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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Angenot, M. (1967). Rhétorique du surréalisme (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/215248/1/c41286f4-ee73-48ca-8858-e6a8096c9a10.txt

(English version below)

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(2)

Marcel ANGENOT

RHÉTORIQUE

DU SURRÉALISME

l’Université libre de Bruxelles pour l’obtention du titre de Docteur en Philosophie et Lettres

(3)

Marcel A N G E N O T

RHÉTORIQUE

bu SURRËALISME

Thèse présentée à l’Université libre de Bruxelles pour l’obtention du titre de Docteur en Philosophie et Lettres

(4)
(5)
(6)
(7)

PREMIERE PARTIE

INTRODUCTION

"Cortiegidouillel nous n'aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruinesI Or je n'y vois d'autre moyen que d'en équilibrer, de beaux édifices bien ordonnéso"

Alfred Jarry, Ubu ■ enchaîné

CHAPITRE PREMIER

Question de méthodec

Av ETAT DES ETUDES SUR LE SURREALISME

"Comme si cette nichée d'adorables moutards aurait pu comprendre ce que c'était que la rhétoriqueI "

Lautréamont, Chants de Maldoror (l)

On trouvera dans notre bibliographi^e la liste des études et des articles que nous avons pu rassembler touchant le surréalisme» Nous ne prétendons pas, hélas, avoir pu être complet, même pour le domaine fran~ çais (2}o

Leur nombre n'èn frappera pas moins dès l'abordoM-Io Hardré et Prigioni ont donné deux états présents critiques qui rendent compte de l'évolution des idées sur le phénomène surréaliste de 192U à nos jours» Dès 193^, Guy Mangeot publiait une première Histoire du surréalisme» Aujourd'hui les travaux de Maurice Nadeau et de Jean-Louis Bédouin, celui-ci continuant celui-là, posent les jalons d'une étude historique complète»

(8)

w

-

6

-Ribemont-Dessaignes approchent de l'intérieur l'histoire du groupe» Il ne faut pas se cacher que les réticences, le goût de l'EOiecdote pour elle-même, les légendes, volontairement ou non entretenues par les protagonistes, rendent encore fort difficile la connaissance historique du surréalisme» Un travail comme ce­ lui de

Mo

Sanouillet sur Dada à Paris, quels que soient les re­ proches qu'on ait pu lui faire, s'imposerait aujourd'hui, si 1' étude d'une aventxire littéraire., toujours en cours somme toute, n'était aléatoire»

En dehors du domaine historique, c'est des milieux psychiatriques que sont venues; les premiers travaux théoriques importants?

ceux de M» Jean Cazaux, Surréalisme et psychologie et de M» Henri Ey, La psychiatrie devant le surréalisme (1938 et 19^5)o

Jusqu'à la libération, les études publiées sont polémiques, émanant généralement de sympathisants» Peter Neagoe, What is sur- realism (1932), Carlo Bo, Bilancio del, surrealismo (19^^) et Guillermo de Torre contribuent, entre autres , à. faire le point, hors des frontières» L'après-guerre voit paraître d'autres ouvra-, ges» Certains prennent pour figure centrale, André Breton et son rôle, comme font Julien Gracq, M» Carrougès, Marc Eigeldinger» Dans l'euphorie de l'après-guerre, les milieux catholiques croient le moment venu de désamorcer le surréalisme en lui montrant un in­ térêt bienveillant» (M» Carrougès, A» Hoog, jean-Wesmy»» ») Jean- Paul Sartre en fait dans Qu'est-ce que la littérature une critique retentissante» Les communistes, eux, espèrent en venir à bouts . TristanX Tzara et surtout Roger Vaillemt, Le surréalisme contre la révolution, contribuent à entretenir les hostilités» Les principa­ les études, cependant, sont celles de Jules Monnerot, très favora­ ble à l'entreprise, Claude Mauriac et Ferdinand Alquié» Ces deux derniers tentent différemment une récupération du surréalisme par le sens commun» Claude Mauriac, plein de sympathie envers Breton et plein de réticences pour ses idées, fonde les bases de ce que Mo Prdgioni nomme sans aménité "le surréalisme de papa"»

(9)

T

-Ferdinand Alquié tente une philosophie du surréalisme, qu*il se défend d'assimiler à une "philosophie surréaliste". (3) Il prétend curieusement prouver que Breton et ses amis sont plus proches de Descartes que de la synthèse hégélienne.•» malgré la déclaration d’André Breton (Crise de l’objet) selon laquelle le surréalisme vise à la ruine de l’édifice cartésiano-kantien. Ce "rationalisme un peu fade" (Etiemble) n’a pas eu l’heur de plaire à tout le mon­ de.

Il est symptomatique en tout cas qu’une philosophie ait déjà paru, mais non encore une poétique.

On sait cependant que les formalistes russes et, à leur suite, le courant structuraliste contemporain, affirment hautement l’oppor­ tunité d’une étude stylistique précédant tout synthèse historique»(4) C’est des Etats-Unis aujourd’hui que nous vient le plus grand nombre de travaux d’ensemble.

Madame Anna Balakian a donné ouvrage—s sur le surréalisme et sur ses précurseursj M. Wallaos Foulis s’est vu violemment repro­ cher son Age of Surrealisms

"Mr Wallace Fowlie nous rassure sur l’avenir outre- Atlantique du genre rigolo" pouvait-on lire dans Médivun. (5)

Les études de Adams, Browder, Caws, Malin, Sirotti-Tuberville mani­ festent l’intérêt porté en Amérique à ce mouvement de pensée. Il est évident que le nombre de ceux qui s’intéressent au surréalisme ne faisant que croître, beaucoup de critiques se bornent à répéter ce qu’ont dit leurs prédécesseurs, et qu’en outre l’erreur et la fantai­ sie ont pris une bonne place.

On ne compte plus les fautes d’attribution^

("The only true surrealist act, daims Dali is to descend in the Street and fire at random" (6) )

les fautes d’interprétation (dont la plus amusante est celle de

David Gascogne glosant le titre provoquant de Duchamp "Lhooq";

"Phonetic perhaps "Look" since Duchamp knew En- glish quite well" (7)]

et les généralisations panoramiques oiseuses s

(10)

«B

s

as

JoWo Malin donne l*aete gratuit comae un thème surréaliste impor»

tant, avec une citation de Oide pour seul garanti J «De Hubert don­

ne pour peu connu, parce que paru en prê-originale dans le Minotaure»

un des plus importants chapitres de l’Amour fou d’André Bretono (9)

Mais qui peut se dire à l'àbri d’une erreur, mime grossière? Ce ne

serait rien, si le parti^pris et le délire logorhéique ne venaient

entraver réellement la tâche de celui qui a à coeur de s’informero

Le passage de hon nombre d’anciens surréalistes à la poésie "enga-

gée'^a conduit par exemple les critiques du parti commimiste à recons­

truire dialectiquement le passé des transfuges en fonction de leur

nouvel idéal» ^e dire d'^illevirs lorsque Aragon donne ce genre de

tripotage pour un droit dit critiques

*'Mon droit de choisir en Eluard, c’est Eluard meme

qui me le donne» (ooo) Je ne cacherai pas ma partia-

litéo (»oo) J’ai interprété, j’ai dégagé des textes

ce qui aidait la cause pour laquelle Eluard et moi,

un temps frères contraires étions redevenus amis" (10

Le second reproche concerne ces critiques qui prennent prétexte du

sujet qu’ils'traitent pour surcharger de délires annexes, infiniment

moins séduisants, des oeuvres d’un abord déjà difficiles L’oeuvre de

René Char par exemple - loin de nous l’idée d’attaquer ici ceux qui

ont étudié avec rigue\ir cet auteur malaisé - est une ressource remar­

quable pour toutes sortes de graphomaneso C’est ce que regrette Mo

Comtot dans son étude sur Benjsmin Pérets

"les oeuvres ne sont plus que prétexte au délire le

plus prétentieux»" (il)

