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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Herman, B. (2015). Vie associative et participation politique des personnes issues de l'immigration: le cas des populations d'origine marocaine, turque et congolaise à Bruxelles (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des Sciences sociales et politiques – Sciences sociales et Sciences du travail, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/209053/6/1eceb096-fc61-4d81-82d0-f63a30e459e4.txt

(English version below)

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(2)

UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES,

UNIVERSITÉ D'EUROPE

FACULTE DES SCIENCES

SOCIALES & POLITIQUES

ULB

Département des Sciences Sociales et des Sciences du travail

Vie associative et participation politique des

personnes issues de Timmigration

Le cas des populations d'origine marocaine, turque et

congolaise à Bruxelles

Barbara Herman

Thèse présentée en vue de l'obtention du titre de docteur

en sciences sociales et politiques

Sous la direction de Dirk Jacobs (GERME, ULB)

Membres du Jury : Hassan Bousetta, Chercheur qualifié FNRS, CEDEM (ULG)

Dirk Jacobs, Professeur, GERME (ULB), directeur de la thèse

Katia Pilati, Assistant professer, University of Trente

Jean-Benoit Pilet, Professeur, CEVIPOL (ULB)

Andrea Rea, Professeur ordinaire, GERME (ULB)

Année académique 2014-2015

Université Libre de Bruxelles

(3)

REÇU LE

2 ^ AVR. 2015

(4)

UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES,

UNIVERSITÉ D'EUROPE

FACULTÉ DES SCIENCES

SOCIALES & POLITIQUES

ULB

Département des Sciences

Sociales et des Sciences du

travail

Vie associative et participation politique des

personnes issues de l'immigration

Le cas des populations d'origine marocaine, turque et

congolaise à Bruxelles

Barbara Herman

Thèse présentée en vue de l'obtention du titre de docteur

en sciences sociales et politiques

Sous la direction de Dirk Jacobs (GERME, ULB)

Membres du Jury : Hassan Bousetta, Chercheur qualifié FNRS, CEDEM (ULG)

Dirk Jacobs, Professeur, GERME (ULB), directeur de la thèse

Katia Pilati, Assistant professer, University of Trente

Jean-Benoit Pilet, Professeur, CEVIPOL (ULB)

Andrea Rea, Professeur ordinaire, GERME (ULB)

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Remerciements

Cette thèse n'aurait pu être réalisée sans la participation et le soutien de nombreuses

personnes. Les remerciements que je leur adresse ici sont coulés dans des mots qui ne

reflètent que fort partiellement ce que j'éprouve. Que chacun d'entre vous sache que mes

sentiments et ma reconnaissance vont bien au-delà.

Mes remerciements s'adressent d'abord à mon promoteur, Dirk Jacobs, pour m'avoir

proposé d'entreprendre cette thèse et de m'avoir encouragée tout au long de cette

aventure. Aussi d'avoir eu autant de patience à mon égard et d'avoir souvent prononcé cette

phrase magique et rassurante : « Ne t'inquiète pas Barbara, un résultat non-significatif est

toujours un résultat ».

Je voudrais aussi remercier chaleureusement, Andrea Réa, pour son soutien, ses

encouragements, son intérêt et également sa patience. Mais au-delà de cette thèse, je

voudrais lui dire combien j'ai apprécié toutes les collaborations que nous avons réalisées

ensemble et qui, je l'espère, vont se poursuivre.

Je suis également reconnaissante à Jean-Benoît Pillet pour ses remarques constructives et

critiques plus qu'utiles lors des comités d'accompagnement.

J'aimerais particulièrement remercier Katia Pilati, pour sa chaleur, nos collaborations et son

aide à certains moments-clef de cette histoire. Nos discussions m'ont souvent amenée à

développer davantage ma pensée et à mieux circonscrire mes idées.

Enfin, je tiens à remercier Hassan Bousetta de son intérêt pour ma dissertation et d'avoir

accepté de faire partie de mon jury.

Cette thèse et l'enquête qui y est associée n'auraient pu voir le jour sans le soutien financier

du Fond d'Encouragement à la Recherche de l'Université libre de Bruxelles, du Fonds

National de Recherche Scientifique et du Fonds David et Alice Van Buuren. Je voudrais

également remercier tous ceux et toutes celles qui ont accepté de participer à mon enquête

et de remplir un questionnaire relativement long. La thèse, sans eux, n'aurait pas été

envisageable.

(7)

Sybille, Emile, Julien, Alex, Matteo, Andrew, Morgane, Corinne, Younous, Laura, Céline,

Yoann, Daniel, Marco, Alejandra. J'aimerais aussi remercier particulièrement Rebecca Thys,

mon binôme sur cette recherche.

A Fany, Laurie, Perrine, Maïté, Nadia, Aïssa, Caro, Emilie, Anto, j'aimerais adresser une

pensée toute particulière, non seulement pour votre soutien chaleureux tout au long de ces

années mais aussi pour votre aide, de près ou de loin, à l'élaboration de cette thèse.

(8)

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION GÉNÉRALE... 9

CHAPITRE I. CONTEXTE THÉORIQUE : LA PARTICIPATION POLITIQUE ET L'ENGAGEMENT ASSOCIATIF DES IMMIGRÉS... 15

1. Introduction...17

2. L'approcheorganisationnelleetlaparticipationpolitique... 18

3. L'approcheorganisationnelleetlaparticipationpolitiquedespersonnesissuesdel'immigration. 20 3.1. Présentationdelathèsede FennemaetTillie : lacommunautéciviqueethnique...21

3.2. Limitesdelathèsede FennemaetTillie...22

3.3. Extensiondelathèsede FennemaetTillieauniveauindividuel...24

3.4. Uneétudeinternationalecommesystématisationdelathèsede FennemaetTillie... 26

3.4. Bilandesétudesetperspectives... 29

4. Laquestiondelaconfiancesocialeetpolitique... 30

4.1. Laconfiancesocialeetpolitiquecommemédiateurs...31

4.2. Qu'enest-ildespersonnesissuesdel'immigration ?... 35

4.3. Bilandesétudesetperspectives... 36

5. Conclusion : variationsselonlesressourcesetlecontexte...37

CHAPITRE II. CONTEXTE DE L'ÉTUDE ET GROUPES ÉTUDIÉS : LES IMMIGRÉS MAROCAINS. TURCS ET CONGOLAIS À BRUXELLES... 39

1. Lecontextesocialetpolitiquede Bruxelles... 41

1.1. Contextesocio-économique...42

1.2. Lecontextepolitique : lesstructuresd'opportunitéspolitiques...45

2. Lesgroupesciblés : Marocains, Turcset Congolaisà Bruxelles... 48

2.1. L'histoiremigratoire... 49

2.2. Caractéristiquessocio-économiquesen Belgiqueetà Bruxelles... 52

2.3. Lepaysagepolitiquedescommunautésmarocaine, turqueetcongolaiseà Bruxelles...54

2.4 Lemouvementassociatifmarocain, turcetcongolaisen Belgique... 55

3. Conclusion...58

CHAPITRE III. SYNTHÈSE DE LA PROBLÉMATIQUE ET HYPOTHÈSES GÉNÉRALES...59

1. Objectifsgenerauxdelarecherche... 61

1.1 Lepointsurleschapitresanterieursetleurslimites...61

1.2 Objectifscomplementaires... 63

1.3. Questionsderecherche...64

2. HYPOTHESES...65

2.1. « CapitalSOCIAL » etparticipationpolitique... 65

(9)

