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Formules de Poisson non lin´eaires et principe de fonctorialit´e de Langlands ∗

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

Formules de Poisson non lin´eaires et principe de fonctorialit´e de Langlands

par Laurent Lafforgue

Ces notes ont servi de base `a un double expos´e donn´e au s´eminaire Takagi, `a Tokyo, les 25 et 26 mai 2013, ainsi qu’`a un expos´e `a l’universit´e Tsinghua de P´ekin, au titre de “Loo-Keng Hua Distinguished Lecture”, le 8 novembre 2013.

L’auteur remercie chaleureusement les organisateurs de ces s´eminaires qui l’ont invit´e. Il ex- prime ´egalement sa grande reconnaissance `a C´ecile Gourgues, qui a r´ealis´e la frappe du ma- nuscrit avec son efficacit´e et sa disponibilit´e toujours parfaites, ainsi qu’au traducteur du texte en langue chinoise.

(2)

On connaˆıt la transformation de Fourier sur R. Elle d´efinit un automor- phisme unitaire de l’espace des fonctions de carr´e int´egrable R→C. De plus, cet automorphisme et son inverse respectent le sous-espace des fonctions de Schwartz, c’est-`a-dire des fonctions de classe C `a d´ecroissance rapide. Enfin, une telle fonction de Schwartzf et sa transform´ee de Fourierfbsont reli´ees par la formule de Poisson

X

n∈Z

f(n) =X

n∈Z

fb(n).

Etant donn´´ e un “corps global”F, c’est-`a-dire une extension finie deQou du corpsFq(X) des fonctions rationnelles sur un corps finiFq, la th´eorie de l’anneau des ad`elesA= `Q

x∈|F|

FxdeF a permis `a Tate, en 1950 dans sa fameuse th`ese, de transporter et d’exploiter transformation de Fourier et formule de Poisson dans un cadre arithm´etique. Il choisit pour cela un caract`ere additif continu unitaire non trivialψ = Q

x∈|F|

ψx :A= `Q

x∈|F|

Fx →U(1) ={z ∈C× | |z|= 1} invariant par le sous-groupe discretF deA.

En toute “place” x de F, c’est-`a-dire pour toute compl´etion Fx de F re- lativement `a une certaine norme, que celle-ci soit “archim´edienne” (avec alors Fx ∼=R ouC) ou “ultram´etrique” (si bien que Fx est une extension finie d’un corpsp-adiqueQp ou d’un corpsFq((X)) de s´eries de Laurent), le caract`ereψx d´efinit un op´erateur de transformation de Fourier fx 7→ fbx. Cet op´erateur est un automorphisme unitaire de l’espace des fonctions de carr´e int´egrable surFx. De plus, cet op´erateur et son inverse respectent un certain sous-espace de fonctions de Schwartz qui, lorsquexest une place ultram´etrique, est simplement l’espace des fonctions localement constantes `a support compact surFx. Le sous- espace des fonctions de Schwartz en les places ultram´etriques est stable par translations multiplicatives si bien qu’il admet une caract´erisation spectrale. Il s’av`ere que cette caract´erisation peut s’exprimer en termes de certaines fractions rationnelles

Lx(χ, Z)

associ´ees aux caract`eres multiplicatifsχ:Fx× →C×.

D’autre part, la transformation de Fourier est compatible avec les transla- tions multiplicatives, et son action sur l’espace des fonctions de Schwartz admet une caract´erisation spectrale. Il s’av`ere que cette caract´erisation peut s’exprimer en termes de certains monˆomes

εx(χ, Z) =εx(χ, ψx, Z)

´egalement associ´es aux caract`eres multiplicatifsχ:Fx×→C×.

En les places archim´ediennes, la d´ecomposition spectrale des espaces de fonctions de Schwartz et de leur automorphisme de transformation de Fourier conduit `a d´efinir de mani`ere analogue des facteurs

Lx(χ, s) et εx(χ, s) =εx(χ, ψx, s)

(3)

associ´es aux caract`eres multiplicatifs χ : Fx× → C× et qui sont cette fois des fonctions analytiques des∈C.

Le produit des op´erateurs de transformation de Fourier “locale” sur lesFx

associ´es aux composantes ψx de ψ d´efinit un op´erateur de transformation de Fourier “globale” surA= Q`

x∈|F|

Fxassoci´e `aψ. Il envoie chaque fonction produit f = N

x∈|F|

fx sur fb = N

x∈|F|

fbx. C’est un automorphisme unitaire de l’espace des fonctions de carr´e int´egrable surA. Il pr´eserve le sous-espace des fonctions de Schwartz globales, d´efini comme sous-espace engendr´e par les produits de fonctions de Schwartz locales sur les compl´etions Fx.

Tate a alors d´emontr´e que toute fonction de Schwartz globale f : A → C satisfait la formule de Poisson

X

γ∈F

f(γ) =X

γ∈F

fb(γ).

Puis, en d´ecomposant spectralement cette identit´e sous l’action du groupe mul- tiplicatifA×, il en a d´eduit les propri´et´es globales des fonctions L

C3s7→L(χ, s) =

Y

x∈|F|ultram´etrique

Lxx, q−sx )

·

Y

x∈|F|archim´edienne

Lxx, s)

associ´ees aux caract`eres multiplicatifs χ= Y

x∈|F|

χx:A×→C×

qui sont “automorphes”, c’est-`a-dire invariants par le sous-groupe discretF× deA×. Ces propri´et´es sont la convergence absolue pour Re (s) assez grande, le prolongement analytique `a Ctout entier et l’´equation fonctionnelle

L(χ−1,1−s) =L(χ, s)·ε(χ, s) avec

ε(χ, s) =

Y

x∈|F|ultram´etrique

εxx, qx−s)

·

Y

x∈|F|archim´edienne

εx(χ, s)

. Au d´ebut des ann´ees 1970, Godement et Jacquet ont g´en´eralis´e la th´eorie de Tate aux groupes lin´eaires GLr de rang arbitraire plong´es dans les espaces de matricesMr.

