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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Byl, B. (2004). Application de la technique ELISPOT à l'évaluation de réponses vaccinales (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Médecine – Médecine, Bruxelles.
Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/211189/1/06fbada5-0a1a-42ca-a585-0d256b45fdbf.txt
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Université Libre de Bruxeiles
Faculté de Médecine
Laboratoire d’immunologie Expérimentale
ULB - Campus Erasme
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Application de la technique EUSPOT à l’évaluation de réponses vaccinales
Baudouin Byl
Promoteur : Professeur M. Goldman Co-promoteur : Professeur F. Mascart Thèse présentée en vue de l’obtention du titre de
Docteur en Sciences Médicales
Année académique 2003-2004
ikomL
Université Libre de Bruxeiies
Faculté de Médecine
Laboratoire d’immunologie Expérimentale
Application de la technique ELISPOT à l’évaluation de réponses vaccinales
Baudouin Byl
Promoteur : Professeur M. Goldman Co-promoteur : Professeur F. Mascart Thèse présentée en vue de l’obtention du titre de
Docteur en Sciences Médicales
Année académique 2003-2004
Nombreux sont celles et ceux qui m'ont accueilli et aidé, Nombreux sont celles et ceux qui m 'ont guidé, Nombreux sont celles et ceux qui m'ont soutenu, voire supporté, tout au long de ces travaux,
Qu 'elles et ils trouvent toutes et tous ici l'expression de ma gratitude.
Je tiens également à remercier les nombreux patients et volontaires qui y ont contribué.
Je dédie, modestement, cet ouvrage aux Maîtres qui m'ont initié à l'Art Médical et plus particulièrement dans le domaine des maladies infectieuses.
Baudouin Byl
Ces travaux ont bénéficié du soutien du Fond de la Recherche Scientifique Médicale Belge,
de la Fondation Erasme, de la Clinique des Maladies Infectieuses de l’Hôpital Erasme, de la
société OM-Pharma (Meyrin, Suisse) et d’un don de Roche Belgique.
Composition du Jury
Président
Pr Jacques Devière, Université Libre de Bruxelles
Secrétaire
Pr Michel Goldman, Université Libre de Bruxelles
Membres
Pr Nathan Clumeck, Université Libre de Bruxelles Pr Jean Content, Institut Pasteur de Bruxelles Pr Geert Leroux-Roels, Université de Gand
Pr Françoise Mascart, Université Libre de Bruxelles Pr Michel Moutschen, Université de Liège
Pr Jean-Paul Van Vooren, Université Libre de Bruxelles
Table des matières
Première partie : Dissertation de thèse e
Abréviations...7
1. INTRODUCTION... 10
1.1. Généralités sur la réponse immune... 10
1.1.1. immunité naturelie ou non spécifique... ...10
1.1.2. Le LPS... 13
1.1.3. Les cellules dendritiques... 16
1.1.4. Réponse spécifique et activation des lymphocytes T...24
1.1.5. Stimulation du lymphocyte B... 31
1.1.6. L’anatoxine tétanique... 31
1.1.7. Les superantigènes... 32
1.1.8. Les Heat Shock Proteins... 33
1.1.9. Anergie et apoptose... 33
1.1.10. Réponse de type 1 et de type 2... 34
1.2. Modulation de la réponse lymphocytaire... 41
1.3. Réponse vaccinale, immunomodulation pharmacologique et adjuvants... 45
1.3.1. Les différentes catégories de vaccins... 45
1.3.2. Immunomodulation en vaccinologie - les adjuvants... 47
1.3.3. Adjuvants immunostimulateurs... 49
1.3.4. Adjuvants particulaires et copolymères... 51
1.4. Réponse vaccinale à l’administration par voie muqueuse et modulation de l’immunité muqueuse... 51
2. OBJECTIFS DU TRAVAIL ... 55
3. MATERIEL ET METHODES ... 56
3.1. Analyse de la production de cytokines à l’échelon cellulaire par ELISPOT...56
3.2. Mise au point de la technique d’ELISPOT appliquée à l’énumération des cellules productrices de cytokines... 58
3.2.1. Cinétique de la production de cytokines après stimulation in vitro... 58
3.2.2. Cinétique de l’apparition de cellules productrices de cytokines au cours d’une réponse
