R´eduction des endomorphismes en dimension finie
Vincent Pilaud 2007
1 G´ en´ eralit´ es
Dans tout le texte, k d´esigne un corps (commutatif),n un entier strictement positif, E unk-espace vectoriel de dimensionn. On noteL(E) l’alg`ebre des endomorphismes deE etGL(E) le groupe des inversibles deL(E). On note Mn(k) l’alg`ebre des matrices carr´ees de taillen`a coefficients dansket GLn(k) le groupe des inversibles deMn(k).
1.1 El´ ´ ements propres
D´efinition 1. On dit queλ ∈k est une valeur proprede u∈ L(E) s’il existex∈ Er{0} tel que u(x) =λx. On dit alors que xest un vecteur propreassoci´e `aλ. On appelle spectrede ul’ensemble Sp(u)des valeurs propres deu.
Pour tout λ∈Sp(u), on appelle sous-espace propreassoci´e `aλle sous-espace vectoriel Eλ= ker(u−λI).
Th´eor`eme 1. Soientλ1, . . . , λℓdes valeurs propres distinctes deu. Alors les sous-espaces propres associ´esEλ1, . . . , Eλℓ
sont en somme directe.
D´efinition 2. SoitA∈Mn(k). On appelle polynˆome caract´eristiquedeAle polynˆome d´efini parχA(X) = det(A−XI).
C’est clairement un invariant de la classe de similitude de A. On appelle polynˆome caract´eristiquede u∈ L(E) le polynˆome caract´eristiqueχu de toute matrice deu.
Exemple.Le polynˆome caract´eristique d’un endomorphisme nilpotent deE(ie. tel qu’il existep∈Ntel queup= 0) est (−1)nXn.
Proposition 1. Pour toutu∈ L(E), on aSp(u) ={λ∈k|χu(λ) = 0}.
1.2 Diagonalisation, trigonalisation
Th´eor`eme 2. On dit queu∈ L(E) est diagonalisablesi les propri´et´es ´equivalentes suivantes sont v´erifi´ees : 1. il existe une base de E form´ee de vecteurs propres deu(dans cette base, la matrice deuest diagonale), 2. il existeλ1, . . . , λℓ∈Sp(u) tels quePℓ
i=1dim(Eλi) =n,
3. χu est scind´e et la multiplicit´e de toute racineλde χu vaut dim(Eλ).
Th´eor`eme 3. On dit queu∈ L(E) est trigonalisablesi les propri´et´es ´equivalentes suivantes sont v´erifi´ees :
1. il existe un drapeau deE stable paru(la matrice deudans une base compatible avec ce drapeau est triangulaire sup´erieure),
2. χu est scind´e.
1.3 Polynˆ ome minimal
Soitu∈ L(E). L’application
k[X] −→ L(E)
P =Pd
i=0aiXi 7−→ P(u) =Pd i=0aiui
est un morphisme dek-alg`ebre, dont l’image k[u] est la sous-alg`ebre deL(E) engendr´ee paruet dont le noyauIuest l’id´eal annulateur deu.
D´efinition 3. On appelle polynˆome minimal deule g´en´erateur unitaire πu de l’id´eal Iu.
1.4 Matrice compagnon
D´efinition 4. On appelle matrice compagnond’un polynˆome unitaireP =Xn+Pn−1
i=0 aiXi la matrice
CP =
0 . . . 0 −an−1
1 . .. ... ... . .. 0 ...
0 1 −a0
Lemme 1. Pour tout polynˆomeP ∈k[X], on aP =πCP = (−1)nχCP.
L’´egalit´eP =χCP est claire. L’autre se fait par calcul (dans les matrices suivantes, les espaces vides sont `a remplacer par des 0) :
χCP =
−X −an−1
1 . .. ...
. .. −X ... 1 −X−a0
= 1
Xn(n−1)2
−X −an−1
−X2 −Xan−2−an−1
. .. ...
−P(X)
= (−1)nP(X).
1.5 Sous-espaces stables, sous-espaces monog` enes
D´efinition 5. On dit qu’un sous-espace vectoriel F de E est stable par usi u(F)⊂F. L’endomorphismeu d´efinit alors par restriction un endomorphisme uF de F.
Proposition 2. 1. SiF est un sous-espace vectoriel deE stable par u, alors χuF|χu etπuF|πu.
2. Si F et G sont deux sous-espaces vectoriels de E suppl´ementaires et stables par u, alors χu = χuFχuG et πu= ppcm(πuF, πuG).
D´efinition 6. Soit u∈ L(E)etx∈E. On appelle sous-espaceu-monog`ene engendr´e par xle sous-espace vectoriel hxiu=k[u](x) ={P(u)(x)|P ∈k[X]}.
On note πu,x=πuhxiu etχu,x=χuhxiu
Proposition 3. 1. Le sous-espacehxiu a pour dimension le degr´ed de πu,x et admet(x, u(x), . . . , ud−1(x)) pour base.
2. La matrice deudans cette base est la matrice compagnon deπu,x.
Th´eor`eme 4 (Cayley-Hamilton). Pour toutu∈ L(E), on a πu|χu. Autrement dit χu(u) = 0.
En effet, pour toutx∈E, on sait queχu,x = (−1)dπu,x. On a doncχu,x(u)(x) = 0. Maisχu,x|χu, doncχu(u)(x) = 0. Ceci ´etant vrai pour tout x∈E, on a doncχu= 0.
