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Oncologie : Article pp.237-243 du Vol.4 n°4 (2010)

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ARTICLE ORIGINAL /ORIGINAL ARTICLE DOSSIER

Peur de la récidive et/ou progression du cancer et prévention en santé mentale

Fear of cancer recurrence and/or progression and mental health prevention

A. Suchocka-Capuano · C. Bungener

Reçu le 20 août 2010 ; accepté le 10 septembre 2010

© Springer-Verlag France 2010

RésuméLes patients parlent souvent duretourde la maladie cancéreuse et expriment leurs angoisses quant à un éventuel envahissementde leur corps par le cancer oula propagation de la maladie dans d’autres organes. Notamment dans la phase post-traitement, ils décrivent la peur de la récidive du cancer (PRC) commeune épée de Damoclèssuspendue au-dessus de leur tête qui compromet la tranquillité de leur avenir en suscitant la notion d’incertitude. Certains auteurs mentionnent la PRC comme une dimension centrale chez de nombreux patients et d’autres pointent la problématique d’omniprésence de la peur du retour et/ou de la progression de la maladie comme étant une des difficultés les plus sou- vent rapportées par les survivants d’un cancer. L’objectif de notre travail est de présenter une revue de littérature et pro- poser des modalités d’interventions psychologiques centrées sur la PRC.Pour citer cette revue : Psycho-Oncol. 4 (2010).

Mots clésPeur de la récidive · Cancer · Progression de la maladie · Incertitude · Évitement

AbstractPatients often mention thereturnof the cancer and express their anxiety about a possibleinvasionof their body by the cancer or thespread of the disease in other organs.

Particularly, post-treatment, they describe the fear of cancer recurrence (FCR) as a sword of Damocles hanging over their head and threatening their future peace by spreading the notion of uncertainty. Some authors refer to the FCR as a central dimension in many patients, and others point out the problem of pervasive fear of return and/or progression of the disease being one of the most often reported difficulties

by cancer survivors. The objective of our work is to present a literature review and propose terms of psychological interventions focused on FCR. To cite this journal:

Psycho-Oncol. 4 (2010).

Keywords Fear of recurrence · Cancer · Disease progression · Uncertainty · Avoidance

Introduction

Vickberg propose la seule définition existante dela peur de la récidive du cancer(PRC) : « la peur ou l’inquiétude que le cancer reviendra ou progressera dans le même organe ou dans une autre partie du corps » [47].

Les patients parlent souvent duretourde la maladie can- céreuse et expriment leurs angoisses quant à un éventuel envahissementde leur corps par le cancer ou àla propaga- tionde la maladie dans d’autres organes. Notamment dans la phase post-traitement, ils décrivent la PRC commeune épée de Damoclèssuspendue au-dessus de leur tête qui compro- met la tranquillité de leur avenir en suscitant une notion d’incertitude.

Dans les publications récentes, la PRC est recensée comme un des problèmes les plus fréquemment rapportés (49 à 74 %) par les patients atteints d’un cancer de la pros- tate, du sein, colorectal ou du poumon [3]. Une étude, por- tant sur 1 721 patients atteints de différents types de cancers et à différents stades, montre que la PRC ou la peur de la progression constituent un des éléments les plus fréquents de la détresse psychologique [14]. Vickberg pointe le fait que la PRC ne disparaît pas toujours à distance des traite- ments [47], puisque 70 % de survivants d’un cancer du sein continuent à exprimer des angoisses en lien avec une éven- tuelle récidive cinq ans après leur traitement [30].

