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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Englebert, A. (1987). Analyse sémantique et fonctionnelle du "petit mot" DE: étude synchronique et diachronique (Unpublished doctoral dissertation).

Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/213412/2/4e20d3ec-7679-428f-b08d-76619963b29b.txt

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UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES

Annick EN6LEBERT

Analyse sémantique et fonctionnelle du “petit mot” DE

Étude synchronique et diachronique (volume 2)

Thèse présentée en vue de l'obtention du grade de docteur en philosophie et lettres (section de philologie romane)

sous la direction de M. le professeur Marc Wilmet

ANNÉE ACADÉMIQUE 1987-1988

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(4)

Annick ENGLEBERT

Analyse sémantique et fonctionnelie du “petit mot” DE

Étude synchronique et diachronique (volume 2)

Thèse présentée en vue de l’obtention du grade de docteur en philosophie et lettres (section de philologie romane)

sous la direction de M. le professeur Marc Wilmet

ANNÉE ACADÉMIQUE 1987-1988

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7. LE QUATORZIÈME SIÈCLE.

Les textes lus pour l'élaboration du corpus du XIV® siècle appartiennent aussi bien à la prose qu'aux vers. Ces textes sont pour la plupart littéraires, même si certains d'entre eux sont nettement didacti­

ques ; un seul d'entre eux est un ouvrage scientifique -un traité d'astrologie.

Leur dépouillement selon les procédés exposés dans mon introduction (v. 1.1.) m'a permis de constituer un corpus de 1740 occurrences de DE.

7.1. UN PANORAMA.

7.1.1. DE DEVANT SUBSTANTIF.

Est-il encore besoin de le préciser, c'est le plus souvent un substantif qu'introduit le- DE dans mon corpus du XIV® siècle. Cette combinaison représente encore 83.5% des occurrences de DE à cette époque, c'est-à-dire une proportion légèrement supérieure à celle que montrait le corpus de l'époque précédente.

7.1.1.1. Le nombre d'occurrences de DE devant un substantif temporel

ne progresse pas beaucoup : il est maintenant de 41%. Toutefois les emplois

de DE se diversifient.

(6)

7.1.1.1.1. § 1. L'emploi "notoire" de DE apparu au siècle précédent dans les syntagmes St + DE + S demeure acquis à la langue :

ou mois de juillé (i4 jfs : v i 89)

Cette construction se diversifie paradigmatiquement ;

en l'eage de quinze ou de seze ans ( h jf 4 ; v. 4974) par l'espace de sis ans (14 jj : si9)

et il est parfois difficile de décider quel est le degré de notoriété de la relation mise en jeu (v. 12.2.).

§2. Au XIsiècle, les notations temporelles sont encore le plus souvent des notations d'âge. Cette époque, j'aurai l'occasion de l'illustrer plus loin, privilégie partout l'emploi de DE que Guillaume (1975 : chapitre VIH) définit par l'annulation de la relation d'appartenance. Dans la combinaison Sn + DE St. cette relation se traduit par des occurrences d’exemples du type "Si est caractérisé par S2" ;

toutes celles de son aage (14 jm ; v. 119)

S3. Enfin, dernière création remarquable, les St introduits par DE peuvent entrer désormais daris la formation de métaphores :

m'avoit mis ei bois de Jonece (14 jah : v. 121)

7.1.1.1.2. Dans les derniers exemples cités, DE ne revêt pas de valeur temporelle et apparaîtrait de même dans des syntagmes où le sémantisme des substantifs peut être indifféremment temporel, spatial ou notionnel.

De même, dès le XIV® siècle, les St peuvent faire l’objet d’une quantification ou pseudo-quantification :

Eret, combien de temps povez vous avoir esté en ceste queste <,..> ? (14 « 2 ; ni, 1.397)

il n y a mais granment de vostre temps.

(14 *2 : vu. 747)

(7)

et se comportent ici encore comme n’importe quels substantifs.

7.1.1.1.3. Pour le reste, le XIV® siècle reprend aux époques précédentes les tours existants :

corn sil qui n'avoit dormi de toute la nuit

(14 *1 :p. 43. 1. 11)

De jour en jour nostre mal croist ( m «7 ; xi. v. 235 )

7.1.1.2. Les emplois de DE devant un substantif spatial regagnent quelque peu en nombre : alors que depuis le XII® siècle leur proportion

semblait décroître, elle passe de 5.1% au XIII® à 8.9% au XIV® siècle.

Mais le gain reste limité au nombre, car les constructions qui utilisent la combinaison DE + Se sont loin de se diversifier et je retrouve même une situation plus proche de celle décrite pour le XI® siècle que de celle du siècle précédent.

7.1.1.2.1. §1. La majeure partie de ces substantifs spatiaux introduits par DE sont des noms géographiques qui permettent de localiser des gens titrés ;

s'antain, de Chartres la comtesse (14

jm

; v. 4935)

je, de Saluce le marquis (14 pm 2 : v. 6i n C'est 1i soudans de Baudres (14 jc : v. los)

alors que les exemples de localisation spatiale de la foule des anonymes, qui faisaient légion au XIII® siècle, se font eux très rares ;

des dames de pluseurs pays (i4 wc ; v. 115)

au peuple de ton royaume (i4

jj

: §21)

signe peut-être d'une évolution sociologique, en tout cas davantage

littéraire que linguistique.

(8)

§2. Une création dans le domaine des liens spatiaux que peut exprimer DE est à relever dans mon corpus de cette époque ; DE peut marquer une destination :

La voie d’enfer et de paradis (

h jdm

)

Ce rapport ne devient pas seulement possible dans les constructions S + DE +Se : simultanément, je le rencontre pour la première fois dans les séquences V + DE + Se ;

il approucha de la dicte fontaine (

mja

; v 6)

7.1.1.2.2. De même que le XIV® siècle quantifie le temps, de même cette époque quantifie l'espace :

li airs autant pourprent de lieu lassus dedens le fu (14'*6:Sn2)

et révolution du DE composant de quantifiant est bel et bien amorcée : je vous diroie pour quoy les âmes ne les. angles ne tiennent point de lieu. (i4 «6 ; §69)

7.1.1.3. La proportion de substantifs notionnels construits avec DE continue, elle, de diminuer, tout en restant de loin la plus importante : 70'5%

du corpus de cette époque.

7.1.1.3.1. Dans la structure S + DE + Sn, les rapports entre les substantifs se diversifient, ce qui autorise à les enchaîner jusqu'à trois :

li centres de ï'epicicle de cescun d’ichiaus

(14 LA ; II, 4, SI)

la vraye histoire des merveilles du noble chastel de Lisignen (i4

ja

; v. i5)

voire quatre ;

une longue et horrible relacion des contraires de la tierce gerarchie des iii estaz de France

(14 Pm : p. 437)

(9)

51. Le lien d'appartenance, essentiel pour Guillaume, est rarement exploité ici. Notons toutefois qu'un lieu peut être une possession ; on a dans ce cas la structure Se + DE + 5n ;

a la meson des Preescheurs de Provins (14 jj s 34) quiconquez voit en la maison de son voisin le feu

bouter (MJLF : v. 223)

52. Les relations dérivées de ce lien d'appartenance, selon Guillaume toujours, sont déjà plus exploitées. C'est le cas notamment de la relation partitive :

Li oel dou Lyon a 3 estoilles ( m

la

: 1 . 2 . S9) Li keue dou Lyon est une très grant estoille

(14 LA : I. 2. S12)

§3. Mais surtout, DE est utilisé au XIV® siècle pour signifier des liens qui n'entretiennent avec cette notion que des rapports très lointains, notamment lorsque le S 2 indique le domaine, dans lequel se manifeste, le Si (cf. 13.2. pour le détail) ;

ung maistre de viële (14 m p.zi: 1 . 10 ) car souvereinne est de biauté (i4 en : v 79 )

§4. Deux liens apparaissent très bien représentés dans mon corpus de cette époque. Dans le premier cas, il s'agit du DE dépendant d'un substantif verbal dont il introduit le correspondant du sujet :

par Tenqueste de mes suers les chambrières et de moy (i4

pmi

; p. 474)

entre le vray mouvement de repicicle et le vray mouvement de le planette 04

la

: 11.4, §a)

l’eslevement d'aucune estoillé cose

(14 LA : I. 6, S7.)

