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Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Danis, A. (1956). Etude de l'ossification dans les greffes de moëlle osseuse (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Médecine – Médecine, Bruxelles.
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Etude de l'ossification
dons les greffes de moelle osseuse
Travail des Laboratoires d’Histologie
et de Pharmacodynamie de l’Université Libre de Bruxelles et de la Fondation Chirurgicale E. Dugniolle
LES EDITIONS « ACTA MEDICA BELCICA »
43, rue des Champs-ElyséesBRUXELLES
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THESES ANNEXES
1. Le caillot de sang est doué de la propriété de faire naître dans les tissus, à son voisinage, des bourgeons conjonctivo-vasculaires qui ten dent à l’envahir.
2. La fréquence de la sténose hypertrophique du pylore n’augmente pas avec le nombre de grossesses.
Etude de rossification
dans les greffes de moelle osseuse
PAR
André DANIS
Travail des Laboratoires d’Histologieet de Pharmacodynamie de l’Université Libre de Bruxelles et de la Fondation Chirurgicale E. Dugniolle
LES EDITIONS « ACTA MEDICA BELCICA »
43, rue des Champs-ElyséesSOMMAIRE
Introduction ... 7
Historique ... 9
Discussion des résultats expérimentaux relevés dans la littérature ... 30
Examen des résultats négatifs et de leur interprétation . . . 31
Examen des résultats positifs et de leur interprétation .... 32
Critiques relatives aux travaux infirmant le rôle ostéogène de la moelle osseuse ... 33
Travaux personnels ... 46
Technique chirurgicale ... 47
Technique de l’identification osseuse par l'alizarine .... 49
La greffe vivante. A. La greffe autologue...51
Etapes de l’ossification des greffes de moelle jusqu’au huitième jour chez le rat... 51
Evolution de la greffe après le huitième jour ... 54
Ossification des greffes dans divers organes et tissus du rat . . . 56
Ossification des greffes de moelle chez le lapin et le cobaye ... 62
Conclusion ... 63
Expériences de contrôle ... 65
B. La greffe homologue ... 69
Résultats négatifs ... 71
Résultats positifs... 71
Etude statistique appliquée aux résultats de la greffe homologue . . 73
Conclusion. ... 75
C. La greffe hétérologue... 76
Greffe de moelle de lapin chez le rat ... 76
Greffe de moelle de cobaye chez le rat ... 77
Conclusion. ... ... 80
Le mécanisme de la nécrobiose des greffes homologues et hétérologues. 81 La greffe dévitalisée. La greffe autologue dévitalisée par la chaleur. ... 91
La greffe autologue dévitalisée par congélation ... 92
La greffe autologue dévitalisée par l’alcool ... 92
Théories de Vostéogénèse dans les greffes de moelle. .... 95
Résumé du travail ... 105
Conclusion. . . . . ■ . ■ ■ ■ ■ ■ .111
INTRODUCTION
Les travaux déjà anciens de nombreux auteurs tels que Haller ( 1763), Troja (1774), Flourens (1842) et Broca (1858) affirmaient le pouvoir ostéogène de la mœlle osseuse et du rôle actif joué par le tissu médul laire lors de la formation du cal de fracture.
Plus récemment, dans un livre devenu classique, René Leriche * a infirmé la potentialité ossificative de la moelle osseuse en s’exprimant en ces termes ;
« On entend encore, aujourd’hui, des chirurgiens parler de ce rôle » ostéogénique invraisemblable de la moelle comme s’il était une certi- » tude. Cette erreur n’a plus droit de vivre. Autant vaudrait dire » que la graisse peut faire de l’os. » René Leriche considère que, si les faits rapfxjrtés par les auteurs sont exacts, « ... leur interprétation ne » résiste pas à une critique serrée des conditions expérimentales. On » ne transplante pas de la moelle pure, mais de la moelle avec grains » osseux... ».
C’est à la présence de ces grains osseux qu’il attribue la cause de l’ossification.
D’autre part, en 1949, Lacroix, dans sa monographie très documentée sur l’organ’sation des os, rapporte les noms de huit auteurs qui, depuis 1867, avaient exécuté des greffes de moelle osseuse pure et avaient observé qu’un certain nombre de ces greffes s’ossifiaient. Il confirme ce phénomène, en réussissant chez le lapin vingt-cinq transplantations de moelle osseuse, toutes suivies d’ossification.
Les possibilités de transformation, à première vue paradoxale, d’un tissu mou à destinée hémopoïétique en un tissu dur, histologiquement dissemblable, est à nouveau confirmée en 1952 par Urist et McLean qui insèrent avec succès des transplants autologues dans la chambre antérieure de l’œil du rat.
Cependant, en cette même année 1952, Roth, qui n’ignore pas les travaux antérieurs, émet des appréciations dubitatives et conclut : « Dans aucun cas, le pouvoir ostéogène de la moelle n’est fermement
8 A. DANIS
établi. » (In die Konservlerung von Knochengewebe für Transplanta-
tionen, p. 7.)
Cette discordance d’opinions laisse en question le principe du pou voir ostéogène de la moelle osseuse.
HISTORIQUE
Notre étude bibliographique préalable nous a réservé la surprise de constater à quel point le problème de la greffe d’origine médullaire a entraîné de recherches à la fois variées et souvent d’interprétation très difficile.
Dans le but d’éviter toute équivoque dans la mise en évidence du pouvoir ostéogène médullaire, nous n’avons retenu dans notre énumé ration que les travaux portant sur des expériences pures, utilisant uniquement la moelle.
Nous avons volontairement exclu les essais où la moelle est associée à l’os. Enfin, nous ne citons pas davantage les travaux cliniques qui se prêtent mal à des interprétations précises.
* * *
En 1863, Ollier, abandonnant l’ère des hypothèses, a fait les toutes premières expériences en partant de moelle osseuse. Il la transplante dans les parties molles et n’a pu réussir à obtenir de l’os : « Nous avons, » dit-il, pratiqué ces transplantations à distance, entre animaux de » même espèce, cinquante fois au moins. Nous avons expérimenté sur » le lapin, le pigeon, le poulet, le chat, le chien, et jamais dans aucune » circonstance, quel que soit le temps que nous ayons attendu, nous » n’avons vu la moelle s’ossifier. »
Pourtant, il fait la remarque suivante : « Nous ne nions pas la possi- » bilité de cette ossification ; rappelons-nous que tous les tissus appar- » tenant à la substance conjonctive peuvent se transformer en os : » on voit la choroïde s’ossifier, la plèvre se recouvrir de plaques » osseuses. »
Goujon, interprétant ces expériences, pensera plus tard que leur échec fut peut-être dû au fait que les pièces auraient été contrôlées trop tardivement (après deux mois) et que l’os aurait pu s’être formé et s’être résorbé secondairement.
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d’argent. Un mois plus tard, le cylindre médullaire enchâssé dans le métal s’est ossifié, tandis que la moelle intouchée est restée molle.
Six ans après. Goujon (1869) réussit six cas d'ossification sur envi ron une trentaine de greffes de moelle.
Il attribue ses succès au fait qu’il a choisi pour son travail de jeunes animaux et qu’il a pratiqué des greffes sur un territoire richement vascularisé : le muscle. De ces greffes réussies, 2 sont autoplastiques (lapin) et 4 homoplastiques (2 chez le lapin, 2 chez le poulet). Mais quand il effectue ses transplants sous la peau, il voit la moelle se résorber dans une greffe autoplastique du troisième mois, ou subir une dégénérescence graisseuse dans le cas d’une greffe homoplastique du trente-huitième jour chez le lapin.
Ces constatations expérimentales le mènent à penser que la moelle pourrait jouer un rôle important dans la réparation des fractures.
Cette même année 1869, Kops présente à la Faculté de Médecine de l’Université libre de Bruxelles une thèse intitulée ; « Considérations sur le développement du tissu osseux et sur le rôle fonctionnel du périoste et de la moelle. Etude anatomique et physiologique ».
OSSIFICATION DES GREFFES DE MOELLE OSSEUSE 11
» très nombreux... Nous pouvons donc dire en toute certitude que la
» moelle pour s’ossifier n'a pas besoin du voisinage d’un os. »
Et page 53, il conclut : « ... la moelle a pour fonction de sécréter la » substance intermédiaire des os, et l’accroissement du tissu osseux » dépend entièrement d’elle ».