Ils ont d´efini une transformation de Fourier et un espace de fonctions de Schwartz sur Mr(Fx) pour toute place x. La d´ecomposition spectrale de ces espaces et de ces op´erateurs leur a permis d’associer des facteurs locaux

Lx(π,•) et εx(π,•)

(4)

`

a toute repr´esentation irr´eductibleπdu groupe GLr(Fx).

Puis, en faisant le produit sur toutes les places x de F, ils ont d´efini une transformation de Fourier globale surMr(A), ainsi qu’un espace de fonctions de Schwartz globalesf :Mr(A)→Csatisfaisant la formule de Poisson

X

γ∈Mr(F)

f(γ) = X

γ∈Mr(F)

fb(γ).

La d´ecomposition spectrale de cette identit´e sous l’action du groupe multipli- catif GLr(A) a permis `a Godement et Jacquet d’´etablir les propri´et´es globales (convergence absolue dans un demi-plan, prolongement analytique et ´equation fonctionnelle) des fonctionsL globales

L(π,•) = Y

x∈|F|

Lxx,•) des repr´esentations irr´eductibles π = N

x∈|F|

πx de GLr(A) = `Q

x∈|F|

GLr(Fx) qui sont “automorphes”, c’est-`a-dire admettent une r´ealisation dans l’espace des fonctions p´eriodiques

GLr(F)\GLr(A)→C.

SiGest un groupe r´eductif (d´eploy´e) surF, on dispose plus g´en´eralement de la notion de repr´esentation irr´eductible “automorphe” de G(A) = Q`

x∈|F|

G(Fx), c’est-`a-dire qui admet une r´ealisation dans l’espace des fonctions p´eriodiques

G(F)\G(A)→C.

Dans le cas g´en´eral, on ne dispose surGd’aucune structure lin´eaire qui permette de reproduire les constructions et les d´emonstrations de Tate g´en´eralis´ees par Godement et Jacquet.

Cependant, on dispose du “principe de fonctorialit´e” conjectur´e par Lan- glands en 1967.

Selon Langlands, on doit pouvoir associer `a toute repr´esentation ρ:Gb→GLr(C)

du groupe r´eductif complexeGb dual deG, une application π= O

x∈|F|

πx7−→π0= O

x∈|F|

π0x

de l’ensemble des repr´esentations automorphes de G(A) vers l’ensemble des repr´esentations automorphes de GLr(A). Cette application doit ˆetre essentielle- ment compatible avec une famille d’applications entre ensembles de repr´esenta- tions irr´eductibles locales deG(Fx) et GLr(Fx)

πx7→π0x

(5)

qui, lorsque lesπx sont “non ramifi´ees”, sont d´efinies par une r`egle tr`es simple associ´ee `aρ.

Si ces applications πx 7→ πx0 existent, elles permettent donc d’associer aux repr´esentations irr´eductiblesπx desG(Fx) des facteurs

Lx(ρ, πx,•) =Lx0x,•) et εx(ρ, πx,•) =εx0x,•). A toute repr´` esentation automorphe π=N

x

πx de G(A) est alors associ´ee une fonctionL globale relative `a ρ

L(ρ, π,•) = Y

x∈|F|

Lx(ρ, πx,•)

qui poss`ede les propri´et´es globales usuelles des fonctions L si le principe de fonctorialit´e de Langlands est connu.

Bien sˆur, les arguments de Tate, Godement et Jacquet pourraient ˆetre repro- duits surG(A), et conduire `a une d´emonstration directe des propri´et´es globales des fonctionsLdes repr´esentations automorphes deG(A), si l’on disposait sur lesG(Fx) et sur G(A) de transformations de Fourier naturellement d´efinies `a partir deρ, d’espaces de fonctions de Schwartz respect´es par ces transformations et d’une formule de Poisson convenable sur l’espace des fonctions de Schwartz globales. Ce vœu a ´et´e exprim´e pour la premi`ere fois dans la litt´erature dans un article de Braverman et Kazhdan publi´e en l’an 2000.

Le but du pr´esent texte d’exposition est d’expliquer qu’il y a en fait ´equivalen- ce entre le principe de fonctorialit´e de Langlands et le probl`eme d’associer `a toute repr´esentationρ:Gb→GLr(C) des op´erateurs de transformation de Fourier lo- caux, des espaces de fonctions de Schwartz locales et une formule de Poisson globale.

Plus pr´ecis´ement, la connaissance de facteurs locaux Lx(ρ, πx,•) permet de construire en chaque place un espace de fonctions de Schwartz. Celle de facteurs locaux εx(ρ, πx,•) permet de d´efinir un op´erateur de transformation de Fourier agissant sur cet espace. Enfin, les propri´et´es globales des fonctions L(ρ, π,•) = Q

x∈|F|

Lx(ρ, πx,•) associ´ees aux repr´esentations automorphes π = N

x∈|F|

πx de G(A) permettent de d´efinir sur l’espace des fonctions de Schwartz globales une certaine forme lin´eaire fix´ee par la transformation de Fourier.

(6)

1 Transformation de Fourier sur M

r

( R )

MunissonsRd’un caract`ere additif continu unitaire non trivial ψ:R→U(1)⊂C×,

par exemple

t7→e2πit.

Ce choix d´etermine celui de l’unique mesure invariante de R qui attribue le volume 1 au quotient compact de R par son sous-groupe discret Kerψ, et donc de la mesure invariante produit deMr(R) =Rr

2. On a :

Proposition–

La ψ-transformation de Fourier

f 7→fb=

"

m07→

Z

Mr(R)

dm·f(m)·ψ(Tr(mm0))

#

d´efinit un automorphisme de l’espace des fonctions de Schwartz (c’est-`a-dire C `a d´ecroissance rapide)

f :Mr(R)→C.

Son automorphisme r´eciproque est laψ−1-transformation de Fourier.

