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Oncologie : Article pp.252-256 du Vol.1 n°4 (2007)

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ARTICLE ORIGINAL

La sexualite´ du couple face au cancer : regards de femmes

Sexuality as a couple when faced with cancer: female perspective

H. Hoarau

A.-L. Favier

A. Hubert

Re´sume´ : Introduction:Dans les socie´te´s occidentales, la sexualite´ au sein d’un couple devient de plus en plus le barome`tre de sa survie. Que se passe-t-il quand le cancer, e´le´ment perturbateur de l’e´quilibre d’une personne, de son couple et de sa famille, intervient ? Comment se penser et penser l’autre dans la relation intime qui semble souder a`

pre´sent les conjoints ? Cherchant a` e´tablir le ve´cu des traitements et leur impact sur les relations familiales, deux situations ont e´te´ mises face a` face, celle de femmes soigne´es pour un cancer gyne´cologique et celle de femmes dont le conjoint a un cancer de la prostate. Elles ont permis de re´pondre a` ce questionnement en explorant les regards de ces femmes sur leur sexualite´ et leurs relations de couple en pre´sence de la maladie.

Me´thode : Entretiens individuels ouverts ou semi- directifs re´alise´s suivant les me´thodes anthropologiques.

Population : 30 femmes atteintes d’un cancer du col ou du corps de l’ute´rus, traite´es en ambulatoire par curie- the´rapie a` haut de´bit de dose, suivies pendant deux ans et 10 conjointes d’hommes traite´s pour un cancer de la prostate par radiothe´rapie externe. Moyenne d’aˆge : 58 ans.

Re´sultats : Ce sont le traitement et la maladie qui donnent en tout premier lieu du sens pour les femmes qui sont suivies pour un cancer (type de traitement, radio- activite´, peur de la rechute). Elles ne parlent de leur sexualite´ qu’a` partir du moment ou` elles vont eˆtre

« libe´re´es » de tout traitement et qu’elles entrent dans l’e´tape de la surveillance.

Pour les conjointes d’hommes malades, la sexualite´ et le bien-eˆtre du conjoint sont les deux premiers « secteurs » livre´s lors des entretiens.

La relation a` l’autre diffe`re : pour les malades, il faut

« faire face » et tenter d’expliquer au conjoint des con- se´quences physiques plus ou moins comprises. Pour les femmes de malades, on observe l’adoption d’un leitmotiv rythmant la vie sexuelle : « Je suis compre´hensive... »

Lorsque le corps est en souffrance, l’impact des repre´sentations du corps sur la sexualite´ apparaıˆt d’emble´e, tandis que lorsque c’est le corps du partenaire qui souffre, les repre´sentations de ce corps sont moins pre´gnantes que la fac¸on d’eˆtre avec l’autre. Le corps malade, que l’on peut toucher, qu’on ne peut pas toucher, qu’on s’autorise ou qu’on autorise a` toucher, et les repre´sentations qui y sont accole´es se re´ve`lent comme un facteur de compre´hension d’une nouvelle sexualite´ a` mettre en place.

Conclusion: Le premier impact de la maladie lorsque le cancer touche les organes sexuels est la remise en jeu de la sexualite´ et donc de l’e´quilibre du couple. Cette remise en jeu est accepte´e diffe´remment que l’on soit la personne malade ou non ; que l’on soit une femme ou un homme. Cette « valence diffe´rentielle des sexes », comme le dit Franc¸oise He´ritier, prend tout son sens dans une approche socioculturelle de la sexualite´ : les socie´te´s imprimant sur l’individu leurs fac¸ons de penser la sexualite´ et la relation de couple qui se de´voilent ici au travers du regard des femmes. Un travail similaire serait bien suˆr a` effectuer afin de contrebalancer ce dernier et d’e´tudier le regard des hommes en situation comparable.