Peu après, en 1870, Baikow publie des résultats d’expériences sur le chien. Dans une première série de dix transplantations homologues effectuées sous la peau, il ne recueille que des résultats négatifs ; au contraire, les greffes autologues sous-cutanées.. H fois sur 28, donnè rent lieu à la formation d’os.
Ces recherches, qui s’étendent jusqu’au septante-sixième jour, sont remarquablement complétées par une vaste étude microscopique : l’au teur observe la formation de canaux de Havers, entourés de lamelles et de cellules osseuses étoilées. Il constate aussi que les espaces médul laires sont bourrés de vaisseaux et de moelle à cellules adipeuses.
D’après ses très nombreuses coupes, Baikow croit à la transforma tion de la moelle en tissu conjonctif fibreux qui se transformera ulté rieurement, par prolifération de ses éléments cellulaires, en os et en cartilage.
Sept ans plus tard, en 1877, expérimentant sur le lapin, Maas trans plante de la moelle en trois territoires : sous la peau, dans la cavité abdominale et dans les muscles : il ne dit pas s’il a étendu l’expérience à d’autres espèces animales. Parmi les nombreuses greffes qu’il a faites, la plupart se résorbent, mais quelques-unes se transforment en une matière grumeleuse, caséeuse, sans trace d’ossification. Il ne confirme donc ni les résultats de Goujon ni ceux de Baikow.
Peu après, encore en 1877, Bidder dénie tout pouvoir ostéogène à la moelle de l’animal adulte, mais il l’admet pour les animaux jeunes. Il faut noter que l’auteur s’est contenté d’irriter la moelle in situ, soit en introduisant une tige d’os dans la cavité diaphysaire, soit en injectant de l’acide lactique. Il ne tente donc pas de recourir à la transplantation.
Bruns (1881) explore ensuite le comportement de transplants de moelle sous la peau.
Dans les séries où il transplante de la moelle d’un animal à l’autre (greffes homologues), il n’obtient que résultats négatifs, les greffes s’éliminant soit par suppuration, soit par résorption. Au contraire, les greffes autologues qu’il exécute chez de jeunes chiens s’ossifient 12 fois sur 19; parmi les expériences négatives, il y eut 3 cas de suppuration.
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période jusqu’au dixième et douzième jour, de nombreuses cellules jeunes s’installent en abondance, notamment de longues cellules fusi formes qui proviennent de la périphérie et s’avancent vers le centre du cylindre de moelle pour constituer un tissu réticulaire. Du douzième au quatrozième jour, apparaissent à la périphérie de ce tissu néoformé des plages de tissu ostéoïde ou cartilagineux ou osseux — ce dernier paraissant dériver du tissu ostéoïde ou du tissu cartilagineux. Au vingt-deuxième, vingt-quatrième jour, rarement plus tard, les îlots d’os sification sont soudés en une masse osseuse spongieuse lisse et égale à sa surface. A partir de ces îlots, de nombreuses cellules géantes s’ob servent et leur nombre augmente avec la durée du séjour du greffon sous la peau. Sans pousser l’expérience davantage et se basant sur cet aspect histologique, l’auteur conclut que la résorption est chose pro bable, mais il n’a pas assisté au phénomène qu’il suppute, car son observation la plus longue n’a porté que sur quarante jours.
Bruns hésite à attribuer à des spiculés osseux inclus dans la moelle la cause du phénomène ; il s’étonne que de tels fragments eussent manifesté un développement aussi vigoureux dans leur voisinage. Le pourcentage élevé de ses réussites et leur qualité lui permettent de conclure que l’ossification n’est pas accidentelle, qu’elle est due à la moelle et qu’elle est la preuve du pouvoir ostéogène de celle-ci.
N’osant prendre seul la responsabilité de cette thèse, l’auteur se couvre de l’opinion de Waldeyer auquel il a soumis les plaques micro scopiques : c’est à partir des ostéoblastes que l’os prendrait naissance, sans la participation des leucocytes, ni des cellules adipeuses, ni des cel lules conjonctives néoformées.
En cette même année 1881, Kôlliker, relate brièvement ses propres expériences d’autotransplants de moelle chez le lapin jeune ; il les greffe dans la chambre antérieure de l’oeil et dans la cavité abdominale et observe la formation d’os et de cartilage. Il ne fournit pas de pré cision sur le nombre d’animaux ni sur la durée d’observation et ne parle pas de contrôle microscopique.
Deux ans plus tard (1883), Zesas exécute à son tour des trans plantations autoplastiques dans le muscle de 8 lapins et de 8 jeunes chiens : devant les résultats totalement négatifs qu’il obtient, il met en doute la propriété ostéogène de la moelle osseuse. Ses échecs résultent probablement du fait qu’il a travaillé avec des antiseptiques, sans se douter que les produits qu’il a utilisés pouvaient tuer les greffons !
OSSIFICATION DES GREFFES DE MOELLE OSSEUSE 13
s’est formé à l’intérieur d’un tube métallique enchâssé dans la moelle. Il s’appuie principalement sur les expériences de Vincent, inédites à ce moment, pour conclure : « 1“ le pouvoir ostéogène de la moelle osseuse » n’apparaît que sous l’influence d’une excitation pathologique ou » expérimentale convenable ; 2° la moelle osseuse a, comme le périoste,
» un pouvoir ostéogène ; 3° ce pouvoir est nettement inférieur à celui
» du périoste. »
Vincent (1884) a réalisé, outre ses expériences d’irritation médul laire, des transplants de moelle autologue dans un tissu récepteur inusité : la crête du poulet. Son observation s’étend sur une période de treize à dix-huit jours. Sur quatre expériences contrô'ées au micro scope, il découvre trois fois de l’os et une fois du cartilage. Voici ce qu’il nous dit :
« Nous avons pu concevoir l’espérance d’arriver à greffer sur
» l’homme, au sein de foyers de fracture où le cal osseux fait défaut,
» d’y insérer, disons-nous, de la moelle irritée empruntée à un animal. » Cette application pratique ne semble pas pouvoir se réaliser encore ; » nous réservons l’avenir cependant. »
Bonome (1885), dans un travail d’ensemble sur la régénération du tissu osseux, transplante de la moelle dans les muscles ainsi que dans les glandes bien irriguées comme le thymus (pp. 162, 163). Il n’observe aucun processus de croissance ni de transformation. L’auteur ne donne pas le détail de ses expériences. Il croit (p. 159) que l’absence de moelle réduit le pouvoir ostéogène d’un greffon osseux.
La question de la greffe médullaire fut interrompue pendant un cer tain temps, jusqu’au moment où un auteur italien, Donati, en 1902, se met à greffer des fragments de périoste, de moelle et d’os cortical. Chez la poule, il greffe de la moelle pure dans la crête, les barbillons, les muscles et sous la peau, et dans 3 cas sur 34, il obtient de l’os. Il vérifie au microscope les pièces prélevées entre le huitième et le trentième jour et remarque que cet os est constitué de trabécules qui s’insèrent insensi blement dans les fibres du tissu conjonctif.
Porcile (1906) analyse les travaux que nous venons de citer; il a le mérite de mettre en lumière un fait que jusqu’ici personne n’a soulevé. La moelle autologue (c’est-à-dire prélevée sur l’animal lui-même) serait douée d’un certain pouvoir ostéogène, tandis que la moelle homologue (prélevée sur un autre animal, mais de la même espèce) est moins active.
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logues exécutées, l’une dans le foie, les deux autres dans le rein. Quant à ses greffes hétérologues comme la moelle de lapin transférée sur le chien, elles n’aboutissent à rien.
Signalons que cet auteur publie les premières microphotographies en relation avec ce problème. L’os y apparaît en trabécules ; l’auteur les croit introduits accidentellement parce qu’ils ne montrent pas d’image de développement dans les tissus voisins.
