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Article pp.297-314 du Vol.5 n°2 (2007)

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Texte intégral

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Oser la distance et s’ouvrir aux savoirs

Thot et Distances et savoirs ont déjà collaboré1 ; il s’agissait alors de puiser dans la mémoire de Thot Cursus, « le répertoire de la formation à distance » - un regard en arrière en quelque sorte. Aujourd’hui, à l’occasion d’une intervention au colloque qui a inspiré ce numéro thématique de la revue, son directeur Denys Lamontagne livre sans (secret) sa philosophie et ses visions présentes et prospectives, sa démarche personnelle et son action pour maintenir éveillé « Thot en chacun de nous ».

Se former à distance, expériences pour l’avenir

J’ai été invité à vous communiquer l’approche et la vision de l’avenir des services numériques pour la formation au travers de notre expérience à Thot.

Comme les technologies évoluent tout le temps, ainsi vont les pratiques et les usages. Il serait hasardeux d’aborder la question autrement que du coté des principes et des valeurs à établir et à défendre pour obtenir un avenir qui nous intéresse.

La prospective réussie extrapole le jeu des forces en présence, et détermine sur lesquelles agir pour obtenir un certain résultat. Ce n’est pas de la balistique, à moins de transformer tout le monde en troupeau ignorant.

En ce qui nous concerne, les technologies seront à notre service ou non, selon la vigueur avec laquelle nous défendrons nos valeurs au travers de leur utilisation en éducation.

Apparition d’Internet

En 1995, lors d’une formation au CRIM, Centre de recherche informatique de Montréal, pendant une pause, j’ai été exposé pour la première fois à Internet, sur un fureteur Mozaic.

1. Distances et savoirs, Volume 3, n° 1/2005, Les choix de Thot, pages 85-99.

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Il devait y avoir moins de 500 sites au monde à ce moment là.

C’était très impressionnant : il y avait un texte, on cliquait sur un lien et on arrivait à un autre texte avec d’autres liens qui menait à d’autres informations et d’autres liens. Toute la connaissance était liée. Ça ressemblait à l’idée que l’on se fait de la connaissance : non pas une pyramide mais bien un réseau...

La relative simplicité du système du début rendait limpide les affinités fondamentales entre Internet et la connaissance.

Je n’ai pas assisté au reste de l’atelier auquel j’étais inscrit, j’ai plutôt discuté avec les techniciens.

Quelques mois plus tard, en juin 1996 je lançais Cursus, le répertoire de la formation à distance francophone.

Cursus

Avez-vous déjà visité Cursus ?

Une base de données, c’est mortellement ennuyeux.

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De son opération nous avons quand même appris quelques données intéressantes, comme celles que les institutions d’éducation ne font pas beaucoup de promotion, pour diverses raisons, et surtout nous avons compris que l’idée qu’elles offrent leurs cours dans Internet n’était pas du tout bien reçue.

Encore moins lorsque je leur disais que l’avenir de la formation à distance était dans les écoles.

Un vrai sacrilège : « les écoles sont nos pires concurrents, vous n’avez rien compris ».

Suis-je bête.

Quelques mois plus tard, parce que nous avions identifié que l’industrie de la formation à distance avait un sérieux besoin de stimulation, nous avons lancé Thot, le service de nouvelles. C’était au printemps 1997.

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Thot

Nous avions là de beaux outils de promotion...

L’objectif fondamental de notre initiative était d’augmenter l’accessibilité de l’éducation. Personne n’est contre.

Accessibilité par tous les moyens : accessibilité physique, économique, intellectuelle, spatiale, temporelle, etc.

Pour ceux qui ne le savent pas, Thot est le dieu de la connaissance et, accessoirement, de la mémoire, de l’écriture et de la mesure : distances, durées, en fait il est le dieu de l’espace, du temps, de la matière et des mouvements.

Un peu de théologie

Nous allons faire un peu de théologie.

De façon surprenante cela nous amènera dans les territoires concrets de la connaissance.

La science des dieux s’appelle la théologie.

