- - -
- - -
Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Benghiat, F. (2007). Contrôle de la réaction allogénique par les lymphocytes T régulateurs naturels (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Médecine – Médecine, Bruxelles.
Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/216587/9/12d35638-a234-40d8-b7fb-7a70ee630dab.txt
(English version below)
Cette thèse de doctorat a été numérisée par l’Université libre de Bruxelles. L’auteur qui s’opposerait à sa mise en ligne dans DI-fusion est invité à prendre contact avec l’Université ([email protected]).
Dans le cas où une version électronique native de la thèse existe, l’Université ne peut garantir que la présente version numérisée soit identique à la version électronique native, ni qu’elle soit la version officielle définitive de la thèse.
DI-fusion, le Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles, recueille la production scientifique de l’Université, mise à disposition en libre accès autant que possible. Les œuvres accessibles dans DI-fusion sont protégées par la législation belge relative aux droits d'auteur et aux droits voisins. Toute personne peut, sans avoir à demander l’autorisation de l’auteur ou de l’ayant-droit, à des fins d’usage privé ou à des fins d’illustration de l’enseignement ou de recherche scientifique, dans la mesure justifiée par le but non lucratif poursuivi, lire, télécharger ou reproduire sur papier ou sur tout autre support, les articles ou des fragments d’autres œuvres, disponibles dans DI-fusion, pour autant que :
Le nom des auteurs, le titre et la référence bibliographique complète soient cités;
L’identifiant unique attribué aux métadonnées dans DI-fusion (permalink) soit indiqué;
Le contenu ne soit pas modifié.
L’œuvre ne peut être stockée dans une autre base de données dans le but d’y donner accès ; l’identifiant unique (permalink) indiqué ci-dessus doit toujours être utilisé pour donner accès à l’œuvre. Toute autre utilisation non mentionnée ci-dessus nécessite l’autorisation de l’auteur de l’œuvre ou de l’ayant droit.
--- English Version ---
This Ph.D. thesis has been digitized by Université libre de Bruxelles. The author who would disagree on its online availability in DI-fusion is invited to contact the University ([email protected]).
If a native electronic version of the thesis exists, the University can guarantee neither that the present digitized version is identical to the native electronic version, nor that it is the definitive official version of the thesis.
DI-fusion is the Institutional Repository of Université libre de Bruxelles; it collects the research output of the University, available on open access as much as possible. The works included in DI-fusion are protected by the Belgian legislation relating to authors’ rights and neighbouring rights.
Any user may, without prior permission from the authors or copyright owners, for private usage or for educational or scientific research purposes, to the extent justified by the non-profit activity, read, download or reproduce on paper or on any other media, the articles or fragments of other works, available in DI-fusion, provided:
The authors, title and full bibliographic details are credited in any copy;
The unique identifier (permalink) for the original metadata page in DI-fusion is indicated;
The content is not changed in any way.
It is not permitted to store the work in another database in order to provide access to it; the unique identifier (permalink) indicated above must always be used to provide access to the work. Any other use not mentioned above requires the authors’ or copyright owners’ permission.
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES - FACULTE UE MEDECINE
Contrôle de la réaction
allogénique par les lymphocytes T régulateurs naturels
Fleur SdrnambJi Benghwf Décembre 2007
Promoteurs : Docteur Alain Le Moine Professeur Michel Gold'inan
THESE DE DOCTORAT PRESENTEE EN VUE DE L’OBTENTION DU TITRE-ACADEMIQUE DE
DOCTEUR EN SCIENCES MEDICALES
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES - FACULTE DE MEDECINE
Contrôle de la réaction
allogénique par les lymphocytes T régulateurs naturels
Fleur Samantha Benghiat Décembre 2007
Promoteurs : Docteur Alain Le Moine Professeur Michel Goldman
THESE DE DOCTORAT PRESENTEE EN VUE DE L'OBTENTION DU TITRE ACADEMIQUE DE DOCTEUR EN SCIENCES MEDICALES
Ui r’ - ^f TTîi:i!S i-ra-:.me Bibliothèque n-, iVeoecios; ^
Rouiô ht? U' •' ■' èOH (Bat.E)
3~ 1070 Bruxelles
Tél.: ■^-'-55.61.70
THESE DEFENDUE EN SEANCE PRIVEE LE 05 DECEMBRE 2007 ET EN SEANCE PUBLIQUE LE 18 DECEMBRE 2007
Composition du jury de thèse :
Président : Pierre Bergmann Secrétaire : Michel Goldman
Experts ULB ; Jean Content, Stéphane Schurmans, Hubert Louis, Alain Le Moine Experts étrangers :
Oberdan Léo (IBMM) et Stephen P. Cobbold (Dunn School of Pathology, Oxford)
THESE DE DOCTORAT PRESENTEE EN VUE DE L’OBTENTION DU TITRE ACADEMIQUE DE
DOCTEUR EN SCIENCES MEDICALES
Ce qui pose problème n'est pas ce que nous ne savons pas, c'est ce que nous tenons pour certain et qui ne l'est pas.
