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Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Angenot, M. (1967). Rhétorique du surréalisme (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.
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Marcel ANGENOT
RHÉTORIQUE
DU SURRÉALISME
l’Université libre de Bruxelles pour l’obtention du titre de Docteur en Philosophie et Lettres
Marcel A N G E N O T
RHÉTORIQUE
bu SURRËALISME
Thèse présentée à l’Université libre de Bruxelles pour l’obtention du titre de Docteur en Philosophie et Lettres
PREMIERE PARTIE
INTRODUCTION
"Cortiegidouillel nous n'aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruinesI Or je n'y vois d'autre moyen que d'en équilibrer, de beaux édifices bien ordonnéso"
Alfred Jarry, Ubu ■ enchaîné
CHAPITRE PREMIER
Question de méthodec
Av ETAT DES ETUDES SUR LE SURREALISME
"Comme si cette nichée d'adorables moutards aurait pu comprendre ce que c'était que la rhétoriqueI "
Lautréamont, Chants de Maldoror (l)
On trouvera dans notre bibliographi^e la liste des études et des articles que nous avons pu rassembler touchant le surréalisme» Nous ne prétendons pas, hélas, avoir pu être complet, même pour le domaine fran~ çais (2}o
Leur nombre n'èn frappera pas moins dès l'abordoM-Io Hardré et Prigioni ont donné deux états présents critiques qui rendent compte de l'évolution des idées sur le phénomène surréaliste de 192U à nos jours» Dès 193^, Guy Mangeot publiait une première Histoire du surréalisme» Aujourd'hui les travaux de Maurice Nadeau et de Jean-Louis Bédouin, celui-ci continuant celui-là, posent les jalons d'une étude historique complète»
•
w
-
6
-Ribemont-Dessaignes approchent de l'intérieur l'histoire du groupe» Il ne faut pas se cacher que les réticences, le goût de l'EOiecdote pour elle-même, les légendes, volontairement ou non entretenues par les protagonistes, rendent encore fort difficile la connaissance historique du surréalisme» Un travail comme ce lui de
Mo
Sanouillet sur Dada à Paris, quels que soient les re proches qu'on ait pu lui faire, s'imposerait aujourd'hui, si 1' étude d'une aventxire littéraire., toujours en cours somme toute, n'était aléatoire»En dehors du domaine historique, c'est des milieux psychiatriques que sont venues; les premiers travaux théoriques importants?
ceux de M» Jean Cazaux, Surréalisme et psychologie et de M» Henri Ey, La psychiatrie devant le surréalisme (1938 et 19^5)o
Jusqu'à la libération, les études publiées sont polémiques, émanant généralement de sympathisants» Peter Neagoe, What is sur- realism (1932), Carlo Bo, Bilancio del, surrealismo (19^^) et Guillermo de Torre contribuent, entre autres , à. faire le point, hors des frontières» L'après-guerre voit paraître d'autres ouvra-, ges» Certains prennent pour figure centrale, André Breton et son rôle, comme font Julien Gracq, M» Carrougès, Marc Eigeldinger» Dans l'euphorie de l'après-guerre, les milieux catholiques croient le moment venu de désamorcer le surréalisme en lui montrant un in térêt bienveillant» (M» Carrougès, A» Hoog, jean-Wesmy»» ») Jean- Paul Sartre en fait dans Qu'est-ce que la littérature une critique retentissante» Les communistes, eux, espèrent en venir à bouts . TristanX Tzara et surtout Roger Vaillemt, Le surréalisme contre la révolution, contribuent à entretenir les hostilités» Les principa les études, cependant, sont celles de Jules Monnerot, très favora ble à l'entreprise, Claude Mauriac et Ferdinand Alquié» Ces deux derniers tentent différemment une récupération du surréalisme par le sens commun» Claude Mauriac, plein de sympathie envers Breton et plein de réticences pour ses idées, fonde les bases de ce que Mo Prdgioni nomme sans aménité "le surréalisme de papa"»
T
-Ferdinand Alquié tente une philosophie du surréalisme, qu*il se défend d'assimiler à une "philosophie surréaliste". (3) Il prétend curieusement prouver que Breton et ses amis sont plus proches de Descartes que de la synthèse hégélienne.•» malgré la déclaration d’André Breton (Crise de l’objet) selon laquelle le surréalisme vise à la ruine de l’édifice cartésiano-kantien. Ce "rationalisme un peu fade" (Etiemble) n’a pas eu l’heur de plaire à tout le mon de.
Il est symptomatique en tout cas qu’une philosophie ait déjà paru, mais non encore une poétique.
On sait cependant que les formalistes russes et, à leur suite, le courant structuraliste contemporain, affirment hautement l’oppor tunité d’une étude stylistique précédant tout synthèse historique»(4) C’est des Etats-Unis aujourd’hui que nous vient le plus grand nombre de travaux d’ensemble.
Madame Anna Balakian a donné ouvrage—s sur le surréalisme et sur ses précurseursj M. Wallaos Foulis s’est vu violemment repro cher son Age of Surrealisms
"Mr Wallace Fowlie nous rassure sur l’avenir outre- Atlantique du genre rigolo" pouvait-on lire dans Médivun. (5)
Les études de Adams, Browder, Caws, Malin, Sirotti-Tuberville mani festent l’intérêt porté en Amérique à ce mouvement de pensée. Il est évident que le nombre de ceux qui s’intéressent au surréalisme ne faisant que croître, beaucoup de critiques se bornent à répéter ce qu’ont dit leurs prédécesseurs, et qu’en outre l’erreur et la fantai sie ont pris une bonne place.
