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Article pp.133-158 du Vol.40 n°245 (2014)

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Texte intégral

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Évolutions conjointes

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IAE de Lyon, université Jean-Moulin ALAIN CHARLES MARTINET Université Jean-Moulin de Lyon

FULBERT GÉRO AMOUSSOUGA Université d’Abomey-Calavi de Cotonou

DOI:10.3166/RFG.245.133-158 © 2014 Lavoisier

La contribution de la RSE aux objectifs d’un développement durable de l’ONU

Cadre d’analyse et propositions pour les pouvoirs publics des « pays les moins avancés »

Comment des actions publiques portant sur un levier

« micro » comme la responsabilité sociale des entreprises (RSE), peuvent-elles viser un objectif « macro » tel que le développement des « pays les moins avancés »1 ? Cet article présente une contribution possible, aujourd’hui, de la recherche en management stratégique et en RSE aux politiques publiques de développement, principalement inspirées, depuis l’après-guerre par la théorie et la doctrine macroéconomiques.

1. Les pays les moins avancés (PMA) sont une catégorie de pays créée en 1971 par l’Organisation des Nations unies (ONU), regroupant les pays les moins développés socioéconomiquement de la planète.

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a question posée est : Comment des actions publiques portant sur un levier « micro » – la responsabilité sociale des entreprises (RSE) – peuvent- elles servir un objectif « macro », le déve- loppement des pays les moins avancés (PMA) ?

D’un point de vue théorique, Swanson (1999) déplorait un manque d’unification et d’intégration entre la recherche mana- gériale et les besoins de la société, en mentionnant que la littérature sur la per- formance sociale de l’entreprise ne faisait pas exception. D’un point de vue pratique, Kell en 2012, directeur exécutif du Pacte mondial, concluait ainsi un bilan des pra- tiques de la RSE : « Bien sûr, c’est un grand mouvement, mais il n’est pas encore transformateur ». De notre point de vue, et en accord avec les deux auteurs précédents, l’une des raisons d’être des sciences de gestion est de poursuivre une visée transfor- matrice en forgeant de nouveaux artefacts, c’est-à-dire des concepts, dispositifs, outils argumentés, mis à l’épreuve de l’expé- rience tout en explicitant clairement l’axio- logie (notamment les valeurs, les modèles de l’homme et de la vie collective) dans laquelle le chercheur propose de les ins- crire. Il est possible de le faire en observant les pratiques sociales et en proposant les voies et moyens pour les prolonger, les amplifier, les infléchir. Ou en interagissant directement avec les acteurs concernés : il y a alors co-construction de la validité des propositions entre le chercheur et les praticiens. Que la mise à l’épreuve se fasse in vitro ou in vivo, la contribution de la recherche dépasse ainsi la compréhension des phénomènes étudiés et réside largement dans les propositions conçues pour guider l’action.

L’intérêt porté ici aux objectif pour un développement durable (ODD) se justifie par leur caractère projectif. Nous ne dres- sons pas un bilan de l’impact de la RSE dans l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), mais nous soutenons que la RSE exercée dans les pays émergents, par les firmes multinationales (FMN) implantées, mais aussi progressive- ment par les entreprises locales, peut avoir un rôle significatif dans l’atteinte des ODD pour ces pays.

L’argumentation en faveur de cette pos- sible contribution se fait en quatre temps.

D’abord en montrant que la genèse des théories et politiques du développement depuis l’après-guerre débouche sur le moment actuel qui redonne aux initiatives locales portées par les entreprises un rôle essentiel. Les grands récits et les politiques macro cèdent en effet la place à une multi- plication d’expériences micro qu’il s’agit de repérer et d’évaluer finement.

Nous rappelons ensuite que nous nous inscrivons à l’encontre de la fameuse posi- tion de Milton Friedman, et dans la lignée des auteurs fondateurs – Bowman, Ansoff, Perroux, Freeman… – dans une conception élargie des notions de responsabilité sociale et de parties prenantes pour une entreprise que nous situons non seulement « en mar- ché », mais « en société » (Martinet, 1984).

Toutefois le foisonnement de pratiques de RSE très diverses justifie de s’appuyer sur une taxonomie simple mais à haut pouvoir heuristique.

La taxonomie est d’abord utilisée sur le cas Nestlé Afrique de l’Ouest et centrale qui a fait l’objet d’une recherche-intervention (Payaud, 2014) puis, sur des données de seconde main, pour situer des pratiques de responsabilité sociale menées par des

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entreprises en Afrique vis-à-vis des ODD de l’ONU.

La conception de la RSE défendue ici – stra- tégique, contextualisée, dialogique – per- met, enfin à la lumière de ces deux saisies empiriques, de dégager des rôles possibles pour les pouvoirs publics pour structurer et stimuler la RSE sur leur territoire.

I – D’UN « CONSENSUS » À L’AUTRE : LA PAUVRETÉ DANS LES THÉORIES ET LES POLITIQUES DU DÉVELOPPEMENT 1. Une brève généalogie

C’est dans son discours du 20 janvier 19492 que le président Harry Truman instituait la notion de « pays sous-développés », mar- qués par une pauvreté handicapante pour eux-mêmes comme pour le monde, et pos- tulait le caractère purement technique du développement, susceptible dès lors d’être promu par les seuls experts, afin que ces pays rattrapent leur « retard » sur les Occi- dentaux. L’on se souvient des cinq étapes de la croissance économique dégagées par Rostow (1963), allant de la société tradi- tionnelle à la consommation de masse, et traçant un chemin unique à suivre pour tous, explicitement désigné comme anticommu- niste, dans une vision déjà empreinte d’une sorte de « fin de l’histoire » que retiendra ensuite Fukuyama (1992). Théorie de la modernisation qui n’allait pas tarder à être sévèrement critiquée par la théorie de la dépendance – Prebisch, Amin, Frank, Sweezy… – mettant en cause radicalement des politiques de développement suspectées de maintenir l’échange inégal sous couvert de réformes structurelles.

La Conférence de Bandung en 1955 consacre le vocable de « tiers-monde », proposé peu auparavant par Alfred Sauvy et déclenche le mouvement des « pays non alignés », désireux de se dégager du face à face de la guerre froide. Ils réclament un commerce équitable autour de termes de l’échange équilibrés, plutôt que l’aide des pays riches : « trade, not aid ». Mais para- doxalement la conférence adopte une vision du développement proche de celle prônée par les Occidentaux et suscite la création d’organisations internationales comme la Cnuced. Les stratégies d’industrialisation séparent alors les pays à planification cen- tralisée, ceux qui jouent la substitution aux importations et ceux qui misent sur la pro- motion des exportations. Toutes cependant accordent un rôle majeur aux États dont la capacité à créer des institutions efficaces et pérennes va s’avérer très variable.

Le choc pétrolier de 1973 devait déclencher le clivage du tiers-monde entre les pays ren- tiers, les nouveaux pays industrialisés (NPI) et les pays les moins avancés (PMA). Le nouvel ordre international que l’ONU tente de mettre en scène à partir de 1974, apparaît aux yeux de certains experts (Rist, 1996) comme l’acceptation de l’ordre imposé par les pays riches, ce qu’affiche d’ailleurs clairement le président Reagan à l’orée de la révolution conservatrice, avant que la forte hausse des taux d’intérêt décidée par la Réserve fédérale (Fed) ne précipite le sous-continent latino-américain dans une crise d’endettement qui allait justifier les fameux et douloureux plans d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du FMI à partir de 1982.

