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Article pp.134-142 du Vol.28 n°1-2 (2008)

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Texte intégral

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© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

L’acide myristique du lait :

effets sur le HDL-cholestérol, les acides gras ω 3,

les LDL oxydées et la fluidité membranaire

H. Dabadie

1

, E. Peuchant

2

, C. Motta

3

, M. Bernard

1

, F. Mendy

4

SUMMARY

Myristic acid: effects on HDL, omega3, LDL oxidation and membrane fluidity High myristic acid (MA) intake is associated with increased LDL cholesterol and increased risk of cardiovascular disease. Our findings in healthy volunteers have shown that moderate MA intake from dairy products with a controlled fatty acid level have a beneficial effect on lipid parameters, membrane fluidity and oxidative stress.

Three studies were performed on monks in Benedictine monasteries undergoing the same protocol. Each subject acted as his own control and received two experimental diets after a control diet. Thus, three levels of MA intake were assessed: 0.6, 1.2 and 1.8% of total energy (TE), i.e. 1.5 to 4 g/day for about 2200 Kcal/day in a 5-week study and in a 3-month study. Alpha-linolenic acid (ALA) intake from rapeseed oil accounted for 0.9% TE (2 g/day).

1.8% MA intake led to increased levels of HDL cholesterol and apo A-1, to decreased triglycerides and to a decreased total cholesterol/HDL ratio. 1.2% MA intake added to 0.9% ALA led to increased EPA levels, increased phospholipid DHA and increased oxi- dized LDL (LDLOx). On the other hand, 1.8% MA plus 0.9% ALA led to decreased EPA, DHA and LDLOx. The lowest Lp(a) values were observed with the highest MA intake.

Membrane fluidity was the highest with 1.2% MA, especially in the oldest subjects.

An intake of 4 g/day of MA from dairy products, where the MA is mainly in the sn-2 position on the triglycerides, led to increased HDL cholesterol and decreased triglyc- erides, without any change in LDL cholesterol. This effect remains to be assessed in metabolic syndrome. Furthermore, such an intake would seem to have a protective effect against EPA and DHA oxidation and to be promoted by a recommended daily intake of 2 g/day ALA, as evidenced by the decrease in LDLOx and Lp(a). Like the oxidized phospholipids, the LDLOx seem only to be present on the Lp(a) and to pos- sess an inflammatory effect responsible for the atherogenetic potential of Lp(a) in oxi- dative stress. The increased LCAT levels induced by such an MA intake play a role in the increased HDL cholesterol levels observed and in the antioxidative effect. In func- tional terms, membrane fluidity was improved irrespective of the subjects’ age.

Keywords

myristic acid, milk, HDL-cholesterol, oxidized LDL, Lp(a), n-3 fatty acids, membrane fluidity.

1. Service de Nutrition – Hôpital Haut-Lévêque – Pessac – France.

2. Laboratoire de Biochimie – Hôpital Saint-André – Bordeaux – France.

3. Laboratoire de Biochimie médicale – Faculté de Médecine – Rennes – France.

4. CNIEL – Paris – France.

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© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

RÉSUMÉ

Des apports élevés en acide myristique (AM) sont associés à une augmentation du LDL-cholestérol et du risque de maladie cardiovasculaire. Les études que nous avons menées chez le volontaire sain montrent que des apports modérés en AM provenant de la matière grasse laitière et contrôlés en autres acides gras ont des effets bénéfi- ques sur les paramètres lipidiques, la fluidité membranaire et le stress oxydant.

Trois études ont été menées dans des collectivités de moines Bénédictins soumis à un protocole identique : chaque sujet étant son propre témoin recevait après une diète contrôle successivement 2 diètes expérimentales. Ainsi, 3 apports en AM étaient-ils évalués : 0,6-1,2-1,8 % de l’Énergie totale (ET), soit 1,5-3-4 g/jour pour environ 2200 Kcal/jour dans une étude à court terme (périodes de 5 semaines) et dans une étude à long terme (périodes de 3 mois). Les apports en acide alpha-linolé- nique (ALA) représentaient 0,9 % ET soit 2 g/jour et provenaient de l’huile de colza.

