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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Safar, I. (1973). Catalyseur économique et conditions de réalisation d'une véritable intégration économique arabe (Unpublished doctoral dissertation).
Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques, Bruxelles.
Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/214659/2/2026b530-45be-45b1-86db-45bcfdba0318.txt
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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
Faculté des Sciences Sociales Politiques et Economiques
Catalyseur économique et conditions de réalisation d'une véritable intégration
économique arabe
2'"® Partie
Ismaïl SAFAR
' Thèse présentée en vue de
‘ 1 l’obtention du grade de
■ »■
i:.Docteur en Sciences Economiques
Année académique 1972 - 1973
Faculté des Sciences Sociales Politiques et Economiques
Catalyseur économique et conditions de réalisation d'une véritable intégration
économique arabe
2"^® Partie
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'i
Ismaïl SAFAR
Thèse présentée en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences Economiques
Année académique 1972 - 1973
DEUXIEt-IE PARTIE
MISE EN VALEUR DU CATALYSEUR ECONOMIQUE ET REALISATION
DE LA VERITABLE INTEGRATION ECONOMIQUE ARABE
INÏRÛDUCTION
Fabuleuses richesses dispersées et gaspillées dans plusieurs "espaces" économiques artificiels, dans un "inonde" d'ignorance et de pauvreté, et sous 1’impulsion d'une "souveraineté" nationale cachant une profonde dépendance économique et politique vis-à-vis de l'extérieur-,telles sont les composantes principales de la situation des pays de l'ü.A., exposée à maints défis et pressions. Ces défis et ces pressions qui seraient susceptibles de resserrer les rangs et d'unifier
les efforts des pays arabes ne font en fait dans l'état actuel des choses et faute de perspectives valables, qu'accentuer les tensions et aiguiser l'antagonisme entre les dirigeants ...
Un facteur très important pourrait cependant s'interposer vigoureusement entre "une conclusion" trop pessimiste sur le présent et une " introduction"trop optimiste quant à l'avenir i Ce facteur, c'est 1'"éveil" des peuples arabes.
Las peuples arabes sont en ''éveil" certain. Celui- ci se prononce et se concrétise progressivement sur plusieurs plans, malgré l'étouffement et la circonscription pratiqués par certains régimes en place. Cet éveil n'est provoqué ni par des poètes, ni par des ensei
gnements- religieux. Il s'agit d'une prise de conscience populaire inhé
rente à l'état actuel des pays arabes, et au sentiment de devoir faire
"quelque chose", rapidement.
En effet, des hommes ce toutes les horizons, des fermées et une jeunesse nombreuse, se posent les mêmes questions et s'efforcent d'y répondre ;
. Pourquoi sommes-nous ainsi ?
. Que ferons-nous pour notre destin ?
Cela pourrait constituer l'ébauche d'une nouvelle
"Renaissance arabe" et mériterait d'être soutenu et consolidé. La Re
naissance des peuples arabes ne serait en effet qu'une volonté de répondre dans l'avenir aux pourquoi du présent. C'est une option et un choix d'une voie d'action à la hauteur des problèmes qui pèsent sur la vie des masses.
Formulés déjà par les dirigeants "ligue-arabiens"
d'après guerre, les pourquoi n'ont reçu que de mauvaises réponses. Ils font certes à présent l'objet d'une exploitation et d'un détournement sur place; c'est la raison pour laquelle la conscience "affaiblie"
des masses arabes ne retient, sur les facteurs disparates et confus de la région, qu’une vague "synthèse" incapable de révéler le fond des problèmes. Nous pouvons par le schéma suivant donner une idée plus simple de cette synthèse.
398.
Stagnation j Gaspillage | ChSmage
Ce schéma n'a pas besoin de commentaire. Contentons-nous de dire ceci ;
. Le sous-développement,engendré déjà par la désintégration économique, politique et sociiile, continue à être maintenu grâce au maintien de celle-ci et à la consolidation de ses séquelles.
. Par lui-meme et par ses effets, le sous-développement est la cause des défis lancés aux Arabes, des pressions exercées sur eux et des défaites enregistrées par eux.
i Ces éléments sont, par la suite, de nature à accentuer le sous-développ et à aiguiser, par conséquent, la désintégration elle-même.
> Et vice-versa.
C'est ainsi que les "pourquoi" sont actuellement plus profonds et plus ^sanite, car c'est un Maçir (destin) qui se trouve finalement en cause.
Les masses arabes sont à la recherche de ce fameux
"quelque chose" à "refaire" en commun, rapidement, en tant que solution possible à leur situation désolante. Certes, et comme le dit justement M. RODINSON "le nationalisme arabe, orienté vers l'indépendance écono
mie le et politique et la nïodernisation, mû par un idéal d'unité, lié aux tendances générales des pays sous-développés, reste l'idéologie dominante des élites et des masses arabes" (1). Seulement, comme
nous venons de le constater (grâce au Diagnostic que nous avens établi dans la première partie) , les forces en place ne pourraient pas permettre une réelle action nationaliste arabe rapide et efficace. Nous ne devons pas oublier cependant que la situation actuelle des pays arabes diffère de celle des petits "Etats" italiens ou de celle de nombreux "Etats' allemands, avant l’action unitaire (politique et militaire) à l'italienne et à la prusienne. Outre les questions d "'intérêts nationaux" et de
"survie nationale"
propres
à chaque pays arabe, les Etats arabes sont aussi des Etats souverains (facteur national), indépendants(facteur international) et satellisés par rapport aux puissances étrangèisc(facteurs d'intervention extérieure). Toute idéologie consciente doit tenir compte : de cette réalité.
■ Nous ne devons pas perdre de vue non plus que les masses arabes sont fortement "imprégnées" par l'Islam, ce qui nourrit üh courant idéologique qui se conjugue de temps à autre, avec des courants nationalistes arabes
ou
locaux, selon les régimes.Cettairis croient, malgré:tout, à l'éternité des catalyseurs "classiques"
et proposentiaux masses arabes de rechercher la solution dans la voie religieuse. Nous avons relevé l’erreur historique.de cette idéologie.
Nous ajoutons aussi qu’il est vrai que la population araborislanique a connu certains moments de réveil^ grâce à des ; motivations idéologiques marquées d'Vne période à; i 'autre, d'une; coloration socio-confess,j.onnelle.
Maisj'c’èst parce que les raisons des menaces étaient à base religieuse secondée'par une intervention étrangère plus :ou moins longue.: Actuelle
ment,'les causes profondes des menaces sont modifiées, ill s'agit d'un , état de désintégration maintemE ef accentuée sous 11 impact,,d'un amalgame de multiples facteurs confus et contradictoires, amalgame dont "l'Islam du déclin" fait partie intégrante.
La région arabe diffère aussi de la Russie d'avant la Révolution d'octobre (1917) ou de la Chine avant la poussée communiste (1948), en ce sens que les pays arabes ne constituent pas un seul ®esp''ce" communiquant régi par une autorité déterminée. Cela est très important du point de vue pratique et doit faire réfléchir quant à l'idée d'envisager un "communisme" comme solution efficace et rapide (2).
(1) ilARXISME et Monde Musulman, Seuil Paris 1972, p. 602.
(2) Voir aussi notre explication à propos des courants marxistes, fin du 2ème chapitre.
