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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

El Couri, M. (2000). Histoire externe de la langue française au Maroc de 1912 jusqu'à nos jours (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/211738/1/6452f910-a933-4985-b028-d7712f9cc75b.txt

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(2)

UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES Faculté de Philosophie et Lettres

HISTOIRE EXTERNE DE LA LANGUE

FRANÇAISE AU MAROC DE 1912 JUSQU'À NOS JOURS

Thèse présentée pour l’obtention de Doctorat d’Etat en Philosophie et Lettres

Par-.M.MOSTAPHAELCOURl

» r •

Dirigée par le professeur

M DANIEL DROIXHE

Année 2000-01

(3)

Faculté de Philosophie et Lettres

HISTOIRE EXTERNE DE LA LANGUE

FRANÇAISE A U MAROC DE 1912 JUSQU' À NOS JOURS

Thèse présentée pour l’obtention de Doctorat d’Etat en Philosophie et Lettres

Par : M. MOSTAPHA EL COURI

Dirigée par le professeur

M DANIEL DROIXHE

717.00G

(4)

Ha^' Mohammed' SeiX' Hohcumed'

^^aJyotcbci' Omcvr Chadro'

A VYV&ifitOSAArW'.

fatî/mo/i KhadC/a^, Ou4ruKhalth<ni/nueCMa^ÙMn'

A mOYiffrèrey OthmoLiX'

(5)

Ce^ troOi/oub wva/ ccrndutt à/ roiiemWer jo/ matière/ (dociMne^y, archOve^, lOi'r&y, eto.) dariyle/yhthUotkècjue^iUÀA/a*^^

~S(hlCothè^ue/de^yyieru:e/yhu/mat*^e^<ie/VUUB etannexa.

- Bihll(ythè<^ue'Koycde/de/Sel^iciu£/ (3rttfceU&y) - BCbUAyÙ\écfue/Qé^\Arale/etArchi\e^de/Tétx>tMM\/

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ljJI q;-<«.ll BiMiothècjue/ A<b'dâwdiyyci/ à/ TétüvuMv

~ 3 ihUothècjue/ QénéraLe/ de/ Hcxhat.

Qu/e/le/!^re^OYiSidble^,'de/tou^f-oe^fcmdii'\/&UAXLevd:tir<ytAA/er icO me/y metlleury remercieme^^\ty.

ScxriycnAJMerle/hixrcm/André/Jcujum/Otte/, abn^ofue/MoYiyieur Plowyier du/

CNA/ChJCV.

► Ce/trci^ci4be/ython/(>ré/d’ume/iuhyemXtovvde/Uiufiyvidattorv

Vam/3uu/rem/

(6)

Table des matières

Projet et méthode... ... ... 6

Introduction à l'histoire du français... . 12

INTRODUCTION La langue française avant la colonisation : les signes précurseurs ...16

1.1 Contact des langues... 16

1.2 Le français au Maroc avant le protectorat...17

1.3 La revanche des langues : la lutte entre l’Espagne et la France...21

1.4 Chrétiens et missions chrétiennes au Maroc...25

1.5 Les voyageurs marocains en France et en Europe... 28

1.6 Les voyageurs français au Maroc : l'espion, l'officier et le romantique... 31

1.7 Un lobby colonial : le Comité du Maroc...38

Première partie IMPLANTATION DU FRANçAIS PENDANT LE PROTECTORAT (1912-1956) INTRODUCTION Le français à la veille du protectorat ... ... 41

Section 1 HISTOIRE DES OUTILS DE L’IMPLANTATION CHAPITRE 1 L'arrivée des colons ...44

CHAPITRE 2 De quelques missions culturelles et scientifiques ... 47

2.1 L'Alliance Israélite Universelle, de la culture française avant toute chose ..47

2.2 L'Alliance Française au Maroc...61

2.3 La Mission Scientifique du Maroc entre savoir et pouvoir... 65

2.4 Une bibliothèque du protectorat à Rabat... 68

Section 2

ORIENTATION DE LA CULTURE SOUS LE PROTECTORAT

ET LES AUTRES OUTILS D’IMPLANTATION DU FRANÇAIS

(7)

CHAPITRE 3

La politique linguistique coloniale ...72

3.1 Première carte linguistique...72

3.2 La politique scolaire coloniale au Maroc...73

CHAPITRE 4 Politique de l'information résidentielle, le problème de la langue ... 107

4.1 La presse au Maroc... 107

4.2 Havas Maroc : une agence d’information francophone...118

4.3 L’audiovisuel, le français sur les ondes... 124

Deuxième partie DECOLONISATION POLITIQUE ET CULTURELLE (APRES 1956) INTRODUCTION Place du français dans la mosaïque linguistique ... 131

Le français dans le champ linguistique marocain... 131

Le français au nord marocain... 132

Langue, bourgeoisie et classe dirigeante...133

Le français instrument d'ouverture... 134

La réalité du français au Maghreb... 135

CHAPITRE I Politique linguistique nationale, arabisation et langue française ...138

1.1 Aménagement de la langue... 138

1.2 Arabisation, réhabilitation d'une langue confisquée...139

1.3 Arabisation de i enseignement depuis 1956... 140

1.4. Arabisation et langue française, bilan et perspectives... 150

1.5 Politique d’arabisation au Maghreb et position française...164

CHAPITRE 2 Statut et fonctions du français ... 179

2.1 Le français langue de l'école... 179

2.2 Le français langue de l’affichage public... 185

2.3 Le français langue de l’administration... 185

2.4 Le français langue de l'économie... 187

2.5 Le français langue du travail... 188

2.6 Le français langue de la culture :...189

littérature marocaine d’expression française... 189

2.7 Le français langue des médias...193

2.8 Le français langue de la presse...193

2.9 Le français langue de l'audiovisuel, un attachement indéfectible... 198

CHAPITRE 3 Le français politique ... 204

3.1 Coopération culturelle franco-marocaine...204

3.2 Création de l'ensemble francophone... 214

3.3 Francophonie et développement du Maghreb... 220

(8)

Troisième partie

ESQUISSE D'UNE ETUDE SOCIOLINGUISTIQUE DU FRANÇAIS PARLE AU MAROC, VARIATION ET SPECIFICITE

CHAPITREl

Phonétique et phonologie ...229

Variations vocaliques et consonantiques du français... 229

Variations du français parlé par les jeunes marocains...230

CHAPITRE 2 Lexique et morphosyntaxe ... 232

Aspects lexicologiques, syntaxiques et sémantiques du français au Maroc 232 « Moi regarde toi à la gare » ou « comme il est difficile de photographiez un morceau de pain !»...234

Parlez-vous arabe ? Les emprunts du français à l'arabe...235

Emprunts de l'arabe aux langues occidentales... 237

Arabismes et traitement lexicographique...238

Conclusion générale... 240

Bibliographie...245

Annexes... 258

(9)

Projet et méthode

► Projet

L'origine du sujet de ma thèse remonte à une proposition faite par le professeur M.

Daniel Droixhe. Lors de la rédaction de sa contribution au Lexikon der romanistischen Linguistik ("Franzôsisch Externe Sprachgenschichte" en collaboration avec Th. Dutilleul, Bd. v.l, Tubingen, Niemeyer, 1990 : 437-71) Daniel Droixhe, professeur d'histoire de la langue française à l'Université Libre de Bruxelles, avait constaté que l'histoire du français dans le Maghreb et spécialement au Maroc était encore très mal connue.

Pour cerner les difficultés d'un tel sujet et la complexité du problème linguistique marocain, nous avons tenté de faire appel à une approche pluridisciplinaire surtout à vocation socio-historique et sociolinguistique.

