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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Kahn, A. (1980). Effets des médiateurs de l'inflammation et de l'endotoxine sur la perméabilité du mésentère à l'albumine: expériences in vitro et applications à la clinique pédiatrique (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Médecine – Médecine, Bruxelles.
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Département de Pédiatrie
Laboratoire de Physiologie et de Physiopathologie Métabolique
EFFETS DES MEDIATEURS DE L'INFLAMMATIDN ET DE L'ENDDTOXINE SUR LA PERMEABILITE DU
MESENTERE A L’ALBUMINE
EXPERIENCES IN VITRO ET APPLICATIONS A LA CLINIOUE PEDIATRIQUE
A. KAHN par
THESE PRESENTEE EN VUE DE L'OBTENTION DU GRADE D'AGREGE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
1980
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES Département de Pédiatrie
Laboratoire de Physiologie et de Physiopathologie Métabolique
EFFETS DES MEDIATEURS DE L'INFLAMMATION ET DE L'ENDOTOXINE SUR LA PERMEABILITE DU
MESENTERE A L’ALBUMINE
EXPERIENCES IN VITRO ET APPLICATIONS A LA CLINIQUE PEDIATRIQUE
par A. KAHN
THESE PRESENTEE EN VUE DE L'OBTENTION DU GRADE D'AGREGE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
1980
Nous tenons à remercier en premier lieu Monsieur le Professeur H.L. VIS, Directeur du Département de Pédiatrie de l'Hôpital Universitaire Saint- Pierre. Le premier, il a compris que les oedèmes parfois observés lors de l'endotoxinémie représentaient une énigme qui méritait d'être résolue. Il a réalisé d'emblée que ni l'expérimentation clinique, ni même l'utilisation d'animaux entiers n'apporteraient de réponse statisfaisante. Il nous a conseillé d'entreprendre des expériences in vitro, et ce malgré le temps considérable requis par un travail de laboratoire, et qui doit être pris sur le temps, déjà compté, nécessaire à la bonne marche d'une Unité de
Soins Intensifs.
Nous tenons à remercier Monsieur le Professeur V. CONARD, qui a immé
diatement compris l'intérêt de cette recherche et nous a aussitôt ouvert les portes du Laboratoire de Physiopathologie de la Faculté de Médecine. Ses fréquentes remarques et les questions (apparemment si simples) qu'il po
saient, montraient en réalité une compréhension profonde des problèmes investigués.
C'est avec Monsieur le Professeur E. BRACHET, Chargé de Cours Associé à ce même Laboratoire, que nous avons réalisé la plus grande partie du travail expérimental. Monsieur Brachet n'a pas hésité à remettre au point une technique qu'il avait utilisée quelques années auparavant, en collabo
ration avec le Professeur E. RASIO, alors à Bruxelles. Il a guidé nos premiers pas dans le monde parfois surprenant des études in vitro n'épar
gnant ni son temps ni sa peine pour nous faire éviter les nombreux traquenards dans lesquels un novice n'aurait manqué de tomber.
Nous sommes également redevables à Monsieur le Professeur P. DUSTIN, Professeur d'Anatomie Pathologique à la Faculté de Médecine, qui a compris à quel point le besoin d'une étude morphologique se faisait sentir
et n'a pas hésité à nous remettre entre les mains de son personnel le plus qualifié pour nous permettre de résoudre une partie des questions qui se posaient.
Monsieur le Professeur M. ABRAMOW, qui n'a repris que récemment les charges de Monsieur Conard, a également fait la preuve de tout son esprit d'analyse dans l'interprétation des résultats mathématiques et bio
physiques de certaines de nos expériences.
C'est avec joie que j'évoque les discussions, riches en enseignements que j'ai eues avec Monsieur le Professeur P.P. LAMBERT (Fondation Médicale
Reine Elisabeth), avec Monsieur le Professeur J. REUSE (Laboratoire de Pharmacologie et de Pharmacodynamie de la Faculté de Médecine) Monsieur le Professeur J. DUMONT (IRIBHN, Faculté de Médecine) et Monsieur le Professeur P. SM ETS (Centre de Calculs, Faculté de Médecine).
Aucun n'a hésité à prendre le temps qu'il fallait pour écouter nos problè
mes et leur trouver les solutions les plus élégantes.
REMERCIEMENTS (2)
Ce travail ne serait pas ce qu'il est sans l'aide permanente de Mesdames C. LEBON et A.M. LEEMANS et de Monsieur P. VANMUYLEN, du Laboratoire de Physiopathologie. Ils ont sans cesse veillé à ce que les expériences puissent être menées dans les meilleures conditions, parti
cipant activement à bon nombre d'entre-elles.
De même , Monsieur D. MARTI NS, en charge des compteurs de l'IRIBHN a toujours contribué à ce que les comptages radioactifs soient effectués dans les meilleurs délais.
Il me reste à remercier enfin tous ceux qui, par leurs encouragements, leurs conseils ou leur participation active ont rendu ce travail possible.
Ces recherches ont bénéficié du soutien du Fonds de la Recherche Scien
tifique Médicale (contrat no. 3455575).
L'ENDOTOXINE ET LA PERMEABILITE TISSULAIRE
La lyse des bactéries Gram négatif libère une endotoxine dont la struture complexe a été largement décrite dans la littérature (Westphall, 1975 ; Elin et coll., 1976 ; Andersen et colL, 1979).
Cette toxine est considérée comme l'agent responsable de très nombreux tableaux cliniques, qui s'étendent du développement progressif de certaines insuffisances rénales ou hépatiques, aux manifestations aiguës qui caractérisent les septicémies et les méningites bactériennes (Lambotte et Rocmans, 1973 ; Gilbert et Moss, 1975 ; Wardie, 1975 ; Nolan, 1975 ; Urbaschek et Urbaschek, 1976).
De toutes les complications liées à la présence de l'endotoxine dans la circulation sanguine, la plus grave est le développement brutal d'un choc hémodynamique, léthal dans plus de 20 % des cas chez l'adulte et dans près de 45 % des cas chez l'enfant (Clowes et coll., 1975 ; Gilbert et Moss, 1975 ; Saint-Martin et coll., 1972 ; Kahn et Blum, 1978).
Depuis la première description du choc endotoxinique (Waisbren, 1951), de nombreux laboratoires se sont attachés à en élucider le déroulement. Dès son déclenchement, des défaillances fonctionnelles se développent dans divers orga
nes (Gilbert et Moss, 1975 ; Elin et coll., 1976). Simultanément, des débris cellulaires et des médiateurs chimiques (tels l'histamine, la sérotonine, la brady- kinine ou des prostaglandines) sont déversés dans le sang (Collier et coll., 1973 ; Urbaschek et Urbaschek, 1976).
