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Submitted on 19 May 2020
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d’aile avec une approche LES de type PANS-RSM
Valentin Bonnifet
To cite this version:
Valentin Bonnifet. Prédiction du phénomène de tremblement sur un profil d’aile avec une ap- proche LES de type PANS-RSM. Mécanique des fluides [physics.class-ph]. Sorbonne Université, 2018.
Français. �NNT : 2018SORUS389�. �tel-02612234v2�
TH` ESE DE DOCTORAT DE SORBONNE UNIVERSIT´ E Sp´ ecialit´ e : M ´ ECANIQUE
Ecole doctorale de ´ Sciences M´ ecaniques, Acoustique, ´ Electronique et Robotique de Paris
pr´esent´ee par :
Valentin BONNIFET
pour obtenir le grade de :
DOCTEUR DE SORBONNE UNIVERSIT´ E
Pr´ ediction du ph´ enom` ene de tremblement sur un profil d’aile avec une approche les de type pans–rsm
soutenue le 19 septembre 2018, devant le jury compos´e de :
F. billard Dr. Ing´enieur de recherche, Dassault Aviation Examinateur
G.A. gerolymos Prof. Sorbonne Universit´e Co-Directeur de Th`ese L. jacquin Prof. ´Ecole Polytechnique, ONERA Examinateur
S. kouidri Prof. Sorbonne Universit´e Examinateur E. lamballais Prof. Universit´e de Poitiers Rapporteur R. manceau DR CNRS, Universit´e de Pau Rapporteur
I. vallet Dr. HDR MC Sorbonne Universit´e Directeure de Th`ese
Sorbonne Universit´e, Institut Jean Le Rond d’Alembert, UMR CNRS 7190 4 Place Jussieu, 75252 Paris Cedex 05
Table des mati` eres
1 Introduction 1
1 Contexte . . . 1
2 Objectifs de l’´etude . . . 4
3 Plan de l’´etude . . . 4
2 Equations de transport turbulentes exactes´ 5 1 Equations de Navier-Stokes instantan´ees´ . . . 6
2 Formulation statistique des ´equations de mouvement . . . 7
2.1 D´efinition des d´ecompositions de Reynolds et de Favre . . . 7
2.2 Equations de Navier-Stokes moyenn´ees´ . . . 8
2.3 Equations de transport des corr´elations statistiques . . . .´ 10
3 Formulation filtr´ee des ´equations du mouvement . . . 15
3.1 Op´erateurs de filtrage . . . 16
3.2 Equations de Navier-Stokes filtr´ees . . . .´ 17
3.3 Equation de transport exacte des tensions r´esiduelles ¯´ ρ[rij]u . . . 18
3.4 Equation de transport exacte de l’´energie cin´etique turbulente non-r´esolue k´ u . . . 19
3.5 Equation de transport exacte du tenseur de dissipation des tensions r´esiduelles´ εiju . . . . 19
3.6 Equation de transport du taux de dissipation de l’´energie cin´etique non-r´esolue´ εu . . . . 21
3.7 Comportement asymptotique vers lerans de l’approche filtr´ee . . . 21
4 M´ethodes num´eriques pour la r´esolution des ´equations moyenn´ees . . . 23
5 M´ethodes num´eriques pour la r´esolution des ´equations filtr´ees . . . 23
5.1 Discr´etisation spatiale . . . 24
5.2 Discr´etisation et int´egration temporelle . . . 28
3 Mod´elisations statistiques de la turbulence 31 1 Formulation de l’´equation de transport de l’´energie totale moyenn´ee . . . 31
2 Mod`ele k−ε∗ Launder-Sharma (lsk−ε∗) . . . 32
3 Mod`ele au second ordre Gerolymos-Lo-Vallet-Younis (rsm–glvy) . . . 33
4 Etude des profils d’aile´ oat15aetnaca0012 . . . 36
4.1 Description des profils d’ailesoat15aetnaca0012 . . . 37
4.2 Construction des maillages autour des profils d’ailes . . . 39
4.3 Initialisation de l’´ecoulement . . . 40
4.4 Conditions aux limites . . . 40
4.5 Etude de la convergence en maillage . . . .´ 45
4.6 Calibrage des conditions d’entr´ee: aoacomp et M∞comp et r´esultatsrans 2d . . . 45
4 Mod´elisation de la turbulence filtr´ee: les 53 1 G´en´eralit´es sur des m´ethodes hybridesrans/les . . . 53
1.1 Int´erˆets des m´ethodes hybridesrans/les . . . 53
1.2 Positionnement des m´ethodes hybridesrans/les . . . 54
1.3 D´ependance `a la topologie du maillage . . . 55
1.4 Difficult´es th´eoriques . . . 55 iii
2 Approchesvles. . . 56
3 Approchesdes . . . 57
4 Approchespanset pitm . . . 59
4.1 Partitionement de l’´energie cin´etique turbulente dans l’espace physique: la m´ethodepans 59 4.2 Partitionement de l’´energie cin´etique turbulente dans l’espace spectral: la m´ethodepitm. 66 5 Mod`elepans–rsm . . . 68
5.1 Approchepans–rsmavecrfpans constant . . . 68
5.2 Equations de transport des tensions r´esiduelles . . . .´ 68
5.3 Equation de transport du taux de dissipation de l’´energie cin´etique turbulente non-r´esolue 70´ 5.4 Proposition d’une approchepans–rsmavecrfpans dynamique . . . 70
5 Simulation du buffet transsonique 73 1 Le ph´enom`ene de buffet transsonique . . . 73
2 M´ethodes num´eriques . . . 76
2.1 Conditions aux limites . . . 76
2.2 Limiteurs num´eriques et conditions de r´ealisabilit´e . . . 76
2.3 Transition de la couche limite turbulente . . . 78
2.4 Initialisation de l’´ecoulement . . . 78
3 Simulation du buffet transsonique avec l’approchepans–rsm`a rfpans = 0.75 . . . 79
3.1 Profils des coefficients de pression pari´etaux . . . 80
3.2 Profils de vitesses sur l’extrados . . . 83
3.3 Profils des corr´elations turbulentes sur l’extrados . . . 85
3.4 Profils des ´echelles de temps et de longueur turbulentes . . . 92
3.5 Profils des ratiosfk et fε . . . 94
3.6 Cartographies des champs moyenn´es autour du profil d’aileoat15a . . . 94
3.7 Cartographies des champs instantan´es autour du profil d’aileoat15a . . . 108
4 Analyse spectrale temporelle et reconstruction . . . 108
5 Influence du param`etre de contrˆolerfpans . . . 109
6 Conclusion et perspectives 115 1 Conclusion . . . 115
2 Perspectives . . . 116
2.1 Approche dynamique . . . 116
2.2 Approche bas´ee sursas . . . 121
A ´Equations de transport des corr´elations non-r´esolues 125 1 Equation de transport des tensions r´esiduelles . . . 125´
2 Re´ecriture des termes visqueux . . . 127
3 Equation de transport de´ εiju . . . 128
B G´en´eration biharmonique du maillage 135
C Liste des symboles 137
Bibliographie 141
Chapitre 1
Introduction
1 Contexte