Lemme 2. Soientu∈ L(E)etx, y∈E tels que πu,x etπu,y sont premiers entre eux. Alors πu,x+y=πu,xπu,y. On a clairement (πu,xπu,y)(u)(x) = (πu,xπu,y)(u)(y) = 0, donc par lin´earit´e, (πu,xπu,y)(u)(x+y) = 0. On en d´eduit que πu,x+y|πu,xπu,y. Par ailleurs, πu,−y(u)(y) = −πu,−y(u)(−y) = 0, donc par sym´etrie, πu,y = πu,−y. Or πu,x=πu,x+y−y|πu,x+yπu,−y=πu,x+yπu,y. Commeπu,xetπu,y sont premiers entre eux, on en d´eduit queπu,x|πu,x+y. On obtient de mˆeme queπu,y|πu,x+y. En utilisant encore une fois queπu,x et πu,ysont premiers entre eux, on obtient πu,xπu,y|πu,x+y, d’o`u l’´egalit´e.
Proposition 4. Pour toutu∈ L(E), il existex∈E tel queπu,x=πu.
Le lemme pr´ec´edent assure qu’il suffit de le montrer pour un endomorphisme dont le polynˆome caract´eristique est la puissance d’un irr´eductible :πu=Pα. Dans ce cas, on sait que
{0}= ker I(kerP(u)(kerP2(u)(. . .(Pα−1(u)(kerPα(u) =E.
Soitx∈ErkerPα−1(u). AlorsPα(u)(x) = 0, doncπu,x|Pα, mais Pα−1(u)(x)6= 0, doncπu,x ∤Pα−1. CommeP est irr´eductible,πu,x=Pα.
2 R´ eductions et applications
2.1 R´ eduction de Dunford et applications
Lemme 3. Soientq1, . . . , qℓ∈ L(E)tels quePℓ
i=1qi= Ietqiqj = 0pour tout1≤i6=j≤ℓ. Alorsq1, . . . , qℓ sont des projecteurs, E= imq1⊕. . .⊕imqℓ et pour tout1≤i≤ℓ,kerqi=L
j6=iimqj. Notons d´ej`a que pour tout 1≤i≤ℓon aqi=Pℓ
j=1qjqi=qi2, doncq1, . . . , qℓ sont des projecteurs.
Par ailleurs, pour tout x ∈ E, on a x = I(x) = Pℓ
i=1qi(x) ∈ Pℓ
i=1imqi, donc E = Pℓ
i=1imqi. De plus, si (x1, . . . , xℓ) ∈ Qℓ
i=1imqi v´erifiePℓ
i=1xi = 0, alors pour tout 1 ≤ j ≤ ℓ, on a 0 = qj
Pℓ i=1xi
= Pℓ
i=1qj(xi) = qj(xj) =xj. On a donc bienE= imq1⊕. . .⊕imqℓ.
Enfin, commeqiqj= 0 pour tout 1≤i6=j≤ℓ, il est clair queL
j6=iimqj⊂kerqi. R´eciproquement, soitx∈kerqi. Soient (x1, . . . , xℓ)∈Qℓ
i=1imqitels quex=Pℓ
i=1xi. Alors 0 =qi(x) =qi
Pℓ
j=1qj(x)
=Pℓ
j=1qi(xj) =qi(xi) =xi, doncx∈L
j6=iimqj.
Th´eor`eme 5 (Lemme des noyaux). Soientu∈ L(E),P1, . . . , Pℓ∈k[X]premiers entre eux deux `a deux. Alors ker(P1. . . Pℓ)(u) = kerP1(u)⊕. . .⊕kerPℓ(u),
et les projecteurs associ´es `a cette d´ecomposition sont des polynˆomes enu.
Pour tout 1≤i≤ℓ, on poseQi=Q
j6=iPj. Les polynˆomesQ1, . . . , Qℓ sont premiers entre eux dans leur ensemble, donc le th´eor`eme de Bezout assure l’existence de polynˆomesA1, . . . , Aℓ tels quePℓ
i=1AiQi = 1. Notons de plus que pour tout 1≤i6=j ≤ℓ, (AiQi)(AjQj)|P1. . . Pℓ.
Par cons´equent, en se restreignant au sous-espace ker(P1. . . Pℓ)(u) (ce qui est l´egitime puisque pour tout 1≤i≤ℓ, on a kerPi(u)⊂ker(P1. . . Pℓ)(u)), et en posantqi=AiQi(u) pour tout 1≤i≤ℓ, on se retrouve dans la situation du lemme pr´ec´edent.
Il reste donc uniquement `a montrer que pour tout 1 ≤ i ≤ ℓ, on a kerPi(u) = imqi. Soit y ∈ imqi, et x ∈ ker(P1. . . Pℓ)(u) tel que y =qi(x) = (AiQi)(u)(x). Alors Pi(u)(y) = (PiAiQi)(u)(x) = Ai(u)(P1. . . Pℓ)(u)(x) = 0, doncy∈kerPi(u). R´eciproquement, siy∈kerPi(u), on a
y=
ℓ
X
i=1
qi(x) =qi(x) +
X
j6=i
(Aj
Y
k /∈{i,j}
Pk)(u)
(Pi(u)(x)) =qi(x).
Th´eor`eme 6(D´ecomposition de Dunford). Soitu∈ L(E)tel queχuest scind´e surk. Alors il existe un unique couple (d, n)∈ L(E)2 avec
(i)ddiagonalisable, (ii) nnilpotent, (iii) dn=nd, (iv)u=d+n.
De plus,detn sont des polynˆomes enu.
Soient λ1, . . . , λℓ les racines de χu, de multiplicit´es respectives α1, . . . , αℓ, de sorte que l’on peut ´ecrire χu = Qℓ
i=1(X −λi)αi. Pour tout 1 ≤ i ≤ ℓ, on pose Pi(X) = (X −λi)αi. Soientq1, . . . , qℓ les projecteurs associ´es `a la d´ecompositionE= kerP1(u)⊕. . .⊕kerPℓ(u). On pose alors
d=
ℓ
X
i=1
λiqi et n=u−d=
ℓ
X
i=1
(u−λiI)qi. Alors
(i) dse diagonalise dans une base adapt´ee `a la d´ecompositionE= kerP1(u)⊕. . .⊕kerPℓ(u).