Je ne vous parle pas des exégètes (ceux qui interprètent dans un sens doctrinal les textes portant à discussion) ; plutôt de ceux qui se penchent sur le phénomène.

Quand les hommes créent une représentation d’un dieu, ils partent d’un concept.

On trouve des dieux du vent, du tonnerre, mais aussi de la vie, du bien, du mal, etc.

On peut faire aussi un peu de sémantique

Les concepts ont besoin d’une limite, une dé"fini"-tion, (l’étymologie de définition est le mot « de » origine, et « finis » fin). Nommer quelque chose de réel implique de pouvoir le circonscrire d’une manière ou d’une autre.

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Donc on a des dieux, des saints et tout au-dessus, le concept du dieu des dieux, le chef, le suprême, le plus grand, celui qui les englobe tous.

Reportons-nous en Égypte il y a plus de 6 000 ans

Imaginez que chaque élément du pouvoir politique est identifié à un dieu- symbole et surtout à ses officiants. Si vous voulez occuper le pouvoir, vous vous accordez à un groupe. Imaginez aussi qu’en dehors de l’Égypte, vous ne trouvez que des régions barbares. Si vous voulez vous réaliser personnellement, ce sera en Égypte, ou pas du tout.

Il y a le pharaon, ses sbires, les prétendants, et le peuple qui les sert d’un coté ou de l’autre.

Vous n’avez pas nécessairement envie de jouer ce jeu, vous souhaiteriez une voie plus ouverte. Avec un petit groupe de sages, vous décidez de créer un dieu qui ne sera pas une menace ou un enjeu de pouvoir pour personne mais un refuge pour tout le monde. Alors vous philosophez un peu.

Voici le Dieu primordial, qui sait tout, qui voit tout et qui a tous les pouvoirs. Il s’ennuie royalement, comme seuls les rois qui ont tous les pouvoirs peuvent s’ennuyer. Vous comprenez qu’il faut un jeu.

Quel jeu peut-il y avoir lorsque vous connaissez à l’avance le gagnant ? Et qu’en plus vous avez tous les pouvoirs ?

La solution vous apparaît paradoxale : pour avoir un jeu, il faut être ignorant. À partir de là vous pouvez commencer à apprendre et à jouer. Il n’est pas dit que le jeu soit toujours drôle ou amusant, mais c’est un jeu.

Pour avoir un jeu, cela prend un terrain et des règles

Dès l’instant où vous créez un jeu, vous aurez besoin d’espace, de temps et de mémoire. N’étant plus dans la connaissance totale et complète, puisque vous ne savez plus tout, vous avez du temps et de la mémoire.

En ne sachant plus tout, vous faites aussi apparaître le concept de la connaissance.

Vous en arrivez ainsi à Thot, le dieu lunaire qui marque le temps et accessoirement créateur de toutes les échelles de mesure, en plus de l’écriture et de la mémoire.

Thot est un dieu fondamentalement facétieux, qui aime bien jouer des tours et apparaître là où on ne l’attend pas. Le créateur du jeu. Tous les dieux évoluent dans le jeu et il leur laisse tous les pouvoirs. Thot n’en a pour ainsi dire aucun ; il aide un peu tout le monde et rend compte de ce qui se passe.

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Le dieu de la connaissance n’est pas dangereux, ce n’est qu’un vulgaire intellectuel. Les sages et les scribes l’aiment bien.

Avec les siècles, on se rend compte graduellement de sa nature et de son potentiel. Les prêtres et officiants qui ne sont pas des idiots, ont réfléchi au problème et ont entrepris de travailler dans leur intérêt et d’en tirer profit. Ils ont conçu un moyen, un vrai poison.

Si je communique ce moyen à seulement quelques personnes, vous pourrez vous rendre compte de l’effet.

(Le secret)

Certains d’entre vous se sentent exclus ?

D’autres ont subitement beaucoup moins d’intérêt ?

Ceux qui savent sont embarrassés si cela contrevient à leur éthique ou devient subitement intéressant pour les autres ?

Que d’effets.