Lui~meme, hélas, ne résiste pas toujovirs à cette tentation»

(11)

mouve 9 mouve

-ment? Littératiire était l'organe du Bureau de Recherches surréa»

listes? » "la question de l'engagement politiques André Breton

(îe») y répondit par la négative” etc oc

Enfin le choix même des textes inspire les plus nettes réserveso

On a choisi presque exclusivement des poèmes réguliersooo

Mais nous reparlerons plus loin de la récupération du surréalis­

me par la "société de consommation"o

X

X X

"Or dans ce monde laissé pour comptes n'y a plus

que des spécialisteso"

Fc Picabia (13)

Bo METHODE:STYLISTIQUE ET STRUCTURALISME

L'étude que nous entreprenons se réclame d'une science s la

stylistique s et d'une démarche scientifiques le structuralismeo

Elle se place à tout le moins dans une perspective structuralisteo

La stylistique prétend substituer à"l'extrême instabilité de nos

appréciations critiques un système de mesxxres stable et simpleo"(lU)

Une pensée originale, une attitude neuve face à la réalité se dé­

posent dans des formes qui leur sont adaptéeso C'est ce que dit

Rimbaud dans la fameuse lettre à Paul Demeny;

"les inventions d'inconnu réclament des formes

nouvelles"

Deux difficultés se présentent dès 1'aborde L'attitude "terroris­

te" des auteurs que nous proposons d'étudier les a conduit à récu­

ser d'emblée le point de vue rhétorique»

"Plus le Terroriste est ouvrier, et minutieux technicien, on le sait,

plus il lui faut se croire métaphysicien

b

général, pape»" (15)

(12)

10

-notre démarche? C'est le paradoxe que soutient Blanchots

"Si la rhétorique consiste, comme le dit Jean

^ soutenir que la pensée procède des

mots, alors il est vrai que le surréalisme c'est

la Rhétorique*" (l6)

Il n'en reste pas moins qu'un des passe-temps du surréaliste a

été de se gausser du "labeur surhumain (oeo) de l'homme qui ar­

mé d'une lanterne s'avance au milieu des livres povir y dépister

les baraliptons " (l?)

S'il est une maxime de Lautréamont qu'il lui faut refuser de

prendre à la lettre c'est bien celle qui, dit que "les jugements

svir la poésie ont plus de valeur que la poésies"! (l6)

Les interdits mis par les surréalistes devant leurs écrits n^au­

ront pourtant pas été assez puissants pour décourager l'étude lit­

téraire* Aragon le prévoyait peut-être en constatant de façon dé­

sabusée:

"En France tout finit par des fleurs de rhétori­

que." (19)

Qu'il se rassure d'ailleurs, la stylistique ne saurait parvenir

à réduire toute l'ipreté et la nouveauté de certains textes à des

formules* Le voudrait-elle que ses moyens ne lui permettent pas

une telle réduction*

Nous évoquions plus haut une seconde difficulté* Elle provient

du fait que nous n'Analysons pas un style mais une écrittureo

Nous allons y revenir plus loin*

Les études de stylistique sur des surréalistes isolés ne sont

pas très nombreuses*

(13)

- 10

"sauvage" qui répond à des besoins patentso Lorsqu’elle recons»

truit l'oeuvre du point de vue qui est le sien "la pensée criti»

que édifie des ensembles structurés au moyen d’un ensemble stttio»

turé qui est l'oeuvre mêmee" (20) Il se fait simplement que la re»

cherche structuralistè moderne permet de mieux rendre compte de la

solidarité entre les unités signifianteso C’est la totalité qui

détermine le rôle de chaque élément a On sait que le langage manifes»

te une liberté croissante du phonème à la phrase et au»delào On

comprend que l'étude stylistique se soit d’abord limitée à des étude

restreintes de mots^mais où les interrelations pouvaient sembler

plus rigoureusess "La plupart des études stylistiques g dit Te Tc~

dorov, ne tiennent presque jamais compte des rapports qui lient

un élément peirticulier aux autres ou à l’oeuvre entière o Ce sont

ces rapports qui déterminent la signification^ concrète de tel pro»

cédé stylistique»" (21) 11 est amusant de voir que le surréaliste

René Crevel, dans un de ses pamphlets, exprime un reproche identi»

que :

"Qui, dé l’ensemble originel, détache, pour l’étude,

un élément, de ce fait, en viendra vite à juger cet

élément, doué de vie, en soi, et ainsi lui accordera

la priorité^aans doute même pouvoir absolu sur l’en»

semble dont il est extrait»" (22)

(14)

11

-entre 1'expérience surréaliste et leur propre démarches "Le surréalis­

me, écrit Roland Barthes, a peut-être produit la première expérience

de littérature structurales" Une des intentions de ce travail est de

tenter une réponse à cette hypothèses (23)

Le structuralisme est aujourd'hui à la mode (2U)s 11 permet \me reccns-

truction des oeuvre]qui devient très vite personnelle, et ^ dans la

mesure où les structures sont cachées et à découvrir, aucune limite strie

te n'empêche de pratiquer le jeu des fausses fen&tress Nous essaierons

sans plus de nous garder de ces défauts s (23)

d'une rhétorique, ou d'une écriture. si l'on veut se rappeler la diffé­

rence essentielle que Roland Barthes établit entre ces deux notions,(26)

Nous n'étudions ni la langue (qui est du domaine de la linguistique) ni

l'idiolecte ("langage en tant qu'il est parlé par un seul individu". Mar­

tinet ) mais un certain nombre de traits communs à un groupe d'individuso

Ici^ style et communication se confondent avec les caractéristiques qui

signifient une complicité formelle* £n quelque sorte nous voulons voir

dans quelle mesure se justifie dans l'étude stylistique la tendance à

définir historiquement des écoles littéraireso

M* Etiemble en vient à se convaincre dans le Mythe de Rimbaud que les mot;

de"symboliste" ou de "décadent" n'ont guère de senso Je ne sais dans queL

certain nombre d'individus, ayant écrit dems la première moitié du XXe

siècle, qui présentent suffisamment de points communs dans l'usage qu'ils

font de la syntaxe ou des ressources du lexique pour qu'on puisse parler

de "famille" stylistique* Moyennant de nombreuses restrictions, cette fa­

mille correspond au groupe surréaliste*

X

X X

C* L'ANALYSE D'UNE ECRITURE

Nous ne prétendons pas donne;[(ici l'analyse d'un style mais bien

(15)

- 12

Nous pourrions dire, conme personnage d’Anieet que l"histoire des

récentes écoles littéraires nous a appris à nous méfier des étiqueta

tes," (27) C'est de cette méfiance que nous sommes parti o Pour décria

re cette rhétorique^"zone vitale dont la double fonction est d'éviter

à la littérature de se transformer en signe de la banalité (si elle

était trop directe) et en signe de l'originalité (si elle était trop

indirecte)", (26) il a fallu comme on voit élire dans l'ensemble des

faits linguistiques cexix qui relèvent de la stylistique, et faire un

nouveau choix à ce niveau pour circonscrire l'écriture surréalistee

Une démarche aussi eurbitraire ne relève que du "bricolage intellee-

tuél" (comme dit Lévi-Strauss de la pensée mythique), (29) travail

où l'intuition vient souvent relayer l'emploi de méthodes rigoureuses

mais insuffisantes, véritables escaliers de pierre et de nuées qui

ne pourrait qu'usurper le nom de sciences Nous avons voulu définir

lieu formel vers lequel convergent des styles individuelso Nous ne

prétendons pas, bien sûr, dégager \ine "forme qui s'accomplirait de

façon indifférenciée dans chaque oeuvre, mais définir une tendance,

tributaire de toutes sortes d'influences personnelleso Ceci nous amè»

ne à dégager des fonctions différenciées dans une démarche unitaires

Bien sûr, chaque auteur se définira avant tout, et dans ce qu'il a de

meilleur peut-etre, par ses différences par rapport à la synthèse avan­

cées Nous n'eh avons pas moins la conviction que cette synthèse se­

rait scientifiquement légitime, meme si chaque surréeiliste n'en a un

temps assumé qu'une partie» (30)

