PRATIQUES ENSEIGNANTES EN TECHNOLOGIE
AU COLLÈGE
Olivier FOLLAIN
L.I.R.E.S.T.-G.D.S.T.C., .E.NS. Cachan - IUFM Orléans-Tours
MOTS-CLÉS: ÉDUCATION TECHNOLOGIQUE - PRATIQUES - OBJETS - RÉFÉRENCES
RÉSUMÉ: À panir d'un état des pratiques en technologie au collège en 1996-1997 dans le domaine électronique, le repérage des objets fabriqués et des activités conduites permet d'inférer sur les références des activitéset sur les décisions des enseignants sur la discipline. L'analyse de mémoires professionnels réalisés durant l'année scolaire 1997-1998 rend compte d'évolutions consécutives à la mise en place de nouveaux programmes.
SUMMARY: Based on a surveyon technology practices at school in 1996-1997 in the electronic domain, the spotting of made objects and conducted activities enables to insen on the " references " of the activities and on the decisions of the teachers in the discipline. Analysis of professional theses achieved during 1997-1998 scholarship gives acount of evolutions consecutives to the setting up of new curricula.
1. INTRODUCTION
La technologie aétémise en place dans les collèges en 1985. Depuis lors, cette .. jeune " discipline s'est peu
à
peu structurée, les premiers programmes publiés en 1985 ont été récemment remplacés. Ces nouveaux programmes, plus précis et plus structurés préfigurent sans doute une technologie plus mûre. Parallèlement, les enseignants de cette discipline ont eu à construire des activités pour leurs élèves. Ne pouvant s'appuyer sur aucune pratique antérieure comme c'est souvent le cas pour d'autres disciplines, il leur a fallu inventer, innover. Peu de travaux ont été publiésàpropos des pratiques de ces enseignants qui" se cherchent ". Citons pour mémoire la thèse de G. Sornin-Montet (1996), le mémoire de DEA de J.-L. Laurent (1996), celui d'O. Follain (1997) ainsi que l'enquête de l'AEAT (1997). Dans cette perspective de connaissance des pratiques enseignantes en technologie, cette communication s'intéresse plus particulièrement au " domaine électronique ". Celui-ci est en effet le dernierà
avoir été introduit dans les curriculums du collège. II est sans conteste celui qui évolue le plus viteà
l'extérieur du collège grâce aux révolutions technologiques qu'il intègre. Ainsi, depuis le lancement de la technologie, les pratiques industrielles ont considérablement changé : généralisation de techniques initialement marginales et abandon de procédés alors répandus, miniaturisation et intégration des composants d'abord centimétriques puis millimétriques enfin micrométriques. En raison de ces évolutions importantes et de son introduction tardive dans les programmes, ce " domaine d'activités" interroge particulièrement les pratiques scolaires et leurs relations aux pratiques socio-techniques. Quelles sont les activités conduites en technologie dans ce domaine? Quelles sont les références de ces activités? Cornment les enseignants construisent-ils leurs progressions sur les quatre années du collège? Quelles décisions sont-ils amenésà
prendre alors?À
quelles représentations de la discipline ces choix correspondent-ils? Les changements de programmes en 1996 ont-ils eu une influence sur les pratiques? Telles sont les questions auxquelles cette communication se propose de répondre.2. OBJETS, PRATIQUES, RÉFÉRENCES
Les données proviennent d'une enquête conduite en 1996-1997 dans le cadre du DEA de didactique des activités scientifiques et techniques et sous la direction de J. Lebeaume et qui repose sur l'exploitation d'une base de données de projets académiques (164 collèges, 400 professeurs, 911 projets), d'un questionnaire auquel une centaine d'enseignants de quatre académies ont répondu et d'entretiens conduits auprès de fournisseurs de matériel en usage dans les collèges. Cette étude visait
à
mettre en évidence les références implicites des activités du domaine électronique conduites dans le cadre de la technologie au collège.2.1 Des objets aux pratiques
En considérant que les objets produits conditionnent largement les activités que les enseignants proposent à leur élèves, la connaissance dutype et du nombre d'objets produits permet de mieux cerner les pratiques. Cependant il ne s'agit làque d'activités potentielles. Le recoupement de ces données avec des entretiens permet d'affiner les résultats.
2.2 Les objets produits
Le recensement de tous les objets produits pour chaque niveau met en évidence la faible diversité des productions mises en œuvre au collège. Que l'on travailleàpartir de la base de données ou des entretiens, pour chaque niveau, trois objets représentent cinquante pour cent des objets produits. En outre ces trois objets apparaissent parfois à plusieurs niveaux ce qui réduit encore la diversité des productions. Ces objets "vedettes" (porte-clef lumineux, alarmes, attentes téléphoniques ou amplificateurs pour baladeurs) semblent démontrer la présence d'activités relativement similaires d'un professeuràl'autre.
2.3 Les activités conduites
Àpartir des questionnaires et bien qu'il ne s'agisse que de données d'opinion, les activités conduites par les professeurs semblent en cohérence avec les objets produits. Des différences existent d'une académie à l'autre, cependant, il apparaît que l'ensemble des élèves perce et soude des composants. En revanche l'analyse fonctionnelle et la conception du typon n'apparaissent que de façon plus marginale. Cela est sans doute dû au fait que les objets sont définis par avance ce qui rend ces étapes inutiles si ce n'est dans un but explicatif. L'insolation et la gravure du circuit, de même que les contrôles et réglages sont réservés à certains niveaux. On peut donc supposer que les professeurs considèrent ces activités comme plus difficiles ou plus contraignantesàmettre en œuvre.