C'est pourquoi ce domaine de recherche qu'est l'histoire de la langue française au Maroc avait besoin d'un chercheur maîtrisant les deux principales langues au Maghreb (arabe/français) et connaissant bien sa culture et son histoire nationales. Croyons détenir ces deux indispensables atouts, nous nous sommes alors lancé dans ce travail passionnant en tenant compte à ce qu’il se limite à observer l'évolution du français sans aucune volonté d'y changer quoi que ce soit, ni la forme, ni le contenu, ni l'évolution. Le linguiste n’a presque aucune emprise sur la langue. Ce n’est que la société et le temps qui peuvent y apporter des changements. Néanmoins le linguiste, par un travail exploratoire, à partir du passé et du présent d’une langue peut ébaucher les contours de son avenir.

Ce travail de recherche, construit autour d'une double approche essentiellement socio-

historique et sociolinguistique, vise à écrire l'histoire du français au Maroc depuis la fin

(10)

de XIXe siècle jusqu'à nos jours. Le Maroc où vit actuellement la plus grande communauté française en Afrique.

En d’autre termes, ce travail vise à construire une mémoire de la langue française au Maroc; construction de son passé en vue de lui préparer un avenir débarrassé de tension et de toute forme d'hégémonie.

L’histoire du français est toujours hée au présent et à l’avenir sans jamais en être coupée.

Et comme F. Brunot, nous l’avons aussi liée à l'histoire de la société (marocaine). En conséquence, la langue est profondément inscrite dans le mouvement social.

En écrivant cette histoire on considérera les institutions qui l’utilisent et les personnes qui le parlent. Par la même occasion on suivra la relation du français avec : l’arabe littéral et les dialectes arabes et berbères, l'anglo-américain qui réalise une avancée timide mais certaine au Maroc, sans oublier l’espagnol qui constitue historiquement, au nord marocain, une véritable première langue étrangère .

L'intérêt de l'histoire de la langue française au Maroc est de montrer par une description rétrospective et actuelle, par une étude de la langue comme objet social à partir de la réalité marocaine, non seulement les forces qui augmentent ses chances de pénétration et de réceptivité mais aussi les forces d'étiolement (arabisation, percée de l'anglo-américain et grande importance de l'espagnol, etc.) qui travaillent parfois contre elle.

De plus, par cette enquête socio-historique et sociolinguistique, on voudrait proposer une réponse aux problèmes que pose cette langue à la politique linguistique marocaine.

En d'autres termes, cette enquête est un instrument pour éclaircir la situation du français au Maroc et pour contribuer à son réaménagement dans le cadre d'une planification linguistique générale au Maghreb. Aménagement linguistique qui consiste, avec l'inévitable politique d'arabisation, à redéfinir le statut et les fonctions des « langues nationales » et étrangères.

Cela peut aider aussi la France et les pays "francophones" du Nord à revoir leur politique

linguistique au Maghreb, fondée comme l'économie sur l'assistance, la tutelle et non sur

le dialogue, la participation et le partenariat.

(11)

Enfin, ce travail de recherche en histoire des langues peut inciter d'autres chercheurs à effectuer un travail analogue dans d'autres pays où le français est implanté.

► Méthode

Un travail historique consiste dans le regroupement et l'examen critique des faits. Nous n’avons retenu, bien évidemment, de ces faits historiques que ceux qui touchent à la sphère de la langue en particulier et à la culture en général. Tout au long de ce travail, nous allons éviter de nous aventurer sur le terrain de l’histoire de la langue littéraire’.

Nous bornons à la langue en général et on respectera les considérations méthodologiques définies par Francine Helgorsky, Christiane Achour (pour l'histoire de la langue).

A. Considérer les faits sociologiques

Pour Helgorsky, il faut éviter de reproduire l'erreur méthodologique brunotienne en partant de l'histoire comme exposé des changements particuliers. Cette méthode empêche de voir l'état "synchronique" d'une langue dans une époque donnée.

L'évolution interne du français consiste chez Brunot, tout au moins au début, à ne voir que les événements institutionnels sous l’angle sanctionnant directement le français ( Les Serments de Strasbourg, l'Edit de Villers-Cotterêts, etc ), sans jamais considérer les faits sociologiques, en particulier l'influence des groupes sociaux et de leurs parlers sur la langue.

C'est seulement à partir du tome VI qui traite de XVin siècle que Brunot rejoint Meillet et reconnaît la détermination du fait social sur la langue.

* Bien que disciple et continuateur de Ferdinand Brunot, Charles Bruneau est plus un historien de la

langue littéraire que de la langue en général. Ses deux monographies éditées en 1952-53 intitulées

l'Époque Romantique 1815-1852 (tome XII) et l'Époque Réaliste ; 1852-1886 (tome XIII) sont des

travaux stylistiques. Voir Francine Helgorsky, "les méthodes en histoire de la langue. Évolution et

stagnation", dans Le Français moderne. Avril, 1981 (Ce numéro est intitulé "Autour de l'Histoire de la

langue française de Ferdinand Brunot").

(12)

Désormais, Brunot se laisse gagner par " la sociologie de la langue" et oriente son œuvre vers une "histoire lexicale" ou la liaison avec le social est plus directe, plus visible (Helgorsky). L'orientation sociologique se trouve ainsi confirmée et développée^.

En ce qui nous concerne, nous ne méconnaissons pas le caractère social de la langue;

l'attention particulière que nous accordons, dans ce travail, à l'histoire externe démontre que nous en sommes bien conscient.

B. L'opposition interne / externe

L'opposition "histoire externe" et "histoire interne" offre à Brunot un élément de classification inchangée tout au long de son Histoire de la langue française. Pour Ferdinand Brunot, la dichotomie inteme/externe équivaut à linguistique/extra linguistique. Cette définition est elle au fond différente de celle de Ferdinand de Saussure, comme le pense Francine Helgorsky ?

Effectivement, l’objet par excellence de la linguistique, pour Saussure, est la langue considérée au plan synchronique débarrassée des faits historiques, politiques, sociologiques, etc. (faits externes). Saussure oppose la "linguistique interne" à la

"linguistique externe"; la première recouvre la langue comme système, la deuxième concerne les points par lesquels la linguistique touche à l'ethnologie, à l'histoire, à la politique et même à la sociolinguistique : "Tout ce qui se rapporte à l'extension géographique des langues et au fractionnement dialectal"

Dans ce travail, nous avons opté pour une étude "externe" du français --sauf peut être pour la 3 partie qui traite du français parlé au Maroc— dans le sens où tous les éléments internes à la langue (lexique, grammaire, etc.,) sont abordés mais pas privilégiés^.

C. Périodisation et temporalité

^ Jacques Chaurand, Le Français moderne, avril, 1981.

^ Par contre Lanly dans son livre Le français d’Afrique du Nord (1970), s’intéresse essentiellement à

décrire la nature et l’évolution internes du « dialecte français d’Afrique du Nord (en vérité Lanly décrit

beaucoup plus le français des Pieds noirs d’Algérie) sans trop toucher aux éléments externes (sociologie,

histoire, politique, etc.,). Au fond, ce travail est un inventaire des particularités linguistiques du français

des colons d’Afrique du Nord.

(13)

Pour Marcel Cohen, un travail historique ou une histoire du français doit être divisée par périodes'*. Périodisation signifie l'isolement dans le continuum historique des périodes et des stades d'une langue présentant une certaine homogénéité.

L'évolution linguistique peut être considérée de deux manières ;

« Soit en elle-même, et la temporalité impliquée sera celle de la langue, restera donc "interne" et "métalinguistique"; soit par référence à une temporalité "externe", préexistante, celle de l'histoire par exemple ».

Notre travail sur l'histoire de la langue fi^ançaise adopte, suivant cette définition d'Helgorsky, une temporalité externe : celle de l'histoire politique, exactement comme Ferdinand Brunot qui recourt lui-même à la chronologie de l'histoire politique. La méthode de périodisation conditionnée par l’externe garantie à l’objet d’étude homogénéité et lisibilité.