Seuls des apports en AM de 1,8 % s’accompagnaient à la fois d’une augmentation du HDL-cholestérol, de l’apo A-1 et d’une diminution des triglycérides et du rapport cho- lestérol total/HDL. Des apports en AM de 1,2 % + ALA de 0,9 % étaient associés à une augmentation des taux d’EPA et de DHA des phospholipides, et à une augmentation des LDL oxydées (LDLOx). Inversement, des apports en AM de 1,8 % + ALA de 0,9 % étaient associés à une baisse de l’EPA et du DHA, et à une baisse des LDLOx. La Lp(a) était plus basse avec l’apport le plus élevé en AM. La fluidité membranaire était la éle- vée pour des apports en AM de 1,2 %, particulièrement chez les sujets les plus âgés.

Un apport en AM de 4 g/jour sous forme de matière grasse laitière, où l’AM est majo- ritairement en position sn-2 sur les triglycérides, s’accompagne d’une augmentation du HDL-cholestérol et d’une diminution des triglycérides sans modification du LDL- cholestérol. Un tel effet reste à évaluer dans le syndrome métabolique. De plus, un tel apport protègerait de l’oxydation de l’EPA et du DHA favorisée par un apport recom- mandé en ALA de 2 g/jour, ainsi qu’en témoigne la diminution des LDLOx et de la Lp(a). Les LDLOx, comme les phospholipides oxydés, semblent exclusivement pré- sents sur la Lp(a), possèdent des propriétés pro-inflammatoires et seraient responsa- bles en cas de stress oxydant de l’athérogénicité de la Lp(a). L’augmentation de la LCAT induite par un tel apport en AM participe à l’augmentation du HDL-cholestérol et à l’effet anti-oxydant. Sur le plan fonctionnel, la fluidité membranaire est améliorée quelque soit l’âge.

Mots clés

acide myristique, lait, HDL-cholestérol, LDL oxydées, Lp(a), acides gras ω3, fluidité membranaire.

1 – INTRODUCTION

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le concept lipidique de l’athérosclérose était basé sur l’opposition entre les acides gras saturés (AGS) et les acides gras polyinsaturés (AGPI) [1]. Cette théorie provenait en partie de l’étude des Sept Pays d’Ancel Keys [2] qui était une aventure nutritionnelle extraordinaire et reste toujours bien ancrée dans la prati- que [3]. À côté de cette approche non réellement satisfaisante pour beaucoup de biochi- mistes, deux autres voies étaient ouvertes.

1) celle des LDL oxydées (LDLox) obtenues par peroxydation des composants lipidi- ques et/ou protéiques sous l’influence des radicaux libres [4]. Ainsi, les LDLox représen- tent-elles des marqueurs du stress oxydant vis-à-vis des acides gras et l’apo B modifiés et les relations entre oxydation, inflammation et thrombose jouent-elles un rôle majeur dans l’athérosclérose [5] ? ;

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2) les études des molécules oxydantes des agents de la phagocytose montrent claire- ment les effets inflammatoires des LDLox et des phospholipides oxydés via l’activation des polynucléaires ou des macrophages [6, 7]. De plus, l’étude des Infirmières américai- nes [8] a montré que des apports en acide myristique et laurique autour de 1,5 % de l’énergie totale (ET) ne sont pas associés au risque de coronaropathie (RR = 0,96), alors que ce risque est légèrement élevé (RR = 1,30) pour des apports en acide stéarique autour de 4 % ET. Ainsi devient-il progressivement clair qu’un équilibre entre les acides gras saturés et insaturés considérés non plus dans leur ensemble mais individuellement doit être atteint. Par ailleurs, la série n-6 des acides gras à longues chaines ne semble plus être la source unique de phospholipides oxydés.

Les travaux récents que nous avons menés chez l’homme sain [9, 10] avec des apports contrôlés en acide myristique (AM) autour de 3 à 4 g/jour en position sn-2 sur les triglycérides apportent des résultats originaux sur le HDL-cholestérol, les acides gras de la série n-3, les LDLox et la fluidité membranaire.