3. Remarquesméthodologiquessurleshypothèses... 74

3.1. Limited'autosélection... 74

3.2. Limitedenaturetautologique...76

CHAPITRE IV. ECHANTILLON. MÉTHODOLOGIE D'ÉCHANTILLONNAGE ET QUESTIONNAIRE... 77

1. Populationetéchantillons... 79

2. Méthoded'échantillonnageetprocéduressurleterrain... 81

2.1 MÉTHODE d'échantillonnage... 81

2.2. Procéduressurleterrain... 88

3. Lequestionnaire... 91

4. Terrainettauxderéponse... 92

5. Comparaisondescaractéristiquesdeséchantillonsaveclespopulationsderéférence... 94

CHAPITRE V. STATISTIQUES DESCRIPTIVES DES NIVEAUX DE PARTICIPATION ASSOCIATIVE ET POLITIQUE: UNE ANALYSE EXPLORATOIRE...97

1. objectifsetinterets... 99

2. descriptiondesvariablesrelativesau « CAPITAL HUMAIN »...100

2.1. Variables SOCIODEMOGRAPHIQUES... 100

2.2. VARIABLES RELATIVES A L'HISTOIRE MIGRATOIRE... 104

3. Descriptiondesvariablesrelativesau « capitalsocial » : u participationassociative...106

3.1. PRESENTATION DE LA PARTICIPATION ASSOCIATIVE... 106

3.2. PRESENTATION DES ASSOCIATIONS SELON LEURS CARACTERISTIQUES « ETHNIQUES »... 110

4. Descriptiondelaparticipationpolitique...114

4.1. Opérationnalisation... 114

4.2. L'intentiondevote... 115

4.3. Participationauxactivitéspolitiques... 116

4.4. Typologiedelaparticipationpolitique... 121

4.5. Explorationdesassociationsentrelesdimensionsdelaparticipation politiqueenfqnctiqndes GROUPES... 122

4.6. Biaisméthodologiques ; Analysedesvaleursmanquantesdesactivitéspqlitiques...124

5. Conclusionet Résumédesprincipauxrésultats...126

CHAPITRE VI. FACTEURS INFLUENÇANT LA PARTICIPATION POLITIQUE DES PERSONNES ISSUES DE L'IMMIGRATION: RÔLE DU CAPITAL SOCIAL... 129

1. Objectifs... 131

2. Lecapitalsocialetlaparticipationpolitiqueauniveauagrégé : l'argumentdelacommunauté CIVIQUE ETHNIQUE...132

2.1. Hypothèse...132

2.2. Participationpolitique : quiestleplusactif ?...133

2.3. Communautéciviqueethnique : dqnnéesetopérationnalisatiqn...134

2.4. Résultats... 135

(10)

3. Lecapitalsocialetlaparticipationpolitiqueauniveauindividuel... 141

3.1. Hypothèses... 141

3.2. Opérationnalisationetméthodestatistique... 142

3.3. résultats... 149

3.4. Discussiondesrésultats...158

5. Conclusion...163

CHAPITRE VII. MÉDIATION ENTRE CAPITAL SOCIAL ET PARTICIPATION POLITIQUE : LA PLACE DE LA CONFIANCE SOCIALE ET POLITIQUE... 165

1. Objectifs...167

2. Hypothèses... 169

2.1 Doublemédiationdesconfiancessocialeetpolitique : modèleglobal... 169

2.2. Doublemédiationdesconfiancessocialeetpolitique : modèlesspécifiques... 170

3. Opérationnalisationdesconfiancessocialeetpolitique... 173

3.1. Laconfiancesociale... 173

3.2. La CONFIANCE politique... 174

3.2. Quialeplusconfiance ?...175

4. méthodesstatistiques : letestdelamédiation... 177

4.1. Analysemédiationnellede Baronet Kenny (1986)... 177

4.2. Applicationàlamédiationdelaconfiancesocialeetpolitique : étapes... 177

4.3. Testsstatistiquesrelatifsauxdifférentesétapesdelamédiation...178

5. Résultats... 180

5.1. Première ÉTAPE : régressionsducapitalsocialsurlaconfiancesociale...180

5.2. Deuxièmeétape : impactdelaconfiancesocialesurlaconfiancepolitique, entenantcomptedu capitalsocial... 183

5.3. Etapessuivantes: lienentrecapitalsocialetparticipationpolitiquemédiéparlaméfiance politique... 186

5.4. Synthèsedesrésultats...192

6. Discussion... 193

CONCLUSION GÉNÉRALE... 197

Apportsdeuthèse... 199

1^" APPORT. Lienentrecapitalsocialetparticipationpolitique : UNE plus-valuedel'associatifethnique ...199

2^“^ APPORT. Absencedemédiationdelaconfiancesocialeetpolitique... 200

3^“^ APPORT. Impactducontextebruxelloisetdesspécificitésdel'originenationaleainsiquedela RELIGIQN... 202

Perspectivesderecherche...204

(11)

ANNEXES... 225

Annexesduchapitre IV... 227

AnnexeIV-1. Feuillederoute...227

AnnexeIV-2. Questionnaire...231

Annexesduchapitre VI...280

AnnexeVI-1. Listesdesvariablesrelativesaucapitalhumain...280

Annexe VI-2. Analysessupplémentairesetanalysesdesdonnéesmanquantes... 281

Annexesduchapitre VII...283

(12)
(13)
(14)

Suite à la montée de l'immigration en Belgique, le rôle que joue la vie associative des personnes

issues de l'immigration au sein de l'espace politique a pris une place croissante dans les débats à la

fois publics et scientifiques (Jacobs, Phalet et al. 2004 ; Manço, Gatugu et al. 2004 ; Torrekens 2009).

Cette thématique est porteuse de controverses. Certains acteurs défendent l'idée selon laquelle les

associations de migrants pousseraient à l'institutionnalisation du repli ethnique dans une société

divisée, développant un sentiment de méfiance envers les groupes dominants de la société et

risquant d'accroître des opinions antidémocratiques. D'autres acteurs avancent, au contraire, que la

communauté associative des personnes issues de l'immigration faciliterait leur intégration

sociopolitique dans la société d'accueil car elle servirait de tremplin à une intégration au sein de

celle-ci.

Dans ce débat, les études de Fennema et Tillie (1999 ; 2001), réalisées à Amsterdam, ont apporté une

contribution majeure. Ces auteurs font l'hypothèse qu'une vie associative ethnique florissante

constitue une condition importante pour le développement de la participation politique des

membres d'une population ethnique. Si cette hypothèse a été mise à l'épreuve dans différents

contextes européens (Morales & Guigni 2011) et nord-américains (Ramakrishnan & Bloemraad

2008), elle ne l'a été que rarement dans une ville telle que Bruxelles, dont certaines caractéristiques

sont pourtant susceptibles d'éclairer le débat (Jacobs, Phalet et al. 2004). L'objectif principal de cette

thèse est dès lors d'analyser ce qu'il en est à Bruxelles, en prenant en considération différentes

populations de migrants. Les résultats qui en découleront nous permettront d'éclaircir le rôle que

jouent les associations de migrants sur l'intégration politique de ces derniers.

L'intérêt de cette thèse réside également dans les débats concernant la place des associations de

migrants, des associations ethniques ou encore culturelles comme acteurs intermédiaires entre les

pouvoirs politiques et les minorités ethniques. Dans le contexte bruxellois, jusqu'aujourd'hui, les

politiques publiques francophones conçues par la Commission communautaire française (Cocof),

organisme qui subventionne la plupart des associations bénévoles locales, n'encouragent que très

peu la diversité culturelle au sein de celles-ci et n'ont que rarement traité politiquement avec elles.

