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Academic year: 2022

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(1)

Construire un noyau de la fonctorialit´e entre groupes lin´eaires ?

par Laurent Lafforgue

Expos´e donn´e `a l’Universit´e de Bonn le 9 octobre 2008, dans le cadre du colloque c´el´ebrant le 60eanniversaire de Michael Rapoport

Ce que l’on cherche

Dans le cas des groupes lin´eaires sur les corps de fonctions, le principe de fonctorialit´e de Langlands pour le transfert des repr´esentations automorphes est d´ej`a connu. C’est en effet une cons´equence de la correspondance de Langlands sur les corps de fonctions.

On souhaiterait trouver pour ce r´esultat une nouvelle d´emonstration pure- ment ad´elique, sans g´eom´etrie.

Le cadre dans lequel on se place

• Sur les groupes lin´eaires (qui sont les plus importants).

• Sur les corps de fonctions (pour lesquels le r´esultat est d´ej`a connu).

• Sans ramification (puisque, le principe de fonctorialit´e posant essentielle- ment un probl`eme global, les ´eventuelles complications locales sont acces- soires).

• Sans g´eom´etrie : on s’astreint `a rester toujours `a l’int´erieur du p´erim`etre de la th´eorie des ad`eles et des groupes ad´eliques.

Le but du pr´esent expos´e

Reformuler le principe de fonctorialit´e comme un probl`eme de pure th´eorie des fonctions sur les groupes ad´eliques, qui ne fasse plus r´ef´erence `a la notion de “repr´esentation automorphe”.

Notations

On note F un corps de fonctions,|F| l’ensemble infini de ses places, Fx le corps local compl´et´e deF en chaque placex∈ |F|,Ox⊂Fxle sous-anneau des

(2)

entiers de chaque compl´etion Fx,A=AF = Q`

x∈|X|

Fx l’anneau des ad`eles de F etOA=OAF = Q

x∈|F|

Ox son sous-anneau des entiers.

Choix de deux groupes lin´eaires partout non ramifi´es sur F On choisit pour groupe d’arriv´ee du transfert

H = GLr, avec r≥1, et pour groupe de d´epart un groupe de la forme

G=Y

ι

ResEι/FGLrι

o`uιd´ecrit un ensemble fini d’indices, chaquerι est un entier≥1, chaqueEι est une extension finie partout non ramifi´ee deF et ResEι/FGLrιd´esigne le groupe d´eduit de GLrι par restriction des scalaires `a la Weil deEι `aF.

Les isomorphismes de Satake

En toute placexdeF, on noteKxH= GLr(Ox) le sous-groupe ouvert com- pact maximal deH(Fx) = GLr(Fx) etHHx =Cc(KxH\H(Fx)/KxH) l’alg`ebre de Hecke sph´erique des fonctions `a support compact surH(Fx) bi-invariantes par KxH, d´efinie par le produit de convolution pour la mesure de Haar normalis´ee.

De mˆeme, on note KxG = Q

ι

GLrι(OEι,x) le sous-groupe ouvert compact maximal deG(Fx) =Q

ι

GLrι(EιFFx) etHGx =Cc(KxG\G(Fx)/KxG) l’alg`ebre de Hecke sph´erique associ´ee.

On dispose des isomorphismes de Satake vers des alg`ebres de polynˆomes invariants

SHx :HHx −→ C[X10±1, . . . , Xr0±1]Sr, SxG:HGx −→ C[X1±1, . . . , Xm±1x]SGx

o`u, pour chaque placex,mxest un entier≥1 etSGx un sous-groupe du groupe des permutations de{1, . . . , mx}. L’entiermxet le sous-groupeSGx ne d´ependent que de l’image de l’´el´ement de Frobenius en x dans le groupe de Galois de n’importe quelle extension finie galoisienne non ramifi´eeEdeFcontenant toutes les extensionsEι.