Le groupe des ´el´ementsg∈GLr(R) agit par translation `a droitef 7→fg = f(•g) et par translation `a gauche f 7→ gf =f(g•) sur l’espace des fonctions de Schwartz. Ces actions sont compatibles avec la transformation de Fourier au sens suivant :

Lemme–

Pour toute fonction de Schwartz

f :Mr(R)→C et pour tout ´el´ementg∈GLr(R), on a

cfg=|det(g)|−r· g−1f ,b cgf =|det(g)|−r·fbg−1.

(7)

2 Transformation de Fourier sur M

r

(F

x

)

R est une compl´etion de Q. Or Qposs`ede d’autres compl´etions : les corps p-adiquesQp.

On appelle “corps locaux”Fx les ´el´ements de la liste suivante :

• Ret son unique extension finieC,

• les corpsQp et leurs extensions finies,

• les corps de s´eries de LaurentFqx((X)) sur un corps finiFqx.

Tout corps localFxest muni d’une unique norme| • |xtelle que tout ´el´ement γ∈Fx× agisse sur les mesures additives deFxpar|γ|x.

Si Fx=RouC,Fxest dit “archim´edien”.

Sinon, il est dit “ultram´etrique” car sa norme| • |x satisfait l’in´egalit´e

|a+b|x≤max{|a|x,|b|x}, ∀a, b∈Fx. Dans ce cas, Fx poss`ede le sous-anneau ouvert compact

Ox={a∈Fx| |a|x≤1}

dont le quotient par l’id´eal maximal ouvert

mx={a∈Fx| |a|x<1}

est un corps finiFqx.

Si Fx est un corps local, une fonction de Schwartz Mr(Fx) → C est une fonction

• C `a d´ecroissance rapide siFxest archim´edien,

• localement constante `a support compact siFx est ultram´etrique.

Choisissant un caract`ere additif continu unitaire non trivial ψx:Fx→U(1)⊂C×

puis une mesure invariantedmxdeMr(Fx), on a Proposition–

(i) La ψx-transformation de Fourier fx7→fbx=

"

m0x7→

Z

Mr(Fx)

dmx·fx(mx)·ψx(Tr(mxm0x))

#

d´efinit un automorphisme de l’espace des fonctions de Schwartz.

(ii) Il existe une unique mesure invariantedmx(dite autoduale) pour laquelle l’automorphisme r´eciproque est la ψx-transformation de Fourier.

(8)

(iii) Pour toute fonction de Schwartz fx:Mr(Fx)→C et tout ´el´ement gx∈ GLr(Fx), on a

fdxgx = |det(gx)|−rx · g−1xfbx,

gdxfx = |det(gx)|−rx ·fbg

−1

xx .

3 L’espace des repr´ esentations lisses admissibles irr´ eductibles de G(F

x

)

Pour tout corps local Fx, il est naturel de chercher `a d´ecomposer l’espace des fonctions de Schwartz sous la double action de GLr(Fx).

Dans ce but, il faut d’abord introduire un ensemble de repr´esentations irr´e- ductibles de GLr(Fx) assez riche pour permettre une telle d´ecomposition, et montrer que cet ensemble a une structure naturelle.

Traitons le cas o`u le corps localFxest ultram´etrique.

D´efinition–

SoitGun groupe lin´eaireGLrou, plus g´en´eralement, un groupe r´eductif sur un corps local ultram´etrique Fx.

Une repr´esentation complexeπ deG(Fx) est dite “lisse admissible” si

• pour tout sous-groupe ouvert compact K⊂G(Fx), πK ={v∈π|K·v=v}

est de dimension finie sur C,

• π est la r´eunion filtrante de ses sous-espaces πK.

Le groupe topologique localement compactG(Fx) est unimodulaire et peut ˆetre muni d’une mesure bi-invariantedgx. Soient alorsHGx l’alg`ebre de convolu- tion des fonctions localement constantes `a support compact

hx:G(Fx)→C

et, pour toutK⊂G(Fx),HGx,K sa sous-alg`ebre des fonctions `a support compact K\G(Fx)/K →C.

Pour toute repr´esentation lisse admissible π de G(Fx), chaque πK est une repr´esentation de dimension finie deHGx,K et π= lim

−→πK peut ˆetre vue comme une repr´esentation deHGx = lim

−→HGx,K.

(9)

Notons {π}Gx l’ensemble des classes d’isomorphie de repr´esentations lisses admissibles irr´eductibles de G(Fx) et, pour tout K ⊂G(Fx), {π}Gx,K le sous- ensemble desπtelles queπK6= 0.

Pour toutK⊂G(Fx), les ´el´ementshx∈ HGx,K d´efinissent des fonctions {π}Gx,K 3π7→Trπ(hx),

et on peut noterAGx,K l’alg`ebre de fonctions {π}Gx,K →C qu’elles engendrent. On a :

Th´eor`eme–

Soit toujours un groupe r´eductif G sur un corps local ultram´etrique Fx. Alors :

(i) Pour tout K ⊂ G(Ox), l’alg`ebre AGx,K est un produit fini d’alg`ebres de type fini et int`egres surC. Autrement dit,SpecAGx,K est r´eunion disjointe finie de vari´et´es alg´ebriques affines int`egres sur C.

(ii) Toute π ∈ {π}Gx,K d´efinit un caract`ere AGx,K → C de AGx,K qui le ca- ract´erise, si bien que{π}Gx,K se plonge dans le spectre maximal deAGx,K. C’est un ouvert de Zariski.

(iii) La r´eunion filtrante {π}Gx = lim

−→{π}Gx,K s’´ecrit comme une r´eunion dis- jointe de vari´et´es alg´ebriques int`egres sur C, de telle fa¸con que chaque {π}Gx,K est une r´eunion finie de composantes connexes.

Remarque :

Dans le cas d’un corps local archim´edien Fx =R ouC, on a un th´eor`eme analogue : cette fois, l’ensemble des repr´esentations irr´eductibles a une structure naturelle de vari´et´e analytique complexe.

