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(1)

Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Bairoch, P. (1963). Le processus et l'amorce de la croissance économique (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/215468/1/73327399-8606-4be2-adf1-d203281ec835.txt

(English version below)

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(2)

ÉCOLE DES SCIENCES

POLITIQUES ET SOCIALES

? ’

LE

PROCESSUS DE LAMORCE

DE LA

CROISSANCE ÉCONOMIOUE

PAR

PAUL BAIROCH

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DANS LE DOMAINE PUBLIC. %

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THÈSE DE DOCTORAT EN SCIENCES ÉCONOMIOUES

(3)

UiaVERSITB LIEES DS BRUXELLES.

Ecole des Sciences Politiques et Sociales.

0^

J

L'épreuve publique pour l'obtention du grade scientifique de Docteur en Sciences Economiques de M. Paul BAIROCH, Diplôraé de la 6 è Section de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris ( Sorbonne), aura lieu le

LUIJDI 29 AVRIL 1963 à 16 H. 30

dans l'Auditoire 2 de la Faculté des Sciences Sociales,

Politiques et Economiques, 48, Avenue F. Roosevelt à Bruxelles 5* M. Paul BAIROCH présentera et défendra publiquement une

dissertation originale intitulée ;

" Le processus de l'amorce de la croissance économique

et une thèse annexe intitulée :

" Les petites et moyennes entreprises industrielles ne sont économiquement viables que dans des secteurs neufs où la technique n'est qu'à ses débuts ou, au contraire, dans des secteurs traditionnels où la technique ne peut pas intervenir pleinement. "

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THESE AMMEXE

Les petites et soyenaes estreprises Industrielles ne sont économlquoaent viables que dans des secteurs neufs où la technique n*est qu*4 ses

débuts out su eoatralre« dans des secteurs traditionnels où la technique ne peut pas Intervenir plelnenent.

(5)

Je remercie Monsieur le Professeur Henri

VANDER EYCKEN d'avoir eu l'obligeance

d'assumer la direction de cette thèse et

de m'avoir aidé de sa critique constructive

et de ses conseils.

(6)

-TABLE DES MATIERES

Pages

Introduction Générale ... 1

PARTIE I - LES FAITS... 5

Introduction ... 5

SECTION A L’ANGLETERRE... 7

Introduction... 7

Chapitre I - L'évolution démographique ... 9

A. Evolution de la population totale ... 9

B. Evolution de la natalité et de la mortalité... 1^

C. Structure d'âge de la population... l6 Chapitre_II -_L'Agriculture... 19

A. L'évolution générale ... 19

B. La production et les rendements... 21

C. La productivité... 24

D. Problème des disponibilités alimentaires ... 27

Chapitre III - L'industrie textile ... 33

A. Les modifications intervenues dans le système de production .... 33

B. Les progrès techniques... 34

C. L'industrie de la laine... 37

D. Le coton... 40

Chapitre IV - Le charbon... 47

Chapitre V - L'industrie du fer... 55

A. Les progrès techniques... 56

B. La production et la consommation... 59

C. Causes de l'accroissement de la demande de fer... 64

Chapitre VI - Les voies de communication... 70

A. Les routes... 70

B. Les transports par voie d'eau... 71

C. Les chemins de fer... 73

Chapitre VU- Le commerce extérieur... 75

A. Evolution... 75

B. Structure du commerce extérieur ... 79

Chapitre VIII - La structure de l^^ÿpl^i... ^7

A. Période pré-statistique... 87

(7)

II Pages

A. Evolution du revenu national global et par habitant ... 93

B. Structure du révenu national ... 98

SECTION_B - LA FRANCE... 102

Introduction... 102

Chapitre X - L^évolution démographique ... 104

A. Evolution de la population totale...105

B. Les mouvements naturels de la population : natalité, mortalité . 109 C. Structure d'âge de la population... 111

Chapitre XI - L'agriculture...113

A. Evolution générale...113

B. La production... 121

C. Les rendements... 125

D. La productivité... 126

Chapitre XII - L'industrie textile ... 130

A. L'industrie textile rurale ... 130

B. Les progrès techniques... 134

C. La laine ... 139

D. Le coton... 145

Chapitre XIII - L_^industrie du fer... 153

A. L'évolution technique ... 153

B. La production, le commerce extérieur et la consommation... 157

Chapitre XIV -_Le_charbon... 165

Chapitre XV - Les voies de communication... 173

A. Les routes... 173

B. Les voies navigables... 177

C. Les chemins de fer... 180

Chapitre XVI - Le commerce extérieur... 185

A. Evolution générale ... 185

B. Importance relative du commerce extérieur ... 188

C. La structure du commerce extérieur ... 189

D. Evolution du système douanier ... 197

Chapitre XVII - La structure de l^emploi... 199

A. Période pré-statistique ... 199

B. Période statistique ... 201

Chapitre XVIII - Le revenu_national ... 204

A. Evolution du revenu national global et par habitant ... 204

B. Structure du revenu national ... 208

(8)

Pages

PARTIE II - LES PSEUDO FACTEURS DETERMINANTS DE L«AMORCE DE LA

CROISSANCE ECONOMIQUE ... 210

Introduction ... 210

Chapitre XIX - Les_progrès_techniques ... 211

A. Science et technique... 211

B, Production et progrès techniques... 218

Chapitre XX - Le facteur démographique ... 226

A. Evolution démographique et facteurs économiques dans les sociétés traditionnelles ... 228

B. L'évolution démographique et le démarrage économique ... 230

Chapitre XXI -_La montée des prix... 240

A. La montée des prix et le démarrage : histoire comparative... 240

B. Objections supplémentaires ... 243

1) stagnation relative de la demande... 243

2) réalité des accroissements de certains profits en périodes de hausse des prix; usage abusif de certains indices de prix . . 245

3) non concordance entre des phases de démarrage et des périodes de hausse des prix... 246

Chapitre XXII - L'accumulation du capital...250

A. La localisation "discordante" des aires géographiques d'accumulation du capital et de la révolution industrielle .... 250

B. Origine des capitaux lors des débuts de la révolution industrielle 255 C. Faible coût des investissements dans les premiers stades i du développement...26l 1) Angleterre... 262

2) France... 266

3) comparaison entre les ratios d'investissement pour la période du démarrage et les ratios actuels ...274

4) données globales sur la formation du capital ... 275

D. Importance des profits industriels... 277

PARTIE III - LES MECANISMES ECONOMIQUES DE L'AMORCE DE LA CROISSANCE . . 285

Introduction ... 285

Chapitre XXIII - Le facteur déterminant_de_l'amorce_de_la £roissance . . 286

A. Les progrès agricoles ont précédé ceux des secteurs industriels . • 287 1) Angleterre... 287

2) France...288

3) Autres pays ... 289

(9)

IV

A. La demande de fer de l'agriculture... 300

B. Le rôle des machines textiles dans la demande de fer...306

1) Angleterre...307

2) France... 309

C. Le rôle des chemins de fer dans le développement...311

Chapitre XXV - Le schéma_explicatif du_processus_de l'£™2£££_<le la croissance économique ... 317

Section_I - Les mécanismes de diffusion ... 318

A. Effets directs...318

1) l'accroissement de la demande de produits sidérurgiques...319

2) accroissement de la demande de biens de consommation... 319

3) déclenchement de la première révolution démographique ... 321

B. Effets indirects et interactions ... 322

1) effet indirect et interaction de l'accroissement de la demande de fer... 323

2) effets indirects et interactions de l'accroissement de la consommation de textile... 325

C. Esquisse sommaire du développement ultérieur...33^

Secti O n_II -_Les mécanismes §e_structure...336

A. Les mécanismes de structure qui contribuent à la diffusion nationale du développement... 336

1) faible importance des investissements industriels nécessaires par actif au début du développement, structure peu concentrée des secteurs industriels et faible capacité des unités techniques de production ... 336

2) les hauts profits et l'autofinancement...3^2 3) les conditions en matière d'emploi... 3^5 B. Les mécanismes de structure ayant égaleœnt contribué à la possibilité d'une diffusion internationale du développement .... 351

