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Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Herman, B. (2015). Vie associative et participation politique des personnes issues de l'immigration: le cas des populations d'origine marocaine, turque et congolaise à Bruxelles (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des Sciences sociales et politiques – Sciences sociales et Sciences du travail, Bruxelles.
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UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES,
UNIVERSITÉ D'EUROPE
FACULTE DES SCIENCES
SOCIALES & POLITIQUES
ULB
Département des Sciences Sociales et des Sciences du travail
Vie associative et participation politique des
personnes issues de Timmigration
Le cas des populations d'origine marocaine, turque et
congolaise à Bruxelles
Barbara Herman
Thèse présentée en vue de l'obtention du titre de docteur
en sciences sociales et politiques
Sous la direction de Dirk Jacobs (GERME, ULB)
Membres du Jury : Hassan Bousetta, Chercheur qualifié FNRS, CEDEM (ULG)
Dirk Jacobs, Professeur, GERME (ULB), directeur de la thèse
Katia Pilati, Assistant professer, University of Trente
Jean-Benoit Pilet, Professeur, CEVIPOL (ULB)
Andrea Rea, Professeur ordinaire, GERME (ULB)
Année académique 2014-2015
Université Libre de Bruxelles
REÇU LE
2 ^ AVR. 2015
UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES,
UNIVERSITÉ D'EUROPE
FACULTÉ DES SCIENCES
SOCIALES & POLITIQUES
ULB
Département des Sciences
Sociales et des Sciences du
travail
Vie associative et participation politique des
personnes issues de l'immigration
Le cas des populations d'origine marocaine, turque et
congolaise à Bruxelles
Barbara Herman
Thèse présentée en vue de l'obtention du titre de docteur
en sciences sociales et politiques
Sous la direction de Dirk Jacobs (GERME, ULB)
Membres du Jury : Hassan Bousetta, Chercheur qualifié FNRS, CEDEM (ULG)
Dirk Jacobs, Professeur, GERME (ULB), directeur de la thèse
Katia Pilati, Assistant professer, University of Trente
Jean-Benoit Pilet, Professeur, CEVIPOL (ULB)
Andrea Rea, Professeur ordinaire, GERME (ULB)
Remerciements
Cette thèse n'aurait pu être réalisée sans la participation et le soutien de nombreuses
personnes. Les remerciements que je leur adresse ici sont coulés dans des mots qui ne
reflètent que fort partiellement ce que j'éprouve. Que chacun d'entre vous sache que mes
sentiments et ma reconnaissance vont bien au-delà.
Mes remerciements s'adressent d'abord à mon promoteur, Dirk Jacobs, pour m'avoir
proposé d'entreprendre cette thèse et de m'avoir encouragée tout au long de cette
aventure. Aussi d'avoir eu autant de patience à mon égard et d'avoir souvent prononcé cette
phrase magique et rassurante : « Ne t'inquiète pas Barbara, un résultat non-significatif est
toujours un résultat ».
Je voudrais aussi remercier chaleureusement, Andrea Réa, pour son soutien, ses
encouragements, son intérêt et également sa patience. Mais au-delà de cette thèse, je
voudrais lui dire combien j'ai apprécié toutes les collaborations que nous avons réalisées
ensemble et qui, je l'espère, vont se poursuivre.
Je suis également reconnaissante à Jean-Benoît Pillet pour ses remarques constructives et
critiques plus qu'utiles lors des comités d'accompagnement.
J'aimerais particulièrement remercier Katia Pilati, pour sa chaleur, nos collaborations et son
aide à certains moments-clef de cette histoire. Nos discussions m'ont souvent amenée à
développer davantage ma pensée et à mieux circonscrire mes idées.
Enfin, je tiens à remercier Hassan Bousetta de son intérêt pour ma dissertation et d'avoir
accepté de faire partie de mon jury.
Cette thèse et l'enquête qui y est associée n'auraient pu voir le jour sans le soutien financier
du Fond d'Encouragement à la Recherche de l'Université libre de Bruxelles, du Fonds
National de Recherche Scientifique et du Fonds David et Alice Van Buuren. Je voudrais
également remercier tous ceux et toutes celles qui ont accepté de participer à mon enquête
et de remplir un questionnaire relativement long. La thèse, sans eux, n'aurait pas été
envisageable.
Sybille, Emile, Julien, Alex, Matteo, Andrew, Morgane, Corinne, Younous, Laura, Céline,
Yoann, Daniel, Marco, Alejandra. J'aimerais aussi remercier particulièrement Rebecca Thys,
mon binôme sur cette recherche.