D. Constitution d'une méthode soumise à l’objet

L'objet chez Brunot est toujours concret (il repère des dates, analyse et critique des documents). Cette méthodologie historique, qui consiste en une critique des documents, des faits, des témoignages, se joint aux illusions de l’empirisme positiviste de la fin de XIXe siècle qu’il partageait avec ses contemporains positivistes sur l'objectivité (Helgorsky). Or, les limites de l'objectivisme et du positivisme brunotiens ne sont un secret pour personne.

« Sa première illusion consiste à prendre les mots " à leur valeur facile" (...) c'est-à- dire comme s'ils étaient transparents, comme si leur signification historique et sociale correspondait directement à leur signifié.. »

Actuellement les sociologues, les ethnologues et certains historiens s'intéressent plus à découvrir la structure sous-jacente des faits et des textes. Nous tâcherons nous aussi dans

^ Selon ce linguiste marxiste, l'écrivain de l'histoire d'une langue doit prendre conscience des données

linguistiques et historiques en appliquant le matérialisme dialectique (Marcel Cohen, Notes de Méthode

pour l'histoire du français, Moscou : Éditions en langues étrangères, 1958).

(14)

nos analyses de ne pas se limiter à voir la face émergeante des faits politiques, culturels ou linguistiques mais d’en découvrir le profond soubassement. Ceci dit, nous reconnaissons les limites de ce travail en sciences humaines dont les résultats, qui ne découlent pas de l’expérience scientifique (au sens stricte du mot), ne sont pas indiscutables.

Pour résumer encore une fois, ce travail s'articule autour de deux volets : volet socio-

historique (recherche des institutions et des groupes sociaux ayant adopté et propagé le

français se séparant ainsi de la population locale); et volet sociolinguistique. Celui-ci

s’intéresse aux différentes orientations culturelles et politiques linguistiques coloniales et

nationales (enseignement, médias, diplomatie, économie, administration, etc.,).

(15)

Introduction à Vhistoire du français

D’abord, nous pensons qu’une histoire de la langue ne doit retenir des faits historiques et politiques que ceux qui touchent directement à la sphère de la langue et de la culture.

Ensuite, nous croyons avec Achour qu’écrire l'histoire d'une langue c'est baliser les modes et les lieux de son intervention ; enseignement, médias, administration, justice, littérature, etc. C’est en quelque sorte écrire l’histoire du français à travers les institutions

sociales et la création scientifique, littéraire et idéologique^

Puisque le mode d'introduction du français au Maroc se révèle être la colonisation, la politique linguistique de la France coloniale au Maghreb fut en général subordonnée aux grandes étapes de l’occupation.

Sur la base du modèle des étapes de diffusion du français établit par Achour pour l'Algérie, nous pouvons aussi proposer le nôtre pour le Maroc ;

- Première phase (1912 - 1934); une phase militaire de conquête, avec tentative d'introduction de la langue française sans un véritable projet homogène de francisation de la population. Le mode privilégié de sa diffusion fut l'école.

- Seconde phase (1934 - 1945) : phase de la colonisation civile et de la francisation de la vie publique (administration) surtout du monde urbain.

- Troisième phase (1945 - 1955) : cette période de l’après guerre avait connu la montée du nationalisme et la remise en cause de la colonisation dans tous ces états.

Officiellement le protectorat va alléger théoriquement le poids du français dans la vie

^ Christiane Achour-Chaulet, "Pour une histoire du français en colonie - le cas de l'Algérie", dans

Études de Linguistique Appliquée, avril - juin 1990, N° 78 ; 87-94. Voir aussi sa thèse. Langue française

et colonialisme en Algérie. De l’abécédaire à la production littéraire. Thèse de doctorat d’Etat,

Université de Paris III, 1982 ; et celle de Dalila Morsly, Le français dans la réalité algérienne. Thèse de

doctorat d’Etat, Université de Paris V, 1988.

(16)

publique en créant le concept du bilinguisme et en programmant son application dans l'école musulmane et même européenne. Mais l'application ne fut pas effective.

- Au début de la colonisation, il y a avait une conception mercantiliste de la colonisation où l'introduction du français n'est pas une donnée majeure du projet politique colonial ;

« Il suffit, dans ce cadre, qu'un minimum d'échanges linguistiques ait lieu pour permettre les échanges économiques et commerciaux.»

Avant le protectorat, c'est la lingua franca, langue utilitaire, qui garantissait un minima linguistique de compréhension pour permettre l'essor économique entre les pays riverains du bassin méditerranéen. Mais avec l'invasion et l'occupation du pays, la conception impérialiste avait pris le dessus. C'est par cette conception que la puissance coloniale se devait d’asseoir ses bases et pérenniser sa présence. Mais il se trouve que l’impérialisme n’est pas seulement politique ou économique, il est encore plus dangereusement culturel^. L’école française au Maroc et son instrument privilégié qu’est la langue furent le centre de gravité de l’impérialisme français. C'est pour cette raison, et dans le cadre d'une analyse des outils mis au profit de la culture française pour assurer sa domination, que nous avons accordé une place primordiale à l'enseignement, meilleur mode d'implantation du français au pays du Couchant.

Outre l'école, d'autres aires vont être investies par le français : administration, justice, médias (presse, audiovisuel), etc., c'est pratiquement une francisation de toutes les institutions sociales marocaines.

1. Administration :

Entreprise taxinomique francisant la toponymie locale; car chaque nouvelle acquisition demande un nouvel acte de nomination.

Francisation totale : Kénitra fut rebaptisée Port Lyautey.

Martinprey

^ Le but de la lutte pour l’indépendance au Maghreb, selon le diplomate algérien Othman Saadi dans un

débat télévisée sur la chaine arabe El Jazîra, était la libération de la terre et de l’Etre. Mais l’avènement

de l’indépendance a libéré la terre sans l’Etre. Nous signalons ici que toutes les traductions à partir de

l’arabe de notre dissertation sont de nous même.

(17)

Francisation par déformation de la racine arabe : ex. Larache, Rabat, etc.. Pratiquement tous les toponymes sont de la sorte déformés.

2. Justice

Une justice linguistiquement et culturellement incompréhensible au justiciable 3. Presse

L’édition des journaux en arabe comme Es-saada ou As-sabalf ne sert pas la promotion de la langue locale mais celle de la colonisation (Achour 1990).

L'arabe devient simplement un véhicule de vulgarisation de la mission "humaniste" et

"philanthropique" de la France auprès des "Indigènes"

4. École

Au début de la colonisation, une marge pour l'arabe ; bilinguisme tactique et non de conviction.

L’imposition du français obéit aux raisons idéologiques suivantes : - Politique : moyen de colonisation pacifique.

- Humain : le français langue de civilisation - Linguistique : clarté du français

- Pratique : le français moyen pratique de communication et du travail.

Force est de constater que le modèle des étapes de diffusion du français, cité ci-dessus, sera abandonné formellement, pour des raisons pratiques, au profit d'un autre modèle plus général basé lui aussi sur l'histoire politique du Maroc. Mais l'abandon du premier modèle ne touche que le niveau de la forme (périodisation), puisqu'il est maintenu dans le sens interne du contenu général de notre dissertation.

^ Premier journal en arabe du Maroc fondé en 1905. Chaque semaine, il dorme notamment des informations nationales et internationales susceptibles d’intéresser les habitants du Maroc; la publicité et les informations économiques y tiennent une place considérable. Pour As-sabah, journal politique, littéraire, scientifique et commercial (fondé en 1906), il paraissait tous les lundis et dormait surtout des informations locales. Voir l’article sm la presse marocaine dans la Revue du Monde Musulman, T. Il,

1907 : 586.

(18)

Introduction

LA LANGUE FRANÇAISE AVANT LA

COLONISATION : LES SIGNES PRECURSEURS

(19)

INTRODUCTION La langue française avant la colonisation : les

signes précurseurs

1.1 Contact des langues

L’espagnol a côtoyé l’arabe pendant une longue période s’étalant sur 8 siècles. De ce contact direct et quotidien, l’espagnol a emprunté plus de 3 mille mots arabes*. Malgré que le français ait emprunté beaucoup moins, l’apport de l’arabe reste aussi conséquent que dans le premier cas. Les premiers emprunts français à l’arabe remontent au moyen âge et concernent le champ sémantique de la science et de la civilisation (chimie, chiffre, zéro, algèbre, sirop, sorbet, etc.). Quant aux derniers emprunts en date, ils viennent de l’arabe de l’Afrique du Nord (Toubib, harki, clebs, baroud, burnous, etc.) et sont utilisés en français dans la parler familier voir argotique.