1) barrière protectrice résultant du systène douanier ... 351

2) barrière protectrice résultant du coût élevé des transports . . . 353

3) relative simplicité des techniques... 363

PARTIE IV - LES OBSTACLES AU DEMARRAGE DES PAYS SOUS-DEVELOPPES... 366

Pages Chapitre_XXIV - Eléments moteurs du_dévelo£pement_sidérurgique...300

Chapitre XXVI - Introduction_et éléments_préliminaires ... 366

A. Introduction...366

B« Principales raisons de la non diffusion au XIXe siècle des progrès agricoles... 368

Chapitre XXVII “_L'obstac le_démographique... 372

A. Le fait spécifique : l'inflation démographique...372

(10)

Pages

et l'hypertrophie_du secteur_tertiaire... 387 A. Conditions sociales en matière d'emploi... 38? B. Hypertrophie du secteur tertiaire...391 Chapitre XXIX - Les o8stacles_découlant_des modifications

du contenu_de la "technique... 39^ A. Evolution technique... 39^

1) possibilité de diffusion de la technique au XIXe siècle :

l'information permet l'imitation ... 395 2) les exigences de la technique moderne...397 B. Les conséquences de la complexité de la technique actuelle... 398 1) nécessité d'une formation générale et technique plus poussée . . 398 2) réduction des incitations à la création d'industries locales . . A-01 3) dépendance extérieure pour les biens d'équipements... ^02 4) régresssion de la technique traditionnelle et de l'artisanat local. 405

Chapitre XXX - Les obstacles découlant_de la_baisse_des_coût^de tran_sport - 408

A. Introduction ...408

B. Estimation de l'ampleur de la baisse des coûts de transport .... 409

C. Répercussions de cette baisse sur les pays sous-développés...411 1) suppression de la barrière protectrice que représentaient

les coûts de transport pour les industries naissantes ... 412 2) incitation à une spécialisation à outrance

dans la production agricole non vivrière ... 4l6 3) possibilités d'établissement d'exploitations minières dans les pays

sous-développés sans création d'une industrie de transformation . 423

4) accentuation des effets de démonstration ... 426 Chapitre XXXI - Les obstacles découlant du coût élevé des

investissements industriels... 428

Chapitre XXVIII - Les conditions sociales en matière d'e^loi

Conclusions Générales ... 437

X

(11)

1

INTRODUCTION GENERALE.

La présente étude povirsuit un double but :

A. II s’sigira d'abord de décrire les mécanismes économiques de la croissance qui ont permis le passage d'vine société pré-industrielle à une société industrielle pen­ dant les XVIIIe et XIXe siècles. C'est donc sur la croissance économique au cours des phases que ROSTOW dénomme le "precondition for take off et le "take off" que notre étude portera essentiellement (l).

Nous chercherons à voir quel a été le facteiar déterminant d'amorce de cette croissance, puis sur quels types d'actions et d'interactions l'évolution économique s'est successivement appiayée, quelles sont les conditions qui ont permis ou facilité cette évolution; bref, de montrer quels ont été les mécanismes économi­ ques de l'amorce de la croissance qui ont conduit, au XVIIIe et au XIXe siècles, lin grand nombre de pays, sxxrtout occidentaux, vers l'industrialisation,

B, Il s'agira ensuite, en partant de l'acquis réalisé dans les premières parties de 1'étude, de fournir une explication aux difficultés de démarrage, d'amorce de crois­ sance, difficultés qui sont actuellement le problème majeur des deux tiers de l'hu­ manité que forment les pays sous-développés. En tenant compte, bien entendu, des différences structiirelles parfois profondes des deux types d'économies.

(12)

L'ensemble de l'étude portera siir les aspects économiques de ces problè­ mes. Bien entendu, "aspect économique" est entendu au sens assez large de ce terme puisque nous traiterons également des éléments démographiques et techniques; mais cer­ tains aspects sociaiox et psychologiques, et notamment le problème des mentalités, ont été délibérément et presque totalement laissés de côté. Cette omission n'implique nul­ lement de notre part une méconnaissance totale de ces aspects dans l'explication tant du démarrage des pays développés que des obstacles rencontrés par les pays sous-déve­ loppés; elle résulte d'abord d'une prise de conscience des limites qu'il est possible d'assigner à xine telle investigation et, d'autre part, de la certitude acquise au cours des investigations que les facteurs étudiés ici, s'ils ne sont pas les seuls qui néces­ sitent d'être pris en considération, peuvent néanmoins être considérés comme suffisat- ment déterminants pour expliquer le démarrage des pays développés et les difficultés rencontrées par les pays sous-développés pour s'engager dans cette voie.

L'étude comportera quatre parties. Afin d'alléger cette introduction et de réduire les rappels, nous ferons précéder chaque partie d'une introduction méthodo­ logique et générale. Dans la présente introduction, nous ne ferons qu'exposer briève­ ment le contenu de ces quatre parties.

La première partie, intitulée "Les faits du développement au X7IIIe et au XIXe siècles : l'exemple anglais et français", consistera en une double recherche por­

tant sur l'histoire économique de ces deux pays, axée stir les aspects quantitatifs. Dans cette partie, qui abordera les grands secteurs d'activités, nous chercherons s;ar-

tout à présenter les faits dont les conclusions d'ensemble seront tirées dans la de\ixiè- me et la troisième psurties.

Ces parties II et III constitueront donc l'exposé des conclusions tirées essentiellement de la première partie mais qui intégreront aussi très largement d'au­ tres exemples historiques (Belgique, Allemagne, Etats-Unis, Japon).

(13)

3.-La partie III, intitulée "Les mécanismes économiques de l'amorce de la croissance", nous permettra, après avoir mis en relief quel était le facteur détermi­ nant de l'amorce de la croissance, de présenter les mécanismes économiques qui, à par­ tir de cette amorce, ont permis un développement général de l'économie.

Dans la quatrième et dernière partie, il s'agira, comme nous l'avons dit, de fournir vme explication aux difficultés de démarrage, d'amorce de la croissance, rencontrées actuellement par les pays sous-développés, en se basant sur l'acquis des

trois précédentes parties.

Avant de passer à la première partie et à son introduction, nous voudrions faire encore ici quelques remarques générales.

Dans l'ensemble, nous avons cherché à utiliser le maYiinum de concepts opérationnels que les progrès de la science économique nous ont foxirni pendant ces trente dernières années. Mais très tôt, il apparut que la pauvreté du matériel sta­ tistique rendait inopérant l'emploi de certains de ces concepts s le dixième de milli­ mètre n'a aucune place dans la chaîne de l'arpentevir (le centimètre non plus d'ailleurs). Si certains de ces concepts requièrent une définition, nous la donnerons au coijrs de l'étude et, en général, au moment de leur première utilisation.

Nous emploierons couramment dans cette étude le terme de "révolution in­ dustrielle" pour désigner la période de passage "graduel" des types de sociétés pré­ industrielles à ceux de sociétés industrielles. Ce terme a souvent été critiqué, car il s'oppose à cette notion de passage "graduel" d'un stade à l'autre, "mais", comme le note ASTHON (l), "une si longue lignée d'historiens a parlé de révolution industrielle, cette expression appartient si bien au langage familier, qu'il y aurait quelque pédan­ tisme à tenter de la remplacer".

De même, le choix du vocable de "pays sous-développé" de préférence à autre parmi les très nombreux qualificatifs que l'on s'est ingénié à trouver pour

(14)

qualifier la condition des pays n'ayant pas un degré de développement jugé suffisant(l) n'est volontaire que par opposition au terme de "pays en voie de développement", cette définition impliquant trop diagnostic d'évolution favorable. Or, il nous semble qu'un tel diagnostic est pour le moins incorrect dans sa généralité} d'autre part, comme poiir le vocable "révolution industrielle", il s'agit ici du qualificatif le plus largement utilisé. L'avantage d'un vocabulaire réside justement dans son absence d'hermétisme.

Enfin, le fait qu'au cours de cette étude les actions positives quant au développement et la croissance de certaines structures ou certaines évolutions, néga­ tives quant à leur effet social, soient mises en relief n'implique pas de jugement de valeur quant à ces structures ou ces évolutions. Ces faits n'impliquent pas non plus, dans notre esprit, qu'il s'agit là de conditions nécessaires et encore moins inévita­ bles du développement.

X

X X

(l) Citons notamment i "pays en voie de développement", "les nations prolétaires".

>

(15)

S.-PARTIE I - LES FAITS DU DEVELOPPEMENT AUX XVIIIe ET XIXe SIECLES : L'EXEMPLE

ANGLAIS ET FRANÇAIS.