A Fany, Laurie, Perrine, Maïté, Nadia, Aïssa, Caro, Emilie, Anto, j'aimerais adresser une
pensée toute particulière, non seulement pour votre soutien chaleureux tout au long de ces
années mais aussi pour votre aide, de près ou de loin, à l'élaboration de cette thèse.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION GÉNÉRALE... 9
CHAPITRE I. CONTEXTE THÉORIQUE : LA PARTICIPATION POLITIQUE ET L'ENGAGEMENT ASSOCIATIF DES IMMIGRÉS... 15
1. Introduction...17
2. L'approcheorganisationnelleetlaparticipationpolitique... 18
3. L'approcheorganisationnelleetlaparticipationpolitiquedespersonnesissuesdel'immigration. 20 3.1. Présentationdelathèsede FennemaetTillie : lacommunautéciviqueethnique...21
3.2. Limitesdelathèsede FennemaetTillie...22
3.3. Extensiondelathèsede FennemaetTillieauniveauindividuel...24
3.4. Uneétudeinternationalecommesystématisationdelathèsede FennemaetTillie... 26
3.4. Bilandesétudesetperspectives... 29
4. Laquestiondelaconfiancesocialeetpolitique... 30
4.1. Laconfiancesocialeetpolitiquecommemédiateurs...31
4.2. Qu'enest-ildespersonnesissuesdel'immigration ?... 35
4.3. Bilandesétudesetperspectives... 36
5. Conclusion : variationsselonlesressourcesetlecontexte...37
CHAPITRE II. CONTEXTE DE L'ÉTUDE ET GROUPES ÉTUDIÉS : LES IMMIGRÉS MAROCAINS. TURCS ET CONGOLAIS À BRUXELLES... 39
1. Lecontextesocialetpolitiquede Bruxelles... 41
1.1. Contextesocio-économique...42
1.2. Lecontextepolitique : lesstructuresd'opportunitéspolitiques...45
2. Lesgroupesciblés : Marocains, Turcset Congolaisà Bruxelles... 48
2.1. L'histoiremigratoire... 49
2.2. Caractéristiquessocio-économiquesen Belgiqueetà Bruxelles... 52
2.3. Lepaysagepolitiquedescommunautésmarocaine, turqueetcongolaiseà Bruxelles...54
2.4 Lemouvementassociatifmarocain, turcetcongolaisen Belgique... 55
3. Conclusion...58
CHAPITRE III. SYNTHÈSE DE LA PROBLÉMATIQUE ET HYPOTHÈSES GÉNÉRALES...59
1. Objectifsgenerauxdelarecherche... 61
1.1 Lepointsurleschapitresanterieursetleurslimites...61
1.2 Objectifscomplementaires... 63
1.3. Questionsderecherche...64
2. HYPOTHESES...65
2.1. « CapitalSOCIAL » etparticipationpolitique... 65
3. Remarquesméthodologiquessurleshypothèses... 74
3.1. Limited'autosélection... 74
3.2. Limitedenaturetautologique...76
CHAPITRE IV. ECHANTILLON. MÉTHODOLOGIE D'ÉCHANTILLONNAGE ET QUESTIONNAIRE... 77
1. Populationetéchantillons... 79
2. Méthoded'échantillonnageetprocéduressurleterrain... 81
2.1 MÉTHODE d'échantillonnage... 81
2.2. Procéduressurleterrain... 88
3. Lequestionnaire... 91
4. Terrainettauxderéponse... 92
5. Comparaisondescaractéristiquesdeséchantillonsaveclespopulationsderéférence... 94
CHAPITRE V. STATISTIQUES DESCRIPTIVES DES NIVEAUX DE PARTICIPATION ASSOCIATIVE ET POLITIQUE: UNE ANALYSE EXPLORATOIRE...97
1. objectifsetinterets... 99
2. descriptiondesvariablesrelativesau « CAPITAL HUMAIN »...100
2.1. Variables SOCIODEMOGRAPHIQUES... 100
2.2. VARIABLES RELATIVES A L'HISTOIRE MIGRATOIRE... 104
3. Descriptiondesvariablesrelativesau « capitalsocial » : u participationassociative...106
3.1. PRESENTATION DE LA PARTICIPATION ASSOCIATIVE... 106
3.2. PRESENTATION DES ASSOCIATIONS SELON LEURS CARACTERISTIQUES « ETHNIQUES »... 110
4. Descriptiondelaparticipationpolitique...114
4.1. Opérationnalisation... 114
4.2. L'intentiondevote... 115
4.3. Participationauxactivitéspolitiques... 116
4.4. Typologiedelaparticipationpolitique... 121
4.5. Explorationdesassociationsentrelesdimensionsdelaparticipation politiqueenfqnctiqndes GROUPES... 122