(16)

systè 13 systè

-me autono-me, com-me s'il était issu d'un esprit uniques Nous parle­

rions donc de la surréalité comme ayant une existence stylistique

concrètes Notre démarche a cependant autre chose encore de provo­

cateurs Le surréalisme s'est voulu, en partie, dicté de l'incons­

cient s Les s^lrréaliste8 auraient-ils possédé par hasard des incons­

cients analogues? On tentera de répondre à ce puradoxeo Enfin, l'ex­

périence surréaliste remonte, au plus tard, à quarante anso Elle est

si proche, même dans ses plus anciennes productions, que le public

semble surtout sensible aux différences, "the multiple aspects of an

attitude whieh could reach from the violence of a Benjamin Péret to

the innocence'of a Gisèle Prassinos" (3l)o

Ajoutons que nous négligerons ou, du moins, tiendrons pour secondai­

re, le plan chronologiqueo Nous annexerons même des écrivains, comme

Lautréamont^ qui appartiennent à une autre générâtiono Nous nous croy­

ons justifié en cela« "La notion de système synchronique littéraire,

écrivent Tynianov et Jakobson 1,, ne coïncide pas avec la notion^ naï­

ve d'époque, puisqu'elle est constituée non seulement par des oeu­

vres d'art proches dcms le temps mais aussi par des oeuvres attirées

dans le système et venant de littératures étrangères ou d'époques an­

térieures 0" (32) A,Mo Schmidt avait substitué, sans embarras, un

"poète idéeü." à tous ceux réunis dans son recueil L'Amour noir, eu

égard à leurs traits communs. Mais le recul du temps lui rendait

sans doute la tache plus aisée 0 Le lecteur laisserait plus volontiers

chercher les traits d'une poétique commune chez les écrivains dits

"symbolistes". On verra peut-être un abus sacrilège, là où nous

mettons sur le même pied la phrase la mieux, venue d'André Breton

et la pale réminiscence de je ne sais quel épigone. Une telle confu­

sion contribuera peut-être^heureusement^à décevoir ceux qui ont dé­

cidé de faire la part des choses, de s'offrir un surréedisme raison­

nable, de prendre le beau style et de laisser les idées (33)s

"Nadja doit moins au Surréalisme comme idéologie qu'à iin styliste

qui s'appelle André Breton", A quoi, Julien Oracq rétorques

(17)

Nul choix a priori n* aura été fait, ime fois établie la liste des

écrivains qui avaient chance de participer à 1°écriture surréalis»

teO Si^comme le dit Voltaire, le premier qui compara une femme à

une fleur fut un poète et le second un imbécile, poètes et imbé»

ciles sont inextricablement mêlés dans cette études Enfin, si nous

analysons simultanément des oeuvres qui garderont longtemps \xa souf­

fle de vie et des travaux déjà aujourd’hui illisibles, oeuvres des

grands noms ou bien des minores du mouvement, c’est que notre re­

cherche dévierait singulièrement en faisant la part du goût actuel,

d’un surréalisme déjà revu); et corrigé par sa postérité immédiates(35 )

Nul choix n'est fait entre les textes automatiques, les poèmes, les

pamphlets, les récitso Le goût littéraire a déjà mis les uns au ran­

cart, mais nous étudions une totalités Nous croyons d’ailleurs être

fidèle à l'esprit surréaliste en refusant cette distinctions Enfin,

nous hésiterons d’autant moins à quitter à l’occasion le cadre lin­

guistique que c’est Ro Jakobson lui-même qui nous y invites

"Celui qui étudierait la métaphore chez les surréeilistes pourrait

difficilement passer sous silence la peinture de Max Ernst ou les

films de Luis Bunuel s" (36)

Mutatis mutandis« notre étude part d’une hypothèse "encyclopédique"s

du choc âes exemples semblables doit jaillir la lumières

X

X X

Ds PLAN DÉ L’ETUDE

Une idée de Saussure qui semble avoir été illuminante pourbeau-

coup de linguistes est que le langage se structure sur deux axes,

celui des syntagmes, des combinaisons de signes dans la chaîne par­

lée,et celui des associations ou "séries mnémoniques virtuelles "

(18)

15

-(relations, contiguïtés, contrastes), dans l'autre qu'on nomme

aujourd'hui pcuradigmatique des "corrélations" (Hjelmslev)a II

va de soi que ces deux axes rendent compte d'une réalité unique,

le langage» On connaît l'apologue des deux observateurs qui des­

sinent un cylindre. L'un trace un cercle, l'autre xm rectangle»«»

Aucun d'e\ix poxirtant n'a tort, à moins que l'un des observateurs m

vienne contester la vision de l'autre» (37) A ces deux dimensions,

syntagmatique et paradigmatique, correspond la division principa­

le de ce travail. On voit que la première tente d'éliminer le fait

sémantique ou du moins le subordonne à la contiguïté syntaxique»

Le second décrit une sémantique sélective» Nous espérons avoir

pris dans ce double réseau l'ensemble des faits observables» Ce­

pendant les deux structures, syntagmatique et paradigmaiique, pré­

sentent pour l'analyste une différence de nature essentielle» Le

premier eixe est réalisé dans le concret, le second est purement vir

tuel» L'analyse paradigmatique est bien plus ambitieuse que l'au­

tre puisqu'elle prétend à rien moins qu'à nous découvrir les struc­

tures de l'imaginaire» Il n'est pas trop dangereux de comparer des

structxires existantes} il l'est bien plus de structurer des champs

sémantiques» La dispersion de la "paradigmatique" de tout un grou­

pe littéraire fait de l'entreprise une gageure» Cependant, un des

postulats de la stylistique est que les structures linéaires ren­

dent compte par projection des profondexirs de l'imaginaire» C'est

ce que dit Aragon parlant dans le Traité du style des méthodes

des surréalistes;

"Ces méthodes découlent d'xme conception du monde

qu'à léur tour elles penaettent d’éclaircir»" (36)

Dès lors, dans chaque partie du travail, on centre l'intérêt xxn

aspect sans prétendre ne jamais en sortir»

(19)

<9 (B

de rappeler brièvement son histoire et de dire par la meme oeea»

sion de qui nous avons examiné l'oeuvre et quels ont été.nos eri°

tères de choixo

X

X X ■“

E.QU'EST-CE QUE LE SURREALISME ?

On s'jaceorde à dire que dans le surréalisme les théories ont

pris presque autant de place qi^e les réalisations j les vines et les

autres sont souvent confondueso A la question ”qu'est-ce que le sur­

réalisme", les membres du groupe n'ont en tous cas pas cessé de ré­

pondre. C'est, au reste, iin des buts dé cette étude de confronter

l'art et la théorie. Nous nous proposons seulement ici de rassem­

bler les définitions qu'on a pu donner de toutes parts du surréa­

lisme. M. Hourticq tient que le titre" du mouvement suffit â en

"définir la doctrine" (39). En réalité, nous sommes loin de compte!

