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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Englebert, A. (1987). Analyse sémantique et fonctionnelle du "petit mot" DE: étude synchronique et diachronique (Unpublished doctoral dissertation).
Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.
Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/213412/2/4e20d3ec-7679-428f-b08d-76619963b29b.txt
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UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES FACULTÉ DE PHILOSOPHIE ET LETTRES
Annick EN6LEBERT
Analyse sémantique et fonctionnelle du “petit mot” DE
Étude synchronique et diachronique (volume 2)
Thèse présentée en vue de l'obtention du grade de docteur en philosophie et lettres (section de philologie romane)
sous la direction de M. le professeur Marc Wilmet
ANNÉE ACADÉMIQUE 1987-1988
Annick ENGLEBERT
Analyse sémantique et fonctionnelie du “petit mot” DE
Étude synchronique et diachronique (volume 2)
Thèse présentée en vue de l’obtention du grade de docteur en philosophie et lettres (section de philologie romane)
sous la direction de M. le professeur Marc Wilmet
ANNÉE ACADÉMIQUE 1987-1988
7. LE QUATORZIÈME SIÈCLE.
Les textes lus pour l'élaboration du corpus du XIV® siècle appartiennent aussi bien à la prose qu'aux vers. Ces textes sont pour la plupart littéraires, même si certains d'entre eux sont nettement didacti
ques ; un seul d'entre eux est un ouvrage scientifique -un traité d'astrologie.
Leur dépouillement selon les procédés exposés dans mon introduction (v. 1.1.) m'a permis de constituer un corpus de 1740 occurrences de DE.
7.1. UN PANORAMA.
7.1.1. DE DEVANT SUBSTANTIF.
Est-il encore besoin de le préciser, c'est le plus souvent un substantif qu'introduit le- DE dans mon corpus du XIV® siècle. Cette combinaison représente encore 83.5% des occurrences de DE à cette époque, c'est-à-dire une proportion légèrement supérieure à celle que montrait le corpus de l'époque précédente.
7.1.1.1. Le nombre d'occurrences de DE devant un substantif temporel
ne progresse pas beaucoup : il est maintenant de 41%. Toutefois les emplois
de DE se diversifient.
7.1.1.1.1. § 1. L'emploi "notoire" de DE apparu au siècle précédent dans les syntagmes St + DE + S demeure acquis à la langue :
ou mois de juillé (i4 jfs : v i 89)
Cette construction se diversifie paradigmatiquement ;
en l'eage de quinze ou de seze ans ( h jf 4 ; v. 4974) par l'espace de sis ans (14 jj : si9)
et il est parfois difficile de décider quel est le degré de notoriété de la relation mise en jeu (v. 12.2.).
§2. Au XIsiècle, les notations temporelles sont encore le plus souvent des notations d'âge. Cette époque, j'aurai l'occasion de l'illustrer plus loin, privilégie partout l'emploi de DE que Guillaume (1975 : chapitre VIH) définit par l'annulation de la relation d'appartenance. Dans la combinaison Sn + DE St. cette relation se traduit par des occurrences d’exemples du type "Si est caractérisé par S2" ;
toutes celles de son aage (14 jm ; v. 119)
S3. Enfin, dernière création remarquable, les St introduits par DE peuvent entrer désormais daris la formation de métaphores :
m'avoit mis ei bois de Jonece (14 jah : v. 121)
7.1.1.1.2. Dans les derniers exemples cités, DE ne revêt pas de valeur temporelle et apparaîtrait de même dans des syntagmes où le sémantisme des substantifs peut être indifféremment temporel, spatial ou notionnel.
De même, dès le XIV® siècle, les St peuvent faire l’objet d’une quantification ou pseudo-quantification :
Eret, combien de temps povez vous avoir esté en ceste queste <,..> ? (14 « 2 ; ni, 1.397)
il n y a mais granment de vostre temps.
(14 *2 : vu. 747)
et se comportent ici encore comme n’importe quels substantifs.