INTRODDCTION.

"II ne s'agit pas poiir nous, économistes, quand nous étudions des ques- "tions d'histoire économique, de refaire l'histoire, car nous n'avons pas les quali- "fications, ni l'expérience qu'ont en ce domaine les historiens, mais d'utiliser le "travail de ceux-ci à des fins qui nous sont propres"; à cette renaarque faite par le Professeur J. LHOMME, dans cours donné à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, nous souscrivons entièrement. Car là s'instaure cette division du travail sans laquelle, dans le sectetir d'investigation qui est le nôtre pour la présente étude, peu de résul­ tats pourraient être atteints. Et,'faut-il l'avouer, c'est parfois avec tin certain malaise que l'on résume souvent en quelques mots des conclusions d'historiens qui ont été basées sur des années de recherches. Notons cependant (et ce fut surtout le cas pour la France) qu'il nous a fallu assez souvent nous livrer nous-mêmes à des recherches complémentaires assez longues.

Justifions d'abord les périodes que nous avons retenues en tant qu'objet d'investigation. Le but principal de cette étude étant la connaissance des mécanismes économiques qui ont permis l'amorce du démarrage, celle-ci devait nécessairement porter sur une période assez longue à partir du moment où ce démarrage économique a débuté. Nous avons donc choisi ime période de 50-70 ans suivant la date conventionnelle du

(16)

Cette partie de l'étude portera sur deux pays. Par la suite, comme nous l'avons dit, nous intégrerons partiellement d'autres exemples qui nous permettront de confirmer nos hypothèses.

Le choix de l'Angleterre ne demande aucune justification i pays berceau de la "révolution industrielle", son étude s'imposait de ce fait. Pour le cas d'un pays ayant suivi l'Angleterre, le choix était théoriquement déjà beaucoup plus large. Nous avons retenu la France pour les raisons que voici :

1) contrairement à la plupart des autres pays, on peut considérer que la France a eu, depuis le début du X7IIe siècle et jusqu'en 1870, une certaine continuité territo­ riale qui facilite l'élaboration et l'interprétation des données chiffrées;

2) les données statistiques de base, quoique insuffisantes, sont néanmoins beaucoup plus abondantes pour ce pays qu'elles ne le sont pour les autres et remontent rela­ tivement loin dans le temps s en 1804» Napoléon créa la "Statistique de France";

5) bien que par rapport à l'Angleterre l'histoire économique française accuse xin gros retard, la littérature se rapportant à l'histoire économique de la France est re­ lativement abondante et, ce qu'il convient de ne pas négliger, relativement acces­ sible.

Nous avons cherché à réunir poiir les deux études (Angleterre et France) que comporte cette partie, le maximum de données quantitatives ayant trait aux divers aspects de la vie économique et à la démographie. Si les secteurs économiques étudiés

(agriculture, textile, industrie du fer, charbon, les voies de communication et le commerce extérieur) n'englobent pas la totalité de l'activité économique, leiar part tant dans le Revenu National que du point de vue emploi" (l) est très largement domi­ nante (environ 90 et explique l'exclusion de secteurs relativement mineurs. Dans chaque cas, à côté de l'évolution économique, nous avons plus ou moins largement trai­ té des aspects techniques. Et si, dans chaque chapitre, nous cherchons à mettre l'ac­ cent sxir les aspects importants des faits et parfois à réviser certaines conceptions, les conclusions générales ne seront tirées que dans les deuxième et troisième parties de cette étude. Cette première partie est donc principalement destinée à servir de base aiox parties suivantes,

(17)

7.“

SECTION A : L'ANGLETERRE.

INTROLÜCTION (l).

L'espace économique, qui fait l'objet de la présente partie, pose cer­ tains problèmes de continuité. En effet, nous nous trouvons en présence d'une période durant laquelle l'évolution historique a conduit à une modification dans la structure politique de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande.

Mais délimitons, au préalable, les limites des appellations successives de ces imions politiques : beaucoup d'équivoques découlent parfois d'vine mauvaise interprétation en ce domaine.

D'abord l'Angleterre et le Pays de Galles qui comprend, comme son nom l'indique, l'Angleterre proprement dite et le Pays de Galles. En nous excusant auprès de nos lecteurs gallois, nous appellerons cette tinité économique et politique :

Angleterre. Par là, d'aille\irs, nous ne faisons que suivre la plupart des autexjrs d'ex pression anglaise.

La Grande-Bretagne comprend, en plus de l'Angleterre définie ci-dessus, l'Ecosse et les îles adjacentes.

Enfin, le Royavûne-üni (ou plus exactement Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande) englobe, comme son nom l'indique, l'Irlande, et ceci jusqu'en 1929» donc bien au-delà de la période qui nous intéresse.

Historiquement, on ne peut parler d'imité économique de la Grande Bretagne qu'à partir de 1707» Et l'union des deux royaumes s'est faite en 1800.

Notre étude portera principalement sur l'Angleterre. D'ailleurs, jusqu'en 1800, les relevés ou les estimations statistiques ne tiennent pas compte, en général, de l'union de l'Angleterre avec l'Ecosse.Même pour les périodes antérieures à 1800, nous chercherons toujours à isoler les données se rapportant à l'Angleterre} néanmoins

(18)

pour certaines données (le commerce extérieur notamment), les données porteront sur d'autres unités politiques citées, mais dans ces cas, le fait sera signaléo

Les unités de mesure utilisées seront les mesures anglaises» Les raisons qui nous ont incités à ne point effectuer des conversions en mesures métriques sont doubles : d'abord du fait que notre étude s'arrête aux environs des années I83O - I86O (selon l'évolution du secteur étudié), une comparaison avec des données postérieures non citées et, très rarement, antérieures, deman­ derait au lecteur une reconversion de ces données; de plus pour les données exprimées en tonnes notamment, la conversion serait illusoire : la différence

entre la tonne anglaise ou tonne longue (l»0l6 kg.) et la tonne métrique (l.OOO kg.) étant, dans la plupart des cas, bien inférieure à la marge d'erreur probable de ces données. Enfin, l'éventuel contrôle des sources s'en trouverait compliqué.

L'étude comprend neuf chapitres. Le premier traite de l'évolution démographique. Les quatre suivants étudient l'évolution de divers aspects de la production de quatre secteurs qui, non seulement constituent plus de 90 io de l'activité totale de cette période (services mis à part), mais qui ont été les éléments moteurs du "démarrage", à savoir : l'agriculture, l'industrie textile, le charbon et l'industrie du fer. Le sixième chapitre dressera vin bilan sommaire des voies de communication et de leur évolution en Angleterre. Enfin, les trois derniers chapitres traiteront de ce que l'on peut appeler les grands agrégats : le commerce extérieur, la structure de l'emploi et le revenu national, cela à la fois sous l'aspect structurel et évolutif.

Rappelons enfin que nous avons, à côté de la réunion du maximum de données quantitatives disponibles, cherché à réviser certaines conceptions et tenté de mettre l'accent sur les aspects importants des "faits" que nous pré­ sentons ci-après. Mais nous le soulignons dès à présent, la recherche proprement dite de ce que nous appelons les mécanismes de la croissance fera l'objet de la deuxième partie.

X

(19)

9.-CHAPITRE I - L’EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE.

Nous n’entrerons pas ici dans la controverse sur "la" ou "les" causes de ce que l’on peut appeler la première "révolution démographique" (l)« Dans la mesure où nous y prendrons part, nous le ferons dans le chapitre où sera examiné l’élément démographique en tant que factevir ou pseudO“facteur d’amorce de la croissance démographique (2) et où nous tenterons de détermi­ ner dans quelle mesure la croissance démographique a pu amorcer la croissance économique. Dans le présent chapitre, nous nous homerons à rassembler et à interpréter les données ayant trait à l’évolution démographique de l’Angleterre. Il s’agira d’ahord de l'évolution de la population totale} après quoi nous en­ visagerons les mouvements naturels (taux de natalité et mortalité) et nous ter­ minerons le chapitre par l’examen de la structure en âge de cette population anglaise (3).

A. Evolution de la population totale.

Si l'évolution de la population totale est actuellement, et à juste titre, considérée comme une donnée insuffisamment représentative de l’évolution démographique, il n'en est pas de même pour la période qui précède la

"révolu-(1) La "révolution démographique" à laquelle se réfère A. LANDRY (La révolution démographique, Paris 1934) étant la baisse de la natalité subséquente aux mouvements de limitation des naissances.

