BULLETIN OFFICIEL
DE L'ÉDUCATION NATIONALE
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D~XANS
Di
1'iCHNOLOG~1AU
COU.ÎGi
BuUetin Officiel:
Pour quelles raisons
latechnologie a-t-elle succédé à l
'éducation
manuelle et technique
?
Jean-Luc Cénat : Depui sun demi- siècle, noussommesconscients qu'il existe,àcôtédes enseignements traditionn el s ,un champ concernant le domaine technique. D'où des tentatives diversesdont l'enseignement intitu-lé "travaux manuelsexpérimentaux"(TME) puis "éd uc ati o n manuelle et technique " (EMT).Àcette époque,onconsidérait qu'il fallait développerdescapacitésmanuelles au mêmetitrequedes capacités intellectuelles ou esthétiques.Quands'es t crééelatechnologie, on s'est interrogé sur la culture d'aujourd'hui etsur la manière de former un homme cultivé. Onen a conclu qu'u n élèvequi actuellement n'apasla compréhensionde l' évolutiondu mondetechnique connaît un handicapsérieux et par conséquentque latechnologieest pour lui une exigence culturelle.
BernardDebette:Cet enseignement répond à l'objectifde fairecompren dre de manière spécifique l'empreinte de la technol ogie suret
dans la culture d'unesociété.Ils'agit aussi d'examiner les influences sociales sur les tech-niques.TI étaitimportant égalementque le fait techniquesoitinscrit dansla scolarité de tous
lesélèvespourles aider à s'orienter.Avant ils étaientamenésàchoisirune voie profession
-La
technol
ogie a
u
collège a
dix
ans.
jean-Luc Cénat,
do
yen
de l'inspection
générale
d
'économie
et
gestion, et Bernard Debette,
doyen de l'inspection
générale des sciences
et
techniques industrielles,
décrivent l'évolution de
cette
disci
pline.
3338
1
'%'
N°438
.
0
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23 NOV.\~
,...1995-
~DAGOGIE
h
DIX ANS
DE TECHNOLOGIE
~
AU COLLÈGE
U
nelleou technologique sans connaître préala-blement ce secteur.Latechnologie,à côté de sa vocationculture lle,contribueà l'élabora tion du projetde l'élèveen tentantde valoriser les techniques
et
les métiers.La techn ologien'est pasune science. Ellediffusela connaissance de ce quiest faisable et desmoyensdele faire et renvoie auxmoyens d' action sur leréeLSa mi-seen place aconduiten premier lieuà
former touslesprofesseursd'EMT.Ilsont tous suivi une formation de reconversiond'uneannée et parallèlement il aété créé le CAPET de tech-nologiequi a permis desrecrutements externes et internes.Actuellement,il y a environ 15 000 enseignants de technologie au collège.B.O. :
Comment se déroule cet enseigne-ment?B.D. : Lespratiques pédagogiques sont fon-déesnon pas sur des cours théoriquesmaissur desactivités en groupesallégés avec des mo -ments destructuration de connaissances.Les élève sdoivent réaliser un produit. Cela conduit à l'analysede son cycle de vie etàla miseenœuvre du processusde réalisation .Il y a confro nta tio navec lesfaits.Pren on s l'exemplede la fabrication d'uneboîted' em-ball aged'unproduit.En technologi e , on l'aborde parrapport à cequ'ellecontientetà la manièrede conditionner pour faire arriver le produitsur un marché.L'enseignementdoit portersur toutela démarchequi amène l'objet chez le conso mm ateur. L'actederéali sation n'estdoncpasisolé.Il estdemandéaux élèves d'étudierla réalisationetla commercialisation d'unproduitdestinéàsatisfaire lesclients.Ils devrontpar exemple faire une étudede mar-ché.Cela dit, selon les niveaux,ils n'analyse-ront pascomplètementchaque étape de cette démarche depuis l'expression du besoinju s-qu'aurecyclage:l'enseignementserafocalisé sur certainsdeses aspects tout en prenant en comptelaglobalité du cycle de vie. Il est im-portant de leur faire comprendre que l'élégan-ced'unesolution techniquene suffit pas
à
ob-tenir un marché.J-L.C.: C'estce que l'ona appelé la métho-dologie de l'action ou la démarche
technolo-A CTUALITÉ
I
2.
B.O.