Pourtant, si les communautés associatives ethniques favorisent, de fait, l'intégration socio-politique

de ses membres, il importe de les prendre en considération pour le développement des processus

démocratiques.

(15)

individus, etc... dont la comparaison pourra être riche d'enseignements (Reniers 1999 ; Kagné &

Martiniello 2001).

Aussi, prendre en considération ces trois populations procède de deux défis sociaux qui s'inscrivent

au cœur des débats actuels : le premier concerne l'homogénéisation, trop souvent présente

notamment dans les médias, des populations musulmanes ; le second est relatif à l'absence de prise

en compte de la question postcoloniale en Belgique (Mazzocchetti 2014). Pour ce qui est de

l'homogénéisation, les immigrations marocaine et turque sont souvent perçues au travers du prisme

de leur religion et sont dès lors considérées, dans l'opinion publique, comme une et une seule entité

(Lamghari 201 ; Lamghari & Torrekens, 2015 ; Dassetto 2011). Pourtant, une telle approche est

erronée ; elle entraîne raccourcis et amalgames qui se transforment trop souvent en stigmatisation

(Lamghari 2014). Par conséquent, il importe de comparer les populations d'origine marocaine et

turque sans les restreindre à des caractéristiques communes issues de l'imaginaire. Une telle prise de

position, présente tout au long de cette thèse, avance que l'origine ethno-nationale importe bien

plus que la religion pour expliquer les comportements politiques de ces populations^

En ce qui concerne la question postcoloniale, il faut noter que l'étude de l'immigration en

provenance de la République Démocratique du Congo (RDC) est également un objectif en soi. Cette

immigration semble seulement commencer à sortir de son invisibilité dans la recherche scientifique

en Belgique, alors qu'elle faisait partie intégrante de l'histoire belge (Mazzocchetti 2014). En effet,

jusqu'à récemment, rares étaient les études en sciences sociales qui portaient sur la situation des

personnes issues de l'immigration congolaise (et plus largement subsaharienne) présentes sur le

territoire (Mazzocchetti 2014, p.5). Cette invisibilité pourrait s'interpréter, entre autres, dans le cadre

de l'absence de volonté de reconnaissance de mémoire coloniale de la part de la Belgique (Collectif

Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations, décembre 2012). Pour cette raison, l'étude de

la situation des personnes provenant de la RDC, présente dans cette thèse, s'avère innovant.

A titre informatif, dans les études portant sur les populations issues de l'immigration, la notion

d'ethnicité a souvent été utilisée et cette thèse ne fait pas exception. La définition à laquelle nous

nous référons est celle proposée par Jenkins (2008). Cet auteur oppose une définition externe se

rapporte à la l'origine nationale des personnes à une définition interne se rapportant à l'auto-

identification. Cette distinction est souvent porteuse de débats et de controverses (Martiniello 2013)

dans lesquels nous n'entrerons pas. Comme c'est l'impact de l'origine nationale qui est au cœur de

cette thèse, c'est la définition externe de l'ethnicité qui sera retenue.

Il est important de mentionner que cette thèse se situe dans la cadre d'un projet de recherche plus

large, dirigé par Dirk Jacobs, appelé « Le capital social ethnique et son impact sur la confiance et la

participation politique parmi les groupes de minorités ethniques ». Ce projet est financé par un

Mandat d'impulsion Scientifique (M.I.S.) du Fond National de la Recherche Scientifique. Il est

constitué de deux volets qui forment chacun un projet doctoral. Bien que la problématique de départ

soit similaire, ces deux volets se distinguent par le niveau d'analyse qu'ils ont privilégié. Le premier

(16)

niveau, objet de la présente thèse, pose la problématique de la relation entre la vie associative et la

participation politique des migrants essentiellement au niveau individuel, c'est-à-dire au regard de la

population concernée par cette problématique. Le deuxième niveau, objet de la thèse de Rebecca

Thys (à paraître), interroge cette même problématique en se focalisant sur les associations de

migrants et les relations qu'elles entretiennent avec la vie politique. Bien que ces deux volets fassent

l'objet de deux travaux distincts, afin d'avoir une représentation la plus complète et pertinente

possible de ce phénomène, je mobiliserai, dans le cadre de cet ouvrage, certaines données et

analyses de la thèse de Rebecca Thys concernant les associations de migrants.

Cette thèse comprend deux grandes sections. La première est composée de quatre chapitres qui

présentent l'état de la littérature ainsi que le design de la recherche. Le premier chapitre expose les

travaux antérieurs qui avaient pour objet d'expliquer la participation politique des personnes issues

de l'immigration, et ce en deux étapes. La première met en avant la place du capital social, défini de

manière restreinte comme la participation associative, pour expliquer la participation politique. La

seconde se penche sur les processus intermédiaires (ou médiationnels) qui s'inscrivent entre le

capital social et la participation politique.

Le deuxième chapitre met en avant la complexité et la diversité des parcours migratoires et l'ancrage

des communautés issues des immigrations marocaine, turque et congolaise, dans le contexte

spécifique de la Région de Bruxelles-Capitale. Les informations que ce chapitre rassemble

fournissent, au-delà de leur caractère descriptif, des éléments analytiques utiles pour l'étude des

relations entre participation associative et participation politique et pour comprendre en quoi ces

relations pourraient expliquer les différences entre les communautés de migrants.

La littérature ainsi que le contexte de l'étude et les populations étudiées ayant été présentés en

détails, le troisième chapitre a pour but de synthétiser les objectifs généraux assignés à cette thèse,

les principales questions de recherche et de proposer les hypothèses générales. Il énonce également

un certain nombre de remarques méthodologiques et conceptuelles relatives à ces hypothèses et les

stratégies que nous avons adoptées pour y faire face.

Le quatrième chapitre se focalise sur le design de l'enquête. Un questionnaire standardisé a été

soumis à des personnes d'origine marocaine, turque et congolaise vivant à Bruxelles. Un quatrième

groupe, non-issu de l'immigration mais habitant à Bruxelles, a également été sondé comme groupe

contrôle. Afin de disposer d'échantillons représentatifs de ces quatre groupes, deux méthodes

complémentaires pour le recueil de données (Random Walk et de Focused Enumération) ont été

conçues et articulées. Ce chapitre présente la méthode d'échantillonnage, le questionnaire, la

collecte des données ainsi qu'une comparaison des échantillons sondés avec les populations de

référence afin d'identifier le risque de certains biais potentiels.

(17)

avoir un aperçu des différences de niveau de participation associative et politique de ces habitants et

permet de mettre en perspective certaines analyses dans les chapitres qui suivent.

Le sixième chapitre répond aux questions de recherche concernant la relation entre le capital social

et la participation politique pour les personnes issues de l'immigration à Bruxelles. Il les aborde à la

fois au niveau agrégé et au niveau individuel. A titre informatif, ce chapitre reprend une publication

réalisée avec Rebecca Thys et Mateo Gagliolo

Quant au septième chapitre, il se focalise sur le rôle joué par la diffusion de la confiance sociale et

politique comme facteur explicatif éventuel de la relation capital social et participation des

personnes issues de l'immigration à travers la diffusion. Bien que la confiance sociale et politique soit

souvent mobilisée comme argument médiationnel sur le plan théorique, sur le plan empirique, cette

relation n'avait jamais été testée.

Enfin, cette thèse s'achève par une conclusion générale qui reprend les résultats les plus marquants,

souligne quelques biais qui ont pu entacher la collecte des données et donc le traitement des

données et enfin suggère diverses pistes de recherche pour le futur.