400.-
Toute idéologie qui ne reflète pas la réalité et qui ne traduit pas efficacement les exigences du destin est, malgré tout, une idéologie fallacieuse. Nous savons bien pourquoi, dans les pratiques de la-désintégration et de la subordination des pays arabes, des idéologies sont.assujetties à une adaptation locale, sinon à une pres
sion locale et condamnées au sous-développenent. Chacune d’elles apparaît, quant elle est adoptée par un régime donné, comme un facteur d'hégémonie lancé à la conquête d'autres pays frères. Au contraire, quand elle n'est pas adoptée par le régime de son pays d'origine, elle pourrait apparaître comme "atout" important en faveur d'autjifes régimes arabes, utilisables à convenance pour augmenter lâ....nervosité du premier. Dans les mêmes
pratiques, des tentatives d’ordre politique et économique sont
condamnées, nous le savons, à rester forcément théoriquQ3,sinon a aigui
ser davantage les vicissitudes au sein de la région.
Ainsi et comme nous avons pu nous en rendre compte au cours de la première partie, la situation des pays arabes est une situation pû.xrtiouli-èa’^ans l'histoire de l’humanité. Situation
capable d'envoyer à l'impasse toute solution idéologique "classique".
Dans son récent ouvrage "Marxisme et Monde Mbsulman", M. RODINSON se penche énergiquement sur les questions des péys..musulmans et en particulier des. pays arabes et s’efforce de recher
cher une solution â leurs problèmes. Malgré la rigueur intellectuèlle de l'auteur et sa sympathie non-équivoque pour la cause des pays arabes, son oeuvre ne peut pas échapper à la réalité .complexe de ces pays. Après avoir proposé -d'envisager l^marxisme en tant qu’ i ■•co- . lo{jie implicite" et remède aux problèmes du destin.arabe, RODINSON
ne tarde pas
à
éprouver un réel -embarras à exposer alors des perspectives et des alternatives d'avenir ; Mort du Communisme Dans le Moyen- Orient ? Mort de l'Islam ? Fusion des deux ISéologies ? Il parvient à constater que "pour être logique, il faut enfin.prévoir la disparition dt^deux idéologies", faute de réalisatioUj,,| "à une échelle historique accessible ...,1e plus vraisemblable est donc la continuation de l’état actuel de coexistence avec.influence réciproque" (1).
Nous émettons beaucoup de réserves sur la possi- b-ilité-de cette "coexistence" et de cette "réciprocité" entre les deux
idéologies opposées et diamétralement contradictoires. Nous formulons aussi beaucoup de doutes, quant à l'aboutissement heureux et rapide
d'une telle conception et perspective d’avenir. Or, la situation des pays arabes et des masses arabes, nécessite xine solution radicale, plus rapide, nnc
7 solution qui ügit immédiatement sur le mal, arrachant progressivement , ses causes profondes. Le mal,c’est le sous-dëveloppcment économique et
social; les causes profondes, ce sont la désintégration et la subordina
tion. La logique de la solution découle de cette.éclaténte réalité.
O) RODINSON, op. cit., p. 82, 178-179.
Etant donné un contexte historique et international, unique en son genre, vu l'importance des forces en présence, la solution ne pourrait être trouvée qu'au moyen d'un nouveau catalyseur donnant naissance à un modèle d'action et à une idéologie conforme à cette action. Il n'est qu'une formule scrupuleusement conçue, permettant à une action commune des pays arabes, de prendre enfin le dessus sur la stratégie inférieure, et de canaliser la révolte populaire contre la désintégration et le sous-développement. Il s'agirait d'une intégration économique par le développement en commun; d'une renaissance arabe s'épanouissant et se déroulant dans le sens du progrès technique et du bien-être social.
Nous pensons que l'idéologie arabe réaliste et digne de ce nom serait celle qui se motoriserait'’d'une Nouvelle Stratégie Arabe volontairement établie; une Stratégie d'intégration Economique, permettant aux peuples arabes de sortir de leur retard séculaire, et de retrouver progressivement une voie de détermination et d'in
dépendance nationale. Disons qu'il s'agit d'une"Henaissance stratégique"
G'action pratique et dynamique. Celle-ci serait axée sur une construc
tion des structures économiques et sociales des pays arabes et sur le déployement progressif de l'énergie des masses, permettant enfin une véritable réforme culturelle et structurelle généralisée et une acqui
sition des conditions réelles et rationnelles d'un destin communau
taire et extra-communautaire arabe.
Le croquis à la page suivante est un aperçu simplt: de la mise en valeur du catalyseur économique et des conséquences économiq-ues
et extra-économiques possibles. Il représente une phase élémentaire
aggi^a-ndie de la nouvelle "Courbe" Arabe qui sera tracée au cours de cette partie. (Le lecteur est invité à lire de bas en haut.)
402.-
Vers la satisfaction des aspirations nationales arabes ...
Satisfaction des aspirations comminau- taires (solidarité communautaire)
Nouvelles aspirations économiques Nouvelles aspirations sociales
Culture réformée - réforme mentale, ext...
Islam en réadaptation ...
Adaptation technico-culturelle...
Adaptation démographico-éccnomique, adaptation législative, etc...
Acquisition d'un nouveau mode de production...
Amorce économique et sociale
Construction en commun de la base économique du marché et des structures économiques et sociales
arabes
Mise en valeur progressive des ressources
économiques et humaines - Cadre ô'0iÀoi^ctî0n<niriqï5O#.
- Renaissance économique arabe - Intégration par le développement - Stratégie d'intégration mue par une idéologie d'action pratique - Promotion populaire arabe.
UNE INTEGRATION ECONCMIQUE ARABE VERITABLE
LE CATALYSEUR ECONOMIQUE
Nous réservons la plus ample explication â la stratégie d'intégration par le développement et son opportunité pour la situation des pays arabes. Pour ces pays étant donné leur situation, seul un Catalyseur économique : l'Intégration économique arabe véritable, permettrait une jonction entre la pratique et la théorie; l'une main
tiendrait l'autre et l'influencerait, en fonction des exigences des étapes franchies et du progrès acquis. Ce qui engendrerait une
Renaissance économique arabe dans laquelle se conjuguent l'économique et l'humain pour Un nouveau destin arabe.
Certes, le facteur économique est très important.
Mais c'est en effet pour l'homne et pour lui seul que tout devrait se faire. Ainsi, la mise en valeur progressive des ressources économiques et humaines arabes se déroulerait dans un cadre socio-économique, per
mettant aux millions de damnés séculaires de connaître enfin une vie humaine. Nous devons reconnaître volontiers que la distance entre le passé et le présent fait place à des "cassures" effectuées, notamment, par une nouvelle "technicité" à laquelle les arabes n’ont pas participé, et que la culture arabe est déformée. Nous ajoutons cependant que,
contrairement à ce qu'on à l'habitude de répéter à l'étranger le progrès technique est admiré et désiré par les peuples arabes (même par la partie bédouine) . Rien dans les pratiques de ces peuples ne ae dresse contre le progrès. Peut-être est-ce pdrce qu'il est notamment le garant de la libetté et de l'émancipation totale et véritable. Les peuples arabes porteurs d'une valeur historique et humaine certaine, portent aussi
les germes d'une nouvelle civilisation. De surcroît, c'est justement cette nouvelle technicité qui permettrait une mise en valeur immédiate de leurs ressources, permettant un "rattrapage" efficace et un relèvement rapide des revenus ce qui se traduirait par un relèvement général du niveau de vie, tout en évitant aux ouvriers arabes de connaître les
graves problèmes sociaux de leurs collègues dans d'autres pays avancés (1).
La construction des structures économiques arabes dans le cadre de l’amorce du développement économique et social abou
tirait inéluctablement à l'acquisition d'un nouveau code de production.