2. Cette partie doit beaucoup à l’ouvrage très informé de Zacharie (2013).

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Un nouveau portrait de phase se dessine avec la chute du Mur de Berlin en 1989 qui libère le spectaculaire processus de mon- dialisation dont Giraud (2012) dégage deux traits majeurs pour notre propos : la mise en compétition généralisée des territoires et de leurs activités pour les implantations de FMN nomades et la mise en compétition de ces dernières par les investisseurs institu- tionnels et les marchés financiers. Les États se trouvent alors pris en étau : en haut, par les régulations inter ou supranationales, en bas par les politiques d’attractivité auto- nomes que mènent leurs sous-régions. Ce qui ne va pas sans créer des fragmentations, des inégalités et des trappes de pauvreté, en particulier dans les PMA, généralement affectés d’une forte désarticulation entre les grandes villes et les zones rurales.

À partir de 1990, une centaine de pays du Sud et de l’Est se voient appliquer le

« Consensus de Washington » visant à libé- raliser les marchés, désendetter les États et intégrer les économies au marché mondial, via la mise en cohérence des actions de la Banque mondiale, du FMI et de l’OMC, qui succède au Gatt en 1995 avec des pou- voirs étendus. Ce consensus sera largement délégitimé dix ans après sous l’effet des crises financières, de la dénonciation des

« thérapies de choc » du FMI et de l’échec de sommets successifs à Seattle, Cancun…

C’est donc dans ce contexte de délégitima- tion des théories et des politiques macro- scopiques du développement, tiraillées entre libéralisation ultralibérale, prise en considération volontariste des dimensions écologiques et sociales affirmée à Rio en 1992 et développement humain – l’indice du développement humain (IDH) proposé par Sen est créé par le PNUD en 1990 – que furent progressivement adoptés les

« documents stratégiques de réduction de la pauvreté » (DSRP) par le FMI et la Banque mondiale en 1999, juste avant que l’ONU ne compile les déclarations des sommets successifs pour faire adopter les huit objec- tifs du millénaire pour le développement (OMD) fixés pour la période 2000-2015.

Pour l’ONU, le secteur privé constitue un levier capital dans l’atteinte de ces OMD. Elle l’implique notamment dans le Pacte mondial, dont le double objectif affi- ché est : d’« inciter les entreprises dans le monde entier à conduire leurs activités en respectant les dix principes énoncés dans le pacte ; [et de] mobiliser l’action à l’appui des objectifs du millénaire pour le déve- loppement. Pour atteindre ces objectifs, le Pacte mondial offre aux entreprises la possibilité d’améliorer leurs pratiques par le biais de plusieurs mécanismes : concer- tation, apprentissage, réseaux locaux et partenariats. ». En effet, en 2000, l’ONU lance le « Global Compact » ou le « Pacte mondial » : Les entreprises engagées dans le « Pacte mondial » disent aspirer à une gestion responsable de la croissance mon- diale, prenant en considération les inté- rêts et problèmes de toutes les parties concernées. Il s’agit d’un pacte par lequel les signataires s’engagent à aligner leurs stratégies sur dix principes universellement acceptés inspirés des valeurs fondamentales de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Déclaration de l’Organisation internationale du travail relative aux prin- cipes et droits fondamentaux au travail, la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, la Convention des Nations unies contre la corruption. Les entreprises adhérentes s’engagent à recom- mander le « Pacte mondial » et ses dix principes dans les déclarations et rapports

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annuels, publier sur le site du « Pacte mon- dial » toutes les mesures qu’elles ont prises pour s’y conformer, et travailler en partena- riat avec l’ONU pour le bénéfice des pays en développement.

L’ONU publie également deux rapports qui montrent que le secteur privé peut avoir sa contribution dans l’atteinte des OMD :

« Libérer l’entrepreneuriat : mettre le monde des affaires au service des pauvres » en 2004, et « Les entreprises face aux défis de la pauvreté : des stratégies gagnantes » en 2008. Ces deux rapports soulignent toutefois que le secteur privé ne peut agir seul et que son efficacité dépend de « la solidité de l’État et de la qualité des insti- tutions politiques, sociales et économiques en place. Un État fort et disposant des res- sources humaines, financières et institution- nelles suffisantes, est en mesure de garantir une économie de marché qui encourage les agents du secteur privé à développer leurs capacités de production et à en faire bon usage. L’État doit également être en mesure de garantir une concurrence loyale ainsi qu’une répartition équitable des revenus. » (ONU, 2008). Ces OMD sont essentiel- lement consacrés à la lutte contre la pau- vreté sous ses différentes dimensions mais s’avèrent finalement assez modestes au plan quantitatif et contrastés quant à leurs résul- tats : baisse relative très significative de l’extrême pauvreté mais augmentation en valeur absolue en Afrique subsaharienne et en Inde, hausse générale de la scolarisation primaire et baisse de la mortalité infantile à peu près partout en constituent cependant les aspects les plus encourageants.

En 2002, le « Consensus de Monterrey » avait déjà réaffirmé la libéralisation com- merciale et financière tout en renvoyant à chaque État la responsabilité de sa stratégie

de développement économique et social. Le processus de convergence entre le monde occidental et l’Asie de l’Est, au premier chef la Chine bien sûr, est porté par des États développementalistes et des stratégies délibérées d’intégration de leurs économies au marché mondial. Il s’accompagne d’un décrochement des PMA, notamment subsa- hariens, où l’extrême pauvreté est générali- sée – 75 % de la population en dessous de 2 dollars par jour – surtout quand ils restent dépendants de l’agriculture et des produits de base. Dans ces pays, la Cnuced estime à 0,38 dollars par jour et par tête le montant des investissements dans les infrastructures et les services publics, faiblesse qui entrave structurellement tout processus de dévelop- pement exogène comme endogène.

Dans le même temps, les flux Sud-Sud ont beaucoup progressé, notamment les inves- tissements chinois en Afrique, gouvernés par le « Consensus de Pékin », qui met en avant la souveraineté des pays d’accueil, la non-ingérence, le multilatéralisme et se garde de poser des conditions macro-éco- nomiques préalables. La Chine est ainsi devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique où elle procède largement par troc, en fournissant des infrastructures contre l’exploitation de ressources natu- relles et de terres rares.

Parallèlement, depuis le « Consensus de São Paulo », la Cnuced soutient des straté- gies de développement spécifiques à chaque pays et qui concrétisent les marges de manœuvre politiques que défend l’éco- nomiste Rodrik (2008) observant que les gagnants de la mondialisation sont ceux qui ont le moins respecté les règles. Il conseille à chaque pays de créer ses degrés de liberté pour gérer raisonnablement et de

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façon contenue les problèmes que lui pose la mondialisation.

La première vague de DSRP n’avait au fond qu’ajouté certains aspects sociaux et de gouvernance aux programmes d’ajus- tement structurel. D’où la publication en 2005 d’une seconde génération de DSRP à horizon étendu à cinq ans, inscrivant la réduction de la pauvreté dans un cadre économique, social et de gouvernance et privilégiant l’agriculture et le développe- ment des infrastructures. Mais les obstacles institutionnels perdurent fréquemment et l’appropriation nationale des stratégies éco- nomiques, leur mise en œuvre concrète, demeurent fragiles.