(10)

ou de l'objet :

au froesier des lances (i4 *i : p. 39.1 4)

tailleurs de pierre (14

ja

: v 46)

pour la defence et secours de la maison de vostre pere (14 pm ; p. 463)

le sauvement de m’ame (14 -4 : v. 84)

Dans le second, DE marque l'annulation du rapport d'appartenance : une fille de bonne orine (14

jf

4 : v. 254)

Un homme fort, fier, de grant atour ( m

jdm

; v. 797)

de le grandeur première, il y en a 3, de le seconde, il y en a 18, de le tierche grandeur il en a 131, de le quarte 177, de le quinte 58, de la sixte 13, de celles qui ont nuees 1, des reposes 9. (14 LA ; 1,3, SI)

la dame des cheveux bions (i4 -1 : p. 32,1.2)^

rapport qui apparaît avoir une valeur principalement descriptive ; les malices et cautelles des advocaz présupposez maulvaiz (14 pm : p. 477)

par Tardeur de la flamme experte (14 -7 : xi. v. 83)

la ou parla de l'armonie / des cieulz ( m

jlf

: v. 458)

7.1,1.3.2. Dans le domaine des futurs quantifiants composés de DE, la langue du XIV® siècle ne se démarque pas de celle des époques précédentes.

Leur statut demeure ambigu :

Du pain aus chiens ont molt petit (14 jn : v. 4999)

autant a de acordance que de descort (14 -6 ; sns)

Parmi les faux quantifiants que sont les Interrogatifs, QUI apparaît pour la première fois dans mon corpus avec un complément introduit par DE ;

qui de vous se fet apeler Fouke ? (14 *3 : §43.1 . 5 )

(11)

7.1.1.3.3. Jusqu'ici, la diversité des emplois de DE au XiV® siècle ne s'est augmentée de nouvelles acquisitions que dans de rares cas et il s'agit

pour la plupart de variations sur un même thème.

SI. Dans les constructions en V + DE + Sn, le XIV® siècle ne se montre pas davantage créatif. Les formes littéraires évoluant, je ne retrouve plus dans ce corpus-ci de ces constructions, articulations de chapitres, annonçant la thématique. Le nombre des emplois de DE introduisant un

"complément de propos" s'en trouve considérablement réduit : et nos deux filles aprendront

de leur oevre et de leur mestier (i4

jm

: v. 2243)

S2. Se font plus rares, mais pour des raisons non littéraires, les emplois de DE devant complément interne :

tous les autres juges du royaume enfrenez du frain des advocaz ( h pm : p. 479)

formules redondantes, caractéristiques de l'ancien français, mais dont la langue se défera au cours de sa modernisation.

S3. L'un des compléments verbaux le plus souvent introduits par DE dans cette époque de transition est le complément de manière :

si l'a féru de toute sa force (14*1 : p 49.1 1)

De bon appétit buveray (14 pn 2 : v. 716)

si entre elle de tout son pooir en terre (14 *6 : si 06 )

S4. Un autre type de complément abondamment illustré dans mon corpus du XIV® siècle est le complément d'agent :

Moult y fu regardé le chevalier du Papegau de

dames et de damoiselles (14 *1 : p. 31.1.2)

(12)

fille ne soit mengié de beste

sauvage ne d'oyseaux sauvages (

h

pri2 ; w

mi

8-9)

Je montrerai plus loin (v. 9.2.) la spécificité de ce type de complément et son affinité avec le complément Instrumental, qui apparaît à la même époque ;

Trop estes de pechiéz temptez (14

jm

: v. 396)

De la sayette fut bleciee ( h *7 : ix. v. 55 )

S5. Toutes ces constructions montrent que la langue du XIsiècle exploite ce que l'ancien français a mis à sa disposition. C'est encore le cas

avec les compléments qu'introduit DE après le verbe être. Les rapports qui s'illustrent ici sont ceux qui apparaissent dans les structures S + DE + Sn, comme celui d'annulation d'appartenance :

ou pays estoit de moult grant renommee

(M JC :v. 539)

Pourtant tous les compléments du verbe être ne se laissent pas ramener à cette analyse et c’est au XIV® siècle qu'apparaît dans mon corpus une construction digne de davantage d'attention que les précédentes.

J'ai déjà illustré, pour les époques précédentes, des emplois , devant infinitif, de ces DE dont Nyrop dit qu'ils introduisent un sujet logique ou un prédicat ; ils reparaîtront à toutes les époques (v. 8.2.). Mais Nyrop (1967 ; VI, §88) ne limite pas cette appellation aux cas de DE + I, il précise que ;

<ce DE> s'employait devant un nom, un pronom ou un infinitif.

Si les occurrences de ce DE devant substantif manquaient à mes corpus antérieurs, la langue du XIV® siècle en produit un nombre impressionnant. Comme pour ce même DE devant un infinitif, les structures sont ici fort variables ;

- que c'est DE + S ;

ne oncques ne me dites que c'est de vent

(14 "6 : S357)

(13)

- X est DE + S :

Grand chose est d'un faulconnier saige

(14 PM2 :

V.

154)

Nient est de ma vie et de mi (i4

jah

; v. 1159)

La concurrence entre DE et QUE DE est de même attestée ; Trop est chose muable et vaine,

que de cuer de jeunes seigneurs. (14

pm

2 ; v. 2214)

Froissart joue beaucoup de ce DE et alimente principalement mon corpus du XIsiècle :

Jugiés de moi, amant qui congnissiés

que c'est d'amours et des mauls qu'il y a.

(14 JF2 : 104.

V.

2)

C'est grant chose de loenge (14 jf 4 ; v. 395)

Il ne m'est riens de cose que je voie (i 4

jf

2 ; 2. v. 1)

Je retrouverai d'ailleurs son nom attaché à la plupart des exemples correspondant en DE + I. Je montrerai plus loin comment cette double construction, qui personnalise son écriture, peut être utilisée dans l'inter­

prétation de points restés obscurs dans l'analyse de DE (cf; I H® partie).

S7. Enfin, pour rester dans le domaine des compléments verbaux particuliers en DE, je rappelle le DE devant objet :

et puis apres si mengeréz

de tiex biens, comme nos arons (14

jm

; v. i267)

et les derniers sursauts de vie du tour archaïque de tiex i a :

Aucuns en plantent de tels qui semblent estre mors ne mais non sont, car il y en a de tels qui sont plains de moule (14 "6 : S3i5)

Il s'agit là du DE partitif, dont l'extension s'amorce.

7.1.1.3.4. DE introduit également le substantif complément de

l'adjectif ou du participe employé comme tel.

(14)

§1. Le substantif peut indiquer la cause du sentiment exprimé par l'adjectif :

estoit liez et dolent, liés de son ennemy qu'il y trovoit, et doutent de son amy se cil n'estoit emprisonnés ou malades, ( m *2 : ni. ii 125-6)

un même adjectif pouvant parfois curieusement introduire deux mêmes compléments, non coordonnés, par DE :

qui ne soit de H

très bien contens de se parolte (

h jf

4

w

5019-20)

et la curiosité est surtout linguistique.