Depuis les ann´ees 1950, l’augmentation des capacit´es de calcul des ordinateurs a permis de simuler des ´ecoulements de plus en plus complexes et de r´eduire progressivement les hypoth`eses simplificatrices utilis´ees. De moyen de recherche acad´emique, la simulation num´erique est aujourd’hui devenue un outil de conception industriel in- coutournable au mˆeme titre que les m´ethodes exp´erimentales. La simulation num´erique a permis de r´eduire la quantit´e d’essais en soufflerie n´ecessaires `a la conception des avions commerciaux et militaires. L’exemple de Boeing refl`ete bien cette tendance puisque le nombre d’essais sur les voilures est pass´e de 77 `a la fin des ann´ees 1970 `a 11 du milieu des ann´ees 1990 jusqu’`a aujourd’hui [11]. Cependant, priorit´e est donn´ee `a la r´eduction du temps de conception des a´eronefs depuis ces vingt cinq derni`eres ann´ees. Les motoristes ainsi que les autres moyens de transport profitent aussi largement de la contribution des simulations num´eriques. La n´ecessit´e ab- solue de r´eduire notre consommation ´energ´etique et nos ´emissions de gaz `a effet de serre ainsi que les perspectives d’exploration spatiales des prochaines ann´ees (programme habit´e sur Mars) encouragent le d´eveloppement de m´ethodes num´eriques plus avanc´ees. Ainsi, l’am´elioration de la pr´edictibilit´e des simulations num´eriques est un axe de recherche mobilisant un grand nombre d’acteurs industriels. L’agence am´ericaine a´erospatiale (nasa) r´esume les axes de d´eveloppements actuels (Fig. 1.1) pour pr´eparer l’arriv´ee des supercalculateurs exaflopiques1. La densit´e des transistors sur les puces en silicium ainsi que les vitesses de commutations sont proches de leur valeur asymptotique depuis les cinq derni`eres ann´ees et l’augmentation de la puissance de calcul n’est possible qu’au prix de la multiplication du nombre de nœuds de calculs. Cette caract´eristique architecturale oblige les ing´enieurs `a adapter les algorithmes de calcul pour conserver une scalabilit´e satisfaisante. Les perspectives d’augmentations de la puissance de calcul sont revues `a la baisse et l’´echelle exaflopique ne sera atteinte qu’`a l’horizon des ann´ees 2030 (Fig. 1.2). Les objectifs ambitieux de la nasapour 2030 sont de simuler les manœu- vres op´erables par un avion complet (incluant les surfaces mobiles et les trains d’atterrisage) dans le cas des
´ecoulements externes et un moteur complet avec combustion dans le cas des ´ecoulements internes. Pour cela il est, entre autres, n´ecessaire d’am´eliorer la g´en´eration de maillage et son adaptation dynamique, d’am´eliorer les techniques de parall´elisation et d’analyse de donn´ee, de d´evelopper des m´ethodes num´eriques d’ordre ´elev´e pour les maillages non-structur´es et de d´evelopper des mod´elisations physiques complexes pour la turbulence et la combustion. Le sujet de l’´etude pr´esent´ee ici s’inscrit dans la d´emarche de d´eveloppement de nouveaux mod`eles de turbulence (hybride rans/les) dont la maturit´e est esper´ee pour 2030 mais dont les d´emonstrateurs sont attendus pour la fin de la d´ecennie (Fig. 1.1).
La r´esolution num´erique directe des ´equations de Navier-Stokes (dns) est tr`es coˆuteuse en ressources in- formatiques et ne peut ˆetre envisag´ee que dans le cas de g´eom´etries simples (plaque plane, canal, turbulence homog`ene isotrope). Bien qu’indispensable `a la compr´ehension fine de la physique de l’´ecoulement [245] (en par- ticulier proche paroi) et `a la mise au point de mod`eles de turbulence, son utilisation pour l’´etude de g´eom´etries industrielles n’est pas envisageable avant la fin du si`ecle. L’approche statistique (rans) est aujourd’hui la plus r´epandue dans l’industrie. D’un coup de calcul raisonnable, elle r´epond aux exigences de conceptions dans la majorit´e des cas o`u les instationnarit´es basses fr´equences de l’´ecoulement sont faibles. Son temps de retour
1”Un milliard de milliard” d’op´erations `a virgule flottante par seconde.
1
Visualization
Unsteady, complex geometry, separated flow at flight Reynolds number (e.g., high lift)
2030 2025
2020 2015
HPC
CFD on Massively Parallel Systems CFD on Revolutionary Systems (Quantum, Bio, etc.)
TRL LOW
MEDIUM HIGH
PETASCALE
Demonstrate implementation of CFD algorithms for extreme parallelism in NASA CFD codes (e.g., FUN3D)
EXASCALE Technology Milestone
Demonstrate efficiently scaled CFD simulation capability on an exascale system
30 exaFLOPS, unsteady, maneuvering flight, full engine simulation (with combustion)
Physical Modeling
RANS Hybrid RANS/LES LES
Improved RST models in CFD codes
Technology Demonstration
Algorithms
Convergence/Robustness Uncertainty Quantification (UQ)
Production scalable entropy-stable solvers
Characterization of UQ in aerospace
Highly accurate RST models for flow separation
Large scale stochastic capabilities in CFD
Knowledge Extraction
On demand analysis/visualization of a 10B point unsteady CFD simulation
MDAO
Define standard for coupling to other disciplines
High fidelity coupling techniques/frameworks
Incorporation of UQ for MDAO
UQ-Enabled MDAO Integrated transition
prediction
Decision Gate
YES NO
NO
Scalable optimal solvers YES
NO Demonstrate solution of a representative model problem
Robust CFD for complex MDAs Automated robust solvers
Reliable error estimates in CFD codes
MDAO simulation of an entire aircraft (e.g., aero-acoustics)
On demand analysis/visualization of a 100B point unsteady CFD simulation Creation of real-time multi-fidelity database: 1000 unsteady CFD simulations plus test data with complete UQ of all data sources WMLES/WRLES for complex 3D flows at appropriate Re
Integrated Databases
Simplified data representation
Geometry and Grid Generation
Fixed Grid Adaptive Grid
Tighter CAD coupling Large scale parallel
mesh generation Automated in-situ mesh
with adaptive control Production AMR in CFD codes
Uncertainty propagation capabilities in CFD Grid convergence for a
complete configuration
Multi-regime turbulence-chemistry interaction model Chemical kinetics
in LES Chemical kinetics
calculation speedup Combustion
Unsteady, 3D geometry, separated flow (e.g., rotating turbomachinery with reactions)
Figure 1.1: Perspectives et differents axes de d´eveloppement de lacfdjusqu’`a 2030 vu par lanasa. trlindique le niveau de maturit´e de la technique. [Figure extraite de [271]]
100 Giga 1 Tera 10 Tera 100 Tera 1 Peta 10 Peta 100 Peta 1 Exa
1991 1994 1997 2000 2003 2006 2009 2012 2015 2018 2021 Ann´ee ✲
Rpeakenflops/s
✻
Figure 1.2: ´Evolution des performances des supercalculateurs sur les 25 derni`eres ann´ees correspondant au premier rang du top 500 mondial [Source www.top500.org]. Rpeak correspond au nombre maximum th´eorique de calcul `a virgule flottante par seconde.