1
3 3 3 9
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1995
gique. Celarevien t àdirequ'ilest nécessaire pour effectuer uneréalisation quelconque,ma-térielleou immatérielle,d'avoirunedém arche intellectu elle.Latechnologiedéveloppeune méthodo logie de l'action.Au départ,ily aun objectifet parconséquent uneanalysedu be-soin. Puison déroule l'ensembl edu processus. Une foisce besoin détermin é en fonction d'un marché,il faut imaginer des solutions tech-niques.Celle qui estretenue doit obéirà des contraintes d'ordretechnique et d'efficacité maisaussià des contraintesde coût. Pour par-veniràun choix, lesélèvesfont desessais.Ils vérifient si ce qu'ils ont réalisécorre spond àce qu'ils souhaitaient et travaillent de nouveau la solution technique pour l'améliorer. Avec les moyens modernes plussophistiqués ils peu-vent réaliser des simulations.
B.O. :
Sur quels supports et dans quels do-maines s'exerce ladémarche technologique?J-L.c. :
Le choix des produitsà fabriquer doit être significatifdu monde moderne. Au-cun matériau n'estinterdit.Lessupports en car-tonnagepeuvent être utilisésmaisil ne faut pas se limiteràceux-là car lesélèv es n'auraient qu'une vision restreintede latechnologie in-dustriellecontemporaine.Ilfaut bien garderà l'espritdeux idées:l'enseignementde la tech-nologiereflète l'empreintedu progrès tech-niquesur lasociété danslaquelle onvit et elle fait appel à un ensembl ecomplexequi reposesur lanotionde cyclede vie du produit. B.D. : Quand cette discipline a étéconçue,il aété décidéd'acquérirdesmachin escar elle ne peutse pratiqueruniquem ent avec des ou-tilsmanuels.Il a fallu choisirdesdomaines d'activité.La mécanique,l'électricitéet les au-tomatisme sont été retenu sparcequela majo-ritédes objets et dessystèmesfontappel à ces domaines. Les élèvesréalisentdesobjets qui allient des matériaux et descomposants élec-troniques.Par exemple,desvariateursde lu-mière, des interrupteursdechaîne hi-fi,des alarmes,des testeursde pile,desjeuxde so-ciété électroniquesou des feux arrièrede bi-cyclette.Naturellement le recours àlagestion etàl'outilinformatiques'inscrit danscet
en-JOCTUALITÉ
I
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3340
l'/.--B.O. 1 t/-&TUALI TÉN°43
23NOV. 199 5
semb le.
B.O.:L'enseignementde la technologie est-ilarrivéà maturité?
J-L.c. :
Il yaura sûrem ent desévolutions. Lanaturemêm edelatechn olo giepeuty porter
puisqu'elledoitpermettrela co mpréhe ns io n
du monde.Si celui-c iévolue,latechnol ogi e évoluera dans ses supports.Aujourd 'hui,nou s sommesbien entrés danslaphasede conso li
-dation de cetenseignement.Au dépalt,ila fal
-lucinqàsix années pour insta ller les é quipe-men ts,forme r lesprofesseurs,mettre en place
le conco ursdu CAPET.Une inno vati onim
-portante va avoir lieu :lesprogrammesdetech
-nologiequi datentde1984fixaientessenti
elle-ment de s or ie n ta ti o ns. Àla lumière de
l' expérience acq uise parles ense ignants,nou s
allons mettr e enchantier desprogrammesqui
auront le sde grésdepréci si onde ceuxqui
concernentlesautresdisciplin es,preuve quela
technol ogie est devenueadulte.
B.D. :Leprogrammede6'qui vaêtre publié,
entameceprocessus etfait lapart entre lesdé
-marches et les connaiss ancesà acq uérir. Il r
es-te cependant une grande margedemanœuvre.
Notamment,lalibert éducho ixdes suppo rts
d'enseignem ent est maintenue.Latechnologie
est unedisciplin edemême statutque les autres
disciplin es enseignéesaucollège.
Proposrecueilli spar
Mariann eDUCOUT
Despetits
et des
g
rands p
roiets
Au collège
Bel
Air
de Franconville,
dans
le
Val-d'Oise, Claude Bureau met en
œuvreles
projets technologiques définis collectivement
par
l
'équipe
pédagogique
etdes activités qui
préparent les élèves
à atteindre ces objectifs
abriquel'de toutespiècesun classeur :tel estl'ordre dujourde ces élèves de s
ixiè-meducollège BelAir deFrancon ville,
dansleVal d'Oise,quiserendent après lar
é-création du matin àleur cours de techn ologie.