De plus, des modifications morphologiques et métaboliques profondes se développent au niveau des cellules de nombreux tissus, entrainant des défaillances fonctionnelles multiples (Gilbert et coll., 1975). C'est ainsi que l'on observe une augmentation de la perméabilité vasculaire, qui quoique généralisée à tous les vaisseaux, affecte tout particulièrement ceux de petit calibre, les veinules et les capillaires de la "microcirculation" (Urbaschek et Urbaschek, 1979). En effet, ceux-ci deviennent plus perméables à certains constituants du plasma, qui s'échappent du conpartiment vasculaire, envahissent les espaces interstitiels, occasionnant ainsi une hypovolémie plasmatique et des oedèmes, phénomènes qui aggravent de manière déterminante une situation hémodynamique déjà précaire (Chien et coll., 1964 ; Robin et coll., 1972 ; Pietra et coll., 1974 ; Bredenberg, 1974 ; Clowes et coll., 1975 ; Gilbert et coll., 1975; Lees, 1976 ; Kahn et Brachet, 1980).
Malgré l'importance clinique du rôle joué par l'accroissement de la per
méabilité vasculaire, les mécanismes précis qui le déterminent sont encore incon
nus (Gilbert et coll. 1975 ; Urbaschek et Urbaschek, 1979). En effet, si l'en
dotoxine semble favoriser la libération de substances naturelles à pouvoir inflam
matoire (les médiateurs), tout en se fixant elle-même sur les parois vasculaires (Rubenstein et coll., 1962 ; Urbaschek et Urbaschek, 1979), les réactions cellu
laires secondaires à ces phénomènes sont ignorées et ceci principalement parce
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qu'elles se déroulent dans des territoires encore inaccessibles à une étude directe (Gilbert et coll., 1975 ; Urbaschek et Urbaschek, 1979).
Chez l'animal, la microscopie ne révèle pas de lésions importantes de la structure vasculaire à un stade précoce du choc, bien que l'augmentation de la perméabilité soit déjà manifeste (Berdjiset Vick,1968 ;Pietra et coll., 1974).
Le tissu endothélial peut être modérément oedématié, présenter de nombreuses vacuoles cytoplasmiques et des agrandissements des espaces intercellulaires (Pietra et coll., 1974). Ces modifications morphologiques permettraient sans doute l'extravasation des constituants du plasma ; cependant la bonne conservation de la structure endothéliale maintient la capacité des vaisseaux de filtrer les
molécules de manière sélective, selon leur rayon moléculaire (Chien et coll., 1964 ; Brigham et coll., 1976).
Ultérieurement, une à deux heures après l'injection de l'endotoxine, les vaisseaux présentent des lésions focales caractérisées par la cytolyse et le décol
lement des cellules endothéliales. A ce stade, l'intégrité du tissu endothélial est perdue et l'extravasation n'est plus limitée (Berdjis et Vick, 1968 ; Gaynor, 1972).
Ces modifications structurelles ne sont cependant pas caractéristiques de l'endotoxine : elle peuvent s'observer également après l'injection d'autres substan
ces, telles l'histamine, la sérotonine, la bradykinine ou des prostaglandines (Majno et coll., 1961 ; Simpson et coll., 1974). Chez l'homme comme chez l'animal, ces médiateurs apparaissent d'ailleurs dans la circulation sanguine lorsque de l'endoto
xine est présente dans le plasma (Hinshaw et coll., 1961 ; Davis et coll., 1961 ; Kobold et coll., 1963 ; Fletcher et coll., 1976).
Il parait donc impossible de séparer l'effet de l'endotoxine sur l'augmentation de la perméabilité vasculaire de ceux des médiateurs de l'inflammation.
Les notes qui suivent résument les données de la littérature consacrées aux effets de ces médiateurs de l'inflammation sur la perméabilité vasculaire.
A) L'HISTAMINE
L'histamine est le médiateur dont les effets phlogistiques ont été le plus complètement étudiés.
Injectée à forte dose dans la circulation d'un animal, elle entraîne un
"choc histaminique" mortel (Dale et Laidlaw, 1919). Celui-ci est caractérisé par une vasodilatation généralisée et par une fuite massive des constituants du plas
ma hors du compartiment vasculaire. A plus faible dose, l'histamine entraîne l'apparition rapide d'un oedème local (Fladdy et coll., 1972). Dans les deux cas, l'augmentation de la perméabilité vasculaire se manifeste principalement au niveau des veinules post-capillaires (Majno et coll., 1961). Du point de vue microscopi
que, l'endothélium présente l'ouverture d'"espaces" intercellulaires, dus proba
blement à la contraction de structures fibrillaires contractiles dans les cellules (Majno et coll., 1969).
De plus, l'histamine induit également la formation de vésicules au sein des cellules endothéliales (Mc Namee et Grodins, 1975). Tous ces effets sont précoces, transitoires et proportionnels aux doses d'histamine utilisées (Carter et coll., 1974). C'est l'ensemble de ces effets qui seraient responsables de l'accrois
sement de la perméabilité aux constituants du plasma (Majno et coll., 1961 ; Carter et coll., 1974).
L'histamine agit sur les cellules en stimulant deux types de récepteurs membranaires distincts : les H1 et les H2 (Owen, 1977).
Les modifications de la structure endothéliale décrites seraient dues aux récepteurs membranaires spécifiques de type H1 (Brigham et coll. 1976).
C'est ainsi que l'administration de substances antagonistes, telle la diphénylhy- dramine, prévient l'augmentation de la perméabilité vasculaire après l'injection de faibles doses d'histamine et la réduit après l'administration de fortes doses
(Owen, 1977).
Le rôle joué par les récepteurs membranaires de type H2 dans la régu
lation de la perméabilité vasculaire est encore mal connu. Des antagonistes de type H2 permettent toutefois de supprimer l'oedème cérébral dû à l'irra
diation ou l'oedème secondaire à une agression thermique et il n'est donc pas exclu qu'ils puissent également jouer un rôle (Owen, 1977).
D'autre part, ces modifications de la structure de l'endothélium et l'aug
mentation de la perméabilité pourraient nécessiter l'intervention de nucléotides cycliques, peut-être du GMP cyclique (Lichtenstein, 1975 ; Owen, 1977).
L'ion calcium également semble jouer un rôle important dans ces méca
nismes, car sans lui, l'histamine n'induit ni contraction, ni vacuolisation des cellules endothéliales (Northover et Northover, 1969). L'entrée du calcium dans les cellules pourrait être favorisée par une synthèse locale de prostaglandines sous l'effet de l'histamine (Northover et Northover, 1969).