vaccinale... 59
4. RESULTATS ... 61
4.1. Analyse à l’échelon cellulaire de la réponse des cellules T spécifiques de l’anatoxine tétanique chez des patients infectés par le VIH...61
Données complémentaires : Production d’IFN-y et d’IL-4 en réponse à une stimulation polyclonale au cours de l’infection aiguë par le VIH... 62
4.2. L’extrait bactérien OM-85 BV induit une production d’IFN-y dépendante de l’IL-12 par les lymphocytes CD4+ chez l’homme... 64
4.3. Etude in vitro de l’effet adjuvant d’un analogue du Lipide A, l’OM-197...65
5. DISCUSSION... 66
5.1. Introduction... 66
5.2. Suivi de la réponse immune... 69
5.3. Altérations de la réponse immune au cours de l’infection par le VIH... 70
5.3.1. Restauration de la fonction immune... 75
5.3.2. Approche vaccinale... 76
5.4. Cellules dendritiques et adjuvants vaccinaux... ... 80
5.5. Immunisation par voie muqueuse... 81
5.6. Agents mimétiques du Lipide A et adjuvants...83
6. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES ... 87
7. LISTE DES FIGURES...88
8. REFERENCES ... 89
Deuxième partie : Thèse annexe 103 1. RÉSUMÉ... 104
2. RÉFÉRENCES... 105
Annexe : Curriculum vitae io6
Première Partie : Dissertation de thèse
Abréviations
APC Antigen presenting cells, cellules présentatrices d’antigènes CD Cellules dendritiques
CpG ODN Oligodeoxynucléotide contenant des motifs Cytosine-phosphate
CTL
Guanosine
Cytotoxic T lymphocytes
ELISPOT Enzyme-linked immunospot assay HLA Human leucocyte antigen
HSP Heat Shock Protein LPS Lipopolysaccharide
MHC Major histocompatibility complex NK Natural killer, cellules tueuses naturelles PAMP Pathogen-associated molecular pattern PBMC Peripheral blood mononuclear cells PHA Phytohémagglutinine A
PPR Pattern récognition receptor TLR Toll-like receptor
TNF-a Tumor-necrosis factor-a
Résumé
Le développement des stratégies vaccinales a été initialement essentiellement basé sur une approche empirique, et le monitoring de la réponse immime naturelle ou vaccinale a longtemps reposé uniquement sur la titration des anticorps, négligeant ainsi les aspects de la réponse cellulaire. Cette approche a néanmoins montré ses limites, soulignées par les difficultés à mettre au point des vaccins efficaces contre une série de micro-organismes infectieux tels que certains parasites, virus responsables d’infections chroniques ou micro
organismes infectieux intracellulaires.
Notre objectif a été de développer l’analyse de la production de cytokines à l’échelon cellulaire afin de l’appliquer à la réponse immune au cours de l’infection par le VIH et à la caractérisation de l’effet d’adjuvants vaccinaux naturels et synthétiques.
La technique développée, l’ELISPOT (enzyme-linked immunospot), permet à la fois de caractériser le phénotype et d’énumérer le nombre de cellules produisant activement des cytokines en réponse à une stimulation antigénique.
A l’aide de cette technique, nous avons pu étudier la réponse immune à des antigènes bactériens et des mitogènes chez des volontaires sains et des patients infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) investigués à différents stades de l’infection [Byl et al.
1999]. Nous avons montré que la réponse lymphocytaire à un mitogène induisait une production comparable d’IFN-y parmi les patients infectés et les témoins, tandis que la production d’IL-4 induite par le mitogène était profondément diminuée. Nous avons montré que la source des deux cytokines différait et que seuls les lymphocytes CD4+ étaient capables de produire de l’IL-4 en réponse à un mitogène. Par contre, après l’administration in vivo d’anatoxine tétanique, il est apparu que la réponse lymphocytaire à une stimulation in vitro par cet agent était marquée par une diminution de la production des deux cytokines analysées, production limitée aux lymphocytes CD4+.