2 – SUJETS ET MÉTHODES

Deux études d’intervention nutritionnelle ont été réalisées suivant le même protocole : les sujets étaient des moines bénédictins de deux régions différentes (Aquitaine et Massif central), volontaires sains, de poids normal, non dyslipidémiques ni diabétiques, ayant une bonne activité physique et prenant tous leurs repas dans le monastère. Les diètes expérimentales (diètes 1, 2 et 3) avaient en commun : l’apport calorique total (2 200 Kcal/

jour), et des apports en acides gras conformes aux recommandations : acide palmitique (5,5 % ET), stéarique (2,3 % ET), oléique (11,5 % ET), linoléique (LIA) (4,5 % ET) et α-lino- lénique (ALA) (0,9 % ET), avec un rapport LIA/ALA autour de 5. Elles se différenciaient essentiellement par les apports en acide myristique (soit 0,6 % ET pour la diète 1, ou 1,2 % ET pour la diète 2, ou 1,8 % ET pour la diète 3). Ces apports en AM correspon- daient à la consommation journalière d’environ 300 ml de lait demi-écrémé (pour 0,6 % ET, soit 1,6 g/j) ou de lait entier (pour 1,2 % ET, soit 3 g/j) ou de lait spécialement enrichi en AM (pour 1,8 % ET, soit 4 g/j), de 10 g de beurre, les autres sources en AGS étaient contrôlées et limitées (principalement la charcuterie et le fromage). Les apports en ALA de 0,9 % ET, soit 2 g/j, étaient en partie assurés par 2 cuillères à soupe d’huile de colza par jour.

Chaque moine étant son propre témoin recevait successivement une diète expéri- mentale pendant 5 semaines (pour l’étude 1 ou étude à court terme) ou pendant 3 mois (études 2 et 3 ou études à long terme), puis une diète contrôle pendant 5 semaines ou 3 mois et enfin l’autre diète expérimentale pendant la même durée. La diète contrôle se caractérisait par des apports en AM de 1,2 % ET et en ALA de 0,4 % ET.

L’analyse des paramètres lipidiques était réalisée par méthode enzymatique habi- tuelle en utilisant un automate multiparamètre LX 20 (Beckman-Coulter, France). L’ana- lyse des acides gras des phospholipides (PL) et des esters du cholestérol (ESC) était réalisée par chromatographie en phase gazeuse avec une colonne Carbowax de 50 m.

Les résultats de chaque acide gras étaient exprimés en % des acides gras totaux.

Les taux plasmatiques des LDLOx étaient obtenus par méthode ELISA grâce à un anticorps monoclonal murin mAb-4E6 se fixant spécifiquement sur le groupe phosphoryl- choline des PL oxydés et dirigé vers un épitope de l’Apo B-100 des LDL [11].

La mesure de la fluidité membranaire des globules rouges était évaluée par la techni- que d’electron spin resonance (ESR) avec une sonde paramagnétique [10]. Le temps de relaxation-corrélation de la sonde (τc) était calculé par un spectromètre ECS106 (Wissem- bourg, France). τc est exprimé en nanosecondes (ns) et est directement proportionnel à la fluidité membranaire. Les valeurs normales de τc sont comprises entre 2,8 et 3,8 ns. Plus la structure de la membrane est fluide, plus basse est la valeur de τc.

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3 – RÉSULTATS

3.1 Résultats sur le HDL-cholestérol

Les apports en AM de 0,6 % + ALA de 0,9 % (diète 1) s’accompagnaient par rapport à la diète contrôle d’une baisse du cholestérol total (CT), du LDL-cholestérol, des triglycé- rides (TG), du rapport CT/HDL-cholestérol et d’une augmentation du rapport Apo A-I/Apo B ; le HDL-cholestérol n’était pas modifié (tableau 1).

Les apports en AM de 1,2 % + ALA de 0,9 % (diète 2) s’accompagnaient des mêmes résultats par rapport à la diète contrôle mais, comparativement à la diète 1, la baisse des TG était plus importante (P < 0,05) et l’augmentation du HDL-cholestérol plus élevée (P < 0,05) (tableau 1).