Mark Twain
Merci
Michel Goldman, pour m’avoir accueilli dans votre laboratoire, pour votre disponibilité, pour votre écoute et vos conseils tant sur le plan humain que scientifique.
Alain, d’avoir systématiquement trouvé une solution. Merci d’avoir supervisé ce travail pratiquement 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 pendant 1640 jours. Merci pour tes idées géniales, ton enthousiasme débordant, ton humour décapant, ta spontanéité, ta confiance sans limite, ton indulgence devant mes doutes et mes angoisses, ton amitié.
Maman, d’avoir toujours les mots justes. Merci pour ta douceur, ta bienveillance, ton indéfectible partialité en ma faveur.
Michel, qui prend si bien soin de Maman.
Philippe, de m’avoir inlassablement redonné le sourire et remonté le moral.
Benoît, d’avoir rendu cette thèse lisible. Merci pour ton amour, ta tendresse, ta maladresse, ton soutien, ta patience. Merci d’avoir été près de moi et d’être encore là.
Remerciements | 3
Un tout grand merci également à toutes celles et ceux :
qui ont pris leur temps pour m’expliquer ce qu’est une pipette ;
qui ont passé des heures interminables sous la hotte ou dans l’animalerie à m’aider dans mes manips titanesques de jour comme de nuit et parfois même les jours fériés ;
- qui ont lu et encore relu ce manuscrit à la recherche du mot juste ;
- avec qui j’ai eu de fructueuses discussions concernant mes résultats bizarres, les Tregs, les Thl7, la transplantation ;
avec qui j’ai refait le monde à la cafet’ du labo ;
- dont le sourire dans les couloirs a fait que c’était un plaisir de venir travailler ;
- qui m’ont emmené jusqu’au zoning industriel de Gosselies lorsque ma vieille Twingo n’en pouvait plus ;
- qui m’ont écouté me plaindre des problèmes d’animalerie ;
qui sont tombés dans les pommes alors que je disséquais leurs souris ; qui ont maintes fois sauvé l’ordinateur que je maltraitais inconsciemment ; qui ont subi mon harcèlement moral concernant le suivi des commandes ; qui ont fait des paris qu’ils ont perdu ;
- qui ont essayé de me faire faire du sport pour me détendre (bien essayé !) ; - qui m’ont prêté des BD pour me dissuader de lire des articles sérieux ; - qui m’ont ouvert les portes à chaque fois que j’oubliais mon badge ;
- qui se sont moqués de moi quand j’arrivais avec ma feuille de salade pour seul repas ; - qui ont pelé mes mandarines parce que j’ai horreur de le faire ;
- qui se sont occupés de mes souris ;
- qui m’ont coaché pour que je devienne un peu plus diplomate ; - qui m’ont presque fait hurler de rire au séminaire du mardi ;
qui ont tenté de faire pousser du lierre dans ce bureau à l’atmosphère désertique ; - avec qui j’ai fait la fête jusqu’au bout de la nuit.