Nos travaux sur un extrait bactérien, l’OM-85 BV, utilisé comme agent immunostimulant,
nous ont conduits à démontrer que son effet sur la production d’IFN-y nécessitait la
présentation par des cellules présentatrices d’antigènes et requérait la présence d’IL-12 [Byl et
al. 1998]. Parmi les cellules présentatrices d’antigènes, les cellules dendritiques jouent un rôle
fondamental dans l’initiation de la réponse antigénique. Ces cellules voient leurs capacités
immunostimulatrices réduites dans de nombreuses circonstances où l’on peut mettre en
évidence une atteinte fonctionnelle du système immunitaire. Les molécules capables d’induire
la stimulation et la maturation des cellules dendritiques pourraient être amenées à jouer un rôle important dans la modulation de la réponse immune, et certaines d’entre-elles pourraient être utilisées dans des vaccins thérapeutiques ou préventifs. Nous avons dès lors étudié les propriétés immunomodulatrices d’un analogue synthétique du LPS, l’OM-197, dépourvu des propriétés endotoxigéniques de ce dernier [Byl et al. 2003b]. Ce produit est apparu capable d’induire la maturation des cellules dendritiques du sang circulant ou dérivées des monocytes circulants ainsi que la production d’EL-12. Nous avons montré que cette maturation était efficace pour induire une réponse primaire in vitro caractérisée par la génération de lymphocytes sécrétant de l’IFN-y spécifique à l’antigène HBs chez des sujets naïfs pour cet antigène. Le profil de la réponse générée in vitro à l’aide de l’OM-197 correspond au profil qui théoriquement pourrait induire une réponse immune cellulaire adéquate. En effet, de nombreuses études ont mis en évidence que l’efficacité de la réponse immune et l’élimination d’un agent infectieux pouvait dépendre du type de cytokines produites dans les phases initiales de l’infection. D’autre part, les infections pour lesquelles les approches vaccinales empiriques n’ont pas encore abouti (telles que l’infection par le VIH ou par Plasmodium, ou la vaccination thérapeutique vis-à-vis de maladies cancéreuses) partagent la caractéristique de devoir probablement nécessiter une réponse dite de type T helper 1 (Thl), caractérisée par la production d’Interféron-y (IFN-y) et de lymphocytes cytotoxiques.
En conclusion, l’application de la technique ELISPOT à l’analyse à l’échelon cellulaire de
la production de cytokines par les lymphocytes nous a permis de préciser l’anomalie
fonctionnelle des lymphocytes CD4+ de patients infectés par le VIH, de mettre en évidence la
capacité d’un extrait bactérien à induire la production de cytokines de type Thl via l’action de
cellules présentatrices d’antigènes et la production d’IL-12, et de démontrer la capacité d’un
analogue synthétique du LPS à induire la maturation des cellules dendritiques et une réponse
primaire in vitro. L’ensemble de ces données souligne l’intérêt de l’analyse à l’échelon
cellulaire de la production de cytokines et suggère l’intérêt que pourrait avoir l’utilisation de
l’OM-197 pour induire une modulation de la réponse immune et l’orientation spécifique de
celle-ci vers un profil apte à maîtriser une infection virale chronique ou la prolifération de
cellules tumorales. L’OM-197 pourrait être utilisé comme adjuvant vaccinal ou pour puiser
des cellules dendritiques.
1 . Introduction
1.1. Généralités sur la réponse immune
L’évolution de la défense des organismes vivants vis-à-vis d’une agression par un agent extérieur est caractérisée par le développement de deux axes complémentaires et intimement liés : l’immunité non spécifique et l’immunité spécifique.
1.1.1. Immunité naturelle ou non spécifique
Lorsqu’un organisme étranger efffacte les barrières cutanéo-muqueuses d’un individu, il initie en premier lieu des réponses immunes non spécifiques conduisant à la réaction inflammatoire.
Elles sont apparues les premières dans l’évolution des espèces. Elles impliquent des médiateurs moléculaires et cellulaires. Les composants cellulaires comprennent les leucocytes polynucléaires, les monocytes et macrophages, les cellules dendritiques, les cellules NK {natural killer) et les lymphocytes yô. Les insectes et les vertébrés partagent une famille de récepteurs cellulaires impliqués dans cette réponse non spécifique. Ces récepteurs sont connus chez l’homme sous le nom de Toll-like receptors (TLR), par analogie au récepteur identifié chez la drosophile qui porte le nom de Toll protein. Ils sont présents à la surface des polynucléaires neutrophiles et des cellules présentatrices d’antigènes et reconnaissent des structures moléculaires dérivées de micro-organismes, telles que le lipopolysaccharide (LPS) de la paroi des bactéries à Gram négatif, l’acide lipoteichoique de la paroi des bactéries à Gram positif ou les ADN et ARN bactériens.