7.1.1.1.3. Pour le reste, le XIV® siècle reprend aux époques précédentes les tours existants :
corn sil qui n'avoit dormi de toute la nuit
(14 *1 :p. 43. 1. 11)
De jour en jour nostre mal croist ( m «7 ; xi. v. 235 )
7.1.1.2. Les emplois de DE devant un substantif spatial regagnent quelque peu en nombre : alors que depuis le XII® siècle leur proportion
semblait décroître, elle passe de 5.1% au XIII® à 8.9% au XIV® siècle.
Mais le gain reste limité au nombre, car les constructions qui utilisent la combinaison DE + Se sont loin de se diversifier et je retrouve même une situation plus proche de celle décrite pour le XI® siècle que de celle du siècle précédent.
7.1.1.2.1. §1. La majeure partie de ces substantifs spatiaux introduits par DE sont des noms géographiques qui permettent de localiser des gens titrés ;
s'antain, de Chartres la comtesse (14
jm; v. 4935)
je, de Saluce le marquis (14 pm 2 : v. 6i n C'est 1i soudans de Baudres (14 jc : v. los)
alors que les exemples de localisation spatiale de la foule des anonymes, qui faisaient légion au XIII® siècle, se font eux très rares ;
des dames de pluseurs pays (i4 wc ; v. 115)
au peuple de ton royaume (i4
jj: §21)
signe peut-être d'une évolution sociologique, en tout cas davantage
littéraire que linguistique.
§2. Une création dans le domaine des liens spatiaux que peut exprimer DE est à relever dans mon corpus de cette époque ; DE peut marquer une destination :
La voie d’enfer et de paradis (
h jdm)
Ce rapport ne devient pas seulement possible dans les constructions S + DE +Se : simultanément, je le rencontre pour la première fois dans les séquences V + DE + Se ;
il approucha de la dicte fontaine (
mja; v 6)
7.1.1.2.2. De même que le XIV® siècle quantifie le temps, de même cette époque quantifie l'espace :
li airs autant pourprent de lieu lassus dedens le fu (14'*6:Sn2)
et révolution du DE composant de quantifiant est bel et bien amorcée : je vous diroie pour quoy les âmes ne les. angles ne tiennent point de lieu. (i4 «6 ; §69)
7.1.1.3. La proportion de substantifs notionnels construits avec DE continue, elle, de diminuer, tout en restant de loin la plus importante : 70'5%
du corpus de cette époque.
7.1.1.3.1. Dans la structure S + DE + Sn, les rapports entre les substantifs se diversifient, ce qui autorise à les enchaîner jusqu'à trois :
li centres de ï'epicicle de cescun d’ichiaus
(14 LA ; II, 4, SI)
la vraye histoire des merveilles du noble chastel de Lisignen (i4
ja; v. i5)
voire quatre ;
une longue et horrible relacion des contraires de la tierce gerarchie des iii estaz de France
(14 Pm : p. 437)
51. Le lien d'appartenance, essentiel pour Guillaume, est rarement exploité ici. Notons toutefois qu'un lieu peut être une possession ; on a dans ce cas la structure Se + DE + 5n ;
a la meson des Preescheurs de Provins (14 jj s 34) quiconquez voit en la maison de son voisin le feu
bouter (MJLF : v. 223)
52. Les relations dérivées de ce lien d'appartenance, selon Guillaume toujours, sont déjà plus exploitées. C'est le cas notamment de la relation partitive :
Li oel dou Lyon a 3 estoilles ( m
la: 1 . 2 . S9) Li keue dou Lyon est une très grant estoille
(14 LA : I. 2. S12)
§3. Mais surtout, DE est utilisé au XIV® siècle pour signifier des liens qui n'entretiennent avec cette notion que des rapports très lointains, notamment lorsque le S 2 indique le domaine, dans lequel se manifeste, le Si (cf. 13.2. pour le détail) ;
ung maistre de viële (14 m p.zi: 1 . 10 ) car souvereinne est de biauté (i4 en : v 79 )
§4. Deux liens apparaissent très bien représentés dans mon corpus de cette époque. Dans le premier cas, il s'agit du DE dépendant d'un substantif verbal dont il introduit le correspondant du sujet :
par Tenqueste de mes suers les chambrières et de moy (i4
pmi; p. 474)
entre le vray mouvement de repicicle et le vray mouvement de le planette 04
la: 11.4, §a)
l’eslevement d'aucune estoillé cose
(14 LA : I. 6, S7.)