(ii) pour touts ∈N, on ans=Pℓ
i=1(u−λiI)sqi (car pour tout 1≤i≤ℓ, qiu=uqi et pour tout 1≤i 6=j ≤ℓ, qiqj= 0). En particulier, sis≥max1≤i≤ℓαi, alorsns= 0, doncnest nilpotent.
(iii) det nsont des polynˆomes enu, donc ils commutent.
(iv) par d´efinition, u=d+n.
Supposons maintenant qu’il existe un autre couple (d′, n′) v´erifiant (i), (ii) (iii) et (iv). On a alors ud′= (d′+n′)d′ =d′2+n′d′=d′2+d′n′=d′(d′+n′) =d′u.
Comme d est un polynˆome en u, d et d′ commute aussi. Ainsi d et d′ sont codiagonalisables, et donc d−d′ est diagonalisable. On montre de la mˆeme fa¸con quenetn′commutent, et quen′−nest nilpotent. Ord+n=u=d′+n′, doncd−d′=n′−nest diagonalisable et nilpotent, donc nul. On a ainsid=d′ et n=n′.
Remarque.
1. Une telle d´ecomposition (v´erifiant (i), (ii), (iii) et (iv)) n’existe pas toujours mais lorsqu’elle existe, elle est toujours unique (pour le voir, il suffit de passer dans une extension de d´ecomposition de χu et d’appliquer le th´eor`eme pr´ec´edent). Cette d´ecomposition, lorsqu’elle existe, est appel´eed´ecomposition de Dunford deu.
2. On note
(i’)dest diagonalisable dans une extension dek.
Montrons que l’on peut toujours obtenir une d´ecomposition deuv´erifiant (i’), (ii), (iii) et (iv). SoitA∈ Mn(k) la matrice de udans la base canonique. SoitKune extension de d´ecomposition deχu. DansK,χu est scind´e, doncA admet une d´ecomposition de Dunford (D, N). A priori,D et N sont des matrices deMn(K) et D est diagonalisable dansK. Soit maintenantσun automorphisme deKlaissant invariantk(ie. un ´el´ement du groupe de Galois de l’extension k ⊂ K). On note encore σ l’application de Mn(K) dans lui mˆeme qui `a M = [mi,j] associeσ(M) = [σ(mi,j)]. On a alorsA=σ(A) =σ(D) +σ(N) avecσ(D) diagonalisable dansK,σ(N) nilpotent et σ(D)σ(N) =σ(N)σ(D). Par unicit´e, on a donc D = σ(D) et N = σ(N). Les matrices D et N sont donc stables par tout automorphisme deK laissant invariantk, donc D et N sont dans Mn(k). On obtient bien la d´ecomposition annonc´ee.
Exemple.Soitu∈ L(E) un endomorphisme admettant une d´ecomposition de Dunfordu=d+n. Alors exp(u) admet une d´ecomposition de Dunford exp(u) = ˜d+ ˜navec
d˜= exp(d) et n˜ = exp(d)
ℓ−1
X
i=1
ni i!, o`uℓd´esigne l’indice de nilpotence de n.
En particulier, si exp(u) est diagonalisable, alors ˜n = 0, ce qui implique que Pℓ−1 i=1
ni
i! = 0. On obtient donc Xℓ|Pℓ−1
i=1 Xi
i! , donc ℓ = 1, et donc u est diagonalisable. Par cons´equent, lorsque u admet une d´ecomposition de Dunford, uest diagonalisable si et seulement si exp(u) est diagonalisable.
Exemple.Siu∈ L(E), on note
φu: L(E) −→ L(E) v 7−→ uv−vu
On va montrer que siuadmet une d´ecomposition de Dunford (d, n), alorsφu admet pour d´ecomposition de Dunford (φd, φn).
Supposons d’abord queuest diagonalisable. Soientλ1, . . . , λn ses valeurs propres (avec multiplicit´e), etx1, . . . , xn
une base de vecteurs propres associ´es. Pour tout 1≤i, j≤n, on notevij l’application d´efinie parvij(xk) =δjkxipour tout 1≤k≤n. Les endomorphismes (vij)1≤i,j≤n forment une base deL(E) et pour tout 1≤i, j≤n,
φu(vij) =
n
X
k=1
λkvkk
!
vij−vij n
X
k=1
λkvkk
!
= (λi−λj)vij. Ainsi,φu est diagonalisable et ses valeurs propres sont les (λi−λj)1≤i,j≤n.
Montrons maintenant par r´ecurrence que pour tout endomorphismeu∈ L(E) et tout entierk, φku=φu◦. . .◦φu:v7−→
k
X
i=0
(−1)i k
i
uk−ivui.
Le r´esultat est vrai pourk= 0. Maintenant, si on le suppose vrai pourk, alors φk+1u (v) = uφku(v)−φku(v) =u
k
X
i=0
(−1)i k
i
uk−ivui
!
−
k
X
i=0
(−1)i k
i
uk−ivui
! u
=
k
X
i=0
(−1)i k
i
(uk+1−ivui−uk−ivui+1)
=
k
X
i=0
(−1)i k
i
+ k
i−1
uk+1−ivui+ (−1)k+1vuk+1
=
k+1
X
i=0
(−1)i k+ 1
i
uk+1−ivui. En particulier, sinest nilpotent, alorsφn est nilpotent.
Enfin, siuet v commutent, alorsφu et φv commutent puisque
φuφv(w) =u(vw−wv)−(vw−wv)u=uvw−uwv−vwu+wvu=vuw−vwu−uwv+wuv=φvφu(w).
On en d´eduit le r´esultat.
On obtient en plus queuest diagonalisable si et seulement siφuest diagonalisable. En effet, siφuest diagonalisable, alorsφn = 0, ce qui signifie quen commute avecL(E). Par cons´equent, nest une homoth´etie nilpotente, doncnest nul, etu=dest diagonalisable.