En 2012, le bilan des OMD amène l’ONU à élaborer pour la période qui s’ouvre en 2015, des objectifs pour un développement durable (ODD) vis-à-vis desquels nous situons les actions possibles des entreprises dans la troisième partie de cet article.

2. Un changement épistémique à amplifier

Le PNUD a pu qualifier de « décennie perdue » la période 1990-2000 de mise en œuvre du Consensus de Washington.

Les critiques émanent aujourd’hui tant des économistes institutionnalistes que du mainstream, voire de la Banque mondiale elle-même (Rodrik, 2008 ; Zacharie, 2013).

Les milliers de régressions statistiques effectuées sur une centaine de pays ne par- viennent à dégager aucune régularité vrai- ment éclairante, susceptible de refonder une théorie ou au moins une politique générale du développement.

C’est cette impasse qu’exploitent avec brio Banerjee et Duflo (2007 ; 2011) en enga- geant leur laboratoire du MIT, le Jamil- Poverty Action Lab (J-PAL), dans la voie

de l’expérimentation par assignation in vivo sur des microstructures ou situations susceptibles de maintenir ou d’atténuer l’extrême pauvreté. En multipliant, à l’ins- tar d’une certaine recherche médicale, les essais cliniques aléatoires, le programme met au jour des liaisons inattendues ou contre-intuitives. Ainsi l’administration de vermifuge aux enfants kenyans semble accroître davantage leurs performances que la distribution de manuels scolaires. De même se révèlent des arbitrages très fins dans les comportements des pauvres vis-à- vis de la gratuité ou des prix auxquels leur sont proposés des produits de protection sanitaire comme les moustiquaires. En tra- vaillant en partenariat, sur le terrain, avec des ONG, des gouvernements, des finan- ceurs privés… le J-PAL tente de dégager des résultats susceptibles d’orienter des mesures publiques très fines de lutte contre l’extrême pauvreté, en misant sur le micros- copique, le concret, quitte à se satisfaire de la faiblesse de certains de ses référents théoriques explicites ou implicites, qui procèdent le plus souvent du mainstream néoclassique, comme la rationalité substan- tielle prêtée aux acteurs – « poor but ratio- nal » – (Labrousse, 2010) ; ce qui ne peut qu’interpeller tout connaisseur de l’Afrique ou le lecteur formé à l’économie hétéro- doxe du développement dans la grande lignée de Myrdal, Perroux, Hirschman, Sen (Martinet, 2009 ; 2012a).

D’évidence, Banerjee et Duflo (2007, 2011) semblent peu soucieux de propo- ser une organisation théorique d’ensemble, pas plus que d’inscrire leurs travaux dans l’historicité des situations malgré le pri- vilège accordé à des microcontextes géo- graphiques par nature particuliers et mar- qués par leur passé. Au-delà, le problème

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du no bridge entre les niveaux micro et macro, pourtant récurrent et fondamen- tal en science économique, n’est à aucun moment évoqué, ce qui a au moins le mérite de décomplexer la recherche en manage- ment, souvent accusée de se cantonner à des objets microscopiques sans se soucier de leurs effets macroscopiques malgré le nombre croissant de travaux consacrés à ces interactions (Martinet, 2012b).

L’on est ainsi passé en cinquante ans d’une volonté d’ériger une théorie générale du développement porteuse d’une politique univoque à une New Development Econo- mics qui se consacre à l’étude empirique de microsituations, au demeurant importantes, sans cependant remettre en cause la théorie standard dont elle étend au contraire l’em- prise. Façon peut-être de laisser entendre la possibilité du passage micromacro, à défaut de le démontrer.

Aussi, comme le suggère Rodrik (2008), il nous semble indispensable de croiser la montée en puissance et la consécration des travaux de Duflo (2009, 2010a, 2010b) avec des analyses macroéconomiques, comme avec des études de cas qualitatives appro- fondies que la recherche en management stratégique sait particulièrement mener.

Les approches stratégiques pragmatistes, fortement insérées sur des terrains et ten- dues vers un objectif explicite (Nonaka et Zhu, 2012), en l’espèce l’exploration et la conception de toutes les voies pos- sibles susceptibles de lutter contre l’extrême pauvreté, pourvu qu’elles soient insérées dans un cadre de développement durable et soucieuses de respecter les communautés locales concernées, peuvent être privilégiées (Payaud, Martinet, 2010). Le chercheur en gestion responsable a une raison simple et indiscutable de s’intéresser aux 2,6 mil-

liards d’individus qui stagnent au bas de la pyramide des revenus : ils existent !

L’une des voies que le gestionnaire se doit de travailler est celle d’une mise en œuvre effective d’une RSE ambitieuse par les FMN et spécialement les stratégies BoP (« base de pyramide »), mais aussi la sti- mulation des diverses formes de business model inclusifs et d’entrepreneuriat social que les gouvernements pourraient inciter et stimuler sur leurs territoires.

II – LA RSE AMBITIEUSE ET L’EXTRÊME PAUVRETÉ

1. Contre la conception friedmanienne de la RSE

Rappelons la position canonique de Milton Friedman sur la RSE : « Il n’y a rien de plus dangereux pour le capitalisme qu’une conception de la responsabilité sociale de l’entreprise autre que la maximisation du profit pour l’actionnaire. » (New York Times, 10 septembre 1970). Il réaffirmait ainsi que tout dollar investi autrement que « pour faire le plus d’argent possible pour les actionnaires » constitue un détournement de fonds, un vol opéré par les dirigeants et managers au détriment des actionnaires qu’ils sont censés servir exclusivement.

L’implication logique est évidente : dès lors qu’elle respecte les dispositions législa- tives et réglementaires du pays dans lequel elle opère, l’entreprise doit externaliser les coûts qui ne sont pas directement néces- saires à son activité économique ou, symé- triquement, ne pas prendre à sa charge ou internaliser des coûts engendrés par des actions qui, selon Friedman, relèvent des pouvoirs publics, des organisations à but non lucratif ou de la solidarité interindivi- duelle (Payaud, Martinet, 2014).

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Dans le chapitre XXII de ses Essais de philosophie, de science politique et d’éco- nomie (1967), Hayek avait affirmé des posi- tions similaires : « Ma thèse est que si nous voulons effectivement limiter les pouvoirs des entreprises au domaine où elles sont bénéfiques, nous devons les confiner à un but spécifique bien plus que nous l’avons fait jusqu’à présent, qui est l’utilisation profitable du capital qui a été confié à la direction par les actionnaires (…) et que la doctrine à la mode selon laquelle leur poli- tique devrait être guidée par des considé- rations sociales est susceptible de produire des résultats extrêmement indésirables. » (Hayek, [1967] 2007, p. 433-434). « S’il est une chose qui peut certainement détruire notre société libre, de saper ses fondations mêmes, ce serait l’acceptation générale par la direction d’endosser des responsabilités sociales autres que celle qui consiste à faire le plus d’argent possible. Ceci est une doctrine fondamentalement subversive » (p. 449), citant la conférence de Friedman à Stanford University du 19 mars 1958.

