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ARTheque - STEF - ENS Cachan | Dix ans de technologie au collège

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Academic year: 2021

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Texte intégral

(1)

BULLETIN OFFICIEL

DE L'ÉDUCATION NATIONALE

q;;

~k~,?~é

D~X

ANS

Di

1'iCHNOLOG~1

AU

COU.ÎGi

(2)

BuUetin Officiel:

Pour quelles raisons

la

technologie a-t-elle succédé à l

'éducation

manuelle et technique

?

Jean-Luc Cénat : Depui sun demi- siècle, noussommesconscients qu'il existe,àcôtédes enseignements traditionn el s ,un champ concernant le domaine technique. D'où des tentatives diversesdont l'enseignement intitu-lé "travaux manuelsexpérimentaux"(TME) puis "éd uc ati o n manuelle et technique " (EMT).Àcette époque,onconsidérait qu'il fallait développerdescapacitésmanuelles au mêmetitrequedes capacités intellectuelles ou esthétiques.Quands'es t crééelatechnologie, on s'est interrogé sur la culture d'aujourd'hui etsur la manière de former un homme cultivé. Onen a conclu qu'u n élèvequi actuellement n'apasla compréhensionde l' évolutiondu mondetechnique connaît un handicapsérieux et par conséquentque latechnologieest pour lui une exigence culturelle.

BernardDebette:Cet enseignement répond à l'objectifde fairecompren dre de manière spécifique l'empreinte de la technol ogie suret

dans la culture d'unesociété.Ils'agit aussi d'examiner les influences sociales sur les tech-niques.TI étaitimportant égalementque le fait techniquesoitinscrit dansla scolarité de tous

lesélèvespourles aider à s'orienter.Avant ils étaientamenésàchoisirune voie profession

-La

technol

ogie a

u

collège a

dix

ans.

jean-Luc Cénat,

do

yen

de l'inspection

générale

d

'économie

et

gestion, et Bernard Debette,

doyen de l'inspection

générale des sciences

et

techniques industrielles,

décrivent l'évolution de

cette

disci

pline.

3338

1

'%'

N°43

8

.

0

.

23 NOV.

\~

,...1995-

~DAGOGIE

h

DIX ANS

DE TECHNOLOGIE

~

AU COLLÈGE

U

(3)

nelleou technologique sans connaître préala-blement ce secteur.Latechnologie,à côté de sa vocationculture lle,contribueà l'élabora tion du projetde l'élèveen tentantde valoriser les techniques

et

les métiers.La techn ologien'est pasune science. Ellediffusela connaissance de ce quiest faisable et desmoyensdele faire et renvoie auxmoyens d' action sur leréeLSa mi-seen place aconduiten premier lieu

à

former touslesprofesseursd'EMT.Ilsont tous suivi une formation de reconversiond'uneannée et parallèlement il aété créé le CAPET de tech-nologiequi a permis desrecrutements externes et internes.Actuellement,il y a environ 15 000 enseignants de technologie au collège.

B.O. :

Comment se déroule cet enseigne-ment?

B.D. : Lespratiques pédagogiques sont fon-déesnon pas sur des cours théoriquesmaissur desactivités en groupesallégés avec des mo -ments destructuration de connaissances.Les élève sdoivent réaliser un produit. Cela conduit à l'analysede son cycle de vie etàla miseenœuvre du processusde réalisation .Il y a confro nta tio navec lesfaits.Pren on s l'exemplede la fabrication d'uneboîted' em-ball aged'unproduit.En technologi e , on l'aborde parrapport à cequ'ellecontientetà la manièrede conditionner pour faire arriver le produitsur un marché.L'enseignementdoit portersur toutela démarchequi amène l'objet chez le conso mm ateur. L'actederéali sation n'estdoncpasisolé.Il estdemandéaux élèves d'étudierla réalisationetla commercialisation d'unproduitdestinéàsatisfaire lesclients.Ils devrontpar exemple faire une étudede mar-ché.Cela dit, selon les niveaux,ils n'analyse-ront pascomplètementchaque étape de cette démarche depuis l'expression du besoinju s-qu'aurecyclage:l'enseignementserafocalisé sur certainsdeses aspects tout en prenant en comptelaglobalité du cycle de vie. Il est im-portant de leur faire comprendre que l'élégan-ced'unesolution techniquene suffit pas

à

ob-tenir un marché.

J-L.C.: C'estce que l'ona appelé la métho-dologie de l'action ou la démarche

technolo-A CTUALITÉ

I

2.