2.2 Invariants de similitude
Th´eor`eme 7. Soit u∈ L(E). Il existe un unique entier ℓ et un unique ℓ-uplet de polynˆomes unitaires (Q1, . . . , Qℓ) soumis `a la condition Qℓ|Qℓ−1|. . .|Q1 et tels queuadmette dans une base la matrice
CQ1
. ..
CQℓ
On appelle invariants de similitude ces polynˆomesQ1, . . . , Qℓ.
Commen¸cons par montrer l’existence. Il est clair que s’il existe, le premier invariant de similitudeQ1deuest son polynˆome minimal. On a d´ej`a montr´e avec la proposition 4 qu’il existe un sous-espace monog`eneF =hxiupour lequel πu,x =πu. En particulier, la matrice de urestreinte `a F est la matrice compagnon deπu. Ainsi, si le degr´e ddeπu
vaut n, alorsF =E et on a d´ej`a termin´e. Dans le cas contraire, on va trouver un sous-espace suppl´ementaire deF stable paru, et le r´esultat s’en d´eduira par r´ecurrence.
Les vecteurs (x, u(x), . . . , ud(x)) formant une famille libre deE, on peut trouver une forme lin´eaire λ∈E∗ telle queλ(ui(x)) =δid pour tout 0≤i≤d. On pose alors
G=\
i∈N
ker(λui).
C’est un sous-espace vectoriel de E qui est clairement stable paru. Montrons que c’est un suppl´ementaire deF : (i) soity ∈ F∩G. Par d´efinition de F, il existeα0, . . . , αd ∈k tels quey =Pd
i=0αiui(x). Siα0, . . . , αd sont non tout nuls, notonsj = max{i|αi6= 0}. Mais puisquey est dansG, on a
0 =λud−j(y) =
j
X
i=0
αiλud−j+i(x)=αj, ce qui est absurde. On obtient donc queF ∩G={0}.
(ii) raisonnons maintenant sur la dimension, en passant par le dual : dim(G) = dim \
i∈N
(λui)⊥
!
= dim vect(λui|i∈N}⊥
= codim (vect(λui|i∈N}) = codimhλiut = codimF.
Montrons `a pr´esent l’unicit´e. Supposons qu’il existe deux suites de polynˆomesP1, . . . , PℓetQ1, . . . , Qmsoumis aux conditionsPℓ|Pℓ−1|. . .|P1 etQm|Qm−1|. . .|Q1et tels queuadmette pour matrices
CP1
. ..
CPℓ
et
CQ1
. ..
CQm
NotonsE=F1⊕. . .⊕Fℓ=G1⊕. . .⊕Gmdes d´ecompositions deE sur lesquellesus’exprime par ces deux matrices.
On sait d´ej`a que P1 =Q1 =πu et que n =Pℓ
i=1d(Pi) = Pm
i=1d(Qi). Supposons que les deux suites P1, . . . , Pℓ et Q1, . . . , Qmdiff`erent et notonsj le plus petit indice tel quePj 6=Pj. On a alors
Pj(u)(E) = Pj(u)(F1)⊕. . .⊕Pj(u)(Fj−1)
= Pj(u)(G1)⊕. . .⊕Pj(u)(Gj−1)⊕. . .⊕Pj(u)(Gm).
Or par d´efinition de j, pour tout 1 ≤ i < j, on sait que Pi = Qi, donc que dim(Pj(u)(Fi)) = d(Pi) = d(Qi) = dim(Pj(u)(Gi)). Par cons´equent, Pj(u)(Gj)⊕. . .⊕Pj(u)(Gm) = {0} ce qui implique que Qj|Pj. Par sym´etrie, on obtientPj=Qj, ce qui contredit notre hypoth`ese.
Remarque.
1. Insistons encore une fois sur le fait que si Q1, . . . , Qℓ sont les invariants de similitude de u, alors le polynˆome minimal deuest πu =Q1 et le polynˆome caract´eristique de uestχu=Q1. . . Qℓ. Comme Qℓ|Qℓ−1|. . .|Q1, on obtient en particulier queπu|χu|χℓu. Ainsi, la connaissance du polynˆome minimal et du polynˆome caract´eristique suffit parfois `a retrouver tout les invariants de similitude. C’est le cas lorsqueπu =Qk
i=1Pi, o`uP1, . . . , Pk sont des polynˆomes irr´eductibles et premiers entre eux. En effet, il existe alors des entiersα1, . . . , αk sup´erieurs ou
´egaux `a 1 tels que χu=Qk
i=1Piαi. Les invariants de similitude deusont alors donn´es par Qj = Y
i∈1...k j≤αi
Pi.
2. Outre le th´eor`eme de Jordan que nous pr´esentons dans le paragraphe suivant, on obtient directement un certain nombre de corollaires :
(i) deux endomorphismes sont semblables si et seulement si ils ont les mˆemes invariants de similitude.
(ii) le polynˆome minimal ne d´epend pas du corps de base.
(iii) Soit Kun sur-corps de k etA, B ∈Mn(k). SiA etB sont semblables dans K, alors elles sont semblables dansk.
Exemple.On noteSnle groupe des permutations de{1, . . . , n}. On appellematrice de permutation associ´ee `aσ∈Sn la matrice Pσ = (δjσ(i))1≤i,j≤n. On v´erifie d’abord ais´ement queσ7→ Pσ est un morphisme de groupes de Sn dans GLn(R) et que le d´eterminant dePσ est donn´e par la signature deσ.
Par ailleurs, siτ∈Sn est un cycle de longueurℓ, alorsPτ est la matrice compagnon deXℓ−1, doncχPτ =πPτ = Xℓ−1. On en d´eduit que pour toute permutationσ∈Sn,
χPσ =Y
ℓ∈N
(Xℓ−1)γi(σ) et πPσ = Y
d∈N
∃i∈N, d|ietγi(σ)6=0
φd,
o`u γi(σ) d´esigne le nombre de cycles de longueur i dans la d´ecomposition deσ en cycles `a supports disjoints, et φd
d´esigne led-i`eme polynˆome cyclotomique.