Un"ouais"de satisfaction résonn edanslacl
as-se dèsl'ann oncedestravau xqui devront être
3340
l'/.".B.O. 1 t/teTUALITÉN041.
réa!isés en deu xheures.Avantderécupérerle
matériel-unefeuillede polyprop ylène,un m
é-canism eavecquatre annea uxet desrivets-ils
analysentensembleledossiertechniquequi
comprend uncahier descharges etun r
écapi-tulatifdes étapes defabrication.L'occ asion
d'appri voiserlesdifférentsplans"en perspec
-tive"ou"àplat"selon leprofesseur, "entrois
dimensions"ou"vu d'avion"selon les élèves,
et d' expl iqu erquelquesmotsobscurs.
Chan-freins? "C elapermetdenepas se couper.
Vous en ferezaux quatre coins du classeur" ,
expliqueClaude Bureau,profe sseurcertifiéde
technologie.Fabricationensérie?"C'est le
contrairedela fabricationartisanale.Una
rti-san quifait uneporte,lafabriqueàchaquefois
entièrem ent eten unseulexemplaire,pour
suit-il. Ici,vousallezcrée rce classeur de mani ère sem i-artisa na leavec uncrayo n,une gom me,
aniè-re semi-industrielleen utilisantdesmachines".
Quelquesprécisionsplusloin,tous semettent
àtracerlespremièresmesures sur lamatière.
"C'est leurclasseurdetechnologiequ'ils
fa-briquentau lieudel'acheter, car,àlarentr ée.j e
leuraiprésenté cette discipline enévoquant la
notiondebesoinpar rapportàleurs activités
scolaires",souligneClaude Bureau. Unee
n-trée en matière sur le cycle de vie du produit
qu' il connaît bien pouravoireffectué lam
a-jeurepartiede sa carrière dansl' industrie. A
n-cien technicien plateforme pourl'entreprise
Thomson,ses compétencess'exerçaient dans
lamise au pointdematériel électronique d
es-tinéauxsous-marins nucléaires et auxbases aériennes.Une mutation refuséeetlan
ostal-gie dedeux annéesd'enseignementautitre de
la coopération l'ont amenéà changer d'
envi-ronnement."J'y avaisprisgoût et l'industrie
me semblait peu dynamique.En tantqu'
en-seignant, jepeu x véritablement prendre en charge laresponsabi1itédemes centresd'int
é-rêtmême sijen'enseigne paslatechnologie
uniquementpour fairedel'électronique. Ce
n'est qu'unmoyen de travail", précise-t- il aprèscinqannéesd'expérience.
HOMe6ÉNIÉISiit
Œf
!N~UGNI:.M.iNrJusqu'àprésent, cetenseignantconcevait
lui-même sesprojets technologiques."Jec
han-geaischaqueannéede collègeetj'am vaisaprès larentrée,avecmes valisesdematériel brico lé
àlamaison.Ici,ily aunresponsabledelat
ech-nologie et touslesprofesseur sréalisentles
mêmes projetsparniveaux", ajoute-t-il.Son
programme,décidédemanière collégiale,se
présente ainsi : un classeur et une attente t
élé-phoniquemusicale en
6
"u
nemallettedejeuxminiatures électroniquesenY,un amplificateur
de walkmanstéréoen4'."Pour lapremièrefois cetteannée, nous tentons d'homogénéiserl'en
-seignement delatechnologie en travaillantsur
lesmêmesobjectifs. Celaest possible suiteàla
nominationdetroistitulaires.Avecune équipe
pédagogique stable, nouspourronsainsi ass
u-rer uneprogressiond'une annéesur l'autre",
A CTUALITÉ
1
<
%8.0.
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souligneJoël André,professeur detechnologie
etanimateurdugroupe.Ses effortsconjuguésà
ceuxdu principal,Jean-PierreLeCoadic, qui encourage ledéveloppementdelatechnologie,
ontstructuré ladiscipline."Nous sommearri
-vés en mêmetemps,ily a cinqans. Lebloch
o-raire consacréàlatechnologie estpasséde 36
heuresà112heures.Iln'yavait que deux
en-seignantset autantde sallesde technologie.A
u-jourd'hui,nous sommesixpourquatresallesde
cours",résume-t-il.Leursdémarches auprèsdu
conseilgénéralet durectoratontpermis de
fi-nancerdes équipements.Lecollègedisposedé
-sormaisd'ordinateursetdelogiciels,de tables
traçantes,demachinesà commande n
umé-rique, de thermoformeuses.