Mots cle´s : Femmes – Cancer – Sexualite´ – Relation de couple – Anthropologie

He´le`ne Hoarau (*)

Ethnologue – anthropologue de la sante´

Lapsac (Laboratoire d’analyse des proble`mes sociaux et de l’action collective),

universite´ Victor-Segalen, Bordeaux-2, France E-mail : [email protected]

Anne-Lise Favier

Ethnologue – anthropologue de la sante´

Erasmes (Espace de recherche et d’analyses en sciences et me´dicales et sociales), universite´ Montpellier-III Annie Hubert

Directeur de recherche au CNRS

UMR 6578, unite´ d’anthropologie : adaptabilite´ biologique et culturelle, Marseille

« Sexualite´ et cancer »

DOI 10.1007/s11839-007-0054-9

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Abstract: Introduction: In Western society, a couple’s sexuality is increasingly becoming an indicator of its survival. What is the effect then when something as disruptive as cancer affects a person’s sexual and family life? How does this affect a relationship which up to that point has been an intimate one? In an attempt to explore how treatments effect family relationships, two situations were investigated side-by-side; the first was women being treated for a gynaecological cancer and the second related to women whose partner was being treated for prostate cancer. This allowed answers to these questions to be provided by exploring the perspectives of women towards their sexuality and their relationships in light of disease.

Methodology: Open or semi-guided individual interviews carried out in accordance with anthropological methods.

Population: 30 women with uterine cancer, being treated with high-dose radium therapy on an outpatient basis and monitored for two years, and 10 partners of men being treated for prostate cancer with external radio- therapy. Average age 58 years.

Results:

– For women with cancer, treatment and the disease are the primary focus (treatment type, radioactivity, fear of relapse).

They only think about their sexuality when they are « free » of all treatments and when they are in the follow-up stage;

– For partners of male patients, sexuality and well- being of the partner are the two primary « areas » raised during interviews.

The relationship to the other differs: for patients, one must « confront » and try to explain to partners the physical consequences, whereas wives of patients adopt a recurrent theme surrounding their sexual life based on an

« I understand » approach...

When the body is in pain, the effect of how the body is viewed is felt immediately, whereas when it is the body of a spouse that is in pain, how the body is viewed has less significance than how one acts towards the other. The sick body, that one can touch, that one is allowed to touch, and how it is viewed is shown to be a factor of a new type of sexuality.

Conclusion: The primary effect when cancer affects the sexual organs is the effect on sexuality and therefore the stability of the couple. This is variously accepted depending on whether one is the patient or not; and whether one is male or female. This « differential valency of the sexes », as Franc¸oise He´ritier calls it, finds its context in a socio-cultural approach to sexuality: society impressing on the individual how sexuality and married life should be viewed, which is revealed here through the female perspective. Similar research should certainly be conducted in men in order to counterbalance this research and to evaluate the male perspective in similar situations.

Research conducted with finance provided by the Cancer League.

Keywords: Female – Cancer – Sexuality – Married life – Anthropology

Introduction

Tout au long de sa vie, chacun re´ite`re et met a` l’e´preuve les normes et valeurs que sa socie´te´ d’origine lui a inculque´es.

Chacun apprend ainsi les roˆles que lui assigne sa socie´te´, notamment selon son sexe [6,8]. De la` de´coule une certaine re´partition des taˆches, qui e´volue plus ou moins [19]. Lorsque la maladie est la`, le roˆle pre´de´termine´ s’exprime : de l’homme qui, il n’y a pas si longtemps encore, ne devait pas montrer qu’il e´tait malade et se disait juste « fatigue´ » a` la femme pilier du foyer qui avait pour devoir de ne pas tomber malade [4,9]. Aussi, que se passe-t-il quand le cancer, e´le´ment perturbateur de l’e´quilibre d’une personne, de son couple et de sa famille [2], intervient ?