En outre, beaucoup de mots grecs ont transité indirectement par l’arabe avant de parvenir au français ; exemple : alambic, élixir, estragon, guitare, etc.^

Les apports de la langue arabe aux langues européennes témoignent du rayonnement et du prestige dont elle jouissait dans l’Europe du moyen âge :

« Dans le domaine culturel, Fès demeura le centre de rayonnement pour le monde occidental; sa fameuse université en fit une capitale intellectuelle où venaient se rallier les étudiants non seulement égyptiens et nord- afncains, mais également européen; nous ne citerons que le cas du futur pape Sylvestre qui, après avoir appris à la Karaouyne (sic) les chiffres arabes les a introduits pour la première fois en Europe. L’admission d’un chrétien au sein d’une université religieuse

^ F. Corriente, ADictionary Of Andalusi Arabie, Brill (1998 ?)

^ Henriette Walter, L’Aventure des mots français d’origine étrangères, Paris, 1994.

(20)

musulmane donne une idée de l’esprit de tolérance dont les Marocains étaient animés. La langue arabe devint sur toutes les rives de la Méditerranée, autrefois mer latine, la langue internationale du commerce et de la science. On vit même en certains endroits de l’Andalousie marocaine des évêques catholiques abandonner le latin, langue religieuse de la chrétienté occidentale, pour écrire en arabe. »

(Parti de l’Istiqlal, 1951)

De même l’influence de l’arabe au Portugal, selon Coissac, était telle que ;

« La langue avec laquelle, les Portugais correspondaient était un portugais corrompu de mots indigènes et qu’ils écrivaient en caractères arabes ».

(Coissac cité par le parti de l ’lstiqlal)

Destin conquérant et fécondité étonnante de cette langue de l’islam qui caracolait, pendant des siècles, en tête des langues « européennes ». Si tel est le cas de la présence de l’arabe en Europe, qu’en est -il de celle du français au Maroc.

L2 Le français au Maroc avant le protectorat

Plusieurs événements historiques témoignent d'une certaine présence de la langue française au Maroc dès le XVIIe siècle. Beaucoup de lettres furent échangées entre les rois marocains et ceux de la France.

- La lettre en français, de Louis XIV, datée de 8 décembre 1666 à Saint - Germain, dans laquelle il recommandait Roland Fréjus au roi du Maroc, Moulay Arrachid, pour l’aider à s’installer à Al-Hoceima*®.

- Aux lettres échangées entre Louis XTV et le successeur de Moulay Ar-rachid, Moulay Ismaïl, se joint l’accréditation d’agents diplomatiques dans les deux capitales : Saint

Cette entreprise d’installation fonctionnant d’après des méthodes modernes, éprouva cependant un

échec qui justifia après cinq années l’abandon d’Al Hoceima par la France.

(21)

Amand, et après lui, Pidou de Saint Olon'^ à la cour de Meknès et Abdallah ben Aîcha à la cour de Louis XIV.

Il faudrait ajouter aux relations diplomatiques la présence de nombreux Français parmi les vingt-cinq mille captifs chrétiens que comptaient les prisons de Moulay Ismaïl. Cette estimation est de l’historien Az-zianî rapportée par Abdelaziz ben Abdellah dans son livre en arabe ^^^Mu’jam Al Maghreb at-târîkhî.

De Castries rapporte pour sa part que certains de ces chrétiens travaillaient dans la traduction. L’exemple le mieux connu est celui de l’esclave dominicain irlandais Antoine de Sainte Marie qui traduisait, pour le saadéen Moulay Zidane (XVII siècle), les livres latins vers le castillan lesquels étaient traduit une seconde fois du castillan vers l’arabe par des convertis « renégats ».

Toujours est-il que la présence de la langue française au Maroc ne peut être située théoriquement que vers le XVII siècle. Avant cette date, c’est le latin, “ langue écrite ”, qui véhicule le message officiel et littéraire entre les Etats de la Méditerranée. Au même temps et pendant des siècles, la lingua franca “ langue orale ”, "mélange de différentes langues romanes", espèce de “carrefour de bâtardise linguistique ”, assumait la fonction commerciale, utilitaire et même diplomatique dans toute la Méditerranée*^, Cette parité entre latin et langue franque (lingua franca) sera rompue définitivement à la fin du XIXe siècle avec l’avènement du colonialisme qui va imposer sa loi et sa langue par la prépondérance du français et la marginalisation de l’arabe. La langue française devient ainsi instrument idéal au service d’une colonisation politique, économique et culturelle.

Pendant ce XVIIe siècle, la langue de l'île-de-France gagne du terrain au détriment du latin sans pour autant être consacrée définitivement en tant que langue diplomatique unique de la cour de France, qui se préoccupait au demeurant moins de la forme employée que de ses intérêts enjeu :

11 Pidou de Saint Olon est l’auteur de la relation Etat présent de l'Empire du Maroc publié en 1694.

Cette longue enquête sur le Maroc est considérée avec celle de Mouette, Relation de la captivité du sieur Mouette comme une des sources d’information les plus importantes sur le Maroc de XVII siècle (R.

Lebel, Le Maroc dans les lettres, 1956 ; 104).

Françoise Quinsat, "Emprunts à l'arabe d'Afrique du Nord. Mots argotiques, grossiers, péjoratifs ou

familiers", dans Le Français moderne, 1991, LDC, N° 2 : 165.

(22)

« Nos envoyés parlent le français, les langues qu’ils connaissent, ou ont recours à des interprètes. Même libéralisme est de réciprocité en France. Quand Versailles en des occasions solennelles se refuse à toute concession, c’est pour maintenir le terrain gagné, et d’ailleurs en des circonstances où nul péril n’existe en la demeure.

Ce n’est pas en de semblables querelles que Louis XIV fait entrer en ligne de compte le souci de son prestige. Ce n’est pas en ces petites victoires que consiste ce que l’on appelait au XVIIe siècle sa gloire»

Du côté du Maroc, il est attesté aussi que la plupart de ses envoyés en Europe s’exprimaient en langue arabe devant les cours européennes.

«L’année suivante (1699) survient une ambassade exotique...celle du sultan du Maroc [ambassade de Abdallah ben Aîcha]. L’ambassadeur arrive à Versailles pour l’audience royale. Un interprète, Lacroix, l’accompagne. Grand discours "en marocain avec deux mots espagnols", le tout traduit. Louis XTV ne répondit pas ».

(Camille - Georges Picavet 1928 : 588)

Picavet évoque ici sans la nommer, l'ambassade d'Abdallah Ben Aîcha à qui lui fut remis à Versailles le 26 février 1699 le projet français pour la conclusion de traité de paix. Le marquis de Torcy et le comte de Maurepas, furent nommés commissaires du roi chargés de la discussion du projet avec l'ambassadeur de Moulay Ismaïl. Dans sa réponse au projet français, Abdallah Ben Aicha opposa un refus catégorique à la volonté de la France d'accaparer une partie du domaine de la justice marocaine et de sa souveraineté.

Pour nous en tenir au thème des interprètes, on rapporte qu'une bonne partie des interprètes marocains auprès des légations européennes à Tanger et de la cour marocaine étaient des Israélites (famille Palache, Benchimol, etc ). Quant à l'interprète français Lacroix, évoqué sans précisions par Picavet, il s'agit bien de Pétis de la Crobc-fils : traducteur officiel auprès de Louis XIV à partir de 1695 ;

U Camille - Georges Picavet, “ Le français et les langues étrangères dans la diplomatie au temps de

Louis XIV ” Extrait de la Revue des Sciences Politiques, 43è année, tome Ll, octobre - décembre 1928 :

592.