Sacerdotti (1906), après Pbrcile, exécute chez le lapin des trans plantations de moelle sous la peau et dans le rein. Dans tous les cas où la moelle s’était fixée, il observe qu’elle a pris l’aspect d’un tissu conjonctif banal qui renferme constamment des trabécules osseux. Il exclut l’éventualité de transporter ces trabécules avec les implants en prenant la précaution de prélever la moelle à distance des épiphyses et dans une zone où n’existent pas de spiculés osseux ; il fait remarquer que l’os récolté existe en quantité notable et aurait pu difficilement échapper à l’observation au moment du transplant, et que d’autre part, dans le cas où la moelle ne s’est pas fixée, il n’a jamais trouvé trace d’os, alors que les particules d’os transplantées avaient autant de chance d’être présentes là qu’ailleurs.
Il reconnaît donc à la moelle un pouvoir ostéogène, sans trancher s’il dépend de la moelle tout entière ou seulement de l’endoste.
Chiari, en 1912, intéressé par un autre aspect du problème, examine si la moelle transplantée conserve bien son pouvoir hématopoïétique. Il travaille de manière aseptique ; il greffe au lapin sa propre moelle sous le fascia du muscle droit de l’abdomen et retrouve au bout de plusieurs semaines quelques petits trabécules osseux ; quant aux éléments hémato poïétiques, ils ont disparu. Il ne cite pas le nombre de ses expériences. Dans un cas resté unique, il greffe de la moelle dans la rate ; après deux mois, il irradie tout l’animal aux rayons X en protégeant la loge splénique. Trois mois plus tard, soit cinq mois après la transplantation, sa greffe s’est transformée en un nodule gros comme un pois, de couleur gris rouge. Il est entouré d’une membrane conjonctive mince qui le sépare du tissu splénique : au bord inférieur se trouve un petit éclat osseux. La coupe histologique révèle que ce nodule conserve une struc ture médullaire normale, avec des cellules à tous les stades du déve loppement et de nombreuses cellules en mitose. Non seulement la moelle subsiste, mais elle a même augmenté de volume.
OSSIFICATION DES GREFFES DE MOËLLE OSSEUSE 15
de ciseaux qu’il a pris soin de bien aiguiser afin de réduire l’écrasement du tissu : il injecte à l’animal cette préparation prélevée sur lui-même
(greffe autologue).
Chez le lapin, l’émulsion de moelle injectée aseptiquement sous la peau conduit à une néoformation osseuse une fois sur cinq, après un temps d’observation de vingt-quatre à vingt-cinq jours. Si la moelle est greffée en fragments, il observe trois fois sur cinq de l’os nouveau ; les deux cas négatifs se rapportent aux animaux sacrifiés au cinquième et au huitième jour, durée d’observation pouvant être insuffisante pour permettre l’ossification.
Chez le chien, il procède avec la même technique et il aboutit à un seul cas d’ossification sur sept sous la peau. Greffant dans le muscle, il obtient presque le même résultat : une ossification sur six. Toutefois cet os néoformé ne semble pas persister : sur une pièce ayant séjourné cent vingt-neuf jours sous la peau, l’os est en voie de résorption. La moelle du greffon aussi se nécrose, s’atrophie et ne survit dans aucun cas, qu’elle ait été injectée en émulsion ou greffée en bloc. Tongu rap proche de ses expériences celles de Nakahara et Dilger (1909) où le greffon de périoste se montre ostéogène lorsqu’il n’a pas été broyé au mortier. Il croit que l’os qui se forme de la périphérie vers le centre du transplant est empêché de croître si la matrice nécessaire à cette crois sance fait défaut, ce qui se produirait dans un tissu finement fragmenté. Miyauchi (1915) poursuit l’idée de Chiari d’étudier le comportement hémopoïétique de la moelle transplantée. Il exécute des greffes auto logues chez des lapins jeunes de 3 à 5 mois, quand la moelle est encore rouge ; il choisit comme tissu récepteur le foie, pour que les greffes bénéficient d’une bonne vascularisation.
Dans les deux premières expériences, qu’il arrête au cinquième et au sixième jour, la moelle ne change pas d’aspect. Dans l’expérience suivante, menée jusqu’au dixième jour, la partie centrale accuse des altérations dégénératives ; mais à la partie périphérique du greffon, là où se presse le tissu conjonctif jeune, de l’os se forme en couche mince et contre lui s’étalent des cellules polyédriques, irrégulières : les ostéo blastes. Cette ossification, il l’observe désormais régulièrement jusqu’au neuvième animal sacrifié au soixantième jour. L’os y occupe toujours une situation périphérique extérieure à la moelle qui persiste au centre.
16 A. DANIS
tardivement, les néovaisseaux du lit récepteur s’unissent à ceux de la greffe en même temps que le tissu conjonctif prolifère activement à l’intérieur et peu abondamment autour de celle-ci. Dès le onzième jour apparaissent, dans la plupart des greffes, de nombreux foyers d’ossifi cation directe sans stade cartilagineux intermédiaire. Cet os néoformé augmente peu à peu et parallèlement à cette croissance. Il s’opère une destruction du tissu transplanté et ce sont les cellules adipeuses, les plus fragiles, qui disparaissent en premier lieu ; elles donnent naissance à des gouttelettes graisseuses. De leur côté les cellules hémopoïétiques subissent le traumatisme opératoire et dégénèrent partiellement ; celles qui échappent à la destruction continuent à se diviser : on remarque des mitoses. Par après, la régénération se poursuit dans la zone péri phérique mieux nourrie. Dans cette image histologique, l’auteur croit pouvoir reconnaître en ordre principal des myéloblastes d’origine mé dullaire, bien qu’il n’exclue pas que subsidiairement des cellules splé niques se soient elles aussi métaplasiées en myéloblastes.
Dans une deuxième série d’expériences, Matsuoka recherche le com portement de la moelle au sein d’un autre tissu récepteur : le foie. Ici, résultat inattendu, les greffons disparaissent complètement malgré leur origine autologue (5 animaux).
Dans une troisième série d’expériences de greffes, homologues cette fois, faites entre quatre animaux de même nichée, de même sexe et de même couleur, il observe à deux reprises, au septième et au cent dix- huitième jour, une oss'fication apparemment nouvelle et une disparition du tissu hématopoïétique.
Hedinger (1917), collaborateur de Matsuoka, confirme les résultats précédents et signale que des saignées ou des injections anémiantes de pyrogallol pratiquées dans le muscle provoquent une réaction cellulaire généralisée des éléments sanguins, tant ceux contenus dans la moelle greffée que dans la moelle squelettique.
Matsunaga (1918) rapporte le résultat de six expériences person nelles faites sur le lapin. Il transplante de la moelle de tibia dans le tissu celluleux autour du bassinet rénal et assiste à la disparition totale des transplants.
OSSIFICATION DES GREFFES DE MOELLE OSSEUSE 17
mentée serait plus activement proliférante qu’une greffe massive totale. Il appuie cette opinion raisonnable sur les expériences d’Ollier, mais sans recourir lui-même à l’expérimentation.
Andrei (1925) greffe de la moelle de lapin fixée pendant plus de dix jours dans l’alcool à 95°. Malgré une technique opératoire stricte ment aseptique, les transplants homologues se résorbent et sont rem placés par du tissu conjonctif. Huit greffes sont faites sous la peau de l’oreille, six sous la peau du dos sans qu’aucune formation osseuse ou cartilagineuse se produise.
La même année 1925, Burckhardt greffe chez le lapin de la moelle dans l’articulation du genou et observe qu’après deux à trois semaines elle s’est transformée en une masse osseuse adhérente au fémur. Il remarque que l’ossification ne se produit pas dans les cas où la moelle a subi au préalable une congélation dont il ne spécifie ni la durée ni le degré.
Katzenstein (1926), dans le but d’explorer les propriétés curatives de la moelle dans le traitement des septicémies et en particulier de la fièvre puerpérale, se livre à des transplantations de moelle de lapin jeune chez des animaux plus âgés (greffes homologues). Il choisit comme site récepteur l’espace celluleux sous-cutané ou sous-fascial. Au quinzième jour, les cellules médullaires sont méconnaissables à l’ex ception des cellules adipeuses ; au trentième jour, le greffon n’est plus qu’un simple nodule fibreux. Il explique cette résorption par le fait que les néovaisseaux se développent circulairement autour du transplant dans la coque conjonctive, mais qu’ils n’y pénètrent pas en dépit de leur abondance.