En quelques siècles, Thot a été subjugué, ses propres prêtres n’y ont vu que du feu et se sont eux-mêmes faits les agents de diffusion du poison. Ils y trouvaient leur profit et tout le monde était content.

Sauf Thot. De dieu accessible, il est devenu ésotérique et son pouvoir les a progressivement abandonnés. N’allez pas croire qu’il s’agit d’un pouvoir divin, je parle simplement du pouvoir du concept du jeu et de la connaissance accessible.

Il en est resté une vague histoire de livre convoité, « Le livre secret de Thot », que jamais personne n’a trouvé. Ce livre est d’ailleurs à peu près l’antithèse de Thot.

La connaissance est un pouvoir. Plus elle est diffusée, plus elle grandit et plus elle est bénéfique ; plus le jeu devient grand, intéressant et imprévisible, et plus y a d’espace et de richesses.

Au contraire, plus la connaissance est concentrée et peu diffusée, plus elle profite à ceux qui la détienne, moins le jeu est intéressant pour les autres, plus il est

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contrôlable, mais pas nécessairement pour le plus grand bien de tous et même de ceux qui détiennent la connaissance.

La nature du poison contre la connaissance, c’est le secret

Soit vous travaillez à rendre à nouveau publique la connaissance qui vous concerne, qui vous intéresse, soit vous aurez à la redécouvrir vous-même, ce qui peut parfois être long.

Venise

Vous connaissez l’histoire de Venise ?

Sa fortune s’est bâtie sur la soie, sur le verre et quelques procédés connexes.

Personne d’autre, ou presque, ne savait produire de la soie ou du verre de qualité.

Ses masques sont aussi une de ses spécialités ; n’y voyez là qu’un curieux hasard.

Une bonne partie du développement de Venise était basée sur une culture du secret.

Qu’est-ce qu’est Venise aujourd’hui ?

Vous connaissez aussi l’histoire d’Alexandrie et de sa bibliothèque.

Même ouverte, la connaissance y était concentrée, et elle est devenue la cible à abattre.

Trois fois incendiée, la troisième lui fut fatale : en 691, Alexandrie est tombée aux mains des musulmans et, selon la légende, ses livres ont été utilisés pour chauffer les bains publics pendant six mois. Heureusement, l’esprit d’Alexandrie est toujours vivant.

N’allez pas croire que les musulmans du 7e ont eu l’exclusivité. Ils ont mis fin au développement scientifique arabe, mais ce ne sont pas les seuls à avoir annihilé le développement culturel de peuples.

Les colonisateurs romains, anglais, français ou autres tuaient systématiquement ou discréditaient publiquement les vieux et les sages des cultures orales qu’ils rencontraient allant même jusqu’à interdire l’usage de la langue locale. Les vieux représentaient les dépôts de la connaissance. La connaissance y était concentrée.

La technique consiste à réduire l’espace du jeu pour le contrôler en éliminant la connaissance

Aujourd’hui les Talibans et autres fanatiques voient clairement la connaissance comme une menace, il n’y a pas si longtemps c’était Mao et PolPot et juste avant Franco et Salazar. Au Québec nous avons eu Duplessis et une période maintenant

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appelée « La grande noirceur », suivie quelques mois après sa mort de « La révolution tranquille ».

Quand le Portugal s’est libéré, on a vu le plus gigantesque boum de la formation à distance que vous pouvez imaginer. Quarante ans de rattrapage en 10 ans.

Partout où on promeut la connaissance, partout suit la richesse, autant économique, culturelle que sociale.

Donc, nous avons choisi de réhabiliter le dieu Thot.

Symbole de la connaissance au delà de la distance et du temps, il était tout désigné et sans rival pour être le protecteur de la formation à distance. Et en plus, nous avons maintenant une connaissance de l’arme qui a été utilisée contre lui. Le secret, l’hermétisme ; le descendant grec de Thot s’appelait d’ailleurs Hermès.

Amusant non ?