Dans nos socie´te´s occidentales ou` la sexualite´ est le barome`tre pre´dominant de la survie du couple, le cancer est a` la fois ve´cu comme pouvant amener la rupture ou au contraire comme fe´de´rateur du couple [12].

Deux situations ont e´te´ mises face a` face, celle de femmes soigne´es pour un cancer gyne´cologique et celle de femmes dont le conjoint a un cancer de la prostate. Nous avons explore´ les discours de ces femmes sur leur sexualite´

et leurs relations de couple lorsque l’un ou l’autre est malade. Il s’agit, au travers du ve´cu des traitements, d’essayer de saisir l’impact de la maladie sur la relation a` soi ainsi que sur la relation de couple, mais e´galement les relations te´nues entre les repre´sentations du corps et le genre.

Personnes et me´thodes

Les donne´es pre´sente´es ici sont issues principalement de deux e´tudes :

– la premie`re (e´tude A) visant la compre´hension du ve´cu de femmes atteintes d’un cancer gyne´cologique, elle s’est de´roule´e dans un grand centre re´gional de lutte contre le cancer ;

– la seconde (e´tude B) est centre´e sur « les droits et les devoirs des proches » de patients atteints soit de cancer du sein, soit de cancer de la prostate. Elle a eu lieu dans un centre e´galement spe´cialise´, mais de plus petite taille.

Elles ont e´te´ re´alise´es a` six ans d’intervalle, l’e´tude A reprenant des donne´es de the`se [12] et l’e´tude B e´tant en cours (les deux recherches ont be´ne´ficie´ d’un soutien de la Ligue contre le cancer).

Ces deux e´tudes ont e´te´ effectue´es suivant des me´thodes identiques par le meˆme chercheur – et en collaboration pour l’e´tude B. L’e´tude A et l’e´tude B sont toutes deux e´tablies dans la meˆme re´gion mais dans des de´partements diffe´rents.

L’approche adopte´e se de´cline en deux temps suivant la de´marche ethnologique d’e´tude des groupes sociaux au plus proche des personnes. Tout d’abord, une observation

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fine des lieux de soins a e´te´ effectue´e. Elle a permis notamment de mettre en lumie`re les me´canismes d’inter- actions entre soignants, soigne´s et entourage du patient.

Puis, certains patients et leurs proches (volontaires) ont e´te´ vus en entretiens, semi-directifs ou ouverts, sur le lieu de soin et/ou a` leur domicile. La moyenne d’aˆge du groupe ainsi obtenu e´tait de 58 ans. Les entretiens, fonde´s sur la technique des « re´cits de vie [3] », ont e´te´ retranscrits au plus juste des propos, contextualise´s et analyse´s par regroupement d’ide´es et suivant des grilles the´matiques constitue´es lors des e´tudes [16].

E´tude A : v e´ cu de femmes atteintes d’un cancer gyn e´ cologique

Trente femmes atteintes d’un cancer du col ou du corps de l’ute´rus, traite´es en ambulatoire par curiethe´rapie a` haut de´bit de dose, ont e´te´ suivies par une anthropologue afin d’appre´hender le ve´cu du soin dans la dynamique du soin et du suivi me´dical apre`s le soin, de 1998 a` 2001 [12].

La curiethe´rapie est une technique de radiothe´rapie interne (traitement par rayons ionisants des tumeurs malignes). C’est un traitement par voie basse qui implique pour les patientes l’incursion d’un appareil vecteur de source dans le vagin et une position gyne´cologique maintenue durant la mise en traitement et le traitement lui-meˆme. Le traitement e´tudie´ s’effectue sur quatre se´ances (une par semaine). La premie`re dure une heure en moyenne en raison de l’ajustement du traitement a` la patiente (mesures techniques, etc.), les trois autres s’e´tendent jusqu’a` vingt minutes en ge´ne´ral.