Pour sa part, R. REINHARD, parlant de la première et deuxième phases de la révolution démographique, assimile la première à "l’entravement et au démem­ brement de la sinistre triade : faim, peste et guerre"... qui provoque "les grandes crises de mortalité exaspérée et de sous-natalité", et la se­ conde phase aux conséquences de la prévention des naissances (R. REINHARD, La population française au XVTIIe siècle, dans Population, 1958» n® 4>P» 63} également R. REINHARD et A. ARMENGAUD : Histoire générale de la population mondiale, 2e éd., Paris I96I).

(2) Chapitre n® XX.

(20)

tion démographique". Car pour ces années, en première approitimation, on peut postuler (l) une stabilité de la structure en âge de cette population en moyen terme (or ce sont précisément les modifications de cette structure en âge qui faussent actuellement (2) cet indice simple du progrès démographique qu'est l'évolution de la population totale). Le premier recensement de la population anglaise a été réalisé en l801 et, par la suite, les recensements eurent lieu toutes les années se terminant par le chiffre 1, à l'exception de 1941 (3)o C'est en partant de cette donnée (elle-même coi*rigée poux* tenir compte de la sous-estimation) et en se basant sur les chiffres connus des baptêmes et des enterrements des paroisses anglicanes que de nombreuses estimations ont été effectuées, surtout pour le XVIIIe siècle. On conçoit aisément que c'est sur le calcul du coefficient de correction à adopter (4) pour passer du chiffre des baptêmes au total des naissances, ainsi que du chiffre des enterrements des paroissiens au total des décès, que reposent les différences des estima­ tions. La première de ces estimations a été faite dès I8OI par RICKMAN (5)> responsable du premier recensementj cette estimation fut d'ailleurs revue par l'auteur quarante ans plus tard. Les estimations plus récentes de BORWN- LEE (6) et de GRIFFITH (7) sont généralement acceptées et d'ailleurs diffèrent

(1) Voir plus loin la section "structure d'âge de la population".

(2) Ce sont surtout les comparaisons à long terme dans lesquelles entrent des données récentes qui sont faussées par la profonde modification de la pyra­ mide des âges résultant du vieillissement des populations des pays évolués; ce vieillissement a fait sentir ses effets d'une manière marquée à partir de périodes se situant soit tout à la fin, soit en dehors de celles entrant dans le cadre de cette étude.

(3) E. GREBENIK : Population and Vital statistics, dans The sources and nature of the statistics of the United Kingdom, vol. II, London 1957> édité par MeG. Hendall, p. 3*

(4) Choix du coefficient, mais aussi problème de la stabilité de celui-ci, et c'est sur ce point que les discussions ont été les plus animées.

(5) Observation on the I8OI Census. Notons que d'après J.R. Mc CULLOCH (A sta-

tistical account of the British Empire, 2e édit.. Vol. I, London l839»P»402.

FINLAISON, par des procédés assez voisins de ceux de RICKMAN, a également effectué des estimations, les chiffres cités diffèrent de ceux de RICKMAN. (6) J. BROWNLEE : The History of the Birth Rate in England and Wales, dans Publi

Health, Vol. XXIX, June-July 1916, pp.221-222 et 228-238.

(21)

11.-assez peu l*une de l'autre (l). Par contre, pour la période précédant le début du XVIIIe siècle, ce sont les estimations de RICKMAN qui sont le plus souvent retenues (GRIFFITH et BROWÏÏLEE s'étant d'ailleurs restreints au XVIIIe siècle).

Nous donnons, dans un premier tableau, l'évolution de la population à partir de 1570 en n'envisageant que des périodes espacées» Nous examinerons les chiffres plus en détail à partir du XVIIIe siècle.

Tableau n” 1 - Population de l'Angleterre (en milliers d'habitants).

Années Nombre d'habitants

(en milliers)

Années Nombre d'habitants

(en milliers) 1570 4.160 1730 6.008 1600 4.812 1760 60 665 1630 5.601 1790 8.216 1670 5.776 1820 12.000 1700 5.835 1850 17.928

Source : 1570-1670 : RICKMAN (Report on the I84I Census, cité par G.T.GRIFFITH

Population problems of the âge of Malthusj Cambridge 1926, p. 12).

Ce tableau fait apparaître clairement que jusqu'en 1760, nous sommes en présence d'une croissance assez faible et relativement xiniforme si l'on tient compte de ce qu'il ne s'agit pas, pour cette période, d'un progrès continu (et que des baisses de population furent fréquentes)(2) et que, de ce fait, les iné­ galités de croissance sont parfois imputables aux périodes de référence situées à des points différents des mouvements cycliques.

(1) Notons cependant que J.T. KRAUSE dans "Change in English Firtility and Mortalilgr I78I -I85O" (dans The Economie History Review, vol. XI, n° 1, Aug. 1958) critique ces deux estimations (p. 53 ©"t note 3 de la même page). L'auteixr, en se basant notamment sur les données suédoises, pense que l'accroissement naturel de la population entre 1750 ©t 1780 a été surestimé. Mais est-il raisonnable de postuler l'évolution démographique d'un pays à partir des données d'un autre pays, d'ailleurs assez différent tant au point de vue évolution économique que conditions climatiques ? L'auteur ne propose cependant pas d'autres chiffres pour remplacer ceux qu'il critique.

(22)

Tableau n° 2 - Population de 1*Angleterre»

Années BROWNLEE GRIFFITH RECENSEMENTS

Population Variation décennale Population Variation décennale Population Variation décennale 1700 5.835 5.826 1710 60 013 + 3,1 io 5.981 + 2,7 i 1720 6.048 T- 0,6 ^ 6.001 + 0,3 io 1730 6.008 - 0,7 io 5.947 - 0,9 io 1740 6.013 + 0,1 io 5.926 - 0,4 io 1750 6.253 + 4,0 i 6.140 + 3,6 1760 6.665 + 6,6^ 6.569 + 7,0 io 1770 7.124 + 7,1 i 7.052 + 7,4 io 1780 7.581 + 6,4 io 7.531 + 6,85^ 1790 8.216 + 8,4 i 8.247 + 9,3 io 1801 9.168 +11,6 io 9.156 +11,0 io 8.893 1811 10.164 +14 , 3 io 1821 12.060 + 18,7 io 1831 13.897 + 15,2 1841 15.914 +14,5 io 1851 17.928 + 12,7 1861 20.066 + 11,9 i 1871 - 22.718 + 13,2 i

Sources :-J« BEOWNLEE : The History of the Birth Rate in England and Wales dans Public Health, vol» XXIX, June-July 1916, cité par P. DEANE : The implications of Early National income estimâtes for the measurement long-term économie growth in the United Kingdom, dans Economie Deve­ lopment and Cultiiral Change; Vol. IV, n° 1, Nov. 1955»

-G.T. GRIFFITH : Population problème of Malthus; Cambridge 1926,p.18.

(23)

15.-ou la "première révolution démograph.iq.ue", comme n15.-ous l'appelons.

Si nous examinons maintenant les chiffres en réduisant les espa­ cements, et ceci à partir de 1700, nous constatons très nettement que c'est après 1750 que se place le point d'inflexion de la courbe de croissance. Après cette date, le taux décennal d'accroissement de la population restera toujours supérieur, ou très proche, à 7 ^ atteint de 1750 à 1760. A partir de 1790-1800, l'on note une nouvelle accélération du rythme de croissance de la population(l).

Nonobstant les inévitables marges d'erreurs de ces chiffres, il apparaît sans conteste que ce qu'il est convenu d'appeler la "révolution indus­ trielle" n'a pas été précédée d'une poussée démographique (2). Les cinquante années (et même les cent-cinquante) qui ont précédé 176O ont certes vu une aug­ mentation de la population, mais à un rythme lent qui serait d'ailleurs considé­ ré actuellement comme une quasi-stagnation : 0,2 ^ par an (3) entre I7OO et 176O.

Cette croissance de la population a tout au plus accompagné les débuts de la "révolution industrielle", mais l'on ne peut parler de véritable poussée démographique qu'à partir de 1790 ou, plus précisément, après I8OO.