Au contraire, la diversité des définitions, et, souvent aussi, leur

insuffisance^permettront, croyons-nous, de se rendre mieux compte

des obstacles qu’oppose le surréalisme à une synthèse univoque.

Cette réalité toujo\urs fuyante c'est celle que veut saisir Maurice

Nadeau dans le dieüLogue fictif par quoi débute son Hiatoire du sur­

réalisme. Mais tente-t-il une synthèse? Nons "Entrez et n'.ayez pas

peur d'être dévorés!" Et tout d'abord, une telle définition est-el­

le possible? Il est difficile en tout ces de trouver la formule.

C;^est ce qui justifie le titre de Kenneth Comells On the difficul-

ty of a label,

(ho)

Le mot de "surréalisme" a subi une enflure sé­

mantique, fonction de son succès. L'extension en a tellement gonflé

que sa compréhension s'est réduite dans le langage de tous les jo\urs

à

bien

peu

de choses. On songera au dernier sens de "surréalisme"

proposé par le dictionnaire Robert (4l) ;

(20)

Ce phénomène inévitable de dévaluation est celui que d’autres mots

mis à la mode ont subi, comme "existentialisme”s

"The Word existentialism has become s6 videly fami»

liar that its use has outrun the general understan»

ding'of ito It does indeed éludé exact definitions" (h2j

Comment venir à quelque précision? Aragon nous propose une méthode:

"Sous les espèces de ce mot tant de pierres éventuel»

les sont venues s'amasser pour la construction d'un

édifice bizarre, qu'il faudrait entreprendre l'histoi»

re de ce mot"» (43)

On rencontre au XIXe siècle des néologismes proches de notre termes

Gérard de Nerval invente pour la dédicace des Filles de feu "super­

naturalisme" (qu'aurait imaginé aussi Carlyle)o Durtal, le héros

Là-Bas de JoK» Huysmeins, s'interroge:

"11 lui suffirait peut-être d'être spiritualiste,

pour s'imaginer le supranatiuràlisme, la seule for­

mule qui lui convînta" (44)

Saint-Pol Roux parlait pour son art d ' idéoré^is^ a Mais le terme

même de siurréalisme aurait été créé par Apollinaire, comme l'attes­

te une lettre à Paul Dermée de mars 1917t citée par Maurice Nadeauo

Ma Sanouillet a découvert que ce fut Jacques Rivière qui le premier

appliqua dans son article du n° 83 de la MRF le terme^ aux buts et

aux méthodes de Dada (4^)« Apollinaire qui avait baptisé les Mamel­

les de Tirésias "drame surréaliste", pressait Reverdy et l'équipe

Nord-Sud de fonder une école de ce nom (46) a

(21)

!

i

8

Surréalisme qui dormait du mot une définition "artiste”o Rétros­

pectivement elle nous semble sacrilèges

"Cette transposition de la.réalité dans un plan

supérieur (artistique) constitue le surréalis­

me." (W)

A cette définition littéraire, le premier manifeste allait oppo­

ser une définition précise, qu'on connaît bien, et qui prêpetrait

l'avenir en prenant tout à fait l'allure d'une notice de diction­

naire :

"SURREALISME, nom. Automatisme psychique pur par

lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement,

soit par écrit, soit de toute autre manière, le

fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la

pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par

la raison, en dehors de toute préoccupation esthé­

tique ou morale.

, ENCYCL. Philos. Le surréalisme repose sur la croy­

ance à la réalité supérieure de certaines formes

d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute

puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pen­

sée. Il tend à ruiner définitivement tous les au­

tres mécanismes psychiques et à se substituer à

eux dans la résolution des principaux problèmes de

la vie."

On n'a pas assez dit combien cette définition est remarquable, Pré

cise,"parfois trop; l'évolution du groupe a pu amener à la complé­

ter, jamais à la contester. Dès cette époque Breton savait où

il allait. Qù'on relise le charabia confus de la plupart des mani­

festes littéraires depuis le symbolisme,.on trouvera frappante la

clarté des intentions - d'ailleurs extra-littéraires - exprimées

plus haut. Aussi trouvons-nous mal fôndêes les réserves que Geor­

ges

Hugnet fait à son propos en parlant de "définition encyclopé­

dique faite plus pour frapper que

ductibless" (U9)-Ro Vitrac, après

ne voit dans la définition qu'une

tionnaire", (^O) une "patagogie

pour se poser en formules irré­

avoir rompu avec André Breton,

"bêtifiante proposition de dic-

Cexix qui geirdaient la nostalgie

(22)

19

de l’anarehisBe dadag devaient en effet être exaspérés de eette

rigueur 0 Champigny (^l) a donné rêeesment un commentaire fort

critique de ce passage du premier Manifestea II en chicane les

détails, mais, surtout, il voit des contradictions dans la défi»

nition de l'automatismea C'est bien là, en effet, que le bat blés»

seo Nous y reviendrons â loisira

Le dictionnaire Robert qui reprend in«extenso la définition d’

André Breton en ajoute ^xne autre qui s'en inspires

" 1° Ensemble de procédés de création et d'ex»

pression utilisant toutes les forces psychiques

(automatisme, rêve, inconscientooo) libérées du

contrôle de la raison et en lutte contre les va»

leiirs reçues . -S** mouvement intellectuel révolu»

tionnaire, affirmant la supériorité de ces pro»

cédés (oaa) **

Mais le Manifeste comme le Robert sont, et pour cause, un peu

secs a Les surréalistes donneront pour leur part d'autres défini»

tions, intrigantes ou provoceintes, faites pour séduire plutôt

que convaincre; le surréalisme dit la préface de la Révolution

surréaliste "est le carrefour des enchantements du sommeil, de

l'alcool, du tabac, de l'éther, de l'opium, de la cocaine, de

la morphine O" (^2) Paul Eluard ajoute;

"Voici venu le temps des hommes purs,

des

actes

imprévus, des paroles en l'air, des illusions, des

extases, des blasphèmes et de l'amour qui rêve,

voici que le sang et le feu retrouvent leur splen»

deur premièrea" (53)

Antonin Artaud, en des termes encore plus sibyllins;

"c'est de la boue dans la composition de laquelle

n'entrent guère que des fleurso" (5^)

André Breton encore, dans la revue Documents ;

"c'est le vaisseau dont en plein tempête, René

Crevel se rendit maître en fermant les yeuxa" (55)

(23)

•° 20

"line mascarade qui n'avait que trop duré " (Artaud) (^6)

Celle de Michel Leiris, malgré les distance prises, apporte d’

intéressants éléments d'appréciations il énuméré les earaeté»

ristiques suivantes s

"Réceptivité à l'égard de ce qui apparaît comme

nous étant donné sans que nous l'ayons ohérehé (sur

le mode de la dictée intérieure ou de la rencontre

de hasard), valeur poétique attachée au reve («s»)»

large créance accordée à la psychologie freudienne

(oeo), répugnance à l'égard de tout ce qui est trans»

position et arrangement (» o o) nécessité de mettre

les pieds dans le plat (quant à l'amour, notamment,

que l'hypocrisie bourgeoise traite trop aisément com­

me matière de vaudeville quand elle ne le relègue

pas dans un secteur maudit)s telles sont quelques

unes des grandes lignes de forcée" (37)

Critère historique

D'.autres définitions prendront pour critère l'histoire

lit-'I,

térairee Soit qu'elles rattachent le mouvement à un courant plus

ancien:

"Le surréalisme est comme une résurrection du pre­

mier symbolisme, celui qui naissait de Lautréamont

et de Rimbaudo" (36)

Soit qu'elles le voient dans le prolongement de Dadao Pour Ivan

Goll ce n'est qu'une "contrefaçon du surréalisme que quelques

ex-dadas ont inventées" (39)

Pierre de Massot traitait les surréalistes de'^ profiteurs du

daîsme soo" (60) Mais le lieu commun, établi par les surri^éalis-

tes eux-mêmes, veut que le mouvement ait été le dépassement de

Dadas

"une tentative désespérée de dépasser la négation

de Dada et de reconstruire, au-delà d'elle, une

réalité nouvelles"(6l)

(24)

<. 21 ->

descendu au surréalisme, tentative plue vulgaire de polarisa»

tion "artistique", encore alimentée d'excès mais présentant, par

son expression même, des garanties (oos)eTel est le panorama que

se sont scrupuleusement imaginé les imbéciles a" (62)

Pour Ouillermo de Torre, le passage à Dada est celui du spontané

au méthodique:

"Si el dadaismo ere pura instinto, el superrealis»

mo saré^ métodoo" (63)

Alors que Mo Deltëil ne reconnaît à Dada que le mérite d'avoir

fait table rase;

"Dada est une colique: on en sort sain et neto"(6^)

Me Sanouillet examine ces théories^mais s'y oppose formellement^

autant qu'il s'oppose à la version d'André Breton et de Soupault

qui en fait un mouvement "parallèle" à Dada (6^):"(Le surréa»

lisme3 est simplement l'une des multiples incarnations de Dada ,

la plus brillante sans aucun doute mais non la seules" (66)

Nous tenterons sur le plan stylistique de donner notre propre ré»

ponseo «»

'

D'autres définitions prennent un point de vue socio»hi6torique«

0» Lemaitre reste dans le vague en faisant du surréalisme " a

geikoinely pathetic réaction to the stress of our.timeo " (67)

Mais voici qui est plus précis et émane des svirréalistes memes:

6e fut "une manifestation tendant implicitement à ruiner la men»

talité bourgeoises" (66), Ou bien : "l'étape avancée de la pen:»

sée au stade ultime de la pensée capitalistes" (69)

A cette vision des choses Roger Vaillant oppose l'origine sociale

de cette pensée prétendtment anti»bourgeoise,:

"I

j

S surréalisme fut une réaction de l'intelligent»

sia de la petite bourgeoisie et seulement d'elles"

(70)

(25)

22

utopique” pour se rapprocher du prolétariat, auprès duquel^

d'ailleurs^ils n'ont eu aucun lecteur» Leur démarche manifes­

te à ses yeux les contradictions mêmes de cette intelligentàia$

"faire de la casse (ooo) sans renoncer aux avantages de sa po­

sition»" (71)

Le"dictionnaire abrégé des termes utilisés dans les Arts plas­

tiques" publié à Moscou en 1961 propose enfin une définition

que nous livrerons sans commentaires

"SURREALISME : tendcmce réactionnaire dans l'art des

pays capitalistes contemporains, née en France après

la première guerre mondiale et s'appuyant sur la doc­

trine idéaliste de Freud, avec sa théorie du subcons­

cient» L'imagination perverse des surréalistes ne s'

occupe que du monde des rêves dénués de sens et mons-

txnaeux, des hallucinations maladives, des cauchemars

et de la pathologie» "Les aliénés sont des surréalis­

tes authentiques" déclare l'un des fondateurs/du mou­

vement» Les surréalistes combinent les allusions aux

formes réelles dans la succession la plus laide, avec

pour but la destruction de la logique de la perception

humaine» Actuellement, les principaux représentants du

surréalisme vivent aux Etats-Unis, où ils jouissent de

la protection de riches collectionnaurs»"

Nous n'évoquerons que pour être complet les définitions polémiques

que pouvait donner du surréalisme la presse de droite \ers 1930è

elle y voyait un mouvement "judéo-bolcheviste" (72)^ composé de

"métèques venus on ne sait d'où »" (73)

(26)

23 »

"On a beaucoup médit des écoles et e°est à qui répè»

tera que le "génie" ne leur doit rieno Le mot; école

serait déjà tendancieux si nous ne savions pas qu’à

distance il est impossible d’apprécier ce qui passait

de vie dans une insurrection et, à plus forte raison,

dans un mouvement de penséeo" (7^)

Si ce fut une école, écrit plaisaient Michel Carrouges, que

ce soit au moins une "école buissonnière"! (76)

Il n’empêche que le mot école a souvent servi pour dénoncer le

poncif qui était nés "Il écrit "les miroirs sanglants" (le sur»

réalisme depuis quelques années a consommé plusieurs miroite»

ries), tu écris“seuiglants miroirs^^et vous ne voyez pas que vous

faites école, non groupe, donnant raison aux critiques littérai»

res qui avaient tort," (77) Mais alors que dire? S°agit»il d'un

groupe a d'une fraternité (AoMo Schmidt) d'une société secrète

(Jo Oracq) d'une république des camarades (Mo Sanouillet) ou

bien encore d'un club d'exaspérés (Jean Topae^? (70) Parlera»t»

on d'un "pacte surréaliste" (79)? Le mot de centrale (*) n'est

pas tout à fait inexact non plus^ il y a bien quelque chose d'

une centrale politique ou administrative d'où proviennent ordres

et directives O C'est cependant le mot de secte qui revient le

plus souvento Raymond Queneau l'emploie^comme Etiembleo (00)

Mo Cazaux parle de la "secte qui en 1930 porte ce nom " (01),

Le surréalisme est pour Mo Quenell "cuit or religious seetV(02)

Brée et Guiton comparent plaisanmient les membres du groupe à des

néophytes de l'Armée du Salut, "Salvation Araÿ couverts0" (03)

Julien Oracq lui»meme, dont le drame le Roi pécheur transpose

Ifaventure surréaliste, parle bien d'iuie religion nouvelle (0U)o

C'est dire que ces mots ne sont pas toujours pris de mauvaise

part0 Ils impliquent cependant qu'on reconnaît^ dans les liens des

surréeïiistes au groupe^quelque chose de très puissant et cette

sorte de complicité qui naît dans, une société fermée dont les

exclusives sont acceptées sans restrictiono A voir l'histoire lit

(27)

téraire, le mot n°est pas trop forto

Paris°>Pre8Bet à la mort du chef des surréalistes, parlera même d'une

"religion nouvelle et absolueo" Max Léni y avait déjà vu un fait de

"pathologie religieuses" (3^) Pour l'ex-abbé Oengenbaeh^ enfint le

surréalisme est "une hérésie"c (36) C'est yxn autre terme qu'a agréé

André Bretons Jules Monnerot avait proposé eelui de set emprunté à

la psychologie de groupeso "Jusqu'en 19399 donCe les surréalistes

formaient une sorte de sets Idéalement cette agrégation était fondée

sur des affinités électiveso"

'*Le "set" surréaliste n'est que la réalisation imparfaite tremblée «

manquée^d'ime Forme idéale, d'un Bunds" (Ô7)

Nous pensons que les dqux aspects, celui de secte

b

qui implique un

pouvoir occulte du groupe entier sur ses membres, et celui de set,

de Bund» de communauté élective, coexistent dans l'aventure ^rréâliq-

te , mais que les témoignages que nous pouvons avoir sur le mode de

vie du groupe permettent d'insister sur la rigueur des liens qui ont

uni les surréalistes jusqu'à aujourd'huio

Un état d'esprit?