est aujourd’hui suffisamment court pour r´ealiser des ´etudes param`etriques (Fig. 1.3). Le choix des industriels se porte le plus souvent sur les mod`eles `a une ou deux ´equations de transport, motiv´e par leur robustesse num´erique dans un contexte o`u les g´eom´etries sont toujours plus complexes. L’approche statistique b´en´eficie encore d’un potentiel de d´eveloppment dans l’industrie par l’interm´ediaire des fermetures du second ordre qui n’y sont pas encore les plus r´epandues [129]. En effet, le surcoˆut de calcul d’un mod`ele du second ordre2 n’est
2Le surcoˆut de l’utilisation d’un mod`elersmest d’environ 30%, compar´e `a une fermeture `a deux ´equations (k−ε) [106]
1. CONTEXTE 3 plus aujourd’hui un argument compar´e au coˆut des approches instationnaires de typelesou hybriderans/les.
Le mod`ele statistique universel, capable de g´erer tous les types ´ecoulements, n’existe pas encore et les industriels utilisent une boˆıte `a outils contenant un certain nombre de fermetures statistiques qu’ils choisissent en fonction de l’application vis´ee [129]. Aujourd’hui, les mod`eles du second ordre ont atteind un stade de maturit´e avanc´e (Fig. 1.1) et l’obtention de fermetures plus universelles n´ecessite une nouvelle rupture technologique [70].
Malgr´e les difficult´es que pr´esentent le d´eveloppement de cette prochaine g´en´eration de fermetures statistiques, plusieurs axes de recherche sont investigu´es: l’augmentation du nombre d’´equations de transport (fermeture des composantes du tenseur du taux de dissipation des tensions de Reynolds [113] ou de la corr´elation triple de vitesse [227]), la r´evision des hypoth`eses statistiques simplificatrices sur les corr´elations d’ordre ´elev´e [234] ou la mod´elisation de tenseurs de structures [298].
Figure 1.3: Estimation du coˆut calcul et m´emoire des diff´erentes approches historiques de la cfd permettant de faire l’analyse d’un profil d’aile puis d’une aile et enfin d’un avion complet. ”Le grand d´efi” est la r´ealisation d’´etudes param´etriques instationnaires sur un avion entier. [Figure extraite de [11]]
Devant les possibilit´es offertes par les supercalculateurs actuels, les efforts de la communaut´e scientifique et industrielle se concentrent actuellement sur les approches dites instationnaires [70]. Ces m´ethodes permettent de simuler des ´ecoulements comportant de fortes insationnarit´es non-d´eterministes (interaction onde de choc couche limite turbulente, lach´es tourbillonnaires, d´ecrochage etc...) et d’obtenir des informations d´ependant du temps, intrins`equement inaccessibles par les approches statistiques. Le calcul de champs instationnaires r´epond ´egalement `a un besoin industriel dans le cadre de la mise au point de nouvelles technologies de contrˆole d’´ecoulement, d’´etudes a´eroacoustiques et de mod´elisations de processus chimiques complexes.
Il y a cinquante ans, la simulation des grandes ´echelles classiques (lescanonique) a introduit le concept de mod´elisation de la turbulence lors d’une r´esolution instationnaire des ´equations de Navier-Stokes. Afin de ne pas payer le coˆut d’une r´esolution directe (dns), les petites ´echelles turbulentes sont mod´elis´ees avec un mod`ele de sous-maille alg´ebrique permettant ainsi de r´eduire les contraintes sur le maillage spatial et temporel. Initialement utilis´ee dans le cas d’´ecoulements m´et´eorologiques, lalescanonique se prˆete bien `a la simulation d’´ecoulements non-born´es (loin de la paroi solide). Les mod`eles de sous-maille alg´ebriques sont construits sur l’hypoth`ese forte d’isotropie des petites structures turbulentes mod´elis´ees. Dans le cas des ´ecoulements aerodynamiques, la taille et l’anisotropie des structures turbulentes dans la couche limite contraigent l’utilisateur `a utiliser un maillage fin proche paroi. Le coˆut de calcul de lalescanonique ne peut alors ˆetre r´eduit que d’un facteur 10 par rapport
`a la dns. Des calculs les canoniques pr´edictifs sur des g´eom´etries industrielles complexes ne sont donc pas envisageables.
Apparues `a la fin des ann´ees 1990, les approches hybrides rans/les visent `a contourner ce probl`eme en augmentant la portion mod´elis´ee de l’´energie cin´etique turbulente en particulier dans la couche limite. Elles utilisent des mod`eles de sous-mailles `a ´equations de transport d´evelopp´es par analogie avec des fermetures statis- tiques et ne font pas l’hypoth`ese d’isotropie des structures turbulentes. Il est attendu que les approches hybrides rans/less’imposent dans les prochaines ann´ees comme m´ethode privil´egi´ee pour simuler les ´ecoulements forte-
ment instationnaires dont la pr´edictibilit´e est aujourd’hui insuffisante (lescanonique/dnssous r´esolue ou hors du domaine de pr´edictibilit´e des approches statistiques). Des simulations de configurations de vols d’avions complets `a l’aide de m´ethodes hybrides ont d´ej`a ´et´e r´ealis´ees [191]. Les r´esultats montrent le potentiel de ces m´ethodes mais le gain de pr´edictibilit´e par rapport `a l’approche statistique ne justifie par encore le coˆut pro- hibitif du calcul. Les progr`es des fermetures statistiques et en particulier du second ordre laissent pr´esager une am´elioration des m´ethodes hybridesrans/lesdans les prochaines ann´ees [271].
2 Objectifs de l’´ etude
Cette th`ese se situe dans la continuit´ee des travaux entrepris par Gerolymos et Vallet [108] sur le d´eveloppement d’un mod`ele de sous-maille `a 7 ´equations de transport bas´e sur une fermeture statistique du second ordre.