La curiethe´rapie a lieu un mois apre`s un temps chirurgical : l’ablation de l’ute´rus (hyste´rectomie – donc suppression des re`gles pour les femmes non me´nopau- se´es), avec conservation ou non des ovaires et donc de la fonction hormonale (me´nopause pre´coce possible). Les se´quelles des traitements sont un re´tre´cissement possible du vagin, une se´cheresse vaginale, des douleurs ou des saignements pendant l’acte sexuel. Les rapports sexuels sont proscrits durant le temps de la curiethe´rapie et un dilatateur vaginal est prescrit – utilise´ deux ou trois fois par semaine – a` la fin du traitement afin que la patiente re´e´duque elle-meˆme son corps (pour e´viter notamment que les parois du vagin ne secollentou ne re´tre´cissent).

E´tude B : « les droits et les devoirs des proches »

Le meˆme chercheur a rencontre´ cinq conjointes d’hommes traite´s pour un cancer de la prostate par radiothe´rapie externe lors de l’e´tude B. Cinq autres ont e´te´ vues en entretien dans le cadre d’e´tudes pre´ce´dentes plus larges sur l’information des patients en radiothe´rapie [13].

Dans le cadre du cancer de la prostate, la radiothe´rapie externe s’effectue sur cinq jours de la semaine conse´cutifs pendant quatre a` six semaines et, dans le cas pre´sent, apre`s

ablation de la prostate. Lors des se´ances, qui durent environ quinze minutes, le patient est allonge´ sur une table de traitement, sous un appareil mobile de´livrant les rayons. La machine envoie les rayons sur la zone a` traiter, le patient ayant baisse´ ses sous-veˆtements. Les se´quelles possibles, entraıˆne´es par ces traitements, sont : l’impuis- sance, des proble`mes urinaires (incontinence) et digestifs (inflammation chronique du rectum).

Dans les deux types de traitement, le temps de traitement lui-meˆme (l’envoi des rayons) n’exce`de pas les dix minutes, minutes durant lesquelles les patients sont seuls dans la salle de traitement et surveille´s par l’e´quipe soignante graˆce a` une came´ra.

Re´sultats

Deux « regards » de femmes diffe`rent au sein de deux proble´matiques particulie`res : les premie`res ont un corps en souffrance, et pour les secondes c’est le conjoint qui souffre. Mais, dans les deux cas, les femmes doivent faire face aux repre´sentations du cancer et de ses traitements : d’un coˆte´ une maladie mortelle, quironge[18] et de l’autre un traitement, la radiothe´rapie qui bruˆle, relie´ a` l’imagi- naire de la radioactivite´ [10, 11]...

Implications des repr e´ sentations du cancer et des traitements

Les repre´sentations du cancer impre`gnent la fac¸on de vivre le traitement ou de vivre aupre`s d’une personne en traitement [2]. Or, « le proble`me entre sexualite´ et cancer est que ge´ne´ralement la sexualite´ est relie´e ‘‘au plaisir et a`

la relaxation’’ et le cancer au ‘‘rejet du contact physique, aux peurs de blesser quelque chose, a` la peur d’eˆtre contamine´’’ par exemple [20]. [...] (Pour la femme) il s’agit de continuer a` se sentir attractive et aime´e pendant la pe´riode de soin et de convalescence [17] » [12].

Pour les femmes traite´es pour un cancer de l’ute´rus, la peur d’eˆtre contagieuse est pre´sente et s’exprime par la peur de rendre l’autre radioactif lors des rapports sexuels.

Cela ne peut s’expliquer par le fait qu’en curiethe´rapie gyne´cologique le traitement soit interne car cette peur vient e´galement perturber leurs relations au quotidien : certaines femmes craignent d’eˆtre nocives pour leurs petits enfants et pre´fe`rent les e´viter le temps du traitement. Cette angoisse ne se retrouve apparemment ni chez les hommes avec un cancer de la prostate ni chez leurs conjointes. Cela est pre´gnant aussi chez les femmes avec un cancer du sein et traite´s par radiothe´rapie externe [11]. C’est pourquoi un e´le´ment d’explication peut eˆtre recherche´ dans la repre´- sentation de l’organe touche´.