4.6. Biaisméthodologiques ; Analysedesvaleursmanquantesdesactivitéspqlitiques...124
5. Conclusionet Résumédesprincipauxrésultats...126
CHAPITRE VI. FACTEURS INFLUENÇANT LA PARTICIPATION POLITIQUE DES PERSONNES ISSUES DE L'IMMIGRATION: RÔLE DU CAPITAL SOCIAL... 129
1. Objectifs... 131
2. Lecapitalsocialetlaparticipationpolitiqueauniveauagrégé : l'argumentdelacommunauté CIVIQUE ETHNIQUE...132
2.1. Hypothèse...132
2.2. Participationpolitique : quiestleplusactif ?...133
2.3. Communautéciviqueethnique : dqnnéesetopérationnalisatiqn...134
2.4. Résultats... 135
3. Lecapitalsocialetlaparticipationpolitiqueauniveauindividuel... 141
3.1. Hypothèses... 141
3.2. Opérationnalisationetméthodestatistique... 142
3.3. résultats... 149
3.4. Discussiondesrésultats...158
5. Conclusion...163
CHAPITRE VII. MÉDIATION ENTRE CAPITAL SOCIAL ET PARTICIPATION POLITIQUE : LA PLACE DE LA CONFIANCE SOCIALE ET POLITIQUE... 165
1. Objectifs...167
2. Hypothèses... 169
2.1 Doublemédiationdesconfiancessocialeetpolitique : modèleglobal... 169
2.2. Doublemédiationdesconfiancessocialeetpolitique : modèlesspécifiques... 170
3. Opérationnalisationdesconfiancessocialeetpolitique... 173
3.1. Laconfiancesociale... 173
3.2. La CONFIANCE politique... 174
3.2. Quialeplusconfiance ?...175
4. méthodesstatistiques : letestdelamédiation... 177
4.1. Analysemédiationnellede Baronet Kenny (1986)... 177
4.2. Applicationàlamédiationdelaconfiancesocialeetpolitique : étapes... 177
4.3. Testsstatistiquesrelatifsauxdifférentesétapesdelamédiation...178
5. Résultats... 180
5.1. Première ÉTAPE : régressionsducapitalsocialsurlaconfiancesociale...180
5.2. Deuxièmeétape : impactdelaconfiancesocialesurlaconfiancepolitique, entenantcomptedu capitalsocial... 183
5.3. Etapessuivantes: lienentrecapitalsocialetparticipationpolitiquemédiéparlaméfiance politique... 186
5.4. Synthèsedesrésultats...192
6. Discussion... 193
CONCLUSION GÉNÉRALE... 197
Apportsdeuthèse... 199
1^" APPORT. Lienentrecapitalsocialetparticipationpolitique : UNE plus-valuedel'associatifethnique ...199
2^“^ APPORT. Absencedemédiationdelaconfiancesocialeetpolitique... 200
3^“^ APPORT. Impactducontextebruxelloisetdesspécificitésdel'originenationaleainsiquedela RELIGIQN... 202
Perspectivesderecherche...204
ANNEXES... 225
Annexesduchapitre IV... 227
AnnexeIV-1. Feuillederoute...227
AnnexeIV-2. Questionnaire...231
Annexesduchapitre VI...280
AnnexeVI-1. Listesdesvariablesrelativesaucapitalhumain...280
Annexe VI-2. Analysessupplémentairesetanalysesdesdonnéesmanquantes... 281
Annexesduchapitre VII...283
Suite à la montée de l'immigration en Belgique, le rôle que joue la vie associative des personnes
issues de l'immigration au sein de l'espace politique a pris une place croissante dans les débats à la
fois publics et scientifiques (Jacobs, Phalet et al. 2004 ; Manço, Gatugu et al. 2004 ; Torrekens 2009).
Cette thématique est porteuse de controverses. Certains acteurs défendent l'idée selon laquelle les
associations de migrants pousseraient à l'institutionnalisation du repli ethnique dans une société
divisée, développant un sentiment de méfiance envers les groupes dominants de la société et
risquant d'accroître des opinions antidémocratiques. D'autres acteurs avancent, au contraire, que la
communauté associative des personnes issues de l'immigration faciliterait leur intégration
sociopolitique dans la société d'accueil car elle servirait de tremplin à une intégration au sein de
celle-ci.