Notons que l'accroissement décennal le plus fort a eu lieu entre I8II et l82l(4); mais soulignons cependant que cette poussée démographique doit être replacée dans

(1) Rappelons ici que nous ne cherchons pas dans ce chapitre à analyser les cau­ ses de ces variations. Il est évident que cette accélération doit être impu­ tée aux travaux de JENNER sur la variole.

(2) Et à plus forte raison encore si l'on place le début de cette "révolution industrielle" avant 1760.

(3) Il convient toutefois de remarquer que la comparaison avec les périodes ac­ tuelles est quelque peu inexacte du fait des différences des structures démo­ graphiques. Pour les pays développés, ton taux de croissance de cet ordre si­ gnifie même une régression de la population active, cette croissance démogra­ phique étant, dans ce cas, la résultante du vieillissement de la population uniquement.

Il n'en demeure pas moins que même \ane croissance annuelle de 0,2 9^ de la population active est considérée actuellement comme une stagnation. A titre de comparaison, rappelons que la population de la Belgique - qui présente un des taux d'accroissement les plus faibles qui soient - a augmenté de 0,6 9^ par an de 1957 à I960. La France, à l'époque de sa "stagnation démographique"

(192O-I930) connaissait un taux voisin de 0,5

(4) Pour les décennies non reprises dans le tableau, l'accroissement de la popula­ tion a été le suivant : I87I-I88I : + 14,4 9^ I88I-I89I : +11,7 P,

(24)

son contexte. En effet, actuellement l'on ne parle pas de poussée dénographique qmnd une population s'accroît de 1 % environ par année. Si l'on considère la longue période, le tairx moyen annuel de l'accroissement de la population anglaise, de I76O à I86O, a été de 1,1 % et, pour la période allant de I76O à 1610, de 0,6 io seulement.

B. Evolution de la natalité et de la mortalité.

Nous examinerons cette évolution à partir de I78O. Les données de base, rappelons-le, sont les statistiques des paroisses concernant les baptêmes et les en­ terrements recensés, poxir chaque dixième année, de I7OO à 1780, et po\ir chaque année à partir de cette dernière date. Comme le fait remarquer très justement HABAKKDK (l), le fait que jusqu'en I78O les données se rapportent à vine seule année sur dix limite la portée des conclusions qui découlent de l'examen de ces chiffres. C'est la raison pour laquelle nous ne les reprendrons pas (2).

Nous chercherons pas ici à déterminer les causes de la croissance de la population; dans la mesure où nous serions amenés à le faire, les développements trouveront leur place dans le chapitre intitulé "Le facteur démographique" de la deuxième partie de cette étude (Chapitre n® XX).

Même pour le taux de natalité et celui de mortalité de la période allant de I78O à I84O se pose le problème déjà soulevé précédemment, à savoir quels coeffi­ cients de correction employer pour pouvoir passer du chiffre des baptêmes au nombre réel de naissances, et du chiffre se rapportant aux enterrements au nombre des décès.

(1) H.Jo HABBAKKUK ; English population in the eighteenth century, dans "The Economie History Review, vol. VI, n“ 2, 1953» P« 119»

(25)

15

o-Nous opterons ici pour les coefficients utilisés par BROWNLEE (l) aussi bien pour le taux brut de mortalité que poxar le taux brut de natalité et ceci, jusqu'en 18405 après quoi, ce sont les données "réelles" qui deviennent disponibles.

Ce qui frappe dans le tableau n® 5, c'est la baisse assez faible des deux taux au cours de la période passée en revue, et cela surtout à partir de 1820. Bien entendu, et nous sommes pleinement conscients du fait, il s'agit ici de taux bruts qui n'expriment 1'évolution qu'imparfaitement. L'étude des taux de fécondité ainsi que ceux de mortalité par âge nous aurait entraînés à de trop larges développements. Mais il semble que dans le cas présent, ces chiffres bruts reflètent assez fidèlement la situation réelle, et c'est d'aille^lrs ce qui ressort d'tme étude de T.H, MARSCHAL:;(2) ,

Voici comparés les principaux coefficients pour la période I78O-I84O

Natalité : FARR BROWNLEE GRIFFITH

1781 - 1790 1,102 1,243 1,15 1791 - 1800 1,142 1,243 1,15 1801 - 1810 1,276 1,276 1,15 1811 - 1820 1,359 1,272 1,15 1821 - 1830 1,278 1,278 1,15 1831 - 1840 1,334 1,388 1,15 Mortalité :

GRIFFITH : 1,10 pour ]L'ensemble de la période. BROWNLEE : 1,20 pour l'ensemble de la période,

GRIFFITH : Population problems of the âge of Malthus; Cambridge 1926,

BROWNLEE : The History of the Birth Rate in England and Wales, dans Public Health, vol, XXIX, June-July I9I6,

Les coefficients de FARR sont déduits par T.H. MARSHALL (The population problems during the industrial révolution, dans Economie History, vol. I, 1929)» qui a comparé les es­ timations faites du nombre des naissances par FARR avec le nombre des baptêmes.

Les coefficients de BROWNLEE semblent s'apptiyer sur une étude plus poussée des condi­ tions que ceux employés par GRIFFITH (les différences avec les coefficients utilisés par FARR sont assez faibles). D'autre part, les chiffres de BROWNLEE sont plus large­ ment utilisés (Voir notamment P. LEANE : The implications of Eajrly National income estimâtes for the measurement long-term économie growth in the United Kingdom, dans Economie Development and Cultural Change, vol, IV, n® 1, Nov, 1955)»

(26)

Ce n'est qu*après 1880 que l'on assistera à une nouvelle baisse des taux de mortalité et de natalité. Somme toute, on peut considérer qu'après la baisse assez forte de la mortalité et la faible régression de la natalité intervenues dans la période 1780-1820, il y eut ime sorte de statu-quo dans cette évolution.

Tableau n° 5 - Evolution des taux bruts de natalité et de mortalité de l'Angleterre.

Années Taux brut de natalité

(V„J

Taux brut de mortalité

(V»J

I78O-I79O 37,7 28,6 1790-1800 37,3 26,9 1800-1810 37,5 23,9 1810-1820 36,6 21,1 1820-1830 36,6 22,6 1830-1840 36,6 23,4 1840-1850 32,6 22,4 1850-1860 34,1 22,2 1860-1870 35,2 22,5 1870-1880 35,4 21,4

Soiarce : voit texte.

Evolution démographique qui a pour conséquence de garder à la pyramide des âges le profil d'une population non "évoluée" et cela même jusqu'en I87I, comme on le verra ci-après.

G. Structure d'âge de la population.

C'est le recensement de 1821 qui, pour la première fois en Angleterre, permit de définir la structiore en âge de la population. Des estimations pour 1801 et 1810, généralement attribuées à PARE, ont été publiées dans le rapport du recen­ sement de I87I. C'est sur la base des chiffres reproduits dans ce rapport que nous avons calculé les pourcentages pour les quatre dates reprises dans le tableau n“ 4. Dans l'ensemble, ce tableau ne révèle que de très faibles modifications dans la

(27)

17.-trente ans plus tard que le vieillissement de la population commencera à se faire sentir»

Tableau n” 4 - Evolution de la structure en âge de la population de l'Angleterre (^).

Classes d'âge 1801 1821 1851 I87I 0 à 10 ans 24,6 2745 24,6 25,3 . 10 à 20 ans 19,9 21,0 20,5 20,2 20 à 30 ans 17,1 16,3 17,7 16,9 30 à 40 ans 12,4 12,0 15,2 12,9 40 à 50 ans 9,7 9,3 9,8 10,0 50 à 60 ans 7,1 6,5 6,9 7,3 60 à 70 ans 5,4 4,5 4,5 4,6 70 à 80 ans 3,0 2,2 2,2 2,2 80 ans et + 0.8 0.7 0,6 0.6 Total 100,0 100,0 100.0 100,0 0 à 20 ans 44,5 48,5 45,1 45,5 20 à 60 ans 56,3 54,1 57,6 57,1 60 ans et + 9,2 7,4 7,5 7,4

Source : Census of England and Wales for the year I87I s General Report,

Vol. IV, p. 54» Londres 1875*

(Poiir 1801, il s’agit d'une estimation attribuée à W. PARR).

Que retenir surtout de cet examen des données démographiques ?