R e in e r c i e m e n t s | 4
TABLE DES MATIERES__________________
Errata... 8
SUMMARY...9
RESUME... 10
ABREVIATIONS... 11
INTRODUCTION... 12
1 L’alloréactivité... 12
1.1 La réponse allogénique... 12
1.1.1 Définition de l’alloantigène... 12
1.1.1.1 Les complexes majeurs d’histocompatibilité (CMH)...13
1.1.1.2 Les antigènes mineurs... 14
1.1.2 Induction de la réponse allogénique... 14
1.1.2.1 Présentation de l’alloantigène par les APC... 14
1.1.2.2 Activation des lymphocytes alloréactifs... 15
1.1.3 Populations effectrices et rejet d’allogreffe... 16
1.1.3.1 Les lymphocytes T CD8^ alloréactifs... 16
1.1.3.2 Les lymphocytes T CD4''’ alloréactifs... 16
1.2 Le rejet d’allogreffe : aspects cliniques... 18
1.2.1 Rejet aigu... 18
1.2.2 Rejet chronique... 19
1.3 Les limites des traitements actuels du rejet d’allogreffes... 19
2 La tolérance immune... 20
2.1 La tolérance au soi... 20
2.1.1 Introduction...20
2.1.2 La tolérance centrale : de la sélection thymique à la génération de lymphocytes T régulateurs naturels...20
2.1.3 La tolérance périphérique... 22
2.1.3.1 L’anergie... 22
2.1.3.2 La délétion... 22
2.1.4 Les lymphocytes T régulateurs... 23
Table des m a tiè r c s |5
2.1.4.1 Les lymphocytes T régulateurs naturels (nTregs)... 23
A. Historique... 23
B. Phénotype... 24
B. 1. Le CD25 et le rôle de l’IL-2...24
B. 2. Foxp3... 25
B. 3. Le CTLA-4 et le CD28... 26
B. 4. LeGITR... 27
B. 5. Les autres molécules... 27
C. Mécanismes de suppression des Tregs...28
C. 1. La suppression in vitro... 28
C. La. Le rôle de l’IL-2 in vitro... 29
C. 1. b. Le rôle du CTLA-4 et de ses ligands CD80 et CD86 in vitro...29
C. 2. La suppression in vivo... 29
C. 2. a. La circulation des Tregs in vivo... 30
C. 2. b. Le rôle des cellules non-T dans la fonction des Tregs... 31
C. 2. c. Génération de novo de Tregs à partir de lymphocytes T naïfs ; notions de Tregs induits... 32
D. Mécanismes d’échappement à la suppression... 34
2.1.4.2 Spécificité antigénique... 35
2.1.4.3 Expansion des Tregs in vivo et prolifération homéostatique...36
2.2 La tolérance en transplantation... 38
2.2.1 La tolérance centrale en transplantation... 38
2.2.2 La tolérance périphérique en transplantation...38
2.2.2.1 Les notions d’infectious tolérance et de linked suppression... 38
2.2.2.2 Les mécanismes de maintien de la tolérance périphérique...40
2.2.2.3 La spécificité antigénique des Tregs responsables de la tolérance... 40
3 L’interleukine (IL)-17...42
3.1 Introduction...42
3.2 La famille de l’IL-17 et des récepteurs à l’IL-17... 42
3.3 Immunobiologie de l’IL-17... 43
3.3.1 LesThl7...43
Table des m a tiè r c s |6
3.3.1.1 Interactions entre les Th 17 et les cytokines de la famille de lTL-12...43
3.3.1.2 Différenciation des Th 17... 44
3.3.1.3 Régulation des lymphocytes Thl7 différenciés... 46
A. Les cytokines stimulatrices...46
B. Les cytokines inhibitrices... 47
C. Les Tregs... 47
3.3.2 Effets de ITL-17... 48
3.3.2.1 Effet de lTL-17 sur les cellules du système immunitaire... 48
A. Effet sur les polynucléaires neutrophiles et les monocytes/macrophages... 48
B. Effet sur les lymphocytes T...49
C. Effet sur les cellules dendritiques (DC)...49
D. Effet sur les lymphocytes B...49
3.3.2.2 Etudes in vivo...49
A. Maladies auto-immunes... 49
B. Infections...50
C. Allergie...50
D. Cancers...51
E. Transplantation...51
4 Modèles expérimentaux... 52
4.1 Les souris C57BL/6 (B6) et C57BL/6.C-H-2‘’"''^ (bml2), modèle de disparité de CMH de classe II... 52
4.2 Les souris A1(M), modèle transgénique de réactivité anti-H-Y... 52
BUT DU TRAVAIL...54
RESULTATS... 55
1 Rôle des lymphocytes T régulateurs naturels dans l’acceptation spontanée d’allogreffe en l’absence d’immunosuppresseur... 55
2 Rôle des cellules CD4^CD25"^ dans la production d’IL-17 engendrée par la reconnaissance d’un CMH de classe II allogénique... 64
DISCUSSION ET PERSPECTIVES... 86
1 Des Tregs induits aux Tregs naturels... 86
2 Interactions avec l’effet suppresseur des Tregs... 89
3 Rôle des Tregs chez l’homme... 91
4 L’utilisation des Tregs en clinique... 93
5 Perspectives : les Th 17 in vivo... 95
6 Thl7 : des souris et des hommes ?... 97
BIBLIOGRAPHIE...99
ANNEXES...111
Errata
p.l3