(23)

«François Pétis de la Croix-fils (1653-1713), célèbre orientaliste, auteur de nombreux ouvrages, il succéda en titre à son père en 1695 comme secrétaire- interprète du Roi, après avoir été nommé professeur d'arabe en 1692 au collège royal. En 1682-1683, il accompagna le baron de Saint- Amans dans un voyage au Maroc et y fut chargé de l'achat de manuscrits ».

èïTlC f

(Cassé Brissac, Sources médites de l'histoire du Maroc, 2 série, Dynastie Filalienne, tome V, p. 50)

Il a établit le 26 février 1699, respectivement la traduction et la transcription en arabe du projet de traité franco-marocain et la traduction en français des réponses d'Abdallah Ben Aîcha. La traduction en arabe, que nous avons examinée de près, du projet de traité conclu auparavant à Saint-Germain-en-Laye en janvier 1682, est grosso modo faite en un arabe littéral médiocre, mélange de l'arabe dialectal et de mots étrangers, abondant de surcroît en fautes d'orthographe.

Vers la deuxième moitié du XIXe siècle, le contact entre l’empire chérifien et l’Europe s’intensifia dans tous les domaines. Hassan 1er qui reconnaissait l’importance de la formation des cadres dans la réforme de l'État marocain évanescent envoya entre 1874 et 1888, huit missions marocaines totalisant environ 350 étudiants qui séjournèrent dans les principaux pays européens : Angleterre, Gibraltar*'’, France, Allemagne, Espagne, Italie et Belgique. Quelques autres personnes furent envoyés en Égypte*^ et même aux États- Unis. Hélas, la plupart des étudiants marocains de ces missions avaient reçus pour la plupart une formation militaire.

Au terme de ces contacts directs avec l'Occident (ambassades, missions scolaires, commerce, etc.), les Marocains commencèrent à s'initier aux langues européennes.

L’ingénieur militaire Zoubir Skirej (formé en Angleterre) nous apprend dans ses

Rien qu'à Gibraltar, selon une source orale, plus de 450 étudiants marocains y effectuèrent leurs études vers la fin du siècle dernier. Suivant John Drununond Hay, ayant senti le besoin de modernisation de son armée, Moulay Al Hassan envoya à Gibraltar quelque deux cents fantassins marocains pour recevoir ime instruction de deux ou trois ans (Le Tourneau, 1992 : 81).

Timoule Abdelkader, Le Maroc à travers les chroniques maritimes. Tome II : Hassan 1®*^ à Hassan II.

Casablanca : Sonir, 1992 : 22.

(24)

mémoires que les élèves des missions scolaires marocaines s’initiaient à Tanger aux langues étrangères pendant une année ou deux avant leur départ pour l’Europe*®.

Même les rois de l'Empire du Maroc n'échappèrent pas à la tentation d'apprendre la langue des Roumis (= latins). Le prédécesseur de Hassan 1er, Sidi Mohamed Ben Abderrahmane (1859 - 1873), avait appris l’anglais et des rudiments du français (Miège cité par Baïda 1996 : 34). Avant lui le roi saadien Moulay Abdelmalek signait ses lettres en alphabet latin (voir copie de sa signature autographe ci-jointe). Ladite signature figure dans la lettre de Moulay Abdelmalek (roi de Fès) à Charles IX (roi de la France) en date d'Alger (où il fut réfugié), 25 mai 1574. Voilà ce que disait Henry de Castries dans Les Sources médites de l'histoire du Maroc à propos de ce fait :

« Il est très probablement le seul souverain de toutes les dynasties marocaines qui ait su se servir de notre alphabet pour signer son nom. Ce chérif, qui avait vécu à Alger et à Constantinople avant de monter sur le trône, était très cultivé et connaissait l'italien et l'espagnol ».

(Sources inédites, 1ère série. Dynastie Saadienne, Archives et Bibliothèques de France, Paris, Ernest Leroux, 1911: 755)

L’on peut évoquer ici le fait que le français ne fut pas avant le protectorat la seule langue présente au Maroc; au contraire, d’autres langues européennes le concurrençaient fortement.

1.3 La revanche des langues : la lutte entre VEspagne et la France

Dans la bataille des deux langues ( français vs espagnol), les deux puissances courtisaient le maillon le plus faible de la chaîne sociale marocaine, à savoir les Juifs marocains.

En effet, Jean Louis Miège évoque, dans son livre monumental Le Maroc et l'Europe, la lutte des influences entre l’Espagne et la France vers la fin du XIX siècle pour gagner les Israélites marocains à leur culture respective. De cette guerre culturelle, la France sort

16 Revue Dar En-niaba, deuxième année, N° 8, automne 1985 : 28-32.

(25)

gagnante en attirant à leur langue et culture tout l’élément juif marocain autrefois hispanophone; ils seront largement francisés.

Quant à l’Espagne, elle est sortie la tête basse et l’on peut que constater la supériorité et l’attrait du modèle culturel Jacobin français’"^. Voilà ce que disait Jean Louis Miège sur cette guerre des langues ;

« De longtemps les autorités espagnoles s’étaient émues des progrès du français.

Les milieux juifs, qui autrefois ne connaissaient que l’espagnol, avaient, par le développement des écoles de l’Alliance Israélite Universelle, été en partie gagnés.

A plusieurs reprises les consuls espagnols avaient dénoncé chez les dirigeants de l’Alliance la volonté d’écarter l’espagnol. Le journal Al Moghreb al- Aksa s’était fait l’écho, en 1884, de ces plaintes. A ces écoles, multipliées, s’ajoutaient depuis

1884 les centres de l’Alliance française, des écoles privées.

J. Costa, en 1886, invitait le gouvernement espagnol à fonder, de même, dans les principales villes du Maroc, "des institutions d’enseignement".

L’appel était repris par La Epoca : “ Il est du devoir du gouvernement ”, écrivait - elle le 6 juin 1887, “ de créer dans tous les centres importants du Maroc des écoles de langue espagnole tenues par les séculiers ou des missionnaires.”

A partir de 1887, les autorités espagnoles font, en effet, un effort vigoureux et ordonné pour lutter contre "l'invasion du français". A chaque mission franciscaine, et il n'était pas de port marocain qui n'eut la sienne, était adjointe une école primaire tenue par les religieux. Sans doute les franciscains, qui avaient pratiquement renoncé à tout prosélytisme, n'étaient-ils pas exactement les agents de la politique espagnole que dénonçaient certains journaux.

Du moins disposent - ils d'une réelle audience dans la population européenne et n'étaient - ils pas sans une certaine influence sur une petite partie de la population marocaine sensible à leur charité et à leur comportement, à leur goût pour l'étude de l'arabe. Dans les écoles franciscaines se côtoyaient chrétiens, juifs et quelques musulmans.

Là où n'étaient point de Franciscains, les agents consulaires animaient ces créations. Ainsi à El Ksar où, sous l'impulsion de Teodoro de Cuevas, était fondée.

Pour un panorama de la tangue espagnole vers la fin du XIXème siècle, voir l'article de Nicasio

Landa, "La langue espagnole au Maroc", dans Revue des Écoles de l'Alliance Israélite, N° 1, 1901.

(26)

destinée aux Marocains et aux Espagnols, une école dirigée par Cabo. En 1886 il était question de créer à Tanger une école de médecine. A l'hôpital que la Légation fit construire en 1883 fut, en effet, adjointe une école élémentaire formant, sinon de véritables médecins, du moins des infirmiers indigènes et espagnols.