(3)

Choix d’un homomorphisme de transfert sans ramification

Siπ1(F) d´esigne le groupe de Galois sans ramification du corps de fonctions F, un homomorphisme de transfert (sans ramification) entre G et H est, par d´efinition, un homomorphisme entre les groupes duaux

ρ:LG = ˆG(C)oπ1(F)−→LH = ˆH(C)×π1(F)

k k

Q

ι

Q

Eι,→E

GLrι(C) GLr(C) faisant commuter le diagramme :

LG

ρ //

""

FF FF FF

FF LH

{{xxxxxxxx

π1(F)

Selon une r`egle introduite par Langlands, un tel homomorphisme de transfert ρinduit en chaque placexun homomorphisme d’alg`ebres commutatives

ρx:HHx −→ HGx

et donc une application en sens inverse entre les ensembles des caract`eres de ces alg`ebres

x):

caract`eresχxdeHGx −→

caract`eresπx deHHx .

Enonc´´ e du principe de fonctorialit´e

Th´eor`eme.–Pour toute repr´esentation automorphe non ramifi´ee χ= O

x∈|F|

χx de HG= O

x∈|F|

HGx ,

il existe une repr´esentation automorphe non ramifi´ee

π= O

x∈|F|

πx de HH = O

x∈|F|

HHx

telle que

πx= (ρx)χx, ∀x∈ |F|.

(4)

Pour d´emontrer directement ce principe de fonctorialit´e, on cherche `a construire des familles de fonctions

KPG,H,ρ:G(A)×G(A)×H(A)→C

(o`uP d´ecrit une famille de param`etres que l’on pr´ecisera plus loin) v´erifiant les propri´et´es suivantes :

(0) En les deux premi`eres variables,KPG,H,ρest invariante `a droite par le sous- groupe ouvert compact maximalKG = Q

x∈|F|

KxGdeG(A) = `Q

x∈|F|

G(Fx) et, en la troisi`eme variable, elle est invariante `a droite par le sous-groupe ouvert compact maximalKH = Q

x∈|X|

KxH= GLr(OA) deH(A) = `Q

x∈|F|

H(Fx) = GLr(A).

(1) En toute placex∈ |F|, on a

• KPG,H,ρ1ϕx=KPG,H,ρ2ϕ−1x ,∀ϕx∈ HGx, siϕ−1x (g) =ϕx(g−1),∀g,

• KPG,H,ρ3hx=KPG,H,ρ1ρx(hx),∀hx∈ HHx,

o`u ∗1 et ∗2 d´esignent le produit de convolution dansG(Fx) par rapport `a la premi`ere et `a la seconde variables deKPG,H,ρ(•,•,•) et∗3 d´esigne le produit de convolution dansH(Fx) par rapport `a la troisi`eme variable.

(2) La fonctionKPG,H,ρest, en les deux premi`eres variables, invariante `a gauche par

G(F)×G(F).

(3) La fonctionKPG,H,ρest, en la troisi`eme variable, invariante `a gauche par H(F).

(4) Pour toute forme automorphe cuspidalef surG(F)\G(A)/KG, il existe un param`etreP tel que

Z

G(F)\G(A)

dg·f(g)·KPG,H,ρ(•, g,•)6= 0.

Explications `a propos de ces propri´et´es

Les propri´et´es (0) et (1) sont locales en chaque placex∈ |F|.

Si elles sont v´erifi´ees, ainsi que (2), et si f est un vecteur non nul d’une repr´esentation automorphe cuspidaleχ= N

x∈|F|

χx deHG, chaque Z

G(F)\G(A)

dg·f(g)·KPG,H,ρ(g0, g,•)

(5)

est un vecteur de la repr´esentationπ= N

x∈|X|

x)χx deHH.

D’apr`es (3), ce vecteur est une forme automorphe et, d’apr`es (4), on peut le rendre non nul, ce qui signifie que la repr´esentationπest automorphe.

On cherche d’abord `a r´ealiser localement les propri´et´es (0) et (1). Pour cela, on commence par un travail local de d´ecomposition spectrale surH(Fx) ainsi que surG(Fx), puis on fait une construction locale par int´egration spectrale sur G(Fx)×H(Fx).

Fixons un caract`ere additif non trivial ψ= Y

x∈|F|

ψx:A/F −→C×.

Travail local surH(Fx): les fonctions de Whittaker

On noteNr le radical unipotent sup´erieur de GLret θx:Nr(Fx)−→C× le caract`ere

n=









1 u1,2 . . . · 0 . .. . .. ...