L’auteur tente de déterminer le moment où meurt le transplant : celui-ci, après un séjour de durée variable chez l’animal récepteur, est repris et cultivé in vitro. La greffe survit à un séjour d’une semaine ou moins, mais après le dixième jour sa mort est irrémédiable.
En 1926, entre autres expériences, Loeb échoue dans ses trans plantations sous-cutanées de moelle homologue chez le rat : du tissu fibreux s’est substitué à la moelle, et ceci d’autant plus précocement qu’une différence génétique plus grande existe entre le donneur et le récepteur.
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Dans une monographie publiée en 1945, l’auteur réunit ses expé riences en un faisceau d’où il tire la preuve éclatante de l’individualité biologique des tissus : quand le récepteur n’est pas autologue, il y a incompatibilité.
Bull, dans une vaste étude expérimentale sur la transplantation et la régénération osseuses, rapporte en détail les résultats de greffes médullaires autologues sur des jeunes lapins (1928). Il transplante aseptiquement la moelle du radius sous la peau du coude ; sur neuf animaux, il enregistre quatre résultats négatifs avec résorption com plète. Or, les cinq autres sont positifs ; il peut déjà détecter l’ossifica tion au dixième jour par la consistance que prennent les greffes et par leur opacité aux rayons X. Cette opacité ira en augmentant jusqu’à la troisième-quatrième semaine, puis demeurera stationnaire. Microscopi quement, l’os est identifiable sans hésitation possible ; il se dispose en îlots trabéculaires renfermant dans ses mailles un tissu hémopoïétique caractérisé où se rencontrent tous les types cellulaires : myéloblastes, myélocytes, mégacaryocytes, leucocytes, lymphocytes, érythroblastes et érythrocytes, cellules adipeuses. Cet os néoformé est irrigué par des vaisseaux à paroi mince. Les limites entre la moelle ossifiée et le tissu conjonctif proliférant sont mal définies. Un des cinq résultats positifs, analysé au septante-quatrième jour, révèle un fait nouveau : l’appari tion d’os à structure compacte, entouré d’une membrane conjonctive, tel un périoste, et circonscrivant une moelle adipeuse où se voient quel ques amas de cellules myéloïdes.
L’auteur croit que le pouvoir ostéogène est lié à la survie des ostéo blastes situés dans l’endoste ou dispersés dans la substance même de la moelle. Le périoste serait plus ostéogène que la moelle, d’après la double expérience qu’il a faite sur quatre de ses neuf lapins. (Il a fait des greffes simultanées de moelle et de périoste : les premières s’étaient résorbées, tandis que les dernières s’étaient ossifiées trois fois sur qua tre.) Dans l’ensemble, l’ossification due au périoste est plus abondante que celle due à la moelle.
Sandison rapporte une expérience demeurée unique en observant, à travers une chambre transparente, l’évolution d’un transplant de moelle autologue (1928).
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de cette zone fibrillaire apparaissent des granules hautement réfrigents : ils grossisent et bientôt se fusionnent en une substance fondamentale homogène et hyaline. Dans la zone encore granuleuse se remarquent, au milieu d’un halo clair, de grandes cellules mononucléées comparables à des macrophages, puis ce halo disparaît brusquement ; en un jour, les cellules prennent l’aspect d’ostéoblastes, entourés de ramifications raryonnantes qui se perdent dans la substance fondamentale. En cer tains points, des cellules multinucléées font leur apparition et semblent résorber l’os. Remarquons que, dans cette expérience qui nous fait toucher du doigt le processus intime de l’ossification, nous ne pouvons déterminer si les cellules qui s’ossifient sont des ostéoblastes — des cendants directs des cellules mères contenues dans le greffon — ou des cellules conjonctives transformées au contact de l’os néoformé issu de la moelle.
Cortese (1929) exécute de manière rigoureusement aseptique 46 transplantations dont 6 autologues et 40 homologues chez 14 co bayes et 32 lapins. Il choisit différents tissus ; espace péritonéal, muscle, rate, chambre antérieure de l’œil.
Dans ses conclusions, il dit qu’il n’a observé aucune formation osseuse ! Et pourtant, à la page 623, Cortese signale la présence de lamelles osseuses dans les homogreffes intramusculaires chez des lapins dont il a fracturé un membre (examens aux 5® et 10® jours). Il suppose que cet os est dû à une implantation accidentelle malgré les soins qu’il a pris à écarter toute esquille. Il appuie son hypothèse sur des consta tations histologiques : les lamelles osseuses sont franchement délimitées et différenciées du tissu conjonctif, alors qu’on s’attendrait à découvrir les étapes intermédiaires de l’ossification. Il n’hésite pas à attribuer les résultats positifs des autres expérimentateurs à la transformation du tissu de réaction autour des transplants par le mécanisme de l’ossifi cation hétérotopique.
Dolfini (1931) étudie le comportement de transplants de moelle chez des lapins rendus anémiques par des injections répétées de phényl- hydrazine.
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que les érythroblastes persistent chez 4 lapins qu’on a anémiés par un traitement à la phénylhydrazine.
De belles microphotographies illustrent ce remarquable travail ; elles apportent la preuve formelle de la réalité du phénomène de l’ossifica tion médullaire.
Barbiéri (1931) fait une récapitulation très documentée de l’ostéo- génèse médullaire et, vu la diversité des résultats, décide d’entamer à son tour l’expérimentation. Il choisit des lapins jeunes de 4 à 5 mois et implante la moelle dans le parenchyme rénal à l’aide d’une aiguille, sachant que le rein est un organe où l’os se forme facilement et même spontanément. Dans la série autologue de ces greffes, il observe entre le quinzième et le vingtième jour, quatre fois sur dix, de nombreux trabécules osseux, visibles sous la capsule rénale épaissie. Ils sont dis posés en cylindres creux à l’intérieur desquels se trouvent de nom breuses cellules en voie de régression, restes du tissu médullaire. La figure 1 (p. 649) montre un os au quarantième jour: il apparaît comme indépendant du tissu rénal et en est séparé par une lame fibreuse. De forme arrondie, il est constitué d’une couche osseuse presque continue, dense, limitant une cavité centrale remplie de moelle hémopoïétique avec ses cellules myéloïdes, ses mégacaryocytes et ses cellules adi peuses. L’expérience est conduite jusqu’au septantième jour et l’image reste la même.
Les greffes autologues réalisées dans la rate aboutissent deux fois sur quatre à de l’ossification, les deux expériences négatives ayant été faites sur des animaux sacrifiés au dixième et au treizième jour, c’est- à-dire précocement.
Cet auteur fait une expérience originale en transplantant des greffons dans la veine, et il obtient un résultat positif dans un cas sur quatre.
Après ces greffes autologues, il s’attaque aux greffes homologues ; ici les observations positives sont moins nombreuses ; les greffes réali sées dans le rein ossifient trois fois sur six et l’unique cas d’opération faite dans la veine échoue. Il impute ses échecs à des défauts de la tech nique opératoire ou au mauvais choix du lieu d’implantation.
Pour l’auteur, ce sont les cellules transplantées qui s’ossifient ; il en voit la preuve dans la rapidité du processus de l’ossification et aussi dans l’absence de phase dégénérative au niveau du tissu récepteur.
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radiographiques du vingt et unième jour. Plus tardivement, au soixan tième jour, cet os se condense à la surface et se creuse en son centre d’un canal. Une microphotographie faite à ce stade nous révèle un os trabéculaire renfermant dans ses mailles du tissu hémopoïétique.
Ils ont contrôlé cette expérience en réséquant le péroné de l’autre patte sans adjonction de moelle : dès lors, il n’y a plus eu de régéné ration osseuse à observer, ce qui donne toute sa valeur à leur brillant résultat.
En 1940, Levander enrichit la question de l’apport d’une importante contribution expérimentale.
Chez 12 lapins adultes âgés de 2 ans, il ampute la moitié inférieure de la patte, récolte la moelle du radius et du cubitus et la transplante immédiatement sous la peau. Cette moelle, à cause de l’âge des ani maux, est le plus souvent de caractère graisseux.