Pour toutK⊂G(Fx), soit Im{π}Gx,K ⊂ {π}Gx,K le sous-ensemble des repr´e- sentations unitaires. On a :

Th´eor`eme–

Soit toujours un groupe r´eductifGsur un corps local ultram´etriqueFx. Alors, pour toutK⊂G(Fx), on a :

(i) Le sous-ensemble Im{π}Gx,K des repr´esentations unitaires est une sous- vari´et´e alg´ebrique r´eelle de la vari´et´e alg´ebrique complexe{π}Gx,K. (ii) Il existe sur Im{π}Gx,K une unique mesure dπ, appel´ee mesure de Plan-

cherel, telle que, pour tout hx∈ HGx,K, on ait hx(1) =

Z

Im{π}Gx,K

dπ·Trπ(hx).

(10)

Disons qu’une fonction

{π}Gx,K →C

est “polynomiale” si elle est ´el´ement de l’alg`ebre AGx,K engendr´ee par les fonc- tions traces

π7→Trπ(hx), hx∈ HGx,K.

En rempla¸cant les fonctionshxpar leurs translat´eeshgxoughx, on d´eduit du th´eor`eme ci-dessus :

Corollaire–

Pour toutK⊂G(Fx)et sidπd´esigne la mesure de Plancherel surIm{π}Gx,K, on a :

(i) Toute fonction hx∈ HGx,K s’´ecrit sous la forme hx(g) =

Z

Im{π}Gx,K

dπ·hx,π(g), g∈G(Fx), o`u :

• pour toutg∈G(Fx),

π7→hx,π(g) est une fonction polynomiale sur{π}Gx,K,

• pour touteπ∈ {π}Gx,K, la fonction surG(Fx) g7→hx,π(g)

est ´el´ement de l’espaceπKπK engendr´e par les “coefficients matri- ciels” vv : g 7→ hv, g·vi= hg−1·v, vi associ´es `a un vecteur v∈πK et une forme lin´eairev:π→Cinvariante par K.

(ii) Cette d´ecomposition spectrale de toute fonctionhx∈ Hx,KG est unique, et on a

hx,π(g) = Trπ(hgx) = Trπ(ghx), ∀π , ∀g∈G(Fx).

4 D´ ecomposition spectrale de la transformation de Fourier lin´ eaire

Revenons aux groupes lin´eaires GLr sur un corps local ultram´etriqueFx. Comme les fonctions de Schwartz (c’est-`a-dire localement constantes `a sup- port compact)Mr(Fx)→Csont d´etermin´ees par leurs restrictions `a GLr(Fx), et que leur espace est stable par translation `a gauche ou `a droite, on s’attend `a pouvoir caract´eriser cet espace en termes spectraux. Effectivement, on a :

(11)

Th´eor`eme–

Pour tout K ⊂ GLr(Fx), il est possible d’associer `a toute repr´esentation π∈ {π}GLx,Kr={π}rx,K une fraction rationnelle

Lx(π, Z) telle que :

(1) L’inverse Lx(π, Z)−1 est un polynˆome en π ∈ {π}rx,K et Z qui vaut 1 pour Z= 0.

(2) On a

Lx(π⊗ |det(•)|s, Z) =Lx(π, q−sx ·Z), ∀π , ∀s∈C. (3) Une fonction

fx:K\GLr(Fx)/K→C

se prolonge en une fonction de Schwartz sur Mr(Fx) si et seulement si ses restrictions aux fibres de l’homomorphisme

|det(•)|x: GLr(Fx)→qxZ

sont `a support compact, et qu’elle se d´ecompose spectralement sous la forme

fx(g) =|det(g)|xr2 · Z

Im{π}rx,K

dπ·fx,π(g)·Lx π, qx12

o`u

• pour toutg∈GLr(Fx)

π7→fx,π(g) est une fonction polynomiale sur{π}rx,K,

• pour touteπ∈ {π}rx,K, la fonction surGLr(Fx) g7→fx,π(g)

est ´el´ement de l’espace πK πK,

• π = lim

−→πK d´esigne la repr´esentation contragr´ediente de toute π∈ {π}rx.

Comme la transformation de Fourier est compatible avec les translations `a gauche et `a droite, on obtient :

(12)

Corollaire–

Le caract`ere non trivial ψx : Fx → U(1) ⊂C× ´etant choisi, il est possible d’associer `a toute repr´esentation π ∈ {π}rx,K un monˆome (c’est-`a-dire un po- lynˆome inversible) en πetZ±1

εx(π, ψx, Z) =εx(π⊗ |det(•)|s, qxs·Z), ∀s∈C, tel que, pour toute fonction de Schwartz surMr(Fx)

fx:K\GLr(Fx)/K →C d´ecompos´ee spectralement sous la forme du th´eor`eme

fx(g) =|det(g)|xr2 · Z

Im{π}rx,K

dπ·fx,π(g)·Lx

π, qx12

, ∀g ,

saψx-transform´ee de Fourierfbx soit donn´ee par la d´ecomposition spectrale

fbx(g) =|det(g)|xr2· Z

Im{π}rx,K

dπ·fx,π(g−1)·Lx

π, q

1

x2

·εx

π, ψx, q

1

x2

, ∀g .

Remarque :

On utilise le fait que siϕπ: GLr(Fx)→Cest ´el´ement de l’espace πK πK des coefficients matriciels de πK, alors g 7→ ϕπ(g−1) est ´el´ement de l’espace πKπK des coefficients matriciels deπK.

Le calcul des facteursLxet εxdes repr´esentationsπ∈ {π}rxde GLr(Fx) se ram`ene `a celui des facteurs correspondants des caract`eresχ∈ {π}1xdeFx×dans au moins deux cas extrˆemes :

• le cas des repr´esentations non ramifi´ees, c’est-`a-dire des π ∈ {π}rx,∅ = {π}rx,K o`uK= GLr(Ox),

• le cas des repr´esentations de la forme

π·ω=π⊗(ω◦det(•))

o`u π ∈ {π}rx,K pour un certainK ⊂GLr(Fx) et ω : Fx× → C× est un caract`ere assez ramifi´e en fonction deK.