Remplacer : « Le fait que ces gènes soient polygéniques (plusieurs gènes codent pour les molécules de CMH) et polyalléliques (plusieurs allèles constituent chaque gène) permet l’existence d’un très grand nombre de CMH différents au sein d’une même population. »
Par : « Le fait que ces gènes soient polymorphiques permet l’existence d’un très grand nombre de CMH différents au sein d’une même population. »
p.l4
Remplacer : « Cette grande diversité assure l’existence de CMH capables de lier un éventuel peptide provenant d’un germe pathogène dans une même population et, en conséquence, garantit la survie de l’espèce mais, par ailleurs, réduit les chances de trouver un dormeur d’organe histocompatible. »
Par : « Cette grande diversité assure l’existence de CMH capables de lier un éventuel peptide provenant d’un germe pathogène, en conséquence, garantit la survie de l’individu mais, par ailleurs, réduit les chances de trouver un donneur d’organe histocompatible. »
p.96
Remplacer : « Cette approche est d’autant plus importante que la neutralisation de l’IL-6 à l’aide d’anticorps est déjà possible en clinique^^^. »
Par : « Cette approche est d’autant plus importante que la neutralisation du récepteur de l’IL-6 à l’aide d’anticorps est déjà possible en clinique^^^. »
Table des m a t i è r e s |8
SUMMARY
Major histocompatibility complex (MHC) polymorphism is a major hindrance to transplantation success. Both minor and major antigen disparities between donor and récipient increase the risk of transplant rejection. This is thwarted by the administration of an immunosuppressive therapy that unspecifically affects ail immune responses therefore increasing the risk of infections and cancers. Besides, this treatment does not seem to prevent chronic rejection.
Recent studies hâve confirmed the existence of lymphocytes called regulatory T cells (Tregs), whose rôle is to maintain the general immune homeostasis and to protect the individual from autoimmune diseases.
The classically described Tregs express constitutively the CD4 antigen, the a chain of the interleukin (IL)-2 receptor (CD25) and the transcription factor Foxp3. They represent 5 to 10% of total 004"^ T cells. Tregs are able to control alloreactive responses and were described to be responsible for the maintenance of allograft tolérance in mice. So far, the tolerogenic capacities of Tregs hâve been demonstrated either in mice treated with immunomodulatory antibodies (induced Tregs) or by adoptive co-transfer of Tregs and effector cells into lymphopénie mice.
However, the latter has the disadvantage of not being able to distinguish the effect of Treg on lymphopenia-induced homeostatic prolifération from their effect on alloreactive responses.
Herein, we show that Tregs play a crucial rôle in spontaneously accepted allografts in the absence of immunosuppressive therapy and in non-lymphopenic condition. Indeed, the déplétion of the récipient’s Tregs through the administration of an anti-CD25 antibody enhances type-Thl and type-Th2 allogeneic responses, consequently triggering allograft rejection. However, the regulatory properties of Tregs are not unlimited. Indeed, we found that Tregs are unable to control allogeneic IL-17 production by memory CD4'^ T cells and are even necessary for de novo Th 17 différentiation.
We conclude, therefore, that Tregs naturally présent in the récipient play a critical rôle in protecting the allograft. Nevertheless, despite this context of régulation, IL-17-producing alloreactive T cells, beyond the control of Tregs, could médiate an alternative pathway of allograft rejection.
S U rn m a r y | 9
RESUME
Le polymorphisme et le polygénisme des complexes majeurs d’histocompatibilité (CMH) limitent les succès de la transplantation. En effet, les disparités, tant d’antigènes mineurs que majeurs, exposent le patient transplanté au risque de rejet et imposent l’administration d’un traitement immunosuppresseur. Ce dernier affecte de façon non spécifique l’ensemble des réponses immunitaires et augmente le risque d’infections mortelles et de cancers. En outre, ce traitement ne semble pas prévenir le rejet chronique.