Il est plus récemment apparu que ces TLR sont également capables de reconnaître des molécules endogènes et que, plus largement, ils auraient un rôle de surveillance consistant à détecter les produits de dégradation de certaines macromolécules endogènes telles que les protéoglycans [Johnson et al. 2003]. Ceci explique que des agents exogènes qui ne sont pas capables de stimuler directement les TLR induisent malgré tout une réponse inflammatoire.
Celle-ci prend alors son origine au niveau de ces produits de dégradation de macromolécules
endogènes.
Les récepteurs TLR initient une cascade d’événements intracellulaires qui conduisent à la transcription de gènes impliqués dans le processus de l’inflanamation. Le site d’atteinte initiale, qui le plus souvent sera épithélial, libère d’importantes quantités de cytokines inflammatoires telles que l’Interleukine-1 et le Tumor Necrosis Factor-a (TNF-a). Ces cytokines induisent, par action autocrine ou paracrine, plusieurs voies d’activation intracellulaires, dont celle du nuclear factor-KB (NF-icB). Cette dernière voie d’activation régule notamment l’expression de nombreux gènes liés à l’inflammation cutanée tels que les gènes de l’E-sélectine, diverses chemokines et molécules d’adhésion vasculaire.
Au cours de la réaction inflammatoire, les leucocytes sont recrutés par chimiotactisme vers le site de la réaction et activés. Les monocytes sanguins arrivés au site de l’infection, une fois activés, se transforment en cellules effectrices puissantes, les macrophages. Ceux-ci constituent le pont entre immunité naturelle et immunité spécifique. Dans le cadre de la réponse immune non spécifique, les macrophages vont phagocyter et détruire les micro
organismes présents. Ils vont également produire d’importantes quantités de cytokines inflammatoires telles que l’fL-l, l’IL-ô, le TNF-a, et l’IL-12. Ces diverses cytokines vont stimuler les cellules NK qui représentent une source importante d’ILN-y. Les macrophages vont également jouer le rôle de cellules présentatrices d’antigènes aux lymphocytes et initier ainsi la réponse immune spécifique.
Le TNF-a est produit principalement par les cellules mononucléées (monocytes et macrophages) en réponse à une stimulation par des molécules d’origine microbienne telles que le LPS. Cette dernière molécule est d’ailleurs l’inducteur le plus puissant de TNF-a. Les propriétés pro-inflammatoires du TNF-a sont multiples et comprennent notamment l’augmentation de la perméabilité capillaire, la stimulation de l’activité phagocytaire des polynucléaires, la stimulation de l’activité pro-coagulante et la stimulation des centres de contrôle de la thermogenèse.
L’EL-12 est essentiellement produite par les cellules présentatrices d’antigènes telles que les
monocytes et les cellules dendritiques, mais aussi par les polynucléaires neutrophiles. L’EL-12
est une cytokine hétérodimère de 70 kD composée de 2 sous-unités liées de manière
covalente. Seul l’hétérodimère est actif Les deux composants sont régulés de façon
indépendante. Le monomère IL-12p40 est produit en large excès par rapport au dimère IL-
12p70. Il existe deux voies de production de l’IL-12 :
une voie indépendante des lymphocytes T : riL-12 est produite directement par les cellules phagocytaires et dendritiques en réponse à une stimulation par des produits bactériens, viraux, fongiques et parasitaires,
une voie dépendante des lymphocytes T : TEL-12 est produite par les cellules dendritiques et phagocytaires interagissant avec des lymphocytes activés via un signal de costimulation (le CD 40).
L’interleukine-12 joue un rôle charnière entre l’immunité spécifique et naturelle. Elle exerce un puissant effet sur les lymphocytes T et NK en induisant notamment la production de quantités importantes d’EFN-y. Par contre, le monomère p40 et la forme dimérique (p40)2 ont un effet antagoniste à celui de TEL-12 par blocage de la sous-unité pi du récepteur à TEL-12.
Un effet agoniste a cependant été observé chez des souris dépourvues d’EL-12p35 [Decken et al. 1998; Holscher e/a/ 2001].