Dans ce débat, les études de Fennema et Tillie (1999 ; 2001), réalisées à Amsterdam, ont apporté une
contribution majeure. Ces auteurs font l'hypothèse qu'une vie associative ethnique florissante
constitue une condition importante pour le développement de la participation politique des
membres d'une population ethnique. Si cette hypothèse a été mise à l'épreuve dans différents
contextes européens (Morales & Guigni 2011) et nord-américains (Ramakrishnan & Bloemraad
2008), elle ne l'a été que rarement dans une ville telle que Bruxelles, dont certaines caractéristiques
sont pourtant susceptibles d'éclairer le débat (Jacobs, Phalet et al. 2004). L'objectif principal de cette
thèse est dès lors d'analyser ce qu'il en est à Bruxelles, en prenant en considération différentes
populations de migrants. Les résultats qui en découleront nous permettront d'éclaircir le rôle que
jouent les associations de migrants sur l'intégration politique de ces derniers.
L'intérêt de cette thèse réside également dans les débats concernant la place des associations de
migrants, des associations ethniques ou encore culturelles comme acteurs intermédiaires entre les
pouvoirs politiques et les minorités ethniques. Dans le contexte bruxellois, jusqu'aujourd'hui, les
politiques publiques francophones conçues par la Commission communautaire française (Cocof),
organisme qui subventionne la plupart des associations bénévoles locales, n'encouragent que très
peu la diversité culturelle au sein de celles-ci et n'ont que rarement traité politiquement avec elles.
Pourtant, si les communautés associatives ethniques favorisent, de fait, l'intégration socio-politique
de ses membres, il importe de les prendre en considération pour le développement des processus
démocratiques.
individus, etc... dont la comparaison pourra être riche d'enseignements (Reniers 1999 ; Kagné &
Martiniello 2001).
Aussi, prendre en considération ces trois populations procède de deux défis sociaux qui s'inscrivent
au cœur des débats actuels : le premier concerne l'homogénéisation, trop souvent présente
notamment dans les médias, des populations musulmanes ; le second est relatif à l'absence de prise
en compte de la question postcoloniale en Belgique (Mazzocchetti 2014). Pour ce qui est de
l'homogénéisation, les immigrations marocaine et turque sont souvent perçues au travers du prisme
de leur religion et sont dès lors considérées, dans l'opinion publique, comme une et une seule entité
(Lamghari 201 ; Lamghari & Torrekens, 2015 ; Dassetto 2011). Pourtant, une telle approche est
erronée ; elle entraîne raccourcis et amalgames qui se transforment trop souvent en stigmatisation
(Lamghari 2014). Par conséquent, il importe de comparer les populations d'origine marocaine et
turque sans les restreindre à des caractéristiques communes issues de l'imaginaire. Une telle prise de
position, présente tout au long de cette thèse, avance que l'origine ethno-nationale importe bien
plus que la religion pour expliquer les comportements politiques de ces populations^
En ce qui concerne la question postcoloniale, il faut noter que l'étude de l'immigration en
provenance de la République Démocratique du Congo (RDC) est également un objectif en soi. Cette
immigration semble seulement commencer à sortir de son invisibilité dans la recherche scientifique
en Belgique, alors qu'elle faisait partie intégrante de l'histoire belge (Mazzocchetti 2014). En effet,
jusqu'à récemment, rares étaient les études en sciences sociales qui portaient sur la situation des
personnes issues de l'immigration congolaise (et plus largement subsaharienne) présentes sur le
territoire (Mazzocchetti 2014, p.5). Cette invisibilité pourrait s'interpréter, entre autres, dans le cadre
de l'absence de volonté de reconnaissance de mémoire coloniale de la part de la Belgique (Collectif
Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations, décembre 2012). Pour cette raison, l'étude de
la situation des personnes provenant de la RDC, présente dans cette thèse, s'avère innovant.
A titre informatif, dans les études portant sur les populations issues de l'immigration, la notion
d'ethnicité a souvent été utilisée et cette thèse ne fait pas exception. La définition à laquelle nous
nous référons est celle proposée par Jenkins (2008). Cet auteur oppose une définition externe se
rapporte à la l'origine nationale des personnes à une définition interne se rapportant à l'auto-
identification. Cette distinction est souvent porteuse de débats et de controverses (Martiniello 2013)
dans lesquels nous n'entrerons pas. Comme c'est l'impact de l'origine nationale qui est au cœur de
cette thèse, c'est la définition externe de l'ethnicité qui sera retenue.