S2. DE peut aussi introduire le complément de point de vue de l'adjectif :

Si estoit cil marquis Gautier

beau de corps, fort, preu et legier, noble de sanc et de lignie.

d’avoir riche et de seigneurie, de bonnes meurs parfaictement, enrichi naturelement

des biens de nature et de grâce (14

pm

2 : w 62-67)

f

S3. Reste à rappeler la construction comparative propre à l'ancien français, dans laquelle DE introduit le second terme d'un comparatif de disparité, et dont le XIV® siècle ne sait trop que faire (v. 6.3.2.1.) :

Plusieurs de moy mieuiz le feroient (14 jon : v. 22 )

7.1.1.4. Dans la dernière construction que j'ai évoquée, Jonas par son analyse indiquait qu'il est parfois utile de distinguer le substantif du

pronom personnel, puisqu'en l'occurrence cette distinction se révélait tout à

fait instructive. Il serait peut-être intéressant de la systématiser, mais il

faudra s'attendre à n'obtenir d'elle, comme c'est le cas de l'étude des

déterminants, que des informations indirectement liées à DE.

(15)

51. Comme je l’ai déjà signalé, il n'y a généralement pas lieu de distinguer les emplois de DE + S de ceux de DE + pronom relatif. On n'en trouve pas moins au XIV® siècle comme dans toute l'histoire de la langue française de ces emplois singuliers de DE, à valeur partitive, suivi de quoi.

52. Premier emploi tout d'abord où le pronom quoi, qui n'introduit rien, n'a de relatif que l'étiquette :

quant elle treuve de quoy, ele a poir de traire et de jeter ( m *6 : 3 h )

Se je me plains, dame, j'ai bien de quoi (

h jf

2: 65, v.i)

S3. Deuxième emploi ensuite, plus proche de l'idée qu'on se fait d'un relatif, même si la proposition relative se réduit à un infinitif :

et chil entre iauls aient sens et proëche et bien de quoi faire honneur et largeche

(14 JF4 :

V.

4701)

Seigneurs, nous n'avons de quoi vivre (

m jm

: v. 6284)

§4. Emploi canonique enfin de ce QUOI, suivi d'une proposition relative à verbe fini et où certaines similitudes avec le précédent amènent à considérer celui-là comme issu de celui-ci ;

et je n'ay de quoy je me puisse deffendre.

(14 -2 : III, I. 209)

Et il t'a donné le science,

de quoi tu poés par conscience

loer Dieu et servir le monde. (i4

jf

4 ; v. i86)

Toutes ces constructions existaient déjà dans la langue des XI1® et XI11® siècles, de sorte qu'il apparaît que le XIV® siècle n'est créatif ni dans

les emplois de DE + S ni dans ceux de DE + pronom.

(16)

7.1.2. DE DEVANT INFINITIF.

Les infinitifs introduits par DE constituent 10.3% des exemples de mon corpus XIV® siècle. C'est dire que, numériquement au moins, cette catégorie d'emplois de DE poursuit lentement sa progression.

7.1.2.1. La structure S + DE + I demeure peu illustrée :

que de damoiselle prendre ne me pourroit venir volenté (i4 *2 : vm. 1 . 95 )

voloir li donne et appétit

de plus grant joie recouvrer ( h 6 m : v. 675)

7.1.2.2. Je retrouve encore attestés les derniers vestiges d'une construction Q + DE+ I :

quant de recouvrer n'i a point (14

jm

: v. i556) structure dont on ne retrouvera plus jamais trace dans la suite.

7.1.2.3. Comme cela s'est déjà présenté dans le cas des emplois de DE devant substantif, c'est dans la catégorie des emplois de DE devant infinitif dépendant de verbes que l'on va trouver une des rares particularités de la langue du XIV® siècle en matière de DE.

SI. Jusqu'ici, je n'ai illustré les distinctions sémantiques d'espace, de temps et de notion, de façon systématique, que dans la catégorie dés substantifs. Je n'y ai fait que de rares allusions lorsqu'il s'agissait d'appliquer cette distinction (critère de classement) aux éléments verbaux.

Ce critère, que j'ai cependant appliqué à tout mon corpus dans le classement que j'ai fait de mes exemples, se révèle en fait, dans son application aux éléments verbaux, à la fois plus délicat à manier et moins

instructif.

(17)

Plus délicat parce qu'un verbe incorpore toujours peu ou prou des notions relevant du temps, notions qu'il est parfois difficile de séparer de son sémantisme propre.

Moins instructif parce que ce critère ne permet pas de mettre en évidence des contraintes aussi intéressantes que celle que J'ai relevées dans son application aux substantifs. C’est pour cette double raison que Je n'ai pas reproduit systématiquement les dichotomies qu'il impose.

11 est pourtant une catégorie de verbes qui ont tendance à changer de domaine sémantique lorsqu'ils ont comme complément un infinitif, introduit ou non par DE. Ce sont les verbes de sens spatial, tels aller, venir, qui se muent en auxiliaires temporels pour former des périphrases verbales.

Au XIV® siècle, Je note cet emploi, curieux pour l'observateur d'aujourd’hui, plus temporel que spatial, du verbe avancier :

Le temps perdons mauvaisement

qui ne nous avançons d'aler ( m pni : v. 129 ) Il me fault huy mais avancier

d’aler savoir (14 -4 ;v. 93)

Je reviendrai plus loin sur cette construction particulière (v. 8 . 2 .).

§2. D’autres constructions attirent encore l’attention. Comme annoncé, Je retrouve au XIV® siècle abondance d’infinitifs introduits par DE dépendant du verbe être dans des structures "prédicatives" variées :

D’i aler c’est uns drois déduis (

m jdm

: v. 683)

Par foi ! il est bons d'eus atendre (14

jah

: v. 026 ) Folz, voire voir, que c’est folaiges

de soy arrester en Jeunesce (14 pm 2 : v. 397) et assez savez par raison

que c'est d’estre en subjeccïon (

h

pri 2 : v. 1401)

(18)

J’y retrouve attaché le nom de Froissart, qui par ailleurs préfère souvent au seul DE la combinaison QUE DE ;

Je me lairai de tant adiré

que d’esbatre, parler et rire. (i4

jf

4 : v. 4319)

Je ne cesse nullement

que de penser. (14

jf

4 : v. 4384)

S3. Mais en dehors de ces deux singularités, la langue de cette époque se contente une fois encore de jouer de ce que les époques précédentes ont

mis à sa disposition :

et leur prie de retourner au terme 04*1 ; p. 45 , 1 . 10 ) selonc ce qu'il ordeneront

de soy plus tenir ou du rendre. (14 jn ; v 7279 ) Est le besoing si grant qu'il vous estuet de chevaucher de nuyt ? (14 -2 : iv. 1.233)

7.1.2.4. Les emplois de la séquence ADJ + DE + I restent ce qu'ils étaient:

car assez est duit du voler (14

pm

2 : v. 137)

car vous n'estes mie dignes de parler a tel chevalier comme cesti est. (14 *2 : iv, 1 . 42)

n'était-ce les occurrences de COMME DE, qui se font bien plus rares qu'au Xlll^ siècle:

et tel blaume me feïssiéz

comme d'estrange famé amer (14 jn : v 2007)

7.1.2.5. La séquence DE + I peut encore dépendre d'une préposition : Car il est, si corn je pens,

près de disner (14 -4 : v 195)

et mon corpus atteste pour la première fois cette préposition particulière

qui n'introduit jamais un substantif et se spécialise auprès des éléments

(19)

verbaux : afin

qu'il s'accorda a femme avoir,

aff in de faire son devoir (i4 pm 2 : v. 88)

7.1.3. DE DEVANT ADJECTIF.

Dans la classe des emplois de DE + ADJ, la langue du XIV® siècle n'innove pas davantage que dans les deux précédentes. Celle-ci n'a d'ailleurs jamais si peu été illustrée que dans mon corpus de cette époque, dont elle ne représente que 1.1 %.