Fin de la parenthèse théologique

Je suppose que vous commencez à voir les rapports entre le choix de ce nom et ses implications, je dirais même de la responsabilité qui l’accompagne. Accessibilité et connaissance vont de pair. Vous pouvez soit devenir les gardiens de ces principes ou leurs fossoyeurs. Il serait malheureux qu’on en arrive à composer un autre « livre secret de Thot ».

La connaissance, les nouvelles technologies et les écoles

Comme dans les films fantastiques où une divinité endormie est réveillée par un quelconque incident, un incident a déclenché le réveil du concept « Thot » et cet incident c’est Internet.

Quelle pourrait être l’essence d’Internet. Un tel phénomène dépasse une simple description technique d’ordinateurs et de protocoles.

On peut y arriver à partir de quelques chiffres. Si les humains ont accepté d’investir plus de 5 000 milliards de dollars en 10 ans dans Internet, autant que les dépenses militaires de la planète, non pas par peur mais par intérêt ; il y a une raison économique et pratique : c’est rentable.

Mais où se situe la rentabilité ?

Pas dans les ordinateurs. Les ordinateurs étaient là avant mais sans la popularité ni la fréquence d’usage.

Non. L’essence d’Internet est la mise en réseau des ressources et des personnes.

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Un ordinateur qui n’est pas branché, aussi puissant soit-il, n’intéresse pas longtemps beaucoup de personnes. Une vieille guimbarde branchée est autrement plus intéressante.

Il y avait quatre ordinateurs à la maison, tous pleins de logiciels. Seuls deux sont branchés. Lesquels mes enfants utilisent ?

Ce qui se dit et se fait, par quel logiciel, système ou application est tout à fait secondaire ; Internet est le point majeur de la rentabilité et des gains de productivité à trouver : la mise en réseau des ressources et des gens ; leur mise en relation.

Connaissance

Mais qu’est-ce que la connaissance ? Démonstration

Voici la photographie d’un os.

Pour la plupart d’entre vous, le fait que ce soit un os n’est même pas évident.

Présenté à un pêcheur, cet os sera rapidement identifié comme appartenant à une baleine.

Présenté à un spécialiste, il pourra dire de quelle vertèbre il s’agit, de quelle espèce de baleine, son âge, son sexe et avec un peu de recherche, depuis combien de temps elle est morte et sans doute d’autres informations.

C’est ça la connaissance. La connaissance c’est celle des relations. Plus vous pouvez faire de relations, plus vous savez et mieux vous pouvez jouer.

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Plus vous avez d’espace.

Le lien entre l’espace et les relations peut ne pas vous paraître évident et pourtant il est bien réel.

On peut affirmer que l’espace occupé par quoi que ce soit est celui de ses relations. Sans relations quelque chose n’occupe pas d’espace et n’existe pas dans le monde perçu des relations.

Ce que nous appelons communément « espace », entendu « espace physique », est celui de la relation gravitationnelle, à laquelle nous ne connaissons pas de limite, ni de durée, ni de complément. D’où notre tendance à imaginer l’espace comme

« infini », ce qui nous embarrasse fondamentalement.

La terre est en relation avec la lune, avec le soleil, avec le centre de notre galaxie et notre galaxie est probablement en relation avec quelque chose d’autre mais que nous sommes encore incapables de percevoir parce que nos échelles de point de vue sont encore trop limitées en termes de temps, de distance ou de taille pour arriver à en percevoir les relations, si même il y en a. D’où notre incapacité à déterminer notre espace au delà d’une certaine taille : sans relation perçue, pas d’espace.

Il peut ainsi y avoir toutes sortes d’espaces : les espaces personnels, les espaces mathématiques, les espaces amoureux, les espaces culinaires, les espaces sociaux, les espaces imaginaires, les espaces familiaux, les espaces nationaux, etc., chacun étant défini par le type de relations entre ses éléments.

En définissant l’espace en termes de relations, nous ouvrons tout le champ de l’expérience humaine.

Par exemple, les espaces virtuels créés dans Internet

On y crée et y entretient suffisamment de relations au point où l’on peut s’égarer dans Internet, au point où des personnes se rencontrent dans ces espaces, salons, chambres, sites, parloirs, champs de bataille, planètes, univers, salles, terrains de jeu... des millions d’espaces dont la taille dépend essentiellement des points de vue et des relations de ceux qui les créent et les fréquentent.