On ne compte plus les fautes d’attribution^
("The only true surrealist act, daims Dali is to descend in the Street and fire at random" (6) )
les fautes d’interprétation (dont la plus amusante est celle de
David Gascogne glosant le titre provoquant de Duchamp "Lhooq";
"Phonetic perhaps "Look" since Duchamp knew En- glish quite well" (7)]
et les généralisations panoramiques oiseuses s
«B
s
asJoWo Malin donne l*aete gratuit comae un thème surréaliste impor»
tant, avec une citation de Oide pour seul garanti J «De Hubert don
ne pour peu connu, parce que paru en prê-originale dans le Minotaure»
un des plus importants chapitres de l’Amour fou d’André Bretono (9)
Mais qui peut se dire à l'àbri d’une erreur, mime grossière? Ce ne
serait rien, si le parti^pris et le délire logorhéique ne venaient
entraver réellement la tâche de celui qui a à coeur de s’informero
Le passage de hon nombre d’anciens surréalistes à la poésie "enga-
gée'^a conduit par exemple les critiques du parti commimiste à recons
truire dialectiquement le passé des transfuges en fonction de leur
nouvel idéal» ^e dire d'^illevirs lorsque Aragon donne ce genre de
tripotage pour un droit dit critiques
*'Mon droit de choisir en Eluard, c’est Eluard meme
qui me le donne» (ooo) Je ne cacherai pas ma partia-
litéo (»oo) J’ai interprété, j’ai dégagé des textes
ce qui aidait la cause pour laquelle Eluard et moi,
un temps frères contraires étions redevenus amis" (10
Le second reproche concerne ces critiques qui prennent prétexte du
sujet qu’ils'traitent pour surcharger de délires annexes, infiniment
moins séduisants, des oeuvres d’un abord déjà difficiles L’oeuvre de
René Char par exemple - loin de nous l’idée d’attaquer ici ceux qui
ont étudié avec rigue\ir cet auteur malaisé - est une ressource remar
quable pour toutes sortes de graphomaneso C’est ce que regrette Mo
Comtot dans son étude sur Benjsmin Pérets
"les oeuvres ne sont plus que prétexte au délire le
plus prétentieux»" (il)
Lui~meme, hélas, ne résiste pas toujovirs à cette tentation»
mouve 9 mouve
-ment? Littératiire était l'organe du Bureau de Recherches surréa»
listes? » "la question de l'engagement politiques André Breton
(îe») y répondit par la négative” etc oc
Enfin le choix même des textes inspire les plus nettes réserveso
On a choisi presque exclusivement des poèmes réguliersooo
Mais nous reparlerons plus loin de la récupération du surréalis
me par la "société de consommation"o
X
X X
"Or dans ce monde laissé pour comptes n'y a plus
que des spécialisteso"
Fc Picabia (13)
Bo METHODE:STYLISTIQUE ET STRUCTURALISME
L'étude que nous entreprenons se réclame d'une science s la
stylistique s et d'une démarche scientifiques le structuralismeo
Elle se place à tout le moins dans une perspective structuralisteo
La stylistique prétend substituer à"l'extrême instabilité de nos
appréciations critiques un système de mesxxres stable et simpleo"(lU)
Une pensée originale, une attitude neuve face à la réalité se dé
posent dans des formes qui leur sont adaptéeso C'est ce que dit
Rimbaud dans la fameuse lettre à Paul Demeny;
"les inventions d'inconnu réclament des formes
nouvelles"
Deux difficultés se présentent dès 1'aborde L'attitude "terroris
te" des auteurs que nous proposons d'étudier les a conduit à récu
ser d'emblée le point de vue rhétorique»
"Plus le Terroriste est ouvrier, et minutieux technicien, on le sait,
plus il lui faut se croire métaphysicien
bgénéral, pape»" (15)
10
-notre démarche? C'est le paradoxe que soutient Blanchots
"Si la rhétorique consiste, comme le dit Jean
^ soutenir que la pensée procède des
mots, alors il est vrai que le surréalisme c'est
la Rhétorique*" (l6)
Il n'en reste pas moins qu'un des passe-temps du surréaliste a
été de se gausser du "labeur surhumain (oeo) de l'homme qui ar
mé d'une lanterne s'avance au milieu des livres povir y dépister
les baraliptons " (l?)
S'il est une maxime de Lautréamont qu'il lui faut refuser de
prendre à la lettre c'est bien celle qui, dit que "les jugements
svir la poésie ont plus de valeur que la poésies"! (l6)
Les interdits mis par les surréalistes devant leurs écrits n^au
ront pourtant pas été assez puissants pour décourager l'étude lit
téraire* Aragon le prévoyait peut-être en constatant de façon dé
sabusée:
"En France tout finit par des fleurs de rhétori
que." (19)
Qu'il se rassure d'ailleurs, la stylistique ne saurait parvenir
à réduire toute l'ipreté et la nouveauté de certains textes à des
formules* Le voudrait-elle que ses moyens ne lui permettent pas
une telle réduction*
Nous évoquions plus haut une seconde difficulté* Elle provient
du fait que nous n'Analysons pas un style mais une écrittureo
Nous allons y revenir plus loin*
Les études de stylistique sur des surréalistes isolés ne sont
pas très nombreuses*
- 10
"sauvage" qui répond à des besoins patentso Lorsqu’elle recons»
truit l'oeuvre du point de vue qui est le sien "la pensée criti»
que édifie des ensembles structurés au moyen d’un ensemble stttio»
turé qui est l'oeuvre mêmee" (20) Il se fait simplement que la re»
cherche structuralistè moderne permet de mieux rendre compte de la
solidarité entre les unités signifianteso C’est la totalité qui
détermine le rôle de chaque élément a On sait que le langage manifes»
te une liberté croissante du phonème à la phrase et au»delào On
comprend que l'étude stylistique se soit d’abord limitée à des étude
restreintes de mots^mais où les interrelations pouvaient sembler
plus rigoureusess "La plupart des études stylistiques g dit Te Tc~
dorov, ne tiennent presque jamais compte des rapports qui lient
un élément peirticulier aux autres ou à l’oeuvre entière o Ce sont
ces rapports qui déterminent la signification^ concrète de tel pro»
cédé stylistique»" (21) 11 est amusant de voir que le surréaliste
René Crevel, dans un de ses pamphlets, exprime un reproche identi»
que :
"Qui, dé l’ensemble originel, détache, pour l’étude,
un élément, de ce fait, en viendra vite à juger cet
élément, doué de vie, en soi, et ainsi lui accordera
la priorité^aans doute même pouvoir absolu sur l’en»
semble dont il est extrait»" (22)
11
-entre 1'expérience surréaliste et leur propre démarches "Le surréalis
me, écrit Roland Barthes, a peut-être produit la première expérience
de littérature structurales" Une des intentions de ce travail est de
tenter une réponse à cette hypothèses (23)
Le structuralisme est aujourd'hui à la mode (2U)s 11 permet \me reccns-
truction des oeuvre]qui devient très vite personnelle, et ^ dans la
mesure où les structures sont cachées et à découvrir, aucune limite strie
te n'empêche de pratiquer le jeu des fausses fen&tress Nous essaierons
sans plus de nous garder de ces défauts s (23)
d'une rhétorique, ou d'une écriture. si l'on veut se rappeler la diffé
rence essentielle que Roland Barthes établit entre ces deux notions,(26)
Nous n'étudions ni la langue (qui est du domaine de la linguistique) ni
l'idiolecte ("langage en tant qu'il est parlé par un seul individu". Mar
tinet ) mais un certain nombre de traits communs à un groupe d'individuso
Ici^ style et communication se confondent avec les caractéristiques qui
signifient une complicité formelle* £n quelque sorte nous voulons voir
dans quelle mesure se justifie dans l'étude stylistique la tendance à
définir historiquement des écoles littéraireso
M* Etiemble en vient à se convaincre dans le Mythe de Rimbaud que les mot;
de"symboliste" ou de "décadent" n'ont guère de senso Je ne sais dans queL
certain nombre d'individus, ayant écrit dems la première moitié du XXe
siècle, qui présentent suffisamment de points communs dans l'usage qu'ils
font de la syntaxe ou des ressources du lexique pour qu'on puisse parler