En conclusion, l'histamine accroft la perméabilité des vaisseaux aux macromolécules, principalement au niveau des veinules postcapillaires. Ce phénomène semble lié à des modifications structurelles de l'endothélium, qui pourraient nécessiter l'intervention de récepteurs spécifiques, des nucléotides cycliques, du calcium et des structures contractiles intracellulaires.
B) LA SEROTONINE
La sérotonine, ou 5-Hydroxytryptamine (5-HT) ne semble pas exercer un effet phlogistique important chez toutes les espèces animales testées (Movat, 1971).
Si chez le rat elle entrafne des oedèmes à des concentrations 10 à 100 fois moindres que celles de l'histamine, chez l'homme ses effets inflammatoires sont
discutés (Douglas, 1970).
L'augmentation de la perméabilité vasculaire induite par la sérotonine serait due aux mêmes mécanismes que ceux liés à l'action de l'histamine : au niveau des veinules postcapillaires, elle entrafne la contraction des cellules endo
théliales et la formation d'espaces intercellulaires, ainsi que l'apparition de vési
cules intracellulaires (Majno et coll., 1961 ; Movat, 1971).
D'autre part, l'action de la sérotonine pourrait être partiellement indirecte, et être due à la libération locale d'histamine ou de prostaglandines de type E (Schayer, 1960 ; Famaey et coll., 1977).
En résumé, il existe une grande variabilité dans la sensibilité à la séroto
nine selon les espèces animales ; chez le rat elle induirait une augmentation de la perméabilité vasculaire particulièrement importante.
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C) LA BRADYKININE
La bradykinine entrafne un accroissement de la perméabilité vasculaire qui est particulièrement important, dans toutes les espèces étudiées (Movat, 1971).
Il serait plus important que celui de l'histamine, à molarité égaie. Les mécanismes responsables de cet effet sont semblables à ceux observés pour l'histamine.
La bradykinine réagit avec des récepteurs membranaires qui lui sont propres et induit la séparation des cellules endothéliales ainsi que la formation des vésicu
les cytoplasmiques, au niveau des veinules postcapillaires (Majno et coll. 1967 ; Carter et coll., 1974). Ces effets sont proportionnels aux doses de bradykinine injectées (Williams et Morley, 1973). L'effet de la bradykinine pourrait être direct ou partiellement lié à la libération locale de prostaglandines ou d'histamine
(Ikeda et coll., 1975 ; Erdos, 1976 ; Douglas, 1970).
Dans certains tissus,la bradykinine accroft les concentrations en AMP cyclique et en GMP cyclique (Erdos, 1976). Il est intéressant de rappeler que d'autres polypeptides, comme la vasopressine ou l'angiotensine II, augmentent également la perméabilité tissulaire et la concentration cellulaire en AMP cyclique (Douglas, 1970).
En résumé, la bradykinine est un des plus puissants médiateurs naturels qui soit responsable de l'augmentation de la perméabilité vasculaire ; ses effets s'apparentent à ceux exercés par l'histamine.
D) LES PROSTAGLANDINES
Chez l'homme comme chez le rat, l'injection sous-cutanée de prostaglandines entraîne le développement d'un oedème local (Crunkhorn et Willis, 1971).. Cet effet peut être inhibé par l'administration préalable d'agents anti inflammatoires
non stéroïdiens, tels l'acide acétylsalicylique ou l'indométhacine, connus pour empêcher la synthèse des prostaglandines (Moncada et coll., 1973).
L'importance de l'accroissement de la perméabilité dépend du type de prostaglandine; chez le rat, les prostaglandines peuvent être classées selon un ordre croissant d'efficacité : prostaglandine F, prostaglandine A, prostaglandine E
(Crunkhorn et Willis, 1971). Parmi ces dernières, les prostaglandines El seraient plus efficaces que celles de type E2 (Moncada et coll., 1973). Toutes deux potentialisent également les effets d'autres agents inflammatoires injectés simul
tanément, comme l'histamine, la sérotonine ou la bradykinine(Chahl, 1976 ; Ikeda et coll., 1975).
L'importance de l'effet de perméabilisation exercé par les prostaglandines de type E dépend de l'espèce animale étudiée. Chez l'homme et le rat, l'effet est comparable à ceux obtenus avec l'histamine (Crunkhorn et Willis, 1971).
Chez le lapin ou le cobaye par contre, il est nettement moindre (Williams et Peck, 1977). On a considéré que le rôle biologique des prostaglandines E se limiterait à intensifier l'action d'autres médiateurs de l'inflammation, du moins chez certaines espèces (Moncada et coll., 1973).
Rappelons que chez un même animal, l'intensité des effets observés sem
ble dépendre des doses de prostaglandines E utilisées : si à faible dose (de l'ordre
du ng ou du ^lg), elles induisent ou intensifient l'extravasation du plasma, à très forte concentration (de l'ordre du mg), elles inhibent les effets d'autres médiateurs (Moncada et coll. 1973).
Les effets exercés par les prostaglandines E sur la perméabilité vasculaire dépendent donc essentiellement des conditions expérimentales.
Contrairement aux prostaglandines de type E, celles du type Fat n'exercent qu'un effet faible sur la perméabilité vasculaire (Crunkhorn et Willis, 1971). La prostaglandine F2a pourrait même réduire de manière importante les effets inflam
matoires obtenus avec les prostaglandines de type E ou avec d'autres médiateurs (Crunkhorn et Willis, 1971 ; Thomas et West, 1974).
La manière dont les prostaglandines accroissent la perméabilité est encore débaltue. Il pourrait s'agir uniquement d'un effet mécanique lié au développe
ment d'une vasodilatation précapillaire (Williams et Peck, 1977). L'exsudation serait ainsi due aux augmentations de la pression hydrostatique et du gradient transmural.
Cette interprétation rend compte de la diminution de l'extravasation observée après l'administration simultanée d'agents vasoconstricteurs, telle l'épinéphrine ou les prostaglandines du type F2o: (Panagides et Tolman, 1975).
Par contre, des études en microscopie électronique ont montré que l'exsu
dation, qui se produit essentiellement au niveau des veinules pnstcapillaires, s'accompagne d'une contraction et de la formation de vésicules par les cellules endothéliales (Svensjo, 1978 ; Simpson et coll., 1974).
Des études réalisées in vitro, dans des bains de diffusion, favorisent également l'hypothèse d'une action directe des prostaglandines sur les tissus, indépendamment de tout gradient hydrostatique (Pederson et Green, 1975).