Celui-ci ne manquerait pas de provoquer des séries d'adaptation qui répond^iont à eofe eziçenoes»Ainsi, progressivement, mais grâce à ces exigences, la culture arabe s'adapterait inévitablement car la culture n'est en somme que l'expression de la société dans ses rapports avec la nature. Un dépassement de la situation présente, un changement des structures économiques, se traduirait par un dépassement des concepts inadaptables au renouveau et par une consolidation logique d'autres concepts acquis. C'est dire qu'une culture actuellement déformée par son orientation sur une nature déformée pourrait se reformer sur une nature finalement reformée. Et c'est ainsi que l'Islam, par exemple, pourrait redevenir un Islam de progrès, un facteur culturel et
extra-culturel d'une société retrouvée.
Dans la stratégie nouvelle que nous proposerons
aux pays arabes, nous ne perdons pas de vue qu'un minimum de connaissances scientifiques, et technologiques serait de toute évidence indispensable.
Mais on ne nie pas cependant que c'est l'amorce du processus de dévelop
pement qui permettrait l'acquisition progressive d'une large expérience technique, une diffusion massive des connaissances et une formation professionnelle orientée en fonction'- de la restructuration en cours.
De la sorte, lorsque les facteurs économiques et extra-économiques se trouveraient ainsi alertés et mobilisés, un ressor économique et ext^:‘a- économique donnerait à son tour, au processus de développement, toute sa force motrice.
(1) Notons à cet égard que les ouvriers européens ent payé lourdement, au cours de l'évolution technique, le "prix" de la croissance écono
mique de leurs pays : à côté des sg-Iaires proches du minimum vital de l'absence de lois sociales et du travail de l'enfant, alors que la croissance profitait aux autres, l'évolution technique ne fut pas tolérante à l'endroit des travailleurs et le maintien de leur emploi. Le souci du profit qui pr^oquait cette évolution fut aussi celui qui provoqua le chômage et la souffrance(Nous y re
viendrons) .
404.-
£t, si la mentalité de 'homme.change suivant son milieu, sa tâche et ses nouvelles aspirations, le peuple aussi change sa mentalité lorsqu'on lui donne un rôle différent, une fonction nouvelle dans la production de ses besoins et une responsabilité réelle vis-à-vis de son avenir, c'est, à notre sens, la seule voie possible et adéquate, pour changer la mentalité des peuples arabes, afin qu'ils puissent, enfin, évoquer et appeler celle des "Ancêtres"!
La strâtégie d'intégration et l'idéologie d'action
donneraient leurs meilleurs fruits, notamment, au moment où un "démarrage"
mettrait les pays sur l'orbite de la croissance. Elles faciliteraient et aideraient progressivement, par une Renaissance de plus en plus com
plète, la poursuite des significations idéologiques de la "communau
té" arabe en création. Ces significations idéologiques se préciseraient inévitablement en fonction des aspirations économiques et des exigences de la justice sociale (I). C'est à l'issue de cette étape que se
dégagerait la solidarité arabe réelle sur laquelle reposerait les autres aspirations nationales arabes.
Nous proposons d'étudier, au premier chapitre, les conditions d'une véritable intégration économique arabe. Ces
conditions devraient prendre en considération l'ensemble de la situation locale et particulière des pays arabes et intéresser toutes les forces politiques et économiques en présence. C'est ainsi que le combat contre le sous-développement et la désintégration serait mené par les mêmes facteurs (actuellement disparates) et sur tous les champs (actuellement désarticulés et mis en friche).
Ces conditions se trouveraient donc à la base
de toute la stratégie d'intégration active et consciencieusement déterminée.
Les caractéristiques de celle-ci seront étudiées au deuxième chapitre.
Nous ne nous contenterons pas d'établir de grandes lignes théoriques et abstraites. Nous aimerions aussi conjuguer les
théories avec les pratiques nécessaires à la réalisation de l'intégration économique des pays en question; cela nous semble très important étant donné la mentalité arabe contemporaine, extrêmement "soupçonneuse" et exigeante de détails 1
L'élaboration de la stratégie d'intégration économique (deuxième chapitre) constitue un essai,en quelque sorte spécifique et unique en son genre (notamment, parce que la situation économique, politique et sociale des pays arabes est, comme nous le savons maintenant, unique en son genre). On peut cependant penser qu'on aurait du remplacer cette même stratégie par un "modèle mathématique"
précis, ce qui aurait pris les données statistiques en les regroupant et en les laissant parler.
(1) Rien n'empêcherait les masses arabes d'embrasser l'une ou l'autre des "idéologies" arabes qui pourraient se réformer en
fonction des nouvelles données. C'est la seule voie qui permettrait aux peuples arabes de rechercher tranquillement leur destin, de s'accrocher à l'histoire, et aux "meilleurs " de gagner et de trioDq>her.
Or, un tel "modèle" destiné aux Etats arabes ne serait dans la conjoncture de ces pays qu'une sorte de "plaisanterie"
dans un cortège funèbre ! Un modèle de ce genre nécessite un degré très avancé d'intégration économique arabe; encore faut-il l'envisager avec beaucoup de prudence.
Et, que voient les masses dans un modèle aussi hautement scientifique ? Notre travail n'est-il pas destiné aussi â ces masses, en vue de collaborer à l'épanouissement d'une Renaissance économique à la taille de leur destin ?
406.-
PREMIER CHAPITRE
DE L'INTEGRATION ECONOMIQUE EN MILIEU SOUS-DEVELOPPE - CONDITION D'UNE
VERITABLE INTEGRATION ECONOMIQUE ARABE
A) Définition de l'intégration économique
Rares sont ceux panai les économistes qui estiment facile d'avancer une définition parfaite de l'intégration économique;
cela est dû à l'obscurité du terme : ’*Dans la hiérarchie des mots obscures et sans beauté dont les discussions économiques encombrent notre langue, le terme d'intégration occupe un bon rang" (I). Cela est dû aussi a la complexité de ce phénomène qui, ne restAnt pas dans les limites des problèmes économiques, prend en considération et embrasse d'autres problèmes de nature politique et sociale très variées.
Un fait notable mérite d'être immédiâtement signalé, c'est que dans les définitions données de ce phénomène, la volonté des économistes persiste â ne faire aucune distinction entre intégration en milieu développé et intégration en milieu sous-développé. Ainsi, par exemple, B. BALASSA voit-il dans une intégration économique en Europe, en Âmêrique-Latine comme ailleurs, un processus de "mesures visant â l'abolition des descriminations entre unités économiques appartenant â différents Etats nationaux"
(2) . Ce processus doit se dérouler de la manière suivante : 1. Zone de libre-échange (Z.L.E) dans laquelle tout droit de douane et toute mstriction quantitative sont supprimés. Chaque
pays conserve cependant, ses propres tarifs vis-è-^is des pays tiers.
2. Union douanière (U.D.) qui constitue une (Z.L.E.' dotée d'un tarif extérieur commun.
3. Marché commun (M.C.) c'est-à-dire (U.D.• dans laquelle le mouvement des facteurs de production est assuré.
4. Union économique (U.E.) qui combine la libre circulation de (M.C.) avec un certain degré d'harmonisation des différentes politiques économiques, monétaires sociales et conjoncturo^.loe»
5* Intégration économique totale qui s'appuie sur l'unification des po
litiques énumérées dans le cadre de l'(U.E.), se couronne d'une autorité supranationale dont les décision ont une portée obligatoire.(4)
(1) Perroux, L'Europe sans rivages, P.U.F., Paris, 1954, p. 419.
(2) Voir à ce propos, G. MÏBDÂL, An International Economy, Harper,1956 Ô) The theory of Economie intégration, Allend Unwin, Ltd, London,1961.
(4) op. cit. pp. 1-2.