Les repr´esentations non ramifi´ees sont connues grˆace au th´eor`eme suivant :

(13)

Th´eor`eme (Satake)–

SiK= GLr(Ox), l’alg`ebre de convolution “non ramifi´ee”

Hrx,∅=HGLx,Kr=Cc(GLr(Ox)\GLr(Fx)/GLr(Ox)) est commutative et canoniquement isomorphe `a

(HTx,∅r)Sr =Cc(Tr(Fx)/Tr(Ox))Sr =C[Tbr]Sr

o`u Tr=Grm d´esigne le tore diagonal deGLr etTbr= (C×)r son tore complexe dual.

Remarque :

Comme Hrx,∅ est commutative, elle s’identifie aussi `a l’alg`ebre Arx,∅ = AGLx,GLr

r(Ox).

Il r´esulte de ce th´eor`eme que se donner une repr´esentation non ramifi´ee π∈ {π}rx,∅ ´equivaut `a se donner une famille dercaract`eres non ramifi´es

χ1π, . . . , χrπ:Fx×/O×x →C× bien d´efinie `a l’ordre pr`es.

On a : Th´eor`eme–

(i) (Godement, Jacquet)Pour toute repr´esentation non ramifi´eeπ∈ {π}rx,∅, on a

Lx(π, Z) = Y

1≤i≤r

Lxiπ, Z) et

εx(π, ψx, Z) = Y

1≤i≤r

εxiπ, ψx, Z).

(ii) (Jacquet, Shalika) Si π ∈ {π}rx,K pour un certain K ⊂GLr(Fx) et ω : Fx×→C× est un caract`ere assez ramifi´e en fonction deK, on a

Lx(π·ω, Z) = 1 et

εx(π·ω, ψx, Z) =εxπ·ω, ψx, Z)·εx(ω, ψx, Z)r−1 o`uχπ:Fx×→C× d´esigne le caract`ere central deπ.

En dehors de ces cas, les facteursLx et surtout εx des repr´esentationsπ∈ {π}rx sont beaucoup plus complexes et ne peuvent en g´en´eral ˆetre ramen´es au cas du rangr= 1.

(14)

5 Transformations de Fourier sur G(F

x

)

La d´ecomposition spectrale sur GLr(Fx) de laψx-transformation de Fourier surMr(Fx) am`ene `a poser la d´efinition suivante :

D´efinition–

SoitFxun corps local ultram´etrique.

SoitGun groupe r´eductif sur Fxmuni d’un caract`ere non trivial detG:G→Gm.

Soitρla donn´ee d’un caract`ere

detρ:G→Gm

et d’une mani`ere d’associer `a toute π∈ {π}Gx une fraction rationnelle enZ Lx(ρ, π, Z) =Lx(ρ, π⊗ |detG(•)|sx, qsx·Z), ∀s ,

et un monˆome en Z±1

εx(ρ, π, Z) =εx(ρ, π⊗ |detG(•)|sx, qsx·Z), ∀s , tels que :

• l’inverse Lx(ρ, π, Z)−1est un polynˆome enZ etπsur chaque{π}Gx,K qui vaut 1 pourZ = 0,

• le monˆome εx(ρ, π, Z) est un polynˆome inversible en Z etπ sur chaque {π}Gx,K.

Alors :

(i) On appelleρ-fonctions sur G(Fx) les fonctions fx:K\G(Fx)/K→C dont les restrictions aux fibres de l’homomorphisme

|detG(•)|x:G(Fx)→qxZ

sont `a support compact, et qui se d´ecomposent spectralement sous la forme

fx(g) =|detρ(g)|x12 · Z

Im{π}GK

dπ·fx,π(g)·L

ρ, π, q

1

x2

o`u

• pour toutg∈G(Fx),

π7→fx,π(g) est une fonction polynomiale sur{π}Gx,K,

(15)

• pour touteπ∈ {π}Gx,K, la fonction surG(Fx) g7→fx,π(g) est ´el´ement de l’espace πK πK,

• π= lim

−→πK d´esigne la repr´esentation contragr´ediente de chaqueπ∈ {π}Gx.

(ii) On appelle ρ-transformation de Fourier l’op´erateur qui associe `a toute ρ-fonction fx d´ecompos´ee spectralement comme ci-dessus la fonction

fbx(g) =|detρ(g)|x12· Z

Im{π}Gx,K

dπ·fx,π(g−1)·L

ρ, π, qx12

·εx

ρ, π, qx12

.

Remarque :

Il r´esulte de la d´efinition que l’espace des ρ-fonctions fx est invariant par translation `a gauche ou `a droite par les ´el´ementsg∈G(Fx) et que

fcxg=|detρ(g)|−1x · g−1fbx,

gcfx=|detρ(g)|−1x ·fbxg−1.

SiG=T est un tore d´eploy´e (c’est-`a-dire isomorphe `a une puissance deGm) surFx, on noteTble tore complexe “dual” deT d´efini en ´echangeant les r´eseaux de caract`eres et de cocaract`eres

XTb=XT, X

Tb =XT.

Voici une mani`ere naturelle de d´efinir sur un telG=T une donn´eeρcomme ci-dessus :

Proposition–

SoitG=T un tore d´eploy´e surFx muni d’un caract`ere detG= detT :T →Gm. Soit

ρT = (ρ1T, . . . , ρrT) :Tb→(C×)r=Tbr

une collection de caract`eres de Tb telle que :

• ρT est injectif, si bien que l’homomorphisme dual ρT = (ρ1∨T , . . . , ρr∨T ) :Tr=Grm→T est surjectif,

(16)

• pour 1≤i≤r, le compos´e du caract`ere ρiT :Tb→C× et du cocaract`ere detcT :C×→Tbdual de detT est l’identit´e deC×.