L’objectif est d’utiliser la fermeture statistique du second ordre d´evelopp´ee par Gerloymos-Lo-Vallet-Younis [96]
pour construire un mod`ele de sous-maille dont la quantit´e d’´energie cin´etique turbulente mod´elis´ee est r´egl´ee via un param`etre de contrˆole. L’approche hybride rans/les propos´ee est bas´ee sur la m´ethode d´evelopp´ee par Girimaji [118] nomm´ee Partially Averaged Navier-Stokes (pans). Elle est mise en œuvre pour reproduire l’exp´erience r´ealis´ee `a l’Office National ´Etude et de Recherche A´erospatial (onera) du buffet transsonique sur le profil d’aileoat15ao`u la pr´esence d’une interaction onde de choc/couche limite turbulente fait ´emerger un mouvement auto-entretenu de l’onde de choc au niveau de l’extrados du profil d’aile. Comme nous le verrons, ce cas test est pertinent pour ´evaluer des m´ethodes hybrides rans/les puisqu’il est trop coˆuteux en dns et que la pr´esence d’une instationnarit´e non-d´eterministe basse fr´equence ne permet pas de pr´edire correctement le champ moyen avec une approche statistique.
3 Plan de l’´ etude
Dans un premier temps, les ´equations turbulentes exactes moyenn´ees et filtr´ees sont d´etaill´ees. Le formalisme math´ematique est pr´esent´e de sorte `a rendre coh´erent la transition entre les ´equations turbulentes exactes moyenn´ees et les ´equations turbulentes filtr´ees. La fermeture statistique du second ordre `a la base de l’approche hybride rans/les est pr´esent´ee, suivie des r´esultats obtenus avec l’approche statistique sur les ´ecoulements autour des profils d’ailesoat15aetnaca0012avant le d´eclenchement du buffet transsonique. Par la suite, un
´etat de l’art des approches hybridesrans/lesest d´etaill´e avant d’introduire le mod`ele de sous-maille d´evelopp´e dans le cadre de cette ´etude. Finalement, les r´esultats obtenues avec l’approche hybriderans/lespour le cas test du buffet transsonique du profiloat15asont pr´esent´es et analys´es.
Les calculs ont ´et´e r´ealis´es avec le code open sourceaerodynamics3d´evelopp´e par Gerolymos et Vallet. Il est ´ecrit en fortran et utilise la librairieopenmppour la parall´elisation. Ce code est 3dstructur´e et utilise des sch´emas d’ordre ´elev´e (jusqu’`a l’ordre 17 en dns). Il contient des outils de g´en´eration du maillage, de statistiques embarqu´ees et de post-traitement. Les approches rans avec mod`eles du second ordre et dns ont
´et´e impl´ement´ees dans le cadre de projets ant´erieurs. L’approche pans avec mod`eles du second ordre ´etait partiellement impl´ement´ee et a n´ecessit´e des travaux de d´eveloppement qui ont ´et´e men´es au cours de cette th`ese (initialisation, statistiques embarqu´ees, post-traitement). Les r´esultats des calculs sont visualis´es avec le logiciel open sourceparaview4.
Les travaux r´ealis´ees dans cette th`ese prennent part au projetanr-15-ce06-0009 NumERICCS (Numerical and Experimental Research for Improved Control of Compressor Surge) qui rassemble Sorbonne Universit´e, Arts&M´etiers Paritech, l’´Ecole Centrale de Lille, l’oneraet Safran Aircraft Engines. Ce projet vise `a am´eliorer la pr´ediction et le contrˆole du ph´enom`ene de pompage des compresseurs axiaux des turbor´eacteurs. Les calculs ont ´et´e r´ealis´es grˆace aux heures allou´ees par legenci–idris(allocation 2016–020218).
3www.aerodynamics.fr
4www.paraview.org
Chapitre 2
Equations de transport turbulentes ´ exactes
Les structures tourbillonnaires des ´ecoulements turbulents sont d´ecrites par des ´echelles relatives `a leur taille, leur vitesse et leur temps caract´eristiques [302]. Chaque grandeur stochastique intensive de l’´ecoulement poss`ede ses propres ´echelles, difficilement calculables sans l’´etude approfondie de r´esultatsdns. Cependant, il est possible de simplifier cet ensemble de caract´eristiques par une analyse dimensionnelle. Les travaux de Richardson [246]
et Kolmogorov [166,167] ont marqu´e le d´ebut de la compr´ehension des m´ecanismes de production, interaction et destruction de ces tourbillons (avec l’hypoth`ese d’une turbulence homog`ene `a grand nombre de Reynolds). Dans le cadre de leur proposition, le champ moyen de l’´ecoulement produit les plus grosses structures productrices qui se fragmentent successivement jusqu’aux plus petites structures dissipatives dans un m´ecanisme de cascade
´energ´etique. L’´energie cin´etique des plus petits tourbillons se dissipent en chaleur par action de la viscosit´e.
Les ´echelles de Kolmogorov1donnent un ordre de grandeur de leur temps, vitesse et longueur caract´eristiques en dessous desquelles les variables de l’´ecoulement ne fluctuent plus. Les petites structures dissipatives sont plus universelles que les structures g´en´eratrices contenant la majeure partie de l’´energie cin´etique turbulente.
Ainsi, l’estimation des ´echelles de Kolmogorov reste pertinente lorsque la turbulence est inhomog`ene. L’´echelle de longueur de Kolmogorov ´etant nettement sup´erieure au libre parcours moyen des mol´ecules 2 , l’´etude macroscopique des ´ecoulements subsoniques et supersoniques est r´ealis´ee dans le cadre de la m´ecanique des milieux continus.
Ce chapitre vise `a exposer les hypoth`eses et les outils math´ematiques utilis´es pour d´ecrire les ´ecoulements turbulents. La d´etermination du champ moyen (sans d´ependance temporelle 3) ou du champ filtr´e (avec d´ependances temporelles) n´ecessite des outils diff´erents. Une fois les ´equations du mouvement instantan´ees introduites, le formalisme statistique permettant d’´etablir les ´equations de transport moyenn´ees, utilis´ees dans la mod´elisation statistique de la turbulence (ou Reynolds Averaged Navier-Stokes –rans), sera d´evelopp´e. Bien que la majeure partie de ce travail soit consacr´ee aux mod´elisations de la turbulence hybride (´equations filtr´ees) destin´ees `a la simulation d’´ecoulements instationnaires non d´eterministes, ce formalisme statistique occupe une place importante, puisque les mod`eles de turbulence hybrides sont d´evelopp´es par analogie avec ce formalisme.
1Les ´echelles de Kolmogorov sont [167]:
TK=
qν
ε ; LK=
Åν3 ε
ã1/4
; UK = (νε)1/4
o`uTK est l’´echelle de temps,νla viscosit´e cin´ematique,εle taux de dissipation de l’´energie cin´etique turbulente k,LK l’´echelle de longueur etUK l’´echelle de vitesse. Ainsi:
ReTK = k νε= 1 o`uReTK est le nombre de Reynolds turbulent de Kolmogorov.
2L’approche continue est justifi´ee lorsque:
Lm
LK
=Kn610−2 o`uLmrepr´esente le libre parcours moyen etKnle nombre de Knudsen.
3Ce qui ne signifie ´evidement pas que l’´ecoulement soit stationnaire.