(18)

Chapitre I.

Contexte théorique : la participation

politique et l'engagement associatif des

(19)
(20)

1. I

ntroduction

Quels sont les facteurs qui contribuent à la participation politique des individus habitant un lieu

donné ? Cette question a connu depuis les années 50 des développements importants et a donné

lieu à l'élaboration de différentes théories dans le champ des sciences politiques. A ce propos,

plusieurs synthèses ont été réalisées, notamment par (Leighiey 1995; Van Haute 2009) qui

fournissent un état détaillé des connaissances en cette matière.

Suite à la montée de l'immigration en Europe depuis plusieurs décennies, cette question a été

réorientée et posée de manière spécifique en ce qui concerne la participation politique des

immigrés. Elle a pris une place importante dans les débats scientifiques et publics lorsqu'il s'est agi

d'analyser leur participation politique comme mesure de leur ancrage dans la société d'accueil. S'est

alors posée la pertinence du transfert des théories que les sciences politiques avaient élaborées pour

la population générale vers les groupes issus de l'immigration. Réalisées dans cette perspective,

diverses analyses ont d'emblée mis en évidence que les limites que présentent ces théories tant sur

le plan conceptuel et méthodologique que sur celui de leur application dans le champ de l'action

politique (Myrberg 2011). D'une part, elles avaient été construites en prenant en compte les

variations de la participation politique à partir d'une attention portée presque exclusivement sur les

groupes ethniques majoritaires et donc en négligeant ceux qui étaient minoritaires. A ce propos,

Leighiey s'est demandé si 'it is appropriate to assume that éducation and incarne, for example,

enhance the participation of ethnie minorities in the same way they enhance the participation of

(majority) whites' (Leighiey 2001, p.22; Myrberg 2011). D'autre part, ces théories avaient surtout été

développées pour expliquer le comportement électoral national et non pas la participation politique

locale et les activités communautaires (voir Leighiey 1995). Afin d'évaluer l'ampleur de ces limites,

Marschall (2001) a examiné de quelle manière les modèles généraux de la participation, d'une part,

prédisent le comportement politique des différents groupes de population (à la fois des des groupes

issus et non-issus de l'immigration) et, d'autre part, expliquent l'implication politique au niveau local

(et pas seulement au niveau national). Ses conclusions suggèrent qu'il existe non seulement des

différences importantes dans le type d'activités politiques pratiquées par les différentes populations

et dans les mécanismes amenant à leur participation, mais que ces différences sont enracinées dans

l'environnement social et institutionnel qui détermine fortement leur participation politique. En

d'autres mots, non seulement les populations issues de l'immigration participent moins à la vie

politique que les populations sans lien avec l'immigration, mais de plus, tous les groupes issus de

l'immigration ne présentent pas le même niveau de participation politique entre eux (Tillie,

Martiniello et al. 1998).

(21)

modèles ont tenté plus particulièrement d'expliquer l'accès à la sphère politique des migrants : le

modèle institutionnel et le modèle organisationnel (Pilati 2010). Le premier concerne les

opportunités dérivées des structures d'opportunités politiques institutionnelles, appelées également

political opportunity structures (POS) et se situe dans une perspective macro de la participation

politique. Les études qui ont étayé ce modèle ont surtout mis en avant que la mobilisation politique

des groupes d'immigrés est significativement affectée par les différentes lois et régulations associées

à l'acquisition des régimes de citoyenneté adoptés par les pays de résidence (Koopmans, Statham et

al. 2005).

Quant au second modèle, il est principalement relié aux structures organisationnelles des

populations tant issues que non-issues de l'immigration. Les études réalisées dans cette perspective

ont surtout montré que l'engagement dans des associations avait tendance à favoriser la

participation des individus à la vie politique (notamment : Verba, Schlozman et al. 1995). Il s'agit

donc d'une approche davantage située aux niveaux méso et micro. En effet, les structures

organisationnelles ont un impact sur la mobilisation politique au niveau collectif (méso), mais servent

également de facteur explicatif au niveau individuel (micro).

Etant donné que l'objet empirique de cette thèse s'est focalisé sur un seul cas (Bruxelles), la théorie

la plus pertinente pour analyser la participation politique des personnes issues de l'immigration est

avant tout celle qui repose sur les structures organisationnelles. Une telle approche permet en effet

d'étudier, au sein d'un même contexte, l'impact de différents types d'associations civiles sur la

participation politique de personnes issues de l'immigration au niveau individuel. Cette approche fait

l'objet d'une présentation détaillée dans la section suivante d'abord d'une manière générale, puis en

traitant plus particulièrement cette question au regard des personnes issues de l'immigration.

Néanmoins, même si la priorité sera donnée à l'approche organisationnelle, des éléments d'analyse

contextuelle, institutionnelle et politique seront également mobilisés. Cet apport sera réalisé non pas

en comparant les différents contextes entre eux, mais plutôt dans une optique interprétative, en

analysant l'interaction que les structures d'opportunité du pays de résidence ont avec les ressources

des différents groupes de migrants ainsi que leurs structures associatives.

2. L’

approche organisationnelle et la participation politique

(22)

donné la problématique de la présente thèse et des outils utilisés pour y répondre (voir

introduction), c'est la perspective comportementaliste qui est privilégiée ici.

Le modèle de volontarisme civique examine comment les associations bénévoles, mais aussi les lieux

de culte, interfèrent avec les positions socio-économiques des acteurs et leur participation politique

(Verba, Schlozman et al. 1995). Les associations bénévoles sont définies comme un groupe ou une

organisation que les gens peuvent rejoindre ou quitter librement, qui est libre de tout contrôle

externe et dont le but, les objectifs et les méthodes sont déterminés par les membres. Ce modèle est

une application spécifique du modèle socio-économique qui explique la participation politique par

les ressources liées à la position socio-économique des individus. Dans la mesure où le modèle socio­

économique se concentre sur les caractéristiques individuelles relatives à l'éducation, au revenu et à

la catégorie professionnelle, il contribue à expliquer la forte stratification et les inégalités politiques.

Selon ce modèle, plus les individus ont un statut socio-économique élevé, plus ils sont susceptibles

non seulement de participer à des activités politiques, mais aussi à une plus grande varitété

d'activités politiques (Verba & Nie 1972). Cette approche souligne que les facteurs qui influencent la

participation politique sont profondément enracinés dans les institutions sociales, comme la famille,

l'école, le travail, les associations bénévoles et les lieux de culte (Verba & Nie 1972; Brady, Verba et

al. 1995; Verba, Schlozman et al. 1995). Ces organisations permettent l'accumulation de ressources

telles que les compétences civiques (Verba, Nie et al. 1978; Verba, Schlozman et al. 1995).

(23)

de vie. La formation la plus importante des attitudes politiques est construite à un âge relativement

jeune.

3. L’

approche organisationnelle et la participation politique des PERSONNES ISSUES DE L’IMMIGRATION

L'importance des organisations a également été fortement utilisée pour étudier les variations

d'engagement politique des populations immigrées en Europe. Se basant sur la thèse du capital

social de Putnam, de nombreux chercheurs se sont focalisés sur le concept de la « communauté

civique ethnique » développé ultérieurement par Fennema et Tillie (1999; 2001).

