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Quelques anomalies liées à la conversion interne des
rayons γ
M. Frilley, J. Surugue, San-Tsiang Tsien
To cite this version:
M. Frilley, J. Surugue, San-Tsiang Tsien. Quelques anomalies liées à la conversion interne des rayons
QUELQUES
ANOMALIESLIÉES
A LA CONVERSION INTERNE DESRAYONS 03B3
Par M. FRILLEY, J. SURUGUE et TSIEN SAN-TSIANG.Sommaire. 2014 On examine
un certain nombre de cas où les mesures d’intensité de photons 03B3 et d’élec-trons secondaires émis par les radioéléments naturels concordent mal avec la théorie du phénomène
de conversion interne. On souligne en particulier que, pour quelques rares rayonnements, la conversion interne est très inférieure aux prévisions théoriques, généralement en accord avec l’expérience.
Quelques difficultés résultant de l’étude des rayonnements X en relation avec l’émission 03B3 sont
également mises en évidence.
Introduction. - Les
rayonnements y
qui
prennent
naissance au cours de laplupart
des transformationsradioactives
peuvent
se manifester hors del’atome,
soit sous forme de
photons,
soit sous formed’élec-trons secondaires.
L’énergie
durayonnement
esttransférée,
dans ce second cas, à l’un des électrons entourant le noyau. Laprobabilité
de ce mécanismedépend
del’énergie
durayonnement,
du numéroatomique
del’élément,
de la coucheélectronique
àlaquelle appartenait
l’électron arraché et de lasymétrie
durayonnement
considéré,
quand
onregarde
le noyau émetteur comme un oscillateurélectrique
oumagnétique
di oumultipolaire.
On définit le coefficient de conversion interne
comme le
rapport
de laprobabilité
d’émission d’un électron à laprobabilité
d’émission d’unphoton.
Ilpeut
se calculerthéoriquement
et l’on a tracé des courbes donnant sa valeur en fonction del’énergie
du
rayonnement y
[1].
Expérimentalement, plusieurs
méthodes sepré-sentent pour l’étude des rayons y
émis,
essentiel-lement : diffractioncristalline,
absorption
sélective par des écransconvenables,
photoélectrons
étudiés à la chambre de Wilson ou parspectrographie
magnétique, comparaison
avec la structure fine des rayons a.Certaines de ces méthodes donnent des mesures
relatives d’intensité et d’autres des mesures
absolues,
de sorte que l’onpeut
connaître,
avec uneprécision
plus
ou moinsbonne,
le nombre dephotons
émispar
désintégration
pour ungrand
nombre de rayon-nements y[z r ].
Les électrons de conversion interne sont
acces-sibles surtout par la
spectrographie magnétique
et aussi par la chamhre de Wilson.On
peut
donc,
parrecoupement
de ces diversesméthodes,
arriver à une valeur au moinsapproxi-mative des coefficients de conversion interne. La
comparaison
avec les calculsthéoriques
conduit à considérer leplus
grand
nombre de rayons vcomme émis par un oscillateur
électrique
quadri-polaire.
Laplupart
des coefficientsexpérimentaux
se
rangent,
eneffet,
auvoisinage
des courbescorres-pondantes,
et nous dirons que, dans lamajeure
partie
des cas, les coefficients de conversion interne sont normaux.Néanmoins,
certainsrayonnements
y seprésentent
différemment et
peuvent
ainsi être considérés commeanormaux, le nombre d’électrons secondaires, étant inférieur ou
supérieur
au résultat des calculs théo-riques.L’étude des
spectres
de rayons Xqui
accompagnent
l’émission des électrons de conversion interne
permet
encore un
recoupement
avec les déterminationsd’intensité des électrons
secondaires,
puisque
l’arra-chement d’un électron d’une couche déterminée estsuivi d’un
réarrangement
de l’atomes’accompagnant
de l’émission de rayons X.Conversion interne anormalement élevée.