Des découvertes récentes ont confirmé l’existence de lymphocytes appelés régulateurs (Tregs) dont le rôle est de garantir l’homéostasie des réponses immunes afin qu’elles ne deviennent incontrôlées et pathologiques. Les Tregs classiquement décrits expriment de manière constitutive l’antigène CD4”^, la chaîne a du récepteur de l’interleukine (IL)-2 (CD25) et le facteur de transcription Foxp3. Ils représentent 5 à 10% des lymphocytes CD4^ totaux. Les Tregs sont capables de réguler des lymphocytes alloréactifs et ont été décrits comme responsables du maintien de la tolérance d’allogreffe chez la souris. Mais jusqu'alors, les modèles employés pour démontrer l'importance des Tregs en transplantation utilisaient soit un traitement immunosuppresseur transitoire, soit des transferts de cellules T dans des souris lymphopéniques.
Toutefois, ces derniers ne permettent pas de distinguer l'effet des Tregs sur la prolifération homéostatique des lymphocytes effecteurs de leur effet sur la réponse allogénique.
Dans notre travail, nous montrons que les Tregs jouent un rôle prépondérant dans l’acceptation spontanée d’allogreffes en l’absence d’immunosuppresseur et en dehors d’un contexte lymphopénique chez la souris. En effet, la déplétion des Tregs du receveur par l’administration d’anticorps anti-CD25 amplifie les réponses allogéniques de type Thl et Th2 et, par conséquent, déclenche le rejet d’allogreffe. Les propriétés régulatrices des Tregs ne sont cependant pas illimitées. En effet, dans un second travail, nous décrivons, d’une part, leur incapacité à contrôler la production d’IL-17 par des lymphocytes CD4^CD25’’°* mémoires et, d’autre, part leur implication directe dans la différenciation de cellules Thl 7 au départ de lymphocytes CD4‘^CD25"'® alloréactifs.
Nous concluons donc que si les Tregs naturellement présents chez le receveur jouent un rôle primordial dans la protection du greffon contre des réponses de type Thl ou Th2, ils pourraient néanmoins favoriser une voie alterne du rejet d’allogreffe dépendante de l’IL-17.
Résumé | 10
ABREVIATIONS
Xxx ''' : Souris knock out pour le gène Xxx ADCC : Antibody Dépendent Cell Cytotoxicity Ag : Antigen
AICD : Activation Induced Cell Death APC : Antigen Presenting Cell BM : Bone Marrow
CCL : Chemokine Ligand CCR : Chemokine Receptor
CMH : Complexe Majeur d’Histocompatibilité CML : Culture Mixte Lymphocytaire
CD : Cluster of Différentiation CIA : Collagen-Induced Arthritis CTL : Cytotoxic T Lymphocyte
CTLA-4 : Cytotoxic T-lymphocyte-assaciated protein 4
DC : Dendritic Cell
EAE : Experimental Autoimmune Encephalitis Foxp3 : Forkhead box P3
GITR : Glucocorticoïd-induced TNF receptor- related gene
GVHD : Graft versus Host Disease HLA : Human Leukocyte Antigen H-Y : Y chromosome-encoded minor histocompatibility antigens
IBD : Inflammatory Bowel Disease ICAM : Intercellular Adhesion Molécule-1
IDO : Indoleamine 2,3-Dioxygenase IFN : Interferon
Ig : Immunoglobuline IL : Interleukin JAK : Janus Kinase LPS : LipoPolySaccharide mAb : Monoclonal Antibody
MHC : Major Histocompatibility Complexe MLC/MLR : Mixed Lymphocyte Culture / Reaction
mRNA : messenger RiboNucleicAcid NFAT : Nuclear Factor of Activated T cells NF-
kB : Nuclear Factor kappa B
NK : Natural Killer
PBMC : Peripheral Blood Mononuclear Cells RAG : Recombinase Activating Gene STAT : Signal Transducer and Activator of Transcription
TCR : T Cell Receptor
TGF-p : Transforming Growth Factor P Tregs : Regulatory T Lymphocytes Teffs : EffectorT Lymphocytes Th : Helper T cells
TLR : Toll-Like Receptor TNF : Tumor Necrosis Factor WT : Wild Type
Abréviations | 11
I ntroduction
INTRODUCTION
1 L'alloréactivité
L’efficacité du système immunitaire repose sur sa capacité à distinguer le « soi » du « non-soi ».