... . .. . .. ur−1,r 0 . . . 0 1









 7→ψx

 X

1≤i<r

ui,i+1

=θx(n).

On rappelle la proposition suivante qui d´efinit les fonctions de Whittaker : Proposition. – Pour toute famille λ0 = (λ01, . . . , λ0r) ∈ U(1)r de r nombres complexes de module1, il existe une unique fonction

Wx,λH,ψ0

= GLr(Fx)/GLr(Ox)−→C telle que

• Wx,λH,ψ0

(n·g0) =θ−1x (n)·Wx,λH,ψ0

(g0),∀n∈Nr(Fx),

• Wx,λH,ψ0

∗hx=SxH(hx)(λ0)·Wx,λH,ψ0

,∀hx∈ HxH,

• Wx,λH,ψ0

(1) = 1 siψx est r´egulier

(et autre normalisation siψx est de conducteur 6= 0).

Travail local sur G(Fx) : d´ecomposition spectrale des fonctions sph´eriques

Proposition.–Pour toute famille λ= (λ1, . . . , λmx)∈U(1)mx, il existe une unique fonction sph´erique

ΦGx,λ:KxG\G(Fx)/KxG−→C telle que

(6)

• ΦGx,λ∗ϕxx∗ΦGx,λ=SxGx)(λ)·ΦGx,λ,∀ϕx∈ HGx,

• ΦGx,λ

(1) = 1.

Il existe sur U(1)mx une certaine mesure dλ, dite mesure de Plancherel, telle que les fonctions sph´eriques Φ∈ HGx s’´ecrivent sous la forme

Φ = Z

U(1)mx

·SxG(Φ)(λ)·ΦGx,λ.

Construction locale sur G(Fx)×H(Fx) par int´egration sur le graphe de l’homomorphisme de transfert

On commence par le lemme suivant :

Lemme.–L’homomorphisme d’alg`ebres induit parρen la placexselon la r`egle de Langlands

ρx:HHx −−−−−−−−−−−−−−−→ HxG

ko ko

C[X10±1, . . . , Xr0±1]Sr C[X1±1, . . . , Xm±1x]SGx est d´efini par une substitution de variables de la forme

Xj0 7→εj·

 Y

1≤i≤mx

X

mi,j dx

i

, 1≤j≤r ,

o`u chaqueεj est une racine de l’unit´e, lesmi,j sont des entiers relatifs etdxest un entier≥1.

Tous ne d´ependent que de l’image de l’´el´ement de Frobenius en x dans le groupe de Galois π1(F)/π1(E) de n’importe quelle extension finie galoisienne non ramifi´ee E de F contenant toutes les extensions Eι (de fa¸con que π1(E) agisse trivialement sur G(ˆ C)) et telle que π1(E) soit contenu dans le noyau de la composanteπ1(F)→ Hˆ(C) = GLr(C) de l’homomorphisme de transfert ρ: ˆG(C)oπ1(F)→Hˆ(C)×π1(F).

Si λ = (λ1, . . . , λmx) ∈ U(1)mx et λ0 = (λ01, . . . , λ0r) ∈ U(1)r sont deux param`etres reli´es par les ´egalit´es

λ0jj·

 Y

1≤i≤mx

λ

mi,j dx

i

, 1≤j ≤r ,

(7)

on noteλ0= (ρx)).

D´efinition.–Pour tout polynˆomePx∈C[X1±1, . . . , Xm±1x]SGx, on note Kx,PG,H,ρ

x :KxG\G(Fx)/KxG×H(Fx)/KxH −→C la fonction

(g, g0)7→

Z

λ∈U(1)mx

·Px)·ΦGx,λ(g)·Wx,(ρH,ψ

x))(g0).

Remarque. Les fonctions (g1, g2, g0) 7→ Kx,PG,H,ρ

x (g−12 g1, g0) v´erifient les pro- pri´et´es (0) et (1) en la place x. On les appelle des noyaux locaux de la foncto-

rialit´e sans ramification.