Les polynˆomes cyclotomiques ´etant irr´eductibles et premiers entre eux, on en d´eduit que les invariants de similitude dePσ sont donn´es par
Qk = Y
d∈N k≤P
d|iγi(σ)
φd.
2.3 R´ eduite de Jordan
Th´eor`eme 8. (Jordan nilpotent) Soitu∈ L(E)nilpotent (ie. tel qu’il existep∈Ntel queup= 0). Il existe un unique entier ℓet une unique suite d’entiersn1≥n2≥. . .≥nℓ tels queuadmette pour matrice
Nn1
. ..
Nnℓ
,
o`uNa = (δi,i+1)1≤i≤a ∈Ma(k).
Th´eor`eme 9. (Jordan) Soit u ∈ L(E) dont le polynˆome caract´eristique est scind´e : χu = (−1)nQp
i=1(X −λi)αi. Alors pour tout 1≤i≤p, il existe un unique entier ℓi et une unique suite d’entiers ni1≥ni2 ≥. . .≥niℓi tels que u admette pour matrice
A1
. ..
Ap
o`u Ai=λiIαi+
Nni
1 . ..
Nni ℓi
3 Espaces euclidiens
Dans toute la suite, le corps de base estRet E est un espace euclidien, dont on noteh.|.ile produit scalaire.
3.1 G´ en´ eralit´ es
D´efinition 7.On appelleadjointd’un endomorphismeu∈ L(E)l’unique endomorphismeu∗∈ L(E)tel quehux|yi= hx|u∗yipour toutx, y∈E.
On note (E) = {u∈ L(E) | u= u∗} l’ensemble des endomorphismes sym´etriques de E. On note Sn+(E) (resp.
Sn++(E)) l’ensemble des endomorphismes sym´etriques positifs (resp. sym´etriques d´efinis positifs) de E.
On note O(E) = {u ∈ L(E) | uu∗ = u∗u = I} l’ensemble des endomorphismes orthogonaux de E. On note O+(E) ={o∈ O(E)| det(o) = 1}.
Remarque.
1. Siu∈ L(E) a pour matriceM dans une base orthonorm´ee deE, alorsu∗ a pour matriceMtdans cette base.
2. Pour toutu, v∈ L(E), on au∗∗=u, (uv)∗=v∗u∗, et siuest inversible, (u−1)∗ = (u∗)−1. 3. S(E) est unR-espace vectoriel de dimension n(n2−1).
4. SiF est un sous-espace vectoriel deEstable paru, alorsF⊥est stable paru∗. En particulier, siuest sym´etrique, alors tout espace stable paruadmet un suppl´ementaire stable (son orthogonal).
5. Pour toutu∈ L(E), l’endomorphismeu∗uest sym´etrique positif (et d´efini si et seulementuest inversible).
Proposition 5. Tout endomorphisme sym´etrique est diagonalisable dans une base orthonorm´ee.
Remarque.Pour prouver cette proposition, il faut essentiellement trouver une premi`ere valeur propreλdeu(ensuite, on raisonne par r´ecurrence vu queEλ(u)⊥ est stable paru). Pour cela, on peut :
(i) passer dans C, et montrer que toute valeur propre complexe deuest en fait r´eelle.
(ii) utiliser le th´eor`eme des extrema li´es : soientu∈ Sn(E), etφ:E→E et ψ:E→Eles applications d´efinies par φ(x) =hux|xiet ψ(x) =hx|xi. La sph`ere unit´e ´etant compacte, φy admet un maximum. Le th´eor`eme des extrema li´es affirme alors que sixest un vecteur de la sph`ere unit´e pour lequelφ(x) est maximal, les diff´erentielles de φet ψ en x sont li´ees. On obtient donc 2hux | ti = dφx(t) = λdψx(t) = 2λhx| ti, pour tout t ∈ E, donc ux=λx.
Proposition 6. Soit u un endomorphisme sym´etrique de E dont on note λ1 ≤ . . . ≤ λn les valeurs propres. On appelle quotient de Rayleigh de ul’application Ru :Er{0} →R d´efinie parRu(x) = hhuxx||xxii. Pour tout1≤m≤n, on note Vm l’ensemble des sous-espaces vectoriels de E de dimensionm. Alors
(i) pour tout1≤m≤n,
λm= min
F∈Vm
maxx∈FRu(x) = max
F∈Vm−1 max
x∈F⊥Ru(x).
(ii) Ru(Er{0}= [λ1, λn].
Cette derni`ere proposition s’interpr`ete tr`es bien g´eom´etriquement lorsque u est un endomorphisme sym´etrique d´efini positif. L’application (., .) :E×E→Rd´efinie par (x, y) =hux|xiest alors un produit scalaire surE. Sa boule unit´eB={x∈E|(x, x)≤1}est un ellipso¨ıde deE dont les longueur des axes (pour le produit scalaireh.|.i) sont les inverses des racines des valeurs propres de u(fig. 1). On retrouve donc la plus grande valeur propreλk en cherchant le plus petit axe, etc.
W
Fig. 1 – Le quotient de Rayleigh sur un ellipso¨ıde
Proposition 7. Soit u∈ L(E) un endomorphisme normal, ie. tel que uet u∗ commutent. Alors il existe une base orthonorm´ee dans laquelle la matrice deuest de la forme
λ1
. ..
λr
τ1
. ..
τs
,
o`ur, s∈N,λi∈Retτi=
ai −bi
bi ai
∈O2(R).
Corollaire 1. O+(E)est connexe (par arcs).
3.2 Autour de la d´ ecomposition polaire
Lemme 4 (de la racine carr´ee). Pour toutu∈ S++(E), il existe un uniquev∈ S++(E) tel queu=v2.