Thewes et al. [45] observent qu’un an après un traitement pour un cancer du sein, 69 % de 200 patientes âgées de 45 ans ou moins présentent une PRC. Ce niveau élevé est

A. Suchocka-Capuano (*)

Institut Curie, unité de psycho-oncologie, 26, rue d’Ulm, F-75248 Paris cedex 05, France

e-mail : [email protected], [email protected] A. Suchocka-Capuano · C. Bungener

Laboratoire de psychopathologie et processus de santé (EA 4057), université Paris-Descartes, France DOI 10.1007/s11839-010-0283-1

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associé au jeune âge, à l’évolution locale de la maladie cancéreuse, à la surestimation du risque de la récidive et à la fréquence plus importante des autopalpations ainsi que le recours aux examens médicaux de contrôle. Une anxiété généralisée et une anxiété relative à la santé sont des facteurs prédictifs d’une forte PRC.

Stein et al. [43] ont évalué la prévalence et la persistance de la PRC chez 9 653 survivants de six types de cancers (sein, prostate, côlon, hématologique, utérus et mélanome cutané). Ils observent une corrélation positive entre la PRC et le sexe féminin, le jeune âge, les origines hispaniques, le cancer du sein à un stade plus évolué et plus de comorbidi- tés. Soixante pour cent des survivants du cancer présentent un score clinique témoignant de la présence d’une PRC un an après le traitement. Ce niveau élevé de PRC diminue à distance du traitement (45 % à trois ans post-traitement) et reste relativement stable six et 11 ans après le traitement.

Il est important de souligner que même si la PRC diminue au cours du temps, 11 ans après le traitement, elle reste présente chez plus d’un tiers des patients.

Facteurs associés à la PRC Chirurgie conservatrice ou radicale

Les résultats comparant les effets de la conservation ou pas du sein sur l’image corporelle et la peur de la récidive varient selon les études. Hall et Fallowfield [11] ont montré que les patientes bénéficiant d’une tumorectomie ont moins de dif- ficultés par rapport à leur image corporelle en comparaison de patientes subissant une mastectomie. En revanche, les patientes bénéficiant d’une chirurgie conservatrice s’avèrent plus préoccupées par la récidive de la maladie cancéreuse que les patientes avec une ablation du sein. Cependant, d’autres études n’ont montré aucune différence concernant les angoisses liées à la récidive entre les deux groupes de patientes [6,23,30]. D’autres auteurs encore ont trouvé des résultats contradictoires montrant que les patientes bénéficiant d’une mastectomie étaient plus concernées par la peur de la récidive que celles traitées par une chirurgie conservatrice [37].

Lasry et Margolese [22] ainsi que Stanton et al. [41] n’ont trouvé aucune différence par rapport à l’image corporelle entre les deux types de traitements. Certains auteurs ont sou- ligné une corrélation positive entre l’évaluation de la menace de la récidive et l’étendue de la maladie [15].

Damato [7] a montré chez 240 patients atteints d’un méla- nome de la choroïde, la présence plus importante de peurs en lien avec une éventuelle récidive et/ou une éventuelle progression métastatique de la maladie chez des patients énucléés par rapport aux patients ayant bénéficié d’un traite- ment conservateur, évalués dans le contexte post-traitement.

Manschot et al. [29], quant à eux n’ont pas trouvé une moindre présence de PRC et de préoccupations quant à l’évolution métastatique de la maladie chez des patients initialement énucléés.

Présence des aidants naturels

Selon les résultats de l’étude de Northouse [33], les patientes ayant peu d’aidants naturels présentent plus d’inquiétudes par rapport à une éventuelle récidive. Plusieurs études mon- trent une présence plus importante de PRC chez les aidants naturels que chez les patients atteints d’un cancer [16].

Temps écoulé depuis l’annonce

Les résultats sur le lien entre le temps écoulé depuis l’annonce de la maladie et la PRC s’avèrent contradictoires.

Certaines études montrent une diminution de la PRC au fil du temps [34], d’autres soulignent l’effet inverse [19], tandis que d’autres encore ne trouvent aucune différence d’intensité de la PRC aux différents temps du parcours de soin (avant le début du traitement ou lors du suivi post-traitement) [40].