Il examine les greffes autologues au microscope dans des délais qui vont de quatorze à cinquante-huit jours ; 5 fois, il découvre de l’os nouveau. Cet os se présente en quantité variable mais toujours sous une forme spongieuse, trabéculaire et sans cartilage ; il occupe une situation constamment périphérique, à la surface de la moelle greffée et au contact du tissu conjonctif néoformé. Nous avons vu plus haut que cette disposition si particulière était signalée par Tongu, Miyauchi,
Matsuoka, Bull, Barbiéri et Dolfini ; elle est caractéristique.
Dans une seconde série d’expériences, faite cette fois sur de jeunes animaux, Levander s’attache à préciser les modifications du greffon mou pendant la première péroide, du deuxième au onzième jour. La moelle commence à s’altérer, car elle subit — comme n’importe quel transplant — l’écrasement cellulaire provoqué par les manipulations et l’arrêt de la circulation ; cela se manifeste dès le deuxième jour par un défaut de colorabilité du greffon pour aboutir au sixième jour à la dés organisation de sa structure. Simultanément s’installe une réaction conjonctive : au second jour, des cellules mésenchymales jeunes nais sent : au quatrième jour, elles envahissent la greffe, de grosses cellules étoilées riches en protoplasme s’accolent aux capillaires. Au sixième jour, l’os fait son apparition à la périphérie de la greffe, entre la moelle et le tissu conjonctif.
Voici de quelle manière : des celulles d’abord espacées se rapprochent, leur protoplasme au voisinage des noyaux devient plus sombre et des fibrilles se constituent ; au sein de ce réseau fibrillaire se dépose la substance fondamentale homogène, produit spécifique et caractéristique de la cellule osseuse.
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Ses prédécesseurs (il cite Ollier, Baikow, Bruns, Miyauchi et Bull) expliquaient tous l’ossification par la présence d’ostéoblastes dans les transplants, cellules spécifiques nées à partir d’une cellule mère qui leur a donné naissance. A cette théorie ostéoblastique, Levander oppose la théorie ébauchée par Baschkirzew et Petrow, reprise par Bier, déve loppée par Nageotte puis surtout par Leriche et Policard, à savoir que le tissu conjonctif jeune se métaplasierait en os sous l’influence de la greffe voisine. Parce qu’il retrouverait les potentialités multiples du tissu embryonnaire, il serait hautement influençable et susceptible d’évoluer vers différentes formations cellulaires mésodermiques. C’est ainsi qu’au voisinage d’une greffe d’os, ce tissu se trouverait soumis à un effet inducteur émanant de la substance osseuse.
Le grand mérite de Levander est d’avoir apporté à l’appui de sa théorie un argument du plus grand poids. En 1938, il a prouvé qu’un extrait alcoolique d’os broyé, injecté dans la musculature du lapin, y provoquait la formation d’os dans un grand nombre de cas, alors que l’alcool seul était inactif. Cette expérience semblait établir définitive ment la théorie de la métaplasie par induction. Aussi l’auteur interprète- t-il le pouvoir ostéogène médullaire, non par la prolifération des cellules spécifiques, mais par la transformation du tissu mésenchymateux en tissu osseux sous l’influence d’une substance libérée par le greffon mort.
La greffe de moelle agirait de la même façon que la greffe osseuse par effet inducteur sur le tissu avoisinant.
Toutefois l’existence d’une telle substance inductrice est restée jus qu’aujourd’hui un sujet âprement discuté (A. Danis, 1956).
Parmi les auteurs peu connus, nous trouvons la même année le nom de Tanaka, qui recherche le pouvoir hémopoïétique des transplants de moelle faits dans le grand épiploon. Il espère abriter des critiques ses maigres résultats en signalant que l’opération est très difficile ! Il recueille une seule ossification sur 40 expériences de greffes homo logues. La première figure montre au quarantième jour une masse cen trale constituée d’amas leucocytaires disposés autour de capillaires renfermant des globules rouges mûrs. A la périphérie du tissu hémo poïétique, une ceinture d’îlots osseux s’est parfaitement constituée.
Dans une deuxième série d’expériences homoplastiques où il pra tique des injections quotidiennes intraveineuses d' « jod-feratose », il signale un cas d’ossification au dixième jour.
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En 1947, l'intérêt rebondit. Dans une étude sur la régénération osseuse, Oberdalhoff, donne le résultat de huit transplantations intra musculaires de moelle osseuse chez le chien. Après une période de huit à vingt et un jours, il retrouve un tissu cicatriciel peu caractéristique. Parmi ses conclusions générales, il affirme sans ambiguïté : la moelle osseuse ne possède aucun pouvoir ostèogène et n’a pas d’influence spé cifique sur la néoformation osseuse (« Das Knochenmark ist nicht Knocheiibildungsfahig und besitzt auch keinen spezifischen Einfluss auf die Knochenneubildung », p. 148).
Un point important demeure en suspens : les greffes étaient-elles autologues ou homologues ?
Dans la même année. De Bruyn recherche chez le lapin la réper cussion du froid intense sur le pouvoir ostèogène des trois con stituants de l’os : moelle corticale et périoste. Les greffes autoplastiques fraîches avaient réussi dans la proportion suivante : 9 sur 12 pour la moelle, 11 sur 23 pour l’os et 3 sur 12 pour le périoste, alors qu’aucune greffe homoplastique fraîche n’avait donné naissance à de l’os. Des expériences de De Bruyn, il résulte que la congélation des greffons a pour effet d’abaisser le pourcentage des succès : moelle 2 sur 12, os 4 sur 23 et périoste 0 sur 12, Il s’agissait de greffons autoplastiques congelés pendant environ quarante-cinq minutes dans l’azote liquide ou la neige carbonique.
De Bruyn trouve que ce résultat est inexplicable si on adopte la théorie de Levander, selon laquelle l’ossification est due à une sub stance ostèogène libérée par le greffon, substance que le froid ne peut que préserver. Au contraire, cette expérience s’accorde avec l’hypo thèse ostéoblastique puisque l’on connaît l’action néfaste du froid sur la survie des cellules. *
Pfeiffer, associé à Gardner, avait pu confirmer une découverte récente de Zondek relative à l’ossification endostéale chez la souris soumise à l’action des oestrogènes; il étudie en 1948 quelle pourrait être l’influence de ces substances sur des transplants de moelle. A cette fin, il utilise des souris extrêmement consanguines (souche A, Strong, albinos) en espérant à priori qu’il pourrait les greffer entre elles comme s’il pratiquait de vraies greffes autoplastiques. Il prélève aseptique- ment la moelle fémorale et contrôle soigneusement au microscope les fragments à greffer, afin d’exclure la présence de spiculés osseux.
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est causée par la dispersion de la moelle dans la chambre antérieure
(fig. 1).
La tentative d’injecter du benzoate d’oestradiol (16,6 microgrammes par semaine) à des femelles intactes et à des mâles entiers ou castrés s’est révélée sans effet sur la prise des greffes et sans pouvoir déter minant sur l’ossification médullaire (fig. 2 et 3). Sur un ensemble de 47 animaux transplantés avec un soin extrême, on retrouve 27 greffes dont 23 ossifiées après dix semaines. Histologiquement, chaque frag ment est entouré d’une couche qui a les caractères d’un endoste, ainsi qu’il le qualifie, couche d’ostéoblastes voisinant occasionnellement avec des ostéoclastes, ce qui implique à la fois un processus de formation et de résorption osseuse.
Dans le tissu testiculaire, l’auteur signale 14 ossifications chez 20 animaux (la moitié du lot ayant été traité au benzoate d’œstradiol).
Sur ce point, nous sommes en désaccord avec l’interprétation de l’auteur. Les micrographies sur quoi il se base révèlent des ostéoplastes vidés de toute cellule (fig. 4 à 6, p. 243), images typiques de mort osseuse. D’ailleurs elles contrastent formellement avec l’image des greffes oculaires (fig. 1 à 3) où les ostéocytes, bien visibles, garnissent chacune des logettes de l’os néoformé.
Après avoir réalisé des essais sur l’œil et sur le testicule, il effectue sous la peau de l’oreille des greffes qui toutes ont disparu complète ment (20 expériences faites chez des souris femelles dont 10 recevaient de l’hormone œstrogène). Ces résultats trouvent leur origine, selon l’auteur, dans la « résistance » du territoire à la greffe.