Les apports en AM de 1,8 % + ALA de 0,9 % (diète 3) s’accompagnaient par rapport à la diète contrôle d’une baisse des TG, du rapport CT/HDL-cholestérol et d’une aug- mentation du HDL-cholestérol , de l’Apo A-I (tableau 1).

Tableau 1 Lipides plasmatiques.

3.2 Résultats sur les acides gras ω 3

Les 3 diètes expérimentales s’accompagnaient d’une augmentation de l’ALA des PL et des ESC (tableau 2). Les taux d’EPA des PL et des ESC augmentaient avec les diètes 1 et 2 dans les études à court et à long terme, mais l’augmentation la plus impor- tante était obtenue avec la diète 2 (P < 0,001). Avec la diète 3 au contraire, les taux d’EPA des PL et des ESC étaient significativement diminués par rapport à la diète contrôle et à la diète 2 (P < 0,0001) (tableau 2). Les taux de DHA des PL étaient augmentés avec la diète 2 comparativement à la diète contrôle et la diète 1 (P < 0,0001). Avec la diète 3 au contraire, les taux de DHA des PL étaient diminués par rapport à la diète contrôle et à la diète 2 (P < 0,0001) (tableau 2).

CT (g/l)

LDL (g/l)

HDL (g/l)

TG

(g/l) CT/HDL Apo A-I/Apo B Diète contrôle

(AM = 1,2 % ET, ALA = 0,4 % ET) 2,2 1,53 0,44 0,99 5,14 1,56

Diète 1

(AM = 0,6 % ET, ALA = 0,9 % ET) 1,93d 1,32d 0,45 0,85b 4,56d 1,66c Diète contrôle

(AM = 1,2 % ET, ALA = 0,4 % ET) 2,13 1,46 0,46 1,01 4,85 1,48

Diète 2

(AM = 1,2 % ET, ALA = 0,9 % ET) 1,91c 1,29b 0,48A 0,77d,A 4,27b 1,73c

Diète contrôle

(AM = 1,2 %, ALA = 0,4 % ET) 2,08 1,38 0,55 0,73 3,99 1,68

Diète 2

(AM = 1,2 % ET, ALA = 0,9 % ET) 1,9d 1,25c 0,52a 0,68a 3,81a 1,78a Diète contrôle

(AM = 1,2 % ET, ALA = 0,4 % ET) 1,98 1,31 0,5 0,84 4,12 1,7

Diète 3

(AM = 1,8 % ET, ALA = 0,9 % ET) 1,98 1,31 0,53a 0,78a,B 3,92a 1,76 Les lettres en exposant sont significativement différentes de la diète contrôle

(aP < 0,05, bP < 0,005, cP < 0,001, dP < 0,0001) ou de la diète expérimentale (AP < 0,05, BP < 0,005).

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Tableaux 2

Composition en acides gras des phospholipides et esters du cholestérol (% AG totaux).

3.3 Résultats sur les LDL oxydées

La diète 2 s’accompagnait d’une augmentation des LDLOx. La diète 3 au contraire était associée à une baisse des LDLOx. Par comparaison à la diète 2, la diminution des LDLOx (P < 0,01) était plus importante avec la diète 3 (tableau 3).

Les diètes 2 et 3 étaient associées à une baisse de la lipoprotéine Lp(a) par rapport à la diète contrôle, et comparativement à la diète 2, la diète 3 s’accompagnait d’une plus grande baisse de la Lp(a) (P < 0,01) (tableau 3). Les données pour la diète 1 n’étaient pas disponibles.

Tableau 3 LDL oxydées et Lp(a).

3.4 Résultats sur la fluidité membranaire

Les diètes 2 et 3 étaient associées à une amélioration de la fluidité membranaire des globules rouges (figure 1). La fluidité était la plus élevée avec la diète 2. La stratification de la fluidité en fonction de l’âge (moins de 50, entre 50 et 70, plus de 70 ans) montrait que plus le sujet était âgé, plus grande était l’effet sur la fluidité membranaire (figure 1).