1)1:$
MANIPULATIONS
P~ÉUMINAI~I:S
AVANt
LAFMmeATiON
Cenouveau contex te favori sela miseen
œuvre de ceque Claude Bureau appelle"les grands projets"par oppositionà ses"petits projets" développésparallèlement. Objectifs : permettre la rotation des équipementsmais surtoutcreuserunenotionmal compriseou faciliterpardesmanipulationspréliminaires
laréalisationdugrand projet. Ainsi,avecsa
classede 6'qu' ilcôtoie touslesquinzejours
pardemi-groupe,ila travaillé lapagede
gar-deduclasseuravecdeslettresnormalisées ou
un encadrement,afin deles familiariseravec les contraintes dudessintechnique."Avant de commencer leclasseur,ils ontfaitdes travaux
depliagede petites boîtes en papier ensuivant
unmode d'empl oi.Ils appliquent lamême
méthode aujourd'huiaveclepolypropylène",
explique-t-il.
Ils ontabordé lespremièresnotions d'é lec-tronique delamêmemanière.Un petit projet consisteà connaître l'un des composants es-sentielsdans cedomaine:larésistance."D'h a-bitude on faitunefiche avec les codes corres
-pondant auxcouleurs des résistances.Ici, ils
ontfait undécodeurde valeuràpartird'un tube
(suite page3344) ..!6CTUALITÉ
1
<
%8.0.
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3344
1
2kB.O.
1.ACTUALITÉN°43
23 NOV. 1995
(suitedela page334J)
de colle sur lequel ils ont fixé desbandesde
couleurs.Ilsuffit en les tournant de les mettre
en relationpouravoir lebon numéro",préci
se-t-il.Cestravaux leur permettront de mettre les
composantsau bon endroit pour que
fonction-neleur attente téléphonique.Toujoursdans
cet-te optique,ilsont gravé des dessins sur des
pla-quettesdecuivre.Le maniement du feutre
indélébileet de lagravure chimique les amè-neraàfabriquerplustard des circuits imprimés. "Mapratique pédagogique s'app uie sur
beaucoupde manipulationset peude cours
magistraux,insisteClaudeBureau. Toutesces
activités s' inscrivent dans une progression lo-gique.Elles permettentdefluidifiercet en
sei-gnement surtout en 6'où lesenfantsont
da-vantage besoin de travailler la matière que de
s'entendre dicterune leçon".Cela suppose
beaucoup de matériel consommable qui
en-globe les risques de ratages,plus difficile à
fi-nancer que les gros équipements.
COMPRENDRE QU'UN
PROD
UIT
RÉPOND
À
DES NORMES
La méthode despetits projetsfonctionne
aussi pourles autres niveaux.En
5'
il s'agitplutôt d'insistersur lesvues en plans et les
projections en dessin techniqueà partir de
lo-giciels. En électronique,lesélèves font
beau-coup plus de cablageet de soudure qu'en6'
pour parvenir
à
créer ce dé électronique quientrera dans leurmallettede jeux.Ce
profes-seur incite sesélèves de 4'à déchiffrer des
plans plus complexes auxquçls ils sero nt
confrontésen fabriquant leur amplificateur
de walkman. La démarche de projet est
évo-quée de manière différente selon les niveaux.
En 6',lesélèves ont entre lesmains un dos
-sier technique avec un cahier descharges,
puisentament la conception et la réalisation.
"Ils comprennentainsi qu'unproduit ne
tom-be pasdu ciel et qu'unformatrépond àdes
normes.Avec eux, j'évoquele cyclede vie
du produit de manière rapide. Ils peuvent voir les affichesen classedes différentes étapes", .
note Claude Bureau.S'ilsont un peu pro
s-pecté dansleursuperm arc hé pour réfléchir
sur le coût desclasseurs,la démarche de
pro-jet est étudiéede maniè repluspoussé een
5'
où l'onpeut analyser un contrat. En
4
"
lesélèves réalisent notamment une étude de f
ai-sabilité
à
partir de graphiques ou une autreétudesur l'oreilleet les dangers du bruit afin
de réaliserleur amplificateur.