D'abord, comme nous l'avons déjà souligné, le fait que la "révolution industrielle" n'a pas été précédée d'ime poussée démographique. Avant I76O, la popu­ lation s'accroissait à un taux annuel moyen de l'ordre de 0,2 et même lorsque, à partir des années I76O, cette croissance s'accéléra, la progression resta très mo­ deste : de 1760 à 1810, le taux annuel moyen est de 0,6

D'autre part, comme le chapitre suivant (traitant de l'agriculttire) permettra de le confirmer, le début de cette progression plus rapide et surtout, ce qui est important, continue de la population, se place soixante ans après que

(28)

ac-croissement des disponibilités alimentaires. La primauté du facteur économique sur le démographique dans cette période apparaît ainsi. Primauté dont il sera traité plus largement dans le chapitre n® XX car, rappelons-le, les conclusions générales de l'étude des faits auxquels nous nous attachons ici feront l'objet des parties II et III de cette étude.

X

(29)

19.-CHAPITRE II - L'AGRICULTURE.

A, L'évolution générale.

L'histoire agricole de l'Angleterre est dominée par les controverses stxt

les "enclosiires"; le\ir nombre, leurs effets surtout, sont constamment sujets à de très intéressantes contributions à l'histoire rurale anglaise. Nous ne ferons pas ici l'analyse de ces diverses thèses qui, d'ailleurs, le plus souvent ne s'opposent que sur des points assez limités. Mais avec le phénomène des "enclosmres", nous nous trou­ vons en présence d'un élément majeur dans le développement et l'évolution de l'écono­ mie rurale qui a précédé et accompagné les progrès de l'agriculture.

Si certains effets des "enclosxires" font l'objet de discussions (l), néan­ moins, l'accroissement de la productivité résulte incontestablement des remaniements de la propriété foncière.

Ce mouvement de l'enclosure, qui commença au XlIIe siècle, stimulé par la demande de laine (2), prit sa véritable extension après I76O. De I7OO à I76O, il y eut environ deux cents "enclosures acts" intéressant 320.CX)0 acres; de I76O à 1800, il y en eut dix fois plus : environ 2.000 "enclosures acts" pour près de 2.300.000 acres (3); de 1800 à 1820 environ, I.7OO "enclosvires acts"; après quoi, le chiffre

(1) Notamment la disparition des "yeomens" (petits paysans propriétaires) et le pro­ blème moral que posa le cas social créé par l'évincement des "cottagers" qui, de mi-paysans/mi-ouvriers agricoles, furent forcés de se transformer en vagabonds, formèrent un"lumpen prolétariat" et perdirent leur habitat. On peut, dans une phrase de T.S. ASTHON (La révolution industrielle de I76O-I83O, Paris 1955)» trouver la double image classique de phénomènes de ce type : "L'enclosxire libéra (ou chassa) les hommes de la campagne...". C'est "libéra" et c'est "chassa" qui constituent les dexix pôles explicatifs. Sans vouloir faire ici une "synthèse", il semble bien que l'enclosvire libéra du travail agricole xxne main-d'oeuvre active en chassant directement les "cottagers" et indirectement les "yeomens" de leur terre. (2) T.S. ASTHON, op. cité, p. 32.

(3) J. et B. HAMMOND t The village labourer I76O-I832, Londres I9II, p. 41* (D'après SLATER : English peasantry and the enclosure of common fields).

(30)

tomba à moins de 20 par an (l).

Mais il ne s'agit là que d'un des aspects dans les changements interve­ nus dans l'agricult\are anglaise; changements qui se sont produits en partie avant I76O "Entre I7OO et 1800, se produisit un étonnant changement. L'Angleterre ne produisit "pas seulement de la nourritxire pour une population qui avait doublé, aussi bien que "des grains poxir trois fois plus de chevatix, mais pendant la première partie de cette "période devint, selon le mot de Lavergne, le grenier de l'Europe" (2)« Selon EENLE, ce changement serait la conséquence d'vine reconversion de terres à herbe à la culture plutôt que des progrès des techniques agricoles ou que de l'extension des surfaces cultivées. Mais, étant donné qu'il ne paraît pas y avoir eu une régression de l'éle­ vage, il semble donc que les deux autres facteurs que nous venons de citer aient éga­ lement joué, et le premier(progrès technique)peut-être davantage que le second» Les modifications introduites ou popularisées, notamment par TÜLL, LOVEL et TOWNSHENL (j)

(1) P. MANTODX : La révolution industrielle au XyiIIe siècle* Paris 1959• G,R. PORTER: The progrès of the nation, London I836, tome I, pp,155-156«

D'après ces deux auteurs, l'évolution du nombre d'enclosvires acts a été la sui­ vante (notons que ces chiffres sont approximatifs, en ce sens qu'ils diffèrent légèrement d'ime source à l'autre par suite de modalités du compteige) :

1702-1714 • 3 1770-178O •• 642 1714-1720 : 6 178O-I79O • 287 1720-1730 •• 33 1790-1800 •• 506 1730-1740 i 35 1800-1810 •• 906 1740-1750 : 38 1810-1820 •• 835 1750-1760 : 156 1820-1850 t 205 1760-1770 : 424 1850-1840 : 146

I7O2-I8IO = chiffres de P. MANTOÜX.

1810-1840 = chiffres de G.R. PORTER, complétés de I836 à 1859 ceux donnés dans le graphique de GRIFFITH : Population problems of the âge of Malthus, Cambridge 1926, p,179»

(2) Lord ERNLE t Histoire rurale de l'Angleterre, Paris 1952, p. 165»

(31)

21.-se placent toutes avant I76O (l) : amélioration des sols, rotation améliorée des cultures, introduction de cultures nouvelles (navets, trèfle, etc...) et aussi, sélection animale avec GRESLEÏ, WEBSTEE et BAKEWELL (2). C'est ainsi qu'entre I7IO et 1795 le poids moyen du bétail sur le marché de Smithfield (j) passe de 370 à 800 livres pour les boevifs, de 50 à I50 livres pour les veaux, et de 38 à 80 livres pour les moutons (4).

Les progrès amorcés avant I76O s'intensifièrent lors des décennies qui suivirent, stimulés par une demande accrue résultant d'un accroissement relativement rapide de la population (5) * population qui augmente en effet de 50 io environ de 1760 à 1800. P. MANTCÜX note (6) : "Vers I76O, l'impulsion doxinée par quelques grands seigneiars s'était comm\miquée à la nation tout entière. Les travaiix publics entrepris de toutes parts - construction de routes, percement de canaux, dessèchement des marais vinrent l'accélérer encore". C'est à cette période que se place l'effort de YOOITG en faveur de la diffusion des techniques agricoles (au sens large du terme). Le chapitre de l'ouvrage classique de ERNLE, sur la période I76O-I8OO est d'ailleurs intitulé : "Arthvir Young et la diffusion des connaissances".

B. La production et les rendements.

Chiffrer en termes de production les progrès réalisés est assez malaisé. L'on ne possède des statistiques pour la production agricole qu'à partir de 1866. Il y a, dans ce domaine de la recherche d'histoire économique anglaise, vin certain hiatus (7). C'est par le biais du commerce extérievir que ces progrès sont peut-être

(1) JETHRO TÜLL : 1674-17415 Lord LOVELL : 1697-1755; Vicomte TOWNSHEND ; 1674-1758.

(2) Entre I72O et 1776. C.S. ORWIN : A history of English farming, London 1949»PP«56-58

(3) Marché du bétail de Londres.

(4) P. MANTOÜX : La révolution industrielle au XVIIIe siècle, Paris 1959» P. 155

(D'après P.M. EDEN J State of the poor, tome I, p. 334).

(5) Voir chapitre n® I.

(6) P. MANTOÜX, op.cité, p. I54.

(32)

le mieux mensurables; nous y reviendrons d'ailleurs plus loin comme nous l'avons déjà dit. Mais anticipons xin peu ici en montrant l'ampleur de ces progrès : mal­ gré un doublement de la population entre 1760 et I83O (l), malgré un transfert de la population active de l'agriculture à l'industrie,

l'agriculture parvient, en I83O, à fournir la presque tota­ lité des produits agricoles nécessaires à la population anglaise. Bien plus que par l'augmentation des surfaces cultivées, cette productivité globale de l'agri­ culture est la résultante d'un accroissement des rendements. En effet, les terres arables de l'Angleterre sont estimées par G. KING (2) à 9 millions d'acres vers 1688, auxquels il conviendrait d'ajouter au moins 500*000 acres à partir du million que KING groupe sous la dénomination de "maisons et dépendances", "jar­ dins et vergers", "églises et cimetières"; vers 1827, les terres arables et les jardins sont estimés à 11,1 millions d'acres (3). En I866, le chiffre correspon­ dant est de 13>4 millions d'acres (4)» y compris près de deux millions et demi d'acres consacrés aux fourrages, soit une augmentation de 40 alors que la production a certainement doublé durant cette même période (5)*

Cet accroissement des rendements que nous venons de mettre en relief se trouve confirmé par des recherches entreprises notamment sur les rendements des céréales.