de "famille" stylistique* Moyennant de nombreuses restrictions, cette fa
mille correspond au groupe surréaliste*
X
X X
C* L'ANALYSE D'UNE ECRITURE
Nous ne prétendons pas donne;[(ici l'analyse d'un style mais bien
- 12
Nous pourrions dire, conme personnage d’Anieet que l"histoire des
récentes écoles littéraires nous a appris à nous méfier des étiqueta
tes," (27) C'est de cette méfiance que nous sommes parti o Pour décria
re cette rhétorique^"zone vitale dont la double fonction est d'éviter
à la littérature de se transformer en signe de la banalité (si elle
était trop directe) et en signe de l'originalité (si elle était trop
indirecte)", (26) il a fallu comme on voit élire dans l'ensemble des
faits linguistiques cexix qui relèvent de la stylistique, et faire un
nouveau choix à ce niveau pour circonscrire l'écriture surréalistee
Une démarche aussi eurbitraire ne relève que du "bricolage intellee-
tuél" (comme dit Lévi-Strauss de la pensée mythique), (29) travail
où l'intuition vient souvent relayer l'emploi de méthodes rigoureuses
mais insuffisantes, véritables escaliers de pierre et de nuées qui
ne pourrait qu'usurper le nom de sciences Nous avons voulu définir
lieu formel vers lequel convergent des styles individuelso Nous ne
prétendons pas, bien sûr, dégager \ine "forme qui s'accomplirait de
façon indifférenciée dans chaque oeuvre, mais définir une tendance,
tributaire de toutes sortes d'influences personnelleso Ceci nous amè»
ne à dégager des fonctions différenciées dans une démarche unitaires
Bien sûr, chaque auteur se définira avant tout, et dans ce qu'il a de
meilleur peut-etre, par ses différences par rapport à la synthèse avan
cées Nous n'eh avons pas moins la conviction que cette synthèse se
rait scientifiquement légitime, meme si chaque surréeiliste n'en a un
temps assumé qu'une partie» (30)
systè 13 systè
-me autono-me, com-me s'il était issu d'un esprit uniques Nous parle
rions donc de la surréalité comme ayant une existence stylistique
concrètes Notre démarche a cependant autre chose encore de provo
cateurs Le surréalisme s'est voulu, en partie, dicté de l'incons
cient s Les s^lrréaliste8 auraient-ils possédé par hasard des incons
cients analogues? On tentera de répondre à ce puradoxeo Enfin, l'ex
périence surréaliste remonte, au plus tard, à quarante anso Elle est
si proche, même dans ses plus anciennes productions, que le public
semble surtout sensible aux différences, "the multiple aspects of an
attitude whieh could reach from the violence of a Benjamin Péret to
the innocence'of a Gisèle Prassinos" (3l)o
Ajoutons que nous négligerons ou, du moins, tiendrons pour secondai
re, le plan chronologiqueo Nous annexerons même des écrivains, comme
Lautréamont^ qui appartiennent à une autre générâtiono Nous nous croy
ons justifié en cela« "La notion de système synchronique littéraire,
écrivent Tynianov et Jakobson 1,, ne coïncide pas avec la notion^ naï
ve d'époque, puisqu'elle est constituée non seulement par des oeu
vres d'art proches dcms le temps mais aussi par des oeuvres attirées
dans le système et venant de littératures étrangères ou d'époques an
térieures 0" (32) A,Mo Schmidt avait substitué, sans embarras, un
"poète idéeü." à tous ceux réunis dans son recueil L'Amour noir, eu
égard à leurs traits communs. Mais le recul du temps lui rendait
sans doute la tache plus aisée 0 Le lecteur laisserait plus volontiers
chercher les traits d'une poétique commune chez les écrivains dits
"symbolistes". On verra peut-être un abus sacrilège, là où nous
mettons sur le même pied la phrase la mieux, venue d'André Breton
et la pale réminiscence de je ne sais quel épigone. Une telle confu
sion contribuera peut-être^heureusement^à décevoir ceux qui ont dé
cidé de faire la part des choses, de s'offrir un surréedisme raison
nable, de prendre le beau style et de laisser les idées (33)s
"Nadja doit moins au Surréalisme comme idéologie qu'à iin styliste
qui s'appelle André Breton", A quoi, Julien Oracq rétorques
Nul choix a priori n* aura été fait, ime fois établie la liste des
écrivains qui avaient chance de participer à 1°écriture surréalis»
teO Si^comme le dit Voltaire, le premier qui compara une femme à
une fleur fut un poète et le second un imbécile, poètes et imbé»
ciles sont inextricablement mêlés dans cette études Enfin, si nous
analysons simultanément des oeuvres qui garderont longtemps \xa souf
fle de vie et des travaux déjà aujourd’hui illisibles, oeuvres des
grands noms ou bien des minores du mouvement, c’est que notre re
cherche dévierait singulièrement en faisant la part du goût actuel,
d’un surréalisme déjà revu); et corrigé par sa postérité immédiates(35 )
Nul choix n'est fait entre les textes automatiques, les poèmes, les
pamphlets, les récitso Le goût littéraire a déjà mis les uns au ran
cart, mais nous étudions une totalités Nous croyons d’ailleurs être
fidèle à l'esprit surréaliste en refusant cette distinctions Enfin,
nous hésiterons d’autant moins à quitter à l’occasion le cadre lin
guistique que c’est Ro Jakobson lui-même qui nous y invites
"Celui qui étudierait la métaphore chez les surréeilistes pourrait
difficilement passer sous silence la peinture de Max Ernst ou les
films de Luis Bunuel s" (36)
Mutatis mutandis« notre étude part d’une hypothèse "encyclopédique"s
du choc âes exemples semblables doit jaillir la lumières
X
X X
Ds PLAN DÉ L’ETUDE
Une idée de Saussure qui semble avoir été illuminante pourbeau-
coup de linguistes est que le langage se structure sur deux axes,
celui des syntagmes, des combinaisons de signes dans la chaîne par
lée,et celui des associations ou "séries mnémoniques virtuelles "
15
-(relations, contiguïtés, contrastes), dans l'autre qu'on nomme
aujourd'hui pcuradigmatique des "corrélations" (Hjelmslev)a II
va de soi que ces deux axes rendent compte d'une réalité unique,
le langage» On connaît l'apologue des deux observateurs qui des
sinent un cylindre. L'un trace un cercle, l'autre xm rectangle»«»
Aucun d'e\ix poxirtant n'a tort, à moins que l'un des observateurs m
vienne contester la vision de l'autre» (37) A ces deux dimensions,
syntagmatique et paradigmatique, correspond la division principa
le de ce travail. On voit que la première tente d'éliminer le fait
sémantique ou du moins le subordonne à la contiguïté syntaxique»
Le second décrit une sémantique sélective» Nous espérons avoir
pris dans ce double réseau l'ensemble des faits observables» Ce
pendant les deux structures, syntagmatique et paradigmaiique, pré
sentent pour l'analyste une différence de nature essentielle» Le
premier eixe est réalisé dans le concret, le second est purement vir
tuel» L'analyse paradigmatique est bien plus ambitieuse que l'au
tre puisqu'elle prétend à rien moins qu'à nous découvrir les struc
tures de l'imaginaire» Il n'est pas trop dangereux de comparer des
structxires existantes} il l'est bien plus de structurer des champs
sémantiques» La dispersion de la "paradigmatique" de tout un grou
pe littéraire fait de l'entreprise une gageure» Cependant, un des
postulats de la stylistique est que les structures linéaires ren
dent compte par projection des profondexirs de l'imaginaire» C'est
ce que dit Aragon parlant dans le Traité du style des méthodes
des surréalistes;
"Ces méthodes découlent d'xme conception du monde
qu'à léur tour elles penaettent d’éclaircir»" (36)
Dès lors, dans chaque partie du travail, on centre l'intérêt xxn
aspect sans prétendre ne jamais en sortir»
<9 (B
de rappeler brièvement son histoire et de dire par la meme oeea»
sion de qui nous avons examiné l'oeuvre et quels ont été.nos eri°
tères de choixo
X
X X ■“
E.QU'EST-CE QUE LE SURREALISME ?