Les prostaglandines pourraient, dans certains tissus, favoriser la libération d'histamine, qui contribuerait à l'accroissement de la perméabilité (Crunkhorn et Willis, 1971). Ce point n'est pourtant pas admis de manière unanime (Ikeda et coll.. 1975).
Pour terminer cette revue de la littérature, rappelons que certains auteurs ont mis en doute le rôle phlogistique des prostaglandines, au profit d'autres agents dérivés de l'acide arachidonique comme les endoperoxides, les thrombo- xanes A2 ou les prostacyclines (Markelonis et Garbus, 1975 ; Claesson et coll., 1977).
Le rôle inflammatoire de ces médiateurs instables et tout particulièrement celui des prostacyclinesest fort probable in vivo (Bult et coll., 1978 ; Higgs et coll., 1979). Il faut rappeler cependant que l'injection de l'endoperoxide PGG2 dans la peau du lapin n'entraîne qu'une exsudation faible (10 fois moindre que celle de la prostaglandine E2 à molarité égale) et que sa capacité de potentialiser l'effet phlogistique d'autres médiateurs est également nettement inférieure à celle de la prostaglandine (Williams et Peck, 1977). Certains nient même tout effet sur la perméabilité aux endoperoxides (Ford-Hutchinson et Mac Intyre, 1978).
En résumé, les prostaglandines sont des agents naturels impliqués dans la réaction d'exsudation qui accompagne la phase aigüe de l'inflammatign. L'inten
sité des réactions dépend des conditions expérimentales car elle est liée au type
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de prostaglandine étudié, aux concentrations, au lieu d'injection et à l'animal utilisés.
Chez le rat, les prostaglandines de type E (plus que les A, qui plus que les Fa), induisent une modification de la structure de l'endothélium des veinules postcapillaires, et il s'en suit l'extravasation du plasma.
4. CONCLUSIONS
Les effets exercés par l'endotoxine sur les cellules endothéliales sont mal connus.
Ils semblent indissociables de ceux des médiateurs de l'inflammatioiS aigüe. Ceux- ci interviennent probablement de manière inégale, tant par l'intensité de leurs effets, que par le moment d'apparition. Ainsi, lors de l'oedème qui suit l'injec
tion de carragine dans la patte du rat, l'histamine et la sérotonine apparaissent endéans les premières . 90 minutes de la réaction ; la bradykinine interviendrait à son tour, et ce jusqu'à la IbOème minute, alors que les prostaglandines n'exer
ceraient un effet significatif qu'au delà de la 120ème minute (Di Posa et coll., 1970). L'ordre d'apparition de ces médiateurs n'est probablement pas aussi strict, l'histamine et la sérotonine pouvant exercer une action tardive, alors que les prostaglandines interviendraient endéans les 60 premières minutes (Chahl, 1976 ; Moncada et coll., 1973).
La manière dont ces agents accroissent la perméabilité est encore mal connue.
Ils pourraient induire une vasodilatation précapillaire et élever ainsi la pression hydrostatique (Majno et coll., 1961 ; Williams et Peck, 1977). Il s'en suivrait un accroissement de la filtration vers les espaces extravasculaires (Sterling, 1896).
Indépendamment de cet effet, ces médiateurs pourraient exercer un effet direct sur l'endothélium vasculaire et ainsi induire une augmentation de la perméa
bilité au plasma (Majno et coll., 1961 ; Pederson et Green, 1975).
En effet, la microscopie électronique révèle l'existence d'agrandissements des espaces intercellulaires,de contractions cellulaires et de vésicules cytoplasmi
ques qui sont autant de voies de passage vers les espaces extravasculaires. La litté
rature ne fournit cependant que peu de données concernant les mécanismes biochi
miques intracellulaires qui sous-tendent ces modifications morphologiques. Les nucléotides cycliques, ainsi que l'ion calcium, les microfilaments et les microtubules pourraient participer à ces réactions, mais les preuves accumulées pour étayer cette hypothèse demeurent fragmentaires.
INDIRECT SPECIFIQUES CYCLIQUES Ca^’*'
CONTRACTILES CELLULAIRE CELLULAIRE
Endotoxine +++(1) direct (2) ou indirect (3)
? ? 7 7 + (4)
(avant délabr l'endot
+ (4) ements de hélium )
Histamine ++ (5) direct (5) ou prostaglan
dines (8)
types H1 (7) ou H2
GMP C?
(7)
+(8) + (5) +(5) +(6)
Sérotonine ++(rat)(10)
? (hommeHIO)
direct (10) ou histamine (9) prostaglandine
(11)
+(10) ? ? 7 +(5) +(10)
Bradykinine +++(12) ou
± (6)
direct (14) ou histamine(IO) prostaglandine
(13)
+ (10) + (13) 7 7 +(5) +(6)
Prostaglandine E ++(12) A + (12) Fa± (16)
direct (10) ou histamine(16)
ou
"potentialisa
tion'* (12)
+ (12) ? 7 + (17) + (15) + (17)
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LES EFFETS DE L'ENDOTOXINE ET DES MEDIATEURS SUR LA PERMEABILITE VASCULAIRE.
REVUE DE LA LITTERATURE CONCERNANT L'HOMME ET LE RAT
Revue des effets de l'endotoxine et des médiateurs sur l'augmentation de la perméabilité vasculaire (chez l'homme et le rat). L'effet est direct ou indi
rect (lié à la libération des médiateurs locauxjjl est dû à la participation de récepteurs spécifiques, des nucléotides cycliques, du calcium ou d'éléments contractiles intracellulaires. Le passage du plasma se fait par l'intermédiaire d'ouvertures extracellulaires: ou par des vacuoles intracellulaires. Les chiffres entre parenthèses reportent aux auteurs suivants ;
(1) Gilbert et Moss, 1975 ; (2) Urbascheck et Urbascheck, 1979 ; (3) Gaynor, 1972 ; (4) Pietra et coll., 1974 ; (5) Majno et colL, 1969 ; (6) Carter et coll., 1974 ; (7) Owen, 1977 ; (8) Northover et Northover, 1969 ; (9) Schayer, 1960 (10) Movat, 1971 ; (11) Famaey et coll., 1977 ; (12) Williams et Morley, 1973 (13) Erdôs, 1976 ; (14) Ikeda et coll., 1975 ; (15) Svensjo, 1978 ; (16)
Crunkhorn et Willis, 1977 ; (17) Simpson et coll., 1975.
Chapitre I
LE BUT DU TRAVAIL
Nous nous sommes proposés d'étudier la manière dont l'endotoxine favo
rise l'augmentation de la perméabilité tissulaire et le passage de l'albumine.