Loin d’observer leur pouvoir stimulant, Pfeiffer pense que les œstro gènes inhiberaient le processus d’ostéogenèse médullaire.
Deux ans plus tard, en 1949, Lacroix greffe des fragments de moelle dans un tissu récepteur encore inusité : l’espace celluleux sous la capsule du rein.
Chez des lapins jeunes de 5 à 8 semaines, les greffes autologues pré levées dans la moelle du radius aboutissent à la néoformation osseuse dans 100% des cas (25 sur 25), succès encore jamais égalé précé demment.
L’ossification notoirement précoce apparaît dès le sixième jour. De plus, il constate les faits suivants :
1° Le greffon grandit petit à petit, parallèlement à la croissance de l’animal.
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sur l’os, ne sont pas essentiels à cette transformation structurale. A mesure que l’on observe le greffon à un stade plus tardif, la destruc tion l’emporte sur l’élaboration et les plaques osseuses se font de plus en plus rares. Au huitième mois, on ne trouve plus guère que de petits nodules dont l’évolution paraît arrêtée. Entretemps la moelle devient entièrement graisseuse.
Enfin, Lacroix constate que les greffes autoplastiques sont ostéo- gènes chez les animaux adultes comme chez les animaux jeunes.
Si cet auteur émet une opinion divergente de Levander et ne croit pas à la mort inévitable de toutes les cellules médullaires après trans plantation, il s’accorde avec l’auteur Scandinave pour postuler l’exis tence d’une substance organisatrice capable d’induire le tissu conjonctif jeune en tissu osseux, substance que Lacroix baptise et qu’il dénomme « ostéogénine ». Il faut faire remarquer qu’il appuie son opinion sur les travaux de Bertelsen ( 1944), auteur qui injecte un extrait alcoolique de moelle osseuse par voie musculaire, et obtient chez 10 lapins sur 12 la formation d’un tissu osseux et cartilagineux ; il s’appuie également sur les travaux de Levander et Willstaedt (1946) d’après lesquels la substance ostéogène de la moelle peut être extraite de sa solution alcoolique par le benzène et divisée en une fraction insaponifiable, une fraction acide gras et une fraction résiduelle.
En 1950, à propos du traitement des anémies par radiations, trois auteurs américains : Rekers, Coulter et Warren, expérimentent l’effet préventif et curatif des transplants de moelle osseuse. Ce travail touffu peut se résumer en quelques points.
La moelle transplantée d’un animal à un autre de même espèce ne paraît pas survivre, quel que soit le tissu récepteur : chambre anté rieure de l'œil, tissu sous-cutané, muscle, péritoine et cavité médullaire des os longs. Ces greffons ne font naître autour d’eux aucun foyer de myélopoïèse. Pour remédier à ces échecs, les expérimentateurs cher chent à modifier le greffon par deux moyens : l’irradiation préalable de l’animal donneur ou la culture in vitro : en aucun cas ils ne réussissent à maintenir le tissu transplanté.
En même temps que la disparition des cellules hématoformatrices, ils constatent un bon nombre d’ossifications. Des microphotographies en font foi. Notamment une greffe autologue de moelle dans la chambre antérieure de l’œil d’un lapin a évolué en os où les cavités sont rem plies de cellules conjonctives et de cellules adipeuses (fig. 18, p. 26, examen fait au 176* jour).
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antérieure de l’œil d’un autre lapin a donné naissance à un osselet dont la couche périphérique est continue et renferme dans la cavité centrale un amas cellulaire parsemé de lacunes qui représentent des cellules adipeuses. L’image précitée ne laisse aucun doute sur la réalité du phénomène d’ossification médullaire : elle révèle aussi le curieux pro cessus morphogénétique qui après vingt et un jours aboutit à la forma tion d’un osselet. Après cent soixante-quatre jours, l’os néoformé est mort et la corticale est en voie de fragmentation (fîg. 17).
Dans une dernière série d’expériences, les auteurs utilisent des tissus embryonnaires connus pour leur faible pouvoir antigénétique ; le résumé de leur travail est trop succinct pour qu’on puisse en tirer un résultat concret.
En 1951, Grugni, Prina et Dragoni développent des recherches déjà annoncées par une note de 1949 sur l’étude du rôle de la phosphatase dans les greffes hétérotopes de moelle osseuse. Chez le lapin principale ment et accessoirement chez le cobaye, ils injectent à la seringue une bouillie de moelle dans le pôle supérieur du rein, dans le foie, la rate et la langue. Ils procèdent à l’aide de la technique histochimique de Gomori pour détecter la phosphatase et par la coloration à la purpurine pour déceler les sels de chaux. Ils décrivent les étapes suivantes :
Après sa transplantation, la moelle présente une coloration très fon cée de phosphatase alcaline qui tranche sur la zone claire du coagulum environnant.
Au troisième jour, des capillaires sanguins progressent vers les élé ments médullaires ; un dépôt calcaire se fait dans la partie de la moelle la plus distante du parenchyme rénal.
Au sixième-septième jour, le tissu de granulation se développe rapi dement et contraste par sa richesse en phosphatase avec la moelle qui a cessé d’en renfermer. Le tissu osseux fait son apparition dans les faisceaux de fibroblastes ou contre eux, et progresse rapidement dans le caillot en même temps que le tissu de granulation. La plaque cal caire qui s’était constituée dans les premiers jours subit un remaniement par les ostéoblastes.
A la différence de l’implant rénal, la greffe linguale apparaît toujours plus petite.
Les auteurs italiens concluent à la survie des cellules à potentialité ostéoblastique contenue dans le transplant et aussi à leur faculté de multiplication. Ils signalent que les greffes autoplastiques aboutissent à une ossification plus régulière et plus étendue que les homoplastiques.
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fraîche destinée à suppléer les centres hématopoïétiques détruits. Ils utilisent des rats de même souche et, précaution supplémentaire, véri fient leur compatibilité sanguine.
Chez huit animaux irradiés (dose unique de rayons X 200-220 kV, 1 mm Al+ 0,5 mm Cu, 50 cm distance), seules quatres greffes parais sent survivre puis disparaissent après le vingt et unième jour ; la période de survie semble coïncider avec la phase de leucopénie causée par l’irradiation.
En se basant sur ce premier résultat, ils tentent de réduire ou tout au moins de retarder la formation des anticorps, d’atténuer la réaction de l’hôte envers les greffons médullaires. A cette fin, ils traitent les animaux récepteurs par des injections de benzène répétées quotidien nement pendant sept jours ; elles ont pour effet de faire tomber le nombre des globules blancs qui, toutefois, revient à la normale dès la deuxième semaine.
Dans cette deuxième série d’expériences, ils greffent 7 rats dans le muscle, sous la peau et dans le foie ; ils ne retrouvent au sixième jour qu’une seule greffe intramusculaire, aucune greffe sous-cutanée et 6 des transplants intrahépatiques ; cinq de ces derniers renferment de l’os. Au vingt-cinquième jour, la greffe a pris un aspect déjà signalé par d’autres expérimentateurs (fig. 1 ); au sein du parenchyme récepteur, on voit l’image d’une moelle cellulaire active où prédominent les cel lules éosinophiles ; à la périphérie de ce greffon médullaire se dispose de l’os en lamelles, contre le tissu hépatique.
Les expérimentateurs n’ont constaté aucun rôle protecteur des trans plants sur la mortalité des rats irradiés.
Urist et McLean (1951) exposent l’ensemble de leurs recherches sur le pouvoir ostéogène de différents tissus : périoste, moelle, os cortical, cal de fracture et cartilage hyalin, tous transplantés aseptiquement dans la chambre antérieure de l’œil chez le rat.
Deux fois sur cinq, la moelle osseuse, autoplastique et fraîche, s’est ossifiée. La photographie confirme l’existence d’une coque osseuse arrondie, renfermant en son milieu de la moelle hémopoïétique active
(ceci au 35® jour).
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SOUS l’influence d’une substance libérée par le transplant, ils adoptent ces deux vues à la fois.