Il est important de mentionner que cette thèse se situe dans la cadre d'un projet de recherche plus
large, dirigé par Dirk Jacobs, appelé « Le capital social ethnique et son impact sur la confiance et la
participation politique parmi les groupes de minorités ethniques ». Ce projet est financé par un
Mandat d'impulsion Scientifique (M.I.S.) du Fond National de la Recherche Scientifique. Il est
constitué de deux volets qui forment chacun un projet doctoral. Bien que la problématique de départ
soit similaire, ces deux volets se distinguent par le niveau d'analyse qu'ils ont privilégié. Le premier
niveau, objet de la présente thèse, pose la problématique de la relation entre la vie associative et la
participation politique des migrants essentiellement au niveau individuel, c'est-à-dire au regard de la
population concernée par cette problématique. Le deuxième niveau, objet de la thèse de Rebecca
Thys (à paraître), interroge cette même problématique en se focalisant sur les associations de
migrants et les relations qu'elles entretiennent avec la vie politique. Bien que ces deux volets fassent
l'objet de deux travaux distincts, afin d'avoir une représentation la plus complète et pertinente
possible de ce phénomène, je mobiliserai, dans le cadre de cet ouvrage, certaines données et
analyses de la thèse de Rebecca Thys concernant les associations de migrants.
Cette thèse comprend deux grandes sections. La première est composée de quatre chapitres qui
présentent l'état de la littérature ainsi que le design de la recherche. Le premier chapitre expose les
travaux antérieurs qui avaient pour objet d'expliquer la participation politique des personnes issues
de l'immigration, et ce en deux étapes. La première met en avant la place du capital social, défini de
manière restreinte comme la participation associative, pour expliquer la participation politique. La
seconde se penche sur les processus intermédiaires (ou médiationnels) qui s'inscrivent entre le
capital social et la participation politique.
Le deuxième chapitre met en avant la complexité et la diversité des parcours migratoires et l'ancrage
des communautés issues des immigrations marocaine, turque et congolaise, dans le contexte
spécifique de la Région de Bruxelles-Capitale. Les informations que ce chapitre rassemble
fournissent, au-delà de leur caractère descriptif, des éléments analytiques utiles pour l'étude des
relations entre participation associative et participation politique et pour comprendre en quoi ces
relations pourraient expliquer les différences entre les communautés de migrants.
La littérature ainsi que le contexte de l'étude et les populations étudiées ayant été présentés en
détails, le troisième chapitre a pour but de synthétiser les objectifs généraux assignés à cette thèse,
les principales questions de recherche et de proposer les hypothèses générales. Il énonce également
un certain nombre de remarques méthodologiques et conceptuelles relatives à ces hypothèses et les
stratégies que nous avons adoptées pour y faire face.
Le quatrième chapitre se focalise sur le design de l'enquête. Un questionnaire standardisé a été
soumis à des personnes d'origine marocaine, turque et congolaise vivant à Bruxelles. Un quatrième
groupe, non-issu de l'immigration mais habitant à Bruxelles, a également été sondé comme groupe
contrôle. Afin de disposer d'échantillons représentatifs de ces quatre groupes, deux méthodes
complémentaires pour le recueil de données (Random Walk et de Focused Enumération) ont été
conçues et articulées. Ce chapitre présente la méthode d'échantillonnage, le questionnaire, la
collecte des données ainsi qu'une comparaison des échantillons sondés avec les populations de
référence afin d'identifier le risque de certains biais potentiels.
avoir un aperçu des différences de niveau de participation associative et politique de ces habitants et
permet de mettre en perspective certaines analyses dans les chapitres qui suivent.
Le sixième chapitre répond aux questions de recherche concernant la relation entre le capital social
et la participation politique pour les personnes issues de l'immigration à Bruxelles. Il les aborde à la
fois au niveau agrégé et au niveau individuel. A titre informatif, ce chapitre reprend une publication
réalisée avec Rebecca Thys et Mateo Gagliolo
Quant au septième chapitre, il se focalise sur le rôle joué par la diffusion de la confiance sociale et
politique comme facteur explicatif éventuel de la relation capital social et participation des
personnes issues de l'immigration à travers la diffusion. Bien que la confiance sociale et politique soit
souvent mobilisée comme argument médiationnel sur le plan théorique, sur le plan empirique, cette
relation n'avait jamais été testée.
Enfin, cette thèse s'achève par une conclusion générale qui reprend les résultats les plus marquants,
souligne quelques biais qui ont pu entacher la collecte des données et donc le traitement des
données et enfin suggère diverses pistes de recherche pour le futur.
Chapitre I.