Comment expliquer autrement que des personnes soient maintenant capables de rester des jours, voir des semaines devant leur écran d’ordinateur sans souffrir et même en estimant que leur vie virtuelle est plus intéressante que la vie réelle ?

Une page statique n’offre guère qu’une surface comparativement à un jeu en réseau qui s’étend presque à l’infini et dans plusieurs dimensions.

Donc plus vous avez de relations, plus vous avez d’espace.

Plus vous avez de connaissance, plus vous avez d’espace et de liberté.

Si on retourne à notre os, on s’apercevra que rien ne le distingue d’un caillou ou d’un débris dans l’espace à part les relations qu’il peut avoir et surtout de l’esprit qui perçoit ces relations.

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Liberté

La connaissance est aussi le gage de notre individualité ; nous percevons tous les relations à partir de différents points de vue et de ce fait nous développons notre individualité.

Nous avons toujours eu l’intuition du lien entre la connaissance et la liberté.

Ceux qui défendent le secret, qui empêchent de regarder, les puritains et les fanatiques, les despotes et les contrôleurs de l’information qui nous concerne, nient l’individualité et l’espace des individus. Nous ne sommes que des fourmis d’un grand tout social à leur service.

Bref, Thot, symbole de la connaissance accessible, supporte aussi le concept de l’individualité et de la liberté. Ceux qui vénéraient véritablement des dieux, défendaient concrètement des principes et en retour obtenaient les bienfaits de ces principes.

Aujourd’hui nous ne vénérons plus de dieu, ou si peu. Nous avons remplacé les dieux par des constitutions et des chartes, qui sont aussi une liste de valeurs et de principes que nous défendons.

Je crois qu’il y a d’ailleurs un livre récent qui fait débat en Europe et qui prétend que la montée du nazisme était fondamentalement liée à l’abdication des gens face aux valeurs de base de leur société et de leur constitution. Cessez de défendre vos valeurs et celles-ci cessent d’exister et de servir.

Les Égyptiens n’avaient pas de constitution ni de charte, mais ils avaient des dieux. Maintenant, nous avons des constitutions, des chartes et des conventions internationales.

Et en plus nous avons Internet.

Retour à l’éducation et à Internet

Internet met en relation les ressources et les gens.

Regardons le portrait d’une classe traditionnelle.

Un manuel, un maître entouré d’ignorants inactifs et l’obligation générale pour ces derniers d’être là, sans possibilité de s’échapper ni de communiquer. Et on espère qu’ils seront réceptifs.

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Mettons-y maintenant Internet

Des manuels et des références, des spécialistes et des aides, toujours un professeur-animateur mais entouré d’apprenants actifs qui communiquent ; car si on n’est pas actif, rien ne se passe. On peut ajouter une obligation d’atteindre un certain standard de connaissance plutôt qu’une obligation d’être là et vous avez même des chances d’avoir de l’intérêt de la part des étudiants.

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On peut comparer Internet et la formation en ligne au jeu : si vous ne faites rien, rien ne se passe. Tout un changement.

Mais il y a des conditions pour que ça fonctionne. Et c’est là que les sciences de l’éducation peuvent s’activer; non pas en pondant une théorie éducative de plus, mais bien en outillant ses artisans.

Il s’agit avant tout d’exploiter l’immense potentiel de la mise en réseau.

Beaucoup d’écoles essaient d’intégrer les technologies sans remettre en question leur fonctionnement et leurs règles ; cela va de la pédagogie utilisée jusqu’à l’organisation des horaires, des espaces et des règlements de l’école en passant par les conventions collectives de travail... Des projets pilotes ne vont jamais très loin, se butant rapidement aux murs de l’école.

Nous savons que le succès de l’éducation ne dépend pas beaucoup de la pédagogie mais bien de la rigueur de la démarche intellectuelle qui est appliquée.