-On connait
depuis longtemps,
en radioactiviténaturelle,
desrayonnements
dont la conversion interne estconsidérable,
c’est le cas desrayonnements
de1,415
MeV de RaC et de4o
ekV deThC,
donnant tous deux de fortes raiesd’électrons
deconversion,
alors que le
premier
ne fournit pas dephotoélectrons
dans un radiateur extérieur[2]
et que le secondn’apparaît
pas dans lespectre
de diffraction cristal-line[31.
C’est aussi le cas d’un nombre relativementgrand
derayonnements
y de la famille del’actinium,
identifiés par leurs raies de conversion[!~];
enparti-culier,
149,2
ekV,
60,6 ekV et 53 ekV deRdAc,
~etI I6,2
ekV deAcX,
qui
n’ont pas été décelés par diffraction[5],
bien que la sensibilité de la méthode soit bonne dans ce domained’énergie.
Le même
phénomène
s’observefréquemment
avec des noyaux
légers,
pour les corps radioactifsartificiels,
et sonexplication
est relativementsimple.
D’une
part,
le coefficient de conversion interne croît très vite avec ledegré
demultiplicité
durayon-nement,
et,
d’autrepart,
l’émission de certainsrayonnements
électromagnétiques
peut
être351
quement
interdite,spécialement
pour des transitionscorrespondant
à une faible différence de momentangulaire [6].
On se trouve alors dans le cas où seuls sontpermis
desrayonnements
multipolaires
d’ordre élevé àgrande
conversioninterne,
et même oùl’énergie
d’excitation est transmise en totalitéaux électrons
périphériques,
sansapparaître
sous forme derayonnement
y.Conversion interne anormalement faible.
-Les
spectres
de diffraction ont révéléplus
récemment l’existence duphénomène
inverse. Certaines raies yapparaissent
comme très intenses et ne donnent lieuqu’à
des émissions très faibles ou même non décelables d’électrons secondaires. Cephénomène
ne s’est encore
présenté
nettement que dans la famille del’actinium,
pour lerayonnement
de 5o ekVprésentant
unegrande
intensité par diffractioncristalline,
mais dont les raies de conversion sont tout à fait faiblesr 5].
Nous nous sommes
particulièrement
attachés au cas durayonnement
de 5oekV,
parce que lescoeffi-cients de conversion interne varient en sens inverse
de
l’énergie
et que l’anomalie est donc surtoutmarquée
pour celui-ci.D’après
lesexpériences
de diffractioncristalline,
cerayonnement
de 5o ekVest,
deloin,
leplus
intense dans ce domained’énergie
et l’intensitémesurée,
soit o,03photon
pardésintégration [7],
peut
luiêtre totalement affectée.
En ce
qui
concerne l’intensité des électronssecon-daires,
nous avons fait des mesures dans toute larégion
avoisinant les raiescorrespondantes,
enuti-lisant deux méthodes différentes. En
premier
lieu,
deux raiesintenses,
d’énergie
41,6
et45,6 ekV,
~
ont été mesurées en valeur absolue au moyen d’un
dispositif qui
serapublié prochainement.
C’est unspectrographe
magnétique
comportant
commerécep-teur un
cylindre
deFaraday
relié à un électromètreHoffmann. En second
lieu,
plusieurs
clichés ont été examinés aumicrophotomètre enregistreur
pour déterminer les intensités relatives des autres raies. De ces mesures ont été déduits les nombres d’électrons de conversion émis pardésintégration
pour chacune des raies.
Pour le
rayonnement
y de 5oekV,
on trouve, comme coefficient de conversion interne(rap-. N électrons B , , . i .
r
électrons)
la leur 10-’ r le iveport
.. - .20132013
la
valeur 7. 1 o-1
pour le niveauL,,
p
N photons ’
va . pou n auLl,
très inférieure à la valeur normale
qui
serait 200 à 30o foisplus
grande.