ou de l'objet :
au froesier des lances (i4 *i : p. 39.1 4)
tailleurs de pierre (14
ja: v 46)
pour la defence et secours de la maison de vostre pere (14 pm ; p. 463)
le sauvement de m’ame (14 -4 : v. 84)
Dans le second, DE marque l'annulation du rapport d'appartenance : une fille de bonne orine (14
jf4 : v. 254)
Un homme fort, fier, de grant atour ( m
jdm; v. 797)
de le grandeur première, il y en a 3, de le seconde, il y en a 18, de le tierche grandeur il en a 131, de le quarte 177, de le quinte 58, de la sixte 13, de celles qui ont nuees 1, des reposes 9. (14 LA ; 1,3, SI)
la dame des cheveux bions (i4 -1 : p. 32,1.2)^
rapport qui apparaît avoir une valeur principalement descriptive ; les malices et cautelles des advocaz présupposez maulvaiz (14 pm : p. 477)
par Tardeur de la flamme experte (14 -7 : xi. v. 83)
la ou parla de l'armonie / des cieulz ( m
jlf: v. 458)
7.1,1.3.2. Dans le domaine des futurs quantifiants composés de DE, la langue du XIV® siècle ne se démarque pas de celle des époques précédentes.
Leur statut demeure ambigu :
Du pain aus chiens ont molt petit (14 jn : v. 4999)
autant a de acordance que de descort (14 -6 ; sns)
Parmi les faux quantifiants que sont les Interrogatifs, QUI apparaît pour la première fois dans mon corpus avec un complément introduit par DE ;
qui de vous se fet apeler Fouke ? (14 *3 : §43.1 . 5 )
7.1.1.3.3. Jusqu'ici, la diversité des emplois de DE au XiV® siècle ne s'est augmentée de nouvelles acquisitions que dans de rares cas et il s'agit
pour la plupart de variations sur un même thème.
SI. Dans les constructions en V + DE + Sn, le XIV® siècle ne se montre pas davantage créatif. Les formes littéraires évoluant, je ne retrouve plus dans ce corpus-ci de ces constructions, articulations de chapitres, annonçant la thématique. Le nombre des emplois de DE introduisant un
"complément de propos" s'en trouve considérablement réduit : et nos deux filles aprendront
de leur oevre et de leur mestier (i4
jm: v. 2243)
S2. Se font plus rares, mais pour des raisons non littéraires, les emplois de DE devant complément interne :
tous les autres juges du royaume enfrenez du frain des advocaz ( h pm : p. 479)
formules redondantes, caractéristiques de l'ancien français, mais dont la langue se défera au cours de sa modernisation.
S3. L'un des compléments verbaux le plus souvent introduits par DE dans cette époque de transition est le complément de manière :
si l'a féru de toute sa force (14*1 : p 49.1 1)
De bon appétit buveray (14 pn 2 : v. 716)
si entre elle de tout son pooir en terre (14 *6 : si 06 )
S4. Un autre type de complément abondamment illustré dans mon corpus du XIV® siècle est le complément d'agent :
Moult y fu regardé le chevalier du Papegau de
dames et de damoiselles (14 *1 : p. 31.1.2)
fille ne soit mengié de beste
sauvage ne d'oyseaux sauvages (
hpri2 ; w
mi8-9)
Je montrerai plus loin (v. 9.2.) la spécificité de ce type de complément et son affinité avec le complément Instrumental, qui apparaît à la même époque ;
Trop estes de pechiéz temptez (14
jm: v. 396)
De la sayette fut bleciee ( h *7 : ix. v. 55 )
S5. Toutes ces constructions montrent que la langue du XIsiècle exploite ce que l'ancien français a mis à sa disposition. C'est encore le cas
avec les compléments qu'introduit DE après le verbe être. Les rapports qui s'illustrent ici sont ceux qui apparaissent dans les structures S + DE + Sn, comme celui d'annulation d'appartenance :
ou pays estoit de moult grant renommee
(M JC :v. 539)
Pourtant tous les compléments du verbe être ne se laissent pas ramener à cette analyse et c’est au XIV® siècle qu'apparaît dans mon corpus une construction digne de davantage d'attention que les précédentes.