L’ute´rus et le sein repre´sentent aussi bien la fe´minite´, la maternite´ que... la sexualite´. Pour les femmes interviewe´es, l’hyste´rectomie laisse un « vide pesant » (selon leurs propres termes) pour chacune d’entre elles, quel que soit

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leur aˆge, meˆme si l’ablation est accepte´e comme une ne´cessite´ en raison de la pre´sence du cancer. Sa disparition est perturbante car l’agencement des organes internes est mal connu d’elles [5,12,15].

« Moi je sais que les ovaires, c¸a je suis presque suˆre qu’il y a une droite et une gauche, c¸a je suis presque suˆre. Je sais que l’ute´rus, bon il se trouve a` peu pre`s au milieu [elle le dessine en meˆme temps]. Enfin au milieu, je me comprends... Mais c’est tout. [...] C’est vrai que je me suis trouve´e ridiculise´e parce que : on a c¸a sur soi et on n’est meˆme pas capable de dire les ovaires c¸a sert a` c¸a, l’ute´rus c¸a sert a` c¸a, les trompes c¸a sert a` c¸a. C’est vrai que c’est beˆte. » Femme de 43 ans, avant sa 3ese´ance de curiethe´rapie[12].

Ainsi, ute´rus et vagin sont souvent un seul et meˆme organe dans les explications des patientes, un organe unique qui a un roˆle dans la sexualite´. L’ute´rus enleve´, il reste le vagin, mais les patientes le conc¸oivent difficile- ment : ou` se finit-il et comment ? A` la suite de la chirurgie, elles ont inte´gre´ le fait qu’il y a de´sormais une cicatrice au bout du vagin, mais alors elles s’interrogent : est-ce que la cicatrice va tenir lors des rapports sexuels ?

Pour les conjointes d’hommes avec un cancer de la prostate, cette me´connaissance des organes est retrouve´e et se traduit notamment par : a` quoi sert la prostate ? ou : Comment vivre sans ? Ne´anmoins, les dix femmes vues en entretien ont toutes accompagne´ leur conjoint lors des rendez-vous avec les the´rapeutes. Elles ont rec¸u la meˆme information qu’eux. Elles ont de meˆme e´te´ sous le coup de l’annonce, ont chacune essaye´ de comprendre comment la prostate fonctionne ; et tout comme les patients, il semble qu’elles aient retenu principalement le rythme des temps the´rapeutiques et les effets secondaires a` plus ou moins long terme [comme de´crit par Me´noret, 14]. Leur connaissance de l’organe malade est nourrie des informations glane´es lors de conversation avec des intimes, des sources Internet plus ou moins fiables, des e´missions te´le´vise´es, de la presse magazine, des livrets d’information et le recours au me´decin ge´ne´raliste.

Ainsi, la prostate et le cancer de la prostate, de plus en plus me´diatise´, sont relie´s a` la sexualite´ (a` l’e´jaculation – qu’elle permet), a` l’impuissance possible. La prostate est ainsi aborde´e comme un organe inconnu dont l’emplacement et le fonctionnement se de´couvrent avec la survenue du cancer.

C’est le cancer qui induit la recherche d’information et qui donne a` cet organe, du fait de son lien a` la sexualite´, une place dans leur vie.

Au final, les femmes traite´es pour un cancer de l’ute´rus parlent de`s le premier entretien de l’hyste´rectomie, de ce

« vide », tandis que les conjointes d’hommes avec un cancer de la prostate se focalisent sur une sexualite´ qui n’existe plus ou difficilement...