5
Finalement, l’approche filtr´ee sera pr´esent´ee pour mettre en ´evidence les termes `a mod´eliser lors d’une r´esolution Partially Averaged Navier Stokes –pans(ou hybriderans/les).
1 Equations de Navier-Stokes instantan´ ´ ees
Les ´equations de Navier-Stokes, sous formes conservatives, sont:
∂ρ
∂t +∂ρuℓ
∂xℓ
= 0 (2.1a)
∂ρui
∂t +∂ρuℓui
∂xℓ = ∂
∂xℓ(τiℓ−pδiℓ) +ρfvi (2.1b)
∂
∂t(ρht−p) +∂ρuℓht
∂xℓ
= ∂
∂xℓ
(uiτiℓ−qℓ) (2.1c)
o`u t est le temps, xℓ les coordonn´ees spatiales dans un r´ef´erentiel Galil´een, ui les composantes du vecteur vitesse, ρ la masse volumique, τiℓ le tenseur sym´etrique des contraintes visqueuses, p la pression statique, δiℓ le symbole de Kronecker, ht l’enthalpie totale 4, qℓ les composantes du vecteur flux de chaleur et fvi les composantes des forces volumiques5 qui seront n´eglig´ees dans les ´ecoulement ´etudi´es ici. Les ´equations de Navier-Stokes ne font pas d’hypoth`eses sur la rh´eologie du fluide consid´er´e. L’air, se comporte comme un gaz thermodynamiquement et caloriquement parfait dans une gamme de temp´erature allant d’environ 100K `a 400K suivant la loi d’´etat:
p=ρRgT; h=cpT (2.2a)
cp= γ
γ−1Rg (2.2b)
o`u Rg = 287.04 m2s−1K−1 est la constante du gaz, T la temp´erature statique, cp la chaleur sp´ecifique `a pression constante et γ = 1.4 son exposant isentropique. Le fluide est Newtonien et l’on fait l’hypoth`ese de Stokes:
λ+2
3µ= 0 (2.3)
o`uµ=µ(T) est la viscosit´e dynamique premi`ere etλ=λ(T) est la viscosit´e dynamique seconde. Le tenseur des contraintes visqueuses est donc:
τiℓ=µ Å∂ui
∂xℓ
+∂uℓ
∂xi −2 3
∂uk
∂xk
δiℓ
ã
= 2µ Å
Siℓ−1 3δiℓSkk
ã
(2.4) o`u µ =µ(T) est la viscosit´e dynamique et Siℓ le tenseur des d´eformations. Le flux de chaleur de chaleur mol´eculaire est d´etermin´e `a l’aide de la loi de comportement thermique de Fourier:
qℓ=−κ∂T
∂xℓ (2.5)
o`u κ = κ(T) est la conductivit´e thermique. Les loi semi-empirique 6 de Sutherland modifi´ees [103] sont
4L’enthalpie totale est reli´ee `a l’´energie interne par la relation suivante: ht=h+12ukuk=e+pρ+12ukuko`uhest l’enthalpie statique et 12ukukl’´energie cin´etique.
5La gravit´e, la pseudo-force de Coriolis (´ecoulements atmosph´eriques) ou les forces ´electromagn´etique (magn´etohydrodynamique) sont des forces volumiques.
6Sutherland [300] suppose que la viscosit´e d’un fluide Newtonien est la cons´equence du choc des mol´ecules entre elles, sous leurs interactions r´eciproques de type force potentielle.
2. FORMULATION STATISTIQUE DES ´EQUATIONS DE MOUVEMENT 7 utilis´ees pour d´eterminer la viscosit´e dynamique et la conductivit´e thermique:
µ(T) =µ0
ï T Tµ0
ò32 Sµ+Tµ0
Sµ+T (2.6a)
κ(T) =κ0
µ(T) µ0
(1 +Aκ(T−Tµ0)) (2.6b)
o`u µ0 ≡ µ(Tµ0) = 17.11×10−6 Pa s, Tµ0 = 273 K, Sµ = 110.4 K, κ0 ≡ κ(Tµ0) = 0.0242 W m−1K−1, Aκ= 0.00023 K−1.
2 Formulation statistique des ´ equations de mouvement
2.1 D´ efinition des d´ ecompositions de Reynolds et de Favre
Quelle que soit l’approche utilis´ee, l’´etude des ´ecoulements turbulents vise `a d´eterminer ses grandeurs moyennes afin d’obtenir les informations n´ecessaires `a un dimensionnement m´ecanique (approches statistiques ou hybrides) ou `a la mise au point de mod`eles (approche directe sans mod`eles –dns). En outre, la simulation d’´ecoulements turbulents avec une mod´elisation statistique de la turbulence (rans) correspond `a la r´esolution des ´equations du mouvement moyenn´ees de l’´ecoulement auxquelles est ajout´ee une mod´elisation statistique de la turbulence.
L’op´erateur de moyenne d’ensemble not´eh.iest d´efinit:
hΦi(~x, t) := lim
N→∞
1 N
XN n=1
Φn(~x, t) (2.7)
o`u Φ est une grandeur physique stochastique de l’´ecoulement,~xle vecteur position etN le nombre de mesures ind´ependantes de cette grandeur. Si l’on consid`ere un ´ecoulement stationnaire avec l’hypoth`ese d’un syst`eme ergodique, les mesures prises `a diff´erents instants sont ind´ependantes. La moyenne d’ensemble discr`ete est alors
´equivalente `a une moyenne temporelle continue:
hΦi(~x) = lim
T→∞
1 t
Z t+T
t
Φ(~x, t∗)dt∗ (2.8)
Chaque grandeur physique instantan´ee est d´ecomposable en une partie moyenne et une partie fluctuante (.)′ selon la d´ecomposition de Reynolds [244]:
Φ =hΦi+ Φ′ (2.9)
On d´eduit des propri´et´es de la moyenne, un ensemble de propri´et´es indispensables `a l’´etablissement des
´equations de transport moyenn´ees (lin´earit´e et commutativit´e avec la d´erivation temporelle et spatiale):
hΦ′i= 0 (2.10a)
hhΦii=hΦi (2.10b)
hαΦ + Ψi=αhΦi+hΨi (2.10c)
≠∂Φ
∂t
∑
= ∂hΦi
∂t (2.10d)
≠∂Φ
∂xi
∑
= ∂hΦi
∂xi
(2.10e) hΦΨi=hΦihΨi+hΦ′ihΨ′i (2.10f)
o`u Ψ est une grandeur physique stochastique de l’´ecoulement etαune constante. La fluctuation de la masse
volumique ρ′ n’est pas n´egligeable dans le cas d’´ecoulements compressibles 7 [111]. Ainsi, l’utilisation de la d´ecomposition de Reynolds (Eq. 2.9) pour moyenner les ´equations de Navier-Stokes produit un grand nombre de termes non-lin´eaires (une corr´elation de N variables produit 2N −N termes) dont les fermetures sont `a d´eterminer. Afin de simplifier les ´equations de Navier-Stokes moyenn´ees compressibles, Favre [82, 83] a propos´e une d´ecomposition alternative (sauf pourρetp) permettant d’int´egrer les fluctuations de masse volumique dans les corr´elations statistiques8 qui utilise une moyenne pond´er´ee par la masse volumique not´ee{.}:
Φ = {Φ}+ Φ′′ ; {Φ}:=hρΦi
hρi (2.11)
ρ = hρi+ρ′ ; hρ′i= 0 (2.12)
p = hpi+p′ ; hp′i= 0 (2.13)
avec les propri´et´es suivantes:
h{Φ}i={Φ} (2.14a)
{Φ′′}= 0 (2.14b)
hΦ′′i=hΦi − {Φ}=−hρ′Φ′′i/hρi 6= 0 (2.14c)
hρΦi=hρi{Φ} (2.14d)
hρΦ′′i=hρΦi − hρi{Φ}= 0 (2.14e) hΦ′Ψ′′i=hΦ′′Ψ′i=hΦ′Ψ′i (2.14f)
hρΦ′′Ψ′′i=hρi{Φ′′Ψ′′} (2.14g)
Nous appellerons couramment la moyenne d’ensembleh.i moyenne de Reynolds et la moyenne d’ensemble pond´er´ee masse{.}moyenne de Favre.