L’entreprise qualifiée de « friedmanienne » ne peut donc qu’être placée strictement hors du champ de la RSE telle que cette dernière se présente dans sa grande diversité. Elle ressort d’ailleurs comme un type stylisé limite, mais qui n’a pas été sans jouer un rôle de caution dans les excès de la finan- ciarisation de nombre de grandes entre- prises au cours des années 1990 et 2000 et des effets en chaîne sur les pratiques de management que celle-ci a provoqués (Betbèze, 2004). Les critiques sévères et nombreuses de ces excès ne sont sans doute pas étrangères au développement d’une sorte de convention RSE, plus ouverte et plus souple, compatible sous certaines conditions avec la recherche du profit. C’est

bien à cette compatibilité et à l’identifica- tion de ces conditions que la recherche en gestion doit s’atteler en réactivant constam- ment la discussion sur le profit comme y invitait Perroux dès sa thèse en 1926 : quel profit ? Dans quel périmètre ? Sur quel horizon temporel ? Mesuré selon quels cri- tères ? Avec quels instruments ?

2. Le dialogue entre deux notions :

« responsabilité » et « partie prenante » L’idée sous-jacente de la notion de « respon- sabilité » est son rayonnement. Certes, la responsabilité juridique doit être posée et les réponses aux questions telles que « qui est responsable ? », « Devant qui sommes-nous responsables ? » doivent être instruites et réglées judiciairement si nécessaire. Cepen- dant, d’autres questions méritent d’être traitées par les chercheurs en gestion, par exemple : envers qui être responsables ? Être responsable jusqu’où ? Il convient en effet de s’interroger sur le périmètre de ces pratiques dites responsables. Rares sont les publications sur la responsabilité sociale de l’entreprise et le développement durable qui ne mentionnent pas la théorie des parties prenantes afin de conforter la raison d’être de ce champ. Pourtant, plus rares sont celles qui soulignent l’importance que peut avoir le choix d’une définition précise de la notion de « partie prenante » sur la politique de res- ponsabilité sociale menée par une entreprise.

Ce qui n’est pas sans conséquence, car : – Décomposer la société en entités identi- fiables « qui peut affecter ou être affecté par la réalisation d’objectifs organisationnels » (Carroll et Buchholtz, 2000) peut conduire à oublier que l’entreprise n’est pas seulement en marché mais en société (Martinet, 1984) et surtout que ces parties prenantes sont fréquemment interdépendantes.

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– Distinguer des parties prenantes internes et externes (Caroll et Näsi, 1997), primaires et secondaires (Clarckson, 1995), ou en sept catégories (Mitchell et al., 1997), peut amener à dessiner des périmètres exclusive- ment nationaux.

– Raisonner en impacts, le plus souvent négatifs, place l’entreprise en position de pollueur/payeur plutôt qu’en situation d’en- trepreneur social (Payaud, 2011).

– En corollaire, raisonner en responsabilité due conduit à oublier que l’entreprise peut davantage réfléchir sa responsabilité en capacités stratégiques. Sauf à déployer des partenariats avec des associations ou autres organisations à rayonnement international, la RSE se tourne le plus souvent vers des parties prenantes locales, directement ou indirectement concernées par l’entreprise, laquelle n’utilise que plus rarement ses compétences centrales au service de sa responsabilité.

– Enfin, étudier principalement la RSE des entreprises des pays développés exercée sur des territoires développés, conduit à exclure le constat suivant : dans les pays où le tissu économique n’est pas développé, ni organisé, les territoires bénéficient peu des effets de responsabilité sociale des entre- prises. Ainsi, les territoires et les habitants des pays les plus pauvres se retrouvent de facto non parties prenantes de l’économie de marché et exclus de la protection ou des droits sociaux des pays développés.

Ainsi, dès lors qu’on pense l’entreprise non plus « en marché », mais « en société », la manière de concevoir la responsabilité et la manière d’identifier les acteurs concer- nés ne sont pas sans conséquence. Ces réflexions pour l’entreprise conduisent à identifier les types d’impacts souhaités, sur une catégorie de partie prenante ou de

cause (biodiversité, climat, éducation, droit des femmes, etc.), réflexions guidées sou- vent aujourd’hui par la norme ISO 26000 qui définit la responsabilité sociale ainsi :

« Responsabilité des organisations vis-à-vis des impacts de ces décisions et activités sur la société et l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui : contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société ; prend en compte les attentes des parties prenantes ; respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes internationales de comportement ; est intégré dans l’ensemble de l’organisa- tion et mis en œuvre dans ses relations. » (Afnor, 2010, p. 4).

Pour conclure, une entreprise à respon- sabilité sociale avancée cherche à s’insé- rer dans les sociétés et les territoires où elle se déploie, à se considérer « en société » et non « en marché », à « habi- ter » (Payaud, Martinet, 2010 ; Martinet, Payaud, 2010) vraiment ses environne- ments. La théorie des parties prenantes comme les recherches sur les réseaux sociaux et l’encastrement (Granovetter, 2000) montrent combien il y a là sources de performances globales durables. Il ne peut pourtant y avoir d’entreprise respon- sable et de développement soutenable et durable qu’à la condition de désencastrer les critères de gestion de l’idéologie du court-termisme voire de l’instantanéité installée ces deux dernières décennies par les marchés financiers, les TIC et un certain marketing sous l’ombrelle idéolo- gique de Friedman. Les pratiques de RSE ambitieuses comme un nombre croissant de recherches invitent plutôt à un manage- ment stratégique plus subtil et respectueux de ses lieux d’opérations.

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La RSE pose qu’une entreprise ne produit pas seulement des externalités négatives, ou neutres, pour les populations locales, mais crée aussi des externalités positives pour les communautés locales comme pour leur environnement, qu’il s’agit de repérer et d’évaluer finement.

3. Un usage heuristique d’une taxonomie des pratiques de RSE

Les pratiques de RSE se sont multipliées, et avec elles leur diversité s’accroît. Les stratégies de RSE peuvent impliquer une plus ou moins grande variété d’acteurs, de parties prenantes et aboutir à des partena- riats multiples. La taxonomie reprise ici et que nous utilisons de façon plus heuristique que comparative (Payaud, Martinet, 2014) met en jeu le nombre, la variété et le degré d’implication, d’interaction et d’engage- ment réciproques entre les parties prenantes et l’entreprise. Quatre pratiques stylisées de RSE sont identifiées : la RSE « cos- métique », la RSE périphérique, et deux pratiques RSE impliquées : la RSE intégrée et la RSE-BoP (Martinet, Payaud, 2008).

– La RSE « cosmétique » : elle signifie des pratiques légères de la RSE, proches du window dressing ou du greenwashing. Il n’y a pas de volonté de construire avec les parties prenantes un projet dans la durée ; les effets intrinsèques renvoient surtout à l’affectif et/ou au symbolique.

– La RSE « périphérique » : elle désigne des actions qui montrent une RSE plus impliquée. Elles n’ont pas de lien direct avec les compétences métiers ou les acti- vités de l’entreprise focale, toutefois leurs effets pour les parties prenantes et les terri- toires peuvent être élevés.