Cette définition qui se base sur l'idée du processus dynamique de l'intégration, lancée par R. MARJOLIN, processus "qui conduit â un plus grand degré d’unité" (I), n'est pas seulement une définition arbitraire (2), comme on le dit souvent, mais elle a aussi d'une portée très limitée. Elle fait en effet de la suppres
sion des descriminatinns entre "unités économiques": le seul moyen d'intégration (3) et néglige de ce fait la réalité des pays sous-développés. Nous
savons qu'en ce qui concerne les groupements économiquee en milieu sous-développé, l'intégration économique ne peut pas se réduire à cet aspect simplifié (abolition et suppression des tarifs).
Considérée dans cette optique, la libre circulation des produits et facteurs n'avancerait rien, sinon dans le sens de l'intérêt de certains marchés au détriment de certains autres.
Si les pays sous-développés et en particulier les pays arabes se confroment au dessin de Balassa, ils ne parviendront jamais à franchir la 3ème étape (M.C.). Avant de pouvoir atteindre l'ü.E., les problèmes engendrés par la libre circulation seraient suffisamment graves pour sappr* le marché commun et stopper la marche de l'intégration. L'inégalité entre les niveaux du dévelop
pement des pays membres, acc-ituée par une telle intégration
inconsciente, he manque ait pas de déclencher chez les pays touchés de
vives
réactions qui, sous l'impact du "nationalisme économique"du moins, risqueraient d'être dangereuses.
Mais, l'eesniitiel ne réside pas là; il est dans la question de savoir quel est au juste l'objectif économique de l’intégration en milieu sous-développé ? Car, c'est en fait cet objectif qui déterminera les moyens d'intégration. L'objectif économique c'est le développement aussi rapide et aussi certain que possible.6r, la libre circulation n'est malheureusement pas susceptible de fournir les moyens efficaces que nécessitent l'aâénâ- gement èt la construction des structures économiques presque mortes.
Il demeure certain que d'autres moyens s'imposeraient, dans le cadre d'une action plus active et tout à fait consciente dans laquelle la libre circulation ne serait qu'un élément complémentaire;
un élément très important, certes, mais du fait qu'il s'appuierait désormais sur une base économique plus solide et qu'il permettrait très naturellement ensuite, l'élargissement de cette base, avec toutes les conséquences heureuses que l'on connaît (4). Voilà où se situe 1 véritable dynamique de la libre circulation en
milieu sous-développé. Avant de s'appuyer sur la libre circulation, il faudrait a'oorcer l'insertion du courant économique dans le corps froid du sous-développement. Nous verrons comment.
(1) Europe and the U.S., World Economy, Durham, Duke Univ. Press, 1953, P. 41.
(2) Arbitraire notamment du fait qu’aucune expérience économique en aucune région du monde ne peut se conformer en pratique à ce schéma aux étapes aussi tranchées.
(3) Même en milieu développé, si la suppression des descriminations entre "unités économiques" peut être considérée comme moyen effica
ce, l’objectif reste la croissance (art. 2 du Traité de Romej^C . E. E. ) Balassa ne dit rien à ce propos dans sa grande définition.
(4) Et qui découlent de la théorie de grands marchés.
A08.-
Contentons-nous de dire pour le moment que cette nouvelle manière de voir les choses en face change le noeud du pro
blème, du tout au tout et fait de la définition de B. BALASSA, à propos des pays sous-développés, une simple page de littérature •••
Critiquant la définition de BALASSA, définition de "caractère statique", "arbitraire" qui "laisse de côté l'étude du problème des régions moins développées à l'intérieur du même pays...", le Centre du Développement (C.D.) à l'O.C.D.E. donne, à l'adresse des pays du "Tiers-Monde", la définition suivante : "Par intégration, on entend : un processus permettant de faire disparaître progressivement, entre deux ou plusieurs pays en voie de développement,
les discriminations aux frontières nationales" (1).
Cette définition qui ne donne aucune indication sur la nature du processus permettant de "faire disparaître ...", ne voit, semble-t-il, dans l'intégration économique en milieu sous- développé, qu'un côté purement négatif : l'abolition des discrimina
tions, nais aux frontières des nations cette fois, et non pas entre unités économiques, comme le veut BALASSA.
Un autre auteur, R. ERBES, propose de réserver le terme d'intégration aux "diverses opérations plus ou moins simultanées, mais liées et complémentaires, conduisant à :
"- établir et â aménager, au mieux, toutes les relations économiques souhaitables pour les échanges de produits, facteurs et informations entre les partenaires dont on projette de faire un ensemble;
"- rendre progressivement plus compatibles les projets économiques des éléments.:composantes de l'ensemble;
"- faire converger de plus en plus ces projets vers un optimum pour l'ensemble (groupe d'objectifs sur lesquels existe un consensus deins l’ensemble considéré" (2).
Cette définition qui est en quelque sorte très explicative n'est cependant qu'une combinaison de plusieurs autres définitions avancées par TINBERGEN, MYRDAL, WEILLER, PERROUX, MARCHAL et BYE (3). Elle ne précise ni le terme d'intégration économique ni son action. Au contraire, elle les disperse à travers des mots très flous "établir ... au mieux", "rendre ... compatible", "faire
converger", etc... et ne touche en rien les problèmes d'intégration en milieu sous-'développé.
Notons que malgré les difficultés de trouver une définition parfaite, le terme intégration''reste, à notre avis, le seul à désigner cette tendance qui se dessine,quoique confusément, au sein du monde sous-développé. L'intégration économique en Amériqu Latine, en Afrique et en Asie est constituée d'ensembles de pays géo
graphiquement voisins aux affinités généralement très communes. A l'intérieur de chaque ensemble, certains pays, parce qu'ils jugent le temps opportun pour se développer dans un cadre plus large; d'autres encore pour des raisons diverses ..., mais tous désirent s'intégrer économiquement. L'expérience est nouvelle et à la mode. Ces ensembles sont cependant méfiants et naïfs h le. èoio,
(1) C.D./R/68.1, Intégration Economique Internationale dans les pays en voie de Développement, Paris, 27 sept. 1968, p. 13.
(2) R. ERBES, Intégration Economique Internationale, P.U.F., Paris, 1966, p. 8.
(3) Nous .. rencontrerons certaines de ces définitions infra.
Ils se troapent de système et de forme. Cette forme, lorsque l'intégration économique est véritable, et sérieuse, ne peut être que la forme communautaire. C'est que, si la stratégie d'inté
gration diffère naturellement d'un milieu à l'autre, l'objectif de l'intégration reste le même à des degrés différents ; instaurer une communauté économique solidaire et prospère. Cet objectif ne traduit pas seulement un souhait et un substitut historique valable
(1), mais elle est aussi et surtout l'expression d'un processus dynamique, actif et réel, un aboutissement inéluctable d'une intégration consciente.
Que les pays sous-développés, dont les pays arabes, cessent de suivre la grande "tromperie" de la libre circulation. Dans leur situation actuelle (économique, politique et sociale), d’autres efforts d'un genre et d'une nature différents, sont à consentir, car l'intégration économique est une nouvelle voie d'espérance, dans laquelle tous les problèmes du sous-développemcnt seraient enfin concernés.
Aussi proposons-nous la définition suivante ; L'INTEGRATION ECONOMIQUE DANS UN ESPACE EN FORîîATION DE PLUSIEURS PAYS SOUS-DEVELOPPES (ARABES), C'EST LA CONSTRUCTION EN ÊeSMltN DES STRUCTURES ECONOMIQUES DES PAYS MEMBRES, SUIVANT UNE STRATEGIE DETERMINEE, EN VUE DE CREER UNE COMMUNAUTE ECONOMIQUE DEVELOPPEE
Nous allons revenir à certains aspects de cette définition. Notons au passage que, malgré sa simplicité et son insuffisance, notre définition ne cache pas l'objectif et le moyen d'action de l'intégration économique en milieu sous-développé. Elle a peut-être aussi le mérite de garder au terme "INTEGRATION" son contenu et son sens exact. En effet, même lorsque ce terme est pris dans son sens littéral "faire entrer des parties dans un tout"
(Dictionnaire) , rien n'empêche de prévoir et de faire en sorte que cette opération dans le domaine économique ne soit menée à bien, sans quoi les parties ne pourraient jamais constituer un TOUT.