Posons

detρT = detT

et, pour tout caract`ere χ∈ {π}Tx deT(Fx), LxT, χ, Z) = Y

1≤i≤r

Lx(χ◦ρi∨T , Z), εxT, χ, Z) = Y

1≤i≤r

εx(χ◦ρi∨T , ψx, Z). Alors :

(i) Les ρT-fonctions sur T(Fx) sont exactement les fonctions d´eduites des fonctions localement constantes `a support compact

Fxr→C

par int´egration le long des fibres de l’homomorphisme surjectif ρT : (Fx×)r→T(Fx).

(ii) LaρT-transformation de Fourier surT(Fx)est induite par laψx-transfor- mation de Fourier sur Fxr via ρT.

Si G est un groupe r´eductif d´eploy´e sur Fx, il poss`ede un tore maximalT d´eploy´e sur Fx, muni d’une action du groupe de Weyl WG. Si de plus ρT = (ρ1T, . . . , ρrT) :Tb→(C×)r est une famille de caract`eres deTb comme ci-dessus, stable par l’action deWG, les facteurs

LxT, χ, Z) et εxT, χ, Z)

des caract`eresχ∈ {π}Tx sont invariants par l’action induite deWG sur{π}Tx. Or on a :

Th´eor`eme–

SoitGun groupe r´eductif d´eploy´e surFx, de tore maximal T. Alors :

(i) Ga une structure Ox-rationnelle naturelle, etG(Ox)est un sous-groupe ouvert compact de G(Fx).

(ii) Si K=G(Ox), l’alg`ebre de convolution “non ramifi´ee”

HGx,∅=HGx,K =Cc(G(Ox)\G(Fx)/G(Ox)) est commutative et canoniquement isomorphe `a

(HTx,∅)WG =Cc(T(Fx)/T(Ox))WG =C[Tb]WG.

(17)

Il r´esulte de ce th´eor`eme que se donner une repr´esentation non ramifi´ee π∈ {π}Gx,∅={π}Gx,G(O

x)´equivaut `a se donner un caract`ere zπ :T(Fx)/T(Ox)→C× bien d´efini modulo l’action deWG.

Si donc la famille ρT = (ρ1T, . . . , ρrT) de caract`eres ρiT, 1≤i ≤r, deTb est stable par l’action deWG, on peut poser

Lx(ρ, π, Z) = LxT, zπ, Z) εx(ρ, π, Z) = εxT, zπ, Z) pour toute repr´esentation non ramifi´eeπ∈ {π}Gx,∅.

Sous la mˆeme hypoth`ese, le caract`ere µbG= Y

1≤i≤r

ρiT :Tb→C×

est fix´e par l’action deWG, et il lui correspond un cocaract`ere central µG :Gm→G .

Pour touteπ∈ {π}Gx,Fx× agit surπviaµGpar un caract`ereχπ:Fx×→C× que l’on peut appeler le caract`ere central deπ.

Pour toutK ⊂G(Fx), touteπ ∈ {π}Gx,K et tout caract`ere ω :Fx× →C×, notons

π·ω=π⊗(ω◦detG(•)).

Siω est assez ramifi´e en fonction deK, il est naturel de poser Lx(ρ, π·ω, Z) = 1,

εx(ρ, π·ω, Z) = εxπω, ψx, Z)·εx(ω, ψx, Z)r−1.

Restent, bien sˆur, bien d’autres repr´esentationsπ∈ {π}Gx pour lesquelles on ne saurait d´efinir naturellement des facteurs

Lx(ρ, π, Z) et εx(ρ, π, Z)

`

a partir d’une donn´ee

ρT = (ρ1T, . . . , ρrT) :Tb→(C×)r stable parWG comme ci-dessus.

(18)

6 Formule de Poisson sur M

r

( R ) puis M

r

( A )

Revenons au corpsRmuni du caract`ere ψ:R3t7→e2πit et aux op´erateurs deψ-transformation de Fourier

f 7→fb=

"

m07→

Z

Mr(R)

dm·f(m)·ψ(Tr(mm0))

#

des espaces de fonctions de Schwartzf :Mr(R)→C.

Le groupe additif localement compactRcontientZcomme sous-groupe dis- cret. Le quotient R/Z est compact et de volume 1 pour la mesure autoduale.

Les caract`eres deRtriviaux surZsont exactement les R3t7→ψ(n·t), n∈Z, d’o`u l’on d´eduit la formule de Poisson :

Th´eor`eme–

Pour toute fonction de Schwartz

f :Mn(R)→C, on a

X

γ∈Mn(Z)

f(γ) = X

γ∈Mn(Z)

fb(γ).

Nous allons rappeler la g´en´eralisation arithm´etique de cette formule d´emontr´ee par Tate dans le cadre de la th´eorie des ad`eles.

Consid´erons pour cela un “corps global”F, c’est-`a-dire

• Qou une extension finie deQ, appel´ee “corps de nombres”,

• Fq(X) ou une extension finie deFq(X), appel´ee “corps de fonctions”.

Notons|F|l’ensemble des corps locaux (Fx,|•|x) qui s’obtiennent en compl´e- tantF par une norme|•|x. Cet ensemble est toujours d´enombrable ; ses ´el´ements xs’appellent les places. Si F est un corps de fonctions, toutes ses places sont ultram´etriques. Si F est un corps de nombres, il a un nombre fini de places archim´ediennes – telles que Fx∼=RouC– et les autres sont ultram´etriques.

L’anneau topologique des “ad`eles” deF est d´efini comme le sous-anneau AF ⊂ Y

x∈|F|

Fx

(19)

constitu´e des familles (ax∈Fx)x∈|F|telles que ax∈Ox, soit|ax|x≤1,

en “presque toute” placex∈ |F|(ce qui signifie “toute place sauf un ensemble fini”).

Le sous-groupe diagonalF ,→ Q

x∈|F|

Fxest contenu dansA, ce qui signifie que pour toutγ∈F×, on a

|γ|x= 1 en presque toute placex∈ |F|. On a :

Proposition–

(i) (“Formule du produit”)Pour tout γ∈F×, on a Y

x∈|F|

|γ|x= 1.