En effet,uest diagonalisable dans une base orthogonalebet ses valeurs propresλ1, . . . , λnsont strictement positives.
L’endomorphismev dont la matrice dans la baseb est donn´ee par
√λ1
. .. √ λn
convient.
Par ailleurs, siw∈ S++(E) v´erifieu=w2, alors pour tout 1≤i≤n, on a Eλi(u) = ker(u−λiI) = ker(w2−λiI) = ker(w−p
λiI)⊕ker(w+p
λiI) = ker(w−p
λiI) =E√λi(w), doncwetv co¨ıncident sur chaque sous-espace propre deu, donc surE.
Proposition 8(D´ecomposition polaire). L’applicationΦ : O(E)× S++(E) −→ GL(E)
(o, s) 7−→ os est un hom´eomorphisme.
L’application est bien d´efinie et clairement continue.
Soit u ∈ GL(E). Soit s ∈ S++(E) telle que u∗u = s2, et o = us−1. Alors o est orthogonale (car o∗o = (s−1)∗u∗us−1 = I) et u = Φ(o, s). Par ailleurs, si u = Φ(o, s) = Φ(o′, s′), alors u∗u = s2s′2, donc l’unicit´e de la racine carr´e implique ques=s′ et donc queo=o′. L’application est donc bijective.
Il reste `a montrer que l’inverse est continue. Soit (un)n∈N∈(GL(E))Netu∈ GL(E) tels que limn→∞un=u. Pour tout n∈N, soit (on, sn) = Φ−1(u), et soit (o, u) = Φ−1(u). On veut montrer que limn→∞on =o et limn→∞sn =s.
Pour cela, il suffit de remarquer que
– O(e) est compact (car ferm´e et born´e en dimension finie), donc (on)n∈Nadmet une valeur d’adh´erence.
– sio′ est une valeur d’adh´erence de (on)n∈N, alorso=o′. En effet, siψ :N→Nest une extraction telle queo′ soit la limite de (oψ(n))n∈Net sis′ =o′−1u, alorss′=o′−1u= limn→∞u−ψ(n)1 uψ(n)sψ(n)= limn→∞sψ(n). Comme S+(E) est ferm´e et comme s′ est inversible,s′ ∈ S++(E). On a doncu= Φ(o′, s′) = Φ(o, s) donco′=o.
Proposition 9. L’application Ψ : S(E) −→ S++(E) s 7−→ exp(s) =P
i∈N si
i!
est un hom´eomorphisme.
Remarque.
1. La preuve est essentiellement la mˆeme que la pr´ec´edente, hormis deux petites diff´erences :
(i) pour montrer que le logarithme est unique, on doit montrer que si exp(v) = exp(v′), alorsvetv′commutent (pour pouvoir diagonaliser dans une base commune). Orv commute avec exp(v) = exp(v′), donc avec v′ qui est un polynˆome en exp(v′). En effet, siλ′1, . . . , λ′n d´esignent les valeurs propres de v′, et si
Q(X) =
n
X
i=1
λi
Y
j6=i
X−eλj eλi−eλj, alorsv′ =Q(exp(v′)).
(ii) l’espaceS+(E) n’´etant pas compact, il faut montrer que si (exp(sn))n∈Nconverge, alors (sn)n∈Nest born´e.
Pour cela, on peut montrer que pour toutu∈ L(E), on akuk2=p
ρ(u∗u), o`uρ(u) = max(Sp(u)) d´esigne le rayon spectral.
2. On peut montrer tr`es facilement (ie. sans calculer la diff´erentielle de l’exponentielle) que Ψ est unC1-diff´eomorphisme : – Ψ est de classeC1comme limite d’applications de classeC1 dont les diff´erentielles convergent uniform´ement.
– la diff´erentielle de Ψ est facile `a calculer en 0 : exp(h) = I +h+o(khk) = exp(0) +h+o(khk). Ainsi,dΨ0= I est inversible. Par inversion locale, on en d´eduit l’existence d’un voisinageU de 0 dansS(E) sur lequel Ψ est unC1-diff´eomorphisme. Il reste alors `a faire grossir ce voisinage par le diagramme suivant
U Ψ //
x7→2x
exp(U)
x7→x2
2U Ψ//exp(2U) Corollaire 2. GLn(R)est hom´eomorphe `aOn(R)×Rn(n−1)2 .
Corollaire 3. GLn(R)a deux composantes connexes.
En effet, le d´eterminant s´epare clairement les deux composantesGL+n(R) = det−1(R+) etGL−n(R) = det−1(R−).
R´eciproquement,O+n(R),O−n(R) etRn(n−1)2 sont connexes (par arcs), doncGL+n(R) est connexe (par arcs).
Il est bon de noter qu’il est possible aussi de montrer queGL+n(R) est connexe (par arcs) en utilisant la d´ecompo- sition de Gauss.
3.3 Matrice d’adjacence d’un graphe
D´efinition 8. Soit G= (S, A) un graphe fini (|S|=n) simple et sans boucle. On appelle matrice d’adjacencede G la matrice A= ar,s
r,s∈S ∈Mn(R), o`u
ar,s=
1 si{r, s} ∈A 0 sinon
Cette matrice est sym´etrique, donc diagonalisable, et on note µ1 ≥ µ2 ≥ . . . ≥ µn son spectre, appell´e spectre d’adjacence de G.
Proposition 10. SoitGun graphe k-r´egulier (ie. tel que le degr´e de tout sommet deGvaille k). Alors (i) µ1=k
(ii) |µi| ≤k, pour tout1≤i≤n
(iii) la multiplicit´e dekvaut le nombre de composantes connexes de G.
Notons d’abord que tout vecteur constant est un vecteur propre associ´e `a la valeur proprek, puisqueGestk-r´egulier.