Nous n’enseignons visiblement pas beaucoup mieux que Socrate le faisait il y a 2 500 ans. Nous enseignons surtout à plus de gens.

Je suis toujours très critique par rapport à nos pédagogies et à la faiblesse de nos techniques éducatives : comment pouvons nous en 12 ans de travail avec un individu continuer de produire 10 à 15 % d’analphabètes et s’en satisfaire ? 25 % à 40 % de décrocheurs et s’en satisfaire ? 75 % de tricheurs et s’en satisfaire ? Comment pouvons prétendre au titre de science avec si peu de maîtrise de nos résultats ?

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Ce sont apparemment « les procédés pédagogiques faisant appel à une démarche d’enseignement explicite et systématique qui donnent les meilleurs résultats »2, ce qui a peu à voir avec les vertus et défauts d’une pédagogie directive, permissive, à distance ou en classe, technologique ou autre.

Mais on confond souvent « explicite et systématique » avec « par un maître » et

« du simple au complexe » ou encore « technologique ». Ce qui doit être explicite, ce sont les références qui appuient les informations et ce qui doit être systématique, c’est la démarche intellectuelle qui ne se contente d’aucune zone d’ombre. S’il y a directivité à avoir, c’est dans la rigueur à maintenir pas dans le moyen, ou la méthode.

De quelles méthodes pédagogiques parlons-nous quand il s’agit dans les faits et le plus souvent de maintenir les apprenants dans une dépendance intellectuelle alors que l’objectif avoué est de les émanciper ?

Parlant d’émancipation, il y a quelques années j’ai découvert la méthode d’enseignement de Joseph Jacotot, méthode qu’il a élaborée dans l’effervescence qui a suivi la révolution française. Et bien cette méthode convient tout à fait avec l’esprit d’Internet.

Jacotot en est arrivé à remettre en question le rapport maître-élève et énonce le principe de l’abrutissement de l’élève par les « explications » du maître qui, en lui communiquant ce qu’il aurait dû lui même trouver dans la référence d’étude, le place dans la position d’ignorant et le dépouille graduellement de son habitude et de sa capacité d’apprendre par lui-même, naturellement.

Jacotot a également tiré un deuxième principe de ses succès, c’est que l’on peut débuter un apprentissage de n’importe où.

Ce qui résonne avec Internet, un réseau accessible de partout, aussi bien sémantiquement que physiquement, et ce qui nous incite à regarder de plus près cette contradiction d’un principe pédagogique généralement admis voulant que l’on parte du commencement.

Qui donc fixe le « commencement » ?

À partir du moment où l’on comprend les termes et les mots, tout apprentissage est possible. Il faudra sûrement rechercher la signification des mots et des concepts quelque part, mais ce quelque part n’est pas nécessairement « au début » ; la connaissance est un réseau et non une linéarité.

2. Clermont Gauthier et Mohammed Mellouki, janvier 2006, « Nouveau signifie-t-il amélioré ? Évaluons avant de poursuivre la réforme au secondaire » Dans Formation et profession, format pdf [Bulletin du CRIFPE], 12.1 http://formation-profession.org/files/

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Jacotot n’a pas dit cela en ces termes, mais on pourrait le traduire ainsi.

Aujourd’hui, avec l’accès à la connaissance permis par Internet, nous pouvons plus que jamais commencer de n’importe où, par soi-même et avec ses pairs, en exploitant les apports du groupe et des références.

D’où la très pertinente réflexion de Jacotot. Il était indéniablement un pragmatique pour qui, et je cite, « Le poids des inégalités sociales existe peut-être, mais reconnaître ce poids ne change rien au problème », et qui préférait une bonne pratique fonctionnelle à n’importe quelle théorie pédagogique.

Ceci dit, un professeur qui veut utiliser les technologies et les avantages de la mise en réseau n’a même pas besoin d’avoir ces technologies dans sa classe ; ces technologies sont ubiquités et les élèves y ont amplement accès, ne serait-ce que par leur téléphone portable.