J'ai déjà illustré, pour les époques précédentes, des emplois , devant infinitif, de ces DE dont Nyrop dit qu'ils introduisent un sujet logique ou un prédicat ; ils reparaîtront à toutes les époques (v. 8.2.). Mais Nyrop (1967 ; VI, §88) ne limite pas cette appellation aux cas de DE + I, il précise que ;
<ce DE> s'employait devant un nom, un pronom ou un infinitif.
Si les occurrences de ce DE devant substantif manquaient à mes corpus antérieurs, la langue du XIV® siècle en produit un nombre impressionnant. Comme pour ce même DE devant un infinitif, les structures sont ici fort variables ;
- que c'est DE + S ;
ne oncques ne me dites que c'est de vent
(14 "6 : S357)
- X est DE + S :
Grand chose est d'un faulconnier saige
(14 PM2 :
V.154)
Nient est de ma vie et de mi (i4
jah; v. 1159)
La concurrence entre DE et QUE DE est de même attestée ; Trop est chose muable et vaine,
que de cuer de jeunes seigneurs. (14
pm2 ; v. 2214)
Froissart joue beaucoup de ce DE et alimente principalement mon corpus du XIsiècle :
Jugiés de moi, amant qui congnissiés
que c'est d'amours et des mauls qu'il y a.
(14 JF2 : 104.
V.2)
C'est grant chose de loenge (14 jf 4 ; v. 395)
Il ne m'est riens de cose que je voie (i 4
jf2 ; 2. v. 1)
Je retrouverai d'ailleurs son nom attaché à la plupart des exemples correspondant en DE + I. Je montrerai plus loin comment cette double construction, qui personnalise son écriture, peut être utilisée dans l'inter
prétation de points restés obscurs dans l'analyse de DE (cf; I H® partie).
S7. Enfin, pour rester dans le domaine des compléments verbaux particuliers en DE, je rappelle le DE devant objet :
et puis apres si mengeréz
de tiex biens, comme nos arons (14
jm; v. i267)
et les derniers sursauts de vie du tour archaïque de tiex i a :
Aucuns en plantent de tels qui semblent estre mors ne mais non sont, car il y en a de tels qui sont plains de moule (14 "6 : S3i5)
Il s'agit là du DE partitif, dont l'extension s'amorce.
7.1.1.3.4. DE introduit également le substantif complément de
l'adjectif ou du participe employé comme tel.
§1. Le substantif peut indiquer la cause du sentiment exprimé par l'adjectif :
estoit liez et dolent, liés de son ennemy qu'il y trovoit, et doutent de son amy se cil n'estoit emprisonnés ou malades, ( m *2 : ni. ii 125-6)
un même adjectif pouvant parfois curieusement introduire deux mêmes compléments, non coordonnés, par DE :
qui ne soit de H
très bien contens de se parolte (
h jf4
w5019-20)
et la curiosité est surtout linguistique.
S2. DE peut aussi introduire le complément de point de vue de l'adjectif :
Si estoit cil marquis Gautier
beau de corps, fort, preu et legier, noble de sanc et de lignie.
d’avoir riche et de seigneurie, de bonnes meurs parfaictement, enrichi naturelement
des biens de nature et de grâce (14
pm2 : w 62-67)
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