– La RSE « intégrée » : elle est révélée par sa présence dans les outils et les dispositifs

de management et de contrôle de gestion de l’entreprise comme le tableau de bord équilibré (balanced scorecard) de Kaplan et Norton, ou mieux, le sustainability score- card (Figge et al., 2001), de façon à s’ache- miner vers la saisie d’une performance

« globale » et pourquoi pas « durable ».

La RSE intégrée concerne nécessairement des actions en relation directe avec les acti- vités de l’entreprise, c’est-à-dire proches du cœur de métier ou des compétences centrales. Leur importance et leurs effets sur les parties prenantes ne sont pas néces- sairement plus fortes que dans le type précédent, mais leur inscription dans les activités récurrentes de l’entreprise ouvre des processus d’apprentissage et accroît la probabilité de leur pérennisation.

– La RSE-BoP : inspirées par le travail fondateur de Prahalad (2004), les stratégies BoP sont ici vues comme des stratégies de RSE avancée, développées par des entre- prises capitalistes qui s’adressent à des populations en situation d’extrême pau- vreté, en leur proposant des offres adaptées autour de leurs besoins fondamentaux, en les insérant dans les processus, tout en s’efforçant de préserver les communau- tés locales et leurs écosystèmes (Martinet, Payaud, 2010).

III – LA RSE ET LES ODD

1. Le cas de Nestlé Afrique centrale et de l’Ouest

D’une recherche-intervention sur les pra- tiques de RSE de Nestlé (Payaud, 2014) synthétisées dans le tableau ci-dessous, retenons trois idées qui invitent à la pru- dence dans les appréciations portées.

– Le regard peut qualifier la RSE : un regard occidental peut juger qu’une

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Tableau 1 – Application de la taxonomie de la RSE à Nestlé Afrique centrale et de l’ouest (Payaud, 2014). RSE « cosmétique »RSE impliquée RSE BoP RSE périphériqueRSE intégrée L’entreprise focale et/ou ses filiales

La Journée de la femme, La Journée de l’Enfant africain. Nestlé France et Nestlé Ghana ont creusé un puit au Ghana

Cameroun : usine de production à Douala Partenaire(s) Entreprise(s)

Cwar : formation des sous- traitants l’entretien des l’outil de production

Cameroun : entretien des machines outils, la distribution des produits Partenaire(s) Entreprise(s) sociale(s)

Cameroun : dons en nature dans 52 orphelinats. Mali : Maggi + Medina Women’s Association = conseils en cuisine, nutrition et hygiène

Nestlé Côte d’Ivoire offre une pompe à eau à une coopérative cacaotière ECOYA de Yamoussoukro

Les Bag Pack à Douala et à Libreville. Gabon : l’association ANEP et Nestlé Professional pour la distribution de boissons chaudes Partenaire(s) « non-profit »

Nigéria : le management participe à des réunions avec MD-Union Forum pour les droits du travail

Ghana : projet de construction de maisons avec Habitat for Humanity

Nestlé Côte d’Ivoire : + Croix Rouge, accès à l’eau dans les plantations et sanitaires pour des écoles Population, boutiquiers

Nigéria : workshop sur la mycotoxine avec 164 Agricultural Extension Officers (AEO)

Cwar : formation en nutrition avec des nutritionnistes

Cwar : la connaissance des besoins, la distribution et/ou la promotion via la création de microentreprise Pouvoirs publics

The Accra Milo Marathon depuis 25 ans. Nigéria : + ministère de l’Éducation = 13e championnat de basketball des écoles secondaires. Guinée : dons monétaires à une faculté de médecine Burkina-Faso : + université = accompagnement des étudiants dans leur parcours professionnel (coaching)

Les affaires sociales Ghana : ministère du Commerce et de l’Industrie pour Cerélac Ghana : avec Institut de recherche sur le cacao pour les différentes applications. Avec ministère de l’Éducation pour Healthy Kids

Cameroun : ministère de l’Agriculture = les plans agricoles (Manioc, café) ministère de l’Industrie = les usines de production

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pratique est « cosmétique » sur un terri- toire, alors que les besoins et nécessités sur ce territoire sont si importants, que la pratique sera fortement appréciée par les communautés de ce territoire ;

– En corollaire le territoire crée la RSE : une même pratique peut être dite « cos- métique » si elle est réalisée en France, alors qu’elle peut être considérée comme

« impliquée » dans un pays émergent ; – Le nombre peut générer de l’engage- ment : une action isolée peut être qualifiée de facile ou superficielle. Cependant, sur des territoires pauvres, la multiplication de ce type d’opérations peut « faire système », avoir des impacts variés sur des parties pre- nantes diverses, aux besoins différents, et peut-être participer à plusieurs ODD.

Dans un groupe comme Nestlé nous avons pu constater que la diversité des actions RSE est grande au sein d’une même filiale, sur un territoire considéré, et que les par- ties prenantes impliquées sont elles aussi nombreuses et variées, confirmant ainsi la grande contextualisation de la probléma- tique RSE. On peut aussi constater que cer- taines d’entre elles ont des impacts proches de ceux espérés par les ODD de l’ONU.

2. Des actions multiples

Ce paragraphe replace les ODD dans le contexte des incitations internationales tirées du document « Réaliser l’avenir que nous voulons pour tous – Rapport au Secrétaire général » (ONU, 2012), puis présente une recherche qualitative de données secondaires réalisée en 2014 qui a permis d’identifier des pratiques de RSE réalisées en Afrique. Nous voyons que chacune d’elle peut s’inscrire dans l’un des ODD.

Les principes directeurs de l’OCDE adoptés en 1976 et mis à jour en 2011 sont parmi les

premiers instruments globaux qui tentent de lier entreprises, politiques publiques et société. Quarante-trois gouvernements dans le monde adhèrent à ces principes et s’en- gagent ainsi à encourager les entreprises opérant sur leur territoire à assurer un com- portement responsable. Les principes direc- teurs sont des codes de conduite volontaires établis à l’intention des FMN qui visent à promouvoir une conduite plus responsable des affaires (lutte contre la corruption, protection des consommateurs, emploi…).

L’OCDE recense 300 codes de bonnes conduites, stimulés par une demande crois- sante exercée par les ONG, les actionnaires et les fonds d’investissement socialement responsables. Rappelons que les pays signa- taires sont des pays développés à quelques exceptions près.

En 2000, le Sommet mondial accueille au siège de l’ONU 189 États membres, signa- taires de la Déclaration qui énonce les huit objectifs du millénaire pour le développe- ment (OMD) à atteindre en 2015 : réduire l’extrême pauvreté et la faim ; assurer l’éducation primaire pour tous ; promou- voir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH/Sida, paludisme et autres maladies ; préserver l’environnement ; mettre en place un partenariat mondial pour le développe- ment. De nombreuses parties prenantes se sont saisies de ces objectifs.