2.4 Les références
Dans la mesure où les élèves n'ont bien souvent qu'à percer un circuit et à souder des composants, les activités conduites dans le domaine électronique ne leur permenent pas d'imaginer ce que peut être la production industrielle d'objets électroniques. L'équipement qu'ils utilisent et l'organisation de la production renvoient le plus souvent à des pratiques artisanales ou indusuielles le plus souvent obsolètes (si l'on considère les objets produits) quand ce n'est pas à des pratiques plus proches de l'amateurisme que d'autre chose. Y. Deforge déclarait d'ailleursàpropos de ces fabrications: "on en revient, dans le meilleur des cas, à souder des petits composants sur une petite plaquette.Lapetite lampe s'allume, on est content, on a fait l'objet... ".
2.5 Un enseignement concentrique
Les questionnaires laissent apparaître une certaine progressivité dans la mise en place des activités. Ainsi en sixième, les élèves percent et soudent le circuit. En cinquième, ils isolent, percent et soudent
alors qu'en quanième ils dessinent en plus le typon. Ces pratiques correspondent à une interprétation
des programmes qui préconisent que" le choix des thèmes de fabrication devrait tenir compte entreautres éléments, de l'intégration de plus en plus étendue, d'un nombre croissant de savoir-faire élémentaires". Elles renvoientàune conception pédagogique parU couches successives", à un enseignement de type concentrique. Cene conception de l'enseignement de la technologie est remise en cause par la mise en place de nouveaux programmes qui préconisent un apport parU paquets" que sont les unités et les scénarios au cycle central.
3. LES MODIFICATIONS INDUITES PAR LA MISE EN PLACE DE NOUVEAUX PROGRAMMES
Ce sont les mémoires professionnels rédigés par les professeurs stagiaires durant l'année scolaire 1997-1998 qui ont constitué le corpus de départ (33 mémoires). Ces mémoires sont consultablesà l'I.U.F.M. Orléans Tours. Une autorisation de consultation des mémoires a été déposée auprès du Directeur de l'I.U.F.M. En outre, lors de la soutenance les professeurs stagiaires autorisent ou nonla consultation ultérieure de leur travail. Dans les mémoires professionnels les objets produits dans les classes apparaissent de même que la description de certaines activités en rapport aveclaproblématique de ce travail.
3.1 Les objets produits
Après le dépouillement de 33 mémoires professionnels, les objets du domaine électronique que l'on retrouve sont souvent les mêmes que ceux évoqués précédemment. Le désormais traditionnelU porte-clés lumineux" retrouve ici sa place en classe de sixième à côté du jeu questions réponses dans le module construction électronique. Un nouvel objet apparaît,ils'agit du porte-clés siffleur.
3.2 Les activités conduites
Porte-clés lumineux et jeu de labyrinthe semblent adaptés à la découverte de l'électronique sans pour autant introduire de rupture avec l'école élémentaire car ils sont basés sur un circuit simple. Seuls l'assemblage et la taille des composants changent. Les objets du domaine électronique semblent cependant se prêter particulièrement aux scénariosU Montage et emballage" par exemple pour un kit etU Essai et amélioration d'un produit" si les élèves prennent part à sa conception. Le scénario U Production sérielleà partir d'un prototype" ne semble pas se prêter àla réalisation d'objets électroniques,iln'apparaît qu'une seule fois. Lalecture des mémoires laisse apparaître deux types d'activités distinctes qui visent cependant toutes deuxàpermettre aux élèves d'interpréter les pratiques socio-techniques. Dans un cas les activités de réalisation sont suffisamment iIIustratives alors que dans l'autreilest nécessaire de recouriràdes activitésU d'illustration" qui utilisent comme supports des documents ou une vidéo.
3.3 Les références
En fait, en plus du respect des programmes, c'est vraisemblablement la question de l'authenticité des situations qui est posée ici. Comment faire comprendre aux élèves comment se déroule une
production sérielle d'objets électroniques si l'on utilise du matériel amateur pour l'assemblage des composants? En ce qui concerne le pone-clés siffieur, il s'agit d'un objet particulièrement intéressant car c'est le premier objet
à
base de COB (Chip on board) introduit de manière significative au collège (il est référencé chez Technologie Service). Bien que les élèves n'aient pas grand choseàfaire si ce n'est qu'à souder quatre fils (au circuit, à un HP piezzo et aux lames du pone-pile), c'est justement cette absence de tâches dans le domaine qui est remarquable et qui leur permet d'appréhender une partie des avantages du COB en terme de simplification structurelle.4. CONCLUSION
Àla conception d'un enseignement par couches successives évoquée plus haut semble se substituer un enseignement différent. Les fabrications ne sont plus prétextes à une reprise des activités antérieures éventuellement enrichies de nouvelles activités. Elles sont plutôt considéréesCOIIUlledes entités autonomes permettant de s'approprier des démarches qui se réfèrent à des pratiques industrielles. En classe de sixième l'ensemble des activités du domaine électronique est conduit pour permettre des reprises selon les exigences de chaque scénario. Davantage centrés sur les pratiques socio-techniques, les programmes mis en place depuis 1996 permettent sans doute de donner plus de sens aux activités conduites avec les élèves.
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