(ii) F est un sous-groupe discret du groupe topologique localement compact A.

(iii) Le quotient A/F est compact.

Choisissons une fois pour toutes un caract`ere additif continu non trivial

ψ= Y

x∈|F|

ψx:A→C×

qui est trivial sur le sous-groupe discret cocompactF. Ce caract`ere est n´ecessaire- ment unitaire, ainsi que ses composantes

ψx:Fx→C×.

En toute place x ∈ |F|, munissons Fx et Mr(Fx) de la mesure additive

“autoduale” pour laquelle l’automorphisme r´eciproque de laψx-transformation de Fourier des fonctions de Schwartz

fx7→fbx=

"

m0 7→

Z

Mr(Fx)

dm·fx(m)·ψx(Tr(mm0))

#

est laψxx−1-transformation de Fourier.

MunissonsAetMr(A) de la mesure produit, et appelons fonctions de Schwartz surMr(A) les combinaisons lin´eaires de produits

f = O

x∈|F|

fx

(20)

de fonctions de Schwartzfx:Mr(Fx)→C´egales `a la fonction caract´eristique 1IMr(Ox)en presque toute place ultram´etriquex.

Laψ-transformation de Fourier globale f 7→fb=

"

m07→

Z

Mr(A)

dm·f(m)·ψ(Tr(mm0))

#

envoie chaque N

x∈|F|

fx sur N

x∈|F|

fbx. On montre que les caract`eres

A/F →C× sont exactement les

A3a7→ψ(γ·a), γ∈F , et que le volume du quotient compactA/F est 1.

On en d´eduit la formule de Poisson ad´elique de Tate : Th´eor`eme–

Pour toute fonction de Schwartz

f :Mr(A)→C, on a

X

γ∈Mr(F)

f(γ) = X

γ∈Mr(F)

fb(γ).

7 Nouvelle expression de la formule de Poisson sur GL

r

( A )

De la mˆeme fa¸con que nous avons ramen´e les transformations de Fourier desMr(Fx) aux GLr(Fx) et, `a partir de l`a, propos´e une forme tr`es g´en´erale de transformation de Fourier sur les groupes r´eductifs locauxG(Fx), nous voudrions ramener les formules de Poisson desMr(A) aux GLr(A) afin de proposer une forme plus g´en´erale de formule de Poisson sur les groupes r´eductifs ad´eliques G(A).

Toute la difficult´e r´eside dans la contribution des matrices non-inversibles γ∈Mr(F)−GLr(F) `a la fonctionnelle de Poissonf 7→ P

γ∈Mr(F)

f(γ).

Voici une mani`ere simple de faire disparaˆıtre les termes de bord associ´es `a ces matrices dans le cas d’une fonction de Schwartzf = N

x∈|F|

fxtr`es ramifi´ee en au moins une place :

(21)

Proposition– Soit f = N

x∈|F|

fx : Mr(A) → C une fonction de Schwartz telle que, en au moins une place ultram´etrique x0, le facteur fx0 est le produit

fx0 =fx00·ωx0◦det(•)

d’une fonctionfx00 invariante par un certain sous-groupe ouvert compact K ⊂ GLr(Fx0)et d’un caract`ere ωx0 :Fx×0 →C× tr`es ramifi´e en fonction de K.

Alors le support defx0 est une partie compacte deGLr(Fx0), de mˆeme que celui defbx0, et on a

X

γ∈GLr(F)

f(γ) = X

γ∈GLr(F)

fb(γ).

Dans le cas g´en´eral d’une fonction de Schwartz arbitraire

f :Mr(A)→C, on a besoin de la d´efinition suivante :

D´efinition–

Soitx0 une place ultram´etrique de F.

Soitfx0 :Mr(Fx0)→Cune fonction de Schwartz qui est non-ramifi´ee, c’est-

`

a-dire invariante `a gauche et `a droite par GLr(Ox0), et dont la d´ecomposition spectrale a la forme

fx0(g) =|det(g)|x0r2 · Z

Im{π}rx,∅

dπ·fx0(g)·Lx0 π, qx012

, ∀g .

Alors, pour tous N, N0∈N, on note

fxN,N0 0 :Mr(Fx0)→C la fonction de Schwartz d´efinie par l’expression spectrale

fxN,N0

0 (g) = |det(g)|x0r2 · Z

Im{π}rx,∅

· fx0(g)·Lx0

π, qx012

·IxN0 π, qx012

·IxN00 π, qx012

o`u IxN0(π, Z) d´esigne le polynˆome en Z etπproduit de Lx0(π, Z)−1

(22)

et du monˆome de degr´e N en Z qui apparaˆıt dans le d´eveloppement en s´erie formelle enZ de l’inverse

Lx0(π, Z). Remarque :

On remarque que chaque fonctionfxN,N0 0 et sa transform´ee de Fourierf\xN,N0 0

sont `a support compact dans GLr(Fx0).

D’autre part, on a dans l’anneau des s´eries formelles enZ l’´egalit´e X

NN

IxN0(π, Z) = 1 d’o`u l’on d´eduit

X

N,N0∈N

fxN,N0

0 (g) =fx0(g), ∀g∈GLr(Fx0).

Cette d´efinition permet de formuler le th´eor`eme suivant qui ram`ene l’expres- sion de la formule de Poisson deMr(A) `a GLr(A) :

Th´eor`eme– Soit f = N

x∈|F|

fx : GLr(A) → C une fonction de l’espace de Schwartz de Mr(A).

Soitx0∈ |F|une place ultram´etrique en laquelle le facteurfx0 def est non ramifi´e.

Alors :

(i) La s´erie formelle

X

N,N0N

ZN+N0· X

γ∈GLr(F)

fxN,N0 0

 O

x6=x0

fx

(γ) est une fraction rationnelle en Z.