2.2 Equations de Navier-Stokes moyenn´ ´ ees
En utilisant les d´ecompositions de Favre et de Reynolds, les ´equations de conservation de la masse et de la quantit´e de mouvement moyenn´ees sont respectivement:
∂hρi
∂t +∂hρi{uℓ}
∂xℓ
= 0 (2.15a)
∂hρi{ui}
∂t +∂hρi{uℓ}{ui}
∂xℓ
= ∂
∂xℓ
(hτiℓi − hpiδiℓ− hρu′′iu′′ℓi) (2.15b)
L’apparition du tenseur de Reynolds−hρu′′iu′′ℓi=−hρi{u′′iu′′ℓ}=−hρiriℓ est due `a la non lin´earit´e du terme de convection (comportement hyperbolique) et rend compte de l’influence de la turbulence sur le champ moyen.
L’enthalpie totale est d´efinie par:
{ht}={h}+1
2{uk}{uk}+ k (2.16)
o`u k = 12{u′′iu′′i} est l’´energie cin´etique turbulente et 12{uk}{uk} est l’´energie cin´etique de l’´ecoulement moyen. La conservation de l’´energie totale moyenn´ee n´ecessite une attention particuli`ere. En effet, l’inconnue du syst`emehρhtiintroduit un couplage entre la conservation de l’´energie totale et l’´energie cin´etique turbulente k. Sa fermeture dans le cadre de la mod´elisation statistique de la turbulence est par cons´equent directement
7Une ´etude dnsr´ecente montre que le pic dep
hρ′2i/hρiatteint 0.14 dans la zone tampon d’un canal turbulent `a Reynolds Reτ∗ = 112 et Mach 2.48 [111].
8L’´etude th´eorique d’une couche limite compressible a n´eanmoins pu ˆetre r´ealis´ee par Van Driest [312] avant l’apparition de la d´ecomposition de Favre.
2. FORMULATION STATISTIQUE DES ´EQUATIONS DE MOUVEMENT 9 li´ee `a celle de k ou du tenseur de Reynolds. Ceci complique le d´eveloppement des mod`eles de turbulence9[311].
C’est la raison pour laquelle, nous introduisons ˆht [104]:
ˆht:={h}+1
2{uk}{uk} (2.17)
o`u ˆ(.) est une fonction de la moyenne d’ensemble pond´er´ee masse mais n’est ni une moyenne de Reynolds ni une moyenne de Favre. Le terme source de l’´equation de transport de l’´energie totale moyenn´ee est alors directement reli´e `a l’´equation de transport de l’´energie cin´etique turbulente k:
∂
∂t
Ähρiˆht− hpiä
+∂hρi{uℓ}ˆht
∂xℓ
= ∂
∂xℓ
ï
{ui}hτiℓi+hu′′iτiℓi − {ui}hρu′′iu′′ℓi −1
2hρu′′iu′′iu′′ℓi − hqℓi − hρh′′u′′ℓi ò
−
ï∂hρik
∂t +∂hρi{uℓ}k
∂xℓ
ò
| {z }
Sk
= ∂
∂xℓ
[{ui}hτiℓi − {ui}hρu′′iu′′ℓi − hqℓi − hρh′′u′′ℓi] +
≠ τıℓ′ ∂u′i
∂xℓ
∑
| {z }
hρiε(τ)
+hρu′′iu′′ℓi∂{ui}
∂xℓ
| {z }
−Pk
+hτiℓi∂hu′′ii
∂xℓ
+hu′′ℓi∂hpi
∂xℓ
+∂hu′ℓp′i
∂xℓ −
≠ p′∂u′ℓ
∂xℓ
∑
| {z }
Sˆht
(2.18) o`uhρh′′u′′ℓiest le flux de chaleur turbulent,hqℓile flux de chaleur moyen etSk le terme source de l’´equation de transport de l’´energie cin´etique turbulente k. L’´equation de transport de l’´energie totale (Eq. 2.18) est r´e´ecrite afin de faire apparaˆıtre le terme source Sˆht o`u ε(τ), Pk et ∂hu
′ ℓp′i
∂xℓ sont respectivement le taux de dissipation, la production et la diffusion de pression de l’´energie cin´etique turbulente k (Eq. 2.32). Les termes hτiℓi∂hu
′′
ii
∂xℓ , hu′′ℓi∂∂xhpℓi et ¨ p′∂u
′ ℓ
∂xℓ
∂ correspondent aux effets directs de la compressibilit´e. La loi d’´etat des gaz thermodynamiquement parfaits moyenn´ee s’´ecrit:
hpi=hρiRg{T}= γ γ−1hρi
Å ˆht−1
2{uk}{uk} ã
(2.19) Les contraintes visqueuses moyenn´ees sont:
hτiℓi = Æ
µ Ç∂ui
∂xℓ
+∂uℓ
∂xi−2 3
∂uk
∂xk
δiℓ
å∏
= 2
Æ
µ({T}+T′′) Ç
Siℓ′′−1 3δiℓSkk′′
å∏
+ 2µ({T}) Ç
{Siℓ} − 1
3δiℓ{Skk} å + 2hµ({T}+T′′)−µ({T})i
Ç
{Siℓ} − 1
3δiℓ{Skk}
å (2.20)
o`uSiℓ est le tenseur de d´eformation. Le flux de chaleur moyen est:
hqℓi=−
≠
κ({T}+T′′)∂T′′
∂xℓ
∑
−κ({T})∂{T}
∂xℓ − hκ({T}+T′′)−κ({T})i∂{T}
∂xℓ
(2.21) La non-lin´earit´e de la loi de Sutherland et de la loi de comportement thermique de Fourier rend complexe les expressions de hτiℓiethqℓi. Notons ´egalement qu’il n’est pas possible de calculer simplement T′′[311].