51. Le tour le plus illustré est celui où la séquence DE + ADJ dépend d'un élément quantifié :

autant a i de vuyt la ou le pierre et le mortier <...>

ont estez pris, ( m -e :sii 2 )

et malgré le nombre limité d'occurrences, il est à relever que c'est de cette époque que datent mes premiers exemples de la séquence rien + DE + ADJ ;

En vous ne puis veoir riens de seûr 04 jf 2 : si, i. 2 ) s'il y a rien de nouvel ( h -4 : v . 1194 )

se vous savés riens de nouviel (14 jf 4 : v.izeo)

52. En revanche, les emplois de DE ADJ sous la dépendance d'un verbe tendent, sinon à disparaître, au moins à se figer. Je ne note aucun élargis­

sement du paradigme de l'adjectif par rapport à la situation connue en ancien français :

de legier porriez croire (14 -7 : viii.v. 194) ne qu'en en puist parler de voir (14 jn : v. 480)

La langue d'aujourd'hui ne connaît plus ces emplois propres à l'ancien

français, mais que négligent pourtant tout à fait les grammaires

spécialisées dans l'étude de cet état de langue.

(20)

§3. À côté de ces deux séries d'emplois, je note quelques exemples dont le classement est peu garanti :

pour ce que de certain savons 04 jm : v. 226 O)

et qui indiquent que la frontière entre les deux séries n'est peut-être qu'illusoire. Je reviendrai sur ces difficultés plus loin (v. 11.2.).

7.1.4. DE DEVANT ADVERBE OU PRÉPOSITION.

SI. Avant de clore cette rapide description des emplois de DE au XIV®

siècle, Je me contente de rappeler ici que l'adverbe introduit par DE fonctionne souvent comme le substantif, auquel ne l'oppose alors que son invariabilité morphologique ;

corn cellui qui n'avoit mangé de huy (14 *2 :iv, 1 .365) qui trettent dou temps de jadis (14 jf 5 ; v. 27)

§2. On se souvient, d'un autre côté, qu'il n'était qu'un domaine dans lequel la langue du XIII® siècle h'avait su instaurer l'équilibre linguistique : celui des emplois de DE gravitant autour de prépositions.

Le XIV® siècle semble avoir résolu le problème que posait ce type de constructions en éliminant, dans la plupart des cas, les emplois hésitants de DE pS. Ceux-ci se font en effet très rares ;

Les assencions d'emmi le chiel (14

la

: 1 . 1. si3)

et furent abatus du chiel et de desseure les elemens (14 »6 : si37)

alors que les emplois de la séquence ADV / p + DE + S restent normalement représentés :

ensus. de moi 04 wc : v. 95 )

loingduchevalier(i4“2:iv, I 11)

Jus du cheval (14

ja v

25)

(21)

7.2. UNE ÉVOLUTION : DE DEVANT SUBSTANTIF SUJET.

Comme l’a montré la description des emplois de DE au XIV® siècle, la langue de cette époque tend à se débarrasser de quelques héritages linguistiques encombrants dont elle ne sait plus que faire -DE en système comparatif, DE devant préposition- et présente somme toute une situation très proche de celle connue au XI® siècle.

Pourtant, il est un domaine où s’amorce à cette époque une incontestable évolution, celui de l’"article" partitif.

7.2.1. PRÉLIMINAIRES THÉORIQUES.

SI. Pendant toute la période de l’ancien français, jusqu’à la fin du XI11® siècle, on a vu un "article" partitif dont l’emploi est conditionné non

seulement par l’élément qui le suit, à savoir le susbtantif (continu, concret et singulier), mais aussi par l’élément qui le précède, à savoir le verbe (fragmentatif).

§2. Au XIV® siècle, j’ar montré que le substantif déterminé par ce DE partitif peut être aussi bien spatial ou temporel que notionnel, signe d’une première évolution.

C’est de cette même époque que datent les premiers exemples de DE

"article" partitif ne dépendant pas de verbes.

Notons tout d'abord cet emploi après une préposition ; et nous peüssions recouvrer

ce qu’il i couvient pour du nostre (

hjm

; v. 2M5)

mais il est tout à fait isolé dans mon corpus du XIV® siècle, et il faudra

attendre quelque peu pour que la récolte en la matière soit plus fructueuse.

(22)

Aux XV® et XVI® siècles, de tels emplois de DE sont encore rares : qui sont faits d'ancre et de papier avec de cyre assamblés (15 *12 : v. 368)

se barbouillans tout le visage avec de la suye delayee en eau (I6

ap

: § 22 . i 62 )

§3. Ces DE sont aisément assimilables à ceux que j'ai examinés jusqu'ici, où le substantif déterminé a fonction d'objet, quand on se souvient que de nombreux linguistes considèrent la préposition comme un lien verbal.

Je retiendrai ici l'avis de Moignet ( 1974b : p. 286) :

Il faut, naturellement, trouver pour chaque préposition un terme verbal ou déverbal qui définisse avec justesse l'opération correspondant à sa sénriantèse. en langue, à son signifié de puissance.

et celui de Frei (1971 : p. 176), formulé à partir de l'exemple "la femmme au panier" ;

<...> la préposition a pour fonction de condenser un verbe transitif, et <...> le régime de la préposition

■ n'est autre chose que l'objet condensé de ce verbe.

Ainsi, l'emploi de Farticle" partitif après une préposition apparaît comme une extension de son emploi après un verbe transitif, et DE y reste un élément relationnel qui ne demande pas plus ample développement.

S4. Il est un autre emploi qui apparaît également en ce siècle : celui de DE devant un substantif sujet, que l'on ne peut en aucun cas ramener à un

emploi relationnel en dépendance verbale, le sujet étant le seul élément de

la phrase qui ne dépende d'aucun autre. C'est ce DE-là que je me propose

d'examiner en détail ici.

(23)

7.2.2. LA FONCTION SUJET.

Avant, de décrire cette catégorie d'emplois de DE, il convient de préciser tout d’abord quand il y a lieu de parler de sujet.

7.2.2.1. J'écarterai tout d'abord de mon propos les DE que l'on trouve devant le pseudo-sujet des pseudo-propositions infinitives que reconnaît la grammaire traditionnelle dansles compléments des verbes laisser :

les diables laissent couler de la semence d'un homme mort (i6

ap

: §28. i. 39)

voir :

on voit venir du beau monde (i? m 29 ; xi)

le spectateur voit tomber de l'indien, du héros, du gangster (20 hb 3 : p es)

ou faire :

et faisais entrer du jour dans cette cave

(17 RD :p. 105)

pour faire naître des souvenirs (

i

9

gfi

:p. 52)

Claire allait faisant bruire de la feuille et encore de la feuille (20

hb

3 ; p. 115)

À la suite de Moignet (1975a) qui constatait "le refus catégorique de l'infinitif d'être mis en rapport avec les formes spécifiques de la fonction sujet" (p. 124), je considérerai que ;

L'ensemble dit à tort "préposition infinitive" ne consiste que dans le rapprochement discursif de deux régimes d'un même verbe, l'un nominal, l'autre quasi-nominal, (p. 124)

Les quelques DE que je viens d'évoquer participent donc des emplois

canoniques de 1"'article" partitif.