B.O.

1

3 3 3 9

N°43 23 NOV.

1995

gique. Celarevien t àdirequ'ilest nécessaire pour effectuer uneréalisation quelconque,ma-térielleou immatérielle,d'avoirunedém arche intellectu elle.Latechnologiedéveloppeune méthodo logie de l'action.Au départ,ily aun objectifet parconséquent uneanalysedu be-soin. Puison déroule l'ensembl edu processus. Une foisce besoin détermin é en fonction d'un marché,il faut imaginer des solutions tech-niques.Celle qui estretenue doit obéirà des contraintes d'ordretechnique et d'efficacité maisaussià des contraintesde coût. Pour par-veniràun choix, lesélèvesfont desessais.Ils vérifient si ce qu'ils ont réalisécorre spond àce qu'ils souhaitaient et travaillent de nouveau la solution technique pour l'améliorer. Avec les moyens modernes plussophistiqués ils peu-vent réaliser des simulations.

B.O. :

Sur quels supports et dans quels do-maines s'exerce ladémarche technologique?

J-L.c. :

Le choix des produitsà fabriquer doit être significatifdu monde moderne. Au-cun matériau n'estinterdit.Lessupports en car-tonnagepeuvent être utilisésmaisil ne faut pas se limiteràceux-là car lesélèv es n'auraient qu'une vision restreintede latechnologie in-dustriellecontemporaine.Ilfaut bien garderà l'espritdeux idées:l'enseignementde la tech-nologiereflète l'empreintedu progrès tech-niquesur lasociété danslaquelle onvit et elle fait appel à un ensembl ecomplexequi repose

sur lanotionde cyclede vie du produit. B.D. : Quand cette discipline a étéconçue,il aété décidéd'acquérirdesmachin escar elle ne peutse pratiqueruniquem ent avec des ou-tilsmanuels.Il a fallu choisirdesdomaines d'activité.La mécanique,l'électricitéet les au-tomatisme sont été retenu sparcequela majo-ritédes objets et dessystèmesfontappel à ces domaines. Les élèvesréalisentdesobjets qui allient des matériaux et descomposants élec-troniques.Par exemple,desvariateursde lu-mière, des interrupteursdechaîne hi-fi,des alarmes,des testeursde pile,desjeuxde so-ciété électroniquesou des feux arrièrede bi-cyclette.Naturellement le recours àlagestion etàl'outilinformatiques'inscrit danscet

en-JOCTUALITÉ

I

2.B.o.

1

3 3 3 9

(4)

3340

l'/.--B.O. 1 t/-&TUALI TÉ

N°43

23NOV. 199 5

semb le.

B.O.:L'enseignementde la technologie est-ilarrivéà maturité?

J-L.c. :

Il yaura sûrem ent desévolutions. La

naturemêm edelatechn olo giepeuty porter

puisqu'elledoitpermettrela co mpréhe ns io n

du monde.Si celui-c iévolue,latechnol ogi e évoluera dans ses supports.Aujourd 'hui,nou s sommesbien entrés danslaphasede conso li

-dation de cetenseignement.Au dépalt,ila fal

-lucinqàsix années pour insta ller les é quipe-men ts,forme r lesprofesseurs,mettre en place

le conco ursdu CAPET.Une inno vati onim

-portante va avoir lieu :lesprogrammesdetech

-nologiequi datentde1984fixaientessenti

elle-ment de s or ie n ta ti o ns. Àla lumière de

l' expérience acq uise parles ense ignants,nou s

allons mettr e enchantier desprogrammesqui

auront le sde grésdepréci si onde ceuxqui

concernentlesautresdisciplin es,preuve quela

technol ogie est devenueadulte.

B.D. :Leprogrammede6'qui vaêtre publié,

entameceprocessus etfait lapart entre lesdé

-marches et les connaiss ancesà acq uérir. Il r

es-te cependant une grande margedemanœuvre.

Notamment,lalibert éducho ixdes suppo rts

d'enseignem ent est maintenue.Latechnologie

est unedisciplin edemême statutque les autres

disciplin es enseignéesaucollège.

Proposrecueilli spar

Mariann eDUCOUT

Despetits

et des

g

rands p

roiets

Au collège

Bel

Air

de Franconville,

dans

le

Val-d'Oise, Claude Bureau met en

œuvre

les

projets technologiques définis collectivement

par

l

'équipe

pédagogique

et

des activités qui

préparent les élèves

à atteindre ces objectifs

abriquel'de toutespiècesun classeur :tel estl'ordre dujourde ces élèves de s

ixiè-meducollège BelAir deFrancon ville,

dansleVal d'Oise,quiserendent après lar

é-création du matin àleur cours de techn ologie.