Ce dont le professeur a besoin c’est d’en prescrire les usages. Quoi faire avec ces technologies dans le cadre de l’apprentissage désiré. Comment profiter de leur capacité à « faire des liens » ce qui est fondamentalement « connaissance ».

Et pour ce, il doit en faire l’expérience, apprendre à s’en servir et ce dont il peut en tirer. J’ignore ce que vous enseignez dans les IUFM, mais je suis pas mal certain que l’usage des technologies n’est pas intégré couramment dans les pratiques habituelles et si c’est le cas, elles ne le sont pas à partir des outils qui concernent ceux les jeunes utilisent. Une administration centralisée préfère nécessairement un système coûteux, peu attrayant et contrôlé ; autrement dit sur lequel les usagers ont peu à dire, à un système décentralisé, public et foisonnant.

On sait utiliser les livres et les étudiants aussi, dans leur vie de tous les jours. Que savez-vous faire avec un téléphone cellulaire, avec un i-pod, avec les blogues, comment animez-vous un tchat intelligemment, comment vous servez-vous des réseaux sociaux, et MySpace et les outils Web2 et les avatars.... on est loin de la création d’une page web.

Ce sont les outils qui fonctionnent et que les jeunes, vos étudiants, utilisent familièrement.

L’école a trois fonctions principales que l’on a tendance à mélanger : – une fonction éducative,

– une fonction « garderie », – une fonction culturelle.

On essaie de faire de la culture éducative et de l’«edutainment» avec les technologies.

L’art de rendre l’histoire ennuyeuse, c’est de cesser de faire de la culture et d’en faire de l’éducation. (Que retenez-vous du rôle d’Achille dans «Troie» ?). Internet permet de se cultiver jusqu’à plus soif.

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L’art de rendre l’éducation ennuyeuse est de dépouiller la matière de sa finalité utile (apprendre le français pour écrire et lire) et d’en faire de la culture ou de l’occupationnel, (apprendre le français pour le français, parce que ça forme l’esprit ou autre justification). Internet permet des pratiques concrètes et réelles ; plus besoin de prétextes : si ça vous intéresse vous pouvez développer une pratique immédiatement.

L’art de rendre la garderie ennuyeuse est de faire des jeux éducatifs tout le temps.

Jouer pour jouer vous connaissez ça ? Internet permet de jouer pour jouer, mais personnellement, j’enverrais jouer dehors.

Multitâche

Les jeunes font simultanément plusieurs tâches et accordent une attention superficielle à la plupart sauf à l’une ou l’autre d’entre elles. Pourquoi cela fonctionne ?

Parce que les technologies permettent de se rattraper : on peut retrouver ou rejouer la même partie si on a manqué le bout intéressant, le cours important. Les amis nous signalent ce que l’on n’a pas vu, les forums nous permettent de trouver les ressources nécessaires, etc.

L’attention continue n’est plus pertinente si elle demande de supporter des heures ou des minutes de contenu peu intéressant pour les quelques minutes intéressantes.

C’est ce que permettent les technologies et c’est ce que n’exploite pas la pédagogie.

Il y a une intensité dans le multitâche que l’on ne trouve pas dans une salle de cours classique. Il y a une énergie dans une classe branchée que l’on ne trouve pas ailleurs.

Alors, avant d’imposer une pédagogie ou une autre, j’y penserais à deux fois avec les technologies. Le seul critère important d’une pédagogie fonctionnelle est dans la rigueur de la démarche à maintenir.

Je vais le répéter.

Ce qui doit être explicite, ce sont les références qui appuient les informations et ce qui doit être systématique, c’est la démarche intellectuelle qui ne se contente d’aucune zone d’ombre.

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La connaissance est une affaire de liens ; des liens qui ne mènent nulle part ne font pas de la connaissance et ne créent pas d’espace, technologies ou pas.

Pour terminer, l’utilisation réussie des technologies en formation à distance où en classe avec Internet nécessite quelques conditions préalables.

Parmi celles-ci, la plus importante est la compétence même des étudiants à apprendre et celle des animateurs enseignants à reconnaître quand l’apprentissage a lieu ou pas.