D’autres cytokines partagent avec l’EL-12 le caractère hétérodimérique et la capacité à induire une production d’EFN-y ; riL-23 et l’EL-27 [Trinchieri 2003]. Ces cytokines composent la famille de TEL-12 et sont impliquées à différents stades de la réponse immune. L’EL-27 induit la prolifération clonale des lymphocytes CD4+ naïfs mais pas celle des lymphocytes mémoires. En cas d’infection, la nature de l’agent infectieux et la quantité présente induisent l’expression de profils variés d’interleukines de la famille de l’EL-12. Ceci explique pourquoi, chez un hôte spécifiquement déficient en une interleukine de la famille de riL-12, certains micro-organismes peuvent causer une infection chronique, alors que la réponse immune à d’autres micro-organismes est conservée [Brombacher et al. 2003].
Les lymphocytes NK participent à la réponse immune non spécifique. Doués de capacités cytotoxiques non spécifiques, ces lymphocytes n’expriment ni le TCR {T cell receptor spécifique des lymphocytes T), ni les immunoglobulines de surface spécifiques des lymphocytes B. Ils expriment irrégulièrement le CD16 et le CD56. Les lymphocytes NK sont activés par le contact avec des cellules dépourvues du complexe MHC de classe I autologue.
Avec les macrophages, ils constituent les composants cellulaires de la partie
phylogénétiquement la plus ancierme du système immunitaire, et jouent un rôle essentiel dans
la phase non spécifique de la réponse immune. Ils influencent également la réponse spécifique
des lymphocytes T, et, par le biais des interactions entre lymphoc}4es T et B, la réponse
humorale.
Les lymphocytes T yô représentent environ 10% de la population lymphocytaire. Ils se différencient des autres populations lymphocytaires T par la structure de leur TCR, composé des chaînes y et ô. Contrairement aux autres lymphocytes T porteurs du TCR ap, ils sont rapidement activés par les produits bactériens et sont capables, par la production secondaire d’IFN-y et de TNF-a, d’induire la production d’IL-12 par les cellules dendritiques et la stimulation consécutive des lymphocytes T. Une augmentation des lymphocytes Vy9Vô2 (qui représentent la population principale de lymphocytes yô chez l’homme) a été observée au cours d’infections telles que brucellose, ehrlichiose, listériose, salmonellose, tuberculose ou tularémie. Un certain nombre de composés naturels non peptidiques d’origine microbienne induisent l’expansion de cette sous-population lymphocytaire particulière [Eberl and Jomaa 2003].
Plus récemment, on a pu mettre en évidence une régulation de la production d’EFN-y des lymphocytes CD8+ indépendante de la production d’IL-12 ou des cellules NK dans un modèle murin d’infection par le LCMV {lymphocytic choriomeningitis virus) précédant de plusieurs jours l’expansion maximale de cette population CD8+ [Pien et al. 2002]. Cette voie d’activation apparaît directement dépendante de cytokines participant à la réponse non spécifique telles que l’IL-18 et les IFN-a et EFN-P, et illustre une autre voie de stimulation de la réponse spécifique au départ de la réponse immune non spécifique.
Parmi les cytokines faisant le lien entre immunité innée et acquise figurent en outre le GM- CSF, riL-15, l’IL-18, l’IL-1, et peut-être également TIL-2 (revu dans [Belardelli and Ferrantini 2002]). Citons encore pour mémoire l’effet des prostaglandines impliquées dans la réaction inflammatoire et qui agissent sur la maturation des cellules dendritiques [Morelli and Thomson 2003].
1.1.2. Le LPS
Le LPS ou lipopolysaccharide ou endotoxine est un composant glycolipidique présent dans la
membrane externe de toutes les bactéries à Gram négatif II est une des molécules clés dans le
déclenchement de la réponse inflammatoire. En particulier, certaines espèces bactériennes
possèdent un LPS extrêmement puissant à induire une coagulopathie ou un choc circulatoire.
La structure de tous les LPS adhère à un principe constant : un polysaccharide attaché à un composant lipidique appelé le Lipide A (figure 1). Le polysaccharide est composé d’un core et d’un polymère oligosaccharidique (l’antigène O) variable d’une espèce bactérienne à l’autre. La liaison entre le core polysaccharidique et le Lipide A se fait par l’intermédiaire d’un radical spécifique appelé l’acide 3deoxy-D-manno-2-octulosonique (KDO).
Le Lipide A est responsable de l’expression de cytokines induite par le LPS [Netea et al.