Un"ouais"de satisfaction résonn edanslacl

as-se dèsl'ann oncedestravau xqui devront être

3340

l'/.".B.O. 1 t/teTUALITÉ

N041.

réa!isés en deu xheures.Avantderécupérerle

matériel-unefeuillede polyprop ylène,un m

é-canism eavecquatre annea uxet desrivets-ils

analysentensembleledossiertechniquequi

comprend uncahier descharges etun r

écapi-tulatifdes étapes defabrication.L'occ asion

d'appri voiserlesdifférentsplans"en perspec

-tive"ou"àplat"selon leprofesseur, "entrois

dimensions"ou"vu d'avion"selon les élèves,

et d' expl iqu erquelquesmotsobscurs.

Chan-freins? "C elapermetdenepas se couper.

Vous en ferezaux quatre coins du classeur" ,

expliqueClaude Bureau,profe sseurcertifiéde

technologie.Fabricationensérie?"C'est le

contrairedela fabricationartisanale.Una

rti-san quifait uneporte,lafabriqueàchaquefois

entièrem ent eten unseulexemplaire,pour

suit-il. Ici,vousallezcrée rce classeur de mani ère sem i-artisa na leavec uncrayo n,une gom me,

(5)

aniè-re semi-industrielleen utilisantdesmachines".

Quelquesprécisionsplusloin,tous semettent

àtracerlespremièresmesures sur lamatière.

"C'est leurclasseurdetechnologiequ'ils

fa-briquentau lieudel'acheter, car,àlarentr ée.j e

leuraiprésenté cette discipline enévoquant la

notiondebesoinpar rapportàleurs activités

scolaires",souligneClaude Bureau. Unee

n-trée en matière sur le cycle de vie du produit

qu' il connaît bien pouravoireffectué lam

a-jeurepartiede sa carrière dansl' industrie. A

n-cien technicien plateforme pourl'entreprise

Thomson,ses compétencess'exerçaient dans

lamise au pointdematériel électronique d

es-tinéauxsous-marins nucléaires et auxbases aériennes.Une mutation refuséeetlan

ostal-gie dedeux annéesd'enseignementautitre de

la coopération l'ont amenéà changer d'

envi-ronnement."J'y avaisprisgoût et l'industrie

me semblait peu dynamique.En tantqu'

en-seignant, jepeu x véritablement prendre en charge laresponsabi1itédemes centresd'int

é-rêtmême sijen'enseigne paslatechnologie

uniquementpour fairedel'électronique. Ce

n'est qu'unmoyen de travail", précise-t- il aprèscinqannéesd'expérience.

HOMe6ÉNIÉISiit

Œf

!N~UGNI:.M.iNr

Jusqu'àprésent, cetenseignantconcevait

lui-même sesprojets technologiques."Jec

han-geaischaqueannéede collègeetj'am vaisaprès larentrée,avecmes valisesdematériel brico lé

àlamaison.Ici,ily aunresponsabledelat

ech-nologie et touslesprofesseur sréalisentles

mêmes projetsparniveaux", ajoute-t-il.Son

programme,décidédemanière collégiale,se

présente ainsi : un classeur et une attente t

élé-phoniquemusicale en

6

"u

nemallettedejeux

miniatures électroniquesenY,un amplificateur

de walkmanstéréoen4'."Pour lapremièrefois cetteannée, nous tentons d'homogénéiserl'en

-seignement delatechnologie en travaillantsur

lesmêmesobjectifs. Celaest possible suiteàla

nominationdetroistitulaires.Avecune équipe

pédagogique stable, nouspourronsainsi ass

u-rer uneprogressiond'une annéesur l'autre",

A CTUALITÉ

1

<

%8.0.

1

3 3 4 1

N°43

23 NOV. 1995

souligneJoël André,professeur detechnologie

etanimateurdugroupe.Ses effortsconjuguésà

ceuxdu principal,Jean-PierreLeCoadic, qui encourage ledéveloppementdelatechnologie,

ontstructuré ladiscipline."Nous sommearri

-vés en mêmetemps,ily a cinqans. Lebloch

o-raire consacréàlatechnologie estpasséde 36

heuresà112heures.Iln'yavait que deux

en-seignantset autantde sallesde technologie.A

u-jourd'hui,nous sommesixpourquatresallesde

cours",résume-t-il.Leursdémarches auprèsdu

conseilgénéralet durectoratontpermis de

fi-nancerdes équipements.Lecollègedisposedé

-sormaisd'ordinateursetdelogiciels,de tables

traçantes,demachinesà commande n

umé-rique, de thermoformeuses.