Tous lespetits projetssont consignés dans
des pochettesplastiques qui garnissent leur
classeur en bon ordre."Apprendreà classer les
travaux,cela fait aussipartie de la techno.C
et-te discipline est intéressantecar elle ouvre sur
tout. Les mathématiques pour apprendre
à
me-surer. L'art pour tout ce qui relève du design
in-dustriel ou le français", assure Claude Bureau
qui a demandéàses élèves inscrits en grec de
retrouver l'originedu mot isométrique.Son
souci est de susciterune dynamique autour de
la technologie, de ne pasen faire une discipline
rébarbative.Il semblerait que le messagepasse
à en juger par l'enthousiasmede ses élèves de
6'à tracer, maç(}uer,pointer,trouer, couper,
fixer pour emporter chez eux le précieux objet
qui contient désormais tousles dossiers de la
discipline.
M.D.
•• ;j;j
a pratique pédagogique s'appuie sur beaucoup de
J(I(J
manipulations et peu de cours magistraux. Elles
permettent de fluidifier cet enseignement surtout en 6
eoù les
enfants ont davantage besoin de travailler la matière que de
r'.n-lI1I+-~ À':r+n-..,..~r..~II'2~.a.~~ I N 0 43 1 23 NOV. 1995
·tJCTUALITÉ
I
ZN°43B.O.1
3 3 4 5
23 NOV.
1995
on
choses
siècle
Joël
Mouëllo, professeur
certifié
de
technologie au collège
La
Bolière
d
'Orléans
La
Source,
dans
l'académie
d'Orléans-Tours, confronte ses élèves à
des situations concrètes
afin
de les
amener à mettre en œuvre des
démarches de projets.
asser du macramé à la réalisation de badges lumineux, de la couture à la conduite de séances informatiques, de
la cuisine aux cours de mercatique...le virage
fut brutal pour les enseignants concemés, mal-gré les formations lourdes mises en place à
l'époque! La technologie,discipline
d'ensei-gnement général enseignée en collège depuis
1985,aeneffetpris le relais de l'éducation
ma-nuelle et technique(EMT)qui avait elle-même
succédé aux travaux manuels éducatifs(1ME).
Autre époque,autre environnement industriel,
autre réalité économique...donc autre
ensei-gnementqui se devait d'intégrer,au niveau du
collège,des données plus dans l'airdu temps:
l'informatique, l'électronique,la mécanique,
l'économieet la gestion.
Joël Mouëllo, ex-professeur de travaux
ma-nuels,qui enseigne aujourd'huila technologie
au collège La Bolière d'OrléansLa Source,a
pour sa part,vécu positivement cette
reconver-sion. Conscient que cette évolution du métier était une conséquence inévitable du progrès, il s'attacheà développer chez ses jeunes élèves
une culture technique.
L'ÉLÈVE AmUR DIE SA
NOPE fORMA'nON
Deux heures d'affiléechaque semaine par
classe, sur la base d'unprogramme très ouvert
qui laisse à l'enseignant une marge de
ma-nœuvre importante,Joël propose à ses élèves
des activités variées qui s'inspirent du monde industriel et des pratiques socio-techniques.
"L a technologie,explique-t-il,c'estun peu la
leçon de choses du XXI'siècle.Actuellement,
les enfants sont environnés d'objets techniques de plus en plus complexes dont ils ne maîtrisent pas le fonctionnement et avec lesquels ils ont une relation sauvage. Ces "choses"qu'ils
trou-vent par exemple dans les rayons dess
uper-marchés constituent pour eux un point de
dé-part.Ils n'ontaucune conscience du processus
mis en œuvre en amont du point de vente. En
technologie,on va étudier comment naissent
ces produits,d'oùils viennent,pourquoi ils
sont là,comment ils sont commercialisés et
distribués. Mais ils vont aussi imaginer des ob-jets et développer tout un processus en vue de les réaliser".Là est bien l'objectif de la
techno-logie au collège:faire appréhender aux jeunes
la réalité du monde qui les entoure en prenant appui sur le concret et en les mettant en
situa-tion d'acsitua-tion. La spécificité de cet ense
igne-ment,fondé sur la manipulation,l'
expérimen-tation, l'analysedes succès ou des échecs et la
prise de décisions,est en effet de rendre l'élève
acteur de sa propre formation.