Contexte théorique : la participation
politique et l'engagement associatif des
1. I
ntroductionQuels sont les facteurs qui contribuent à la participation politique des individus habitant un lieu
donné ? Cette question a connu depuis les années 50 des développements importants et a donné
lieu à l'élaboration de différentes théories dans le champ des sciences politiques. A ce propos,
plusieurs synthèses ont été réalisées, notamment par (Leighiey 1995; Van Haute 2009) qui
fournissent un état détaillé des connaissances en cette matière.
Suite à la montée de l'immigration en Europe depuis plusieurs décennies, cette question a été
réorientée et posée de manière spécifique en ce qui concerne la participation politique des
immigrés. Elle a pris une place importante dans les débats scientifiques et publics lorsqu'il s'est agi
d'analyser leur participation politique comme mesure de leur ancrage dans la société d'accueil. S'est
alors posée la pertinence du transfert des théories que les sciences politiques avaient élaborées pour
la population générale vers les groupes issus de l'immigration. Réalisées dans cette perspective,
diverses analyses ont d'emblée mis en évidence que les limites que présentent ces théories tant sur
le plan conceptuel et méthodologique que sur celui de leur application dans le champ de l'action
politique (Myrberg 2011). D'une part, elles avaient été construites en prenant en compte les
variations de la participation politique à partir d'une attention portée presque exclusivement sur les
groupes ethniques majoritaires et donc en négligeant ceux qui étaient minoritaires. A ce propos,
Leighiey s'est demandé si 'it is appropriate to assume that éducation and incarne, for example,
enhance the participation of ethnie minorities in the same way they enhance the participation of
(majority) whites' (Leighiey 2001, p.22; Myrberg 2011). D'autre part, ces théories avaient surtout été
développées pour expliquer le comportement électoral national et non pas la participation politique
locale et les activités communautaires (voir Leighiey 1995). Afin d'évaluer l'ampleur de ces limites,
Marschall (2001) a examiné de quelle manière les modèles généraux de la participation, d'une part,
prédisent le comportement politique des différents groupes de population (à la fois des des groupes
issus et non-issus de l'immigration) et, d'autre part, expliquent l'implication politique au niveau local
(et pas seulement au niveau national). Ses conclusions suggèrent qu'il existe non seulement des
différences importantes dans le type d'activités politiques pratiquées par les différentes populations
et dans les mécanismes amenant à leur participation, mais que ces différences sont enracinées dans
l'environnement social et institutionnel qui détermine fortement leur participation politique. En
d'autres mots, non seulement les populations issues de l'immigration participent moins à la vie
politique que les populations sans lien avec l'immigration, mais de plus, tous les groupes issus de
l'immigration ne présentent pas le même niveau de participation politique entre eux (Tillie,
Martiniello et al. 1998).
modèles ont tenté plus particulièrement d'expliquer l'accès à la sphère politique des migrants : le
modèle institutionnel et le modèle organisationnel (Pilati 2010). Le premier concerne les
opportunités dérivées des structures d'opportunités politiques institutionnelles, appelées également
political opportunity structures (POS) et se situe dans une perspective macro de la participation
politique. Les études qui ont étayé ce modèle ont surtout mis en avant que la mobilisation politique
des groupes d'immigrés est significativement affectée par les différentes lois et régulations associées
à l'acquisition des régimes de citoyenneté adoptés par les pays de résidence (Koopmans, Statham et
al. 2005).
Quant au second modèle, il est principalement relié aux structures organisationnelles des
populations tant issues que non-issues de l'immigration. Les études réalisées dans cette perspective
ont surtout montré que l'engagement dans des associations avait tendance à favoriser la
participation des individus à la vie politique (notamment : Verba, Schlozman et al. 1995). Il s'agit
donc d'une approche davantage située aux niveaux méso et micro. En effet, les structures
organisationnelles ont un impact sur la mobilisation politique au niveau collectif (méso), mais servent
également de facteur explicatif au niveau individuel (micro).
Etant donné que l'objet empirique de cette thèse s'est focalisé sur un seul cas (Bruxelles), la théorie
la plus pertinente pour analyser la participation politique des personnes issues de l'immigration est
avant tout celle qui repose sur les structures organisationnelles. Une telle approche permet en effet
d'étudier, au sein d'un même contexte, l'impact de différents types d'associations civiles sur la
participation politique de personnes issues de l'immigration au niveau individuel. Cette approche fait
l'objet d'une présentation détaillée dans la section suivante d'abord d'une manière générale, puis en
traitant plus particulièrement cette question au regard des personnes issues de l'immigration.