Souvent, les patientes présentent plus de plaintes psycho- logiques et de sentiment d’insécurité juste avant les consul- tations médicales. Les rendez-vous médicaux sont associés avec la PRC. Une étude de Kiebert et al. [18] montre que les patients rapportent moins de PRC et moins de plaintes physiques et psychiques deux semaines après le rendez- vous de surveillance que le jour de la consultation. Il n’y a pas de différence statistiquement significative dans le niveau des plaintes physiques et psychiques entre un mois avant et le jour de la visite de contrôle. Ces résultats confirment l’hypothèse que les consultations de suivi régulier ayant une action immédiate rassurante pour les patients les rendent par la suite de plus en plus anxieux avant les rendez-vous de suivi [36].

Variables sociodémographiques

La PRC est corrélée négativement à l’âge [15], au sexe féminin [30,38,40,41]. En revanche les résultats sont contra- dictoires quant au niveau d’éducation [31,47].

Caractéristiques psychologiques Détresse psychologique, anxiété–état

Les résultats de plusieurs études mettent en avant un lien évident entre ladétresse psychologique et la PRC chez les patients et les survivants d’un cancer [4,20], notamment avec la sous-dimension del’anxiété–état[25]. En revanche, une plus faible corrélation entre la PRC et la dépression est observée par Simard et Savard [38].

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Trait de personnalité anxieux et PRC

Un lien entre la PRC et la présence de névrosisme, de négativité affectiveou d’un trait de personnalité anxieuse est souvent observé.

Notion d’incertitude

Certains auteurs ont étudié, la plupart du temps chez des femmes atteintes d’un cancer du sein, le lien entre la PRC, l’intolérance à l’incertitude et lecoping. Hilton [15] a observé un lien positif entre la perception de la menace de récidive et cinq stratégies adaptatives : l’autocontrôle, l’acceptation de la responsabilité, l’échappement-évitement, la planification de résolution de problèmes et la demande de soutien social.

Wong et Bramwell [50] se sont intéressés au lien entre l’incertitude et l’anxiété des patientes après une mastecto- mie, ils ont observé 48 % de patientes exprimant de l’incer- titude et beaucoup d’entre elles évoquaient un besoin de savoir si les cellules cancéreuses étaient encore dans leur corps. De plus, ces patientes avaient des pensées intrusives de type que « le cancer peut revenir ». La plupart des patientes (88 %) exprimaient la présence d’une anxiété et 86 % rapportaient plus qu’une source d’angoisse. Ces résul- tats suggèrent que l’incertitude serait positivement liée à l’état d’anxiété à la suite de l’hospitalisation.

Pensées intrusives, adaptation par évitement

Certains auteurs relatent de fortes corrélations entre la PRC et laprésence d’intrusions cognitives et de comportements d’évitement, ce qu’ils expliquent par la nature traumatique de la récidive [38].

D’après les études de Northouse [33] et de Stanton et al.

[41], lecoping par évitement au moment du diagnosticpré- dit de la présence importante de la PRC à un an du diagnostic chez des patientes atteintes d’un cancer du sein et traitées par mastectomie. L’adaptation par évitement est associée à la diminution de la détresse psychologique à trois mois du trai- tement, mais également à une PRC plus élevée un an après le traitement. Cela confirme non seulement le fait que l’évite- ment serait un facteur de risque pour la PRC, mais aussi que la PRC est un concept spécifique et différent de celui de la détresse psychologique [38].

L’étude récente de Simard et al. [39] montre que les idéa- tions intrusives en lien avec une éventuelle récidive ont des caractéristiques de ruminations anxieuses de niveau faible et modéré.

Qualité de vie

Simard et Savard [38] trouvent des corrélations faibles ou modérées entre la PRC et la qualité de vie, mesurées à

l’aide du questionnaire QLQ-C30. L’impact négatif de la PRC sur la qualité de vie globale ainsi que sur les sous-dimensions (physique, activités professionnelles et loisirs, cognitive et fonctionnement social) a été retrouvé.