Soit (bs)s∈S est un vecteur propre associ´e `a la valeur propre µ. Soit r ∈ S tel que |br| = maxs∈S|bs|. Quitte `a remplacerb par−b, on peut supposer quebr>0. On a alors
|µ|br=|µbr|=
X
s∈S
ar,sbs
≤X
s∈S
ar,s|bs| ≤kbr, (1)
donc|µ| ≤k. On obtient ainsi (i) et (ii).
SoientS=R1⊔. . .⊔Rℓ la partition deSen composantes connexes deG. Dans une base adapt´ee `a cette partition, la matrice d’adjacence deGest diagonale par blocs. Pour montrer le point (iii), il suffit donc de montrer que siGest connexe, alors la valeur proprek est de multiplicit´e 1. On sait d´ej`a que les vecteurs constants sont vecteurs propres associ´es `a la valeur propreket on va montrer r´eciproquement que tout vecteur propre associ´e `a la valeur proprekest constant. Soit (bs)s∈S un vecteur propre associ´e `a la valeur proprek. Soitr∈S tel que br= maxs∈Sbs. Alors
kbr=X
s∈S
ar,sbs≤X
s∈S
ar,sbr=kbr,
et l’´egalit´e impose que bs = br pour touts tel que ar,s = 1, ie. pour tout voisins der. CommeG est connexe, on obtient queb est constant, ce qui termine la preuve de la proposition pr´ec´edente.
Proposition 11. SoitGun graphe connexe, k-r´egulier. Les conditions suivantes sont ´equivalentes : (i) Gest bipartite(ie. il existe une partitionS=S1⊔S2 de S qui s´epare toute arˆete de G), (ii) le spectre d’adjacence de Gest sym´etrique par rapport `a0,
(iii) µn=−k
SoitG bipartite, etS =S1⊔S2 une partition de S qui s´epare toute arˆete de G. Soit (bs)s∈S un vecteur propre associ´e `a la valeur propreµ. On d´efinit le vecteur (b′s)s∈S parb′s=
bs sis∈S1
−bs sis∈S2 . Alors pour toutr∈S1, on a (Ab′)r=X
s∈S
ar,sb′s= X
s∈S2
ar,s(−bs) =−(Ab)r=−µbr=−µb′r, et de mˆeme sir∈S2. On a donc bien l’implication (i)⇒(ii).
L’implication (ii)⇒(iii) est ´evidente.
Supposons maintenant queµn=−ket soit (bs)s∈S un vecteur propre associ´e. En reprenant la preuve du (ii) de la proposition pr´ec´edente, l’´egalit´e que l’on obtient dans l’´equation 1 implique que pour tout voisinsder, on a|bs|=br, et donc bs =−br. Par connexit´e, on obtient quebs=±br, pour touts∈S. On pose alorsS1={s∈S |bs=br}et S2={s∈S|bs=−br}. C’est une partition deS qui s´epare les arˆetes deG, doncGest bipartite.
D´efinition 9. Soit G= (S, A)un graphe. On appelle
1. nombre chromatiquedeGl’entierχGminimal tel qu’il existe une partition deS enχGparts qui s´epare les arˆetes de A(ie. telle que deux ´el´ements d’une mˆeme part ne soient pas reli´ees par une arˆete),
2. nombre d’ind´ependance le cardinal ιG maximal d’un sous-ensemble ind´ependant de S (ie. dont deux ´el´ements quelconques ne sont pas adjacents).
Lemme 5. Pour tout grapheG= (S, A), on acard(S)≤χGιG.
Proposition 12. Pour tout graphe connexek-r´egulier,χG ≥max(|µk2|,|µn|).
SoitF un sous-ensemble ind´ependant maximal deS. On d´efinit le vecteurb= (bs)s∈S par bs=
|SrF|=p−ιGsis∈F
−|F|=−ιGsinon On a alors
– kbk22=P
s∈Sb2s=|F||SrF|2+|SrF||F|2=ιGn(n−ιG)≤ι(G)n2, – pour toutr∈F, (Ab)r=P
s∈Sar,sbs=P
s /∈Far,sbs=−kι(G), d’o`u l’on d´eduit quekAbk22=P
s∈S|(Ab)s|2≥ P
s∈F|(Ab)s|2=k2ι(G)3, – ha | 1i = P
s∈Sbs = |F||SrF| − |SrF|||F|, donc b est orthogonal aux sous-espace vectoriel des vecteurs constants, c’est-`a-dire `a Ek, donckAbk2≤max(|µ2|,|µn|)kbk2.
On obtient donck2ι(G)3≤max(|µ2|,|µn|)2ι(G)n2, d’o`u le r´esultat par le lemme pr´ec´edent.
Exemple.
1. On noteKn legraphe complet `a nsommets. Sa matrice d’adjacence est
AKn=Jn−In=
0 1 . . . 1 1 . .. ... ...
... . .. ... 1 1 . . . 1 0
.
Cette matrice est circulante. Si on noteω=e2iπn , ses valeurs propres sont donc donn´ees par λp=
n−1
X
ℓ=1
wpℓ=
n−1 sip=n
−1 sinon .
Son spectre d’adjacence est doncn−1,−1, . . . ,−1, et son nombre chromatique v´erifie bienχKn=n≥n−1.
2. On noteCn legraphe cyclique `ansommets. Sa matrice d’adjacence est
ACn=
0 1 0 1
1 . .. ... 0 0 . .. ... 1
1 0 1 0
.
Encore une fois, elle est circulante, donc ses valeurs propres sont donn´ees parλp =ωp+ωp(n−1)= 2 cos 2pπn , ce qui est coh´erent avec le fait que
– sinest pair,Cn est bipartite et son nombre chromatique est 2,
– sinest impair,Cn n’est pas bipartite et son nombre chromatique est 3.
4 Questions et remarques
4.1 Questions
On pourra traiter les probl`emes suivants : 1. quelques exemples de diagonalisation :
(a) soitA∈Mn(k) etB =
A A
0 A
. Montrer queB est diagonalisable si et seulement siA= 0.