1)1:$

MANIPULATIONS

P~ÉUMINAI~I:S

AVANt

LAFMmeATiON

Cenouveau contex te favori sela miseen

œuvre de ceque Claude Bureau appelle"les grands projets"par oppositionà ses"petits projets" développésparallèlement. Objectifs : permettre la rotation des équipementsmais surtoutcreuserunenotionmal compriseou faciliterpardesmanipulationspréliminaires

laréalisationdugrand projet. Ainsi,avecsa

classede 6'qu' ilcôtoie touslesquinzejours

pardemi-groupe,ila travaillé lapagede

gar-deduclasseuravecdeslettresnormalisées ou

un encadrement,afin deles familiariseravec les contraintes dudessintechnique."Avant de commencer leclasseur,ils ontfaitdes travaux

depliagede petites boîtes en papier ensuivant

unmode d'empl oi.Ils appliquent lamême

méthode aujourd'huiaveclepolypropylène",

explique-t-il.

Ils ontabordé lespremièresnotions d'é lec-tronique delamêmemanière.Un petit projet consisteà connaître l'un des composants es-sentielsdans cedomaine:larésistance."D'h a-bitude on faitunefiche avec les codes corres

-pondant auxcouleurs des résistances.Ici, ils

ontfait undécodeurde valeuràpartird'un tube

(suite page3344) ..!6CTUALITÉ

1

<

%8.0.

1

3 3 4 1

(6)

3344

1

2kB.O.

1.ACTUALITÉ

N°43

23 NOV. 1995

(suitedela page334J)

de colle sur lequel ils ont fixé desbandesde

couleurs.Ilsuffit en les tournant de les mettre

en relationpouravoir lebon numéro",préci

se-t-il.Cestravaux leur permettront de mettre les

composantsau bon endroit pour que

fonction-neleur attente téléphonique.Toujoursdans

cet-te optique,ilsont gravé des dessins sur des

pla-quettesdecuivre.Le maniement du feutre

indélébileet de lagravure chimique les amè-neraàfabriquerplustard des circuits imprimés. "Mapratique pédagogique s'app uie sur

beaucoupde manipulationset peude cours

magistraux,insisteClaudeBureau. Toutesces

activités s' inscrivent dans une progression lo-gique.Elles permettentdefluidifiercet en

sei-gnement surtout en 6'où lesenfantsont

da-vantage besoin de travailler la matière que de

s'entendre dicterune leçon".Cela suppose

beaucoup de matériel consommable qui

en-globe les risques de ratages,plus difficile à

fi-nancer que les gros équipements.

COMPRENDRE QU'UN

PROD

UIT

RÉPOND

À

DES NORMES

La méthode despetits projetsfonctionne

aussi pourles autres niveaux.En

5'

il s'agit

plutôt d'insistersur lesvues en plans et les

projections en dessin techniqueà partir de

lo-giciels. En électronique,lesélèves font

beau-coup plus de cablageet de soudure qu'en6'

pour parvenir

à

créer ce dé électronique qui

entrera dans leurmallettede jeux.Ce

profes-seur incite sesélèves de 4'à déchiffrer des

plans plus complexes auxquçls ils sero nt

confrontésen fabriquant leur amplificateur

de walkman. La démarche de projet est

évo-quée de manière différente selon les niveaux.

En 6',lesélèves ont entre lesmains un dos

-sier technique avec un cahier descharges,

puisentament la conception et la réalisation.

"Ils comprennentainsi qu'unproduit ne

tom-be pasdu ciel et qu'unformatrépond àdes

normes.Avec eux, j'évoquele cyclede vie

du produit de manière rapide. Ils peuvent voir les affichesen classedes différentes étapes", .

note Claude Bureau.S'ilsont un peu pro

s-pecté dansleursuperm arc hé pour réfléchir

sur le coût desclasseurs,la démarche de

pro-jet est étudiéede maniè repluspoussé een

5'

où l'onpeut analyser un contrat. En

4

"

les

élèves réalisent notamment une étude de f

ai-sabilité

à

partir de graphiques ou une autre

étudesur l'oreilleet les dangers du bruit afin

de réaliserleur amplificateur.