Pour les femmes malades, la sexualite´ n’intervient dans les discours qu’a` partir du moment ou` elles vont eˆtre libe´re´esde tout traitement et qu’elles entrent dans l’e´tape de la surveillance (c’est-a`-dire lors de la dernie`re se´ance de curiethe´rapie), alors que pour les conjointes d’hommes

malades, la sexualite´ et le bien-eˆtre du conjoint sont les deux premiers aspects livre´s lors des entretiens.

Penser la relation a` l’autre

Les femmes en traitement disent attendre que « tout soit fini », elles espe`rent que la fin des traitements coı¨ncidera avec la reprise d’une vie « normale » dans sa totalite´, c’est a` dire e´galement au niveau de leur sexualite´. La question de la reprise des relations sexuelles arrive ainsi en fin des traitements pour les patientes et les the´rapeutes. Les the´rapeutes informent de`s le de´part des risques lie´s au fait d’avoir des relations sexuelles pendant le traitement : irritation des muqueuses, proble`mes au niveau de la cicatrice du fond du vagin (saignements), douleurs. Aussi, en ce qui concerne les relations sexuelles, les couples pre´fe`rent attendre [1] pour ne pas mettre en pe´ril la gue´rison et leur sexualite´ future.

« Elle m’a dit (La curiethe´rapeute) qu’a` la fin du traitement on en reparlerait. Voila` parce que c¸a pouvait avoir irrite´ la cicatrice, effet qui ferait qu’ils soient douloureux, pas agre´able, donc... je sais d’abord que ce n’est pas la peine de se pre´cipiter pour ne pas se faire de plaisir. [...] Je conc¸ois que si c¸a irrite un peu la cicatrice, il vaut mieux attendre que tout soit bien rendu dans l’ordre pour pas... Pour pas avoir une mauvaise expe´rience, pour pas se bloquer quoi, c¸a serait idiot. » Femme de 31 ans, avant sa 3ese´ance de curiethe´rapie[12].

Mais cette information – la contre-indication des relations sexuelles pendant les traitements – est parfois non entendue par les patientes, meˆme si la peur d’eˆtre radioactive (parce que le traitement s’effectue par voie basse) apparaıˆt comme un frein naturel a` la reprise de l’activite´ sexuelle pendant le traitement.

Par ailleurs, lors de la dernie`re se´ance, la prescription du dilatateur est plus ou moins bien perc¸ue. D’un coˆte´, les plus jeunes, ainsi que celles qui disent avoir une certaine communication avec leur conjoint, acceptent le dilatateur comme une suite logique du traitement ; de l’autre, les patientes plus aˆge´es (+ 60 ans), et notamment seules, vont souvent se re´ve´ler non observantes. Elles parlent des relations sexuelles de fac¸on pessimiste, parfois meˆme de « devoir conjugal ». Pour leurs conjoints, la curiethe´rapie gyne´colo- gique est une histoire de femmes dans laquelle ils n’ont rien a`

voir (toujours selon les patientes). Ce sont e´galement ces femmes qui parlent du cancer et du cancer gyne´cologique de manie`re fataliste, relie´ a` la condition fe´minine.

Les barrages a` une reprise de la sexualite´ sont alors : le fait d’eˆtre en couple ou non, le fait naturellement de pouvoir envisager d’avoir de nouveau des relations sexuelles, et la communication/compre´hension du partenaire. Les patientes se pensent e´trange`res, diffe´rentes a` elles-meˆmes en raison de ce « vide » cre´e´ par l’hyste´rectomie, mais leur partenaire va plus se focaliser sur la peur de la douleur, non sur la repre´sentation du corps de la femme qui y est e´troitement lie´.

Pour l’un comme pour l’autre : pas ou tre`s peu de recherche

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d’informations sur l’agencement des organes (du moins lorsque l’e´tude est re´alise´e ; l’essor d’Internet change actuel- lement la donne).