(ii) Sa “valeur r´egularis´ee” enZ= 1(d´efinie en soustrayant l’unique expres- sion de la forme P

1≤i≤k

ai·(Z−1)−iqui fait disparaˆıtre l’´eventuel pˆole en Z = 1), not´eeS(f), ne d´epend pas du choix de la placex0.

(iii) On a

X

γ∈Mr(F)

f(γ) =

 X

γ∈GLr(F)

f(γ)

+

 X

γ∈GLr(F)

fb(γ)

−S(f).

(23)

Remarque :

La d´emonstration de ce th´eor`eme utilise :

– le th´eor`eme de d´ecomposition spectrale de Langlands,

– les propri´et´es globales des fonctionsLd´emontr´ees par Godement et Jac- quet.

8 Forme cherch´ ee de formules de Poisson sur G( A )

Consid´erons maintenant un groupe r´eductif Gsur un corps globalF, muni d’un caract`ere non trivial

detG:G→Gm. Soitρla donn´ee de :

• un caract`ere detρ:G→Gm,

• en toute place ultram´etrique x ∈ |F|, une mani`ere d’associer `a toute π∈ {π}Gx une fraction rationnelle enZ

Lx(ρ, π, Z) =Lx(ρ, π⊗ |detG(•)|sx, qxs·Z), ∀s , et un monˆome enZ±1

εx(ρ, π, Z) =εx(ρ, π⊗ |detG(•)|sx, qxs·Z), ∀s , v´erifiant les propri´et´es du paragraphe 5,

• en toute place archim´ediennex∈ |F|, des facteurs spectraux analogues.

Comme on a vu, ρ permet de d´efinir en toute place ultram´etrique x de F l’espace desρ-fonctions

fx(•) =|detρ(•)|x12 · Z

Im{π}Gx,K

dπ·fx,π(•)·Lx

ρ, π, q

1

x2

puis laρ-transformation de Fourier de ces fonctions fx7→fbx(•) =|detρ(•)|x12·

Z

Im{π}Gx,K

dπ·fx,π((•)−1)·Lx

ρ, π, qx12

·εx

ρ, π, qx12

.

Et de mˆeme en les places archim´ediennes deF.

En presque toute place ultram´etrique xdeF, le groupe r´eductifGest “non ramifi´e”, donc admet une structureOx-rationnelle, et le groupeG(Fx) contient le sous-groupe ouvert compactG(Ox). En une telle place, on appelle “ρ-fonction standard” l’uniqueρ-fonction non-ramifi´ee

fx:G(Ox)\G(Fx)/G(Ox)→C

(24)

dont les raies spectralesfx,π,π∈ {π}Gx,∅={π}Gx,G(O

x)v´erifient fx,π(1) = 1, ∀π .

On appelleρ-fonction globale

f :G(A)→C les combinaisons lin´eaires de produits

O

x∈|F|

fx:G(A)→C deρ-fonctions locales

fx:G(Fx)→C presque toutes ´egales auxρ-fonctions standard.

Par analogie avec le cas de GLr, posons : D´efinition–

Soitx0une place ultram´etrique deF en laquelle le groupe r´eductifGest non ramifi´e.

Soit fx0 : G(Fx0)→C une ρ-fonction non ramifi´ee, c’est-`a-dire invariante

`

a gauche et `a droite par G(Ox), et dont la d´ecomposition spectrale a la forme fx0(•) =|detρ(•)|x012 ·

Z

Im{π}Gx,∅

dπ·fx0(•)·Lx0

ρ, π, q

1

x02

.

Alors, pour tous N, N0∈N, on note

fxN,N0 0 :G(Fx0)→C laρ-fonction d´efinie par l’expression spectrale

fxN,N0 0(•) = |detρ(•)|x012 · Z

Im{π}Gx,∅

·fx0(•)·Lx0

ρ, π, q

1

x02

·IxN0 ρ, π, q

1

x02

·IxN00

ρ, π, q

1

x02

o`u IxN0(ρ, π, Z)d´esigne le polynˆome enZ etπ produit de Lx0(ρ, π, Z)−1

et du monˆome de degr´e N en Z qui apparaˆıt dans le d´eveloppement en s´erie formelle enZ de l’inverse

Lx0(ρ, π, Z).

(25)

Remarque :

Comme dans le cas lin´eaire, on remarque que chaque fonction fxN,N0 0 et sa ρ-transform´ee de Fourierf\xN,N0 0 sont `a support compact dansG(Fx0).

D’autre part, on a dans l’anneau des s´eries formelles enZ l’´egalit´e X

NN

IxN

0(ρ, π, Z) = 1 d’o`u l’on d´eduit

X

N,N0N

fxN,N0 0(g) =fx0(g), ∀g∈G(Fx0).

Le cas de GLr et de la transformation de Fourier lin´eaire surMr(A) am`ene

`

a envisager la forme g´en´erale suivante pour d’´eventuelles autres formules de Poisson :

D´efinition–

Soit G un groupe r´eductif sur un corps global F, muni d’un caract`ere non trivialdetG:G→Gm.

Soitρune donn´ee globale comme ci-dessus.

(i) On dira que ρ satisfait la formule de Poisson restreinte si, pour toute ρ-fonction

f = O

x∈|F|

fx:G(A)→C

dont le facteur fx0 en au moins une place ultram´etriquex0est le produit fx0:fx0

0·ω◦detG(•)

d’une fonctionfx00 invariante par un certain sous-groupe ouvert compact K ⊂G(Fx0) et d’un caract`ere ωx0 :Fx×0 →C× tr`es ramifi´e en fonction deK, on a

X

γ∈G(F)

f(γ) = X

γ∈G(F)

fb(γ).

(ii) On dira que ρ satisfait la formule de Poisson g´en´erale si, pour toute ρ-fonction

f = O

x∈|F|

fx:G(A)→C

et pour toute place ultram´etrique x0∈ |F|en laquelleGetfx0 sont non- ramifi´es, la s´erie formelle

X

N,N0∈N

ZN+N0· X

γ∈G(F)

fxN,N0 0

 O

x6=x0

fx

(γ)

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