Phospholipides ALA EPA DHA

Diète contrôle 0,43 0,56 2,7

Diète 1 0,86e 0,73b 2,4

Diète contrôle 0,53 0,6 2,5

Diète 2 0,75A 1a,D 2,8a,B

Diète contrôle 0,62 1,23 2,73

Diète 2 0,87d 1,75c 2,86a

Diète contrôle 0,62 1,48 2,76

Diète 3 0,82d 1,16c,D 2,28d,D

Esters du cholestérol ALA EPA DHA

Diète contrôle 1,45 NF 2,67

Diète 1 2,15a NF 2,34

Diète contrôle 1,5 NF 3,11

Diète 2 1,96a NF 3,76A

Diète contrôle 0,65 1,27 0,83

Diète 2 0,86c 1,57c 0,94

Diète contrôle 0,65 1,42 0,84

Diète 3 0,86c 1,15c,D 0,75

Les lettres en exposant sont significativement différentes de la diète contrôle

(aP < 0,05, bP < 0,005, cP < 0,001, dP < 0,0001) ou de la diète expérimentale (AP < 0,05, BP < 0,005).

Diète contrôle Diète 2 Diète contrôle Diète 3 LDLox 25,4 ± 7,4 27,6a ± 5,9 26,3 ± 5,7 24,7a,B ± 7,2 Lp(a) (mg/dl) 23,0 ± 21,0 21,0a ± 19,0 19,0 ± 16,0 15,0c,B ± 12,0 Les lettres en exposant sont significativement différentes de la diète contrôle

(aP < 0,05, bP < 0,01, cP < 0,005) ou de la diète expérimentale (AP < 0,05, BP < 0,01).

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4 – DISCUSSION

Concernant les paramètres lipidiques, les résultats principaux étaient l’augmentation du HDL-cholestérol, de l’Apo A-I et la diminution du rapport CT/HDL-cholestérol avec uniquement la diète 3. Ces résultats sont en accord avec des données récentes montrant que les taux de HDL les plus élevés sont observés dans les plus hauts quartiles de con- sommation d’AGS (entre 10,6 et 16 % ET), avec une moindre progression des lésions coronariennes (12). L’acide myristique est plus efficace que les acides palmitique et stéa- rique pour faire augmenter le HDL (13). Il semble falloir un apport suffisant en AM, de l’ordre de 1,8 % ET, pour augmenter le HDL. À cette teneur, on n’observe pas d’augmen- tation du cholestérol total et LDL (tableau 1). Dans nos études, l’AM provient très majori- tairement du lait où il est situé en sn-2 position sur les triglycérides, seule position qui conditionne sa biodisponibilité, son activité et le protège de la β-oxydation. L’AM du lait représente 10 à 12 % des acides gras totaux et les quantités de lait consommées corres- pondent à seulement environ 10 % des calories totales.

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer l’augmentation du HDL par l’AM.

1) Des études chez le hamster doré [14] ont montré que des apports en AM de 2,4 % ET augmentent le HDL et diminuent l’expression des récepteurs SR-B1 hépatiques, avec une corrélation négative entre le HDL et l’expression des récepteurs SR-B1 (r = – 0,69 ; P < 0,0001). Une régression négative est observée entre l’apport en AM et les récepteurs SR-B1 (r = – 0,75 P < 0,0001).

2) La LCAT est également concernée dans le métabolisme du HDL car elle permet le déplacement du cholestérol des tissus et son transport au foie où il sera éliminé. La LCAT est active à la surface des particules HDL (activité α) et nécessite la présence de l’Apo A- I ou de l’Apo A-IV [15]. Il existe une corrélation positive entre le HDL-cholestérol et l’acti- vité LCAT plasmatique, ces deux paramètres pouvant être modulés par les apports en acides gras. Nous avons montré que la combinaison d’un apport en AM provenant du lait (1,8 % ET) et d’un apport en ALA provenant de l’huile de colza (0,9 % ET) (diète 3) s’accompagnait d’une augmentation majeure de l’activité LCAT (plus de 150 % d’aug- mentation) [16]. Par ailleurs cette diète faisait également augmenter l’Apo A-I.