On s'jaceorde à dire que dans le surréalisme les théories ont
pris presque autant de place qi^e les réalisations j les vines et les
autres sont souvent confondueso A la question ”qu'est-ce que le sur
réalisme", les membres du groupe n'ont en tous cas pas cessé de ré
pondre. C'est, au reste, iin des buts dé cette étude de confronter
l'art et la théorie. Nous nous proposons seulement ici de rassem
bler les définitions qu'on a pu donner de toutes parts du surréa
lisme. M. Hourticq tient que le titre" du mouvement suffit â en
"définir la doctrine" (39). En réalité, nous sommes loin de compte!
Au contraire, la diversité des définitions, et, souvent aussi, leur
insuffisance^permettront, croyons-nous, de se rendre mieux compte
des obstacles qu’oppose le surréalisme à une synthèse univoque.
Cette réalité toujo\urs fuyante c'est celle que veut saisir Maurice
Nadeau dans le dieüLogue fictif par quoi débute son Hiatoire du sur
réalisme. Mais tente-t-il une synthèse? Nons "Entrez et n'.ayez pas
peur d'être dévorés!" Et tout d'abord, une telle définition est-el
le possible? Il est difficile en tout ces de trouver la formule.
C;^est ce qui justifie le titre de Kenneth Comells On the difficul-
ty of a label,
(ho)
Le mot de "surréalisme" a subi une enflure sé
mantique, fonction de son succès. L'extension en a tellement gonflé
que sa compréhension s'est réduite dans le langage de tous les jo\urs
à
bien
peude choses. On songera au dernier sens de "surréalisme"
proposé par le dictionnaire Robert (4l) ;
Ce phénomène inévitable de dévaluation est celui que d’autres mots
mis à la mode ont subi, comme "existentialisme”s
"The Word existentialism has become s6 videly fami»
liar that its use has outrun the general understan»
ding'of ito It does indeed éludé exact definitions" (h2j
Comment venir à quelque précision? Aragon nous propose une méthode:
"Sous les espèces de ce mot tant de pierres éventuel»
les sont venues s'amasser pour la construction d'un
édifice bizarre, qu'il faudrait entreprendre l'histoi»
re de ce mot"» (43)
On rencontre au XIXe siècle des néologismes proches de notre termes
Gérard de Nerval invente pour la dédicace des Filles de feu "super
naturalisme" (qu'aurait imaginé aussi Carlyle)o Durtal, le héros
Là-Bas de JoK» Huysmeins, s'interroge:
"11 lui suffirait peut-être d'être spiritualiste,
pour s'imaginer le supranatiuràlisme, la seule for
mule qui lui convînta" (44)
Saint-Pol Roux parlait pour son art d ' idéoré^is^ a Mais le terme
même de siurréalisme aurait été créé par Apollinaire, comme l'attes
te une lettre à Paul Dermée de mars 1917t citée par Maurice Nadeauo
Ma Sanouillet a découvert que ce fut Jacques Rivière qui le premier
appliqua dans son article du n° 83 de la MRF le terme^ aux buts et
aux méthodes de Dada (4^)« Apollinaire qui avait baptisé les Mamel
les de Tirésias "drame surréaliste", pressait Reverdy et l'équipe
Nord-Sud de fonder une école de ce nom (46) a
!
i8
Surréalisme qui dormait du mot une définition "artiste”o Rétros
pectivement elle nous semble sacrilèges
"Cette transposition de la.réalité dans un plan
supérieur (artistique) constitue le surréalis
me." (W)
A cette définition littéraire, le premier manifeste allait oppo
ser une définition précise, qu'on connaît bien, et qui prêpetrait
l'avenir en prenant tout à fait l'allure d'une notice de diction
naire :
"SURREALISME, nom. Automatisme psychique pur par
lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement,
soit par écrit, soit de toute autre manière, le
fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la
pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par
la raison, en dehors de toute préoccupation esthé
tique ou morale.
, ENCYCL. Philos. Le surréalisme repose sur la croy
ance à la réalité supérieure de certaines formes
d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute
puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pen
sée. Il tend à ruiner définitivement tous les au
tres mécanismes psychiques et à se substituer à
eux dans la résolution des principaux problèmes de
la vie."
On n'a pas assez dit combien cette définition est remarquable, Pré
cise,"parfois trop; l'évolution du groupe a pu amener à la complé
ter, jamais à la contester. Dès cette époque Breton savait où
il allait. Qù'on relise le charabia confus de la plupart des mani
festes littéraires depuis le symbolisme,.on trouvera frappante la
clarté des intentions - d'ailleurs extra-littéraires - exprimées
plus haut. Aussi trouvons-nous mal fôndêes les réserves que Geor
ges
Hugnet fait à son propos en parlant de "définition encyclopé
dique faite plus pour frapper que
ductibless" (U9)-Ro Vitrac, après
ne voit dans la définition qu'une
tionnaire", (^O) une "patagogie
pour se poser en formules irré
avoir rompu avec André Breton,
"bêtifiante proposition de dic-
Cexix qui geirdaient la nostalgie
19
de l’anarehisBe dadag devaient en effet être exaspérés de eette
rigueur 0 Champigny (^l) a donné rêeesment un commentaire fort
critique de ce passage du premier Manifestea II en chicane les
détails, mais, surtout, il voit des contradictions dans la défi»
nition de l'automatismea C'est bien là, en effet, que le bat blés»
seo Nous y reviendrons â loisira
Le dictionnaire Robert qui reprend in«extenso la définition d’
André Breton en ajoute ^xne autre qui s'en inspires
" 1° Ensemble de procédés de création et d'ex»
pression utilisant toutes les forces psychiques
(automatisme, rêve, inconscientooo) libérées du
contrôle de la raison et en lutte contre les va»
leiirs reçues . -S** mouvement intellectuel révolu»
tionnaire, affirmant la supériorité de ces pro»
cédés (oaa) **
Mais le Manifeste comme le Robert sont, et pour cause, un peu
secs a Les surréalistes donneront pour leur part d'autres défini»
tions, intrigantes ou provoceintes, faites pour séduire plutôt
que convaincre; le surréalisme dit la préface de la Révolution
surréaliste "est le carrefour des enchantements du sommeil, de
l'alcool, du tabac, de l'éther, de l'opium, de la cocaine, de
la morphine O" (^2) Paul Eluard ajoute;
"Voici venu le temps des hommes purs,
desactes
imprévus, des paroles en l'air, des illusions, des
extases, des blasphèmes et de l'amour qui rêve,
voici que le sang et le feu retrouvent leur splen»
deur premièrea" (53)
Antonin Artaud, en des termes encore plus sibyllins;
"c'est de la boue dans la composition de laquelle
n'entrent guère que des fleurso" (5^)
André Breton encore, dans la revue Documents ;
"c'est le vaisseau dont en plein tempête, René
Crevel se rendit maître en fermant les yeuxa" (55)
•° 20
"line mascarade qui n'avait que trop duré " (Artaud) (^6)
Celle de Michel Leiris, malgré les distance prises, apporte d’
intéressants éléments d'appréciations il énuméré les earaeté»
ristiques suivantes s
"Réceptivité à l'égard de ce qui apparaît comme
nous étant donné sans que nous l'ayons ohérehé (sur
le mode de la dictée intérieure ou de la rencontre
de hasard), valeur poétique attachée au reve («s»)»
large créance accordée à la psychologie freudienne
(oeo), répugnance à l'égard de tout ce qui est trans»
position et arrangement (» o o) nécessité de mettre