Aujourd'hui, Joël Mouëllo travaille avec sa •-VCTUALITÉ 1Z B.O.
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33461
Z,
B.O.
1L
/~
CTUALITÉ
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classe de5'sur un prototype de porte-crayons en plastique.Dans une salle spécifique équi-pé ed'ordinateurs,de plieuse s,de tours,de tablesdechauffageet de perceuses,lesélèves
sedépl acentd'unezoned' ac tivité à l'autre, discutent,sedonnent desconseil s.Leprofe
s-seurest là pour suggérer,guider et apporter si néces saireles solutions techniques. "Je ne les
enferm epas dans ma propre démarche, com-ment e-t-il. Jesuissouventsurpris par lesr é-ponsestechniquesqu'ilsapportent", Un pr e-mier grou pe réfléchit au x différente s possibilitésd'évolutionde lamaquette. Ils imagin entd'autresformes,inventent de nou
-veaux produits,calculentles cotes adéquates,
réalisentlesdessins dedéfinition,Quant aux autres,installés devant les plans de travail, ils cisa ille nt, poinçonnent,percent, plient, col-lent... et peu à peu lesporte-stylosprennent form e entre leurs mains.
Maisce produit fini,qu'ils' agisse d'uncas
-se-tête chinois,d'unclignotant ou d'un porte-clés lumineux,n'estpour Joël Mouëllo qu'un alibi."Pour moi, la finalité de l'enseignement delatechnologien'estpasl'objet Celui-c i n' estqu'unsupport techniquepour placer les élèvesen situation de projetset pour les ame -ner àmettreen œuvre et às' approprier des dé
-marchesde réflexion et d'an alyse.S'ils fabri-quentdes objets peuso ph istiq ué s et plutôt ludiquesc'estque je considèrequ'ilfaut être techniquementsimple pour être pédagogique-ment efficace. Pour autant,ces réalisations ne doivent pasêtre desobjets"poube lle" mais au co ntra ire être motivantes,pertinentes et cré -dibles".
AmON
RAJ~NNÉE
n
iRAVAJl, D'ÉQU
iN
Une chose est sûre,cette discipline qui re
-posesurl'ac tio n raisonnée et sur le travail d'équipeconduitles élèves à réfléchir, à tâ-tonner,à comparer lessolutions techniques, à prendre des initiati ves et à effectuer des choix en fonction de contraintes techniques, finan-cières ou commerciales. Une façon de
déve-3
3 4 6 1
Z,
B.O.
1Li6CTUALITÉ1\.1°4.<
lopper chez eux,lescapacitésà communi
-quer,le sens critique,le sens des responsabi-litéset l'espritd'analyse.Etsi les objets ne con stituentpasla finalité de cete nseigne-ment,ils restent néanmoins trèsprésentsdans cette disciplinedu concretAinsi,Joël n'hé
-site pasà ramener un vélo tout terraindans la classepour en analyserle mécanisme,àse rendre enville avecses élèv es pour étudier les feux decroisement,ouenc o reà utiliser sa voiturecomme support d'observat ionde fonction slogiques."Nous partons de l'exi s-tant pour comprendre desphénomènestech
-niques",commente l'enseignantqui voudrait éviter qu'unegénération"presse-boutons" ne se développe .
L
'ACCÈS
À
L'A
UtONOMIE n
À
LA
~
ESPONSAmuri
Au-delàde la dimension technique,les élèvesabordent,via la technologie,tout l
'en-vironnement du produit Ils devrontêtre c a-pablesde lire et de comprendre une documen-tation technique, une nomenclature,de décoderune publicité ou de réaliser une af-fiche...autantd'activitéscontribuant notam-ment à une meilleuremaîtrisede la langue française.Ànoterégalement qu' enfin de 3' ,
les élèves de Joël effectuent un séjourd 'ob-servationd'unesemaine en entreprise. Ils prennenteux-même les contacts.Joëlleur ap-prendàse présenter au téléphone, à réaliser sur un micro-ordinateur une lettre de motivation, à rédigerun questionnaire,car à l'issuede ce stage ilsdevront élaborer un dossier et prépa-rer unexposé.
Finalement,cette discipline en prise directe avec le monde de l'entreprise,fondée sur une pédagogie acti ve et sur une relation au concret amène progressivement les élèves à construi-re leurs propconstrui-res savoirs. Unlong cheminement qui leur permettra d'accéderà l'autonomieet à la responsabilité.