2002], Le LPS se lie au CD 14 (liaison facilitée par un couplage préalable à la LPS-binding protein ou LBP) et est présenté aux TLR. L’agrégation des CD14, TLR et d’autres protéines de surface conduit à la transmission du signal intracellulaire. Un effet lié à la dose peut être observé comme mis en évidence dans la relation entre la concentration sérique ou méningée de LPS de Neisseria meningitidis et les conséquences cliniques [Brandtzaeg et al. 2001].
Des expériences in vitro ont démontré une grande variation dans la capacité des LPS d’espèces bactériennes différentes d’induire la production de cytokines. Ainsi, le LPS de E.
coli, Salmonella sp., ou N. meningitidis est beaucoup plus puissant que le LPS de Rhodobacter sp.. Cette différence est liée notamment à la conformation tridimensionnelle du Lipide A. Cette conformation dépend de la longueur et de l’asymétrie des chaînes acylées et à la distribution des charges négatives (figure 2) [Seydel et al. 1993; Seydel et al 2003]. A l’état monomérique, le LPS stimule nettement moins efficacement les récepteurs qu’à l’état polymérique, mais c’est la structure monomérique qui induit la conformation supra- moléculaire des agrégats de LPS. La structure supra-moléculaire est lamellaire pour les formes cylindriques de LPS, et cubique ou hexagonale pour les formes coniques. Les Lipides A adoptant une conformation conique sont de puissants inducteurs de production de cytokines. Les Lipides A adoptant une conformation cylindrique ont un effet antagoniste sur les TLR par rapport aux formes coniques. Les cytokines produites en réponse au LPS dépendent ainsi de son origine. Par exemple, Porphyromonas gingivalis n’induit la production ni d’IL-12 p40 ni d’fFN-y mais induit par contre une production supérieure d’IL-5, EL-10 ou IL-13 à celle induite par le LPS d‘‘E. coli [Netea et al 2002]. Certains LPS (tels que celui de E. coli) stimulent préférentiellement TLR4, tandis que le LPS de Neisseria meningitidis stimule tant TLR4 que TLR2, et que d’autres LPS stimulent préférentiellement TLR2.
Il est utile de noter que certaines préparations purifiées de LPS sont sensiblement contaminées
par diverses lipoprotéines qui, agissant sur d’autres TLR que le LPS, peuvent potentiellement
Figure 1 : Représentation schématique de la structure du LPS
Lipide A Inner core Outer core Chaîne O-spécifique r ^--- s/--- ^
O phosphate 0 glucosamine O heptose
Le LPS comporte une partie lipidique, le lipide A, composé quasiment toujours de 2 glucosamines phosphatées portant un nombre variable de radicaux acylés, et auxquelles sont fixés Yinner core (comprenant le KDO), l'outer core, et la chaîne 0- spécifique constituée d'unités répétitives de 3 à 8 sucres. Ces trois dernières structures composent la partie polysaccharidique du LPS,
Figure 2 : Conformation spatiale du Lipide A
Le nombre de chaînes acylées du lipide A contribue à déterminer sa conformation spatiale en formes plus ou moins cylindriques (schéma extrait de [Netea et al 2002]).
LPS d’E. coff hexaacylé
LPS de P. glngivalls
pentaacytéPrécurseur tétraacylé du LPS
■ r ■ Æ)
) ( k (
O**.
fo, ) N-Ü ) V l
■- H U
/ r-OH
perturber certains résultats sur lesquels sont basées les connaissances actuelles de l’affinité entre les TLR et les différentes molécules de LPS [Hellman et al. 2003].
1.1.3. Les cellules dendritiques
Les cellules dendritiques (CD) sont les seules capables de stimuler les lymphocytes T naïfs quand elles sont pulsées avec des antigènes peptidiques et sont donc les cellules initiatrices de la réponse immune spécifique. Les cellules dendritiques humaines représentent un ensemble hétérogène de cellules dérivées de deux lignées distinctes, de phénotypes, de localisations et de missions différentes [Steinman et al. 1997; Banchereau et al. 2000].
La première lignée est celle des CD myéloïdes descendantes de progéniteurs médullaires. Ces cellules portent le marqueur CDl le et se différencient en cellules dendritiques épithéliales, les cellules de Langerhans (CDla et non-épithéliales ou interstitielles (CDla Ces cellules portent des marqueurs de surface communs aux macrophages et granulocytes. Les cellules interstitielles et de Langerhans diffèrent notamment par :
une meilleure capacité des cellules interstitielles à capturer les antigènes, une meilleure activité lysosomiale des CD interstitielles,
une capacité limitée aux CD interstitielles de stimuler les lymphocytes B,
un profil de production de cytokines différent : alors que ces deux sous-populations produisent de riL-12, seules les cellules dendritiques interstitielles produisent de l’IL-lO et sont capables d’induire la maturation des lymphocytes B.