En équilibre, il maintient l’intégrité des structures propres à l’individu (soi) tout en éliminant les intrus (non-soi) tels que les pathogènes infectieux ou les cellules tumorales. Lors de la greffe d’un organe génétiquement différent (allogénique), le système immunitaire du receveur réagit vigoureusement contre le tissu étranger, ce qui mène au rejet de celui-ci. Aujourd’hui, cet obstacle est contourné par l’administration de traitements immunosuppresseurs.
Malheureusement, plusieurs inconvénients limitent leur efficacité. D’une part, ces traitements altèrent l’ensemble des réponses immunitaires, augmentant le risque relatif d’infections mortelles et de cancers. D’autre part, malgré une immunosuppression importante, ils ne semblent pas abolir la survenue du rejet chronique.
Dans ce chapitre, nous allons voir quels sont les différents types d’alloantigènes, ou antigènes de transplantation, comment leur reconnaissance par le système immunitaire du receveur induit le rejet, comment se déroule la réponse allogénique et, finalement, quelles sont les conséquences de cette réponse pour le greffon.
1.1 La réponse allogénique
1.1.1 Définition de l’alloantigène
Le terme allogreffe {allô en grec signifiant «autre») fait référence à toute cellule, tout tissu ou organe transplanté entre deux individus génétiquement distincts d’une même espèce. Le rejet d’allogreffe résulte de la reconnaissance par l’hôte de variantes polymorphiques de protéines appelées alloantigènes. Ces derniers, exprimés par la greffe, sont subdivisés en deux grandes catégories. D’une part, les antigènes du complexe majeur d’histocompatibilité - CMH ou Human Leucocyte Antigen (HLA) - de classe 1 et de classe II et, d’autre part, les antigènes mineurs.
Introduction | 12
1.1.1.1 Les complexes majeurs d’histocompatibilité (CMH)
Le rôle physiologique des CMH de classe I et de classe II est de fixer des peptides provenant de la dégradation de protéines, par exemple de pathogènes, et de les présenter aux lymphocytes T appropriés. Le lymphocyte T reconnaît par son récepteur T (TCR) le peptide antigénique présenté dans le CMH. Dans le cas d’une infection, l’interaction entre la cellule T et la cellule présentatrice d’antigène (APC) conduit à leur activation mutuelle et in fine à la destruction du pathogène.
La topographie, la nature du peptide présenté ainsi que le type de lymphocytes répondeurs dépendent du type de CMH considéré :
- Les CMH de classe I (nommés HLA-A, -B et -C chez l’homme et H-2K, H-2D et H-2L chez la souris) sont exprimés de manière constitutive à la surface de toutes les cellules. Le rôle des CMH de classe I est de présenter des peptides endogènes, c’est-à-dire présents dans le cytoplasme des cellules (comme des peptides viraux ou tumoraux), aux lymphocytes T CD8^
qui, dès lors, s’activent et se différencient en lymphocytes cytotoxiques (CTL) capables de lyser spécifiquement les cellules qui présentent l’antigène.
- Les CMH de classe II (appelés HLA-DR, -DP et -DQ chez l’homme et I-A et I-E chez la souris), à l’état de base, ne sont exprimés qu’à la surface des APC, à savoir les cellules dendritiques (DC), monocytes, macrophages et lymphocytes B. Néanmoins, l’expression membranaire des CMH de classe II peut être induite par certaines cytokines comme les interférons (IFN-y, -a, ~P) sur d’autres types cellulaires (cellules endothéliales, tubulaires rénales, kératinocytes, etc.) et chez l’homme, à la différence de la souris, l’expression du CMH de classe II est également inductible sur les lymphocytes T. Le rôle des CMH de classe II est de présenter aux lymphocytes T CD4'^ des peptides exogènes, c’est-à-dire provenant de protéines extracellulaires préalablement phagocytées et apprêtées.
Chez l’homme, différents gènes codent pour différents CMH. On reconnaît trois gènes codant pour les molécules de classe I (HLA-A, -B, -C) et au moins trois autres gènes pour les molécules de classe II (HLA-DP, -DQ, -DR). De plus, chez une même personne, les gènes des CMH sont exprimés de manière codominante. En d’autres termes, un individu exprime une variante (ou allèle) de chacun de ses parents. Le fait que ces gènes soient polygéniques (plusieurs gènes codent pour les molécules de CMH) et polyalléliques (plusieurs allèles constituent chaque gène) permet l’existence d’un très grand nombre de CMH différents au sein d’une même population.
