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RAISONS D'AIMER LES COURSES

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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RAISONS D'AIMER LES COURSES

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A ma femme,

que j'aime. encore mieux, que les courses.

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Raisons d'aimer ...

COLLECTION DIRIGÉE PAR ANDRÉ BILLY de l'Académie Goncourt

Jean TRARIEUX

LES COURSES

WESMAEL-CHARLIER 28, rue Madame

PARIS ( 6

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© WESMAEL-CHARLIER 1965.

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UN CAS DE GÉNÉRATION SPONTANÉE L E goût des courses de chevaux, qui s'est transformé chez moi en vocation impé- rieuse, dès que l'ai eu l'âge de raison, il faut croire qu'il me hantait dès ma naissance.

Car je ne l'ai dû à personne, ni de mes ascendants, ni de mon entourage. Nul être humain n'était plus éloigné de la fréquentation des hippodromes que mes merveilleux parents. Mon père ne s'intéressait qu'à la justice, ma mère n'avait que des vertus, et mon frère aîné n'était féru que de littérature. Logiquement donc, après de solides études, j'allais droit à une carrière libérale, le barreau ou le Conseil d'État.

Seulement, voilà! il y avait en moi un petit démon intérieur, qui, si sage fût-il, m'entraînait

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irrésistiblement à consacrer chacun de mes dimanches à la pratique ou au spectacle d'un sport. Il était dès lors fatal que je voulusse, un jour, savoir à quoi m'en tenir sur l'hippisme, et cette curiosité me conduisit au pesage de Longchamp, l'après-midi du Grand Prix de Paris de 1900. Ce fut le coup de foudre. J'avais vingt ans, et le pesage de l'époque s'offrait à la vue d'un néophyte sous un tout autre aspect qu'aujourd'hui.

Pour pouvoir comprendre mon suffrage immédiat, il faut oser dire la vérité. En 1900, les courses étaient le plaisir raffiné de quelques-uns.

En 1964, elles sont la passion du tout venant.

Le sport des rois, comme on l'appelait, est devenu une grande industrie dont le chiffre d'affaires doit être, en France, à l'heure présente, le plus fort qui soit. C'est que le Pari Mutuel est passé par là.

A l'origine, le Pari Mutuel ne fonctionnait que sur les hippodromes. Il n'avait d'autre clientèle que celle des gens ayant les moyens ou les loisirs de se rendre sur les champs de courses, et cette clientèle, même aux plus beaux jours, restait relativement limitée. Le Pari Mutuel Urbain, le fameux P. M. U. fit alors son apparition, et ses agences proliférant eurent tôt fait d'occuper tout le territoire. Date fatale, à partir de laquelle l'avenir optait pour la réussite financière et renonçait à l'élégance désintéressée du passé.

Sur cette lancée, il ne fallut au directeur du

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P. M. U., M. Carrus, que quelques années pour avoir une idée de génie, et ce fut le Pari Tiercé.

Que M. Carrus, polytechnicien raisonnable, soit lui-même surpris, peut-être effrayé, de l'extraordinaire succès de son invention, ne change rien au phénomène. Et ce phénomène est d'ordre social. Les sommes fabuleuses jouées chaque semaine au Tiercé l'attestent. C'est une folie collective.

Les conséquences, dès lors, étaient inévi- tables. Le Pactole coule, mais la foule déferle, et le temps est venu où l'amélioration du public des courses ne marche plus du tout de pair avec celle de la race chevaline. Non seulement l'élégance n'est plus de rigueur, mais le sans-gêne est admis. On vient maintenant au pesage comme on est, et, s'il fait chaud, on n'hésite pas à enlever sa cravate et à tomber la veste.

Le déplorer n'est une preuve ni de snobisme, ni d'esprit rétrograde. C'est simplement une réaction naturelle contre un laisser-aller où sont en train de sombrer des vertus qui ont été longtemps l'apanage de la France, quand il ne s'agirait que des bonnes manières et de la courtoisie.

Un jeune d'aujourd'hui, entrant pour la première fois au pesage de Longchamp, ne saurait donc en aucune façon éprouver les impressions de mes débuts. L'ambiance est changée à ce point que le charme est rompu.

Ce qui m'avait enchanté, c'était une atmosphère

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Raison et Amour ne s'accordent pas toujours, et il en peut résulter quelque désagrément. Mais lorsque le motif d'aimer est raisonnable et que, par conséquent, on a raison d'aimer dans toute l'acception du terme, alors tout est pour le mieux, et il ne peut s'agir que de bonheur.

C'est le cas de Jean Trarieux vis-à-vis des courses, dans la familiarité desquelles il vit depuis plus de soixante ans, sans lassitude ni découragement. Le présent ouvrage, dans sa brièveté, a voulu être un acte de foi. Tous les souvenirs évoqués ne témoignent précisément que des multiples raisons d'aimer, et, s'ils permettent de se faire une idée du Turf français depuis le début du siècle, ils illustrent mieux encore les bienfaits d'une existence indépendante, étayée sur une bonne santé morale.

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