9L’´energie cin´etique turbulente doit ˆetre connue pour d´eterminer la pression, n´ecessaire `a la r´esolution (hpi= γ−γ1hρi({ht} −
1
2{uk}{uk} −k). Une possibilit´e, peu adapt´ee aux mod`elesrsm[104], est l’utilisation de la pression modifi´ep∗=hpi+23hρik [315].
Certains auteurs ne prennent pas en compte le couplage dans{ht}car il est n´egligeable dans le cas d’´ecoulements subsoniques [103].
2.3 Equations de transport des corr´ ´ elations statistiques
Les ´equations de Navier-Stokes moyenn´ees (Eq. 2.15) et (Eq. 2.18) forment un syst`eme ouvert. Ainsi nous devons mod´eliser les tensions de Reynolds, le flux de chaleur turbulent et le terme source de l’´equation de transport de l’´energie totale moyenn´ee. Les fermetures des termes ouverts peuvent ˆetre obtenues soit, par la construction de relations alg´ebriques entre les diff´erentes grandeurs moyenn´ees connues de l’´ecoulement (hρi, hpi, {T} ,{ui} et ˆht), soit par l’ajout d’une ou plusieurs ´equations de transport des corr´elations turbulentes inconnues. La r´esolution d’´equations de transport suppl´ementaires permet de reproduire des comportements physiques non-locaux et de tenir compte de l’historique de certaines grandeurs turbulentes contrairement aux relations alg´ebriques. Cependant, la r´esolution de nouvelles ´equations de transport reporte l’´elaboration des fermetures sur des termes d’ordre statistique plus ´elev´e dont l’analyse th´eorique est plus complexe10.
2.3.1 Echelles turbulentes int´´ egrales
Le tenseur de Reynolds −hρu′′iu′′ji est un moment statistique d’ordre 2 sur la vitesse fluctuante qui ´evolue selon le ph´enom`ene de cascade ´energ´etique des structures turbulentes non d´eterministes. Sa loi de distribution est inaccessible [218] (sans hypoth`eses drastiques sur la nature de l’´ecoulement). La mod´elisation statistique des ´ecoulements turbulents ne permet pas d’obtenir de grandeurs fluctuantes instantan´ees. N´eanmoins, la th´eorie dimensionnelle de la cascade ´energ´etique [166] rend possible la mod´elisation du tenseur de Reynolds par l’interm´ediaire de ses ´echelles int´egrales de longueurLnrij (o`unest la direction spatiale de l’´echelle) et de temps Trij [192]. Pour cela on d´efinit les corr´elations `a deux points et `a deux temps:
CrLij±(~x, ~r) := hu′i(~x, t)u′j(~x±~r, t)i phu′i2(~x, t)i»
hu′j2(~x±~r, t)i; CrTij(~x, t∗) := hu′i(~x, t)u′j(~x, t+t∗)i phu′i2(~x, t)i»
hu′j2(~x, t+t∗)i (2.22) o`u ~x est le vecteur position, ~r un vecteur d´eplacement, t∗ une variable de temps, CijL± la corr´elation `a deux points et CijT la corr´elations `a deux temps. La pr´esence d’un exposant + ou −traduit la non-sym´etrie des corr´elations spatiales en r = 0 dans les directions o`u la turbulence est inhomog`ene [270]. Le choix des vecteurs ~xet ~r dansCrLij peut varier suivant les auteurs [158, 226] (on utilise ici la version d’Oberlack [226]).
Les corr´elations `a deux points sont d´ecomposables en une partie homog`ene et une partie inhomog`ene, ce qui permet d’´etudier l’influence de la paroi (partie inhomog`ene)11. Les ´echelles de longueurs et de temps, d´efinies en chaque point de l’espace, sont [143]:
Lkrij±(~x) :=
Z
~ x±~em∈Ω
CijL±(~x, r~em)dr; Trij(~x) :=
Z ∞
0
CijT(~x, t′)dt′ (2.23)
o`u Ω est le domaine fluide et~em un vecteur de ce domaine (~em, m ∈[1; 3] forme une base orthonorm´ee).
Kolmogorov [166] utilise l’analyse dimensionnelle pour d´efinir une ´echelle de longueur isotrope et une ´echelle de temps, du mˆeme ordre de grandeur queLnrij(~x) etTrij(~x):
L=ℓT = k3/2
ε =O(Lnrij±); T =k
ε =O(Trij); U =√
k (2.24)
o`uL=ℓT est l’´echelle int´egrale isotropique de longueur,T l’´echelle int´egrale de temps,U l’´echelle int´egrale de vitesse etεle taux de dissipation de l’´energie cin´etique turbulente. Actuellement aucun mod`ele anisotropique sur les ´echelles int´egrales de longueur n’a ´et´e formul´e. L’´elaboration d’un mod`ele pour le tenseur de Reynolds
−hρirij correspond donc `a la d´etermination de la fonctionnelleFij [286]:
rij(~x) =Fij({u}(~y),L(~y),T(~y), ~x); (~x, ~y)∈Ω2 (2.25)
10D’une part, les temps de convergence des moments statistiques, ´evalu´es `a partir de ladns, augmentent avec l’ordre, d’autre part, plus l’ordre est ´elev´e, plus le comportement tr`es proche paroi est compliqu´e `a mod´eliser et `a simuler num´eriquement.
11Nous en verrons un exemple dans le cas de la dissipation au chapitre 3.