En 2015, le bilan des OMD fera naître les ODD (voir le schéma de synthèse figure 1) au nombre de quatre : le développement social inclusif, la durabilité environnemen- tale, le développement économique inclusif et la paix et sécurité :

« Le développement social inclusif. Il est primordial pour le développement social

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inclusif de garantir les droits des popula- tions à la santé et à l’éducation, notamment par l’accès universel à des services de santé et d’éducation de qualité. (…)

La durabilité environnementale. Les prio- rités immédiates en matière de préser- vation de la durabilité environnementale comprennent la stabilisation du climat, l’arrêt de l’acidification des océans, la prévention de la dégradation des terres et de la surexploitation des ressources en eau, la gestion des ressources naturelles de façon durable et la protection de la base de

ressources naturelles, y compris la biodi- versité. (…)

Le développement économique inclusif. Le développement durable nécessite une crois- sance économique stable, équitable et inclu- sive, basée sur des modes de production et de consommation durables. L’inclusivité est plus qu’une simple perspective favorable aux pauvres. Elle implique l’universalité et est axée non seulement sur ceux que l’on définit comme pauvres, mais également sur les populations vulnérables exposées à la précarité et à la pauvreté. (…)

Figure 1 – Les objectifs pour un développement durable

Éléments habilitants :

Système commercial mondial juste et stable ; financement adéquat du développement et système financier stable ; accès à la technologie et à la connaissance ; fourniture d’énergie durable pour tous ; politiques macroéconomique et de développement cohérentes, s’appuyant sur une croissance inclusive et verte.

Éléments habilitants : Sécurité alimentaire, nutritionnelle et durable ; accès universel à des soins de qualité ; systèmes de protection sociale inclusifs ; gestion de la dynamique démographique ; règles équitables de gestion des migrations.

Développement économique inclusif

Éradication de la pauvreté et de la faim ; réduction des inégalités ; garantir du travail

décent et emploi productif.

Durabilité environnementale Protection de la biodiversité ;

climat stable ; résistance aux dangers naturels.

Droit de la personne ; égalité ; durabilité

Éléments habilitants : Utilisation durable des ressources naturelles et gestion durable des déchets ; gestion des risques des catastrophes et amélioration de l’intervention après les catastrophes.

Développement social inclusif Nutrition adéquate pour tous ;

éducation pour tous ; réduction de mortalité et morbidité ;

égalité entre les sexes ; accès universel à l’eau et

l’assainissement

Paix et sécurité Liberté de vivre à l’abri de la violence, des conflits, et des mauvais traitements ;

accès sans conflit aux ressources naturelles.

Éléments habilitants : Mécanismes de gouvernance mondiale démocratiques et cohérents ; Pratique de bonne gouvernance fondée sur l’État de droit ; prévention des conflits et médiation ; protection des droits de la personne et des femmes.

Source : ONU (2012, p. 33).

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Paix et sécurité. La paix et la sécurité, y compris le droit de ne pas être persécuté pour des raisons politiques, de ne pas être victime de discrimination et de toutes formes de violences, sont cruciaux pour le développement et en sont une composante majeure. (…) » (ONU, 2012, p. 36-45).

Rappelons, premièrement, que les « prin- cipes directeurs », « objectifs du millé- naires », parfois « valeurs fondamentales », n’appartiennent pas ou ne se substituent pas au système législatif des États ou au registre normatif telles les normes ISO.

Deuxièmement, dans le cas des engage- ments interétatiques (Principes directeurs de l’OCDE), ils appartiennent à la caté- gorie des normes internationales de soft law engendrée par des instances interna- tionales afin de créer un cadre internatio- nal propice au développement d’initiatives sociales volontaires de la part des États mais aussi des entreprises. Selon Wellens et Borchardt (1989), elles sont des : « Règles de conduite qui se situent dans une sphère juridiquement non contraignante ». Ainsi, ces engagements, signatures, sont davan- tage des démarches multilatérales basées sur l’engagement volontaire, la persuasion, la pédagogie, plutôt que sur la coercition ou la sanction.

Troisièmement, et corollairement au deu- xième point, les soft law ont vocation à être relayées soit par les législations nationales, soit par les entreprises elles-mêmes. Or, les pays émergents africains notamment, ont souvent du mal à transformer le soft law en hard law. Les FMN régies par un droit dif- férent, engagées dans le respect de normes internationales, observées par les contre- pouvoirs, et surveillées par les actionnaires et les agences diverses peuvent de moins en moins ignorer la dimension RSE au niveau

de leurs implantations. Ce qui ne dispense pas, bien au contraire, les pouvoirs publics concernés d’améliorer leurs institutions et leurs appareils législatifs et réglementaires selon les orientations évoquées.

La taxonomie documentée par des sources secondaires montre que des actions RSE – qu’elles soient cosmétiques, périphériques, intégrées ou BoP – peuvent apporter une contribution à ce grand projet de l’ONU, que sont les ODD.

A priori la RSE n’est pas directement contributive au pôle « paix et sécurité ».

Néanmoins, nous pensons que les trois autres pôles (développement social inclusif, développement économique inclusif, dura- bilité environnementale) peuvent contribuer à ce quatrième. Du point de vue des mis- sions, la réalisation de ce pôle relève évi- demment davantage des pouvoirs publics ou des ONG que des entreprises. Sauf à ce que la mission, et avec elle l’activité de l’entreprise, concerne directement ou indirectement la thématique « Paix et Sécu- rité », ou que naissent de nouvelles activités de type social business qui se donneraient de telles missions.

Cette taxonomie, rappelons-le, a été bâtie en adoptant le point de vue de l’entreprise, ce qui explique que les pouvoirs publics figurent en ligne dans le tableau. Elle a ainsi rempli son rôle pour ranger les actions RSE de Nestlé en Afrique centrale et de l’Ouest (tableau 1). Elle peut aussi servir à classifier les pratiques diverses d’une pluralité d’entreprises comme le synthétise le tableau 2.

D’évidence si l’on quitte maintenant le point de vue de l’entreprise pour adop- ter celui des pouvoirs publics, il convient de réfléchir aux leviers permettant à ces derniers de jouer de façon contraignante

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Tableau 2 – Des exemples de contributions de la RSE aux ODD* RSE « cosmétique »RSE impliquée RSE BoP RSE périphériqueRSE intégrée Partie prenante Non active, réceptrice

Perenco, RDC :

reboisement, lutte contre la pollution, l’ag

roforesterie

Colas, Bénin : construction d’une école + don de matériel + formation à l’hygiène

L’Unilever sustainable Agriculture Code = 11 indicateurs qui garantissent que les activités agricoles minimisent les impacts sur les terres, la biodiversité, le capital naturel et l’écosystème…

Barry Callebaut, Côte d’Ivoire : développement d’une agriculture locale pour refuser les OGM

CIM Gabon et sécurité du tra

vailMicrosoft, Côte d’Ivoire : formation de 10 000 jeunes à l’entrepreneuriatGroupe hôtelier Azalaï, Mali : ISO 26 000Unilever : produit “Comfort One Rise” Partie prenante partenariale : gouverne- mentale

Perenco RDC + Institut congolais pour la conser

vation de la nature = protection du Parc marin des mangroves

Unilever + ministère de la Santé du Kenya = programme d’hygiène dans les écoles

Orange, Cameroun + ministère de la Santé = My Healthline = conseils médicaux en ligne

Non gouverne- mentale

Tullow Oil+ WCS, Gabon = programme

Compensation impacts industrie pétrolière

P&G, Habitat for Humanity, Afrique du Sud : construction et entretien de l’habitat

Samsung + ONG Plan, Sénégal = « villages numériques » Jardiland France + SOS Sahel = 1 500 mini fermes de femmes Jardiland France + SOS Sahel = 1 000 ha restaurés avec 700 000 arbres Organisation internationaleRio-Tinto + OMS, Guinée-Conakry = EbolaCoca-Cola + Fonds mondial HIV, Tanzanie = réseaux de distribution de médicaments PPP « Last Mile »