Ils tentent de classer les tissus ostéogènes selon qu’ils doivent leur pouvoir ostéogène à l’un de ces mécanismes ou aux deux simultané ment. Nous renvoyons le lecteur à ces travaux si riches d’enseignement et si clairement illustrés.
En 1952, Lorenz, Congdon et Uphofï étudient le rôle de protection des injections de moelle osseuse pour pallier la maladie des rayons. Ils émettent l’opinion que les résultats peu décisifs de Reckers et al. (1950) tiennent à deux facteurs : les cellules transplantées n’étaient pas viables, ou bien la moelle greffée était génétiquement hétérologue. Ces auteurs utilisent des souris et des cobayes consanguins et concluent à la plus longue survie dans les cas où le récepteur est de même souche que le donneur de moelle. La mortalité à 100 % au vingt et unième jour décroit chez les animaux que l’on a irradiés et injectés de moelle homo logue consanguine (voie intraveineuse ou intrapéritonéale). Dans les séries les plus favorables, la mortalité fut même nulle ! Ce traitement ne prévient pas les lésions destructrices des rayons X sur la moelle osseuse, mais il augmente considérablement la régénération des tissus hémopoïétiques.
Or, il apparaît à l’examen des anmiaux que les fragments de moelle injectée dans le péritoine du cobaye pour combattre l’anémie sont capa bles de s’ossifier. Dès le sixième jour s’installe une ossification trabé culaire, dite primaire, qui s’étend à toute la masse du greffon (fig. H, p. 105, /. Nat. Cancer Institute). Progressivement, l’os se résorbe dans la partie centrale, laissant la place à la moelle. Au cinquante-neuvième jour, la cavité n’est plus occupée que par le tissu hémopoïétique, elle s’est entourée d’une couche osseuse presque continue (fig. 11, p. 875,
Radiology). Ainsi, à partir d’une masse de tissu mou et uniquement
hémopoïétique, se constitue un véritable osselet organisé comme n’im porte quel os du squelette : moelle au centre, os à l’extérieur.
L’incontestable ossification rencontrée en de telles conditions est moins bien développée chez les animaux qui n’ont pas reçu de rayons.
Si, au lieu d’employer la voie péritonéale, la moelle est introduite par voie intraveineuse, elle est entraînée par le courant sanguin jusqu’au poumon, où elle est ossifiée dans 2 cas sur 3, examinés au cent cin quième jour.
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nécrosées et ont été phagocytées, quelques-unes paraissent survivre jusqu’au septième jour. Nous déplorons que les auteurs aient été aussi brefs sur une expérience jusqu’ici très rare de transplantation hétéro logue et qui semblait néanmoins révéler le pouvoir ostéogène de la moelle étrangère.
De Bruyn, aidé de Kabisch, reprend son travail de 1947 et confirme ses premiers résultats (1955). Il transplante la moelle aseptiquement dans le muscle du lapin ; ^ans la série autologue, l’ossification survient dans 14 greffes sur 22, mais seulement 1 fois sur 13 dans la série homologue. La congélation dans l’azote liquide (—196“ C) détruit complètement l’activité ostéogène (0 sur 21 transplants autologues, 0 sur 13 greffes homologues).
Cet historique pose la question en apportant une multitude de maté riaux utiles. Du fait que les auteurs se sont souvent ignorés les uns les autres, que leurs expériences étaient conduites différemment et dans des buts différents, que leurs résultats étaient souvent irréguliers, les ren seignements qu’ils ont donnés ne peuvent s’enchaîner logiquement. Cela a contribué à donner à ces pages un aspect confus d’où il serait im possible de dégager une idée directrice ni de véritables données sur le problème posé.
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DISCUSSION DES RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX RELEVÉS DANS LA LITTÉRATURE
Si le principe du pouvoir ostéogène de la moelle, au stade empirique au XVIII® siècle, au stade expérimental dès la seconde moitié du XIX® siècle, est en question depuis longtemps, il faut reconnaître que le problème n’a jamais été examiné de façon approfondie et les expéri mentateurs n’ont pas connu la diffusion que méritaient leurs travaux qui sont souvent restés dans l’ombre. Aussi le travail si documenté de Lacroix (1949) se borne-t-il à relever huit noms d’auteurs. Or, on n’a pas cessé d’expérimenter cette question depuis 1863, ainsi qu’en témoi gne une recherche bibliographique approfondie. Les travaux de ces nombreux chercheurs n’ont pas abouti à des conclusions précises : les uns obtenaient de l’os, les autres n’en voyaient point apparaître, d’au tres réussissaient irrégulièrement. Nous nous sommes demandé la raison de l'irrégularité de ces résultats. Il va de soi que chacun a tiré la con clusion de son expérience personnelle, et c’est ainsi qu’à la question de l’ostéogénèse les réponses ont oscillé du oui au non en passant par le peut-être.
C’est qu’on ne peut pas s’attendre à des résultats constants quand les données de l’expérience sont imprécises, et il est naturellement impossible de tirer des conclusions de phénomènes qui ne se produisent pas constamment. Toute la confusion vient de là : les données de l’ex périence ont varié : on a pris des animaux de race, d’âge ou de sexe différents, on a varié l’essence des greffons, le lieu d’implantation et la durée de l’expérience.
En effet, les animaux utilisés ont été tour à tour la souris, le rat, le lapin, le chat, le chien, le coq, la poule, le pigeon. On les a pris jeunes ou vieux, mâles ou femelles.
On a empoyé la greffe vivante ou morte, empruntée tantôt à la moelle rouge qui est riche en cellules, tantôt à la moelle jaune graisseuse : on l’a prélevée sur l’animal lui-même (greffe autologue), sur un autre ani mal de la même espèce (greffe homologue) ou sur un animal d’espèce différente (greffe hétérologue).
Comme site récepteur, on a choisi tour à tour : le muscle, la peau, le rein, le testicule, la cavité péritonéale, la crête, la chambre antérieure de l’œil.
OSSII-ICATION DES GREFEES DE MOELLE OSSEUSE 31
Mais surtout, on n’a pas tenu compte de la. technique employée qui tantôt négligeait l’asepsie, tantôt tombait dans l’excès de l’antisepsie ; on a négligé l’influence des manipulations maladroites, insoucieuses de préserver la moelle dans son intégrité.
Nous considérons que la variabilité des conditions expérimentales précises est la cause de la diversité des résultats, et que la méconnais sance de cette notion -est à l’origine des interprétations contradictoires des auteurs.
Examen des résultats négatifs et de leur interprétation.
La moelle greffée a pu évoluer heureusement en donnant de l’os, mais en contradiction avec ces résultats positifs se dresse une masse d’ex périences négatives.
Ollier, bien que réussissant parfaitement les transplants périostés, échoue dans plus de cinquante expériences exécutées avec de la moelle homologue.
Après lui, d’autres expérimentateurs relatent leurs échecs : Maas (1877), Bidder (1877), Zesas (1883), Bonome (1885), Matsunaga (1918), Andrei (1925), Katzenstein (1926), Loeb (1926), Cortese (1929), Oberdalhoff (1947). Aussi ces auteurs concluent-ils à la carence du pouvoir ostéogène de la moelle.
Examinons maintenant quelles sont les causes de ces échecs. Elles sont d’ordre divers mais dépendent davantage des conditions expéri mentales proprement dites que de l’interprétation des résultats.
L’infection, qui était un facteur inconnu des premiers chercheurs,
est une cause d’erreur longtemps négligée qu’on ne peut sous-estimer. Quand on opère sans asepsie, l’introduction de microbes déclenche une réaction inflammatoire locale qui affecte les tissus intéressés et le greffon. L’intensité de cette réaction est forcément variable et modifie les résultats des expériences. En effet, l’infection peut aller jusqu’à la suppuration qui entraîne l’élimination pure et simple du greffon noyé dans le pus. C’est un cas simple, on reconnaît la cause de l’échec. Mais quand l’infection moins prononcée se borne à un oedème des tissus, elle joue un rôle néfaste. Elle modifie le pH local, gêne la prise du greffon et compromet sa survie. Cette réaction locale peut se produire insidieusement, sans porter atteinte au bon état apparent de l'animal.