Introduction | 13
Cellule du iqreffon Réœpteur T
CMH de classe Il allogénique CMH de classe I
allogénique
APC du receveur APC du donneur
□ Donneur
■ Receveur
Figure 1 : Présentation indirecte et directe des alloantigènes.
Voie indirecte: les protéines allogéniques sont phagocytées par les APC de l’hôte, ensuite apprêtées et présentées aux lymphocytes CD4^ sous forme de peptides dans un CMH de classe II du receveur.
Voie directe: présentation du CMH de classe I ou II du donneur sous forme intacte aux lymphocytes CD 8 "^ et CD4^ de l’hôte, respectivement.
Cellule présentatrice d’antigène (APC), Complexe majeur d’histocompatibilité (CMH)
Tout individu possède une combinaison de CMH qui lui est propre et qui permet à son système immunitaire de discriminer le « soi » du « non-soi ». Cette grande diversité assure l’existence de CMH capables de lier un éventuel peptide provenant d’un germe pathogène dans une même population et, en conséquence, garantit la survie de l’espèce mais, par ailleurs, réduit les chances de trouver un donneur d’organe histocompatible.
Lorsque le receveur reçoit une greffe comportant des disparités d’antigènes majeurs, un grand nombre de lymphocytes alloréactifs sont alors activés. Cette haute fréquence du répertoire alloréactif est liée, d’une part, à l’important polymorphisme auquel sont sujets ces alloantigènes et, d’autre part, à l’existence d’une voie de reconnaissance de l’alloantigène qui est unique à la transplantation : la voie directe de reconnaissance (cf Présentation de l’alloantigène, ci-dessous).
1.1.1.2 Les antigènes mineurs
Les antigènes mineurs de transplantation représentent toutes les molécules sujettes à un polymorphisme au sein d’une population et qui ne sont ni un CMH de classe I, ni un CMH de classe II. La réactivité aux antigènes mineurs est moins puissante que celle liée à la présence d’antigènes majeurs étant donné le répertoire de précurseurs lymphocytaires T moins important.
Chez la souris, les antigènes mâles H-Y codés par le chromosome Y sont reconnus par les femelles comme étant des antigènes mineurs de transplantation. Mais la réponse contre ces antigènes varie selon la souche de souris étudiée. Ainsi, les femelles C57BL/6 (H-2*’) rejettent rapidement une greffe de peau mâle alors que les femelles bml2 (H-2*”"'^) ou CBA/Ca (H-2'') sont incapables de la rejeter à moins qu’elles n’aient été préalablement immunisées (cf Modèles expérimentaux, p.52)'’^.
1.1.2 Induction de la réponse allogénique
1.1.2.1 Présentation de l’alloantigène par les APC
Dans le ganglion, les CMH de classe I et de classe II allogéniques peuvent être présentés de deux manières aux lymphocytes T (figure 1) :
(1) Par la voie indirecte de présentation des alloantigènes.
Dans ce cas, les molécules de CMH allogéniques ont été préalablement phagocytées par une APC de l’hôte et ensuite apprêtées (comme tous les antigènes extracellulaires) pour être finalement présentées sous forme de peptides dans le sillon d’un CMH de classe II de l’hôte.
Introduction | 14
APC
CD40 Signal 3
Signal
CD40L CD28
Figure 2: Activation du lymphoQ^e T par l’APC
Cette voie de reconnaissance des alloantigènes ne concerne en général que les lymphocytes CD4^.
(2) Par la voie directe de présentation des alloantigènes.
Le TCR du lymphocyte alloréactif reconnaît le CMH allogénique intact exprimé sur T APC du donneur. Le CMH allogénique sera directement reconnu par un lymphocyte CD4^ s’il s’agit d’un CMH de classe II ou par un lymphocyte CD8^ s’il s’agit d’un CMH de classe I.
1.1.2.2 Activation des lymphocytes alloréactifs
Après la transplantation, les APC du donneur résidant dans le greffon et les APC du receveur ayant apprêté des peptides allogéniques migrent vers les tissus lymphoïdes avoisinants pour présenter l’alloantigène aux lymphocytes directement et indirectement respectivement. Pour être activés, les lymphocytes nécessitent, outre l’engagement de leur TCR par la reconnaissance de l’alloantigène (signal 1), des signaux de costimulation (signal 2), lesquels abaissent leur seuil d’activation (figure 2). L’absence de ce second signal ne permet qu’une activation suboptimale du lymphocyte qui sera dès lors anergisé, délété ou enfin transformé en lymphocyte régulateur (cf L’anergie, p.22). Lors du second signal, différentes molécules à la surface de l’APC interagissent avec leur ligand à la surface du lymphocyte, telles que des molécules d’adhésion (ICAM-1-LFA-1) et des molécules de costimulation (notamment B7-CD28, CD40-CD40L).
