Sorbonne Universit´e Licence de Math´ematiques L3
Corrig´ e de l’examen d’analyse complexe (3M266) Mai 2018.
Exercice 1.
(a) Soitf une fonction holomorphe sur le disque unit´eD(0,1) de module constant m. Sim est nul,f est nulle. Sinon,ff¯=|f|2 =m2, donc ¯f =m2/f est aussi holomorphe. Notons P = Re(f) = Re( ¯f) et Q = Im(f) = −Im( ¯f). Les
´
equations de Cauchy-Riemann pour les fonctions holomorphes f et ¯f disent que les d´eriv´ees partielles de ces fonctions v´erifient ∂xP = ∂yQ = −∂xP et
∂yP = −∂xQ = −∂yP. Donc elles sont toutes nulles sur l’ouvert connexe D(0,1) etf =P+iQy est constante.
Si on pr´ef`ere les massues, on peut aussi conclure `a l’aide du th´eor`eme de l’application ouverte (|f|est constant, donc l’image de f est incluse dans un cercle, donc n’est pas ouverte) ou du principe du maximum I (|f|est constant donc atteint son maximum !).
(b) Cela d´ecoule du principe des z´eros isol´es. En effet, on dispose d’une suite de z´eros distinctszn de f,n∈N, dans le disque unit´e. Par compacit´e du disque unit´e ferm´e, cette suite admet une valeur d’adh´erence, donc l’ensemble des z´eros def admet un point d’accumulation dans l’ouvert connexe C, o`uf est holomorphe :f est nulle.
(c) Soit f une fonction enti`ere telle que f(z) tend vers 2 quand |z| tend vers +∞.|f|est donc major´ee par 3 au-dehors d’une boule. Comme elle est aussi major´ee sur la boule (continuit´e, compacit´e),fest une fonction enti`ere born´ee, donc est constante par le th´eor`eme de Liouville.
Exercice 2.
(a) Le discriminant vaut−3 = (i√
3)2 6= 0 donc il y a deux solutions,−1 2±i
√ 3 2 , i.e.jet ¯j=j2. On peut aussi remarquer l’identit´ez3−1 = (z−1)(z2+z+1) et en d´eduire que les solutions de l’´equation propos´ee sont les racines troisi`emes de l’unit´e autres que 1.
(b) zest solution dez2n+zn+1 = 0 si et seulement siznest solution de l’´equation du (a), i.e.z est racine n-i`eme dej ouj2. Commeαn=j, les racines n-i`emes de j sont les n nombres complexesαωk, o`u kest entier et 0≤k≤n−1. De mˆeme, commeβn=j2, les racines n-i`emes dej2sont lesnnombres complexes βωk, o`u kest entier et 0≤k≤n−1.
Soit un entierk tel que 0≤k≤n−1. L’argument dans [0,2π[ deαωk (resp.
βωk) vaut 2π n
1 + 3k
3 (resp. 2π n
2 + 3k 3 ).
1
2
(c) Quand z → z0, g(z) = g0(z0)(z−z0) + o(z−z0) ∼ g0(z0)(z −z0), donc 1
g(z) ∼ 1
g0(z0)(z−z0). Cet ´equivalent prouve que la fonction 1/g a un pˆole simple en z0, de r´esidu 1/g0(z0).
C’est dans le polycopi´e de cours mais on peut redonner l’argument. D’abord, cet ´equivalent assure que |1/g|tend vers +∞ en z0, donc 1/g admet un pˆole en z0 : pour z proche de z0, 1
g(z) = h(z)
(z−z0)k, avec k ∈ N∗, h holomorphe et h(0) 6= 0. Alors 1
g(z) ∼ h(0)
(z−z0)k quand z → z0; en comparant avec l’´equivalent ci-dessus, on trouve k = 1 (donc le pˆole est simple) et h(0) =
1
g0(z0). La s´erie de Laurent de 1/g est alors donn´ee par la s´erie enti`ere de h en z0, divis´ee parz−z0 : le r´esidu est donc h(0) = 1
g0(z0).
(d) On applique la question pr´ec´edente avec g(z) = z2n+zn+ 1 et z0 = a.
Commeaest dans A,g(a) =a2n+an+ 1 = 0 etg0(a) = 2na2n−1+nan−1 = na−1(2g(a)−an−2) =−na−1(an+ 2) (qui n’est pas nul, parce queaest de module 1 par exemple). D’o`u Res(f, a) =− a
n(2 +an).
(e)
0 R
Rω
σR
•α
•β βω•
αω•
• αω2
• βω2
• βω3
• αω3
(f) (i) f est continue surR+ etf(x)∼x−2n, 2n >1, quandx→+∞, donc f est int´egrable sur R+ etI est un nombre r´eel bien d´efini.
(ii) On applique la formule des r´esidus dans l’ouvert simplement connexeC o`uσRest trac´e et o`uf est holomorphe hors d’un nombre fini de points (les points de A). Le compl´ementaire de l’image de σR poss`ede deux composantes connexes : une composante born´ee Ci (`a l’int´erieur de σR) et une composante non born´eeCe (`a l’ext´erieur).