Selon Vickberg [46], la qualité de vie des patientes attein- tes de cancer du sein est altérée à plusieurs niveaux (psycho- social, physique et émotionnel). Parmi les problèmes les plus souvent cités se trouvent : les difficultés émotionnelles, les problèmes liés aux relations intimes et la sexualité, l’image corporelle, la perception de soi, les problèmes en lien avec la féminité, les problèmes financiers, les douleurs et la souf- france physique, les difficultés au plan des activités profes- sionnelles et personnelles, les obstacles dans la réalisation des objectifs ainsi que les problèmes dans les relations sociales.

Dans une étude qualitative effectuée par Vickberg et por- tant sur 16 patientes à distance du traitement pour un cancer du sein [46], la PRC était associée de façon positive et néga- tive aux interactions avec d’autres personnes atteintes d’un cancer. De plus, un niveau léger et modéré de PRC était associé à une plus grande focalisation sur d’autres événe- ments de vie ou d’autres maladies. Cela pourrait être consi- déré comme les distractions adaptatives dans une mise à distance de la maladie cancéreuse. Vickberg mentionne éga- lement des idéations en lien avec la mort qui étaient au centre des pensées associées à la PRC, sans toutefois être les seules.

Les angoisses par rapport à la possibilité d’un nouveau traitement, en particulier une chimiothérapie, étaient très présentes, et les difficultés émotionnelles étaient saillantes.

De manière générale, les craintes les plus courantes étaient de nature physique, en revanche celles les moins fréquentes étaient en lien avec l’identité, la sexualité et les relations interpersonnelles. Vickberg [46] fait un parallèle entre la complexité des conséquences d’un cancer du sein sur le plan psychosocial et la PRC qui semble également être un concept composé de multiples facettes.

Peur de la récidive : modèle théorique

Le modèle théorique de l’autorégulation de la maladie de Leventhal et al. [26] peut être utile dans la compréhension des réactions à la survenue du cancer et de la PRC [25].

Initialement, ce modèle a été proposé comme une théorisa- tion de l’adhérence au traitement médical. Chaque individu possède une représentation personnelle de la maladie déclen- chée en identifiant des expériences somatiques et en inter- prétant des sensations somatiques utilisant un système de traitement cognitif et émotionnel. Ce modèle est fondé sur trois principaux postulats.

Premièrement que l’individu est un agent actif dans la résolution du problème spécifique. Cela veut dire qu’il

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tente de diminuer l’écart entre son état de santé réel et actuel et celui auquel il aspire. Deuxièmement, que la représenta- tion cognitive et émotionnelle de la menace de la maladie influence l’adaptation à la maladie et l’évaluation de son efficacité.

Et troisièmement que le caractère de la représentation est personnel et propre à chacun, étant parfois différent, voire opposé à la réalité médicale.

Nous pouvons alors dire que les réactions des patients face au cancer varient en fonction des représentations personnelles en lien avec la maladie cancéreuse.

En accord avec le modèle de Leventhal et al., Lee-Jones et al. [25] émettent l’hypothèse suivante : la peur de la récidive varierait selon la représentation de la maladie.

Cette peur spécifique peut avoir des effets bénéfiques pour le patient. Elle peut par exemple le motiver dans son autocontrôle et sa compliance aux examens médicaux ainsi qu’avoir une fonction d’alerte adaptée. Cependant, les angoisses en lien avec une éventuelle récidive peuvent devenir excessives et disproportionnées par rapport à la situation réelle, et envahir la vie de la personne en rémission.

Les patients ayant une plus forte PRC peuvent considérer le cancer comme une maladie chronique, avec des anticipations négatives concernant ses conséquences (par exemple la douleur) qui sont difficilement contrôlables.