L’un de nous avait mentionné un autre
rayon-nement y
anormal,
de240
ekV[5],
mais nous n’avonspas de données
numériques
suffisantes à sonsujet
et des raies du
spectre
de conversion du radio-actinium ont pu lui être attribuées[8] ; de, sorte
que, s’il existe uneanomalie,
elle est certainementbeau-coup moins
grande
que celle durayonnement
de 5o ekV.Les
rayonnements ;
de très bassefréquence
de Ra D semblent bienprésenter également
une anomalie du même genre. Leursénergies
ont été mesurées par diffraction cristalline[g]
et par lesphotoélectrons
[10, z 5]
et leurs intensités au moyen d’une chambre d’ionisation à xénonrI 1] :
Énergies
(enekV).
q6. 7 43 3~ 32 23,2 ;,3Intensités (en
pho-tons pour 100
dé-sintégrations)...
2.5 0.? 0.2 o,fÍ. I,o 10auxquels
il fautajouter
deux raies faibles de 18 et19 ekv
[I2].
Le nombre d’électrons de conversion du rayon-nement de
46,~
ekV,
mesuré en valeur absolue aumoyen d’un
cylindre
deFaraday [i3], indique
uncoefficient de conversion
normal,
ensupposant
lerayonnement
quadripolaire.
Pour les autres
rayonnements y
plus
mous, on n’aque des informations d’ensemble. Le nombre
global
d’électrons de
conversion,
déterminé à la chambre de Wilson à bassepression
[ 14 J,
est de l’ordre de 0,01par
désintégration,
alorsqu’on
devraits’attendre,
d’après
les valeurs d’intensités dephotons,
à 10 ou20 fois
plus.
En faisant lapart
des erreursexpéri-mentales,
il semble bienqu’il
y ait donc là unphénomène
de conversion interne anormalement faible.Différences
d’énergie
entre niveauxélectro-niques.
~--iLorsque
lephénomène
de conversioninterne a
privé
une coucheélectronique
d’unélec-tron,
leréarrangement
qui
s’ensuit a pour effet deproduire
unrayonnement
X;
on retrouve effecti-vement par diffraction cristalline leslongueurs
d’ondehabituelles,
émises dans lesspectres
ordi-naires de rayons X ouinterpolées
àpartir
desspectres
d’éléments voisins.Par
contre,
il semble exister une différencesysté-matique
si l’on considère les électrons secondaires des raiesK,,
etKY.9 :
les différencesd’énergie
entreles électrons secondaires sont
toujours
supérieures
aux différences
d’énergie
des rayons X[i4L
soit,
en moyenne,
3,o
au lieu de ~,3 ekV.Malgré
lapréci-sion limitée de ces mesures, les écarts individuels sont
petits
et le sens de la différence est en tous casconstant et
paraît
biensystématique.
Cette différence est
trop grande
pour être due à des ionisationsmultiples
affectantl’énergie
des niveaux et aucuneexplication
n’en a encore étédonnée,
à notre connaissance.Anomalies d’intensité des
spectres
X de Ra D.- En
ce
qui
concerne lesintensités,
les examens de352
Un
premier
faitsurprenant
est laprésence
de la série de raies K de Ra D(o,1 photon
pour 100désin-tégrations),
puisqu’on
n’a trouvé aucunrayonne-ment ; d’énergie supérieure
à~6,7
ekV[g,
II].
Il semble bienqu’une
seulehypothèse
soit àretenir,
celle d’unrayonnement
~’d’énergie
très peusupé-rieure à celle du niveau K
(88
ekV),
entièrement converti et donnant des électrons secondaires de très faibleénergie, interprétation qui s’impose
égale-ment pour l’émission consécutiB e à la transforma-tion Ac X « An[5].
En ce
qui
concerne la sérieL,
on trouvequ’à
l’intérieur duspectre;
les raiesLl
etLUI
sontcomparativement plus
intenses que dans lespectre
X ordinaire parrapport
à la raie Li[17].
Celapourrait
êtreexpliqué
quantitativement
par l’existence d’unnouveau
type
d’effetAuger,
avec transitionsinternes
LUI
[18].