(b) soienta1, . . . , an∈C. On consid`ere la matrice circulante
A=
a1 a2 . . . an
an a1 . . . an−1
... ... . .. ... a2 a3 . . . a1
.
Montrer queAest diagonalisable, avec pour valeurs propresP(1), P(ω), . . . , P(ωn−1), o`uP =Pn
ℓ=1aℓXℓ−1 etω=e2iπn .
(c) soit k = Fq le corps fini `a q ´el´ements, et u ∈ L(E). Montrer que uest diagonalisable si et seulement si uq−u= 0.
2. quelques g´en´eralit´es :
(a) montrer que siχuest scind´e sur k, alors det(expu) = exp(tru).
(b) soient u, v ∈ L(E). Montrer que χuv = χvu (on le montrera d’abord pour les matrices inversibles, puis lorsqueA=
Ir 0 0 0
, et on utilisera ces deux cas pour r´esoudre le cas g´en´eral).
(c) soientA, B∈Mn(R) semblables dansMn(R). Montrer (sans utiliser les invariants de similitude) que Aet B sont semblables surR. Pour quelles extensionsk⊂Kcette d´emonstration se g´en´eralise-t-elle ?
(d) soitP =Qd
i=1(X−λi)αi. Quelle est la forme de Jordan de la matrice compagnon deP. 3. sur les endomorphismes nilpotents :
on suppose quek est de caract´eristique non nulle.
(a) montrer quen∈ L(E) est nilpotent si et seulement si tr(np) = 0 pour toutp∈N.
(b) montrer que toute matrice de trace nulle est semblable `a une matrice de diagonale nulle.
(c) soientu, v∈ L(E) et λ∈k∗ tels que [u, v] =uv−vu=λu. Calculer [up, v] pourp∈Net montrer queu est nilpotent.
(d) montrer que l’ensemble des classes de similitude d’endomorphismes nilpotents d’un espace vectoriel de dimensionnest en bijection avec l’ensemble des partitions den.
4. sur les matrices d’adjacence :
soitG= (S, A) un graphe, etA sa matrice d’adjacence. Soientr, s∈S
(a) montrer que ler-`eme coefficient diagonal deA2vaut le degr´e der. Montrer que 16tr(A3) compte le nombre de triangles dansG.
(b) on appellechemin der`as(delongueur ℓ) toute suiter=a0, . . . , aℓ=sdeStels que pour tout 1≤i≤ℓ, [ai−1, ai]∈A. Montrer que le coefficient (r, s) deAℓ compte le nombre de chemins de longueurℓentreret s.
(c) montrer que siGest bipartite, alors quitte `a permuter l’ordre de la base, sa matrice d’adjacenceAse met sous la forme
A=
0 B Bt 0
. 5. sur les chemins dans un carr´e :
on se propose de compter le nombre de chemins de longueur ℓ entre deux sommets r et s (´eventuellement confondus) d’un cubeC.
(a) premi`ere m´ethode :
– en num´erotant les sommets deCcomme sur la figure 2 (a), v´erifier que la matrice d’adjacence de Cest A=
0 B B 0
avecB =J4−I4. – Montrer queAn=
0 Bn Bn 0
pour toutnimpair etAn=
Bn 0 0 Bn
pour toutnpair.
– CalculerBn et conclure.
1
7 6
4
8
2 3
5
X
Y Y
Z
Y
Z Z
T
Fig. 2 – (a) num´erotation du cube et (b) quatre types de sommets (b) seconde m´ethode :
– soientX, Y, ZetT les ensembles des sommets deC`a distance 0,1,2 et 3 derrespectivement (fig. 2 (b)).
On note x(ℓ), y(ℓ), z(ℓ) et t(ℓ) le nombre de chemin de longueurℓ entreret un sommet deX, Y, Z et T respectivement (par sym´etrie, ce nombre ne d´epend que de l’ensembleX, Y, Z o`uT dans lequel se trouve le sommet d’arriv´ee). Montrer que
x(ℓ+ 1) y(ℓ+ 1) z(ℓ+ 1) t(ℓ+ 1)
=A
x(ℓ) y(ℓ) z(ℓ) t(ℓ)
,
o`uA∈M4(R).
– CalculerAn et conclure.
(c) appliquer ces m´ethodes aux squelettes des autres solides de Platon.
6. sur la topologie des endomorphismes diagonalisables :
(a) montrer que l’ensemble des matrices diagonalisables dans Mn(C) est dense dansMn(C). En d´eduire une autre preuve du th´eor`eme de Cayley-Hamilton.
(b) montrer que l’adh´erence de l’ensemble des matrices diagonalisables dansMn(R) est l’ensemble des matrices trigonalisables.
(c) soitA∈Mn(C). Montrer queA est diagonalisable si et seulement si sa classe de similitude est ferm´ee.
4.2 Remarques et r´ ef´ erences
Pour tout ce qui est classique, il suffit de consulter le tome d’alg`ebre desMaths en tˆetede x. Gourdon. Pour ce qui est de la d´ecomposition polaire, et de tout ce qui tourne autour, il faut ouvrir l’Introduction `a la th´eorie des groupes de Lie classiques der. Mneim´e & f. Testard. Enfin, pour la partie sur les matrices d’adjacence, on peut regarder Elementary number theory, group theory and Ramanujan graphs de g. Davidoff, p. Sarnak & a. Valette (qui peut d’ailleurs apporter de nombreux autres exemples d’applications du programme de l’agr´egation).
Il va sans dire que tout ou partie de ce texte peut ˆetre pr´esent´e dans les le¸cons d’agr´egation portant sur la r´eduction.
Pourtant, il me semble important dans ces le¸cons de bien r´efl´echir aux diff´erences de point de vue que leur titre sugg`ere.
Il faudra donc rester prudent dans l’utilisation de ce texte.