Unilever + FIDA = conditions de vie des exploitants agricoles (sous forme de PPP) Organisation de l’ESS

MTN + Fondation MTN,

Bénin = équipements de matériaux médicaux

Orange + Fondation Orange en Côte d’Ivoire : « Projet village » : accès à

l’eau, à la santé et à l’éducation dans les villages

MTN + Fondation MTN, Bénin : emploi de 50 handicapées équipées d’un Handi Mobile Pack

Réseau de par

ties prenantes_

Unilever, Ghana : Clean Team (ONG + ESS) = sanitaire urbain.IBM, Zambie : + ministère de la Santé, Banque mondiale, Unicef, LBS = fournir aux citoyens 200 médicaments essentiels. Technologies mobiles pour gérer en temps réel l’inventaire et la livraison

Filière sucrière+Asso des industries sucrières de CI = 14

000 emplois directs, 20 000 indirects + P&G + Coke + Ford + Nike + Heinz = la fabrication de polymères et de fibres à partir de végétaux30 écoles, 3 centres médicaux, accès électricité et eau gratuit. Développement social inclusif Développement économique inclusif Durabilité environnementale * Le lecteur peut obtenir plus d’information sur les cas présentés auprès des auteurs

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mais aussi incitative, habilitante et parte- nariale à l’égard des différentes catégories d’acteurs potentiellement contributifs aux ODD : entreprises privées, entreprises et administrations publiques, ONG, ESS…

En d’autres termes, identifier les voies et moyens par lesquels les pouvoirs publics, au-delà de leurs fonctions régaliennes, peuvent se comporter vraiment en État stra- tège (Rochet, 2014), directement et indi- rectement contributif lui aussi à ces ODD pour ce qui concerne les populations dont il a la charge.

IV – PROPOSITIONS GÉNÉRIQUES 1. Une RSE stratégique par un État stratège

Le souci d’identifier les voies et moyens par lesquels peut passer un État stratège dans la structuration de la RSE et de formuler des propositions d’actions, converge d’ailleurs avec la réflexion du politiste Favre (2005, p. 45) sur la responsabilité de la science politique de contribuer à relégitimer l’ac- tion politique, qu’il qualifie de profession- nelle, dans un monde caractérisé par une tension entre la nécessité de ce qui advient et l’imprévisibilité de ce qui surviendra :

« L’action politique professionnelle sera légitime si elle mobilise les citoyens pour transformer le monde, si elle prend la mesure de la dimension potentiellement tragique de l’action politique, et enfin si elle parvient à instaurer dans la société un débat rationnel sur les valeurs appropriées à la vie collective ».

En plus des actions engagées de certaines FMN, les pouvoirs publics peuvent jouer des rôles substantiels pour entraîner et encou- rager les entreprises sur leur territoire à pratiquer des démarches socialement res-

ponsables. Le plus souvent, dans les PMA, la RSE exercée sur les territoires est celle de FMN, ou d’ONG, ou d’organisations de l’économie sociale et solidaire (associations, coopératives, mutuelles, etc.) ; les expé- riences des entreprises nationales sont plus rares, alors que les sollicitations de soft law et autres cadres onusiens se multiplient, les pouvoirs publics sont ainsi conduits à mener réflexions et actions sur leur rôle effectif.

Au-delà d’un discours de politique générale impliqué, fédérateur et répété, les pouvoirs publics doivent être en mesure de créer un environnement favorable à l’exercice de la RSE, pour les FMN, comme pour les entreprises nationales ou locales. Cette position ne saurait cependant occulter les conflits éventuels entre les diverses caté- gories d’acteurs, comme ce peut être le cas dans l’agroalimentaire ou la gestion des forêts lorsque certaines FMN, en collusion avec des pouvoirs publics corrompus, déve- loppent des activités au détriment des entre- prises et des communautés locales (Figuière et al., 2014).

Le conflit qu’il est possible, en respectant certaines démarches et procédures ouvertes au dialogue (Callon et al., 2001 ; Nachi, 2011) de transformer en luttes-coopérations dynamiques, fait partie intégrante de la for- mulation générale que nous proposons pour le décideur public : « Une RSE stratégique par un État stratège ». On doit en effet se garder de trois écueils pour rendre possibles et effectives les propositions génériques formulées ci-après : 1) la naïveté et l’angé- lisme à l’heure où les discours politiques nationaux et supranationaux font un usage immodéré et euphémisant du vocable de

« gagnant-gagnant ». Le propos tenu ici renvoie certes à des stratégies susceptibles

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de structurer des jeux à somme positive dans la durée, mais en pointant d’emblée leurs difficultés et le fait qu’elles ne sau- raient relever du programmable ou découler de l’application automatique de mesures, comme la culture administrative et poli- tique française l’a crû trop longtemps et qui n’est pas sans laisser de séquelles sur les pratiques étatiques des jeunes nations issues de la décolonisation ; 2) la croyance en un intérêt général qui s’imposerait a priori ou qui justifierait des politiques pure- ment descendantes, alors que celui-là ne peut se construire que dans la durée par compromis et confrontations entre l’ascen- dant et le descendant, le délibéré au sommet et l’émergent du terrain ; 3) le scepticisme, au motif que le vecteur de la RSE serait trop laissé au bon vouloir des entreprises pour être crédible ; il s’agit certes d’une virtua- lité mais qui est susceptible d’inspirer une stratégie d’impulsion et d’incitation, jouant sur quelques leviers d’action pour déclen- cher ou amplifier des effets d’entraînement et de système, en cohérence avec des dis- positions réglementaires. Dans les pays développés, ce type de stratégie pourrait s’apparenter au désengagement de l’État concernant le traitement de certaines ques- tions sociales renvoyées au secteur privé dans la mouvance de la managérialisation et de la markétisation du secteur public (Djelic, 2006 ; Martinet, 2008). S’agissant des PMA, il s’agit plutôt d’une implication accrue de l’État pour renforcer sa présence et son efficacité dans la prise en charge par- tagée de ces questions. Les résultats de la recherche en management stratégique enre- gistrés ces dernières décennies fournissent concepts et outils pour concrétiser la formi- dable avancée épistémique proposée et pra-

tiquée de façon convergente par Hirschman et Perroux il y a plus d’un demi-siècle en économie du développement (Hirschman, 1958 ; Frobert et Ferraton, 2003 ; Martinet, 2009 ; 2012b ; Perroux, 1960, 1982) : il s’agit bien de révéler, mobiliser, amplifier des capacités cachées et éparpillées, d’en faire émerger d’autres allant dans la même direction, de mettre en place des dispositifs d’entraînement qui impulsent et catalysent des processus poussant les acteurs à aller au-delà de leurs pratiques usuelles. C’est en ce sens que la philosophie politique sous- jacente peut être qualifiée de pragmatiste puisqu’il s’agit de concevoir et de créer des possibilités non garanties a priori, qui ne peuvent se concrétiser et s’évaluer que dans l’action. « Repousser les limites de ce qui est ou est perçu comme possible, fût-ce au prix d’un affaiblissement de notre capacité, réelle ou supposée, à discerner ce qui est probable. » (Hirschman, 1971, traduit et cité par Frobert et Ferraton, 2003, p. 25).