Qu’ on BOUS permette d'évoquer aussi à cet égard que le concept d'intégration (économique) a l'équivalent arabe suivant : Takamol (Iktiçadi). La version arabe porte grâce au 2ème (â) du terme Takamol; le sens d'un effort mutuel vers le complet, un contenu d'un processus dynamique raarqué. C'est ce concept qui convient le mieux à la tendance de regroupement écono
mique arabe. D'autres termes et concepts comme la régionalisation par exemple, n'ont pas d'équivalent précis et convenable dans cette langue.
(1) Nous visons par là, la forme fédéraliste.
(2) Encore quelques variations terminologiques et cette définition
deviendrait valable pour tous les milieux développés et sous-développés •
410.-
b) Nature de 1*intégration économique en milieu sous-développé,
Ainsi donc, l'intégration écononiqu^ quand elle est véritable, n'est en soame qu'une intégration des structures. Nous ne prétendons, en aucun cas, avoir découvert cette idée (1). En ce qui concerne les pays sous-développés, tous ceux qui veulent voir clair sont frappés par cette réalité. Le problème d'intégration économique entre pays sud-américains, africains, arabes, etc..., baigne
dans celui du sous-développement, c'est-à-dire dans les structures économiques et sociales sous-développées.
En milieu développé, cette intégration est peut-être un processus dynamique qui pourrait se poursuivre comme le dit
A. MARCHAL (2) "par toute une série d'ajustementa, d'adaptations internes, de déstructurations et restructurations, engendrés par la mise en contact des différentes économies'^ Cela se ferait aux moyens des forces du marché, mais aussi comme le voit MARCHAL, aux moyens des "ententes" des producteurs, d'interventions des Etats (3)
et des institutions communautaires qui doivent corriger les abus des ententes privées et assurer la coordination et l'unification des politiques économiques nationales (4).
Même ainsi conçue, l'intégration en milieu sous- développé ne peut pas se conformer à ce schéma marchalien. La nature des structures sous-développées ne peut pas soutenir une telle
déstructuration ou une telle restructuration par les moyens énumérés.
Dire sous-développement, c'est dire structures mortes, mal orientées et inexistantes; tout doit donc commencer par construire des
structures. C'est quo base économique est très "insignifiante"
dans notre "second-monde "jil importe de la créer. L'homme est "insi- gnifiant"aussi ; il importe de lui rendre un peu de dignité et de le rendre productif.
L'intégration offre pour ces fins un cadre nouveau, permet de nouvelles possibilités de développement et une forme nouvelle de croissance. Il incombe aux pays séculairement anéantis et piétines de saisir sans tarder l'occasion, de s'accrocher n l'histoire du
progrès et de faire de l'intégration la seule solution des problèmes de sous-développement.
(1) Elle est surtout'Ss A. MARCML, dans une ligne de pensée qui remonte à LIST passant par Lucien BROCARD. Elle est d'ailleurs très conce
vable.
(2) Voir notamment, l'intégration territoriale, que sais-je ?, P.Ü.F., Paris, 1965.
(3) Qui sont selon l'auteur de "puissants agents d'intégration", op.
cit., pp. 80-84.
(4) op. cit., pp. 26Ü27, 85 et ss.
de la charité internationale et sur la voie du satellisme (2), ne sont pas comparables à la grandeur et à la dignité de cette solution radicale, Celle-ci donne pour la première fois, à l'homme du sous-développement, de nouveaux moyens de s'en sortir (3).
Nous aborderons, dans la deuxieme partie de ce
travail, la nature et le contenu d'une action commune susceptible d'être entreprise, dans le cadre de l'intégration économique arabe. Disons pour le moment que les efforts actifs tendant à instaurer une infras- structure économique et sociale et à créer des activités économiques directement productives, ne manqueraient pas d'établir à leur tour de nouveaux courants commerciaux et d'entraîner d'autres activités économiques.Ils tisseraient ainsi progressivement des liens nombreux et réels, entre les pays membres et tenderaient â la réalisation d'une seule communauté économique solidaire et développée,
c'est dans ce sens et dans ce sens seulement que l’intégration, en milieu sous-développé, deviendrait une intégration de développement.
L'intégration et le développement offrent l'un a l’autre sa raison d'être et son succès.
Mais, dans quel sens prenons-nous les termes
"solidaire" et "développé" ? Comment concevons-nous une communauté économique solidaire et développée créée en milieu sous-développé ?
Nous allons traiter en détail ces questions dans la troisième partie. Remarquons dès à présent que la complexité
du phénomène d'intégration économique est responsable de cette nuance d'idées, quant à l'objectif final et quant à l'action même de cette intégration. Des économistes limitent ce phénomène à cer
tains aspects de la vie économique, politique et sociale; d'autres le poussent trop vers l'idéal de l'intégration "Totale". Ainsi
B. BALASSA par exemple, considère-t-il toute "suppression", à l'inté
rieur d'une Z.L.E., d'une U.D. ou d'un M.C., comme un acte d'intégration qui ne nécessite ni une intégration sociale ni meme une égalisation des prix des facteurs; ces deux dernières doivent se trouver à la base de l'intégration économique totale, qui doit aussi se couronner d'une activité supranationale (4).
(1) Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement Les efforts dans le cadre de cette conférence se conjuguent avec le slogan de la Décennie de développement lancé par l'O.N.U. (voir aussi introduction générale) .
(2) Ce "satellisme" vise notamment la consécration de la Balkanisation du Second-Monde, dispersement de ses efforts régionaux et le maintien du Statu Quo international.
(3) C'est aussi par ce c^ueV dahe-.l'ctc-t actuel des'choÈes,.le.e pays.-sous- développés ne peuvent se développer dans les limites des moyens étroits et isolés, malgré tant de privations et de souffrances, qu'ils devraient opter volontairement mais inévitalement pour cette solution fondamentale.
(
6)
B. BALilSSA, ïov/ards a Theory bf Economie Intégration, Kyklos, vol.14, Fasc. 1, 1961, p. 3, voir aussi The Theory of Economie Integratic:
op. cit., pp. 1-2.
412.-
Cela nous paraît tout à fait arbitraire, d'autant plus que BALASSA ne voit dans l'intégration qfun processus d'abolition des discriminations entre unités économiques, abolition qui, dans les meilleurs conditions (1), ne constitue pas une véritable intégration économique.
BALASSA n'a pas voulu adopter toute l*ldée de MÏRDAL. Selon ce dernier, l’économie n'est intégrée que lorsque des égalités sont acquises par tous ; égalité des chances et égalité entre les rémunérations des services productif (2). L'idée de MYRDAL dépasse de loin l'objectif de l'intégration économique et va a l'extrême de l'intégration "TOTALE" (économique, politique et sociale). Ce degré suprême n'est même pas connu dans un seul pays de notre monde actuel.
Mais., A. MARCHAL, pour qui l'intégration économique ne commence qu'avec l'union économique (voir le classement de BALASSA) considère, à juste titre d'ailleurs, que la liberté des échanges
est une conséquence et non pas une cause de l’intégration, et estime qu'il y a ensemble intégré lorsque les liens de solidarité qui
existent entre ses divers éléments sont tels que la liberté totale des échanges ne soit à personne et profite a tous" (3). Il est certain que le choix du libre-échange comme critère de la solidarité a trop affaibli le sens et le contenu de cette solidarité (4) .