Aussi, c’est le ressenti du corps qui va donner du sens, pour les patientes, a` leur relation a` l’autre : si elles sont douloureuses, si elles saignent, si elles ont peur d’avoir mal, et tout simplement si elles autorisent leur conjoint a`

les approcher. En curiethe´rapie, rares sont les conjoints qui accompagnent les patientes dans le service. Parfois ils viennent a` la premie`re se´ance mais pas aux suivantes. Ces conduites renvoient a` l’assignation sociale de la femme comme maıˆtresse de son foyer qu’elle ne doit en aucun cas de´stabiliser. Certaines patientes sont ainsi heureuses de pouvoir partager avec le chercheur ce qu’une fois exprime´

au sein de leur foyer elles pensent non compris ou qu’elles ne peuvent exprimer, notamment pour les plus aˆge´es : leur faiblesse, leurs douleurs et leurs craintes.

Les conjointes de patients avec un cancer de la prostate sont et se disent « tre`s pre´sentes ». Elles accompagnent leur conjoint a` tous les rendez-vous me´dicaux, a` chaque se´ance de traitement de radiothe´rapie. En fait, les entretiens a` domicile montrent qu’elles se plient au de´sir de leurs partenaires en matie`re d’accompagnement comme (il semble) en matie`re de relations sexuelles. Au dire de ces femmes, elles sont « compre´hensives » et tout leur comportement se calque sur cette phrase. La` encore, ce sont les normes sociales qui dictent aux femmes leurs fac¸ons d’eˆtre « aux petits soins » selon leurs termes.

« C’est moins important pour une femme, moi, c’est ce que je lui dis. Ce n’est pas important pour moi (les relations sexuelles), l’important, c’est qu’il soit en vie et que nous soyons ensemble dans cette e´preuve. » E´pouse de 49 ans.

Le fatalisme lie´ a` la condition fe´minine se retrouve encore, comme pour les femmes avec un cancer du col de l’ute´rus. Il semble e´galement dans les discours que le fait que l’autre ait un corps souffrant excuse tous sese´cartsde conduite (ses cole`res, ses silences, le non-partage du ve´cu du traitement...). Ne´anmoins, nous n’avons pas vu de couple en phase de surveillance de traitement : la dyna- mique de couple y est probablement diffe´rente [7].

D’un autre coˆte´, lorsque le corps est en souffrance, l’impact des repre´sentations du corps sur la sexualite´ apparaıˆt d’emble´e, tandis que lorsque c’est le corps du partenaire qui souffre, les repre´sentations du corps sont moins pre´gnantes que la fac¸on d’eˆtre avec l’autre. Le corps malade, que l’on peut toucher, qu’on ne peut pas toucher, qu’on s’autorise ou qu’on autorise a` toucher, et les repre´sentations qui y sont accole´es se re´ve`lent comme un facteur de compre´hension d’une nouvelle sexualite´ a` mettre en place.

Conclusions

Le premier impact de la maladie lorsque le cancer touche les organes sexuels entraıˆne la remise en jeu de la sexualite´

et donc de l’e´quilibre du couple. Cette remise en jeu est accepte´e diffe´remment que l’on soit la personne malade ou non ; que l’on soit une femme ou un homme [9]. Le genre et la construction sociale du roˆle lie´ au genre [7] vont influer sur le dialogue concernant la sexualite´ du couple.

Les femmes malades vont tenter de faire comprendre au partenaire qu’il faut attendre, tandis que les conjointes d’hommes malades semblent inte´grer imme´diatement cette attente comme allant de soi.

Cette « valence diffe´rentielle des sexes », comme le dit Franc¸oise He´ritier [8], prend tout son sens dans une approche socioculturelle de la sexualite´ : les socie´te´s imprimant sur l’individu leurs fac¸ons de penser la sexualite´ et la relation de couple qui se de´voilent ici au travers du regard des femmes. Un travail similaire serait bien suˆr a` effectuer afin de contrebalancer ce dernier et d’e´tudier le regard des hommes en situation comparable.

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