Néanmoins, même si la priorité sera donnée à l'approche organisationnelle, des éléments d'analyse
contextuelle, institutionnelle et politique seront également mobilisés. Cet apport sera réalisé non pas
en comparant les différents contextes entre eux, mais plutôt dans une optique interprétative, en
analysant l'interaction que les structures d'opportunité du pays de résidence ont avec les ressources
des différents groupes de migrants ainsi que leurs structures associatives.
2. L’
approche organisationnelle et la participation politiquedonné la problématique de la présente thèse et des outils utilisés pour y répondre (voir
introduction), c'est la perspective comportementaliste qui est privilégiée ici.
Le modèle de volontarisme civique examine comment les associations bénévoles, mais aussi les lieux
de culte, interfèrent avec les positions socio-économiques des acteurs et leur participation politique
(Verba, Schlozman et al. 1995). Les associations bénévoles sont définies comme un groupe ou une
organisation que les gens peuvent rejoindre ou quitter librement, qui est libre de tout contrôle
externe et dont le but, les objectifs et les méthodes sont déterminés par les membres. Ce modèle est
une application spécifique du modèle socio-économique qui explique la participation politique par
les ressources liées à la position socio-économique des individus. Dans la mesure où le modèle socio
économique se concentre sur les caractéristiques individuelles relatives à l'éducation, au revenu et à
la catégorie professionnelle, il contribue à expliquer la forte stratification et les inégalités politiques.
Selon ce modèle, plus les individus ont un statut socio-économique élevé, plus ils sont susceptibles
non seulement de participer à des activités politiques, mais aussi à une plus grande varitété
d'activités politiques (Verba & Nie 1972). Cette approche souligne que les facteurs qui influencent la
participation politique sont profondément enracinés dans les institutions sociales, comme la famille,
l'école, le travail, les associations bénévoles et les lieux de culte (Verba & Nie 1972; Brady, Verba et
al. 1995; Verba, Schlozman et al. 1995). Ces organisations permettent l'accumulation de ressources
telles que les compétences civiques (Verba, Nie et al. 1978; Verba, Schlozman et al. 1995).
de vie. La formation la plus importante des attitudes politiques est construite à un âge relativement
jeune.
3. L’
approche organisationnelle et la participation politique des PERSONNES ISSUES DE L’IMMIGRATIONL'importance des organisations a également été fortement utilisée pour étudier les variations
d'engagement politique des populations immigrées en Europe. Se basant sur la thèse du capital
social de Putnam, de nombreux chercheurs se sont focalisés sur le concept de la « communauté
civique ethnique » développé ultérieurement par Fennema et Tillie (1999; 2001).
Suite aux travaux de Putnam (1993; 2000), le concept de capital social est devenu une variable
centrale pour expliquer la participation politique. Le capital social, défini comme l'inclusion dans un
réseau social par la participation organisationnelle, est vu comme le facteur clé qui influence
l'intensité et même la qualité de la participation politique formelle et informelle des citoyens^. On
apprendrait à être démocratique à travers la participation dans des associations civiques. Cette
perspective est dérivée de la conception de Tocqueville qui suggère que les associations sont
considérées comme des intermédiaires entre les citoyens et l'état et donc qu'elles sont liées à la
qualité de la démocratie (Tocqueville 1835 (1992); 1840 (1992)). En effet, les associations bénévoles
ont à la fois une fonction externe car elles permettent aux citoyens de résoudre des problèmes
d'action collective et également de produire des biens collectifs, et une fonction interne car elles
socialisent leurs membres aux valeurs démocratiques. Par cette fonction interne, elles sont
considérées comme des écoles pour la démocratie ; grâce aux interactions avec d'autres membres et
par la nécessité de prendre des décisions collectives au sein de l'association, les membres vont
graduellement internaliser les valeurs démocratiques de tolérance, de négociation et le respect des
procédures (Hooghe 2008). Dans les associations, les individus développent des attitudes politiques
qui sont pertinentes pour la participation politique. Par exemple, on a pu mettre en évidence qu'être
actif dans une association influence le sentiment d'avoir une prise sur les décisions politiques
(political efficacy) et par conséquent peut amener à l'engagement politique (Verba, Schlozman et al.
1995).
3.1. Présentation de la thèse de Fennema et Tillie : la communauté civique
ethnique
Cette conception présente toutefois une vision unidimensionnelle de la participation politique. Or
des variations ont souvent été observées en matière de participation politique au niveau des groupes
issus de l'immigration (Marschall 2001). Comment les expliquer ? Se référant au capital social de
Putnam, Fennema et Tillie (1999; 2001) proposent que ces variations sont liées aux différences de
niveaux de la « communauté civique ethnique » au sein de ces mêmes groupes. Cette perspective a
été inspirée par Putnam, qui, dans son ouvrage Making Democracy Work (1993), a démontré que le
niveau de développement de la communauté civique, analysé par la quantité de la vie associative,
expliquait en grande partie les différences de «performance institutionnelle» des gouvernements
régionaux en Italie, la performance institutionnelle étant mesurée par douze indicateurs allant de la
rapidité du vote du budget à la création de nouvelles législations.