Il est impossible en clinique d'étudier de manière précise les mécanismes liés aux variations de la perméabilité vasculaire. La précarité des situations hémo
dynamiques, l'urgence d'actions thérapeutiques et la complexité des phénomènes déclenchés lors d'une septicémie grave, ne laissent pas de place à une étude minu
tieuse. De plus, il n'existe pas de préparation animale qui se prête à une étude quantitative in vivo. L'action de l'endotoxine y est masquée par la survenue si
multanée de perturbations multiples, telles les variations du flux sanguin, de son acidité ou de ses diverses composantes protéiques et hormonales (Elin et coll., 1976).
Nous avons donc dû nous résoudre à recourir à une préparation in vitro qui soit aisément accessible, et qui puisse nous permettre d'analyser les modifica
tions de la perméabilité.
Le modèle choisi est le mésentère isolé, qui a déjà été utilisé dans de nom
breuses études consacrées à la perméabilité tissulaire.
Ainsi, Sterling se servit d'un mésentère de lapin pour élaborer ses hypothèses concernant la perméabilité capillaire (Sterling, 1896). Le même tissu servit à d'autres
QC OO
recherches consacrées au passage d'ions, comme le Rb°° et le (Berndt et Gosselin, 1962). La perméabilité à ces marqueurs est accrue lors de l'élévation de la tempé
rature du milieu et lorsque le mésentère est incubé en présence d'agents phlogistiques, telle la sérotonine ou l'histamine (Berndt et Gosselin, 1962).
D'autres chercheurs se sont intéressés aux modes de passage, de molécules de poids moléculaires différents. Ils ont montré que la vitesse du passage au travers du mésentère est inversément proportionnelle au poids moléculaire du marqueur (Brachet et Rasio, 1968).
Plusieurs études ont été réalisées à l'aide d'albumine marquée, elles montrent que son passage n'est modifié ni par l'insuline, ni par l'hypoxie (Couturier et Metzger, 1970 ; Rasio, 1974). Par contre, la perméabilité est nettement accrue sous l'effet d'une élévation de la température du milieu (Q10 = 1,7), en présence d'histamine (effet de +50% pour 0,1 mM) ou d'un poison tel le cyanure de potassium (Rasio, 1974).
La manière dont ces molécules traversent le mésentère, n'est pas connue de façon précise. Les ions et les petites molécules hydrophiles passeraient au travers de "pores". Le calcul permet d'attribuer un diamètre de 0,1 fz à ces "pores", qui recouvriraient 0,7 % de la surface totale du mésentère. Cependant pas plus que pour
10
l'endothélium vasculaire, ces "pores" théoriques n'ont pu être visualisés en micro
scopie électronique.
Les molécules liposolubles et les particules de poids moléculaire élevé, comme l'albumine, passeraient par l'intermédiaire de vésicules ou de chenaux cytoplasmiques. A nouveau, tout comme pour le tissu vasculaire, la nature exacte du passage de l'albumine n'a pas encore été démontrée (Tesi et coll. 1971;
Rasio, 1974).
Il semble établi,cependant,que le passage de l'albumine est freiné par le tissu interstitiel compris entre les deux couches de cellules mésothéliales (Tesi et coll., 1971 ; Rasio, 1974).
Plusieurs chercheurs ont débattu de la validité de l'hypothèse qui permet d'assimiler le mésentère et son mésothélium au tissu capillaire et à son endothé
lium (Berndt et Gosselin, 1961 et 1962 ; Brachet et Rasio, 1968 ; Tesi et coll., 1971 ; Rasio, 1974). De nombreuses similitudes embryologiques, morphologiques et fonctionnelles semblent pouvoir autoriser une telle approximation.
Nous nous garderons cependant d'oublier que le mésentère isolé n'est pas du tissu vasculaire, mais bien un modèle de membrane biologique vivante, aisément accessible, et qui se prête à des analyses quantitatives et qualitatives in vitro.
Ainsi plongé dans un milieu artificiel, il peut être traversé par des molé
cules marquées, comme l'albumine- n25. L'augmentation de la perméabilité du tissu se caractérise par l'élévation de la vitesse avec laquelle le marqueur passe au travers de celui-ci.
Nous avons d'abord étudié l'influence sur la perméabilité du tissu à l'albu
mine des médiateurs de l'inflammation connus pour participer à l'action de
l'endotoxine (Urbaschek et Urbaschek, 1979). Nous avons voulu ensuite apprécier la participation éventuelle à ces réactions des nucléotides cycliques, du calcium, des microtubules et des microfilaments, tous théoriquement impliqués dans les effets phlogistiques des médiateurs.
Nous rapportons en annexe des observations réalisées en clinique pédiatri
que qui semblent reproduire les constatations faites sur le modèle in vitro.
La suite du travail est consacrée à l'endotoxine. Les augmentations de perméabilité du mésentère isolé ont été quantifiées et ont pu être rattachées à des modifications métaboliques des cellules mésothéliales, comparables à celles ob
servées en présence des médiateurs de l'inflammation.
L'action de l'endotoxine est plus complexe cependant, car elle requiert la synthèse de substances de type prostaglandine par le tissu. Cette étape intermédiai
re n'a pas été observée pour les médiateurs classiques.
Enfin, un bref chapitre rapporte les observations morphologiques réalisées en microscopie électronique, qui étayent les conclusions des chapitres précédents.
Chapitre II
MATERIEL ET METHODES
1. LES ANIMAUX
Les rats sont des mâles albinos, de souche Wistar (Animalabo, Leuven) d'un poids moyen de 250 g, alimentés par un régime ordinaire et maintenus en cages dans une salle climatisée et illuminée.
2. LES PRODUITS
a) Les produits non marqués
Les différents substrats utilisés provenaient de chez Merck (DARMSTADT^
R.F.A.) (Glucose, dichlorhydrate d'histamine), de chez Sigma (Saint-Louis, U.S.A.) (les lipopolysaccharides d'E. Coli ; serotype 055 ; B5, extrait phénolique lyophilisé, l'albumine bovine, l'acétate de bradykinine, la cytochalasine -B, le chlorure de carba-
mylcholine, la trypsine), de chez Schuchardt (München, R.F.A.) (la théophylline), Winthrop (Bruxelles,Belgique) (l'hydrochlorure d'isoprénaline) Upjohn (Puurs,
Belgique) (le succinate d'hydrocortisone)Merck Sharp et Dohme (Bruxelles, Belgique) (l'indomethacine), I.C.I. Pharma (Londres, G.B.)(rhydrochlorurede prop'anolol),
Calbiochem (San Diego, USA) (la colchicine, le sérum anti-FGE) Boehringer Mannheim RFA) (le dibutyryl AMP cyclique, le dibutyryl GMP cyclique) .Upjohn (Kalamazoo, USA) a offert les prostaglandines (PGA-j) A2, E-|, E2, F^^, F2a^-
Le milieu d'incubation est formé de tampon Krebs-Ringer bicarbonate, de pH 7,4 dont la composition (en mM) est la suivante : Na'*' 142, K'*' 4,2, 2,5, Mg2+ 1,2, Cl'126, SO^“ 1,2. PO^H^" 1,2, HC03"27.
b) Les produits marqués
Les liquides scintillants pour spectrométrie des isotopes étaient du Lumagel, solution prête à l'emploi (LUMAC, Belgique).