La connaissance consiste à faire des liens. Quand une personne ne fait pas de liens, elle le manifeste.

Quand une personne ne comprend pas les mots, elle ne peut pas faire de liens.

Quand la personne ne sait pas de quoi vous parlez, ou à quoi ça sert ou la finalité, elle ne fait pas de liens et ne voudra pas faire de liens.

Quand une personne a créé de liens faux ou des liens incompatibles, souvent en raison de croyances, des liens incohérents avec ce qu’elle tente d’apprendre, elle ne fait pas de nouveaux liens.

Et quand elle ne fait pas de liens, elle le manifeste.

Quand une personne a besoin de vérifier la valeur de ses liens, si ses liens sont consistants, elle le manifeste, elle le réclame, et passe par plusieurs états si on ne lui répond pas.

Pour un individu, connaître l’importance d’une information est aussi important que l’information elle-même; on a tendance à l’oublier. On appelle cela « la mise en contexte ». Il va de soi que la valeur de l’information varie selon le contexte et qu’un enseignement hors contexte est particulièrement difficile à supporter.

Combien d’entre vous font la différence entre un étudiant qui baille et un étudiant qui est abattu ? Entre un étudiant qui argumente et un étudiant qui oublie même ce qu’il savait avant ? Entre un étudiant qui triche, qui apprend par cœur et un autre qui est anxieux ?

Ce sont des manifestations qu’un professionnel devrait savoir reconnaître et auxquelles il devrait savoir répondre tout comme l’étudiant qui étudie par lui-même.

Pendant ce temps-là on enseigne des théories éducatives qui expliquent tout mais qui ne résolvent rien, et on s’étonne ensuite de la faible préparation des jeunes professeurs en classe.

Les professeurs s’adressent à des êtres, non pas à des résultats de programmation.

Est-ce qu’on leur apprend à observer les effets de leurs actions sur les jeunes ? Entre l’enthousiasme des jeunes en début d’année et l’ambiance morose qui s’est installée un mois ou deux après, il s’est passé quelque chose.

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L’impression d’espace que l’on retrouve en sortant de l’école se compare étrangement à celle que l’on trouve en rentrant dans un musée ou une bibliothèque, dans la mesure où on peut faire des liens ou on est empêché d’en faire.

On est loin de la technologie vous croyez ?

Il n’y a pas 25 % des gens qui savent ou qui osent apprendre par eux-mêmes.

Les technologies permettent justement d’apprendre par soi-même. Vous voyez le problème ?3

Il ne faut pas s’étonner des résultats mitigés que la technologie obtient si les gens ne savent même pas reconnaître leurs propres manifestations d’incompréhension et y répondre, tout comme les animateurs qui les accompagnent.

Les services numériques pour la formation passent par plusieurs conditions à mettre en place et à préserver pour que cela fonctionne.

L’accessibilité réelle, autant physique qu’intellectuelle, est l’une d’elles, la formation des apprenants en est une autre et dans une moindre mesure celle des animateurs.

Le but est bien d’améliorer l’accès à la connaissance, de toutes les façons possibles, avec son cortège de capacités développées, de liberté, de responsabilité, d’espace et de jeu.

Internet a réveillé le Thot en chacun de nous, celui qui propose à tous la connaissance, la compétence et la responsabilité.

Vous savez aussi comment l’étouffer. C’est en ce sens que la connaissance va avec la compétence et la responsabilité.

À chacun de nous d’étendre ainsi les bienfaits de Thot.

Denys Lamontagne Directeur de Thot Cursus Albi, 5 octobre 2006

La bibliographie-webographie publiée à la fin de ce numéro de Distances et savoirs a également été confiée à Denys Lamontagne.

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n = (1,96) 2 × (0,5 × 0,5)/(0,05) 2 = 384,16 ≈ 385 chauffeurs Notre base de sondage a été la liste exhaustive des chauf- feurs de transports collectifs cités ci-dessus du district

Ces souches sont retrouvées non-seulement dans les infec- tions cutanées et des tissus mous (56 %), mais aussi dans plus de 40 % des myosites, des ostéomyélites, des