L’APC sécrète alors des cytokines pro-inflammatoires qui activent le lymphocyte et polarisent la réponse lymphocytaire (cf Populations effectrices et rejet d’allogreffe, ci-dessous). L’activation du lymphocyte par le signal 1 et le signal 2 induit plusieurs cascades de signalisation intracellulaire qui aboutissent in fine à la surexpression de molécules d’activation telles que le CD25 (chaîne de haute affinité du récepteur à l’IL-2) et à la sécrétion d’lL-2. Cette dernière agit ensuite de manière autocrine (signal 3) et induit l’expansion clonale des lymphocytes activés. Par la suite, les lymphocytes activés se différencient en cellules effectrices, quittent le ganglion et migrent vers la greffe, où ils rencontrent à nouveau l’alloantigène et mettent en place leurs fonctions effectrices à l’origine du rejet d’allogreffe.
n t r O d U c t i O n | 15
ADCC
Effet inhibiteur
—^ Effet activateur
Figure 3: Différenciation d’un lymphocyte T naïf en lymphocyte Th1 ou Th2.
Antibody-dependent cell mediated cytotoxicity (ADCC). Lymphocyte B (B). Activation du
complément (C’). Lymphocyte T cytotoxique (CTL). Cellule dendritique (DC). Réaction
d’hypersensibilité retardée (HSR). Radicaux libres (RL)
1.13 Populations effectrices et rejet d’allogreffe
1.1.3.1 Les lymphocytes T CD8^ alloréactifs
Les lymphocytes T CD8”^ jouent un rôle majeur dans les modèles de rejet d’allogreffe où donneur et receveur se distinguent par leurs CMH de classe I (disparité de CMH de classe I). En effet, une fois activés, les lymphocytes CD8^ acquièrent des propriétés cytotoxiques qui leur permettent de lyser les cellules allogéniques du greffon. Après la reconnaissance par la voie directe du CMH de classe I sur les cellules allogéniques, les lymphocytes CD8^ sécrètent la perforine. Cette dernière s’insère dans la membrane cellulaire de la cellule allogénique et y forme une sorte de tunnel au travers duquel le granzyme pourra pénétrer dans la cellule pour y activer des molécules proapoptotiques. Le rôle in vivo de cette voie a été mis en évidence au moyen de receveurs Perforin'' dans lesquels le rejet d’une allogreffe comportant une disparité isolée du CMH de classe I est significativement retardé^. Cependant, le rejet d’allogreffe peut avoir lieu dans des souris Cd8'^', suggérant qu’il existe d’autres mécanismes effecteurs impliquant notamment les lymphocytes CDA* alloréactifs"*.
1.1.3.2 Les lymphocytes T CD4^ alloréactifs
Les lymphocytes T CD4'^ jouent un rôle primordial dans le rejet d’allogreffe, comme le démontrent les souris Cd4'^' qui sont incapables de rejeter un greffon allogénique"*. En effet, lors d’une réaction allogénique, les lymphocytes CD4'^ activés peuvent se différencier en trois sous-types distincts de cellules effectrices classées en fonction de leur production cytokinique et des faeteurs de transcription qu’elles possèdent. La différenciation des lymphocytes CD4‘^ naïfs en l’un de ces sous-types est prineipalement dépendante de l’environnement cytokinique dans lequel ils se trouvent^ (figure 3).
Les lymphocytes de type Th 1
L’IL-12 est une cytokine essentielle au développement des Thl. Elle est principalement produite par les DC matures et les macrophages activés suite à l’engagement du CD40 à leur surface®. Elle agit sur son récepteur à la surface du lymphocyte T, dans lequel elle induit une cascade de signalisation dépendante du facteur de transcription STAT4 qui aboutit à la production d’IFN-y, cytokine signature des Thl. L’IFN-y agit ensuite de manière autocrine et consolide la différenciation des lymphocytes Thl. Chez ces derniers, il induit une cascade de signalisation par
ntroduction |l6
A B
DMECT PORBCT
RECOGMmON _________REDOGWnnOM
^ »» - -f - - rJmfWng
-<