(1) Notons, cependant, qu'il est probable que l'on ait assisté à une réduction de la consommation par habitant (voir le chapitre n° IX).

(2) G. KING - National and Political observations and conclusions upon the State and condition of England I696, London I8IO, p. 52 (cité par L. BENLE : His­ toire rurale de l'Angleterre, Paris 1952, p. 537)*

(3) Lord ERNLE - op. cité, p. 538, d'après la déposition de W. COULING à la Commission Parlementaire de 1827»

(4) D'après le tableau fourni par Lord ERNLE : op.oité, p. 349*

(33)

23.-M. K. BENlîET (l) donne, après examen des différentes données, l'évo­ lution suivante des rendements de "blé :

Tableau n° 5 - Rendements de “blé en Angleterre exprimés en Buschels par acre»

Années Rendements Accroissement décennal

moyen 1200 8 1450 8,5 + 0,2^ 1650 11 +1,3 io 1750 15 + 3,1 io 1800 20 + 5,7 io 1850 26 + 5,4 i

Source s d'après M.K. BEMET : British Wheat yield per acre for seven centuries, dans Economie History, vol. III, n® 10, Peb. 1935> pp.26-27»

En un siècle, de I65O à 1750, les rendements augmentent dans une proportion aussi forte q.ue durant les quatre siècles et demi précédents, et de 1750 à 1800, soit en un demi-siècle, ce même progrès sera accompli. Dans l'en­ semble, c'est à un accroissement très sensible de la productivité agricole que nous assistons durant le XVIIIe siècle (2), productivité accrue résultant aussi bien des changements de structure des terres cultivées (extension des surfaces de labour due aux enclosures (3) que des améliorations de la technique agricole proprement dite} le second facteur ayant d'ailleurs accéléré l'extension du pre­ mier. Notons enfin les modifications intervenues dans la structure par taille des

(1) M.K. BENNET : British Wheat yield per acre for seven centuries, dans Economie History, vol. III, n° 10, Peb. 1935» pp.26-27»

(2) Notons que ce que l'on appelle dans diverses études "The agricultural déprés­ sion" pour les années 1730-1750 devrait plus logiquement être appelé dépression des prix agricoles; car en fait, il s'agit bien de cela. Baisse des prix

d'ailleurs imputable au volume de l'offre, suite à de bonnes récoltes, ce qui conduit à accroissement des disponibilités.

Voir notamment G.E. MINGAY : The agricultural dépréssion 1730-1750 (surtout p. 336), dans The Economie History Review, vol. VIII, n° 3, April 195^» (3) Rappelons que c'est délibérément que nous laissons de côté certains aspects

(34)

res (l).

C« La productivité.

Par des calculs (assez approximatifs il est vrai), nous avons estimé l’accroissement de la productivité du travail agricole (2) à plus de 90 durant ce siècle. En effet, si l’on considère q.ue, d'une part, l’agriculture anglaise pourvut aux besoins d'une population qui, passant de 5.800.000 habitants en 1?00 à 9®100.000 habitants en I8OO, connut un accroissement de 57 s't ÇL^e, d’autre part, on peut estimer que l’emploi agricole passant de 70 io des actifs en 1700 (3)

(1) G.E. MUTCtAY : The size of forms in the eighteenth century, dans The Economie

History Review, vol. XIV, n° 3» April 1962 (notamment pp.480-482). Dans une autre étude, G.E. MIIîGAY (The large estate in eighteenth century England,dans Première Conférence internationale d* Histoire Economique de Stockholm, Paris i960, pp.367-383) souligne que l’on a peut-être tendance à surestimer l’in­ fluence des grands propriétaires dans la diffusion des progrès agricoles, et à sous-estimer leur influence dans les autres secteurs d’activités (mines, carrières, canaiix, développement urbain).

(2) Il s’agit en fait de la productivité par actif employé, compte non tenu des durées de prestation du travail qui devraient normalement intervenir dans un tel calcul, si ces données existaient.

(3) L’on ne dispose pas de données précises pour la proportion d’actifs employés dans l’agriculture à la fin du XVIIe siècle. G. KING donne une proportion de 75 i° pour les habitants de la campagne par rapport au total. Le chiffre que nous avons retenu ici tient compte de la donnée précédente ainsi que du fait que l’emploi agricole dépasse couramment les 70 ia pour les sociétés pré-indus­

trielles. En France, vers I83O "sur 100 familles, 75 dans l’agriculture"

(M. RUBICHON : Sur le mécanisme de la société, dans Encyclopédie du commerçant, Paris 1852, vol. l).

Vers 1790» l'on estime à 90 9^ du total la population active occupée dans l’a- gricultijre aux Etats-Unis (W.S. SACHS : Agricultural condition in the Northern colonies before the Révolution, dans Journal of Economie History, 1953> n° 3). En Finlande, dans le dernier quart du XIXe siècle, "nearly 80 io of the popula­ tion gained a livehood from farming" (E. JULIKKALA : Industrialisation as a factor in économie growth in Finlande, dans Première conférence internationale d’Histoire Economique de Stockholm, Paris I960, p. 149)®

Espagne en I887 : 69 io\ Turquie en 1935 * 70,2 9^5 Yougoslavie en 1921 : 74)8 i>\ Bulgarie en I9IO : 70,4 i (C® CLARK : The conditions of économie progress,3e éd. Londqn 1957) pp.5X0-520).

On peut donc considérer que ce chiffre de 70 i contient une marge d’erreur par défaut, mais il est néanmoins peu probable qu’il dépasse les 75 ii la statisti­ que de G. KING relative à la population urbaine étant certainement très proche de la réalité (Voir notamment P.E. JONES et A.V. JUDGES : London population in

the late seventeenth century, dans The Economie History Review, vol.VI, n° 1,

Oct. 1935) PP®55“56) qui, par leurs recherches, confirment les chiffres de

(35)

25.-à 37 en 1800 (l), suMt une régression de 17 l’accroissement de la produc­ tivité par actif agricole qui en résulte se chiffre à 89 5!^» Cet accroissement est très probablement légèrement sous-estimé du fait du choix délibéré des pro­ portions d’actifs (légèrement sous-estimées en 1700, et surestimées en I8OO)» Notons ici que si de 1770 à I8OO, on peut estimer qu’il y eut une certaine

baisse de la consommation de produits agricoles par habitant (voir chapitre n®IX), il ne semble pas que, globalement, cela fut le cas entre 17OO et I8OO; l’évolu­ tion en ce domaine pouvant se décrire sommairement comme suit s relative augmen­ tation de 1700 à 1770, puis baisse lente. Si de 1770 à 1798 on peut estimer que le revenu national par habitant à prix constants a baissé de 20 io environ, il s’est accru de 110 ^ entre 1688 et 1770. Entre I688 et 1798, c'est donc à un ac­ croissement de 75 Q.U® l’on assiste. En définitive, c’est probablement à xin niveau supérieur à celui de I7OO que devait se trouver, en I8OO, la consommation par habitant. Cependant, ce facteur est partiellement annulé par le renversement de la balance extérieure des échanges de produits alimentaires.

Cette estimation de l'accroissement d'au moins 90 ^ de la productivi­ té ne concerne que les produits agricoles destinés à l’alimentation. Si l'on considère les produits non alimentaires, il est fort probable que ceux-ci aient augmenté plus fortement; c’est ainsi que pour la laine, qui représente -une

frac-(1) Le recensement de I8OI indique que 20 personnes sur 100 étaient occupées dans l’agriculture; mais cette proportion est manifestement trop faible et résulte d'une mauvaise interprétation (et formulation) du questionnaire; le recense­ ment de 1811 donne 347 familles sur 1.000 occupées dans l'agriculture

(36)

tion très importante de cette production, l’on constate une augmentation de plus de 120 ^ durant ce même siècle (l). Donc, en incluant la production non alimentaire, le taux d'accroissement de la productivité agricole ne se trouve pas réduit, au contraire. On peut donc conclure à doublement au moins de la productivité agricole anglaise de 1700 à l800.