La principale préoccupation, nous l'avons dit, était de ramener à l'Espagne les milieux juifs gagnés à la culture et à l'influence françaises par les écoles de l'Alliance, la propagande du Réveil du Maroc, les naturalisations en Algérie. Cette clientèle juive, Diosdado l'avait négligée. Il la jugeait plus embarrassante qu'utile et fort propre à multiplier les difficultés avec les autorités marocaines. A partir de 1887 et surtout de 1889, avec le retrait de Diosdado (...) et l'arrivée de son successeur Figuera, se multiplient les efforts en sa direction. C'était en grande partie à son usage qu'était crée à Tanger en 1889 l'Instituto de secunda ensenanza qui devait prolonger l'enseignement primaire des écoles de l'Alliance et permettre

"de lutter contre les progrès constants du français". A une subvention annuelle de 150.000 fi-ancs votée par les Cortès s'ajoutait l'aide de ministère d'Etat de la chambre de commerce espagnole de Tanger qui se louait "d'une création si patriotique". La Légation s'efiForçait de gagner aussi aux intérêts espagnols " la société maçonnique judaïque du Maroc". Elle n'ignorait pas, non plus, les possibilités de la presse locale et subventionnait l'Eco Mauritano devenu son organe officieux. Elle tentait d'amener dans sa clientèle marocaine les fils du chérif d'Ouezzaime ».

(Jean Louis Miège, Le Maroc et l'Europe (1830-1894), tome IV, Vers la crise.

Paris : PUF, 1963 : 217-220)

Même après l'établissement du Protectorat sur le Maroc, la guerre culturelle continuera entre l'Espagne et la France. L'élément juif marocain est toujours la cible d'une ardente tentative de récupération culturelle et politique qui remonte déjà , nous l'avons dit, à la fin du XIXe siècle**.

Dans ce sens, l'Espagne créa en 1912 VAsociacion Hispano-Hebrea de Tanger*^

(association hispano-hébraïque) sous la présidence du représentant diplomatique espagnol à Tanger Serrât qui affirme que :

Pour la bataille des deux langues français /espagnol voir aussi notre chapitre « Alliance Israélite ».

Mitchell Serels, A History of The Jews of Tangier, 1991 : 95-96.

(27)

« Tous les Israélites du Nord Marocain sont d'origine espagnole et devraient automatiquement revenir à cette nationalité ».

(Extrait de la lettre du consul de France à Tanger à Pichon du 15. IL 19 rapporté par Boutbouqalt, 1996: 368)

On peut lire à la page vingt-six des Cahiers de l'Alliance Israélite Universelle, mai 1999, n° 20, la précision suivante concernant les Juifs de Tétouan :

« La communauté juive de la ville a donc la particularité d'être entièrement séfarade et hispanophone - comme en témoignent les noms de la majorité des familles de Tétouan ; Abudaraham, Alomosnino, Bendelac, Bibas (...) »

Il est vrai que l’espagnol était la langue originale des juifs séfarades. Suivant Haïm Vidal Séphiha, il y avait au nord du Maroc, plus de juifs ibériques que de juifs indigènes ; l’espagnol s’imposait donc comme langue véhiculaire. Mais vivant dans un pays arabe, tous ont fini par adopter la langue du pays.

Un des derniers élèves de l'Alliance à Tétouan, José Garzon, disait que les juifs de cette ville parlait avec leurs grands-parents le hakétia — judéo-arabo-espagnol— ; dans la rue, l'espagnol; à l'AlUance, le français ;

« A la maison, nous parlions espagnol, à l'école le français exclusivement, avec nos grands-parents le Hakétia et enfin, avec les commerçants, un arabe dialectal hybride ».

(Cahiers de l'AIU, mai 1999, No 20 : 36)

Participant à cette revanche des langues, le journal Israélite Kol Israël, paraissant dans la zone du protectorat espagnol, dénonça en novembre 1919 l'affiliation de l'Alliance Israélite Universelle à la France. La même année. Manuel L. Ortega affirma dans son livre "Los Heberos en Marruecos" la nécessité d'hispaniser les juifs par l'école et le commerce :

« L'Alliance Israélite française a propagé ses écoles dans tous l'empire chérifien et

notre idiome cède la pas devant l'idiome fi'ançais (...) L'Influence fi-ançaise sur les

(28)

Israélites marocains se fait sentir par l'école et par le commerce. C'est sur ces mêmes bases que doivent s'appuyer les efforts de l'Espagne pour attirer à elle et espagnoliser les Juifs ».

(Manuel Ortega cité par Boutbouqalt, 1996 : 368)

Malgré toute cette ardente campagne espagnole de faire gagner à sa culture l'élément juif marocain, celui-ci était bien acquis à la force coloniale la plus puissante, à savoir la France.

1.4 Chrétiens et missions chrétiennes au Maroc

L’établissement des Romains en Afrique du Nord qui s’est soldé par leur main mise sur les terres arables obligeât les agriculteurs autochtones à devenir des ouvriers agricoles sur leur propre terres. Les terres réservées à la transhumance du bétail s’étaient rétrécies de plus en plus à fur et à mesure de pillage et de l’accaparement de ces terres par les colons romains. L’enrichissement des Romains et des Berbères romanisés s’accompagnait de l’appauvrissement des Berbères réduits donc à l’indigence. Au IVe et au Ve siècles de notre ère, les défavorisés berbères se regroupent au sein de donatisme, mouvement religieux dans sa volonté de créer une église indépendante de celle des Romains et politique par son refus de la romanité et par ses aspirations indépendantistes et nationalistes^^.

Par conséquent, le christianisme en Afrique du Nord n’opposa pas grande résistance à l’entrée de l’Islam dans cette région vers le Vile siècle de notre ère, car affaibli par la rareté des ouailles et les guerres fratricides entre chrétiens conséquence du schisme donatiste : “Aussi est il peu probable que de petites communautés de Berbères chrétiens aient pu se maintenir longtemps dans le Maghreb El Aksa.”( De Castries, T.III, pp.93- 98).

Fondation de la mission franciscaine et la conquête des âmes

Mouloud Gaïda, Les Berbères dans l’histoire. Tl : de la préhistoire à la Kahina, Alger, Ed. Mimouni,

1990.

(29)

Au début de XlIIe siècle, François d’Assise, après avoir reçu l’approbation du pape, fut le premier à concevoir une mission religieuse pour Ifriqiya (Tunisie)^* et le Maroc afin d’évangéliser les musulmans du Maghreb, Pour atteindre ce but une règle fut imposée à chaque franciscain qui doit montrer abnégation, pauvreté et humilité. Arrêté par la maladie en Espagne, François d’Assise ne fut pas à la tête de sa mission au Maroc présidée par un arabisant Bérard de Carbio; Ferdinand de Castro, chevalier castillan le présenta à l’Infant Don Pedro de Portugal qui avait fuit son frère Alphonse pour devenir grand officier dans l’armée de Sultan Youssef Al Muntasir Bi-allah. Le 12 janvier 1220, sous le règne de ce dernier, Bérard et ses quatre compagnons^^ furent tués à Marrakech pour avoir insulté publiquement le Prophète Muhammad et réfuté le Coran.

Le même sultan autorisa par édit de 27 mars 1226 non seulement la venue d’une seconde mission fi-anciscaine et la création d’un évêché à Marrakech et à Fès mais aussi la construction des églises, la liberté de culte, la libre circulation des religieux et de leur bien. Mais le Saint -Siège ne fut pas pour autant satisfait. En 1246, le pape Innocent IV, dans sa lettre au sultan marocain, lui demanda d’accorder aux chrétiens qui restaient encore au Maroc des places fortifiées ou des ports afin d’y se réfugier, le cas échéant pour échapper à l’hostilité de certains musulmans^^. Ce n’aurait été en fait qu’un subterfuge pour occuper les villes côtières marocaines.

Le 10 octobre 1227, Daniel de Belvederio et ses six compagnons débarquèrent à Ceuta, encore dans la possession du Maroc, et s’établirent dans le quartier des Chrétiens. Le dimanche de Pâques, ils entrèrent sans permission dans la ville musulmane et insultèrent le Prophète Mohammed, ils furent emprisonnés puis décapités par Youssef Al Muntasir BUlah.