Tous lespetits projetssont consignés dans

des pochettesplastiques qui garnissent leur

classeur en bon ordre."Apprendreà classer les

travaux,cela fait aussipartie de la techno.C

et-te discipline est intéressantecar elle ouvre sur

tout. Les mathématiques pour apprendre

à

me-surer. L'art pour tout ce qui relève du design

in-dustriel ou le français", assure Claude Bureau

qui a demandéàses élèves inscrits en grec de

retrouver l'originedu mot isométrique.Son

souci est de susciterune dynamique autour de

la technologie, de ne pasen faire une discipline

rébarbative.Il semblerait que le messagepasse

à en juger par l'enthousiasmede ses élèves de

6'à tracer, maç(}uer,pointer,trouer, couper,

fixer pour emporter chez eux le précieux objet

qui contient désormais tousles dossiers de la

discipline.

M.D.

•• ;j;j

a pratique pédagogique s'appuie sur beaucoup de

J(I(J

manipulations et peu de cours magistraux. Elles

permettent de fluidifier cet enseignement surtout en 6

e

où les

enfants ont davantage besoin de travailler la matière que de

r'.n-lI1I+-~ À':r+n-..,..~r..~II'2~.a.~~ I N 0 43 1 23 NOV. 1995

(7)

·tJCTUALITÉ

I

ZN°43B.O.

1

3 3 4 5

23 NOV.

1995

on

choses

siècle

Joël

Mouëllo, professeur

certifié

de

technologie au collège

La

Bolière

d

'Orléans

La

Source,

dans

l'académie

d'Orléans-Tours, confronte ses élèves à

des situations concrètes

afin

de les

amener à mettre en œuvre des

démarches de projets.

asser du macramé à la réalisation de badges lumineux, de la couture à la conduite de séances informatiques, de

la cuisine aux cours de mercatique...le virage

fut brutal pour les enseignants concemés, mal-gré les formations lourdes mises en place à

l'époque! La technologie,discipline

d'ensei-gnement général enseignée en collège depuis

1985,aeneffetpris le relais de l'éducation

ma-nuelle et technique(EMT)qui avait elle-même

succédé aux travaux manuels éducatifs(1ME).

Autre époque,autre environnement industriel,

autre réalité économique...donc autre

ensei-gnementqui se devait d'intégrer,au niveau du

collège,des données plus dans l'airdu temps:

l'informatique, l'électronique,la mécanique,

l'économieet la gestion.

Joël Mouëllo, ex-professeur de travaux

ma-nuels,qui enseigne aujourd'huila technologie

au collège La Bolière d'OrléansLa Source,a

pour sa part,vécu positivement cette

reconver-sion. Conscient que cette évolution du métier était une conséquence inévitable du progrès, il s'attacheà développer chez ses jeunes élèves

une culture technique.

L'ÉLÈVE AmUR DIE SA

NOPE fORMA'nON

Deux heures d'affiléechaque semaine par

classe, sur la base d'unprogramme très ouvert

qui laisse à l'enseignant une marge de

ma-nœuvre importante,Joël propose à ses élèves

des activités variées qui s'inspirent du monde industriel et des pratiques socio-techniques.

"L a technologie,explique-t-il,c'estun peu la

leçon de choses du XXI'siècle.Actuellement,

les enfants sont environnés d'objets techniques de plus en plus complexes dont ils ne maîtrisent pas le fonctionnement et avec lesquels ils ont une relation sauvage. Ces "choses"qu'ils

trou-vent par exemple dans les rayons dess

uper-marchés constituent pour eux un point de

dé-part.Ils n'ontaucune conscience du processus

mis en œuvre en amont du point de vente. En

technologie,on va étudier comment naissent

ces produits,d'oùils viennent,pourquoi ils

sont là,comment ils sont commercialisés et

distribués. Mais ils vont aussi imaginer des ob-jets et développer tout un processus en vue de les réaliser".Là est bien l'objectif de la

techno-logie au collège:faire appréhender aux jeunes

la réalité du monde qui les entoure en prenant appui sur le concret et en les mettant en

situa-tion d'acsitua-tion. La spécificité de cet ense

igne-ment,fondé sur la manipulation,l'

expérimen-tation, l'analysedes succès ou des échecs et la

prise de décisions,est en effet de rendre l'élève

acteur de sa propre formation.