Pour d'autres, le surréalisme ne saurait se réduire à une dé­

finition extérieure à l'individu^ ni fait social, ni fait d'un grou­

pe, il est d'abord une attitude fondamentale de l'esprits \m état

d'esprit disent Paul Eluard, Antonin Artaud, Marcel Mariên, Jan To-

pass, une attitude de l'esprit» (88) disent Georges Hugnet, Naville

et Nougé/et dès lors une manière de vivre, "more than art, (ooe) a

vay of life"; (Ô9) "un complesso di compertamenti pratici, cioé mo-

rali e politicio (définition "C" de Fortini)"

Cette définition est toujours opposée,par ceux qui la donneht^à cel°°

le qui ferait avant tout du surréalisme un fait esthétiques

"Il Surrealismo si présenta fin dagli inizi non tsmto corne una teo-

ria estetico-letteraria quanto corne una particolâre atteggiamento

dello spirito d'innanzi alla vitao" (90)

(28)

En quoi consiste ce mode de vie? Les surréalistes parlaient volon­

tiers de la pratique d°\m vice inédits "Par bien des cotés le surréa

lisme se présente comme un vice nouveau"

(92)

écrit André Breton, et

Aragon s "Un nouveau vice vient de naître, un vertige de plus est don

né à l'homme s le surréalisme « fils de la frénésie et de 1°ombreo(93)

Mais le mot de vice implique je ne sais quelle nuance maniaque qui

ne rend pas compte de la violence surréaliste, aussi c'est de révol­

te qu'on parlera» mais pas n'importe laquelles

"Révolte absolue, insoumission totale, sabotage en

règleo (9^^)"

"Une révolte, une crise de fureur" (95)

"Le surréalisme est un mouvement de révolte totale

contre ce qui ligote 1'homme, lui fait croire à son

impuissance, à son ignorance, à son emprisoxmement

dans le réel créé et le pousse à se résigner à sa

condition d'hommeo" (96)

Cette.révolte serait parvenue à faire régner une terreur^ on parle­

ra de la "terreur surréaliste"o (97)

Il faut prendre ces expressions à la lettre, même si l'épithète

"morale" vient corriger ce que révolte à de trop concrets

"Beaucoup plus qu'un mouvement littéraire, il a

été une révolte morale, le cri organique de l'hom-.

me, les ruades de l'être en nous centre toute coer-

eitiona” (98)

Go Bataille parle lui aussi de"sommation morale"0 (99)

Cette aventure, il n'est pas de terme assez véhément pour en parler:

"C’est, dit Max-Pol Fouchet, depuis 1918 le seul mouvement émanci-

pateur de l'homme" (lOO)^ "la plus extraordinaire des révélations

hvmaines (Michel Carrouges) (l6l)| "la plus valable tentative fai­

te en ce siècle pour rendre à l'homme son humanité" (lO;?) (Ve Cras-

tre)|"une croisade du coeur" (103) (Gracq)i conjuration des

coeurb embrasés par la poursuite d'un graal abçolu" (lOU)^ "une

mythologie de la passion et du rêve, une apçlogie du coeur" (lO^)o

Mais cette aventure est-elle blanche ou noire? Pour l'ex-surréalis­

te Qengenbach, prêtre défroqué, "il est certain que les surréalistes

rejoignent Lucifero" (106)

(29)

27

moniaques de 1inconscient g cès aharehistes lucifériens" (109 )

ont été les promoteurs d’une "hérésie^ démoniaquee Ici d’ailleurs

une question se poses

"L’expérience surréaliste > qui fut la mienne »

est peut-être plus luciférienne que sataniqueo"(llO)

Des fous ou des simulateurst

De la frénésie à la folie, il n’y a qu’un pas et Breton avait

attendu, que l'expérience conduise à "un état qui n’ait plus rien à

envier à l’aliénation mentale"e II n’allait pas tarder à être satis­

faite De toutes parts^les accusations de vésanie ont afflué» La Ré­

volution swréaliste publie avec satisfaction ces échos s "surréalis­

me apparaît synonyme de démence" (lll)e Cela avait déjà commencé

avec Dadae Me Sanouillet relève complaisamment les accusations por­

tées par des publicistes pleins de bon sens contre le mouvements II

Il est plus inquiétant de voir des revues scientifiques porter les

mêmes accusations| encore, dans Books Abroad» par une habile anti­

phrase, c’est le lecteur qui est invité à s’interroger sur son pro­

pre état mental;

"The vhole volume contains a sérié of extravagant

statements and ideas vhich migh lead a serions rea­

der to doubt his ovn sanity»" (113)

Les psychiatres eux-mêmes, si violemment attaqués dans Nadja ne tar­

daient pas à s’en mêler;

"Le surréalisme fleurissait f dans NadjaJ avec sa

volontaire incohérence, ses chapitres H^ilement

décousus, cet az^ délicat qui consiste à se payer

la tête du lecteur»" (llU)

Enfin, si l’accusation de dégénérescence, chère à Max Uordau, ne

convainquait pas, il restait celle de .mystificateurs » C’est l’opi­

nion développée par M» Julien Benda; les surréalistes sont des far-

ceurso Encore précise-t-il bien qu’il parle au nom de l’Humanité

tout entières

(30)

28 “

Mo Waltz voit dans cette "poésie bâclée", ces "oeuvres si mal.di­

gérées, si amorphes et si rarement mélodieuses"^ l'expression d'un

"cabotinage" émanant de "charlatans" et de "ratés"o II conclut s

"

La poésie est immortelleo Pourquoi faut-il qu'à

certaines heures, et sous l'action de certains e^-

matSo elle donne si tristement l'impression de se

suicider?" (Il6)

Dans sa Psychologie des Styles, enfin. Ho Morier décrit, l'a^t sur­

réaliste sous le nom d' "esthétique pseudo-démentiellee" (117)

D'ailleurs que n'a-t-on pas fait du surréalisme? Le retour à l'ob­

jet (Calas) ou une science exacte (Carrouges) (ll8) Aux écoutes

s'interroge s

"Tuer son prochain, est-ce du surréalisme?"

et l'abbé Gengenbach affirmes

"la promulgation du Dogme de 1'Assomption' constitue

l'acte le plus audacieusement surréaliste" (119)

Somme toute, Jean-Jacques Qailliard a bien.raisons

"Le surréalisme c’est de la tristesse pour rigolero"(l20)

Une philosophieo

Peut-être un mot suffit-il pour faire la synthèse de ces dif­

férents aspects0 Le surréalisme est une philosophie» un "instrument

de connaissance" (121), C'est au fond l'opinion générale de la cri­

tique contemporaine depuis Aiquié et c'est la seule qui satisfasse

l'ambition totalitaire du surréalismes

"La philosophie surréaliste est une doctrine totale

de l'univers qui inspire une méthode active de bou­

leversements" (122)

"Le surréedisme c'est la rencontre de l'aspect tempo­

rel du monde et des valeurs étemelles s l'amour, la

liberté, la poésies" (123)

(31)

29

Elle coneiste pour Joe Bousquet en une "une tentative sur l°ab»

solu" (12^) et conistitue "le seul espoir d'une réeoneiliation de

l'honme avec sa nature profondeo" (126)

Mais cette philosophie - si elle existe - ne s'est^elle pas dégra­

dée, n'est-elle pas devenue un dogme? Plus d'un parlejdu dogme sur­

réaliste» expression naturellement récusée par les tenants du grou­

pe o (12,7) Noue n'insisterons pas sur les définitions qui confondent

surréalisme et surréalité ou surréelo Le surréalisme n'est évidem­

ment de ce point de vue qu° "une certaine façon de faire prédominer

le surréel" (128)o

X

X X

Toutes ces définitions négligent un aspect fondamental! le sur­

réalisme s'est préoccupé du langage et de la littérature, son action ■

a eu pour objet principal les mots et c'est par eux^à tout le moins,

/ '

qu'il a voulu d'abord (^i.r_s\^ le monde» Il était facile de décrire

le surréalisme à partir de cette expérience privilégiée et on trou­

vera des définitions langagières chez les principaux membres du grou­

pe» Il s'agit d' "une opération de grande envergure portant s\ir le

langage" (129)»