En 1228 - 1229, Ferdinand III mis à la disposition d’Al Mamoun, marié d’ailleurs avec une chrétienne, douze mille soldats castillans pour combattre son rival Yahya An-

La mission est confiée à Elu et Gilles qui prêchaient ouvertement le christianisme à Tunis, ils en furent chassés par la population révoltée contre eux.

Fr. Pedro, Fr. Oton, Ayuto et Acursio.

23 La plupart des chrétiens du Maroc étaient des captifs européens, des mercenaires européens au service des armées marocaines, des commerçants-négociants ou des voyageurs (Ramon Lourido Diaz,

«l’Eglise au Maroc du Xlle au XIXe siècle», dans Histoire des chrétiens d'Afrique du Nord, Paris,

Desclée, 1991 : 85-110.

(30)

Naser^'*. En contre partie, il s’engagea à construire une église à Marrakech^^ et à laisser les Franciscains évangéliser ses sujets. Condition très grave d’autant si on sait qu’auparavant toute venue d’une mission chrétienne est soumise à l’obligation de ne plus se livrer à une activité de prosélytisme ou d’évangélisation des Marocains^®.

Force est de conclure que l’histoire de l’église au Maroc reste liée à celle des Frères mineurs hispanophones, agents de la politique espagnole. Si nous avons évoqué ici la fondation de la mission franciscaine, c’est juste pour souligner qu’elle ne va pas jouer ultérieurement un grand rôle pour la diffusion de la culture française. Cette mission était d’obédience espagnole et à travers elle Madrid menait sa politique culturelle en l’aidant à fonder dans plusieurs ports des écoles - et des églises - ouvertes à toutes les confessions (Le Tourneau 1992: 91). Mais en raison de l’augmentation du nombre des francophones, au début de XXe siècle, des difficultés résultèrent de l’emploi de la seule langue espagnole à l’église ; les Franciscains prirent alors la décision d’ouvrir, par exemple à Tanger, une église pour le culte en français et une autre en italien^^.

Les rois Almohades et Mérinides avaient également un corps étranger incorporé à leurs armées. En récompense aux chrétiens, qui servaient dans ces armées comme instructeurs ou simples cavaliers, ils autorisèrent l’entrée des premiers Franciscains venus officier auprès des commerçants, des captifs chrétiens et des Mozarabes. Rappelons à ce propos que, sous le règne de ces deux dynasties, la majorité des chrétiens établis au Maroc étaient des Mozarabes. En Effet, en 817 après une révolte, le khalife Omeyyade d’Andalousie, Al Hakim Ibn Abderrahman, barmit à Fès, selon Condé (Historia de la dominacion de los Arabes, Paris, 1840), huit mille familles. Et en 846, la famine qu’à cotmu l’Andalousie obligea aussi les Musulmans et les Mozarabes de cette région à s’expatrier au Maroc.

Le siège épiscopal fiit, en effet, fondé à Marrakech en 1233 par le pape Grégoire IX. Le Franciscain Agnellus ou Agnelo (mort en 1246) fut, paraît-il, le premier évêque de cette église. Le fondateur de l’Ordre des Frères mineurs, François d’Assise (mort en 1226), n’avait donc pas l’occasion de voir ses efforts récompensés par ime si importante fondation.

'yfk La charia interdit strictement au musulman de se convertir ou de renier sa religion. Al Mamoim agissait donc contre la loi musulmane en autorisant aux Franciscains de se livrer à leur prosélytisme.

Toutefois, la charia autorise aux chrétiens, aux juifs, en terre d’Islam, d’exercer librement leur cultes et n'interdit que les actes de prosélytisme. Par ailleurs, le statut d’un chrétien ou d’un juif, selon le régime des capitulations, est celui d’un Dimmi ; c’est-à-dire qu’il bénéficie de la protection de l’Etat à qui il doit payer la Jizva ^ (dîme religieuse), tout comme le musulman lui paye la Zakat.

^7 Ramon Lourido Diaz et Guy Martinet, «l’Eglise au Maroc au XXe siècle», dans Histoire des

chrétiens d’Afrique du Nord, Paris, Desclée, 1991 : 143-154.

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1.5 Les voyageurs marocains en France et en Europe

Vers la fin du XVIIIe siècle, Mohamed Ben Othman El Meknassi effectua deux voyages : le premier en Espagne (1779-1780) et le second à Malte et Naples (1781-1782). Cet ambassadeur du sultan Mohamed Ben Abdallah était chargé dans son premier voyage de négocier avec l’Espagne un traité de paix et de racheter la liberté des prisonniers marocains. Cette mission est relatée dans sa relation Al-Ixir fi fakak al-assir (De la libération du séquestré). Un deuxième récit Al Badr As-Safir (La Lune dévoilée) relate, quant à lui, le second voyage d’El Meknassi à Malte et à Naples. Dans cette deuxième mission, il a été également chargé du rachat des prisonniers musulmans dont il a pu libérer plus de six cent^*.

Au XIXe siècle, d’autres voyageurs vont sillonner l’Europe :

- En 1845, Mohamed Es-Safar se rendit en France avec une mission diplomatique marocaine et écrivit Ar-rihla at-titwanniya ila ad-diyar al faransiya (?). La même année une ambassade du gouverneur tétouanais ‘Ash’ash se rendit à Paris.

- Mohamed Ben Driss Amraoui voyagea de Fès à Paris en milieu de l'année 1860; il fiit reçu par Napoléon III et son ministre des relations extérieures, Thouvenil. Dans ce voyage l’accompagnait un journaliste chrétien libanais Ruchayd Ed-dahdah, un drogman courtier juif, Es-sawiri, ainsi que l’élève-consul de Tanger Pelissier^^.

Ben Driss nous laissa une description de ce voyage, pourtant sans aucune information sur sa mission diplomatique elle-même, dans son récit Tuhfat al malik al azîz fî mamlakat bâhs (Informer l’auguste roi sur le royaume de Paris).

Abderrahman Ben Zidane, Al ‘Alaiq As-siyassiya li ad-dawla al Alawiya, revueylwa/. N° 5, 1994).

^^The Historical Text Archives, Mississipi State University. Voir son site Internet

www.msstate.edu/Archives/History/Africa/morocco/consuls

(32)

Le même jour une autre ambassade marocaine partait de Fès pour l’Angleterre, le secrétaire de l’ambassade Mohamed Tahar El Fassi en rendit compte dans sa relation rihla al ibrîziya ilâ ad-diyâr al-anjalîziya (Le voyage d’or au pays d'Angleterre)^^.

- Ambassade de Hadj Abderrahmane El-‘Aji en France vers 1865. Ce diplomate va débattre avec le gouvernement français des frontières maroco-algériennes et de la question d’Oulad Sidi Cheikh.

- En 1865, Ambassade de Mohamed Ben Abdelkrim Esh-shergui et de Hadj Mohamed Bensaid. Les deux diplomates étaient accompagnés du secrétaire accrédité auprès de l’ambassade, Hadj Mohamed Sedrati, et de certains employés de la Légation française comme le drogman Charles Schefer et le consul français à Rabat et à Mogador (Essaouira) A., Beaumier. Les deux ambassadeurs furent reçus par le ministre des Affaires extérieures, D. de Lhuys, avec lequel ils étudièrent le traité de 19 août 1863 et les conditions du protectorat^*.

- Le 24 août 1867, ambassade de Mohamed Bargach, ministre des affaires étrangères, dans laquelle il fut chargé par le sultan Mohamed IV de remettre une lettre de félicitations à Napoléon III. Le même Bargach fut envoyé en 1884 pour une nouvelle mission diplomatique à Paris à propos d’un protégé français Hadj Abdessalam Wazzani (c’est Ladislas Ordega qui lui a accordé la protection)^^.

30 ^1 Ljjjjyi îiwjll Ar-rihla al ibrîziya. Fès : édition de TUniversité de Mohamed V, 1967, commentaire et annotations de Mohamed El Fassi.

