts suisse - Seconde Guerre mondiale (éd.), La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale : rapport final, Zürich : Pendo, 2002, p. 279-306.

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entendu fait l’objet d’investigations de la part des experts de la CIE41. Par la suite, plusieurs historiens ont étudié le rôle des multinationales suisses dans d’autres contextes politiques, notamment dans certains pays en voie de développement comme l’Argentine ou encore durant le régime de l’apartheid en Afrique du Sud42. Si les multinationales ne sont pas l’objet central de ces études, il en ressort qu’elles sont des acteurs incontournables pour comprendre la politique extérieure de la Suisse dans toute sa complexité.

Au sujet du lien entre les multinationales et les institutions en Suisse, plusieurs auteurs ont souligné l’importance du régime fiscal. Par exemple, Christophe Farquet a étudié comment une partie des élites économiques suisses a usé de son influence pour promouvoir des accords de double imposition durant l’entre-deux-guerres. Matthieu Leimgruber et Janick Schaufelbuehl montrent quant à eux l’importance de l’attractivité fiscale de la Suisse pour expliquer l’implantation de multinationales étrangères dans l’après-guerre et la manière dont les milieux économiques intéressés ont œuvré à maintenir en place ce système43. Leurs contributions attestent donc de la pertinence d’étudier de manière plus systématique le rôle politique des multinationales qui ne sont certainement pas indifférentes aux évolutions institutionnelles, lorsque celles-ci touchent à leurs intérêts économiques.

Bien que la littérature existante laisse donc clairement entrevoir l’intérêt d’étudier les stratégies politiques des multinationales suisses, il reste malgré tout beaucoup à faire pour comprendre leur engagement systématique dans la sphère politique. Partant de ce constat, nous cherchons à répondre aux questions suivantes :

Pourquoi certains dirigeants de multinationales s’engagent-ils dans des activités politiques au début des années 1940 ?

Quels sont leurs motivations et leur mode opératoire ?

De quelle manière leur groupe et leurs objectifs évoluent-ils jusqu’à la fin du XXe siècle ?

41 Voir notamment : UHLIG Christiane (Hrsg.), Tarnung, Transfer, Transit : die Schweiz als Drehscheibe verdeckter deutscher Operationen (1938-1952), Zürich : Chronos, 2001, 501 p.

42 LUCAS Isabelle, ‘La cime insubmersible de l’argent’ et ‘la grande réserve de l’occident’ : un siècle de relations helvético-argentines, Thèse de doctorat : Université de Lausanne, 2016, 697 p. ; BOTT Sandra, La Suisse et l’Afrique du Sud, 1945-1990 : Marché de l’or, finance et commerce durant l’apartheid, Zürich : Chronos, 2013, 476 p.

43 LEIMGRUBER Matthieu, « ‘Kansas City on lake Geneva’. Business hubs, tax evasion, and international connections around 1960 », Zeitschrift für Unternehmensgeschichte (ZUG,) vol. 60, n° 2, 2015, p. 123–

140. ; SCHAUFELBUEHL, Janick Marina, « The transatlantic business community faced with US direct investment in Western Europe, 1958–1968 », Business History, vol. 58, n° 6, 2016, p.880-902. ; FARQUET Christophe, « Tax avoidance, collective resistance, and international negotiations : foreign tax refusal by Swiss banks and industries between the two world wars », Journal of Policy History, vol. 25, n° 3, 2013, p. 334–353.

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Partie méso

Lorsque les multinationales s’investissent dans le champ politique, elles entrent forcément en contact avec d’autres groupes d’intérêt, tels que les associations patronales ou encore les syndicats. Si les premières études d’historiens portant sur les associations patronales sont relativement anciennes, il s’agit d’un thème qui a été davantage étudié par les politologues et les sociologues jusqu’à récemment44. Les travaux des historiens sont importants, car ils attestent de la pertinence de prendre en compte des acteurs économiques pour comprendre les évolutions de la politique et des institutions nationales, mais aussi de la gouvernance internationale45. En outre, leur approche, basée sur l’analyse d’archives internes à ces organisations, se révèle particulièrement adaptée pour dévoiler les activités de lobbying qui se déroulent en coulisse.