Pour J. TINBERGEN, l'intégration correspond à l'op
timation et à l'introduction délibérée de "tous les éléments désirables da coordination et d'unification" en vue de créer une "structure
économique internationale" parfaite
(5).
L'idée est donc plusidéaliste encore; l'intégration a cependant une étendue très grande.
Cet idéal relève,néanmoins, de celui de l'intégration "TOTALE"
sans considérer pout autant qu'une intégration économique entre Etats nationaux ne peut se faire que moyennant un certain nombre de compromis; ceux-ci ne correspondent pas toujours à l'optimation, iaais ils poussent, quand même, l'intégration économique à atteindre,
somme touteu,ses objectifs désirés.
Pour M. BYE, intégrer "c'est accroître, sur un espace donné, la compatibilité des plans d'un ensemble de centres de décision appelés a former un système économique" (6). C'est dire,
selon cet économiste, que l'intégration économique doit aboutit â l'intégration politique.
(1) Celles des pays développés en intégration.
(2) An international économie, op. cit., p. 11.
(3) Intégration territoriale, op. cit., p. 11.
(4) Nous nous permettons de traiter la question des points ocmr.uiv:
entre 'intégration des pays développés"et'Intégration des paye sous- développéS', car l'objectif de toute intégration economique ne
peut être, à degré différent, que le même.
(5) J. TENBERGEN, International Economie intégration, Amsterdam, 1954, p. 95.
(6) M. BYE, Localisation de l'investissement et C.E.E., R.E., vol.
IX, n° 2, mars 1958, p. 189.
En effet, toute intégration économique véritable et sérieuse pourrait conduire en fin de compte â l’intégration politique et à l'intégration sociale; cela est très facile à deviner (sans aller pour autant à l'extrême de MYRDAL). Ce qui est difficile à déterminer,
ce sont les limites d'une intégration économique totale. Vu l'inter
dépendance et l'interpénétration des phénomènes économiques, politiques et sociaux, qui se manifestent dès le début de l'intégration, toute distinction des frontières entre les trois groupes de phénomènes devient pratiquement vaine. La confusion d'esprit de certains théoriciens relève de cet état de choses.
Ceci étant, ce qui nous préoccupe le plus dans ce travffll, est plutôt l'action d'une intégration économique en for
mation et son déroulement vers un objectif précis et déterminé ; établir une communauté économique tendant par tous les moyens à s'assurer le développement et le progrès. L'intégration en milieu sous-développé n'a de sens que dans cet esprit. Il est certain que toute action ou opération, menée dans le cadre de la stratégie économique commune d'un ensemble en intégration, est un acte d'in
tégration économique. La multiplication des actions et la réussite des opérations (vu les nouveaux moyens et l'existence de nouvelles
possibilités dans les différents domaines) conduiraient inéluctablement à la création de liens solides et irréversibles qui pourrait
déclencher le développement, mettre l'ensemble sur l'orbite de la croissance, et réaliser du même coup une solidarité réelle.
Cette solidarité n'a pas de limite; elle va de la communauté économique vers d'autres horizons, peut-être vers "le
plus grand degré d'unité" (MARJOLIN). Mais, le développement, lui non plus, n'a pas de limites ; le monde entier n'est-il pas, en quelque sorte, en voie de développement ?
C) Méthode d'intégration économique en milieu sous-déveloi
On a pris coutume d'opposer, â propos de la construction de l'Europe, la méthode sectorielle ou verticale d'intégration â la métho
de générale ou horizontale d'intégration. La première consiste â faire l'intégration secteur par secteur, ne commençant l'un que lorsqu'on termine l'autre; la C.E.C.Â. fut mise sur pieds selon cette tendance.
La deuxième consiste â porter les efforts d'intégration économique, parallèlement, sur tous les secteurs â la fois,
Cette opposition trouve place dans la littérature
économique, et aussi â l'égard de l'intégration en milieu sous-développé.
La méthode sectorielle a l'avantage, dit-on, d'achever l'Intégration dans un domaine déterminé, créant ainsi une solida^térde: faitrentre partenaires; mais, elle a aussi de graves inconvénients dûs â l'absence de réglementations dans les autres domaines et elle risque aussi de créer un déséquilibre menaçant. La méthode générale, quant â elle, a le mérite, ajoute-t-on, d'étendre l'action d'intégration sur tous les fronts économiques, mais elle pourrait se heurter, en milieu sous- développé, au freinage du à la désarticulation des structures écono
miques et â 1'inçossibilitê d'agir, parallèlement, sur tous les fronts.
On a aussi contume d'opposer, â propos de la C.E.E., la méthode libérale d'intégration à la méthode dite "dirigiste". La pre
mière préconise, pour le grand marché commun, on le sait, une libre
circulation des biens et des facteurs, sous l'aiguillon de la concurrence;
l'aménagement des économies se fait donc automatiquement, sans aucune intervention qui pourrait troubler les mécanismes du marché.
414.-
La deuxième préconise au même M.C., une intervention des Etats nationaux et des institutions communautaires, afin de couper court aux abus des ententes privées et d'assurer, par une harmonisation et une coordination des politiques économiques, les conditions nécessaires à la concurrence et au processus de l'intégration.
Cette nouvelle opposition s’est infiltrée, elle aussi, dans la pensée économique et se trouve évoquée a l'égard de l'intégration économique en milieu sous-développé (1).
Quelle que soit l'ioçortance accordée à l'un ou l'autre point de vue, le choix d'une méthode d'intégration économique pour un groupement sous»dêveloppê doit convenir, notamment, aux
trois exigences suivantes :
1. E2£sibilitM_des_£ajjs_5ui__envisagent^l^intégration ; non seulement celles inhérentes aux données de base offertes par leur ensemble, usais aussi celles inhérentes à une volonté mutuelle animée par le désir de concentrer un effort continu d’intégration économique poussée.
hdsoins réels des pays membred : développer leur industrialisation
de base; eoploîter éeoaoâique et huatain, aeSHere?
leur agriculture et leur cotanerce, substituer leur propre produc
tion aux importations. Bref vaincre en commun le sous-développement et la désintégration
Objectif de 1 * intégration ^économique ; instaurer en fin de compte une communauté économique solidaire et développée.
Une telle méthode doit permettre d'impliquer ces trois exigences dans le cadre d'une stratégie d'intégration déterminée et ac
ceptée par tous; stratégie de construction on commun faisant de l'inté
gration économique une véritable solution des problèmes de structures, une "guerre sainte" contre le retard et la pauvreté.
Ne laissant pas aux mécanismes du marché l'occasion de mal régler leurs problèmes et ne permettant pas aux ententes des producteurs indigènes ou étrangers de faire de l'économie un jeu, les pays sous-développés en intégration économique décideraient, en commun, (dans de réelles perspectives de développement et d'inté
gration) de se construire ensemble (2) et de prendre en mains leur propre sort.
(1) On peut bien constater l'infiltration de cette idée dans le cas de l'''dnitê Bconomique Arabe (U.E.Â.) et â propos du H.C.A. L'opposition de deux tendances est nette : l'une opte pour une méthode libérale parce qu'elle est "naturelle"; l'autre pour une méthode dirigiste
"car la méthode libérale est utcjpiqii© ; Ifdméthode est la seule
qui
correspond ^ derj p'-ys %r'\bcn , L:.' première tendance est menée par le Secrétaire adjoint du Conseil d^l'U.E.Â.et la deuxième par plusieurs autres fonctionnaires au mâae Conseil (constatation relevée lors de notre visite â l'U.E.Â., été 1969).