(24)

1.22.2. J’écarterai de même de mon propos le emplois du DE partitif que l’on trouve devant un substantif deuxième terme d'une comparaison où ce substantif serait sujet si un verbe se trouvait exprimé :

on s aimait ainsi que des frères jumeaux

(19 JR : p. 71)

brillaient <...> comme des fantômes blancs ou des marbres dans un cimetière. (i9

tg

: p. iss)

il a des pensées couvertes de pustulles comme de la peau de crapaud. (20 sa 3 : p.30)

votre coeur était plus tendre que de la laitue d'avril. (20 sa ? :p. is 2 )

Ma gorge me seblait aussi sèche que de la toile d’émeri (20 pg : p. 244)

Ici encore, c'est le sens, non la syntaxe qui fait parler de sujet. Or, toujours à la suite de Moignet (1975a) qui notait, au sujet des "propositions infinitives", que si on parle dans ce cas de sujet

<...> c'est en vertu de la définition traditionnelle, logique et sémantique, selon laquelle le sujet "fait l'action" ou "se trouve dans l'état" que signifie le verbe, (pp 122-123)

je retiendrai qué ;

La fonction sujet est une forme et cette forme se détermine par un certain rapport avec une autre forme, qui est le verbe personnel, (p. 123)

Le verbe faisant défaut dans les exemples que je viens de citer, je ne parlerai pas davantage de DE devant sujet.

7.2.2.3. Le rapport qu'évoque Moignet (1975a ; p. 123) dans l’extrait cité dernièrement est celui de l’accord que le verbe marque à son sujet :

Le sujet se trouve d'abord dans le verbe sous la forme du flexiif de la personne.

Il existe une dernière circonstance où, bien qu'on ait un verbe fini

(25)

cette fois, cet accord de personne entre le verbe et ce que l'on dit sujet n'existe pas. On parle alors traditionnellement d'un "sujet réel" ;

Ja i avra des navrez et des morz (12 *2 : v i4oo)

Ces "sujets"-là n'entrent pas davantage dans mon propos ; je les considère en effet comme dépendant de verbes et comme étant plus proches de la notion d'objet que de celle de sujet. J'y reviendrai plus loin (v. 9.2.).

7.2.3. DESCRIPTION ET ÉVOLUTION.

51. Les seuls DE que je retiendrai ici sont donc ceux qui apparaissent devant un substantif marquant un accord avec un verbe exprimé, et coïncidant partiellement avec ce que Wilmet (1986 ; p. 128) appelle un

"substantif thématique non inversé", apparaissant le plus souvent à l'initiale de la proposition.

52. De tels DE sont rares, à ce point que Wilmet (1986 : p. 128) les considère comme "lacune syntaxique" dans la distribution générale de DE. À cause de cette rareté, descriptions synchronique et diachronique se confondent dans cette section ; une description synchronique isolée du XIV®

siècle n'aurait d'ailleurs aucune utilité : mon corpus de cette époque n'attestant qu'une seule fois ce DE :

Assez tost après vendront les veneurs et de ses gens qui apporteront le conte mort (14

ja

: 1 . 21 )

§3. Cette lacune syntaxique s'accompagne en outre d'une lacune dans

la littérature grammaticale : peu nombreux sont ceux dont ce DE a attiré

l'attention (cf. Wilmet 1986 : p. 128). Et ceux qui le relèvent ne peuvent se

défendre d'être déroutés. Toutefois, aux hésitations des linguistes actuels

est à opposer la belle certitude de Bescherelle (1853 ) ;

(26)

il faut bien qu'il y ait ellipse, car nous n'y avons exprimé que le second des deux termes du rapport.

<.„> Ces syntagmes sont des agrégés de "une troupe de une foule de ..., un grand nombre de...". Ceci nous paraît incontestable, (sous le mot de)

J'ai déjà relevé dans la première partie de ce travail la tendance ellipsomaniaque du raisonnement linguistique de Bescherelle ; je reviendrai plus loin sur la valeur de cette dernière explication.

7.2.3.I. Au XIII® siècle déjà, je relève, quoique très exceptionnelle­

ment, rarticle" partitif devant sujet, mais dans la circonstance très précise où un quantifiant est postposé au substantif :

L emperere et de sa gent maint sont mVt lié (13 JRI : v. 1692)

Je retrouverai de tels exemples aussi longtemps que les quantifiants conserveront cette possibilité de se postposer :

Des ennemis de mon sens plus de vingt me guerroyoient os

jm

;

xlv

: v. i)

1.23.2. Dans mon exemple du XIV® siècle, que je rappelle ici ; Assez tost après vendront les veneurs et de ses gens

je ne relève aucun quantifiant. Il me semble toutefois que l'usage du DE devant le sujet a pu se faire à la faveur de la postposltlon de celui-ci par rapport au verbe et de sa coordination à un autre sujet.

7.2.3.3. Il faudra attendre les XVI® et XVII® siècles pour rencontrer plus d'exemples de ce DE, introduisant un substantif (ou le pronom autres) sujet antéposé au verbe ;

d'autres <...> me tendent leur filez (le tb : p. 69 )

des gens entrèrent 027 br : p. 83 )

(27)

SI. Il est à noter que, contrairement à rarticle" partitif devant substantif objet, celui-ci apparaît d'abord devant des substantifs sujets au pluriel, et particulièrement devant gens.

C'est sous la forme DES que son emploi apparaît d'ailleurs le plus naturel à l'observateur actuel. C'est sous cette forme aussi qu'il sera de tout temps le plus fréquent :

- au XVIll® siècle :

Des horreurs dont l'idée n'avait jamais souillé mon esprit osèrent s’y présenter, de jr : p. 331)

- au XIX® siècle, surtout sous la plume de Flaubert , mais aussi chez d'autres :

où alternaient des pâturages et des champs en labour (19 6 F 3 : p. 4 t)

Des étudiants promenaient leurs maîtresses ; des commis en nouveautés se pavanaient, une canne entre les doigts ; des collégiens fumaient des régalias ; de vieux célibataires caressaient avec un^peigne leur barbe teinte ; il y avait des Anglais, des Russes, des gens de l'AMérique du Sud, trois orientaux en tarbouch. Des lorettes, des grisettes et des filles étaient venues là <...>

(19 6F2 :p.93)

Des médecins ont classé le mal caduc (19 jv : p. 288 ) des yeux bleus font du mal et du bien. (19 pm : p. 45) - et enfin au XX® siècle ;

enchaînés à un être d'un règne différent, dont des abîmes nous séparent (20

mp

3 ; p. 362)

Des personnes vont et viennent d'un pas décidé

(20 RQ 2 : p. 29 )

Des bardes de lard et des bandages herniaires

traînaient sur le buffet, et des bocaux remplis de

cerises à l'eau-de-vie voisinaient avec d'autres où

baignaient doucement dans l’alcool des vers

solitaires et des bébés inachevés (20JP;p. 3i)

(28)

S2. Qu'on n'imagine pas toutefois à la lecture de ces exemples que ce DES est également pratiqué de tous les auteurs. Pour le XIX® siècle, j'ai déjà cité le nom de Flaubert. Pour le XX® siècle, il est à signaler que les oeuvres de Simenon regorgent de ces DES, alors que d'autres auteurs l'ignorent :

Des cris éclatèrent dans la rue (20 esi3 : p. i8S) Des gouttes de sang tombaient sur la neige.

(20 6S2 : p. 43)

§3. La forme DES n'est pas la seule attestée, même devant substantif pluriel.

Lorsqu'un adjectif s'antépose au substantif, je retrouve ici le simple DE :

de jolies figures n'apparaissent que par exception, ( iogni :p. 55 )

D'illustres malheureux honorent leur courroux

(18C:v. 4)

Signe que l'on a bien affaire au DE "article" partitif.

.En dehors de cette circonstance particulière, je n'ai relevé que deux occurrences de ce partitif devant sujet revêtant la forme DE CES. Elles apparaissent sous la plume de Gide :

Des ces défections arrivent même avec les meilleurs fusils. (20 ag 2 :p. no)

et sous celle de Balzac :

où se passaient néanmoins de ces faits qualifiés de merveilleux (19 HB2 : p. 92)

7.2.3.4. Ce DE est donc apparu comme relativement fréquent devant un sujet au plriel. Devant un sujet au singulier, il est proprement

exceptionnel : je n'en ai relevé que 14 occurences pour la totalité de mon

corpus (0.07% de celui-ci). Signalons toutefois que, hors corpus de base, j'en

ai relevé bien davantage (cf. III® partie).