32 A. DANIS
On n’a jamais [ait de distinction entre les greffes homologues et autologues dans les différentes statistiques. Nous estimons que c’est
là le deuxième facteur essentiel qui introduit la variabilité dans les résultats d’expérience et dans les conclusions qui s’en dégagent. Bien sûr, de temps à autre on a remarqué que les greffes homologues réus sissaient moins bien que les autologues, mais sans faire un examen approfondi. Nous avons analysé de manière statistique l’ensemble des résultats publiés et nous sommes arrivé à nos conclusions, chiffres à l’appui.
Loeb, en 1926, relevait que la réaction de l’hôte envers le tissu homo logue transplanté augmentait à mesure que s’accroissait la différence génétique entre donneur et récepteur. Barbiéri, en 1931, a vérifié égale ment cette notion. De Bruyn (1947) montrait l’échec total des greffes homologues en opposition avec la fréquence élevée des ossifications de transplants autologues.
Personne n’a recherché systématiquement la différence entre l’évo lution de la greffe médullaire autologue et de la greffe homologue.
En conclusion, il s’avère que les expériences négatives sont dues principalement à deux causes : l’infection et la différence génétique entre greffes non autologues. Il n’existe pas de série expérimentale valable si on ne tient compte de ces deux facteurs.
Examen des résultats positifs et de leur interprétation.
Pour celui qui a retrouvé, à l’endroit où il avait implanté de la moelle, un tissu blanc, dur, cassant, la réalité de l’ossification médullaire ne fait pas de doute.
L’examen à l’œil nu est déjà révélateur ; pourtant c’est l’étude mi croscopique qui apporte la preuve formelle de la nature osseuse de cette néoformation.
Dès 1869, Kops de Bruxelles, Baikow en 1870 et Bruns en 1881, ont basé leurs résultats expérimentaux sur des coupes histologiques.
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lamellaire, dit secondaire. La disposition est parfois encore plus carac térisée : l’os est périphérique et la moelle, dépourvue de spiculés, en occupe le centre.
Il faut se garder de confondre cet os, cellulaire et vivant, avec un dépôt calcaire amorphe. La distinction est facile à faire : il y a au sein des travées de petites logettes visibles, occupées chacune par une cel lule bien individualisée. A la surface des trabécules, on reconnaît des ostéoblastes à aspect étoilé en activité. Ces caractères morphologiques peuvent être confirmés par une preuve histochimique, celle des colora tions électives, afin de faire ressortir de façon frappante les parties ossifiées. On s’est servi de la méthode de von Kossa selon laquelle l’argent métallique libéré se fixe sur les phosphates calciques et les colore en noir ; on a aussi usé de l'alizarine qui teinte les tissus calcifiés en rouge.
Par ces divers procédés, on a le moyen de s’assurer de la naissance de l’os à l’endroit où était disposé le greffon de moelle. Cela est indis cutable même au sein d’un tissu récepteur mou, à distance de l’os squelettique. La démonstration la plus frappante de cette néoformation est le développement dans la chambre antérieure de l’œil d’un osselet qui épouse exactement les courbures du cristallin et de la cornée (Pfeiffer, 1948; Urist et McLean, 1951), preuve qu’il s’est bien déve loppé sur place.
Trente-huit auteurs, de 1869 à 1955, ont observé de l’os à l’endroit où ils avaient implanté de la moelle osseuse.
Critiques relatives aux travaux infirmant le rôle ostéogène de la moelle osseuse.
Les arguments de ceux qui refusent d’admettre la possibilité de for mation de l’os à partir de la moelle se basent sur le fait que les greffes ossifiées renfermeraient des grains osseux noyés dans le tissu médul laire ou maintenus à sa surface par le fait des manipulations.
Ces grains osseux amorceraient à eux seuls le départ de l’ossifica tion nouvelle sans que la moelle y participe (Leriche et Policard). Il n’y a pas de doute que cette « contamination » demeure une éventualité possible dans la plupart des expériences où un contrôle rigoureux n’a pas été appliqué ; certains expérimentateurs ne s’en sont pas souciés et ne se sont pas appliqués à éliminer cette cause d’erreur.
Seuls Pfeiffer (1948) et Urist et McLean (1951) ont examiné leurs greffes à la loupe binoculaire pour en extraire des particules d’os.
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tomiquement dépourvu : la moelle des os longs, qui ne renferme aucun trabécule si elle est prélevée dans la partie moyenne à distance des épiphyses. Ce moyen fut employé en 1906 par Sacerdotti.
Si un fragment osseux vient néanmoins à être transplanté, il est aisément identifiable au microscope par le fait qu’il garde des arêtes vives et accuse la présence de nombreux ostéoplastes vidés de la plu part de leurs cellules, images correspondant à la mort des ostéocytes. En effet, ce tissu dense et dur, pauvre en cellules, prolifère faiblement et toujours très lentement, ce qui contraste avec la moelle, dont l’ossi fication est précoce et vigoureuse (Barbiéri, 1931). Enfin, au point de vue histologique, l’évolution de l’os cortical se décèle par le fait qu’il ne réussit pas à créer le réseau caractéristique de l’ossification médul laire qui se forme dès le sixième-septième jour.
En conséquence, il est indispensable d’écarter de la greffe médullaire les spiculés osseux ; s’ils s’en introduit néanmoins, leur évolution les rend facilement reconnaissables.
En second lieu, on a objecté que l’ossification hétéropique née en un territoire distant du squelette serait due à l’influence d’une irritation non spécifique déclenchée par le traumatisme instrumental ou par l’in jection d’une substance chimique : dans ce cas, le greffon agirait donc par le seul effet de sa présence. C’est là un argument important, puis que, indépendamment des greffes, des expériences conduites dans cer taines conditions mènent à l’ossification. Par exemple, des irritants chimiques injectés dans les muscles du lapin y ont déterminé la forma tion d’os : Goto (1914), von Seemen (1929), Heinen, Dabbs et Mason
(1949) ont réussi à provoquer ce phénomène avec le chlorure calcique; Severi (1933), avec la quinine; M. Lagos et Z. Romero (1946), Hei nen, Dabbs et Mason (1949), Hartley et Tans (1951), Engfeldt et Engstrôm (1954), avec l’alcool. Enfin, des injections d’acide formique dans le vitré de l’œil se sont révélées ostéogènes dans certains cas (Imai chez le lapin, 1930; Van Vyve chez le cobaye, in Lacroix, 1949). On n’a pas encore trouvé une explication satisfaisante à ce comporte ment tissulaire paradoxal à la suite d’une irritation chimique ou méca nique. Lacroix propose l’hypothèse que l’irritant léserait l’os voisin qui libérerait ensuite des facteurs ostéogènes.
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nouveau, alors que le tissu aponévrotique, le muscle et le cartilage costal ne possèdent pas ce pouvoir (Urist et McLean, 1952).
Cette spécificité tissulaire est restreinte et n’est partagée que par les constituants normaux de l’os, à l’exclusion des autres.
En bref, la moelle transplantée dans les tissus mous à distance du squelette développe indiscutablement de l’os. Il faut, pour que l’expé rience soit valable, exclure la présence de spiculés osseux et éviter un traumatisme chirurgical ou une irritation locale qui fausserait les don nées de l’expérience.
Les arguments développés par ceux qui ne croient pas en l’ostéo- génèse médullaire nous ont servi en attirant notre attention sur cer taines causes d’erreur. La méconnaissance de ces causes invalide l’expérience.
•A ce point d’investigation, il nous a paru nécessaire de dresser un tableau récapitulatif des essais en tenant compte des conditions réalisées.
Ainsi la classification verticale distingue les greffes autologues, homo logues et hétérologues. La classification horizontale dispose les résultats selon le site récepteur et l’espèce animale.
Os
Ossification des greffes de moelle osseuse.
Animal
donneur Auto.
Auto,
ou homo Homo. Hétéro. REMARQUES 1863 Ollier... Lapin Chien Chat Poule Pigeon 0/50
1902 Donati... Poule 3/34 Ne signale pas le site où les résultats sont positifs : muscle, peau, crête, barbillons ?
D
A
N
O s s if ic a ti o n d a n s le s g re ff e s in tr a m u s c u la ir e s d e m o e lle o s s e u s e .
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