Suite aux travaux de Putnam (1993; 2000), le concept de capital social est devenu une variable

centrale pour expliquer la participation politique. Le capital social, défini comme l'inclusion dans un

réseau social par la participation organisationnelle, est vu comme le facteur clé qui influence

l'intensité et même la qualité de la participation politique formelle et informelle des citoyens^. On

apprendrait à être démocratique à travers la participation dans des associations civiques. Cette

perspective est dérivée de la conception de Tocqueville qui suggère que les associations sont

considérées comme des intermédiaires entre les citoyens et l'état et donc qu'elles sont liées à la

qualité de la démocratie (Tocqueville 1835 (1992); 1840 (1992)). En effet, les associations bénévoles

ont à la fois une fonction externe car elles permettent aux citoyens de résoudre des problèmes

d'action collective et également de produire des biens collectifs, et une fonction interne car elles

socialisent leurs membres aux valeurs démocratiques. Par cette fonction interne, elles sont

considérées comme des écoles pour la démocratie ; grâce aux interactions avec d'autres membres et

par la nécessité de prendre des décisions collectives au sein de l'association, les membres vont

graduellement internaliser les valeurs démocratiques de tolérance, de négociation et le respect des

procédures (Hooghe 2008). Dans les associations, les individus développent des attitudes politiques

qui sont pertinentes pour la participation politique. Par exemple, on a pu mettre en évidence qu'être

actif dans une association influence le sentiment d'avoir une prise sur les décisions politiques

(political efficacy) et par conséquent peut amener à l'engagement politique (Verba, Schlozman et al.

1995).

(24)

3.1. Présentation de la thèse de Fennema et Tillie : la communauté civique

ethnique

Cette conception présente toutefois une vision unidimensionnelle de la participation politique. Or

des variations ont souvent été observées en matière de participation politique au niveau des groupes

issus de l'immigration (Marschall 2001). Comment les expliquer ? Se référant au capital social de

Putnam, Fennema et Tillie (1999; 2001) proposent que ces variations sont liées aux différences de

niveaux de la « communauté civique ethnique » au sein de ces mêmes groupes. Cette perspective a

été inspirée par Putnam, qui, dans son ouvrage Making Democracy Work (1993), a démontré que le

niveau de développement de la communauté civique, analysé par la quantité de la vie associative,

expliquait en grande partie les différences de «performance institutionnelle» des gouvernements

régionaux en Italie, la performance institutionnelle étant mesurée par douze indicateurs allant de la

rapidité du vote du budget à la création de nouvelles législations.

Fennema et Tillie (1999, 2001) suggèrent que les observations de Putnam pourraient être également

d'application au sein de la société néerlandaise, lorsqu'il s'agit de comparer les populations

marocaines, turques et surinamiennes. Ils font l'hypothèse que les différences de niveau de

participation politique entre ces populations, participation mesurée par le taux de vote aux élections

locales, la confiance politique et l'intérêt accordé à la politique locale, peuvent être expliquées par

les différences de niveau de leur communauté civique ethnique. Cette dernière est mesurée par le

rapport entre le nombre d'associations ethniques et la taille de la population, par le nombre de liens

de collaboration ou d'échange existant entre ces associations, par le nombre d'associations isolées

n'ayant pas de lien avec d'autres associations de la même communauté, ainsi que par le nombre de

médias ethniques. Les résultats confirment leur hypothèse et montrent que plus une population a

une communauté associative ethnique développée, plus son niveau de participation politique est

élevé. Plus précisément, il est mis en évidence que la population d'origine surinamienne a, à la fois, la

communauté associative la moins développée et le niveau de participation politique le plus faible

entre les trois populations et qu'à l'opposé, la population d'origine turque a la communauté

associative la plus développée et le niveau de participation politique le plus élevé. Les auteurs

concluent que le développement de la communauté civique ethnique d'un groupe d'immigrés a un

impact sur le niveau de participation politique de ce même groupe.

(25)

3.2. Limites de ia thèse de Fennema et Tiiiie

Plusieurs limites ont été avancées au regard des développements proposés par Fennema et Tiiiie

(Jacobs & Tiiiie 2004b; Jacobs & Tiiiie 2010). La première est relative au fait que leur thèse est limitée

au capital social ethnique et ne tient pas compte des associations de type multiethnique ou des

associations plus traditionnelles telles que le syndicat. Pourtant, la diversité des associations doit être

prise en considération dès lors que l'on tient compte de l'argument relatif à la distinction entre le

capital social de type bridging et de type bonding. Putnam (2000) définit ces deux types de capital

social en se référant aux liens de type faible et de type fort élaborés par Granovetter (1973). Il

associe les liens faibles aux organisations de type bridging. Ces organisations relient entre elles des

membres éloignés socialement. Au contraire, les organisations de type bonding sont construites

autour de liens forts tels que la famille ou des amis proches. Si l'on replace cette argumentation dans

le cadre de l'approche de Fennema et Tiiiie, le capital social bonding serait associé aux associations

ethniques, car cet « entre-soi » ethnique est caractérisé par la fréquentation d'individus appartenant

uniquement à la même communauté. Quant au capital social bridging, il serait lié aux associations

multiethniques qui disposent d'un réseau plus hétérogène que les associations (mono)ethniques.

Au regard de ce raisonnement, l'hypothèse pourrait être posée que les associations ethniques ne

devraient pas avoir d'impact sur la participation politique des groupes de migrants alors que la

participation dans les associations multiethniques pourrait influencer positivement l'implication

politique. Pourtant, de nombreuses études montrent que la distinction opérée entre les associations

basées sur l'origine ethnique ou multiethnique apporte des résultats discordants. Par exemple,

Strômblad et Adman, à Stockholm et Oslo montrent que la participation politique des migrants est

reliée à la participation associative en général et non pas aux associations fondées sur l'origine

ethnique (2010). Van Londen, Phalet et Hagendoorn montrent que, à Amsterdam, la participation

dans des associations ethniques n'a d'impact sur la participation politique qu'à travers la

participation à des organisations multiethniques (van Londen, Phalet et al. 2007). Par contre, une

étude sur les Turcs et les Marocains à Bruxelles montre que leur participation dépend du groupe de

migrants et du type de participation politique (Jacobs, Phalet et al., 2004). Pourtant, à Amsterdam et

également à Berlin, il a été montré que tant les organisations ethniques que multiethniques ont une

influence positive sur diverses dimensions de la participation politique (Berger, Galonska et al. 2004;

Tiiiie 2004). Enfin, Tiiiie et Slijper (2007) suggèrent que c'est la présence-même du capital social qu'il

soit bridging que bonding qui amènerait une participation politique élevée.

(26)

priorité sur base de

la confiance sociale et

de

la coopération sont moins efficaces dans la promotion de

l'action collective. S'inspirant de cette perspective, van Londen et al. (2007) ont proposé une

distinction entre les associations orientées horizontalement et axées sur le service et l'entraide qu'ils

appellent les client-oriented organisations (par exemple, les associations religieuses) et les

organisations verticalement orientées, axées sur l'autorité qu'ils appellent les authority-oriented

organisations (par exemple, les syndicats) (en lien avec les travaux de Putnam 1995; Kriesi 1996;

Putnam 2000). L'hypothèse qui sous-tend cette distinction est que les individus d'origine immigrée

qui sont actifs dans une organisation orientée vers le client plutôt qu'orientée vers l'autorité seront

plus susceptibles d'être engagés politiquement'^. Une autre limite qui relève de la même ligne est

qu'on ne trouve pas de reconnaissance de l'importance d'autres formes de capital social tels que les

réseaux personnels non-organisationnels (La Due Lake & Huckfeldt 1998) ou de capital culturel.