(29)

SI. Je dois d’abord noter qu'il faut attendre le XVI11^ siècle pour le trouver attesté. DU apparaît alors avec une valeur universelle ;

L’idée qu’avaient ces bossus de croire que de l'argent les rendrait mieux faits(i8 V 2 : p. 112 )

De l'esprit est bel et bon,

mais l’coeur n’est-y pas préférabe. os JV2 ; p. 206 )

§2. Avec une valeur existencielle, DU restera rare aux XIX® et XX®

siècles :

De la flamme et de la joie

sortaient de ses cheveux blonds. (19

vhi

: p. is?) de l'eau coulant sans bruit les alimente.

(20 A62 : p. 44)

De la musique parvenait du bar. (20

sa

? ; p. 23)

sauf à nouveau sous la plume de Flaubert :

d’où degouttelait du linge. (19

gf

3 ; p. 56) De la glace couvrait les fossés. (10 gf 3 ; p. ?i) et surtout sous cielle de Simenon :

de la famille venait'de lui arriver de province

(20 GSI6 : p. 145)

et de l'air frais pénètre par le vasistas à lamelles aménagé dans le haut de la fenêtre. (20

gsi

: p. 56)

à ce point qu’il personnalise leur écriture ; je reviendrai sur cet emploi particulier de DE dans la dernière partie de ce travail (111®).

S3. Léard^ considère ce DU comme très littéraire et va même jusqu’à douter de sa réalité dans l’usage parlé de la langue. J’en relève cependant

dans la langue des journaliste de radio-télévision :

De la vapeur radio-active s est alors échapée (une journaliste biege, RTBF, JTl, le 29.4.86, au sujet de Tchernobyl)

La contrainte qui pèse sur les emplois de ce DU n'est donc pas

(30)

strictement liée aux niveaux de langue.

L'explication la plus évidente de cette contrainte serait de dire, après Bescherelle, que DE demeure toujours, tant soit peu, un élément de relation.

Il nécessite donc autant un support d'avant qu'un support d'après. Le support d'avant faisant ici défaut, l'emploi de DE n'y est Jamais très "naturel".

7.2.3.5. Ce DU qui ne dépend syntactiquement d'aucun élément est peut-être plus proche de la définition de l'article que le DU qui précède le substantif objet ou régime de préposition. C'est si vrai que son utilisation en alternance avec d'autres déterminants du substantif est de tout temps une circonstance qui en facilite l'acceptation :

Des oppressions, de la toux, une fièvre continuel le et des marbrures aux pommettes décelaient quelque affection profonde (.19 6 F 3 : p. 57)

une bouche, des yeux ne peuvent mentir (20

rr

: p. 86) et de l'angoisse, une angoisse imprécise et vague, pesait sur le village et sur la campagne (20

lp

; p. 12)

7.2.4. "DE" DEVANT THEME DISLOQUE.

Proche de cet emploi de DE devant sujet est celui de DE devant le thème disloqué : pour les premiers, sujet grammatical et sujet sémantico- logique coïncident, pour les seconds, ils sont disjoints.

Mon corpus n'atteste que peu d'occurrences de DE devant thème disloqué, appartenant tous au français contemporain, et à des auteurs aux noms incontestablement associés au français avancé : San-Antonio et Cavanna.

Dans mes exemples, le sujet grammatical apparaît sous la forme du

démonstratif CE/ÇA. C'est le sujet logique qu'introduit DE ; il peut être

(31)

postposé au sujet grammatical ;

Je ne savais pas que ça existait, des choses pareilles ! (20 sa 6 :p.226)

Bon dieu, ce que c'est lourd, de ta bonne femme morte ! (20 fc 3 : p. 179)

ou antéposé ;

De véritables entonnoirs, mes fils, voilà ce que vous êtes. (20 SA 6 :P, 210 )

Des bains, c'est pas dans ma nature. (20 sai : p. 55)

Dans un seul de mes exemples le sujet grammatical a la forme du pronom personnel :

des qui nous verraient déambuler dans cet appareil, ils se grouilleraient de déballer leur Polaroid (20 sa 8 : p. i 50 )

On ne peut donc pas dire que la dislocation thématique facilité l'emploi de ce DU, aussi autonome que le précédent, que l'on se gardera de confondre avec ceux où le mot introduit par DE est pronominalisé par EN :

Des comme lui, on en retouchera jamais plus.

(20 SA 3 ; p. 37 )

7.2.5. "DE" EN PHRASE NOMINALE.

Proche encore de l'emploi du DU devant le substantif sujet est le DE en phrase nominale, également autonome ;

De la canne, encore de la canne. (20 p.45)

§1. De tels syntagmes ne correspondent pas davantage que les précédents à la définition du sujet que j'empruntais plus haut à Moignet (v.

7.2.2.) : là le verbe ne s'accordait pas avec le "sujet" introduit par DE, ici le verbe fait défaut.

Cette absence de verbe peut amener à faire un rapprochement entre

ces derniers emplois de DE et ceux, que j'avais écartés de cette section, de

(32)

DE devant un supposé sujet en second terme de comparaison. Pourquoi dés lors considérer les uns et rejeter les autres ?

En fait, plus que la notion formelle de sujet, dont on vient de voir qu’elle n’était pas partout impliquée, importe ici l’idée d’indéoendance syntactique du syntagme introduit par DE : c’est en effet le point commun qui unit tous les DE que j’ai abordés ici. En revanche, il ne peut être appliqué aux DE dont j’ai écarté l’examen.

L’appellation sujet est donc, dans cette partie de mon travail, utilisée naïvement, pour ce qu’elle a de pratique et d’évident, et abusivement, je le reconnais.

S2. Les DU partitifs devant un substantif faisant phrase apparaissent dans mon corpus dès le XV® siècle. Ils sont également fréquents au singulier:

- Ca de l’argent - Ca, ça, de l'or (is *3 : v 295)

Holà ! du vin, holà ! (i?

jlfi

: p. 50)

De la calomnie ! ( i 6 b ; iii.ii) Du toit partout (20 FL2)

Bon ! Alors, de la tenue, de la dignité, de la majesté, les enfants. (20 uoi : p. 5)

- Du brie ? du camenbert ? - Il est beau le brie ?

- Il va pas très vite.

- Alors de l’autre. (20 rq 2 : p. ?o) et au pluriel ;

Dés asnes dedans ung palais (i5 hb : xix; ti) Allons ! des sièges, (i? h 29 : iv)

Une mode, une étoffe, une robe nouvelle, des gazes,

des pompons, des fleurs, une dentellle. (i8

pn

: p. 78)

(33)

M est à constater , ici comme au point précédent, que ces DE appa­

raissent de préférence sous la forme composée DE + LE (ou DE + q) et qu'ils peuvent alterner avec d'autres déterminants du substantif.

L3._SYNTHÈSE.

La langue du XIV® siècle, par les emplois qu'elle fait de DE apparaît comme une réelle étape de transition entre l'ancien et le moyen français.

Elle participe de l'ancienne langue dont elle se contente le plus souvent d'exploiter les ressources, n'introduisant de variations que de fréquence.

Elle annonce quelques évolutions vers le moyen français dans des domaines bien précis : elle supprime le DE parasite des adverbes et prépositions ; elle dérègle la belle mécanique du DE "articulant" du système comparatif ; elle diversifie les constructions en DE +1 ; elle étend l'emploi de r’article" partitif.

Parmi les extensions de cet "article", j'ai retenu celui devant substantif sujet, ou plus précisément, devant un élément, souvent thématique, ne dépendant syntaçtiquement d'aucun autre.

Ce DE présente les mêmes particularités morphologiques que le DE devant objet ; il s'associe à LE dans la plupart des cas (ou à un autre quantifiant).