De chez Radiochemical Centre (Amersham, GB) proviennent l'albumine humaine marquée à l'iode 125 (activité spécifique 2,5 /nCi/mg taux d'iodure libre inférieur à 5 %), les produits nécessaires au dosage de l'AMP cyclique (cAMP Kit ) (contenant le tampon Tris/EDTA, la protéine bovine porteuse, la (8—^H) Adenosine 3', 5' cycli
que (d'une activité spécifique de 5 /iCi/ 180p M), l'adénosine 3'-5'-cyclique standard et le charbon activé), les produits nécessaires au dosage du GMP cyclique (cGMP Kit) contenant le tampon tris/EDTA, l'antiserum spécifique pour le GMP^, la (8—^Fl) Guanosine 3'-5'-cyclique (d'une activité spécifique de 1,6 juCi/80pM), la guanosine 3'-5'-cyclique standard et la prostaglandine E tritiée(3H—Prostaglandine E2), d'une activité spécifique de 150 Ci/mM.
1?
3. LA CELLULE DE DIFFUSION
La distribution de la substance marquée (Albumine —1''^'^) est étudiée 1 9R dans une cellule de diffusion dont il existe des descriptions détaillées (Rasio, 1974).
Figure 1
LA CELLULE DE DIFFUSION
Schéma de la cellule de diffusion dans laquelle est mesurée la vitesse de la diffusion de l'albumine marquée.
(1 ) chambres symétriques accolées, formant la cellule de diffusion, (2) fenêtre transparente du mésentère isolé (surface 0,785 cm^),
(3) milieux d'incubation (Krebs-Ringer bicarbonaté), 2ml dans chaque chambre, (4) canal assurant le gazage continu (par du carbogène),
(5) canal permettant les prélèvements d'aliquots du milieu.
Lii (X!lliil(! (!Sl lotrtKx; do do'iix duirnbto'S fj;irloilomorit symôlriquos, labriquécs on malôriol plaslique. Les deux chambres communiquent par une fenêtre circulaire de 1 cm de diamètre (dont la surface est de 0,785 cm^). Elles sont creusées de deux canaux verticaux : le canal interne, large, est utilisé pour les prélèvements d'aliquots ou pour ajouter des agents aux milieux d'incubation ; le canal externe, étroit, permet le passage continu de carbogène (95% O2 et 5% CO2) qui est hu
midifié par un barbotage' sous eau et qui est délivré dans les milieux à une vitesse constante. Ce gazage continu assure le brassage des milieux, la constance de leurs
pH (7,40) et l'oxygénation du mésentère. Les deux canaux communiquent à leur base et le gaz s'échappe par le canal interne.
4. LE PRELEVEMENT DU MESENTERE
Un rat est assommé, décapité et saigné. Une incision longitudinale est pratiquée dans la peau de l'abdomen, du pubis au sternum.
La cavité abdominale est ouverte et abondamment rincée à l'aide de la solu
tion tampon (Krebs-Ringer).
B B'
Schéma représentant une anse intestinale isolée.
(1) L'anse grêle, (2) le hile vasculaire, (3) le collet adipeux,
(4) la fenêtre transparente du mésentère utilisée pour les études de diffusion.
A, A', B, B' : les traits de section.
14
En partant de l'estomac, les premières anses grêles sont déroulées prudemment et un fragment de mésentère est repéré. Il a la forme d'un segment de cercle dont les deux côtés rectilignes sont formés par les vaisseaux mésentériques entourés de tissu adipeux; l'arc est formé par l'anse intestinale elle-même. Ces structures délimitent une partie du mésentère transparent, sans graisse ni vaisseaux visibles.
L'anse grêle sert de moyen de préhension et est sectionnée en A et A', ainsi que le hile vasculaire en B et B'.
La partie transparente du mésentère est posée sur l'ouverture d'une chambre de la cellule, dont elle déborde légèrement. Durant toutes ces manoeuvres, la membrane n'est jamais touchée ni étirée. Du fait de sa symétrie, elle peut être posée sans tenir compte d'une éventuelle polarité. Un anneau de Parafilm est dé
posé sur le pourtour de la membrane afin de la stabiliser et de rendre le système étanche. La deuxième chambre est alors emboftée à la première. Les deux cham
bres sont ainsi accolées de façon précise, les deux fenêtres étant parfaitement conti- gües. Une bande élastique externe assure la solidité du montage. La partie de la membrane qui recouvre les fenêtres de communication est marquée après une incu
bation au bleu Evans ou par des substances radioiodées. Par contre, les parties du mésentère qui débordent des fenêtres ne participent pas aux échanges et ne sont pas marquées lors de ces expériences (Rasio, 1974).
5. LE MESENTERE
Le mésentère isolé, qui sert de barrière à la diffusion de l'albumine marquée, est formé de deux couches de cellules mésothéliales séparées par un interstitium.
L'épaisseur du tissu est inférieure à 20 microns. Le tissu est non vascularisé et ne possède pas de gradient électrochimique (Rasio, 1974).
Une description plus détaillée du modèle est rapportée au Chapitre VI, consacré aux aspects morphologiques du travail.
6. LES INCUBATIONS
Chaque chambre est emplie de 2 ml de la solution tampon. Celle-ci est la même dans toutes les expériences pratiquées, elle consiste en un tampon de Krebs-Ringer bicarbonaté contenant 6 mg de glucose (servant d'apport nutritif pour la membrane) et 100 mg/100 ml d'albumine froide (afin de limiter les pertes d'albumine radioactive par fixation sur les parois des cellules). Le pH du milieu est de 7.40. L'inclinaison de la cellule lors des remplissages des chambres internes permet de contrôler l'étanchéité du système et assure l'élimination des couches d'air emprisonnées.
Après le remplissage des deux compartiments, les tubulures extérieures sont raccordées au système de gazage et la cellule est déposée verticalement, sur le fond plat du bain d'incubation. Celui-ci contient de l'eau chauffée à 30°C, ce qui assure une température constante aux milieux, durant toute la durée des expé
riences.