Pourtant, ceux-ci pourraient également être considérés comme stimulant la formation du capital

social brindging. En ce sens, il faudrait penser à des formes de capital social et culturel qui se

distribuent différemment au sein des groupes (ethniques) et qui influenceraient leur intégration dans

la société d'accueil (i.e. entreprenariat, participation à l'éducation, la maîtrise de la langue, etc.).

La troisième limite que les travaux de Fennema et Tillie ont suscitée se situe au niveau de la

reproductibilité de leurs résultats. Van Heelsum (2005) a tenté de répliquer les résultats de l'étude

réalisée sur la communauté civique ethnique d'Amsterdam (Fennema & Tillie 1999) non seulement

dans cette ville mais aussi dans trois autres cités néerlandaises : Rotterdam, De Hague et Utrecht.

Comme pour l'étude de Fennema et Tillie, les données ont été recueillies auprès d'échantillons de

Marocains, de Turcs et de Surinamiens. Les résultats ont été répliqués uniquement à Amsterdam.

Dans les trois autres villes, l'ordre du rang des groupes de migrants n'était pas le même pour les

communautés civiques et leur participation politique. Une des interprétations proposées par Van

Heelsum à propos de ces résultats serait que dans ces trois autres villes, la taille de ces trois groupes

issus de l'immigration est trop petite, et donc le nombre d'associations ethniques trop faible pour

développer une communauté civique conséquente. Par communauté civique conséquente, elle

entend que toutes les opinions politiques et religieuses et tous les groupes cibles sont représentés

sur le plan associatif. Il devrait y avoir une taille minimum de communauté civique requise pour que

l'effet devienne observable. Au sein d'une petite communauté, l'information n'est pas à la portée

d'un nombre suffisamment important d'individus et les organisations représentent trop peu

d'opinions. Au-delà de la taille de la communauté, cette limite renvoie, de manière plus large, à la

prise en compte du contexte institutionnel et politique pour comprendre l'interaction entre la

participation politique et la communauté civique. En ce sens, intégrer une analyse des structures des

opportunités politiques permettrait de comprendre pourquoi certaines associations ont des effets

différents sur la participation politique selon des contextes différents. Par exemple, au moment de la

récolte des données de Fennema et Tillie, pendant les années 90, Amsterdam disposait d'une

politique d'intégration multiculturelle qui soutenait activement les organisations d'immigrés. Ceci

peut expliquer pourquoi Fennema et Tillie ont trouvé un tel impact de la vie associative ethnique sur

la participation politique. Comme Pilati (2012) l'a suggéré : "In contexts where ethnie différences are

recognized, immigrant organizations seem to hâve enough resources to organize and act

(27)

autonomousiy in the political sphere. In contrast, where social organization around ethnicity is not

encouraged, immigrant organizations' possibilities for mobilization seem to dérivé from resources

mediated by autochthonous organizations which largely prevail in the field of immigration" (p.671).

Enfin, la quatrième limite renvoie à la définition de la participation politique et son

opérationnalisation. La mesure que Fennema et Tillie ont utilisée pour mesurer la participation

politique est le taux de vote aux élections municipales, c'est-à-dire la participation électorale

formelle. Pourtant, l'utilisation de cet indice s'avère biaisé lorsqu'on veut étudier la participation

politique des immigrés étant donné que la participation électorale est liée à la citoyenneté des

individus.

Face aux nombreuses limites formulées à l'égard de la thèse de Fennema et Tillie, la relation entre la

participation à la vie associative ethnique et la participation politique a été reprise récemment et ré-

investiguée.

3.3. Extension de la thèse de Fennema et Tillie au niveau individuel

Avant d'aller plus loin, il importe de clarifier les différents niveaux pouvant contribuer à l'analyse de

la participation politique (tant pour la population autochtone que pour les minorités issues de

l'immigration). D'une manière générale, pour expliquer cette variable, référence peut être faite à

trois niveaux. Le premier est le niveau institutionnel relié au capital politique (niveau macro). Les

deux suivants sont associés au niveau organisationnel, le capital social collectif pouvant être traité

tant à travers la structure des organisations (niveau méso) qu'à travers la participation des individus

dans les organisations et le capital social individuel (niveau individuel) et pouvant être examiné sous

l'angle du capital social (ex. niveau d'éducation ou la trajectoire migratoire).

(28)

C'est dans cette perspective qu'un numéro spécial du Journal of Ethnie and Migration Studies publié

en 2004 ainsi que diverses autres publications ont présenté, dans différents contextes, des études

testant, au Danemark (Togeby, 2004), à Bruxelles (Jacobs, Phalet et al. 2004), à Amsterdam (Tillie

2004) et à Berlin (Berger 2004), l'argument de Fennema et Tillie au niveau individuel. Ces recherches

ont tenu compte des différentes limites évoquées plus haut (comparaison des organisations,

ethniques et multiethniques ; prise en compte d'associations diverses, incluant dans certains cas des

syndicats) mais ont également introduit d'autres variables telles que le genre, le niveau d'éducation,

le niveau de maîtrise de la langue du pays de résidence et le statut socio-économique.

Prises ensemble, ces études montrent une grande diversité de résultats : le lien entre la vie

associative et la participation politique varie non seulement en fonction du pays ou de la ville

envisagée mais aussi en fonction de la population immigrée prise en considération. Ainsi à Berlin, il

existe des différences substantielles dans le niveau de participation politique des immigrés italiens,

turcs et russes, mais pour toutes ces populations d'immigrés, la participation à la société civile

contribue à l'ancrage politique en Allemagne (Berger et al. 2004). A Bruxelles, le capital social

individuel a des effets différents sur la participation politique selon que l'association est ethnique ou

multiethnique et selon la population prise en considération, à savoir d'origine marocaine ou turque

(Jacobs, Phalet et al. 2004). En ce qui concerne le Danemark, l'importance et la nature du lien (selon

l'indicateur de la participation politique et du type de capital social) entre la participation associative

et politique varient de groupe à groupe (Togeby 2004). Concernant Amsterdam, le lien entre capital

social qu'il soit ethnique ou multiethnique est significatif pour tous les groupes issus de l'immigration

(Tillie 2004).

van Londen, Phalet et Hagendoorn ont également analysé l'impact de l'implication associative sur

l'engagement politique parmi les personnes issues de l'immigration à Rotterdam (van Londen, Phalet

et al. 2007). Ils ont tenu compte, d'une part, de la distinction entre les associations ethniques et

multiethniques et, d'autre part, de la distinction entre les associations horizontalement orientées et

verticalement orientées. Ils concluent que les organisations multiethniques sont plus favorables à

l'engagement politique des immigrés que les associations ethniques. De plus, l'impact des

associations horizontalement orientées et verticalement orientées varie également en fonction des

groupes^.

Plusieurs interprétations ont été avancées pour expliquer la raison pour laquelle l'argument du

capital social ne fonctionne pas systématiquement au niveau individuel dans les différentes études

mentionnées. Premièrement, Tillie émet l'hypothèse que ce n'est pas simplement le fait de faire

partie d'une association qui aurait un impact sur la participation politique, mais également la position

de cette association dans le réseau de la communauté civique (2004). Un individu qui fait partie

d'une organisation isolée a accès à moins de capital social que s'il fait partie d'une organisation

fortement interconnectée. Il est en effet limité par l'absence ou la faible ampleur des connexions de

l'association en question. Cet argument est appelé le rainmaking effect. Il est aussi valable pour la

(29)

taille de l'association : un membre d'une association de petite taille aura accès à une plus faible

quantité de capital social que s'il est impliqué dans une association de plus grande taille.