"Le vice appelé Surréalisme» écrit Aragon, est l'emploi déréglé et

passionnel du stupéfiant image ou plutôt de la provocation sans con­

trôle de l'image pour elle-même et pour ce qu'elle entraîne dans le

domaine de la représentation de perturbations imprévisibles et de

métamorphoses 0 (130)"

D'autres formules prennent le surréalisme conune un mode d'inspiration s

%

"Par lui nous avons convenu de désigner un certain automatisme psy­

chique qui correspond assez bien à l'état de rive, état qu'il est

aujourd'hui fort difficile de délimiter»" (l3l)

•f

Le Surréalisme est 1*inspiration reconnue acceptée

et pratiquée!'(132) a

(32)

30

"Le surréalisme c’est l’écriture niée" dit un papillon surréalistOo

C’est pourquoi; de toutes les définitions qu’il rejette « Aragon répu<°

gne le plus à celle qui ferait de leur expérience "un pas en avant

du vers libre®" (133) "Alchimie du verbe" (13^*) tant qu’on voudra,

mais le surréalisme "ne saurait se réduire à un style et n’offre pas

meme une manière unique de sentir®" (13^) "L’on ne dira jamads assez

que le surrréaliame ne fut pas une doctrine esthétique®" (136)

Que signifie encore l’expression "poésie surréaliste"t (137) se deman~

de Yvon Bélaval® Il n'y a pas de poésie sxurréaliste, répond Jules

Monneroto Le surréalisme est "loin d’etre une nouvelle forme poétique

(l3ô)o Le surréalisme "n’est pas seulement poésie mais affirmation

bouleversée et neur là négation du sens de la^noésie®" (139)

En conséquence, "l’inspiration de bien des textes surréalistes ne

peut, (ooo) , être retrouvée que si l'on cesse d’approcher ces textes

selon l’esthétique, et dans l’état d’esprit de l’amateur de ruines»"

(lltO)

Nous voici prévenu® En fait notre prétention n’est pas d’effectuer

xme telle réduction, mais d’approcher par le style ce qui a pu faire

(33)

31

CHAPITRE 2

..SURVOL HISTORIQUE

Nous l'avons dits il n’est pas encore possible de se faire une idée suffisante de l'histoire du groupe, de la fondation de Littérature à nos jours6 Tout d'abord, parce que les informations que nous possédons sont parfois contradictoires et, plus gravement, parce que souvent elles le sont si peu qu'on devine le stéréotype d'une légende littéraire et l'a­ necdote "significative" que tous les critiques se sont repasséës«

Certes^l'histoire du surréalisme ne se réduit pas aux avatars des surréa­ listes (l)| on souhaiterait cependant disposer de travaux comparables à l'étude de Michel Sanouillet pour les années dadaïstes, une étude capa­ ble de faire revivre ce "temps’perdu" dont la restitution saisit notre esprit d'une joie métaphysique, selon Gilbert Lély,

Nous connaissons ainsi la rencontre à Paris de ceux qui allaient promou­ voir le mouvement dada (ce nom de "mouvement" étant pris par ironie en­ vers les "écoles littéraires")(2) et les avatars du groupe réuni autour de Tristan Tzara depuis le 23 janvier 1920 date des premières escarmou­ ches jusqu'à la dissolution» Nous imaginons par là même les exigences de cette jeiinesse des années vingt,marquée par le traumatisme de la

guerre! "J'avais vingt ans et je faisais Déjà la guerre pour nos maîtres Ils avaient besoin de jeunesse»" (3)

L'origine historique du mouvement est bien cette "leçon de l'époque" que les plus lucides avaient tirée» Mais ce serait favoriser la légende que de ne pas insister sur les jeux purement "littéraires" auxquels se li­ vraient en même temps les futurs surréalistes» On n'insistera jamais assez sur le fait que les premiers textes de la plupart de ces jeunes gens, écrits parfois concurremment à leurs premières violences dadaïs­ tes, furent élaborés sous l'influence du symbolisme ou du cubisme lit­ téraire» D'ailleurs les revues dada publient des poèmes d'écrivains comme Dermée ou Céline Amauld qui resteront toujours proches de l'écri­ ture cubiste» (it)

(34)

32

quelque peu à un survol de la rhétorique cubiste o Même si dada et le

sturrêalisme paraissent en rupture totale avec cette rhétorique• elle

sert de "toile de fond" à leurs premières expériencese

A» DEBUTS LITTERAIRES

La plupart des surréalistes ont fait leurs débuts littéraires pen»

dant la guerre dans SeI»Co t revue de Pierre Albert=Birot et Nord-

Sud» celle de Reverdy» Dans cette avant-garde dada, la figure de Rever­

dy était celle qui fascinait le plus les futurs surréalistes » Il repré­

sentait pour nous en 1920^ écrit Aragon "toute la pureté du monde"» (^)

Si P» Eluard g par son style élagué, diffère souvent de la norme sxirréa-

liste, il semble que l'influence de Reverdy y soit pour quelque chose»

Cependant la conversion de ce dernier, à l'époque du Gant de Crin, de­

vait achever de l'éloigner des surréalistes» (6) Au milieu des grands

noms du cubisme d'avant la guerre, le nom d'Apollinaire n'était nulle­

ment éclipsé» Si l'historien littéraire, confirmant l'opinion cynique

de Vaché, admet que le personnage pouvait devenir encombrant, aucun

des futurs surréalistes ne songe à cette époque à lui contester sa pla­

ce, la première» Aragon lui dédie une épitaphe qui par son style même

montre l'emprise que pouvait exercer le poète d'Alcools g

"Sxxr la tombe Mille regrets

Où dort dans un tuf mercenaire

Mon sade Orphée Apollinaire»" (7)

On sait que c'est d'Apollinaire qu'est venu le mot de "surréalisme" et

on comprendra par là qu'Iveui Goll et ses amis l'aient disputé en 192U

à André Breton, comme faisant partie du patrimoine cubiste» (8)

Enfin, et c'est singulièrement le cas de Breton, l'influence symbolis­

te est au moins aussi nette, cosime nous verrons, que l'influence cubis­

te, et Paul Valéry manifeste aux yeux de tous l'exigence d'une vie exem'*

plaire »

(35)

33

-le mépris de la femme ne pouvaient que rebuter -les futurs surréalisteso

Le type d'homme auquel le futurisme ,veut aboutir ressemble plus au

Vaffen°°SS qu'à l'honme surréaliste» (9)

Il n'est pas indifférent de constater qu'avec la facilité et la malléa»

bilité des débutants, les futurs dada«ont payé tribut aux styles poéti»

ques dominants» Aragon avec Feu de joie saupoudre d'outrances dada des

poèmes (comme "Soifs de l'Ouest'') où s'accumulent à chaque vers bar,

banjos, ehevinggun, barmaids, gin, Massachussets, Michigan, etc»» Il

s'y rencontre d'ailleurs des accent rimbaldiens (Pur Jeudi) et des ri»

toumelles à la P»J» Toulet:

"Une .joie éclata en trois

temps mesurés de la lyre

Une joie éclate au bois

que je ne saurais pas dire

Tournez têtes Tournez rires

Pour l'amour de qui

pour l'amour de quoi

pour l'emour de moi"

Même le Mouvement perpétuel où.malgré son titre, bien cubiste, Hubert

Juin croit distinguer "le triomphe du surréalisme" (10) est loin d^avoir

secoué l'influence de Guillaume Apollinaire;

"Dans la forêt, dans les buissons

Se sont envolés les soupçohs

Les vers luisants les étoiles

Se sont accrochés dans les voiles

De la nuit odorante

Vois

Les oiseaux assis sur les toits" (il)

Les Aventures de Télémaque laissent miexix présager ce que sera le ton

d'Aragon dans le siirréalisme»

-

,

Quels autres péchés de jeunesse ont à avouer les autres futturs membres

du groupe? Parmi les premiers écrits d'André Breton, on découvre un pe­

tit nombre de poèmes mallarméens d'assez bonne facture dont le plus con»

nu "Un châle méchazoment qui lèse ta frileuse" est publié dans le rare

recueil Eventail en 19221

(36)

.