Diète 2

A B C D 4 ,5

4 ,0

3 ,5

3 ,0 ns

a

b c

a

b c

b c

a a

b c

Diète 3

Diète 2 Diète 3

Diète 2 Diète 3

Diète 2 Diète 3 Figure 1

Fluidité membranaire : A, tous âges confondus ; B, sujets de plus de 70 ans ; C, entre 50 et 70 ans ; D, de moins de 50 ans. P < 0,001 pour les lettres différentes.

Plus court est le temps de relaxation-corrélation, plus la fluidité membranaire est élevée.

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L’augmentation de l’ALA au niveau des PL et des ESC par les 3 diètes expérimentales s’expliquait par des apports en ALA deux fois plus élevés dans les diètes expérimentales que dans la diète contrôle (respectivement 0,9 vs 0,4 % ET). Nous-mêmes et d’autres avons montré l’existence d’une corrélation positive entre les apports physiologiques en ALA en position sn-2 sur les triglycérides et l’ALA des ESC [9, 17]. L’augmentation des acides gras EPA et DHA des PL par la diète 2 était essentiellement due à l’augmentation de leur substrat (l’ALA) ainsi que l’ont montré des études antérieures [18].Une augmenta- tion de l’activité Δ6-désaturase dose-dépendante était par ailleurs observée sur des cultures d’hépatocytes de rat avec des apports en AM, mais pas avec les acides palmiti- que ou stéarique [19]. Une myristoylation co-transcriptionelle du complexe Δ6-désaturase pourrait expliquer ce phénomène [20]. La diminution des taux d’EPA et DHA des PL par la diète 3 était intrigante et n’a pas d’explication précise. Une synergie ou une compétition entre AM et ALA peut être évoquée dans la mesure ou cette diminution s’observait à la fois avec des apports supérieurs en ALA mais équivalents en AM (diète 2 vs diète contrôle) et aussi pour des apports supérieurs en AM mais équivalents en ALA (diète 3 vs diète 2).

Chaque particule de LDL contient environ 1 500 molécules d’ESC dans le noyau lipi- dique central entouré d’une enveloppe contenant 500 molécules de cholestérol, 800 molécules de PL et une seule molécule d’apo B-100. Ainsi, l’oxydation des particules LDL par les radicaux libres oxygénés (LDLox) peut-elle se produire soit sur la partie lipidi- que, donnant des oxystérols ou des PL oxydés (PLox) après oxydation des AGPI, soit sur la partie protéique au niveau des groupements lysine de l’apo B-100. L’immunodétection par méthode ELISA des LDLox doit pouvoir différencier les différents épitopes et distin- guer précisément les PLox des LDLox dans leur ensemble [5]. Les anticorps utilisés dans notre étude sont dirigés contre l’apo B et ne révèlent que les LDLox. Les LDLox sont de puissants marqueurs du risque coronarien dans de nombreuses études prospectives ou interventionnelles, indépendamment des autres facteurs de risque [22]. Il existe habituel- lement une corrélation entre les LDLox et les particules LDL petites et denses, mais pas avec le LDL-cholestérol. Les PLox sont également associés à des événements corona- riens aigus ou après des interventions de revascularisation [21, 22]. Ils sont présents de façon prédominante sur la lipoprotéine Lp(a) où ils se lient au fragment du kringle V [23].

Une relation entre les PLox et la Lp(a) vient d’être démontrée, suggérant que l’athérogéni- cité de la Lp(a) pourrait être directement en rapport avec les propriétés pro-inflammatoi- res des PL oxydés [22]. Une association entre le rapport PLox/Apo B-100 et l’existence ou l’extension de lésions artérielles angiographiquement documentées a été récemment mise en évidence (The Bruneck study) [21]. Les dosages réalisés chez plus de 500 sujets immédiatement avant angiographie montrent que le LDL-cholestérol est très faiblement corrélé aux PLox et à la Lp(a) (r = 0,09, P = 0,05) [22].