Globalisation

On consid`ere une famille de polynˆomes P =

Px∈C[X1±1, . . . , Xm±1x]SGx

x∈|F|

soumise `a la seule condition que Px= 1 en presque toute place.

Pourg1, g2∈G(A) et g0 ∈H(A), on note KP0G,H,ρ(g1, g2, g0) = X

γ∈G(F) δ∈Nr−1 (F)\GLr−1 (F)

Y

x∈|F|

Kx,PG,H,ρ

x (g−12 γg1, δg0). D’apr`es la th´eorie g´en´erale des “th´eor`emes r´eciproques” de Piatetski-Shapiro et autres, cette somme est absolument convergente. Elle est invariante `a gauche par

G(F)×G(F)×Qr(F) o`u

Qr=









∗ . . . ∗ ∗ ... ... ...

∗ . . . ∗ · 0 . . . 0 ∗









d´esigne le sous-groupe “mirabolique” engendr´e par GLr−1 ,→ GLr et le sous- groupe de BorelBr des matrices triangulaires sup´erieures.

Par construction, les fonctionsKP0G,H,ρsatisfont les conditions (0), (1) et (2).

(8)

Reformulation du th´eor`eme de transfert automorphe associ´e `a l’ho- momorphismeρ

Proposition. – La validit´e de ce th´eor`eme ´equivaut `a l’existence, pour tout param`etreP = (Px)x∈|F|, d’une fonction

KP00G,H,ρ:G(A)×G(A)×H(A)→C telle que :

(i) Tout comme KP0G,H,ρ, elle v´erifie les propri´et´es (0), (1) et (2) et, en la troisi`eme variable, elle est invariante `a gauche par Qr(F).

(ii) Si θ d´esigne le caract`ere Q

x∈|F|

θx de Nr(A) = Q`

x∈|F|

Nr(Fx), la fonction KP00G,H,ρ est annul´ee par l’op´erateur

K(•,•,•)7→

Z

Nr(F)\Nr(A)

dn·θ(n)·K(•,•, n•).

(iii)La somme

KP0G,H,ρ+KP00G,H,ρ

est, en la troisi`eme variable, invariante `a gauche parH(F) = GLr(F).

Remarques.

•La propri´et´e (ii) ci-dessus empˆeche toute simplification entreKP0G,H,ρetKP00G,H,ρ. Cela assure la propri´et´e (4) pour la famille desKPG,H,ρ=KP0G,H,ρ+KP00G,H,ρ.

•La partie deKP00G,H,ρqui correspond au spectre temp´er´e deGest uniquement d´etermin´ee.

Elle est n´ecessairement non nulle puisque certaines repr´esentations auto- morphes cuspidales deGse transf`erent en des repr´esentations automorphes de H qui ne sont pas cuspidales.

•On peut proposer une formule explicite pour la partie temp´er´ee deKP00G,H,ρ, en g´en´eralisant la formule d’inversion de Shalika.

• Notant wr =

0 . . . 0 1 ... . .. . .. 0 . ..

0 . ..

. .. ... 1 0 . . . 0

la matrice d’inversion de GLr et wr−1

celle de GLr−1, on peut remplacer la condition (iii) de la proposition par la condition suivante qui lui est ´equivalente :

(9)

(iii)0 Pour tous ´el´ementsg1, g2∈G(A) etg0∈H(A), on a l’´egalit´e

KP0G,H,ρ+KP00G,H,ρ

(g1, g2, g0) =

KP0G,H,ρ+KP00G,H,ρ

(g1, g2, wr·wr−1·g0). Dans le cas de l’induction automorphe de GL1`a GL2, on parvient `a d´emontrer directement l’existence d’une fonctionKP00G,H,ρ(n´ecessairement unique) qui v´eri- fie les propri´et´es (i), (ii) et (iii)0.

Pour cela, on montre que, en chaque placex, une certaine transformation de Fourier surG(Fx)×H(Fx) ´echange lesKx,PG,H,ρ

x (•,•) et lesKx,PG,H,ρ

x (•, w2•).

Le r´esultat cherch´e s’obtient comme cons´equence d’une formule de Poisson dont les termes compl´ementaires au bord font apparaˆıtre les fonctionsKP00G,H,ρ.

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