Sur la thématique des associations patronales, les historiens suisses ne sont pas en reste. En effet, des avancées significatives ont été réalisées depuis une quinzaine d’années pour documenter leur influence sur des thèmes aussi variés que les finances fédérales, les lois sur la concurrence et le droit des sociétés, la politique sociale ou encore la politique extérieure

44 Pour le cas suisse, voir l’étude pionnère d’Erich Gruner : GRUNER Erich, Die Wirtschaftsverbände in der Demokratie : vom Wachstum der Wirtschaftsorganisationen im schweizerischen Staat. Erlenbach- Zürich ; Stuttgart : E. Rentsch, 1956, 131 p. ; et celle de Michale Rust sur le Comité des Forges : RUST Michael Jared, Business and Politics in the Third Republic : The ‘Comité des Forges’ and the French steel industry : 1896-1914, Ann Arbor Michigan, London : University Microfilms International, 1978, 480 p.

45 Voir par exemple : BÜHRER Werner, « Der BDI und die Außenpolitik der Bundesrepublik in den fünfziger Jahren », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, vol. 40, n° 2, 1992, p. 241–61. ; PHILLIPS-FEIN Kim, Invisible hands : the making of the conservative movement from the new deal to Reagan, New York, NY: Norton, 2009, 368 p. ; FONES-WOLF Elizabeth A., Selling free enterprise : the business assault on labor and liberalism, 1945-1960, Urbana : University of Illinois Press, 1994, 344 p. ; WATERHOUSE Benjamin C., Lobbying America : the politics of business from Nixon to NAFTA, Princeton : Princeton University Press, 2014, 345 p. ; ROLLINGS Neil, British Business in the formative years of European Integration, 1945-1973, New York: Cambridge University Press, 2007, 278 p. 46 Voir notamment : MACH André, Révision de la loi sur les cartels : adaptation aux normes européennes et/ou réorientation autonome de la politique de concurrence suisse ?, Chavannes-près-Renens : Institut de hautes études en administration publique, 1997, 92 p. ; MÜLLER Philipp, La Suisse en crise (1929-1936) : les politiques monétaire, financière, économique et sociale de la Confédération helvétique, Lausanne : Éditions Antipodes, 2010, 810 p. ; DAVID Thomas, MACH André, LÜPOLD Martin, SCHNYDER Gerhard (éd.), De la ‘Forteresse des Alpes’ à la valeur actionnariale : histoire de la gouvernance d’entreprise suisse (1880- 2010), Zürich : Seismo, 2015, 501 p. ; GERARDI Dario, La Suisse et l’Italie, 1923-1950 : commerce, finance et réseaux, Neuchâtel : Alphil, 2007, 612 p. ; SCHAUFELBUEHL Janick Marina, La France et la Suisse, ou, la force du petit : évasion fiscale, relations commerciales et financières (1940-1954), Paris : Presses de Sciences Po., 2009, 442 p. ; DIRLEWANGER Dominique, GUEX Sébastien, PORDENONE Gianfranco, La politique commerciale de la Suisse de la Seconde Guerre mondiale à l’entrée Au GATT (1945-1966), Zürich : Chronos, 2004, 325 p. ; LEIMGRUBER Matthieu, Solidarity without the state ? Business and the shaping of the Swiss welfare state, 1890-2000, Cambridge : Cambridge University Press, 2008, 318 p. ; EICHENBERGER Pierre, Mainmise sur l’État social : mobilisation patronale et caisses de compensation en Suisse (1908-1960), Neuchâtel : Éditions Alphil - Presses universitaires suisses, 2016, 493 p.

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