Fennema et Tillie (1999, 2001) suggèrent que les observations de Putnam pourraient être également
d'application au sein de la société néerlandaise, lorsqu'il s'agit de comparer les populations
marocaines, turques et surinamiennes. Ils font l'hypothèse que les différences de niveau de
participation politique entre ces populations, participation mesurée par le taux de vote aux élections
locales, la confiance politique et l'intérêt accordé à la politique locale, peuvent être expliquées par
les différences de niveau de leur communauté civique ethnique. Cette dernière est mesurée par le
rapport entre le nombre d'associations ethniques et la taille de la population, par le nombre de liens
de collaboration ou d'échange existant entre ces associations, par le nombre d'associations isolées
n'ayant pas de lien avec d'autres associations de la même communauté, ainsi que par le nombre de
médias ethniques. Les résultats confirment leur hypothèse et montrent que plus une population a
une communauté associative ethnique développée, plus son niveau de participation politique est
élevé. Plus précisément, il est mis en évidence que la population d'origine surinamienne a, à la fois, la
communauté associative la moins développée et le niveau de participation politique le plus faible
entre les trois populations et qu'à l'opposé, la population d'origine turque a la communauté
associative la plus développée et le niveau de participation politique le plus élevé. Les auteurs
concluent que le développement de la communauté civique ethnique d'un groupe d'immigrés a un
impact sur le niveau de participation politique de ce même groupe.
3.2. Limites de ia thèse de Fennema et Tiiiie
Plusieurs limites ont été avancées au regard des développements proposés par Fennema et Tiiiie
(Jacobs & Tiiiie 2004b; Jacobs & Tiiiie 2010). La première est relative au fait que leur thèse est limitée
au capital social ethnique et ne tient pas compte des associations de type multiethnique ou des
associations plus traditionnelles telles que le syndicat. Pourtant, la diversité des associations doit être
prise en considération dès lors que l'on tient compte de l'argument relatif à la distinction entre le
capital social de type bridging et de type bonding. Putnam (2000) définit ces deux types de capital
social en se référant aux liens de type faible et de type fort élaborés par Granovetter (1973). Il
associe les liens faibles aux organisations de type bridging. Ces organisations relient entre elles des
membres éloignés socialement. Au contraire, les organisations de type bonding sont construites
autour de liens forts tels que la famille ou des amis proches. Si l'on replace cette argumentation dans
le cadre de l'approche de Fennema et Tiiiie, le capital social bonding serait associé aux associations
ethniques, car cet « entre-soi » ethnique est caractérisé par la fréquentation d'individus appartenant
uniquement à la même communauté. Quant au capital social bridging, il serait lié aux associations
multiethniques qui disposent d'un réseau plus hétérogène que les associations (mono)ethniques.
Au regard de ce raisonnement, l'hypothèse pourrait être posée que les associations ethniques ne
devraient pas avoir d'impact sur la participation politique des groupes de migrants alors que la
participation dans les associations multiethniques pourrait influencer positivement l'implication
politique. Pourtant, de nombreuses études montrent que la distinction opérée entre les associations
basées sur l'origine ethnique ou multiethnique apporte des résultats discordants. Par exemple,
Strômblad et Adman, à Stockholm et Oslo montrent que la participation politique des migrants est
reliée à la participation associative en général et non pas aux associations fondées sur l'origine
ethnique (2010). Van Londen, Phalet et Hagendoorn montrent que, à Amsterdam, la participation
dans des associations ethniques n'a d'impact sur la participation politique qu'à travers la
participation à des organisations multiethniques (van Londen, Phalet et al. 2007). Par contre, une
étude sur les Turcs et les Marocains à Bruxelles montre que leur participation dépend du groupe de
migrants et du type de participation politique (Jacobs, Phalet et al., 2004). Pourtant, à Amsterdam et
également à Berlin, il a été montré que tant les organisations ethniques que multiethniques ont une
influence positive sur diverses dimensions de la participation politique (Berger, Galonska et al. 2004;
Tiiiie 2004). Enfin, Tiiiie et Slijper (2007) suggèrent que c'est la présence-même du capital social qu'il
soit bridging que bonding qui amènerait une participation politique élevée.
priorité sur base de