les pieds dans le plat (quant à l'amour, notamment,
que l'hypocrisie bourgeoise traite trop aisément com
me matière de vaudeville quand elle ne le relègue
pas dans un secteur maudit)s telles sont quelques
unes des grandes lignes de forcée" (37)
Critère historique
D'.autres définitions prendront pour critère l'histoire
lit-'I,
térairee Soit qu'elles rattachent le mouvement à un courant plus
ancien:
"Le surréalisme est comme une résurrection du pre
mier symbolisme, celui qui naissait de Lautréamont
et de Rimbaudo" (36)
Soit qu'elles le voient dans le prolongement de Dadao Pour Ivan
Goll ce n'est qu'une "contrefaçon du surréalisme que quelques
ex-dadas ont inventées" (39)
Pierre de Massot traitait les surréalistes de'^ profiteurs du
daîsme soo" (60) Mais le lieu commun, établi par les surri^éalis-
tes eux-mêmes, veut que le mouvement ait été le dépassement de
Dadas
"une tentative désespérée de dépasser la négation
de Dada et de reconstruire, au-delà d'elle, une
réalité nouvelles"(6l)
<. 21 ->
descendu au surréalisme, tentative plue vulgaire de polarisa»
tion "artistique", encore alimentée d'excès mais présentant, par
son expression même, des garanties (oos)eTel est le panorama que
se sont scrupuleusement imaginé les imbéciles a" (62)
Pour Ouillermo de Torre, le passage à Dada est celui du spontané
au méthodique:
"Si el dadaismo ere pura instinto, el superrealis»
mo saré^ métodoo" (63)
Alors que Mo Deltëil ne reconnaît à Dada que le mérite d'avoir
fait table rase;
"Dada est une colique: on en sort sain et neto"(6^)
Me Sanouillet examine ces théories^mais s'y oppose formellement^
autant qu'il s'oppose à la version d'André Breton et de Soupault
qui en fait un mouvement "parallèle" à Dada (6^):"(Le surréa»
lisme3 est simplement l'une des multiples incarnations de Dada ,
la plus brillante sans aucun doute mais non la seules" (66)
Nous tenterons sur le plan stylistique de donner notre propre ré»
ponseo «»
'
D'autres définitions prennent un point de vue socio»hi6torique«
0» Lemaitre reste dans le vague en faisant du surréalisme " a
geikoinely pathetic réaction to the stress of our.timeo " (67)
Mais voici qui est plus précis et émane des svirréalistes memes:
6e fut "une manifestation tendant implicitement à ruiner la men»
talité bourgeoises" (66), Ou bien : "l'étape avancée de la pen:»
sée au stade ultime de la pensée capitalistes" (69)
A cette vision des choses Roger Vaillant oppose l'origine sociale
de cette pensée prétendtment anti»bourgeoise,:
"I
jS surréalisme fut une réaction de l'intelligent»
sia de la petite bourgeoisie et seulement d'elles"
(70)
22
utopique” pour se rapprocher du prolétariat, auprès duquel^
d'ailleurs^ils n'ont eu aucun lecteur» Leur démarche manifes
te à ses yeux les contradictions mêmes de cette intelligentàia$
"faire de la casse (ooo) sans renoncer aux avantages de sa po
sition»" (71)
Le"dictionnaire abrégé des termes utilisés dans les Arts plas
tiques" publié à Moscou en 1961 propose enfin une définition
que nous livrerons sans commentaires
"SURREALISME : tendcmce réactionnaire dans l'art des
pays capitalistes contemporains, née en France après
la première guerre mondiale et s'appuyant sur la doc
trine idéaliste de Freud, avec sa théorie du subcons
cient» L'imagination perverse des surréalistes ne s'
occupe que du monde des rêves dénués de sens et mons-
txnaeux, des hallucinations maladives, des cauchemars
et de la pathologie» "Les aliénés sont des surréalis
tes authentiques" déclare l'un des fondateurs/du mou
vement» Les surréalistes combinent les allusions aux
formes réelles dans la succession la plus laide, avec
pour but la destruction de la logique de la perception
humaine» Actuellement, les principaux représentants du
surréalisme vivent aux Etats-Unis, où ils jouissent de
la protection de riches collectionnaurs»"
Nous n'évoquerons que pour être complet les définitions polémiques
que pouvait donner du surréalisme la presse de droite \ers 1930è
elle y voyait un mouvement "judéo-bolcheviste" (72)^ composé de
"métèques venus on ne sait d'où »" (73)
23 »
"On a beaucoup médit des écoles et e°est à qui répè»
tera que le "génie" ne leur doit rieno Le mot; école
serait déjà tendancieux si nous ne savions pas qu’à
distance il est impossible d’apprécier ce qui passait
de vie dans une insurrection et, à plus forte raison,
dans un mouvement de penséeo" (7^)
Si ce fut une école, écrit plaisaient Michel Carrouges, que
ce soit au moins une "école buissonnière"! (76)
Il n’empêche que le mot école a souvent servi pour dénoncer le
poncif qui était nés "Il écrit "les miroirs sanglants" (le sur»
réalisme depuis quelques années a consommé plusieurs miroite»
ries), tu écris“seuiglants miroirs^^et vous ne voyez pas que vous
faites école, non groupe, donnant raison aux critiques littérai»
res qui avaient tort," (77) Mais alors que dire? S°agit»il d'un
groupe a d'une fraternité (AoMo Schmidt) d'une société secrète
(Jo Oracq) d'une république des camarades (Mo Sanouillet) ou
bien encore d'un club d'exaspérés (Jean Topae^? (70) Parlera»t»
on d'un "pacte surréaliste" (79)? Le mot de centrale (*) n'est
pas tout à fait inexact non plus^ il y a bien quelque chose d'
une centrale politique ou administrative d'où proviennent ordres
et directives O C'est cependant le mot de secte qui revient le
plus souvento Raymond Queneau l'emploie^comme Etiembleo (00)
Mo Cazaux parle de la "secte qui en 1930 porte ce nom " (01),
Le surréalisme est pour Mo Quenell "cuit or religious seetV(02)
Brée et Guiton comparent plaisanmient les membres du groupe à des
néophytes de l'Armée du Salut, "Salvation Araÿ couverts0" (03)
Julien Oracq lui»meme, dont le drame le Roi pécheur transpose
Ifaventure surréaliste, parle bien d'iuie religion nouvelle (0U)o
C'est dire que ces mots ne sont pas toujours pris de mauvaise
part0 Ils impliquent cependant qu'on reconnaît^ dans les liens des
surréeïiistes au groupe^quelque chose de très puissant et cette
sorte de complicité qui naît dans, une société fermée dont les
exclusives sont acceptées sans restrictiono A voir l'histoire lit
téraire, le mot n°est pas trop forto
Paris°>Pre8Bet à la mort du chef des surréalistes, parlera même d'une
"religion nouvelle et absolueo" Max Léni y avait déjà vu un fait de
"pathologie religieuses" (3^) Pour l'ex-abbé Oengenbaeh^ enfint le
surréalisme est "une hérésie"c (36) C'est yxn autre terme qu'a agréé
André Bretons Jules Monnerot avait proposé eelui de set emprunté à
la psychologie de groupeso "Jusqu'en 19399 donCe les surréalistes
formaient une sorte de sets Idéalement cette agrégation était fondée
sur des affinités électiveso"
'*Le "set" surréaliste n'est que la réalisation imparfaite tremblée «
manquée^d'ime Forme idéale, d'un Bunds" (Ô7)
Nous pensons que les dqux aspects, celui de secte
bqui implique un
pouvoir occulte du groupe entier sur ses membres, et celui de set,
de Bund» de communauté élective, coexistent dans l'aventure ^rréâliq-
te , mais que les témoignages que nous pouvons avoir sur le mode de
vie du groupe permettent d'insister sur la rigueur des liens qui ont
uni les surréalistes jusqu'à aujourd'huio
Un état d'esprit?