La formulation de la PRC propose que les stimuli tant internes qu’externes jouent un rôle dans l’activation des réponses cognitives associées à la PRC. Les indices somati- ques sont interprétés et prennent fonction de rappels de la maladie ou d’indicateurs de son éventuel retour [9,33]. De façon similaire, les indices médicaux associés à la maladie, comme par exemple les visites médicales de contrôle à l’hôpital ou l’exposition hasardeuse aux informations sur le cancer provenant des médias augmentent l’anxiété et les inquiétudes d’une éventuelle récidive [9,33]. De plus, les patients sont souvent conscients que leur famille est égale- ment concernée par la récidive de leur maladie, ce qui peut augmenter leurs propres préoccupations. Les recherches ont prouvé que les patients et leurs aidants naturels sont tous les deux concernés par la récidive de la maladie cancéreuse [33].

Au contraire des patients, les aidants peuvent plus facilement choisir d’éviter les discussions associées à la santé et au diagnostic du cancer [28].

Lee-Jones et al. [25] proposent d’interpréter la PRC en faisant référence aux cognitions, aux croyances et aux émotions. Les cognitions contiennent des inquiétudes en lien avec une éventuelle récidive, des doutes sur l’éradication totale de la maladie et les examens médicaux [27,33]. Les patients se croyant à risque d’une récidive sont plus réactifs sur le plan émotionnel, même dans le contexte d’exposition à un stimulus somatique neutre [9]. De la même façon, l’ex- périence passée, en lien avec le cancer, aura un effet sur le degré de vulnérabilité perçue par rapport au risque d’une

éventuelle récidive [26]. Il n’est pas très surprenant que l’influence de ces cognitions donne lieu à une réponse émotionnelle de peur.

Lee-Jones et al. [25] ont identifié certaines conséquences possibles de fortes inquiétudes par rapport à la survenue d’une éventuelle récidive :

la PRC engendre la survenue de préoccupations anxieuses et de comportements de vérification (exemple : autopal- pation, recours aux examens médicaux de contrôle non programmés) [22] ;

la présence des limitations des projets pour l’avenir résul- tant de l’association entre la PRC et le désespoir, produi- sent directement une réduction des actions futures [33] ;

le sentiment important d’incertitude pour l’avenir est posi- tivement corrélé à l’anxiété-trait [50] et aux crises d’angoisses, ce qui reste encore à confirmer chez les patients atteints d’un cancer [25] ;

la mauvaise interprétation de signaux corporels peut engendrer des comportements de recours à une réassu- rance auprès de professionnels de santé. La perception de stimuli externes et internes peut influencer des cognitions et des croyances provoquant des réponses émotionnelles d’angoisse. Un niveau important de la PRC peut résulter des comportements inadaptés comme des préoccupations anxieuses et des vérifications excessives, tout en majorant les angoisses de la progression de la maladie.

Le concept de la PRC, proposé par Lee-Jones et al. [25], est issu d’une théorie cognitive et comportementale et notamment du modèle cognitif de Beck et Clark [4]. Les inquiétudes en lien avec une éventuelle récidive surviennent sur un terrain d’antécédents d’une maladie cancéreuse, déclenchées par des stimuli internes (sensations physiques somatosensorielles) ou externes (professionnels de santé, médias, famille) et associées aux prédispositions de fonc- tionnement personnel ainsi qu’au style decopingutilisé par le passé. C’est par ce biais et grâce à cebackground(expé- riences passées en lien avec la maladie et le traitement, connaissances de base, croyances sur l’éradication de la maladie ou pas), que le patient, nommé également le « survi- vant » du cancer, interprète sa situation et perçoit le risque éventuel d’une récidive. Les cognitions issues de ces réflexions provoquent des conséquences émotionnelles et comportementales. Cela veut dire que le patient fait expé- rience d’idéations intrusives (sous forme de pensées obsé- dantes ou anxieuses) qui provoquent des angoisses et bien souvent aussi des sensations corporelles associées à l’anxiété (hyperactivation émotionnelle), ces dernières conduisent à une interprétation erronée qui majore l’intensité des angois- ses. Sur le plan comportemental selon Lee-Jones et al. [25], le patient engage des conduites compulsives de type hypocondriaque (autopalpations, recherche de réassurance, visites médicales de contrôle).