Les points deAqui sont dans Ci sont ceux dont l’argument dans [0,2π[
est inf´erieur `a 2π
n . Or pour k entier entre 0 et n−1, l’argument dans [0,2π[ de αωk (resp. βωk) vaut 2π
n
1 + 3k
3 (resp. 2π n
2 + 3k
3 ). Ainsi, la
3
composante born´ee Ci contient deux ´el´ements de A (correspondant `a k= 0) : α=e2iπ3n etβ =e4iπ3n ; ils sont d’indice 1 par rapport `a σR. Les autres ´el´ements deAsont dans la composante non born´eeCeet d’indice nul. Donc :
1 2iπ
Z
σR
f(z)dz= Res(f, α) + Res(f, β) =−1 n
α
2 +αn + β 2 +βn
.
(iii) Si zest dans l’image deγR, son module estR et l’in´egalit´e triangulaire (`a l’envers) donne 1
|f(z)| ≤ 1
|z|2n− |z|n−1 = 1
R2n−Rn−1. Comme le cheminγRest de longueur (2π/n)R, on obtient la majoration grossi`ere :
Z
γR
f(z)dz
≤L(γR) sup
γR∗
|f| ≤ (2π/n)R R2n−Rn−1.
Le membre de droite tend vers 0 quand R → +∞, donc Z
γR
f(z)dz aussi.
(iv) Z
[0,R]
f(z)dz tend versI quandR →+∞. Le segment orient´e [0, Rω] se param`etre par t7→tω, pour t∈[0, R], donc
Z
[0,Rω]
f(z)dz = Z R
0
ωdt
ω2nt2n+ωntn+ 1
Avec ωn = 1, on voit que ceci tend vers ωI quand R → +∞. Avec la relation de Chasles, (ii) et (iii), on en tire :
1
2iπ(I+ 0−ωI) =−1 n
α
2 +αn+ β 2 +βn
,
soit
I = 2iπ n(ω−1)
α
2 +αn + β 2 +βn
.
(v) En rempla¸cant ω,α etβ par leurs valeurs, cela donne I = 2iπ
n(e2iπn −1) e2iπ3n
2 +j + e4iπ3n 2 + ¯j
! .
En multipliant num´erateur et d´enominateur par e−iπn , on trouve I = π
nsinπn
e−iπ3n
2 +j + conjugu´e
! .
Enfin, 2 +j = 3 2+i
√ 3 2 =√
3eiπ6, donc I = π
nsinπn
√1 3
e−iπ3n−iπ6 + conjugu´e
= π
nsinπn
√2
3cosπ 6 + π
3n
.
4
Exercice 3.
(a) U et V sont des ouverts connexes, o`u g est holomorphe et non constante (puisque injective). Le th´eor`eme de l’application ouverte dit que les images g(U) et g(V) sont des ouverts de C. De plus, si w est dans g(U) ∩g(V), w=g(z1) =g(z2) avecz1 ∈U etz2∈V. CommeU etV sont disjoints,z1 et z2 sont distincts, d’o`u g(z1) 6= g(z2) par injectivit´e. C’est une contradiction doncg(U)∩g(V) est vide.
(b) g est une fonction holomorphe sur l’anneauC∗ =A(0,0,+∞) donc s’y ´ecrit comme une s´erie de Laurent :g(z) =
+∞
X
n=−∞
anznpour toutz∈C∗. La question (a) montre que la singularit´e degen 0 n’est pas essentielle : en effet,U est un disque ´epoint´e centr´e en 0 et son imageg(U) n’est pas dense dansCpuisqu’elle est disjointe de l’ouvert g(V). Donc la s´erie de Laurent de g n’admet qu’un nombre fini de coefficients an non nuls avecn <0. On peut donc trouver un entier p tel queg(z) =
+∞
X
n=p
anzn pour toutz∈C∗.
(c) La fonctionh est holomorphe sur C∗, injective et ne s’annule pas, d’apr`es les propri´et´es correspondantes de g. Donc ce qui pr´ec`ede s’applique aussi `a h et cela donne le r´esultat voulu : il existe q ∈ Z et des coefficients bn tels que h(z) =
+∞
X
n=q
bnzn pour toutz∈C∗.
(d) En rempla¸cant z par 1/z dans le d´eveloppemement deh ci-dessus, on trouve pour toutz∈C∗ :
g(z) =h(1/z) =
+∞
X
n=q
bnz−n=
−q
X
n=−∞
b−nzn.
Par unicit´e du d´eveloppement en s´erie de Laurent deg, les coefficients de cette formule s’identifient `a ceux qu’on a trouv´es en (b) et donc an = 0 pour tout entiern >−q. Ainsi, le d´eveloppement du (b) s’´ecritg(z) =
−q
X
n=p
anzn. Sipest
positif, g est polynˆomiale donc on peut choisir m = 0 et P(X) =
−q
X
n=p
anXn. Sinon, p = −m avec m ∈ N et on peut ´ecrire g(z) = P(z)/zm pour tout z∈C∗, en introduisant le polynˆome P(X) =
−q
X
n=−m
anXn+m=
m−q
X
n=0
an−mXn. (e) Pourz∈C∗,P(z) =zmg(z) n’est pas nul puisque g ne s’annule pas.
(f) D’apr`es (e), le polynˆome complexe P s’´ecrit P(X) = αXk, avec α ∈ C et k ∈N. Ainsi, pour z ∈C∗,g(z) = αzd, avec d=k−m. Comme g n’est pas constante (injective), α etdne sont pas nuls. De plus, si |d| ≥2,g n’est pas injective : l’´equation g(z) =α a alors pour solutions les racines |d|-i`emes de l’unit´e. Donc d= 1 ou d=−1.