(2) Nous verrons en détail (3ême partie) comment les pays arabes pourraient construire ensemble leur infrastructure, se répartir les projets
d'industrialisation, distribuer la spécialisation, libérer leur produits, ouvrir les "robinets" des facteurs, bâtir leur tarif extérieur commun, etc... selon leur dessein stratégique et suivant la réussite de leur tactique opérationnelle.
La tâche est ardue, mais grâce à elle la souffrance des peuples sous-développés pourrait s'alléger sensiblement,d'autant plus qu'une telle solution ne pourrait qu'entraîner leur enthousiasme car elle est radicale et porte immédiatement ses fruits, tant sur le plan moral que sur le plan matériel, tâche ardue certes, mais seule solution possible.
Il est certain que les efforts d'intégration doivent porter sur tous les aspects de la vie économique des pays membres, mais la nature des structures économiques en milieu sous-développé nécessite qu'on aille parfois plus en profondeur dans un secteur qu'on ne le fait dans d'autres et ce afin de créer les conditions préparatoires indispensables à l'intégration générale. Cela veut dire aussi qu'une combinaison de deux méthodes sectorielles et générales pourrait avoir lieu dans la méthode de construction en commun dès structures et dans sa stratégie spécifique d’intégration en milieu sous-développé. Aussi, cette méthode convient-elle mieux aux pays sous-développés aux structures généralement hétérogènes et aux niveaux de développement souvent différents. Elle permettrait à l'action d'intégration économique d'agir partout en vue de faire de tôüt l'ensemble une entité économique cohérente et développée.
Elle ne renforce pas la disparité entre les structures et n'aggrave pas les inégalités entre les pays membres, au contraire, elle les efface à jamais.
Ainsi donc, nous sommes cn^oit de parler à ce stade de notre étude de deux méthodes d'intégration économique, de deux stratégies d'intégration, l'une pour les pays développés dont
la C.E.E. et l'autre pour les pays sous-développés dont les pays arabes.
Mais toutes les deux conduisent, différemment, à la création d’une communauté économique unique, c'est-à-dire une entité reposant sur une solidarité de plus en plus grande.
Voilà ce que nous appelons une véritable intégration économique. D'autres genres de groupements économiques ne méritent pas, à notre sens, d'êtee oona-iderdi; oomo te]^...Il s'agit alors d'une coopération économique plus ou moins poussée. Le COMECON par exemple, se limite à une coopération et à une coordination de certaines activités déjà planifiées dans les pays membres, sans pour autant constituer une entité économique distincte (une communauté économique)et sans atteindre la souveraineté nationale (du moins dans le sens institutionnel et communautaire que nous adoptons dans cette étude) .
D) Conditions de réalisation d'une véritable intégration économique en milieu sous-développé -référence spéciale aux pays arabes.
Nous ne sommes ^lusà l'époque du Zollevcrein. Les groupements economiques en milieu sous-développé ne sont pas prêts à se soumettre, en vue de former une intégration, à des partenaires de type
"prussien" (1). La vie économique, politique et sociale d’ailleurs eét devenue très complexe suite au progrès industriel fulgurant, au sous- développement profond, à une conjoncture internationale lourde et différente, etc... Ces groupements sont, au surplus, formés des
Etats "souverains et indépendants" sensibles à tout ce qui touche de près ou de loin à cette souveraineté et à cette indépendance (sources d'égoïs
me et de jalousie).
(1) Voir aussi notre introduction générale.
416.-
Lesquels Etats se défendent, se protègent et réagissent vigoureusement lorsque leurs intérêts "vitaux" se trouvent lésés. L’esprit ombrageux qui domine la plupart de ces Etats s’ajoute à d’autres esprits forgés historiquement, en maintes occasions et cherche généralement un "équi
libre" stable avec les voisins, sinon une position qui lui est favo
rable. Dans ces conditions aucun Etat ne peut sentir que les partenaires les pays "frères" et les voisins progressent mieux. Dans ces conditions aussi, le sens du eacrifice économique est interprété de façon différente
Les systèmes d’intégration dans lesquels ces Etats sont regroupés négligent totalement cette réalité. Ils exigent que beaucoup de ces Etats sacrifient immédiatement, ou dans un délai fixé, non seulement leurs recettes douanières, mais aussi leurs industries naissantes, sous prétexte que la "dimension du marché" (ainsi
constituée) leur en donnerait d'autres plus grandes et plus prospères.
Au bout d'un certain temps, les plus avancés au sein du groupement obtiennent tous les avantages et les partenaires "pauvres" se voient
"trompés" dans le jeu de ettte intégration et commencent à réagir.
Aussi, faut-il bien comprendre non seulement le bouleversement au sein de ces groupements, mais surtout l’amertume et l’angoisse suscitées par l'attente d'une "intégration" qui ne veut pas naître à terme; d’une "intégration" malheureuse et mal conçue qui, en milieu sous-développé, n'est susceptible de rien engendrer.
Bouleversement, amertume et angoisse, en effet.
Car les conditions d'une véritable intégration économique ne se trouvent pas remplies.
Quelles sont ces conditions ?
*' Partage équitable des gains : cette condition ne se trouve remplie que dans deux sottes d’estimations faites par chaque pays :
a) que ses gains seront plus importants dans le cadre du groupe
ment que s'il reste hors de ce groupement (1);
b) que les gains globaux de l'intégration, et plus exactement le développement et l’expansion, ne seront que communs; qu’ils n’iront jamais trop dans le sens des intérêts d’un ou de
plusieurs de ses partenaires.
C'est gîijr base de cette double condition, et tout particulièrement de son deuxième aspect, qu'un engagement sérieux des pays membres peut s'effectuer et que des pays sous-développés acceptent de concentrer des efforts mutuels et continus^sur la voie de l'inté
gration économique. C'est qu'un engagement sérieux ne veut pas dire l'adhésion au groupement, mais aussi et surtout l^a.cjcoüiplisse- iteBC des obligations. Un pays qui se sentirait "évinça" sur le plan
de cette condition se donnerait le droit de faillir à ses obligations.
(1) C'est ce qu'on a l'habitude de répéter S propos de l'engagement d'un pays dans un système d'intégration. Cette estimation est considérée comme condition fondamentale (voir notamment :
C.D./R/6b.l (O.C.D.E.), op. cit., p. 39.
Cela est extrêmement important. 11 nécessite, dès le début, que les pays membres prennent, au sérieux, leur entreprise d'intégration; qu'ils déterminent nettement leur chemin de parcours
(1) et qu'ils veillent à ce que le "processus" d'intégration économique soit actionné par un mélange d'obligations remplies (en contre partie
des droits obrenus) et des droits obtenus (en contre partie des obligations remplies). Nous pouvons multiplier les exemples de groupements économiques en milieu sous-développé qui ne respectent pas cette condition élémentaire.
Nous pouvons même dire qu'aucun de ces groupements ne prête attention a cette condition. Pourquoi s'étonner alors de les voir en proie â la stagnation et au malaise douloureux ?
En ce qui concerne les pays arabes "en intégration", nous dirons clairement en toute connaissance de cause, que sans une
telle condition, toute intégration économique entre ces pays "frères"
n'aura aucune chance d'aboutir et ne sera qu'une triste histoire de Jéha : ce bonhomme misérable "décida" un jour de se marier avec la fille de son Sultan tout puissant. Jéha et ses parents étant tout à fait d'accord il ne restait plus qu'à convaincre le Sultan,la sultane et leur jolie fille !