Au-delà du rôle joué par la communauté civique ethnique auprès des membres de ces associations,

Fennema et Tillie avancent également l'idée d'un effet rainmaker. En d'autres mots, un individu qui

n'est pas actif dans une association, mais qui fait partie d'une population caractérisée par une forte

communauté civique ethnique, aura un niveau de confiance et un degré de participation politique

plus élevés. En bref, le simple fait de disposer d'un bon tissu associatif serait suffisant pour

augmenter la participation politique de toute une population.

Une deuxième interprétation est liée au réseau informel des individus. Un individu qui n'est pas

membre d'une association mais qui dispose d'un réseau de personnes actives dans des associations

aura accès au capital social de son réseau (Tillie, 2004).

Une troisième interprétation est liée à des différences de structures d'opportunités politiques. Par

exemple, à Amsterdam, des politiques publiques encouragent l'ancrage des individus d'origine

immigrée en favorisant la création d'organisations ethniques. Celles-ci servent dès lors

d'intermédiaire pour des contacts avec la société néerlandaise (Jacobs, Phalet et al. 2004). Toutefois,

à Bruxelles, il s'agit d'une situation politique beaucoup plus hétérogène (Jacobs 2001). Les autorités

flamandes et francophones développent des approches distinctes vis à vis des immigrants. Les

autorités flamandes, comme aux Pays-Bas encouragent et soutiennent l'organisation des populations

d'origine immigrée. Quant aux autorités francophones, elles ont opté pour une approche individuelle

de l'intégration et prennent le parti d'insérer les immigrants dans les structures existantes. Etant

donné que les francophones sont dominants dans la Région de Bruxelles-Capitale, la participation

politique des individus issus de l'immigration est une question d'insertion individuelle dans le

système belge. Le capital social strictement ethnique ne renforcerait donc pas nécessairement

l'ancrage politique.

La maîtrise de la langue est également un facteur important dans ce processus. Dès lors, les groupes

ethniques qui ont comme origine un pays dans lequel la langue du pays d'accueil est pratiquée (i.e.

les Marocains en Belgique), ont une participation politique plus élevée que le groupes qui maîtrisent

moins bien la langue du pays d'accueil (Jacobs, Phalet et al. 2004). Pourtant, malgré les nombreuses

divergences observées au travers de ces études, tous les résultats convergent pour souligner que les

associations ethniques soit favorisent la participation politique, soit n'ont pas d'impact. Jamais la

participation associative ethnique n'a été démontrée comme ayant eu un impact négatif sur

l'engagement politique.

3.4. Une étude internationale comme systématisation de la thèse de

Fennema et Tillie

(30)

Participation, Organisational Networks, and Public Policies at the Local Level » (LOCALMULTIDEM)®, a

été réalisée. Elle avait pour objet l'agencement des différents facteurs qui influencent

le niveau de participation politique

des résidents immigrés à différents niveaux d'analyse dans six villes européennes

(Lyon, Budapest, Milan, Madrid, Zurich et Londres). Ultérieurement, des collaborations scientifiques

associées ont permis d'étendre le projet initial à d'autres villes : Oslo, Stockholm (Strômblad,

Myrberg et Bengtsson) et Bruxelles (qui est l'objet de cette présente thèse). La question initiale de ce

projet portait sur la mesure dans laquelle les immigrés de différentes origines nationales étaient

politiquement ancrés dans la vie locale de leur ville et sur les facteurs pouvant expliquer les

différences de niveau d'intégration entre ces groupes. Pour traiter ces questions, le projet a examiné

l'impact des inégalités sociales sur les inégalités politiques selon des facteurs micro-attributionnels

(niveau individuel), sur les ressources associées aux organisations (niveau collectif) et sur les

structures d'opportunité politique (niveau contextuel). L'intérêt majeur de ce projet est d'avoir des

instruments directement comparables entre les différentes villes concernées et d'appliquer une

perspective comparée à toutes les hypothèses.

Les principaux résultats de LOCALMULTIDEM, obtenus à ce jour, ont été publiés en 2011 dans un

ouvrage collectif intitulé « Social Capital, Political Participation and Migration in Europe ». Ils se

focalisent sur l'explication de la variation de la participation politique au niveau individuel, en

intégrant les facteurs de capital humain (statut socio-économique, genre, niveau d'éducation,...), de

capital social (participation associative) et de capital politique (contexte politique dans le pays de

résidence) (Morales & Giugni 2011). Cet ouvrage fait un état des lieux de l'ensemble des facteurs qui

expliquent la participation politique des migrants, onze ans après la parution du premier article de

Fennama et Tillie (1999). Sont évoqués ci-après les résultats qui concernent la comparaison entre les

individus issus et non-issus de l'immigration, le rôle joué par le capital humain, par le capital social et

par le capital politique.

Du point de vue de la comparaison entre individus issus et non-issus de l'immigration, on observe un

écart important entre la participation politique des uns et des autres. Ce résultat n'est pas

uniquement lié au fait que les migrants n'ont pas accès aux droits électoraux, car il apparaît

également pour d'autres indicateurs de participation politique (Giugni & Morales 2011). Toutefois, ce

constat doit être nuancé. D'un côté, il n'est pas consistant avec toutes les dimensions de la

participation politique. Par exemple, la confiance envers les institutions politiques, l'attachement au

pays de résidence, ainsi que le sentiment d'efficacité politique des immigrés atteignent souvent un

niveau similaire à celui d'individus sans lien avec l'immigration. D'un autre côté, tous les immigrés

n'ont pas le même niveau de participation politique. Ceci est, entre autres, dû aux caractéristiques

des populations immigrées au niveau collectif : taille du groupe, histoire migratoire, culture politique,

statut socio-économique, etc.

Concernant les facteurs liés au capital humain, les différents chapitres de l'ouvrage pointent

l'importance des caractéristiques individuelles et des ressources. Ils confirment donc le modèle

standard socio-économique de participation politique pour comprendre les différences de

(31)

participation politique des migrants (Verba, Nie et al. 1978; Verba, Schlozman et al. 1995). En

particulier, l'éducation apparaît comme une ressource cruciale pour les migrants (Morales & Giugni

20110). Les migrants qui ont un niveau d'éducation plus élevé ont plus de chance de participer à la

vie politique que leurs homologues du même pays de résidence. En outre, il apparaît que dans

certaines situations, l'éducation est une ressource plus déterminante pour les migrants que pour le

groupe majoritaire. Le genre est également un facteur d'inégalité dans l'étude de l'engagement

politique, mais les résultats sont plus diversifiés et dépendent des dimensions de la participation

politique.

De plus, d'autres attributs relatifs au capital humain, liés cette fois au processus de migration,

contribuent à expliquer l'engagement politique. Le facteur le plus significatif est la capacité de

comprendre, lire et parler la langue du pays de résidence (Jacobs, Phalet et al. 2004) : la compétence

langagière a en effet un impact positif sur toutes les dimensions de la participation politique (Giugni

& Morales 2011). Un autre facteur significatif, mais de manière moins systématique que la

compétence langagière, est la proportion de temps passée dans le pays d'accueil. Les résultats

montrent, de manière générale, que plus la durée de vie dans le pays de résidence est élevée, plus

les migrants participent à la vie politique de ce pays. Toutefois, dans certains cas, cette relation est

non significative. Par exemple, la durée de résidence n'a pas d'impact sur la confiance politique ou le

sentiment d'efficacité (Anduiza &. San Martin 2011). Les résultats publiés dans cet ouvrage montrent

également que la génération de migration, qu'elle soit première ou deuxième, n'a pas d'impact sur la

participation politique (Giugni & Morales 2011), mais bien sur l'attachement au pays de résidence

(Devadason 2011). Les secondes générations ont un sentiment d'attachement au pays de résidence

plus intense que les premières générations (à l'exception de Stockholm). En revanche, être un

citoyen du pays de résidence semble avoir un impact positif sur certains aspects de la participation

politique, particulièrement, l'intérêt et l'action politiques.