D’autre
part,
ontrouve,
pour l’ensemble desraies,
l’intensité relativement trèsgrande
de o,3photon
pardésintégration
[11, 16j, qui
conduit,
compte
tenu du rendement de
fluorescence,
à uneproba-bilité d’excitation d’environ i, alors que celle
qui
résulte des électrons secondaires est seulementla fois
plus
faible.Cette anomalie nous conduit à supposer
qu’il
doit exister une interaction directe desrayons ~
nucléaires de faibleénergie,
peusupérieure
à celle des diffé-rentes couches~,
etprovoquant
des arrachementsd’électrons de ces dernières sans intervention de
rayonnements
électromagnétiques.
Cepourrait
d’au-tantplus
être le cas ici que les rayons i de Ra Dsont très faibles en
énergie
et en intensité.Cette
hypothèse pourrait
aussi rendrecompte
d’une anomalieanalogue
rencontrée avec Ac[ig].
Conclusion. ---- Les anomalies
que nous avons
indiquées
pour lephénomène
de conversioninterne,
spécialement
le cas de coefficients trèsréduits,
nepeuvent
trouverd’explication théorique
etnécessitent,
de cefait,
unréajustement
de la théorie. Sans aucundoute,
des casanalogues
seprésenteront
lors de l’étude
quantitative
desrayonnements
des corps radioactifs artificiels etpermettront
peut-être
d’éclaircir laquestion.
Les difficultés rencontrées dans la
comparaison
des différentes méthodes de recherche avec lesspectres
de rayons X donnent à penser que l’étude desrayonnements
de faibleénergie
doit conduire à des résultats intéressants. Ce domaine a encore été relativement peuexploré jusqu’ici
en raison de lacomplexité qui
résulte de lasuperposition
des rayons "’( mous et des rayons X.Ces discussions ont été
exposées
auCongrès
dePhysique
tenu enseptembre 1945
à l’Université deBristol
(Angleterre) [20].
Manuscrit reçu le 22 janvier
BIBLIOGRAPHIE.
[1] FISK, Proc. Roy. Soc., A, 143, p. 674. 2014
HULME, MOTT, OPPENHEIMER et TAYLOR, Proc. Roy. Soc., A, 155,
p. 315.
[2] J. THIBAUD, Ann. de Physique, 1946, 5, p. 73.
[3] M. VALADARÈS, Ibid., 1934, 2, p. 197.
[4] J. SURUGUE, Ibid., 1937, 8, p. 484. [5] M. FRILLEY, J. de Physique, 1940, 1, p. 34. [6] J. SURUGUE, Ibid., 1942, 3, p. 71.
[7] TSIEN SAN TSIANG, Ibid., 1942, 3, p. 1.
[8] J. SURUGUE, Ibid., 1938, 9, p. 439. [9] M. FRILLEY, C. R. Acad. Sc., 1944, 218,
p. 505.
[10] TSIEN SAN TSIANG et C. MARTY, C. R. Acad. Sc., 1945, 220, p. 688.
[11] TSIEN SAN TSIANG, C. R. Acad. Sc., 1944, 218, p. 503.
[12] L. SALGUIERO, Thèse, Lisbonne, 1945.
[13]
OUANG TE TCHAO, J. SURUGUE et TSIEN SANTSIANG
C. R. Acad. Sc., 1943, 217, p. 535.
[14] H. RICHARDSON et A. LEIGH-SMITH, Proc. Roy. Soc., 1937, 160, p. 454.
[15] R. ARNOULT, Ann. de Physique, 1939, 3, p. 1.
[16] TSIEN SAN TSIANG et C. MARTY, C. R. Acad. Sc., 1945,
221, p. 177.
[17] M. FRILLEY et TSIEN SAN TSIANG, Ibid., 1945, 220, p. 144.
[18] COSTER et KRONIG, Physica, 1935, 15, p. 13. - M.
VALA-DARÈS, communication privée.
[19] M. LECOIN, M. PEREY et TSIEN SAN TSIANG, C. R.. Acad. Sc., 1943, 217, p. 146; Cahiers de Physique,
1944, 26, p. 10.
[20] Nature, 1945, 156, p. 543.