Ce DE est employé dès le XIV® siècle devant un substantif pluriel,

circonstance dans laquelle il deviendra fréquent dès le XVI1® siècle. Il ne

(34)

sera jamais d'un emploi banalisé et restera ignoré de certains auteurs.

Il n'apparaît devant un substantif singulier qu'au XIVil® siècle avec une valeur universelle (à la différence du même DU devant objet) et au XX®

siècle avec une valeur existencielle. Il reste de tout temps exceptionnel et d'un emploi nettement marqué.

Cette contrainte sur son emploi peut, me semble-t-il, être attribuée au fait que DE serait essentiellement un élément de relation et doit partant dépendre de-quelque autre élément. C'est pourtant ici que DE est le plus éloigné de la catégorie des éléments de relation et le plus proche de celle des articles.

Cette évolution toute limitée est peut-être un des signes avant-coureurs du tournant linguistiqüe que représente le XV® siècle.

NOTES DU CHAPITRE 7

1. Comparez avec id., p. 36,1. 1 ; Id darrie aux cheveux b Ions

2. Communication personnelle

(35)

8. LE QUINZIÈME SIÈCLE.

Au XIV® Siècle s'étalent amorcées quelques évolutions dans les emplois de DE, qui Invitaient à donner plus d'importance linguistique à cette époque qu'elle n'en reçoit traditionnellement. Voyons maintenant si cette tendance au changement se confirme au XV® siècle.

Les textes de cette époque qui ont fait l'objet de mes dépouillements sont des textes uniquement littéraires. Les genres s'étant diversifiés. J'ai essayé de tous les représenter : ont été lus des oeuvres en prose et en vers, des romans et des oeuvres dramatiques, des récits comme des textes comiques. Le corpus que j'ai élaboré compte pour cette époque 1739 occurrences de DE.

8.1. UN PANORAMA.

8.1 ■ 1. "DE". DEVANT SUBSTANTIF-

La proportion des séquences en DE devant substantif dans mon corpus du XV® siècle est inférieurè à la moyenne calculée à partir de tous mes corpus, du XI® au XX® siècle, à savoir 77.2%. Avec les chiffres obtenus au XV® siècle, je suis en effet plus proche du minimum, illlustré par les 67.6%

du XVII® siècle, que du maximum, illustré lui par les 91.5% du xi® siècle. On

verra plus loin en faveur de quelle catégorie d'emplois s'est faite cette

(36)

diminution.

8.1.1.1. Malgré ce net recul des constructions nominales en DE, il est un groupe d'emplois de DE qui continue sa progression : celui où DE détermine un substantif temporel, emplois qui occupent à cette époque 6.4% du corpus, une proportion qui ne sera dépassée qu'une seule fois, au XIX® siècle, avec 6.9% (v. 12.2.).

Cet accroissement numérique des tours en DE + St va de pair avec une diversification des constructions.

8.1.1.1.1. S1. Les séquences en DE + St peuvent dépendre de substantifs verbaux, avec lesquels ils entretiennent une relation sémantiquement proche de celle de sujet ou de complément circonstanciel ;

au commencement de l'annee (i5 coi : lix , 2) jusqu'à rentrée de vieillesse (i5

fv

42 : v. i7i)

11 est à noter qu'elles ne se distinguent pas en cela des séquences DE + Sn, d'une part, et qu'il se trouve confirmé que les valeurs verbales dont peu se charger DE ne sont pas seulement les valeurs subjective et objective.

S2. Comme autre nouveauté. J'ai également relevé cette occurrence d'un substantif temporel introduit par DE dépendant de l'adjectif substantivé couvre, première attestation d'un tour sur lequel Je reviendrai (v. 9/10.2.) ;

pour passer ma pouvre de vie os

jp

; v. 1579 )

8.1.1.1.2. À cette époque également, même si le cas est rare, un substantif temporel peut être l'objet d'une quantification :

s'il n'a point plus de quatorze ans (15 -4 : v 13 )

(37)

8.1.1.1.3. Mais c'est en fait surtout sous la dépendance de verbes que les syntagmes en DE + St se diversifient.

SI. La variété est d’ailleurs principalement d’ordre paradigmatique. Le lien le plus souvent exploité, et dont se charge DE, reste celui de situation ponctuelle dans le temps. Mais si en ancien français se trouvaient surtout utilisés ici les substantifs nuit et jOL en moyen français, le paradigme s'enrichit :

s'il avient que le bonhomme arive de bonne heure

(15 “9 : IV. I. 97)

qui fu tant discret que nul plus de son temps

(15 *10 : p. 145. I. 41)

Mais il avoit de. jeune enfance les rains rompus !

(15 *4 :v. 145)

§2. Cette nuance de localisation se confond toujours avec celle de durée lorsque le verbe est nié ;

la dame <...> ne fera rien de .xi. jours (i5 *9: vm-. 1.149)

§3. Les substantifs temporels introduits par DE n'occupent pas uniquement les fonctions de "compléments circonstanciels de temps". Ils peuvent aussi fonctionner comme "objets" de verbes de sentinhent, par exemple ;

Ou temps passé peu nous esjouyssons,

et du présent en dangier jouyssons. (i5 jti; m. w 1 - 2 )

et, s'accommodant de r"article" partitif, comme objets de verbes transitifs;

encores n'ayons du bon temps (15 * 1 : xxvi. 1.478)

il se donnoit du bon tempz (15 » 10 ; p. 3 . 1 .42)

8.1.1.2. Si les emplois de DE devant un substantif temporel

progressent numériquement au XV® siècle, ceux devant substantif spatial

(38)

n’ont jamais été si peu nombreux. Ils ne représentent plus que 3.6% de mon corpus de cette époque. Par rapport aux 22.3% qui représentent la situation à la naissance du français, la marge est grande.

8.1.1.2.1. La diminution des occurrences de DE + Se se manifeste principalement dans le domaine de ce que Grevisse (1975 ; §918) appelle le DE "particule nobiliaire", ce DE qui permet de localiser les gens titrés et de constituer des patronymes ;---

Thibault d'AucIgny

05 fv42 ; v 6)

11 ne faut pas voir là une soudaine incompatibilité linguistique, mais bien un fait à la fois littéraire et sociologique : les textes que J’ai lus ne parlent plus beaucoup des grands de ce monde et mettent davantage en scène le commun des mortels, les petites gens :

quelque cul troussé de Paris (15 ece : v. 329)

soullart de cuisine (i5 : v. 432)

mesmes ces pehons de villaige,

j’entens pehons de plat pays (15 *4 : w 133-4)

personnages que les auteurs se contentent de désigner par leur prénom ou leur surnom. D'autre part, et c’est là un fait de société, on n'utilise plus guère à cette époque les noms de lieux dans la composition de patronymes : on passe de Chrétien de Troyes à François Villon

8.1.1.2.2. Le XV® siècle remplace les expressions jadis spatiales composées du substantif part et qui ont pour la plupart perdu ce sémantisme par des expressions, utilisées elles aussi comme compléments de point de vue, composées du substantif costé :

Desespoir d'aultre part m’enumbre (15 *12 : v. i82)

et sur ce, chevaliers et escuiers, tant d’un costé

comme d’aultre, se misrent en armez. (15 *10: p. 9 . 1 . 16 )

(39)

Enfin, cette époque qui raréfie les emplois de DE + Se utilise toutefois le substantif spatial pour évaluer une distance, pour construire un

"complément de mesure" ;

qu'il ne la laisse d'ung pas sinon a l'heure de la messe (15 *1 : XXXVII, 1.89)

8.1.1.3. La catégorie nominale qui reste de tout temps la mieux représentée est celle des subtantifs notionnels, même si au XV^ siècle le

nombre d'occurences de DE + Sn continue de diminuer (64.7%).