Une deuxième lignée comprend les CD plasmacytoides (CDl le négatives). Ces cellules produisent d’importantes quantités d’IFN-a en réponse à une stimulation par des antigènes viraux. Elles sont essentiellement localisées dans la médullaire des ganglions et pourraient avoir une fonction dans le phénomène de tolérance immune par sélection négative et élimination des lymphocytes CD4+ par apoptose via Pas / Fas-ligand [Suss and Shortman 1996; Steinman and Inaha 1999].
(1) Recrutement des cellules dendritiques
Les CD s’accumulent très rapidement au site où se dépose un antigène et sont parmi les premières cellules à coloniser le site d’une inflammation muqueuse [MeWilliam et al. 1994].
Cette aecumulation est le fruit du recrutement des précurseurs médullaires. Ceux-ci migrent
dans un premier temps vers les tissus périphériques. La migration vers les différents sites est
dirigée par l’expression de récepteurs aux chemokines tels que CCRl, CCR5 et CCR6 et par des molécules d’adhésion. Ces différents récepteurs sont exprimés de façon variable à la surface des différents types de CD et ont une affinité variable pour les ligands que sont notamment les différentes chémokines MIP, RANTES (Regulated on Activation, Normal T cell-Expressed and Secreted),...
(2) Capture des antigènes
Pour capturer les antigènes, les CD immatures utilisent la macropinocytose, l’endocytose via les C-type lectine receptors ou le récepteur Fcy de type I, la phagocytose de particules telles que des débris cellulaires résultant de nécrose ou apoptose, et également le couplage des peptides aux heat shock proteins (HSP) de la membrane cellulaire. La capture d’antigènes induit le phénomène d’activation et de maturation des CD.
(3) Activation des cellules dendritiques
Pour être aptes à présenter un antigène aux lymphocytes, les cellules dendritiques doivent être activées. Cette activation est induite par l’action de cytokines de la famille du TNF telles que le TNF-a, Fas ligand, CD40 ligand et TRANCE et par la stimulation des pattern-recognition receptors (PRR) par les composants d’origine microbienne appelés pathogen-associated molecular pattern (PAMP). La plupart des PRR récemment identifiés appartiennent à la famille des récepteurs Toll. Dix TLR sont actuellement identifiés. La partie extracellulaire de ces récepteurs, composée d’un domaine riche en résidus leucines, a pour ligand un ensemble de molécules d’origines variées parmi lesquelles: les lipopeptides et lipoprotéines des mycoplasmes, mycobactéries et spirochètes (TLR2) ; les lipoprotéines et peptidoglycans de la paroi des bactéries à Gram positif (TLR2) ; les ARN viraux (TLR3) ; les acides lipoteichoiques des bactéries à Gram positif et le LPS des bacilles et coques à Gram négatif (TLR4) ; FHSP60 d’origine endogène ou exogène (TLR4) ; les flagellines bactériennes (TLR5) ; ou les CpG ODN (TLR9) [Kaisho and Akira 2002]. Le CD 14, quand il est exprimé, comme à la surface des monocytes, facilite l’interaction entre le LPS et le récepteur TLR4 ou TLR2. Le TLR4 est de plus couplé à une autre molécule indispensable à la recormaissance de ses ligands, le MD-2. Les récepteurs TLR forment des homodimères au niveau de la membrane cellulaire. Le TLR2 possède la particularité de nécessiter une dimérisation avec un autre TLR (TLR6 et TLRl notamment) pour déclencher l’activation intracellulaire. Les TLR possèdent une partie intracellulaire (TIR pour Toll/interleukinl receptor homology domain).
Cette partie intracellulaire interagit avec le myeloid différentiation factor 88 (MyD88).
Figure 3 : Voies de signalisation des TLR
Illustration schématique des voies de signalisation des récepteurs TLR4, TLR9 et TLR2 et de leur stimulation par les différents PAMP (d’après [O'Neill 2002; Kaisho and Akira 2002; UnderhIII and Ozinsky 2002; Akira 2003]).