-"Rais de soleil ou paille blanche?

La nain ne glane-on le saurait -

Dans sa chevelure à regret

L'or au gré soudain de la branche

Sans que fuse plus clair son rire

Pâle ou cendré coome l'or blond

Far le cher feuillage selon

L'accoiapagneiiient de ta lyre

Et l'âne au battement d'une aile

Captive - on croirait - dhm col fin

Vers l'êpa\ile| sous la tonnelle.

Si la caresse ondule à fin

Ce charsie, o pur Vielé-Griffin,

Pressent la colombe étemelle P'

Benjamin Péret, lui aussi, s'était essayé à "des poèmes mallarméens

dont il ne reste rieno" (12)

Le premier numéro de Littérature donne^sous la signature d'André Bre»

tonale fameux poème Clé de Sol auquel il es-C^âîlusion dans L'Amour fou

et qui, comme sa dédicace le confirme, marque l'influence très nette

de Reverdys

"On peut suivre sur le rideau

L'amour s'en va

Toujours est«il

Un piano à queue

Tout se perd

au secours

L'arme de précision

Des fleurs

Dans la tete sont pour éclore

Coup de théâtre

La porte cède

La porte c'est de la musique»"

Le cubisme triomphe dans les premiers poèmes de Paul Eluard et dans

le dialogue des inutiles» L'influence d'Apollinaire dicte à Limbour

ses premiers textes (Soleils bas) et se retrouve dans Désert de mains

de Michel Leiris, texte redécouvert par M« Bonnet» (13)

(37)

35

-"Hollande ô pays désolé

Ton nom fait d’écho et d'agnelle

coupé par l'ennui se révèle

couvert de chair et dépeuplée" (l4)

Le groupe de la revue "Aventure"> qui allait rejoindre les surréa­

listes, donnait en 1921 en plein dans le topos"récits d'escales et de

bars", et ohacun y. modulait les thèmes du départ et de l'appel du l&x'-'

ge^comme fait Aragon dans le n** 1 ("Air du temps")s

"Vas«tu traîner toute ta vie au milieu

du monde

à demi morteoe"

Jacques Vaché, lui, n'aura que mépris pour le cubisme, cette tentati­

ve de "rafistoler du romantisme avec du fil téléphonique" (15) mais

ses rares éloges vont au cinéma d'action, pourtant, "avec des auto­

mobiles folles savez-vous des ponts qui cèdent et des mains majuscu­

les qui rampent sur l'écran" Cl6)e

Il serait risqué de croire que "l'explosion de désespoir collectif"

dadaïste allait balayer tout cela, mais il est vrai que lé refus de

composer du groupe dada serait alimenté par le triste spectacle des

maîtres qu'ils s'étaient choisis, rentrant dans le rang, Apollinaire

avec la guerre, Pa\il Valéry avec la mondanité et les salonse

BO BREVE CARACTERISATION DU SYNCRETISME CUBISTE

Que voulions-nous dire lorsque nous, parlons de "cette doctrine bâ­

tarde et baroque qu'on a désignée, faute de vocable plus adéquat sous

le nom de "Cubisme littéraire" (17)?

(38)

cer-- 36 =

tain nombre des démarches stylistiques originales qui résumerait

cette "poésie tout interne, pleine de sensations de sentiments, ex­

primés sans liens aucuns, par le seul assemblage des vocables evuc-

mêmeso" (19)

11 est certain que le nouveau réalisme auquel visait le cubisme

ainsi-défini n'entretient que peu de rapports avec le sur-réalisme

et que son adhésion à la littérature le détourne de dada» Les fu­

turs surréalistes collaborent à SoIaC» de Pa-Ao Birot et à Nw^^Sud

de Reverdy et doiment à ces revues des poèmes conformes au ton qui

y règne»

Or, c'est à lire la collection de ces revues qu'on se rend compte

du profond décalage qui existait à tous les niveaux entre cette

avant-garde "traditionnelle" et dada»

X

X X

Le courant poétique cubiste de 191^~1925, né dans les mêmes

conditions que le surréalisme, rend compte aussi, à sa manière, du

"traumatisme de la guerre"a Lui aussi a entrepris de dégager une

"mythologie moderne" expression d'un sentiment ambigu de la moder­

nité»

Le cas de Philippe Soupault fondateur avec Breton et Aragon de Lit­

térature , auteur des Champs magnétiques (2l), en collaboration avec

le premier, mérite d'être retenu, car, seul, il resta fidèle à la

rhétorique cubiste dont sa poésie constitue aujourd'hui vin exemple

significatifo Son oeuvre offre donc un excellent terrain à l'emaly-

se du syncrétisme cubiste dont nous parlonso La syntaxe nominale et

appositive, la rareté des métaphores, la pratique de la métonymie

exemplative (22) sont quelques-uns de ces traits qui concourent à

présenter une pure nomination accumulative de la réalité» Les rares

métaphores, peur un renversement du rapport courant en poésie, con­

crétisent la vision^ ces poèmes descriptifs sont faits de l'énumé­

ration d'images visuelles rarement statiques et le plus souvent em-

portés dans vin tourbillon de mouvements contraires, tourbillon que

mime la structure même du poème, structure soulignée par la répéti­

tion obsédante de constatations bn^tes et élémentaires»

(39)

37

chez les surrêalisteso Elle transforme le vécu en un pur speeta»

cle^

"La foule tournoie

Un homme s^agite

( 0 O 0 )

Chacun se précipite me bousculant " (23)

"Tout autour de ma pensée

virevoltent

les poissons verts " {2k)

C°est la terre entière qui est escortée par le même mouvements

"la terre est ronde

ronde

ronde" (25)

"La terre tourne dans le silence

( O O 0 )

la terre tourne " (26)

Le spectateur, pourtant, par sa seule situation, y possède ime fonC'»

tion privilégiée, d°où cette pléthore de "je" si frappante dans cet­

te poésie0 On pourrait s’expliquer par cette organisation visuelle

et dynamique, autant que par des motifs extra»stylistiques (le cos­

mopolitisme de l’époque)^ la résurgence du thème du dépaurt et des

voyages chez Soupault et Morand notamment s

"Demain, mais c’est demain, j’abandonne

la terre.

Encore trois heures et voici la mer "

(27)

"Encore trois jours sur cette terre

avant le grand départ comme l’on dit "

(26)

"Les maisons deviexment des transatlantiques" (29)

"Le 17 février je suis parti

A l’horizon des fumées s’allongeaient

J’ai sauté par dessus des livres, " (30)

"On part

J’avais oublié ma vcdise, " (31)

Le thème peut se moduler négativement en celui de l’ennui, de l’ap­

pel du larges

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