8.1.1.3.1. La séquence S + DE + Sn reste bien représentée (17.4%) et apporte quelques nouveautés à cette époque dans les emplois de DE.

51. Le premier substantif de cette séquence peut être temporel. Les suites St + DE + Sn apparaissent à ce moment, mais ne sont pas courantes : mon corpus ne m'en offre que 4 illustrations, et chacune d'elle sert à dater un événement, de sorte que l'on pourrait à la limite les considérer comme des occurrences de la séquence St + DE +St :

le jour du Sacrement (i5 ecn : v 386)

le jour de ses nopces (i5 -i :

t

,

i

68)

52. Le premier substantif peut également être spatial. Ici aussi, mes exemples sont peu nombreux : je n'en ai relevé que 9. Parmi eux, je retiendrai cette métaphore :

la forest d'Ennuyeuse Tristesse (i5 coi:

lxiii

,

v d

§3. C'est bien sûr la structure Sn + DE + Sn qui. ici comme ailleurs est la mieux représentée : je l'ai relevée 294 fois (16.9% du corpus du XV®

siècle), et certaines de ces occurrences sont tout à fait originales.

Cette époque crée en effet une expression que je n'ai retouvée nulle

part ailleurs :

(40)

C'est vous en propre personne, vous de vous. (15 *6 :

V.

1515)

Moy de moy ? Non suis, vraiëment. (is «6 : v. i5i7) Ouy dea, j'en beu, moy de moy (is -8 : v. 533 )

Il s'agit là d'une application dans le domaine notionnel de la relation la plus notoire dont peut se charger DE, la relation non-distinctive (v.

6.1.1.1.), et ce qui est surtout remarquable ici est l'usage de pronoms personnels. Je retrouverai plus tard des exemples du même type mettant en jeu de vrais substantifs (v. 13.2.).

S4. La langue du XV® siècle utilisant DE privilégie aussi certains liens.

Je note entre autres les séquences Sm + DE + Sn 2 dans lesquelles le second substantif indique les seules limites à l'intérieur desquelles le premier se conçoit :

avecquez toute vostre puissance de pié et de cheval (15 “10 : p. 39 . I.176)

mon frere d'armes Guillemin (15 ; v. 89) expressions qui.peuvent ultérieurement se lexicaliser :

gens d'Eglise (15 fv 42 : v. 465)

Gens d'arme, c'est ung grant trésor ! (15 *4 : v. 171 )

§5. Je trouve encore à cette époque abondance de substantifs verbaux régissant DE + Sn :

pescheurs d'oestres (15 fv 42 : v 239 ) ung fondeur de cloches (15 gci 2 : v 124 ) pelleurs d'aulnes (isecn :v. 269)

et un infinitif substantivé peut encore faire office de substantif verbal (cf.

Martin & Wilmet 1980 : p. 215) :

(41)

a l'atourner de la royne (i5

as

: p. 91.1 24 ) a ce rompre de lance (15

as

: p. 115.1. 24 )

§6. Mais à cette époque se développent surtout les emplois de DE pour lesquels Guillaume (1975 ; p. 148) parlerait de "définition permanente" et de

"définition momentanée" :

Une définition est permanente qui se produit, pour ainsi dire, dans la langue, entre mots faits pour se définir. Au contraire, une définition est momentanée lorsqu'elle rapproche, par emploi, des mots qui, dans la langue, ne sont point dans le rapport d'un définissant à un défini.

Du premier type participent ces exemples : le mal de broches (15 *1 :

t

.

i i

8)

qui a seurnom de Jocëaulmeds -e : v 390)

la valeur d'ung petit blanc (15 ecn : v. 72)

et bien que Guillaume ne le face pas, je rangerai sous le second les exemples appartenant aux catégorie des métaphores :

par les fenestres de mes yeulx (15 coi ;

xlv

. v 16)

de noir de Tristesse (15 coi : cxxi, v. 8) et relevant du tour "ce fripon de valet" (v. 10.2.) ;

vieil demeurant de Guignardière (i5»8 v. 229)

ung grant villain jacque d'Anglois (15 ec? ; v 1205)

8.1.1.3.2. Dans la catégorie des éléments de quantité s'alliant à DE, la situation évolue également.

§1. L'expression beaucoup de fait son apparition, coexistant pendant ce siècle encore avec moult de :

et vous feray beaucoup de biens (15 «5 : v. 209)

(42)

et par lui moult des biens leur ensuivent (i 5 cp 2 : xix.

p. 63)

§2. Â cette époque, on peut considérer que ces séquences sont déjà très proches des quantifiants composés que connaît la langue d'aujourd'hui.

Elles déterminent en effet des substantifs de tout sémantisme, occupant n'importe quelle fonction dans la phrase.

Un indice d'une évolution dans ce sens est la disparition progressive de l'alternance DU / DE dans ce contexte ; si jusqu'au XIV® siècle, le nombre de DU et celui de DE s'équilibraient dans ces cotextes, la balance au XV®

siècle penche nettement en faveur de DE, même si DU reste possible (cf.

Martin & Wilmet 1980 ; p. 115 ; Wilmet 1985) ;

qu'il eust en sa teste des sermons largement

(15 *1 : XI, 1.30)

qui avoit esté tenue et gardee par tant des nobles

royS (15 CP2 :XV, p. 50)

Dans mon corpus, le plus grand nombre de ces occurrences de DU apparaît sous la plume de Christine de Pisan, pour laquelle DES est toujours le pluriel de DE, dans oueloue emploi oue ce soit, alors qu'ailleurs de telles occurrences sont rares, de sorte que l'on peut penser à un régionalisme (suggestion que je dois à M. Wilmet) :

assés des nos pontificaulx et prestres

(15CP2 :VII,p. 19)

l'un des leurs prestres (is cp 2 : vu. p. i9)

hors des prisons des ses enemis ( is cp 2 : xv. p. 48 )

§3. C'est encore dans mon corpus du XV® siècle que je trouve cet unique exemple de DE dépendant de mais ;

Par ma foy, mais de tromperie ! (is *6 ; v. 48)

§4. Parmi les expressions négatives, ne ... point connaît un succès

incontestable :

(43)

|] n‘y a point d'auUre remede, ( 15-1 :xxxvii, 1 . 153 )

tandis que dans le contexte des signes de l'exception, la plupart des situations que j’ai évoquées dans la section consacrée aux quantificateurs (v. 6.2.2.2.6.) se trouyént illustrées pour la première fois :

de tous enffans il n'a laissié que ceste belle jone damoiselle (15 « 10 ; p. 49. 1. 74)

il ne vous fault que de l'argent os * 1 ;

xliv

: 1.119) on n'y chante que des martirs os

gcs

: v. 161 )

S5. Enfin, dans le domaine de ces faux amis des quantifiants que sont les pronoms indéfinis. Je signalerai, comme seul fait digne d’intérêt, cette hésitation dans la pronominalisation de chacun (cf. Martin & Wilmet 1980 : p. 170) ;

et que lui et chaseun d'eulx face son devoir 05 JP

; V.

1167 )

que chascun de sez copz pesoient 05 » 10 : p. 42. 1 .78) car ung chascun de nous veult estre maistre-c-mme raz en pallier os hb : xxxiii, 1 . 3 )

une chascune de ces femmes os fv 42 ;

v.

S96)

8.1.1.3.3. Au XV® siècle, comme dans toute Thistoire du français que j’ai envisagée, ce sont les DE introduisant des substantifs notionnels

compléments de verbes qui consituent la part la. plus importante du corpus (32.8%) et montrent les emplois les plus diversifiés par les effets de sens.

§1. Un substantif notionnel -ou un pronom personnel- introduit par DE peut signifier un repère sous la dépendance d'un verbe ou d’une locution verbale pris dans un sens spatial ;

lequel s’arresta environ ung demy trait d'arcq de

l'assamblee 05 >*io ;p. 10.1.53)

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