Penseur pionnier des organisations fondées sur la connaissance, Nonaka argumente aujourd’hui la convergence du confucia- nisme et de la philosophie pragmatisme nord-américaine (Peirce, James, Dewey) en ce qu’elle fonde culturellement et épis- témologiquement une conception pragma- tique de la stratégie qu’il résume… pour satisfaire l’impératif américain de publica- tion managériale par « les 6 C de la straté- gie » : contingente, cheminante, continuée, courageuse, collective, cocréative (Nonaka et Zhu, 2012, p. 105 sq.).

L’un des aspects importants d’une pra- tique stratégique respectant ces caracté- ristiques, pour les FMN comme pour les pouvoirs publics, est d’être dialogique, de mettre constamment en tension dynamique

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la volonté politico-stratégique de l’acteur initiateur avec les besoins et nécessités tels qu’exprimés par les populations et com- munautés concernées (Martinet, Payaud, 2010). En d’autres termes, de privilégier un style d’exercice du pouvoir marqué par le dialogue, la négociation et l’impulsion plutôt que sur le seul exercice de l’autorité.

Sans négliger certaines actions de RSE qui peuvent n’être que périphériques pour la filiale d’une FMN mais avoir un impact significatif sur des communautés locales comme nous l’avons illustré plus haut, l’État stratège du PMA concerné ciblera naturellement l’amplification des activités RSE des types 3 et 4, c’est-à-dire intégrées et BoP. En particulier, les mesures publiques à destination des entreprises locales, des filiales de FMN mais aussi les entités indi- gènes, viseront à favoriser, pour en faire des avantages durables, l’intégration des dimensions sociales et environnementales dans leurs stratégies et opérations quoti- diennes, et ce dès les premiers stades de la création entrepreneuriale. Les cas réussis de stratégies BoP initiées par des FMN révèlent des types d’innovations radicales, techniques mais souvent organisationnelles, qui peuvent inspirer de telles pratiques pour les entrepreneurs locaux et le lancement d’activités qui se différencient d’emblée par le souci sociétal. Tout connaisseur de l’Afrique peut par ailleurs observer l’ima- gination et le bricolage ingénieux, par- fois sources d’innovations incrémentales, dont font souvent preuve les entrepreneurs locaux confrontés à un manque de moyens drastique

L’important est que les États concernés prennent conscience du caractère poten- tiellement stratégique de ces activités RSE

dès lors qu’ils les voient comme partie constitutive des politiques publiques plutôt qu’affaire strictement managériale. C’est d’ailleurs un domaine où, par le truchement de la théorie des parties prenantes comme de la théorie de la dépendance des res- sources (Bernier, Farinas, 2014), sciences politiques et sciences de gestion doivent intensifier leur dialogue. Mais il est néces- saire pour ces États d’exercer véritablement leurs responsabilités en termes d’incita- tions, récompenses, sanctions vis-à-vis des entreprises en les reliant à leurs politiques sectorielles. Ainsi, les avantages sociaux accordés par les FMN à leurs personnels locaux peuvent sans doute être mieux coor- donnés aux politiques de santé nationales voire constitués le point de départ de par- tenariats public-privé, par exemple pour l’accès des populations aux médicaments.

De façon plus ambitieuse, certains États peuvent aussi élaborer des cadres législatifs et réglementaires plus incitatifs mais aussi plus contraignants (Boidin, 2013).

2. Des propositions structurantes pour les pouvoirs publics

Notre système de propositions comprend des propositions descendantes qui struc- turent, au sens de Giddens (1984 [trad.

1987]) c’est-à-dire qui contraignent mais habilitent des initiatives ascendantes.

Proposition 1. Un discours de politique générale énonçant clairement et réaffirmant autant que nécessaire l’appropriation et la contribution spécifique de la nation aux objectifs et programmes des organisations internationales et notamment des ODD.

Le discours de politique générale est la manifestation d’une volonté du gouverne- ment et de sa conception de l’État stratège auprès des instances internationales mais

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aussi auprès de son peuple. Avec lui, il envoie des signaux, déclare s’impliquer, s’engager dans une démarche qui poursuit des objectifs déclinés des ODD, le cas échéant assorti d’un calendrier et d’indi- cations sur les échéances d’évaluation des dispositifs mis en place dans le cadre de cette politique.

Proposition 2. L’élaboration d’un cadre législatif et réglementaire sobre, efficace et cohérent assoit le discours de politique générale et formalise les voies et moyens que l’État stratège entend promouvoir en matière de RSE-ODD.

Proposition 2.1. À l’intention des FMN, expliciter les critères et les modalités RSE appliqués à l’égard des investissements internationaux et des activités de leurs établissements, en cohérence avec le type de stratégie nationale de développement retenu.

La dimension RSE doit être clairement sti- pulée et explicitée dans les codes d’investis- sements. Et faire apparaître l’obligation de publication des FMN étrangères exerçant sur le territoire d’un rapport des activités sociales et environnementales en lien avec l’activité économique locale (à l’instar de la loi NRE, Grenelle I ou II en France).

Proposition 2.2. À l’intention des entre- prises locales, élaborer un calendrier des exigences législatives et réglementaires en matière de RSE applicables notamment aux TPE et PME afin de les inciter à l’anticipa- tion et à la préparation.

Ces entreprises ne peuvent pas placer leurs activités dans une démarche de respon- sabilité sociale sans délai et sous la seule déclaration de politique générale. Un calen- drier doit être mis en place afin qu’elles organisent dans le temps les démarches,

formations, actions, et qu’elles puissent commencer à en tirer avantage.

Proposition 3. Créer des dispositifs publics d’accompagnement des acteurs en cohé- rence avec le cadre législatif.

Proposition 3.1. Proposer un schéma direc- teur et des dispositifs d’accompagnement des entreprises locales, notamment les PME et TPE, afin qu’elles montent en régime en matière de RSE et qu’elles conçoivent cette dernière comme une dynamique de progrès.

Proposition 3.2. Concevoir des dispositifs de facilitation, d’incubation et d’accom- pagnement de l’entrepreneuriat (autoen- repreneurs, microenteprises, TPE) qui intègrent d’emblée la dimension RSE, voire en fassent des sources de différenciation et d’avantages concurrentiels pour la créa- tion d’activités écologiquement sobres et socialement inclusives autant qu’économi- quement viables.

Des structures d’accompagnement com- posées de formateurs, d’experts, de prati- ciens permettent l’accompagnement des TPE, PME incitées à s’inscrire dans une démarche RSE. Les échecs connus dans le microcrédit ou encore dans la création d’entreprise sont essentiellement dus au manque de dispositifs d’accompagnement.

Ici, il ne s’agit pas d’encourager des initia- tives sans les encadrer ; si les séminaires d’information et de formation constituent une étape essentielle, des structures d’ac- compagnement peuvent permettre aux ini- tiatives RSE d’être davantage encastrées dans les territoires et inscrites dans la durée.

Proposées mais non obligatoires, ces struc- tures viennent accompagner les dirigeants initiateurs et porteurs de démarches RSE.

Proposition 3.3. Des séminaires d’infor- mation et de formation organisés pour les

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