Pour d'autres, le surréalisme ne saurait se réduire à une dé
finition extérieure à l'individu^ ni fait social, ni fait d'un grou
pe, il est d'abord une attitude fondamentale de l'esprits \m état
d'esprit disent Paul Eluard, Antonin Artaud, Marcel Mariên, Jan To-
pass, une attitude de l'esprit» (88) disent Georges Hugnet, Naville
et Nougé/et dès lors une manière de vivre, "more than art, (ooe) a
vay of life"; (Ô9) "un complesso di compertamenti pratici, cioé mo-
rali e politicio (définition "C" de Fortini)"
Cette définition est toujours opposée,par ceux qui la donneht^à cel°°
le qui ferait avant tout du surréalisme un fait esthétiques
"Il Surrealismo si présenta fin dagli inizi non tsmto corne una teo-
ria estetico-letteraria quanto corne una particolâre atteggiamento
dello spirito d'innanzi alla vitao" (90)
En quoi consiste ce mode de vie? Les surréalistes parlaient volon
tiers de la pratique d°\m vice inédits "Par bien des cotés le surréa
lisme se présente comme un vice nouveau"
(92)écrit André Breton, et
Aragon s "Un nouveau vice vient de naître, un vertige de plus est don
né à l'homme s le surréalisme « fils de la frénésie et de 1°ombreo(93)
Mais le mot de vice implique je ne sais quelle nuance maniaque qui
ne rend pas compte de la violence surréaliste, aussi c'est de révol
te qu'on parlera» mais pas n'importe laquelles
"Révolte absolue, insoumission totale, sabotage en
règleo (9^^)"
"Une révolte, une crise de fureur" (95)
"Le surréalisme est un mouvement de révolte totale
contre ce qui ligote 1'homme, lui fait croire à son
impuissance, à son ignorance, à son emprisoxmement
dans le réel créé et le pousse à se résigner à sa
condition d'hommeo" (96)
Cette.révolte serait parvenue à faire régner une terreur^ on parle
ra de la "terreur surréaliste"o (97)
Il faut prendre ces expressions à la lettre, même si l'épithète
"morale" vient corriger ce que révolte à de trop concrets
"Beaucoup plus qu'un mouvement littéraire, il a
été une révolte morale, le cri organique de l'hom-.
me, les ruades de l'être en nous centre toute coer-
eitiona” (98)
Go Bataille parle lui aussi de"sommation morale"0 (99)
Cette aventure, il n'est pas de terme assez véhément pour en parler:
"C’est, dit Max-Pol Fouchet, depuis 1918 le seul mouvement émanci-
pateur de l'homme" (lOO)^ "la plus extraordinaire des révélations
hvmaines (Michel Carrouges) (l6l)| "la plus valable tentative fai
te en ce siècle pour rendre à l'homme son humanité" (lO;?) (Ve Cras-
tre)|"une croisade du coeur" (103) (Gracq)i conjuration des
coeurb embrasés par la poursuite d'un graal abçolu" (lOU)^ "une
mythologie de la passion et du rêve, une apçlogie du coeur" (lO^)o
Mais cette aventure est-elle blanche ou noire? Pour l'ex-surréalis
te Qengenbach, prêtre défroqué, "il est certain que les surréalistes
rejoignent Lucifero" (106)
27
moniaques de 1inconscient g cès aharehistes lucifériens" (109 )
ont été les promoteurs d’une "hérésie^ démoniaquee Ici d’ailleurs
une question se poses
"L’expérience surréaliste > qui fut la mienne »
est peut-être plus luciférienne que sataniqueo"(llO)
Des fous ou des simulateurst
De la frénésie à la folie, il n’y a qu’un pas et Breton avait
attendu, que l'expérience conduise à "un état qui n’ait plus rien à
envier à l’aliénation mentale"e II n’allait pas tarder à être satis
faite De toutes parts^les accusations de vésanie ont afflué» La Ré
volution swréaliste publie avec satisfaction ces échos s "surréalis
me apparaît synonyme de démence" (lll)e Cela avait déjà commencé
avec Dadae Me Sanouillet relève complaisamment les accusations por
tées par des publicistes pleins de bon sens contre le mouvements II
Il est plus inquiétant de voir des revues scientifiques porter les
mêmes accusations| encore, dans Books Abroad» par une habile anti
phrase, c’est le lecteur qui est invité à s’interroger sur son pro
pre état mental;
"The vhole volume contains a sérié of extravagant
statements and ideas vhich migh lead a serions rea
der to doubt his ovn sanity»" (113)
Les psychiatres eux-mêmes, si violemment attaqués dans Nadja ne tar
daient pas à s’en mêler;
"Le surréalisme fleurissait f dans NadjaJ avec sa
volontaire incohérence, ses chapitres H^ilement
décousus, cet az^ délicat qui consiste à se payer
la tête du lecteur»" (llU)
Enfin, si l’accusation de dégénérescence, chère à Max Uordau, ne
convainquait pas, il restait celle de .mystificateurs » C’est l’opi
nion développée par M» Julien Benda; les surréalistes sont des far-
ceurso Encore précise-t-il bien qu’il parle au nom de l’Humanité
tout entières
28 “
Mo Waltz voit dans cette "poésie bâclée", ces "oeuvres si mal.di
gérées, si amorphes et si rarement mélodieuses"^ l'expression d'un
"cabotinage" émanant de "charlatans" et de "ratés"o II conclut s
"
La poésie est immortelleo Pourquoi faut-il qu'à
certaines heures, et sous l'action de certains e^-
matSo elle donne si tristement l'impression de se
suicider?" (Il6)
Dans sa Psychologie des Styles, enfin. Ho Morier décrit, l'a^t sur
réaliste sous le nom d' "esthétique pseudo-démentiellee" (117)
D'ailleurs que n'a-t-on pas fait du surréalisme? Le retour à l'ob
jet (Calas) ou une science exacte (Carrouges) (ll8) Aux écoutes
s'interroge s
"Tuer son prochain, est-ce du surréalisme?"