Par contre, la religion, et plus précisément, le fait d'être musulman, a peu ou pas d'effet sur

l'engagement politique et lorsqu'il y a un effet, les résultats sont contradictoires. Par exemple, les

musulmans semblent moins intéressés par la politique que les non-musulmans, mais ils seraient plus

susceptibles d'aller voter aux élections locales si cela leur était permis (Morales & Morariu 2011).

Pourtant, la religion joue un rôle important à travers l'engagement dans une organisation religieuse

(Eggert & Giugni 2011). Un migrant actif dans une organisation religieuse aura un niveau de

participation politique plus élevé qu'un migrant non-actif.

En ce qui concerne les facteurs relatifs au capital social, les études réalisées dans le cadre

LOCALMULTIDEM ont également mis en évidence leur rôle pour expliquer les variations de la

participation politique des migrants dans ces villes européennes. Ce rôle s'est révélé en fait plus

important que celui des facteurs humains. Les études confirment la thèse de l'impact positif de

l'implication dans les associations bénévoles à la fois sur l'engagement politique des migrants et sur

leur niveau d'intérêt et de sentiment d'efficacité politique (Giugni & Morales 2011).

(32)

participation politique (2011). La distinction la plus pertinente concerne les organisations ethniques

et multiethniques (ou non-ethniques). Il apparaît que les migrants impliqués dans une organisation

de type ethnique sont plus actifs et plus attentifs dans les matières politiques qui se rapportent à leur

propre groupe de population que dans celles qui concernent leur pays d'accueil. Ces résultats en

appellent à prendre en considération la nature de la participation politique et à distinguer la

politique orientée vers le groupe d'immigrés, c'est-à-dire celle qui se rapporte aux questions et aux

préoccupations articulées autour de leur propre groupe, de la politique liée aux questions et

préoccupations qui touchent

l'ensemble de la société.

Les auteurs suggèrent donc qu'il est nécessaire

d'aller au-delà de l'intérêt porté à la participation associative et de traiter en profondeur l'impact des

différents types d'organisations sur la participation ou l'intérêt politique (cf. orienté vers le propre

groupe ethnique, versus la politique en général ou multiethnique).

Le dernier type de facteur envisagé dans l'ouvrage est relatif au capital politique. Ce facteur

contribue également fortement à l'explication de la variation politique des groupes et villes étudiés.

Il permet d'avancer que l'implication politique dépend largement du contexte politique dans lequel

les migrants vivent. Dans cette optique, un des principaux résultats de cette étude montre que les

structures d'opportunités politiques sont cruciales pour la participation politique des migrants et

permettent d'expliquer à la fois les différences de participation entre les villes et entre les groupes

(Giugni & Morales 2011). Plus précisément, la participation politique des migrants est encouragée

par des politiques inclusives telles que l'accès à la citoyenneté ou la reconnaissance des droits

collectifs (Cinalli & Giugni 2011). D'autres données confirment que dans les régimes de citoyenneté

ouverts, c'est-à-dire là où l'accès à la citoyenneté est plus facile, les migrants ont plus de chance

d'être intégrés politiquement que dans des régimes fermés (Gonzàlez-Ferrer 2011; Morales &

Morariu 2011; Morales & Pilati 2011).

3.4. Bilan des études et perspectives

Au regard de la revue de la littérature qui vient d'être présentée, il importe d'une part de clarifier les

résultats établis et d'autre part de relever les lacunes et les ambigüités qui subsistent. Nous nous

focaliserons sur les facteurs qui expliquent les variations de la participation politique au niveau

individuel.

A la lumière des études qui ont été réalisées et des résultats qui ont été engrangés, il semble acquis

que le capital social au niveau individuel soit un facteur explicatif important de la participation

politique des personnes issues de l'immigration. D'une manière générale, ces études ont mis en

évidence que les immigrés impliqués sur le plan associatif sont susceptibles d'avoir un niveau

d'engagement politique plus élevé que ceux qui n'y sont pas actifs (notamnent : Jacobs, Phalet et al.

2004; Morales & Giugni 2011; Myrberg 2011).

(33)

Du point de vue de la participation associative, il apparaît que cette variable ne peut être considérée

comme unidimensionnelle. Diverses études ont montré que le type d'organisation (i.e., capital social

ethnique versus capital social multiethnique des associations horizontalement versus verticalement

orientées) joue un rôle important. Dans le même ordre d'idées, très peu d'études ont pris en

considération l'impact de l'affiliation religieuse, en tant que type de capital social, sur la mobilisation

politique des individus d'origine immigrée (à l'exception d'Eggert & Guigni, 2011). Pourtant, il a été

démontré dans une étude réalisée parmi des musulmans aux Etats-Unis, une forte relation entre la

fréquentation des mosquées et la participation politique (Jamal 2005).

La participation politique apparaît également souvent comme une variable unidimensionnelle dans la

littérature. Or, il est apparu qu'elle a été conceptualisée de diverses manières. Par exemple. Morales

et Pilati ont distingué la participation politique orientée vers le groupe de celle orientée vers une

problématique qui concerne le pays d'accueil (2011). En fait, la participation politique est un concept

qui englobe plusieurs dimensions (example : Teorell, Torcal et al. 2007; de Rooij 2011) et les causes

de la participation politique varient en fonction de celles-ci (Armingeon 2007). A titre d'exemple, le

vote demande moins de compétences et de curiosité politique que l'activité partisane. Ou encore, les

activités de protestation dépendent plus du sentiment de satisfaction à propos de la manière dont la

démocratie fonctionne que les formes plus conventionnelles de participation telles que la prise de

contact avec des décideurs politiques. Ainsi, bien qu'il existe une série d'attributs qui expliquent au

moins une forme de participation, il n'y a pas de raison de supposer que chacun de ces attributs ait

une importance similaire pour expliquer toutes les formes de participation politique. De plus, les

études relatives à la participation politique des immigrés se sont souvent focalisées sur la

participation versus la non-participation politique sans tenir compte des différentes formes de

participation politique : n'importe quel acte de la participation est mis sur le même pied et est

présumé être expliqué par les même facteurs (de Rooij 2011).

En ce qui concerne les processus susceptibles d'expliquer la relation entre l'implication associative et

la participation politique, les questions restent également ouvertes. En particulier, alors que la

confiance sociale et politique est un concept central dans la théorie initiale du capital social de

Putnam (1993, 2000), théorie sur laquelle Fennema et Tille ont développé l'argumentation de la

« communauté civique ethnique » (1999, 2001), aucune étude, à l'exception de celles de Togeby

(2004) et van Londen et al (2007), n'a systématiquement testé son rôle comme facteur médiationnel

de la relation liant implication associative et participation politique au niveau individuel. Ce point est

développé plus en profondeur dans la section qui suit.

4. L

a question de la confiance sociale et politique

Pour expliquer l'engagement politique des migrants, nous avons évoqué plus haut la place centrale

qu'occupe la tradition de l'engagement civique tocquevillenne, suggérant que les associations

bénévoles suscitent une confiance sociale généralisée en générant des relations de coopération

entre les citoyens (i.e. Verba, Nie et al. 1978). La théorie du capital social de Putnam (1995; 2000) a

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