^ ^ C’est l’orientaliste Scherer qui avait reçu auparavant Driss Amraoui le jour de son arrivée à Marseille (dimanche 17-6-1860). Le 2-8-1860, quarante jours après son arrivée, Amraoui quitta Paris (Voir Abderrahim Wahabi, “A ’lam maghreb al-qarn atasi' 'achar, Abou el-'Alaa Driss el-'Amraoui”, dans

“Al Fikr Al Isalmî”, svçç\tme,ïii d Al Alarti, 19 juin 1998).

Le séjour de Bargach en France (Marseille puis Paris) s'inscrivit tout d’abord dans un cadre purement

thérapeutique (visite médicale ophtalmique); ensuite la protection de Hadj Abdessalam Wazzani et le

tollé médiatique dont elle fut accompagnée obligea Mohamed Bargach à informer par lettre, le 7 mai

1884, de son intention de voyager à Paris pour discuter de la question avec le gouvernement français.

(33)

- En 1876, long voyage d’Idriss Jaidi à travers la France, la Belgique, l’Italie et l’Angleterre. Le fhiit de ce voyage est le récit : Ithaf al akhyar hi gharaibi al akhbar (Émerveiller les gentilshommes par de curieuses nouvelles)^^.

La même année, le sultan Hassan Premier envoya Hadj Mohamed Zebdi dans une tournée en Belgique et en Angleterre dans l’espoir d'acquérir leur appui concernant le problème de la protection consulaire au Maroc^'*.

La tournée de Zebdi le mena aussi en France où il discuta des problèmes de la protection avec le président de la république Mc Mahon et son ministre des affaires étrangères.

- 1878, ambassade de Hadj Abdelkrim Bricha en France pour renforcer les échanges commerciaux.

- 1880, l’ambassade du ministre des requêtes Ali Ben Mohamed Mesfioui concerna la question de la protection consulaire et les problèmes entre le Maroc l’Espagne pour lesquels il demanda la médiation française.

En 1884, Ahmed El Kardoudi, secrétaire de la délégation marocaine envoyée en Espagne prend la plume pour en rendre compte dans son récit Attuhfa as-samiya lil hadra al hassania bi al mamlaka al isbania (Le joyau illuminé de la majesté hassanite au royaume hispanique)^^

- 1885, ambassade conduite par Abdelmalek Ben Ali Saidi auprès de Jules Grivé pour la discussion du problème des frontières.

Au milieu de l'armée 1889, Hadj Maati Ben Abdelkrim Mazamzi présidera la dernière ambassade marocaine, pendant le XIXe siècle, auprès du Président Sadi-Camot pour soutenir l'amitié. Mais le but réel de l’ambassade est inconnu. L’amine Hadj Mohamed

33 jUiSll Uû) Ithaf al akhyar. Manuscrit conservé à la Bibliothèque Sabihiyya de Salé.

Voir l’article d’Abdelaziz Temssamani Khaloq, "L’heureuse Dar Anniaba à Tanger" (en arabe), (hns DarAn-niaba, lere année, premier numéro, janvier 1984.

35 Âjiuli Attuhfa as-sanniya. Rabat : Edition de la Bibliothèque Royale,

1963

.

(34)

Ben Elmadani Bennis, le secrétaire du Sultan Ahmed Kardoudi et le premier drogman de la Légation française à Tanger, Viat, faisaient parti de la mission^^.

Il est à signaler que tous ces récits sont le fruit des missions diplomatiques auprès des puissances européennes. L’Europe des voyageurs marocains leur a inspiré tour à tour admiration et éblouissement, répulsion et mépris. Parfois elle est exemple à suivre dans sa grandeur, son progrès et parfois exemple décadent à rejeter, à combattre même sans cesse et sans relâchement ( Dar al Kufr/ Dar As-salam)^"^.

Les relations du voyage des missions diplomatiques marocaines peuvent relater toutes les histoires sauf celle du but politique de la mission elle-même. Mais nous savons que l’envoi d’une mission diplomatique en Europe intervient souvent pour résoudre des incidents militaires ou diplomatiques entre le Maroc et les puissances européennes^*.

Le lecteur de ces relations peut relever une certaine admiration pour les institutions européennes, mais le point de vue le plus évident est le refus total de la civilisation européenne. Un refus affiché pour ne pas recoimaître la supériorité de l’esprit chrétien sur l’esprit islamique (Mohamed El Mansour 1993).

1.6 Les voyageurs français au Maroc : Vespion, Vofficier et le romantique

Il nous appartient de souligner d’abord que la première apparition du Maroc dans les lettres françaises s’est manifestée dans les récits de voyage (Lebel 1956). Ensuite, la production littéraire et picturale françaises avant le protectorat est le fait de trois catégories de persotmes ; militaires, religieux et commerçants.

Voir Mostapha Bouchaara, “Assifarat al maghrebia ila ourobafi Iqam 19" (Ambassades marocaines en Europe pendant leXIXe siècle), Revue Dar En-niaba, lere année, N° 3, Été 1984 : 35-50.

Voir, Saïd Bensaid Alaoui, « L’Europe des voyageurs marocains (fin XVIIIe siècle - début XXe siècle) », dans Le Maroc et l‘Europe, textes réunis par Yves Henri Nouilhat, Ouest Éditions, 1996.

38 Revue Amal, N° 4, 2e année, 1993 ; voir l’article de Mohamed El Mansour, L'élite marocaine et la

civilisation européenne au XlXe siècle (article en arabe).

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Pour nous en tenir à la plus auguste figure des voyageurs de la fin du XVIIIe siècle, nous pouvons évoquer l'incontournable comte Jan Potocki (1761 château de Pikow en Podolie - 1815). Ce noble polonais est l'auteur du célèbre romm Manuscrit trouvé à Saragosse paru en édition intégrale chez José Corti en 1989. Ce polonais francophone qui se considérait comme le premier voyageur à parcourir l'empire chérifien débarque au Maroc en juillet 1791. La relation Voyage dans l’Empire du Maroc, préfacée par Jean Louis Miège dans son réédition chez Maisonneuve et Larose (1998) est le finit de ce périple . Une autre génération d'explorateurs verra le jour avec Raymond Tomassy qui avait rassemblé beaucoup d’information sur le Maroc dans son livre Le Maroc. Relations de la France avec cet empire (3e édition, Paris, 1859).

Les récits produits par les voyageurs fi'ançais vers la fin du XIXe siècle sont les suivants dans l'ordre chronologique :

De Mogador à Biskra de Jules Leclercq (1881), le Maroc moderne du lieutenant Jules Erckman (1885), A travers le Maroc de Gabriel Montband (1886), Un Empire qui croule de Ludovic de Campou (1886), Une Ambassade au Maroc de Gabriel Charmes (1887) et le fameux Reconnaissance au Maroc de Charles de Foucauld (1888)^^. Ce dernier livre est considéré par Jean Victor comme “ le voyage le plus important qu’ait été accompli par un Européen avant le protectorat ” (Boutbouqalt, 1996 : 71).

Il ne faut pas oublier que d’autres intéressantes explorations au Maroc vont se poursuivre tout au long de cette fin du XIXe siècle. Une mention spéciale à attribuer à celle de Pierre Loti, Au Maroc (1890), et d’Alfred Le Chatelier éditée à Paris la même année sous le titre : Mémoire sur le_Maroc^ ; sans oublier la « relation picturale » d’Eugène Delacroix écrite par le pinceau.

Eugène Delacroix (1798-1863)

Né en 1798 dans une famille bourgeoise cultivée, Eugène Delacroix est le chef de file de l'école romantique depuis "Les Massacres de Scio" peints en 1824. Son style, novateur

^^Maroc : Littérature et peinture coloniales (1912-1956). Faculté des Lettres de Rabat, 1996 ; voir l'article d'Ahmed Laatiii. Voir aussi Guy Dugas, Bibliographie de la littérature « marocaine » des français, Paris : CNRS, 1986.

La première visite au Maroc de ce fondateur de la Mission Scientifique remonte à 1886.

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