Le mésentère sépare deux chambres symétriques, qui ne possèdent aucun gradient électrochimique, hydrostatique ou osmotique. La cellule repose pendant
10 minutes, afin d'assurer l'équilibre thermique des milieux.
A la dixième minute une dose traceuse (0,5 juCi) d'albumine-I est 19R ajoutée à l'une des deux chambres, c'est le temps zéro (to) de l'expérience.
Dix minutes plus tard, on procède à un premier prélèvement de 50 du milieu d'incubation de part et d'autre du mésentère. Ces prélèvements sont répétés toutes les 30 minutes durant les 100 minutes de l'expérience (ou au-delà, durant les incubations prolongées).
Les agents dont l'action sur la perméabilité à l'albumine sont étudiés, sont ajoutés aux milieux d'incubation, dans les deux chambres, au temps zéro. Les cellules auxquelles aucun agent n'est ajouté, servent d'expériences témoins.
Les expériences réalisées après une préincubation à la trypsine, requièrent des manipulations complémentaires. Après 30 minutes de préincubation, à l'aide de milieux contenant 0,5 g/ml de trypsine (soit environ 5.000 U), les milieux sont renouvelés deux fois pour assurer un lavage adéquat. L'action éventuelle de la trypsine résiduelle est supprimée à l'aide de l'inhibiteur de la trypsine (extrait de la fève de Soya). Les incubations sont alors poursuivies selon la technique décrite. La microscopie électronique permet de contrôler l'efficacité du traitement à la trypsine.
7. LE DOSAGE DE L'ALBUMINE MARQUEE A L'IODE 125 ET LE COEFFICIENT DE PERMEABILITE A L'ALBUMINE
aj La technique du dosage
Les échantillons de 50 /il prélevés au cours des expériences, sont pipetés dans des tubes, additionnés de 10 /il d'albumine non radioactive et précipités par de l'acide trichloracétique à 10 % (2 ml). Après une nuit à 4 °C, les tubes sont centrifugés (à 3.000 tours par minute pendant 30 minutes). Le surnageant est rejeté et la radioactivité du précipité est dosée par un compteur de type gamma.
b} Le calcul du coefficient de perméabilité (PA)
L'annexe III développe la manière dont est calculé le coefficient de perméabil té (PA). Il est exprimé en cm.sec“\ 10“^ et caractérise la perméabilité du tissu à l'albumine.
Ce coefficient peut être calculé en présence d'agents qui augmentent la perméabilité à l'albumine, ou en l'absence de ces agents (expériences témoins).
Les effets des agents phlogistiques sont exprimés par rapport aux témoins prélevés sur les mêmes animaux, afin de standardiser les conditions expérimentales (Voir annexe III).
16
8. LE DOSAGE DES NUCLEOTIDES CYCLIOUES
a) Les incubations
Le mésentère est extrait du rat, une portion transparente est choisie et un disque de tissu est découpé à l'aide d'un perce-bouchons. Le diamètre du disque est de 1 cm et correspond à celui du mésentère exposé à la diffusion de l'albu
mine dans les expériences précédentes. Les disques de mésentère sont incubés dans des tubes bouchés, qui contiennent 0,5 ml de la solution tampon (tampon
Krebs-Ringer bicarbonaté, contenant 100 mg/100 ml de glucose). Le brassage, l'oxygénation et le pH du milieu (pH 7,40), sont maintenus constants grâce au barbotage continu de carbogène. Le gaz est amené et s'échappe par des orifices pratiqués dans les bouchons. La température est maintenue constante (37 °C), par un bain isotherme dans lequel les tubes reposent verticalement.
b) Les dosages
Les incubations sont interrompues par l'addition d'un excès d'alcool absolu (2ml). Les tubes sont centrifugés après avoir été conservés une nuit à 4 °C (3.000 tours pendant 30 minutes). Le surnageant est prélevé, séché sous vide et redissous dans 50 de tampon tris EDTA à pH 5 (EDTA à lO^'^M).
1) L'AMP cyclique
L'AMP cyclique est dosé selon la méthode de Gilman (Gilman, 1970).
L'échantillon est pipeté dans des tubes (50 /l/I) additionnés d'AMP cyclique marqué (50 mD et de protéine porteuse (100 ;ul). Après une incubation de 2 heures à 0°C la protéine est précipitée par l'addition de 100 n\ de charbon de bois activé. Le milieu est centrifugé pendant 5 minutes, le surnageant est prélevé (200 n\) et pipeté dans des fioles contenant 10 ml de Lumagel (liquide scintillant). La radioactivité est dosée par compteur bêta.
Une courbe étalon est établie par quatre dilutions successives d'une solu
tion standard d'AMP cyclique non radioactif (concentration initiale : 50 /.d = 16 pM). Les solutions obtenues sont traitées comme l'échantillon analysé.
Un "blanc" (formé de tampon Tris-EDTA) est soustrait des résultats obtenus.
Une courbe standard est alors établie (la droite est parfaitement linéaire entre 1 et 16 pM, zone utilisée pour le dosage des échantillons).
2) Le GMP cyclique
Le GMP cyclique est dosé par radioimmunodosage selon la méthode de Steiner (Steiner et coll., 1972). Pour ce dosage, deux disques de mésentère sont incubés simultanément dans chaque tube, afin d'atteindre les valeurs des courbes standards.
Après avoir été redissous dans le tampon tris-EDTA, l'échantillon (50 /ni) est pipeté dans des tubes, additionés de GMP cyclique marqué (50 /ni) et d'anti
sérum anti-GMP cyclique (50 /ni).
Après une incubation de deux heures à 0°C, les tubes sont additonnésde sulfate d'ammonium (2 ml) afin d'induire une précipitation. Après 5 minutes, les tubes sont centrifugés (3.000 tours pendant 10 minutes), le surnageant est
rejeté et le précipité est redissous dans 10 ml de Lumagel (liquide scintillant).
La radioactivité est dosée par compteur bêta.
Une courbe étalon est réalisée selon la méthode utilisée pour l'AMP cycli
que. La concentration initiale de la solution standard de GMP cyclique est de 8 pM pour 50 jul et la courbe étalon est tracée entre 0,5 et 8 pM (zone utili
sée pour le dosage des échantillons).
c) L'expression des résultats
Les résultats sont exprimés par disque de mésentère. Le poids humide moyen d'un disque est de 1 mg, le poids dégraissé de 140 tig. La fragilité des disques de mésentère rend leur manipulation délicate. C'est pourquoi les résultats sont exprimés en "pM par disque".
Les incubations réalisées en présence d'agents stimulants sont comparées à celles réalisées en l'absence de ces agents (les témoins).