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Lien entre PRC et stratégies adaptatives

Selon l’approche clinique, nous apercevons que la flexibilité des stratégies adaptatives en fonction du contexte est asso- ciée à une bonne adaptation à la maladie et à une moindre présence de symptômes anxieux et dépressifs. En revanche, un coping plus rigide est souvent lié à une moins bonne adaptation psychologique ainsi qu’à une moins bonne santé mentale des patients. Les patients présentant une PRC utili- seraient des stratégies adaptatives, mais considérées comme non efficaces, même s’il s’agit de stratégies orientées vers la résolution de problèmes. Ils se représentent le problème comme une menace à leur bien-être et doutent de leurs capacités à le résoudre avec succès [8]. Dans le contexte des inquiétudes face à la maladie, Langlois et al. [20] font référence à la perception de menace exagérée devant le symptôme physique qui empêche de le gérer efficacement, puis de la perception du danger qui limite les capacités de résolution de problèmes.

Évitement cognitif

L’évitement cognitif trouve également sa place parmi les variables impliquées dans l’inquiétude face à la maladie [20]. Ce type de réaction peut sembler contradictoire avec la tendance à calmer son anxiété à deux manières. Première- ment afin de diminuer son incertitude, un patient présentant un niveau de PRC élevé, selon la théorie de Borkovec et al.

[5], va éviter les images anxiogènes ainsi que l’activation physiologique qui les accompagne en mettant en place des ruminations anxieuses qu’il considère comme moins anxio- gènes. Deuxièmement, il va rechercher des informations supplémentaires au sujet de sa maladie tout en évitant celles qui seraient potentiellement menaçantes et susceptibles d’évoquer des symptômes anxieux. Ce mécanisme a été démontré dans le contexte de l’hypocondrie et de l’anxiété à l’égard de la santé par rapport à la réassurance. Le sujet se croyant atteint d’une maladie grave va rechercher unique- ment des informations prouvant qu’il n’en souffre pas [21].

Suite à cette réassurance, le sujet se sent obligé de chasser à nouveau ces nouvelles images qui peuvent provoquer de l’anxiété [20]. Il devient alors « prisonnier » d’un processus d’alternance entre un état d’hypervigilance associée au caractère incertain de la situation et des conduites d’évite- ment des images mettant en place des idéations anxieuses, accompagnées à leur tour de sensations anxiogènes [49].

Adaptation par évitement

Selon Stanton et al. [41], l’adaptation par évitement mesuré une semaine avant l’intervention chirurgicale pour un cancer du sein, était associée à une faible détresse psychologique

trois mois après l’opération, mais également à une PRC plus importante un an post-traitement. Certains auteurs ont identifié lecopingpar évitement comme un facteur de risque pour une adaptation négative chez les malades atteints d’un cancer [42]. D’autres auteurs ont mis en perspective l’efficacité de l’adaptation par évitement à court terme (dans les premières phases après l’annonce du diagnostic), mais inadapté par la suite et engendrant une détresse émotionnelle [44].

Adaptation par espoir

L’adaptation par espoir est également une stratégie adapta- tive associée à la PRC. Les patientes ayant un faible niveau d’espoir et une forte croyance religieuse au moment du diag- nostic du cancer ont un bon niveau d’ajustement émotionnel dans le temps et celles avec un faible espoir associé à une faible croyance religieuse présentent une moins bonne adap- tation. En revanche, une forte croyance religieuse prédit l’altération de l’adaptation émotionnelle chez les patientes ayant un fort niveau espoir. Le faible niveau decopingpar croyances religieuses provoque chez les patients ayant un espoir élevé une meilleure adaptation [41]. Les patientes caractérisées par une forte intensité d’espoir ont un niveau de PRC moins élevé trois mois après le traitement à condition d’avoir utilisé une stratégie adaptative de réinterprétation positiveau moment du diagnostic [41].