2• L'existence d'une stratégie d'intégration économique valable et acceptable - une stratégie d'intégration convenant au milieu sous-développé.
Nous savons que cette stratégie ne peut être semblable â celle des pays développés en intégration; elle est d'un contenu
différent, spécifique au milieu sous-développé. Nous déployerons le contenu de cette strétégie et nous lui consacrerons une plus ample explication dans les pages qui suivent. Notons pour le moment que cette deuxième condition est inséparablement liée â la
première èt constitue pour elle un contexte indispensable quant à la méthode et aux moyens de l'intégration et quant à l'objectif à réaliser. Grâce â la définition nette de l'action, la poursuite de l'engagement se trouve facilitée, et la chance d'atteindre cet objectif se trouve élargie et garantie.
11 est â noter aussi que malgré l'héritage historique différent, le phénomène du sous-développement possède, généralement en Amérique-Latine, en Afrique et en Asie, les mêmes caractéristiques générales (2). Aussi faut-il que la stratégie d'intégration et de développement soi^ généralement la même. Certes, les possibilités et les besoins urgents ne sont pas partout les mêmes au sein de toutes les régions sous-développées; cela pourrait influencer le classement des opérations dansle temps et dans le lieu d'exécution; disons plus précisément encore que cela influencerait les tactiques de la stratégie spécifique d'intégration. Mais, le contenu propre de
cette stratégie, son objectif, l'action sur le plan de la construction en commun des structures, ses institutions, etc... resteraient nécessaire
ment les mêmes (3).
(1) Sans qu'ils soient obligés de pratiquer une planification régionale proprement dite, comme nous verrons plus loin. Nous aurons aussi l'occasion de revenir aux différents aspects de cette condition au
cours de cette partie.
(2) Voir â propos de ces caractéristiques, le cas des pays arabes.
(3) Voir graphique (p. 434).
418.-
Avaat de passer à l’étude de la troisième condition, remarquons que, devant l'importance majeure des deux conditions précé
dentes, d'autres conditions découlant d'une intégration, basée notam
ment sur la libre circulation des marchandises et des facteurs prennent une signification tout à fait secondaire.
a) Homogénéité des structures, stade comparable de développement, niveau de vie semblable, ressemblance des systèmes économiques et politiques (1) des pays membres.
Bien sur, ces conditions sont indispensables pour toute intégration économique basée sur la libre circulation, à défaut de quoi cette intégration n'a aucune chance de se réaliser. Or, en ce qui concerne le milieu sous-développé, ces conditions se trouvent généralement absentes. Nous savons que pour les pays arabes, aucune de CCS conditions ne se trouve remplie. Pourquoi alors faire entrer
"la bouteille dans le bouchon" de 1'Unité Economique Arabe et de son M.C.A. ?! Ces pays devraient donc cesser leur tentative falla
cieuse car elle est(meme du point de vue économique libéralisée) de nature à aggraver la disparité et la désarticulation de leurs structures.
Toute une méthode et toute une pensée doivent ainsi changer. La méthode que nous préconisons aux pays arabes a le mérite de ne pas exiger ces condition^i(cela ne veut pas dire que celles-ci ne seraient pas utiles, mais, elles ne sont pas présentes, hélas).Elle a aussi et surtout le mérite de convenir à la situation de ces pays, à tous les égécds; de remédier
à la différence des systèmes économiques politiques pratiqués dans les pays membres. Elle combat la disparité du niveau de développe
ment et fait de cette disparité - et pourquoi pas dans le sens
de la complémentarité des données économiques techniques et scienti-
£iquesL.une vertu, au profit de lüntégration et du développement de la région. Disons mieux que c'est une méthode qui ne compte pas
sur las heurts de la concurrence, mais plutôt sur la collaboration et la complémentarité.
(O La non-ressemblance des systèmes économiques et politiques des
pays arabes et qui explique, comme nous le savons, un état historique spécifique, place l’expérience d'intégration arabe (dans le cadre de l’U.E.A.) en bas de l'échelle par rapport à d'autres expériences d'intégration en milieu sous-développé. Pourtant, parmi les groupe
ments économiques, celui des pays arabes devrait avoir les motiva
tions économiques et extra-économiques les plus sérieuses.
C'est pourquoi les pays devraient aussi adopter le système d’inté
gration qui conviendrait â leur situation et partir, sans rater l'occasion, a la recherche de leur développement et de leur solidarité.
b) Autoinaticitë du processus dynamique général de l’intégration : cela assurera - dit-on la continuité du désarmeoent douanier et pemettra l'harmonisation et la coordination des politiques économiques.
Cette condition liée à la condition précédente n’est pas censée réussir on milieu sous-développé. L'automaticité dans
l'abolition des tarifs se trouve rompue au cours de l'exécution, du fait des préjudices portés aux plus faibles; elle se heurte aux demandes d'exceptions qui font actuellement la règle dans certains groupements économiques. Une telle automaticité n'est qu'une
autre "tromperie" qui ne va pas loin; la souveraineté nationale y serait très sensible.
Jamais l’intégration économique en milieu sous-déve
loppé ne peut être, au début, un processus dynamique automatique et général. Ce n'est que lorsque les opérations actives menées à bien donneront leurs fruits, qu'une irréversibilité des liens se
présentera entre les membres, dans le sens de la solidarité naturelle et de la confiance; qu'un démarrage économique de l'ensemble deviendra une réalité propre à animer tout espoir, etc... qu'un processus
dynamique de développement et d'intégration pourrait devenir, en quelque sorte, automatique.
c) Complémentarité entre les pays membres : elle est considérée dans une perspective des échanges complémentaires et des spécialisations des pays membres, basées sur le principe des "coûts comparatifs" : ainsi, tel pays se spécialise, dit-on, dans la production de biens, d'autres dans la production d'autres biens, etc... selon les "dons" naturels des pays membres.
Une telle intégration basée sur une telle complé
mentarité des échanges et qui renforce la spécialisation "statique'' des pays membres est une intégration de type "impérial " qui ne répond pas à l'aspiration des pays sous-développés en intégration; elle ne va, en aucune façon, dans le sens du développement désiré (1).
La chance d'une intégration économique (tout en restant non-atttarcique et tout en prenant en considération les dons naturels des pays membres se trouve plutôt dans une
répartition adéquate et soigneuse, à travers l'ensemble du nouvel
"espace", d'une industrialisation intégrée et intégrante, d'une spécialisation de type dynamique, en compatibilité avec le progrès rapide de notre temps; c'est-à-dire de cette spécialisation "com
plémentaire" dans les différentes branches d'activités. Lesquelles industrialisations et spécialisations, jointes à une infrastructure valable, à une agriculture améliorée, etc... créent des réseaux
de solidarité qui ne sont pas des liens de subordination basée sur la disparité des niveaux de développement, mais liens de complémentarité nouvelle qui engendre le développement, de tout l'ensemble. En effet, si la complémentarité des données économiques, techniques scientifiques,
(1) Ce point est évoqué en détail dans aettê partie (voir notamment ; construction en commun dans l'espace). La complémentarité des échanges et la spécialisation qui la renforce peuvent être envisagées dans le cadre d'un Etat, un seul Etat, les pays sous-développés n'acceptent pas de renforcer l'industrialisation d'un partenaire^basée sur ses
"dnns" naturels, en contre partie du renforcement de leur agriculture et de l'élevage... Tous ces pays veulent s'industrialiser, tous
désirent se spécialiser dans des activités productives du progrès ••
Aussi ne faut-il pas oublier cela, tous sont des pays indépendants et souverains possédant orgueilleusement un vif sentiment de
nationalisme économique (voir aussi la première condition d'une véritable intégration économique en milieu sous-développé).