9. LE DOSAGE DES PROSTAGLANDINES ENDOGENES
a) Les incubations
Des disques de mésentère sont incubés dans des tubes à essai, selon la tech
nique décrite pour les nucléotides cycliques.
b) L'extraction des prostaglandines endogènes
Les milieux d'incubations (100 mD sont additionnés de 1,5 ml d'acétate d'éthyle (HCl 0,1 N). Après une nuit à 4 °C, un excès d'acétate d'éthyle est ajouté au mâange afin de le séparer en deux phases : une phase aqueuse, qui est rejetée et une phase organique contenant les prostaglandines. Cette dernière est séchée sous azote (500 jul pendant 3 heures à 37 °C). Le résidu est redissous dans 100 pi de tampon.
c} Le dosage
Le dosage est réalisé selon la méthode radio-immunologique de Behrman (Orcyk et Behrman, 1972). L'échantillon (100 pl) est pipeté dans des tubes, ad
ditionné de prostaglandine E2 marquée (100 pl) et de sérum anti-prostaglandine E2 (100 pl). La réaction est laissée dix minutes à 20 °C puis se poursuit pendant deux heures à 0 °C. La séparation des prostaglandines libres et des prostaglandines liées est obtenue par l'addition de 1 ml de charbon de bois activé (additionné de Dextran de PM 70.000).
Après 10 minutes à 0 °C, les tubes sont centrifugés (3.000 tours pendant 5 minutes), l'entièreté du surnageant est prélevé et pipeté dans des fioles contenant 10 ml de Lumagel (liquide scintillant). La radioactivité est dosée par compteur bêta.
Une courbe étalon est établie à l'aide de six dilutions successives d'un mélange prostaglandine E2 (10 mg), éthanol (10 ml).
Une droite parfaitement linéaire est obtenue entre 0,062 ng/100 pl et 2,00 ng/
100 pl (zone utilisée pour le dosage des échantillons).
18
d) L'expression des résultats
La méthode utilisée ne faisant pas intervenir d'élution sur colonne, les résultats obtenus sont légèrement surestimés. En effet, le sérum anti-prostaglandine E n'est pas entièrement spécifique des prostaglandines E, mais réagit également avec les prostaglandines de type Fa. La contamination par ces dernières serait de l'ordre de 10 % (selon le fabricant). Bien qu'intéressant donc principalement les prosta
glandines de type E, les résultats sont exprimés sous la forme de "Prostaglandines E—
immunoréactives", afin d'inclure l'erreur liée à la méthode.
10. CALCULS STATISTIQUES
Les résultats sont exprimés en moyennes et en erreurs standards sur la moyenne (ESM). Les effets observés sont mesurés en pourcents par rapport aux témoins.
Les seuils de signification statistique sont calculés à l'aide des statistiques t de Student ou F de Fisher. Lorsque plus de deux moyennes ont été comparées, l'ana
lyse de la variance a été utilisée.
Pour les études cliniques (annexes I et II), il a été fait appel à la statistique de Rang de Wilcoxon.
La représentation du seuil de signification est la suivante : P <0,05 = *
P <0,025 = P <0,01 = ***
Résultat non significatif = N.S.
Pour certains résultats expérimentaux des coefficients de corrélation ont été calculés.
Des droites passant au mieux des points ont parfois été dessinées sur les graphiques afin d'en faciliter la lecture.
Chapitre III
L'AUGMENTATION DU COEFFICIENT DE PERMEABILITE : INFLUENCE DES AGENTS AJOUTES AUX MILIEUX D'INCUBATION
Des travaux antérieurs ont montré que l'histamine (10 ~^M) accroît le coefficient de perméabilité à l'albumine de 50 % (Rasio, 1974). Les expériences qui suivent ont été réalisées dans le but d'étendre cette observation aux autres médiateurs de l'inflammation.
A. METHODES
Le dispositif expérimental et les méthodes de calcul ont été exposés antérieu
rement. Rappelons que dans chaque expérience, l'agent actif est présent à une concentration connue de part et d'autre du mésentère et qu'il est omis des cellu
les témoins.
Les agents suivants ont été testés : l'histamine, la bradykinine, la sérotonine et les prostaglandines Al, A2, El, E2, Fia et F2a. Les agents susceptibles d'accroître les taux cellulaires d'AMP cyclique sont le dibutyryl-AMP cyclique, la théophylline et l'isoprotérénol. Enfin, dans le but de préciser le rôle du mésothé
lium, le mésentère a été traité par une préincubation avec de la trypsine.
Tableau 2. EFFETS DES MEDIATEURS DE L'INFLAMMATION SUR LE COEFFICIENT DE PERMEABILITE PA
MEDIATEUR (M)
PA (cm.sec. \l0
(n) EFFETS
%
P MEDIATEUR
(/Ug/ml)
PA (cm.sec. \ 10
(n) EFFETS
%
P
Flistamine Prostaglandine Al
0 6,27 ± 0,51 (10) - - 0 4,63 ± 0,68 (16) - -
10“® 7,95 ± 1,10 (11) +27 N.S. 5 7,21 ± 0,70 ( 6) +56 ■» « »
10 ^ 9,79 ± 0,94 (22) +56
10“^ 9,94 ± 0,86 (11) +57 * « * Prostaglandine A2
0 6,49 + 0,41 (24) _ _
radykinine 5 9,35 ± 0,52 (18) +44 * * *
n 6.05 ± 0,54 (14)
10“® 9,31 ± 1,17 (24) +54 * * Prostaglandine El
10~^ 9,78 ± 1,22 (8) +62 * * 0 5,99 ± 0,48 (11) - -
Sérotonine
5 9,79 ± 0,84 (6) +63 * « -iF
0 5,65 ± 0,46 (15) — — Prostaglandine E2
10“^ 6,33 ± 0,63 (18) +16 N.S. 0 5,60 ±0,45 (20) - -
0 5,94 ± 0,66 (11) - - 5 8,43 ± 0,42 (16) +51 » * *
10 ^ 7,27 ± 0,69 (15) +22 N.S.
0 5,51 ± 1,06 (12) — - Prostaglandine Fia
3,3 X 10““^ 7,18 ± 0,69 (12) +30 * 0 5,97 ± 0,54 (19) - -
5 7,66 ± 0,52 (12) +38 * *
Prostaglandine F2a
0 6,08 ± 0,67 (17) - -
5 7,68 ± 0,49 (9) +26 *
Effets de l'histamine (10 10 10 ^M), de la bradykinine (10 10 ^M), de la sérotonine (10 10 3,3 x 10 “^M) ainsi que des prostaglandines A,E et Fa (5 /ng/ml)- Les chiffres entre parenthèses représentent le nombre d'incubations réalisées.