et l'abbé Gengenbach affirmes
"la promulgation du Dogme de 1'Assomption' constitue
l'acte le plus audacieusement surréaliste" (119)
Somme toute, Jean-Jacques Qailliard a bien.raisons
"Le surréalisme c’est de la tristesse pour rigolero"(l20)
Une philosophieo
Peut-être un mot suffit-il pour faire la synthèse de ces dif
férents aspects0 Le surréalisme est une philosophie» un "instrument
de connaissance" (121), C'est au fond l'opinion générale de la cri
tique contemporaine depuis Aiquié et c'est la seule qui satisfasse
l'ambition totalitaire du surréalismes
"La philosophie surréaliste est une doctrine totale
de l'univers qui inspire une méthode active de bou
leversements" (122)
"Le surréedisme c'est la rencontre de l'aspect tempo
rel du monde et des valeurs étemelles s l'amour, la
liberté, la poésies" (123)
29
Elle coneiste pour Joe Bousquet en une "une tentative sur l°ab»
solu" (12^) et conistitue "le seul espoir d'une réeoneiliation de
l'honme avec sa nature profondeo" (126)
Mais cette philosophie - si elle existe - ne s'est^elle pas dégra
dée, n'est-elle pas devenue un dogme? Plus d'un parlejdu dogme sur
réaliste» expression naturellement récusée par les tenants du grou
pe o (12,7) Noue n'insisterons pas sur les définitions qui confondent
surréalisme et surréalité ou surréelo Le surréalisme n'est évidem
ment de ce point de vue qu° "une certaine façon de faire prédominer
le surréel" (128)o
X
X X
Toutes ces définitions négligent un aspect fondamental! le sur
réalisme s'est préoccupé du langage et de la littérature, son action ■
a eu pour objet principal les mots et c'est par eux^à tout le moins,
/ '
qu'il a voulu d'abord (^i.r_s\^ le monde» Il était facile de décrire
le surréalisme à partir de cette expérience privilégiée et on trou
vera des définitions langagières chez les principaux membres du grou
pe» Il s'agit d' "une opération de grande envergure portant s\ir le
langage" (129)»
"Le vice appelé Surréalisme» écrit Aragon, est l'emploi déréglé et
passionnel du stupéfiant image ou plutôt de la provocation sans con
trôle de l'image pour elle-même et pour ce qu'elle entraîne dans le
domaine de la représentation de perturbations imprévisibles et de
métamorphoses 0 (130)"
D'autres formules prennent le surréalisme conune un mode d'inspiration s
%
"Par lui nous avons convenu de désigner un certain automatisme psy
chique qui correspond assez bien à l'état de rive, état qu'il est
aujourd'hui fort difficile de délimiter»" (l3l)
•f
Le Surréalisme est 1*inspiration reconnue acceptée
et pratiquée!'(132) a
30
"Le surréalisme c’est l’écriture niée" dit un papillon surréalistOo
C’est pourquoi; de toutes les définitions qu’il rejette « Aragon répu<°
gne le plus à celle qui ferait de leur expérience "un pas en avant
du vers libre®" (133) "Alchimie du verbe" (13^*) tant qu’on voudra,
mais le surréalisme "ne saurait se réduire à un style et n’offre pas
meme une manière unique de sentir®" (13^) "L’on ne dira jamads assez
que le surrréaliame ne fut pas une doctrine esthétique®" (136)
Que signifie encore l’expression "poésie surréaliste"t (137) se deman~
de Yvon Bélaval® Il n'y a pas de poésie sxurréaliste, répond Jules
Monneroto Le surréalisme est "loin d’etre une nouvelle forme poétique
(l3ô)o Le surréalisme "n’est pas seulement poésie mais affirmation
bouleversée et neur là négation du sens de la^noésie®" (139)
En conséquence, "l’inspiration de bien des textes surréalistes ne
peut, (ooo) , être retrouvée que si l'on cesse d’approcher ces textes
selon l’esthétique, et dans l’état d’esprit de l’amateur de ruines»"
(lltO)
Nous voici prévenu® En fait notre prétention n’est pas d’effectuer
xme telle réduction, mais d’approcher par le style ce qui a pu faire
31
CHAPITRE 2
..SURVOL HISTORIQUE
Nous l'avons dits il n’est pas encore possible de se faire une idée suffisante de l'histoire du groupe, de la fondation de Littérature à nos jours6 Tout d'abord, parce que les informations que nous possédons sont parfois contradictoires et, plus gravement, parce que souvent elles le sont si peu qu'on devine le stéréotype d'une légende littéraire et l'a necdote "significative" que tous les critiques se sont repasséës«
Certes^l'histoire du surréalisme ne se réduit pas aux avatars des surréa listes (l)| on souhaiterait cependant disposer de travaux comparables à l'étude de Michel Sanouillet pour les années dadaïstes, une étude capa ble de faire revivre ce "temps’perdu" dont la restitution saisit notre esprit d'une joie métaphysique, selon Gilbert Lély,
Nous connaissons ainsi la rencontre à Paris de ceux qui allaient promou voir le mouvement dada (ce nom de "mouvement" étant pris par ironie en vers les "écoles littéraires")(2) et les avatars du groupe réuni autour de Tristan Tzara depuis le 23 janvier 1920 date des premières escarmou ches jusqu'à la dissolution» Nous imaginons par là même les exigences de cette jeiinesse des années vingt,marquée par le traumatisme de la
guerre! "J'avais vingt ans et je faisais Déjà la guerre pour nos maîtres Ils avaient besoin de jeunesse»" (3)
L'origine historique du mouvement est bien cette "leçon de l'époque" que les plus lucides avaient tirée» Mais ce serait favoriser la légende que de ne pas insister sur les jeux purement "littéraires" auxquels se li vraient en même temps les futurs surréalistes» On n'insistera jamais assez sur le fait que les premiers textes de la plupart de ces jeunes gens, écrits parfois concurremment à leurs premières violences dadaïs tes, furent élaborés sous l'influence du symbolisme ou du cubisme lit téraire» D'ailleurs les revues dada publient des poèmes d'écrivains comme Dermée ou Céline Amauld qui resteront toujours proches de l'écri ture cubiste» (it)
32
quelque peu à un survol de la rhétorique cubiste o Même si dada et le
sturrêalisme paraissent en rupture totale avec cette rhétorique• elle
sert de "toile de fond" à leurs premières expériencese
A» DEBUTS LITTERAIRES
La plupart des surréalistes ont fait leurs débuts littéraires pen»
dant la guerre dans SeI»Co t revue de Pierre Albert=Birot et Nord-
Sud» celle de Reverdy» Dans cette avant-garde dada, la figure de Rever
dy était celle qui fascinait le plus les futurs surréalistes » Il repré
sentait pour nous en 1920^ écrit Aragon "toute la pureté du monde"» (^)
Si P» Eluard g par son style élagué, diffère souvent de la norme sxirréa-
liste, il semble que l'influence de Reverdy y soit pour quelque chose»
Cependant la conversion de ce dernier, à l'époque du Gant de Crin, de
vait achever de l'éloigner des surréalistes» (6) Au milieu des grands
noms du cubisme d'avant la guerre, le nom d'Apollinaire n'était nulle
ment éclipsé» Si l'historien littéraire, confirmant l'opinion cynique
de Vaché, admet que le personnage pouvait devenir encombrant, aucun
des futurs surréalistes ne songe à cette époque à lui contester sa pla
ce, la première» Aragon lui dédie une épitaphe qui par son style même
montre l'emprise que pouvait exercer le poète d'Alcools g
"Sxxr la tombe Mille regrets
Où dort dans un tuf mercenaire
Mon sade Orphée Apollinaire»" (7)
On sait que c'est d'Apollinaire qu'est venu le mot de "surréalisme" et
on comprendra par là qu'Iveui Goll et ses amis l'aient disputé en 192U
à André Breton, comme faisant partie du patrimoine cubiste» (8)
Enfin, et c'est singulièrement le cas de Breton, l'influence symbolis
te est au moins aussi nette, cosime nous verrons, que l'influence cubis
te, et Paul Valéry manifeste aux yeux de tous l'exigence d'une vie exem'*
plaire »
33
-le mépris de la femme ne pouvaient que rebuter -les futurs surréalisteso
Le type d'homme auquel le futurisme ,veut aboutir ressemble plus au
Vaffen°°SS qu'à l'honme surréaliste» (9)
Il n'est pas indifférent de constater qu'avec la facilité et la malléa»
bilité des débutants, les futurs dada«ont payé tribut aux styles poéti»
ques dominants» Aragon avec Feu de joie saupoudre d'outrances dada des
poèmes (comme "Soifs de l'Ouest'') où s'accumulent à chaque vers bar,
banjos, ehevinggun, barmaids, gin, Massachussets, Michigan, etc»» Il
s'y rencontre d'ailleurs des accent rimbaldiens (Pur Jeudi) et des ri»
toumelles à la P»J» Toulet:
"Une .joie éclata en trois
temps mesurés de la lyre
Une joie éclate au bois
que je ne saurais pas dire
Tournez têtes Tournez rires
Pour l'amour de qui
pour l'amour de quoi
pour l'emour de moi"
Même le Mouvement perpétuel où.malgré son titre, bien cubiste, Hubert
Juin croit distinguer "le triomphe du surréalisme" (10) est loin d^avoir
secoué l'influence de Guillaume Apollinaire;
"Dans la forêt, dans les buissons
Se sont envolés les soupçohs
Les vers luisants les étoiles
Se sont accrochés dans les voiles
De la nuit odorante
Vois
Les oiseaux assis sur les toits" (il)
Les Aventures de Télémaque laissent miexix présager ce que sera le ton
d'Aragon dans le siirréalisme»
-
,
Quels autres péchés de jeunesse ont à avouer les autres futturs membres
du groupe? Parmi les premiers écrits d'André Breton, on découvre un pe
tit nombre de poèmes mallarméens d'assez bonne facture dont le plus con»
nu "Un châle méchazoment qui lèse ta frileuse" est publié dans le rare
recueil Eventail en 19221
.