Interventions thérapeutiques

Les seules interventions existantes sur la PRC ont été propo- sées par Herschbach et al. [12,13] et Humphris et al. [17].

Il existe aussi des d’interventions faites sur les pensées intru- sives et l’évitement [2], qui se révèlent efficaces pour les pensées intrusives, mais très peu pour l’évitement des idéations en lien avec le cancer.

Nous proposons une réflexion théorique et clinique autour des interventions sur la peur du retour ou la progres- sion de la maladie cancéreuse.

Pour qui ?

Nous pouvons imaginer la mise en place, soit d’inter- ventions systématiques pour des groupes de patients les plus à risque, soit d’un dépistage des patients ayant un trait de fonctionnement anxieux ou utilisant des stratégies adap- tatives (dénégation, évitement) les prédisposant à la PRC.

À quel moment ?

Les interventions pourraient avoir lieu avant le traitement ou alors au début du traitement. Dans les deux cas, une distance

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suffisante du diagnostic serait conseillée afin de privilégier une adaptation spontanée des patients. Le dépistage avant le début du traitement ou dans sa première phase pourrait être effectué, soit à l’aide d’outils spécifiques pour identifier la PRC (IPRC) [38], soit d’un Questionnaire d’Évitement Cognitif (QEC) [10] plutôt général qui pourrait être accepté plus facilement dans le contexte de traitements débutants, tenant compte du lien entre l’évitement cognitif et la PRC.

Quelles interventions ?

Nous proposons des interventions structurées (en individuel et/ou en groupe) inspirées des thérapies cognitives et com- portementales et faisant également référence aux thérapies par et sur les émotions et notamment à la thérapie basée sur la pleine conscience Mindfulness [24]. Il s’agit de stra- tégies de restructuration cognitive [31], mais aussi d’identi- fication et d’exposition aux événements angoissants sans rechercher à les combattre, ni à les fuir, mais en essayant de les accepter. Une partie éducative est intégrée, elle concerne les conséquences de l’évitement cognitif et émotionnel à long terme avec l’idée d’un cercle vicieux des inquiétudes [49] ainsi que des effets contre-productifs associés à la suppression des pensées [48]. L’objectif serait plutôt de minimiser la PRC et la détresse existantes mais également de privilégier le sentiment de bien-être subjectif et l’adaptation psychosociale positive [1]. De même au plan émotionnel, la présence de diverses émotions (positives et négatives) trouve sa place dans le contexte psychopatho- logique général [26], mais également et surtout dans le contexte spécifique de la psycho-oncologie. Ce qui compte le plus, c’est de faire l’expérience de «l’ici et maintenant» sans jugement, ni anticipations positives ou négatives. Cela s’avère parfois difficile dans notre société occidentale actuelle, caractérisée par « l’économie de la pensée » et

« l’automatisme », divisant le monde de manière dicho- tomique et sollicitant des jugements rapides et réduits en termes «bon ou mauvais» afin d’agir au plus vite possible.

Nous invitons les malades à prendre leur temps pour faire expérience plus nuancée dans laquelle chaque émotion peut trouver sa place.

Conclusion

Le concept de la PRC s’apparente à la détresse et aux trou- bles anxieux tout en gardant les caractéristiques spécifiques d’un trouble psychologique à part entière. Il s’avère néces- saire d’approfondir, non seulement sa connaissance d’un point de vue théorique en mettant en place des études ciblées sur l’évaluation de la PRC, mais également d’un point de vue clinique auprès des patients atteints d’un cancer. Compte tenu de son lien à l’évitement cognitif et émotionnel, la PRC

nécessite d’être dépisté chez des patients atteints de cancer dans une première phase de traitement, mais aussi dans un suivi à long terme des patients en rémission. Les interven- tions possibles doivent viser tout d’abord l’évitement cogni- tif et l’acceptation émotionnelle tout en favorisant les stratégies personnelles efficaces et le bien-être subjectif.

Conflit d’intérêt : les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt.

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