Aujourd'hui, Joël Mouëllo travaille avec sa •-VCTUALITÉ 1Z B.O.

13345

(8)

33461

Z,

B.O.

1

L

/~

CTUALITÉ

N°43

23 NOV.

1995

classe de5'sur un prototype de porte-crayons en plastique.Dans une salle spécifique équi-pé ed'ordinateurs,de plieuse s,de tours,de tablesdechauffageet de perceuses,lesélèves

sedépl acentd'unezoned' ac tivité à l'autre, discutent,sedonnent desconseil s.Leprofe

s-seurest là pour suggérer,guider et apporter si néces saireles solutions techniques. "Je ne les

enferm epas dans ma propre démarche, com-ment e-t-il. Jesuissouventsurpris par lesr é-ponsestechniquesqu'ilsapportent", Un pr e-mier grou pe réfléchit au x différente s possibilitésd'évolutionde lamaquette. Ils imagin entd'autresformes,inventent de nou

-veaux produits,calculentles cotes adéquates,

réalisentlesdessins dedéfinition,Quant aux autres,installés devant les plans de travail, ils cisa ille nt, poinçonnent,percent, plient, col-lent... et peu à peu lesporte-stylosprennent form e entre leurs mains.

Maisce produit fini,qu'ils' agisse d'uncas

-se-tête chinois,d'unclignotant ou d'un porte-clés lumineux,n'estpour Joël Mouëllo qu'un alibi."Pour moi, la finalité de l'enseignement delatechnologien'estpasl'objet Celui-c i n' estqu'unsupport techniquepour placer les élèvesen situation de projetset pour les ame -ner àmettreen œuvre et às' approprier des dé

-marchesde réflexion et d'an alyse.S'ils fabri-quentdes objets peuso ph istiq ué s et plutôt ludiquesc'estque je considèrequ'ilfaut être techniquementsimple pour être pédagogique-ment efficace. Pour autant,ces réalisations ne doivent pasêtre desobjets"poube lle" mais au co ntra ire être motivantes,pertinentes et cré -dibles".

AmON

RAJ~NNÉE

n

iRAVAJl, D'ÉQU

iN

Une chose est sûre,cette discipline qui re

-posesurl'ac tio n raisonnée et sur le travail d'équipeconduitles élèves à réfléchir, à tâ-tonner,à comparer lessolutions techniques, à prendre des initiati ves et à effectuer des choix en fonction de contraintes techniques, finan-cières ou commerciales. Une façon de

déve-3

3 4 6 1

Z,

B.O.

1Li6CTUALITÉ

1\.1°4.<

lopper chez eux,lescapacitésà communi

-quer,le sens critique,le sens des responsabi-litéset l'espritd'analyse.Etsi les objets ne con stituentpasla finalité de cete nseigne-ment,ils restent néanmoins trèsprésentsdans cette disciplinedu concretAinsi,Joël n'hé

-site pasà ramener un vélo tout terraindans la classepour en analyserle mécanisme,àse rendre enville avecses élèv es pour étudier les feux decroisement,ouenc o reà utiliser sa voiturecomme support d'observat ionde fonction slogiques."Nous partons de l'exi s-tant pour comprendre desphénomènestech

-niques",commente l'enseignantqui voudrait éviter qu'unegénération"presse-boutons" ne se développe .

L

'ACCÈS

À

L'A

UtONOMIE n

À

LA

~

ESPONSAmuri

Au-delàde la dimension technique,les élèvesabordent,via la technologie,tout l

'en-vironnement du produit Ils devrontêtre c a-pablesde lire et de comprendre une documen-tation technique, une nomenclature,de décoderune publicité ou de réaliser une af-fiche...autantd'activitéscontribuant notam-ment à une meilleuremaîtrisede la langue française.Ànoterégalement qu' enfin de 3' ,

les élèves de Joël effectuent un séjourd 'ob-servationd'unesemaine en entreprise. Ils prennenteux-même les contacts.Joëlleur ap-prendàse présenter au téléphone, à réaliser sur un micro-ordinateur une lettre de motivation, à rédigerun questionnaire,car à l'issuede ce stage ilsdevront élaborer un dossier et prépa-rer unexposé.

Finalement,cette discipline en prise directe avec le monde de l'entreprise,fondée sur une pédagogie acti ve et sur une relation au concret amène progressivement les élèves à construi-re leurs propconstrui-res savoirs. Unlong cheminement qui leur permettra d'accéderà l'autonomieet à la responsabilité.

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