-"Rais de soleil ou paille blanche?
La nain ne glane-on le saurait -
Dans sa chevelure à regret
L'or au gré soudain de la branche
Sans que fuse plus clair son rire
Pâle ou cendré coome l'or blond
Far le cher feuillage selon
L'accoiapagneiiient de ta lyre
Et l'âne au battement d'une aile
Captive - on croirait - dhm col fin
Vers l'êpa\ile| sous la tonnelle.
Si la caresse ondule à fin
Ce charsie, o pur Vielé-Griffin,
Pressent la colombe étemelle P'
Benjamin Péret, lui aussi, s'était essayé à "des poèmes mallarméens
dont il ne reste rieno" (12)
Le premier numéro de Littérature donne^sous la signature d'André Bre»
tonale fameux poème Clé de Sol auquel il es-C^âîlusion dans L'Amour fou
et qui, comme sa dédicace le confirme, marque l'influence très nette
de Reverdys
"On peut suivre sur le rideau
L'amour s'en va
Toujours est«il
Un piano à queue
Tout se perd
au secours
L'arme de précision
Des fleurs
Dans la tete sont pour éclore
Coup de théâtre
La porte cède
La porte c'est de la musique»"
Le cubisme triomphe dans les premiers poèmes de Paul Eluard et dans
le dialogue des inutiles» L'influence d'Apollinaire dicte à Limbour
ses premiers textes (Soleils bas) et se retrouve dans Désert de mains
de Michel Leiris, texte redécouvert par M« Bonnet» (13)
35
-"Hollande ô pays désolé
Ton nom fait d’écho et d'agnelle
coupé par l'ennui se révèle
couvert de chair et dépeuplée" (l4)
Le groupe de la revue "Aventure"> qui allait rejoindre les surréa
listes, donnait en 1921 en plein dans le topos"récits d'escales et de
bars", et ohacun y. modulait les thèmes du départ et de l'appel du l&x'-'
ge^comme fait Aragon dans le n** 1 ("Air du temps")s
"Vas«tu traîner toute ta vie au milieu
du monde
à demi morteoe"
Jacques Vaché, lui, n'aura que mépris pour le cubisme, cette tentati
ve de "rafistoler du romantisme avec du fil téléphonique" (15) mais
ses rares éloges vont au cinéma d'action, pourtant, "avec des auto
mobiles folles savez-vous des ponts qui cèdent et des mains majuscu
les qui rampent sur l'écran" Cl6)e
Il serait risqué de croire que "l'explosion de désespoir collectif"
dadaïste allait balayer tout cela, mais il est vrai que lé refus de
composer du groupe dada serait alimenté par le triste spectacle des
maîtres qu'ils s'étaient choisis, rentrant dans le rang, Apollinaire
avec la guerre, Pa\il Valéry avec la mondanité et les salonse
BO BREVE CARACTERISATION DU SYNCRETISME CUBISTE
Que voulions-nous dire lorsque nous, parlons de "cette doctrine bâ
tarde et baroque qu'on a désignée, faute de vocable plus adéquat sous
le nom de "Cubisme littéraire" (17)?
cer-- 36 =
tain nombre des démarches stylistiques originales qui résumerait
cette "poésie tout interne, pleine de sensations de sentiments, ex
primés sans liens aucuns, par le seul assemblage des vocables evuc-
mêmeso" (19)
11 est certain que le nouveau réalisme auquel visait le cubisme
ainsi-défini n'entretient que peu de rapports avec le sur-réalisme
et que son adhésion à la littérature le détourne de dada» Les fu
turs surréalistes collaborent à SoIaC» de Pa-Ao Birot et à Nw^^Sud
de Reverdy et doiment à ces revues des poèmes conformes au ton qui
y règne»
Or, c'est à lire la collection de ces revues qu'on se rend compte
du profond décalage qui existait à tous les niveaux entre cette
avant-garde "traditionnelle" et dada»
X
X X
Le courant poétique cubiste de 191^~1925, né dans les mêmes
conditions que le surréalisme, rend compte aussi, à sa manière, du
"traumatisme de la guerre"a Lui aussi a entrepris de dégager une
"mythologie moderne" expression d'un sentiment ambigu de la moder
nité»
Le cas de Philippe Soupault fondateur avec Breton et Aragon de Lit
térature , auteur des Champs magnétiques (2l), en collaboration avec
le premier, mérite d'être retenu, car, seul, il resta fidèle à la
rhétorique cubiste dont sa poésie constitue aujourd'hui vin exemple
significatifo Son oeuvre offre donc un excellent terrain à l'emaly-
se du syncrétisme cubiste dont nous parlonso La syntaxe nominale et
appositive, la rareté des métaphores, la pratique de la métonymie
exemplative (22) sont quelques-uns de ces traits qui concourent à
présenter une pure nomination accumulative de la réalité» Les rares
métaphores, peur un renversement du rapport courant en poésie, con
crétisent la vision^ ces poèmes descriptifs sont faits de l'énumé
ration d'images visuelles rarement statiques et le plus souvent em-
portés dans vin tourbillon de mouvements contraires, tourbillon que
mime la structure même du poème, structure soulignée par la répéti
tion obsédante de constatations bn^tes et élémentaires»
37
chez les surrêalisteso Elle transforme le vécu en un pur speeta»
cle^
"La foule tournoie
Un homme s^agite
( 0 O 0 )
Chacun se précipite me bousculant " (23)
"Tout autour de ma pensée
virevoltent
les poissons verts " {2k)
C°est la terre entière qui est escortée par le même mouvements
"la terre est ronde
ronde
ronde" (25)
"La terre tourne dans le silence
( O O 0 )