Les années 1815-1837 sont généralement considérées comme étant des années de crise agricole (2). Il s'agit en fait d'une période de transition et de réadaptation d'après-guerre marquée par une baisse des prix agricoles et un sous-emploi assez aigu (3)« Il semble que la main-d'oeuvre libérée par les pro­ grès de la productivité agricole et par la démobilisation (4) ne peut pas être entièrement absorbée par l'industrie. Après cette période, l'agriculture anglaise entra dans une nouvelle phase de développement marquée par les progrès techniques

(1) La consommation de laine de l'Angleterre passe de 40 millions de Ibs en 1695 à 102 millions en I8O5 (P« DEANE ; The output of the British wool industry in the eighteenth century, dans The Journal of Economie History, vol. VIII, n® 2). Les importations de laine brute s'élevaient vers I8OO à environ 9 millions de Ibs (G.R» PORTER : The progress of the nation, London I836, vol. I, p. 200 et Mc CULLOCH : A dictionary of commerce and commercial navi­ gation, London I844, p. I.367) et en postulant des importations insignifian­ tes pour 1700, c'est un accroissement de 133 que l'on obtient de 1695 è 1805» (Les exportations de laine brute étaient interdites durant cette pério­ de).

(2) Lord ERNLE : Histoire rurale de l'Angleterre, Paris 1952, pp» 339-354» C.S. ORWIN : A history of English farming, London 1949» P» 73»

J.L. et B. HAMMOND : The village labourer I76O-I832, London 1911, p»177» (3) G.N. GASH : Rural unemployment I8l5-l834> dans The Economie History Review,

vol. VI, n® 1, Oct. 1935»

(4) Lord ERNLE insiste sur l'effet négatif des lois d'assistance publique (Poor Law). Il est possible que celles-ci, assez empiriques, ne favorisaient pas l'agriculture et surtout pas les petits agriculteurs; néanmoins, cette assis­ tance publique et surtout son extension ont été causées par l'accroissement du sous-emploi.

(37)

27.-drainage, emploi des engrais artificiels et introduction du machinisme. L'agriculture anglaise entre, à cette période déjà, dans l'époque moderne : technique évoluée, commercialisation des produits agricoles et aussi, spécialisation puisque c'est en effet vers 1850 que se place le détut de cette phase qui s'étendra jusqu'au commence­ ment de la seconde guerre mondiale (l), époque où l'économie anglaise importera des quantités croissantes de céréales, se consacrant toujours davantage à l'élevage.

Dans les pages suivantes, nous allons d'ailleurs mettre en relief cette évolution.

D. Problème des disponibilités alimentaires.

L'image actuelle d'une Grande-Bretagne importatrice de produits alimentai­ res et exportatrice de produits industriels tend parfois à masquer \xn fait très impor­ tant et insuffisamment mis en relief. Certes, cette image est valable pour la Grande- Bretagne de la seconde moitié du XIXe siècle, mais pour le XVIIIe siècle, il en va différemment, comme nous le démontrerons dans les pages qui suivent (2). Cependant, nous nous bornerons ici à \in seul aspect : le commerce extériexjr des produits alimen­

taires. Nous chercherons donc à mettre en relief le fait que l'Angleterre, contraire­ ment à une opinion assez largement répandue, ne s'est pas appuyée siir des ressoiirces alimentaires extra-nationales dans les premières décennies de la "révolution indus­ trielle" .

Si l'on établit le solde du commerce extérieur de blé et de farine de blé, l'on constatera que nous sommes en présence d'tin excédent de production croissant jus­ qu'en 1760 puisque, selon la législation en vigueur, les exportations de céréales ne pouvaient pas prendre de l'ampleur en période de récoltes insuffisantes (5). Ce solde

(1) Un certain changement eët intervenu alors, la proportion de céréales produites localement par rapport à la consommation totale est passée de 23 io pour la période 1934“1958 à 35 pour la période d'après-guerre (Annuaire des Nations-Unies^ I96O) et à 37 ^ pour 1959-1960 (Annuaire Statistique I96I des Natlons-^nles, N.ï. I962). (2) M.G. MDLEALL : Industries and Wealth of Nations, London 1896, note (p. 66) :

"In the eighteenth centviry the British Islande had usually a surplus of grain, beef, butter, and cheese and these articles formed considérable items' in the yearly exports...".

(38)

précédant les débuts de la '^évolution industrielle” se trouve donc être marquée par vm très fort accroissement des disponibilités agricoles (l). Et ceci se confirme lorsque l'on considère l'ensemble des graines ou farines comestibles, car il n'est pas exagéré de postuler que le pain et la farine fournissaient 80 io des calories consommées par les paysans et les ouvriers de cette période (2).(Il faut noter cepen­ dant que ce pain et cette farine n'étaient pas faits de blé uniquement, le pain de blé étant d'ailleurs le "pain des riches" avant le XIXe siècle). Le tableau n° ^ permet la confirmation de ce phénomène.

Tableau n° 6 - Moyennes annuelles du commerce extérieur de blé et farines de l'Angleterre (l.OOO quarters).

Années Exportations Importations Solde

1697-1699 7»4 0,6 + 6,8 1700-1709 110,6 0,2 + 110,4 1710-1719 105»! - + 105,1 1720-1729 114» 7 11,5 + 105,2 1750-1739 294» 5 0,5 + 294,0 1740-1749 289»! 0,8 + 288,3 1750-1759 328,3 16,5 + 312,0 1760-1769 255,2 96,7 138,5 1770-1779 86,9 130,0 - 43,1 1780-1789 129»5 152,9 - 23,4 1790-1799 83»! 464,7 - 381,6 1800-1809 60,1 574,9 - 514,8 I8IO-I8I9 101,2 773,2 - 672,0 1820-1829 93»! 907,7 - 814,6 1850-1839 154» 9 1.623,7 - 1.468,8

Sources : Moyennes annuelles établies d'après les données de Mc CULLOCH :

A dictionary of commerce and commercial navigation (London 1844)» p.418» Jusqu'en 1754» Angleterre et Pays de Galles; à partir de 1755» y compris Ecosse, Comprend également les importations en provenance d'Irlande, même après 1800.

(1) Ceci confirme le mot de LAVERGNE et que nous avons déjà cité : "L'Angleterre est devenue le grenier de l'Europe".

D'autre part, C.R. PAY (English Economie History mainly since 1700, Cambridge 1940) note (p. 85) î "French merchants spoke of England as the granery of Europe as late as 1766),

(39)

29.-Si l*on considère la décennie 1745-1755» on peut estimer qu'environ 800.000 à

900.000 quaxters de céréales ou farines diverses ont été exportés annuellement, soit environ 200.000 tonnes métriques, ce qui représente plus de 30 kg. par habitant, quan­ tité assez importante (l) potir nous permettre de conclure à l'existence de larges dis­ ponibilités alimentaires durant les décennies précédant le développement industriel accéléré.

Tableau n° 7 - Commerce extérieur de graines (y compris farine de ces graines) de l'Angleterre, en 1.000 de quarters Çquantités globales) pour la

période considérée.

Blé Orge et

Malt Avoine Seigle

Pois et Haricots Total 1697-1731 Importations 124 433 178 0,2 771 Exportations 3.592 7.467 217 1.099 0,7 12.367 Solde + 3.468 + 7.432 216 1 — 1 C M C T \ + + 0,5 + 11.596 1732-1766 Importations 292 49 1.050 22 10 1.423 Exportations 11.540 10.260 365 1.438 25 23.628 + 11.248 + 10.211 685 + 1.416 + 15 + 22.205 1767-1801 Importations 10.541 1.958 14.918 1.123 1.184 29.724 Exportations 3.064 2.614 737 173 666 7.254 Solde - 7.477 + 656 - 14.181 - 950 - 518 - 22.470

Source : Lord EENLE : Histoire rurale de l'Angleterre, Paris 1952, p. 554*

(l) En effet, si l'on postule une consommation de 2.200 calories par joiir (chiffre relativement élevé si l'on considère le niveau de vie de l'époque d'une part et, d'autre part, la structure en âge de la population), 30 kg. de céréales repré­ sentent environ 15 % des besoins annuels exprimés en calories.

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