Des taux élevés d’isoprostanes sont également le témoin d’un stress oxydant. Les isoprostanes sont produits à partir des ESC et des PL des lipoprotéines et des membra- nes cellulaires contenant de l’acide arachidonique (série n-6) [5, 24]. La possibilité d’obte- nir des isoprostanes à partir des acides gras EPA et DHA de la série n-3 (ou neuroprostanes) a été suggérée mais jamais prouvée pour des raisons techniques. Tout récemment, le dosage de l’isoprostane F3α-VI urinaire vient d’être rendu possible par la combinaison d’une chromatographie gazeuse/spectro de masse et chromatographie liquide [25]. Ainsi cet isoprostane peut-il servir de marqueur de la peroxydation de l’EPA et du DHA.

Dans notre étude, la diète 2 était associée par rapport à la diète contrôle à des taux élevés de LDLox et ce, malgré des taux identiques en acide arachidonique des PL et des ESC. Ces données suggèrent que l’augmentation des taux d’EPA et DHA des PL et des ESC avec la diète 2 pourrait accroître l’oxydabilité des acides gras à longues chaînes ainsi qu’en témoigne l’augmentation des LDLox. L’existence de corrélations entre les taux de DHA des PL, les LDLox (r = 0,50 ; P < 0,03) et la Lp(a) (r = 0,50 ; P < 0,02) renforcent cette hypothèse. De manière surprenante, le taux de Lp(a) diminuait avec la diète 2. La diète 3 au contraire, par comparaison avec la diète contrôle et la diète 2, s’accompagnait d’une diminution des LDLox, et de la Lp(a). Ces données montrent que, a contrario, lorsque les taux d’EPA et de DHA diminuent (diète 3 par comparaison avec la diète contrôle et la diète 2), le risque d’oxydabilité de ces acides gras peut également diminuer.

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Quelles peuvent être les relations entre l’AM et les LDLox ? Des apports en AM de 1,8 % ET (4 g/jour) pourraient protéger de l’oxydation des acides gras à longues chaînes n-3, laquelle est majorée quand les apports en ALA augmentent. En augmentant le HDL- cholestérol, l’AM à ces taux majore l’activité de plusieurs enzymes aux propriétés anti- oxydantes : la LCAT (augmentée de 150 % dans notre étude), la paraoxonase et la platelet activating factor (PAF)-acétylhydrolase qui transestérifient alors les chaînes des phosphatidylcholines oxydées [26, 27].

La fluidité membranaire des globules rouges était très améliorée chez tous les sujets avec les diètes 2 et 3. Les meilleurs résultats étaient obtenus chez les plus âgés avec la diète 2, où elle était augmentée de 30 %, passant de 4,2 à 3,3 ns [10]. Les valeurs nor- males de τc étant comprises entre 2,8 et 3,8 ns, une différence de 0,4 à 0,5 ns est consi- dérée comme significative [28]. Une amélioration de la fluidité membranaire est associée à une amélioration de la plasticité, de la déformabilité et de la résistance au stress. Ainsi, de telles modifications ont-elles des effets bénéfiques sur la vascularisation cérébrale et peuvent diminuer l’incidence des accidents vasculaires cérébraux. De plus, on peut pen- ser que la fluidité des membranes des polynucléaires et des macrophages est améliorée, avec des conséquences favorables sur l’inflammation et/ou l’athéromatose [29].

En conclusion, un apport en AM à 1,8 % ET sous forme de matière grasse laitière où l’AM est majoritairement en position sn-2 sur les triglycérides, s’accompagne d’une aug- mentation du HDL-cholestérol sans modification du LDL-cholestérol. Cet apport pourrait protéger de l’oxydation de l’EPA et du DHA favorisée par un apport en ALA à 0,9 % ET, ainsi qu’en témoignent la diminution des LDLox et de la Lp(a). Les LDLox, comme les PLox, semblent exclusivement présents sur la lipoprotéine Lp(a), possèdent des proprié- tés pro-inflammatoires et seraient responsables en cas de stress oxydant de l’athérogéni- cité de la Lp(a). L’augmentation de la LCAT induite par un tel apport en AM participe à l’augmentation du HDL et à l’effet anti-oxydant. Sur le plan fonctionnel, la fluidité mem- branaire est améliorée quelque soit l’âge, mais d’autant plus que les sujets sont âgés.

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