2. FORMULATION STATISTIQUE DES ´EQUATIONS DE MOUVEMENT 11 2.3.2 Equation de transport exacte du tenseur de Reynolds´ hρu′′iu′′ji
Toute une zoologie de mod`eles de turbulence ont ´et´e ´elabor´es `a partir d’hypoth`eses plus ou moins radicales sur les ´echelles int´egrales. Notre attention se portera sur les mod`eles au second ordre (r´esolvant l’´equation de transport des tensions de Reynolds) qui sont, `a l’heure actuelle, les plus avanc´es [184]. L’´equation de transport du tenseur de Reynolds exact o`uhρi{u′′iu′′j}=hρirij est:
∂hρirij
∂t +∂hρi{uℓ}rij
∂xℓ
| {z }
Cij
= − ∂
∂xℓhρu′′ℓu′′iu′′ji
| {z }
d(u)ij
− ∂
∂xℓ hu′ip′iδℓj+hu′jp′iδiℓ
| {z }
d(p)ij
+ ∂
∂xℓ hu′iτjℓ′ i+hu′jτiℓ′i
| {z }
d(τ)ij
+ Æ
p′ Ç∂u′i
∂xj +∂u′j
∂xi −2 3
∂u′ℓ
∂xℓδij
å∏
| {z }
φij
+
≠2 3p′∂u′ℓ
∂xℓ
∑ δij
| {z }
2 3φpδij
+ Å
−hu′′ii∂hpi
∂xj − hu′′ji∂hpi
∂xi
+hu′′ii∂hτjℓi
∂xℓ
+hu′′ji∂hτiℓi
∂xℓ
ã
| {z }
Kij
+ Å
−hρirℓj
∂{ui}
∂xℓ − hρiriℓ
∂{uj}
∂xℓ
ã
| {z }
Pij
− ÇÆ
τiℓ′ ∂u′j
∂xℓ
∏ +
≠ τjℓ′ ∂u′i
∂xℓ
∑å
| {z }
hρiε(τ)ij
(2.26)
avec le terme de corr´elation-vitesse gradient de pression [193]:
Πij= Φij+dpij+2
3Φpδij=−
≠ u′i∂p′
∂xj
+u′j∂p′
∂xi
∑
(2.27) le terme de diffusion turbulente:
d(T)ij =d(u)ij +d(p)ij (2.28)
et le terme de diffusion:
dij=d(u)ij +d(p)ij +d(τ)ij (2.29) o`u d(u)ij est le terme de diffusion dˆu aux fluctuations de vitesse, d(p)ij la diffusion due aux fluctuations de pression et d(τ)ij la diffusion mol´eculaire ou visqueuse. Le terme de redistribution φij est responsable de la redistribution de l’´energie cin´etique turbulente entre les composantes normales du tenseur de Reynolds rij
d’une part et entre les tensions crois´es de rij d’autre part, sans modification de l’´energie cin´etique turbulente puisque φii = 0. Ce terme qui n’apparait pas dans l’´equation de l’´energie cin´etique turbulente k12, constitue le point cl´e des fermetures du second ordre puisque c’est un terme de couplage direct entre les ´equations des diff´erentes tensions de Reynolds.
Le termeKij correspond aux effets directs de compressibilit´e et 23φpδij est la corr´elation de pression dilata- tion. Morkovin [219] suppose que le comportement des structures turbulentes dans les ´ecoulements supersoniques (en particulier dans la couche limite) est tr`es peu influenc´e par la compressibilit´e pour M 65 (o`u M est le nombre de Mach). En effet, les changements de pression sur des distances de l’ordre de L sont n´egligeables devant ceux survenant aux passages des ondes de choc. En ´ecoulement subsonique, les termes de compressibilit´e peuvent ´egalement ˆetre n´eglig´es si Tw/Te <6 (o`u Tw est la temp´erature de la paroi et Te la temp´erature en sortie de couche limite). Cette hypoth`ese est g´en´eralement admise dans la construction de mod`eles et permet l’omission deKij et de 23φpδij. Pour ´etendre en ´ecoulement compressible des mod`eles construits en approxima- tion incompressible (hρi ≈cst), on substitut la d´ecomposition de Favre `a la d´ecomposition de Reynolds [276] et on n´eglige les fluctuations de masse volumique ρ′. Ainsi seules les variations de la masse volumique moyenne
12L’anisotropie des tensions de Reynolds des fermetures turbulentes bas´ees sur une ´equation de transport de l’´energie cin´etique turbulente k est celle du champ de vitesse moyen.
hρisont prises en compte.
Le terme hρiε(τ)ij est le taux de dissipation du tenseur de Reynolds par action de la viscosit´e, autrement dit sa conversion en chaleur. Dans le cadre d’une mod´elisation au second ordre, seul les termes de convection Cij et de production par action du champ moyenPij sont exacts. On choisit une d´efinition alternative de la dissipation, not´eehρiε(µ)ij , afin que le terme de diffusion visqueuse soit exact [109]:
hρiε(µ)ij = ∂
∂xℓ
Æ µ∂u′iu′j
∂xℓ
∏
− Æ
u′i
∂τjℓ′
∂xℓ +u′j
∂τiℓ′
∂xℓ
∏
; d(µ)ij = ∂
∂xℓ
Æ µ∂u′iu′j
∂xℓ
∏
(2.30) Finalement les ´equations de transport des tensions de Reynolds peuvent se mettre sous la forme simplifi´ee:
Cij =Pij+d(u)ij +d(p)ij +d(µ)ij +φij+2
3φpδij+Kij− hρiε(µ)ij (2.31) o`u il est n´ecessaire de d´eterminer des fermetures pour les termes: d(u)ij , d(p)ij , φij et hρiε(µ)ij si on n´eglige les effets directs de compressibilit´eKij etφp.
2.3.3 Equation de transport exacte de l’´´ energie cin´etique turbulente k
L’´equation de transport de l’´energie cin´etique turbulente k est obtenue en prenant la demi trace de l’´equation de transport du tenseur de Reynolds (Eq. 2.26):
∂hρik
∂t +∂{uℓ}hρik
∂xℓ
| {z }
Ck
= −1 2
∂
∂xℓhρu′′ℓu′′iu′′ii
| {z }
d(u)k
− ∂
∂xℓ(hu′ℓp′i)
| {z }
d(p)k
+ ∂
∂xℓ(hu′iτiℓ′ i)
| {z }
d(τ)k
+
≠ p′∂u′ℓ
∂xℓ
∑
| {z }
φp
−hρirℓi
∂{ui}
∂xℓ
| {z }
Pk
−
≠ τiℓ′ ∂u′i
∂xℓ
∑
| {z }
hρiε(τ)
+ Å
−hu′′ii∂hpi
∂xi
+hu′′ii∂hτiℓi
∂xℓ
ã
| {z }
Kk
(2.32)
o`uCk=12Ciiest le terme de convection,d(u)k = 12d(u)ii la diffusion due aux fluctuations de vitesse,d(p)k = 12d(p)ii la diffusion de pression,d(τ)k = 12d(τ)ii la diffusion de visqueuse,Pk = 12Pii la production,hρiε(τ) = 12hρiε(τ)ii le taux de dissipation de l’´energie cin´etique turbulence k,Kk= 12Kii le terme correspondant aux effets directs de compressibilit´e etφp est la corr´elation pression-dilatation. Le terme de redistributionφij dont la trace est nulle n’apparaˆıt donc pas dans le budget de l’´energie cin´etique turbulente. La d´ecomposition du taux de dissipation des tensions de Reynolds ε(µ)ij (Eq. 2.30) s’applique ´egalement au taux de dissipation de l’´energie cin´etique turbulenteε(µ):
hρiε(µ)= ∂
∂xℓ
≠ µ∂k
∂xℓ
∑
−
≠ u′i∂τiℓ′
∂xℓ
∑
; d(µ)k = ∂
∂xℓ
≠ µ∂k
∂xℓ
∑
(2.33) A l’instar de l’´equation de transport des tensions de Reynolds, cette formulation permet au terme de dis- sipation visqueuse d’ˆetre exact. Finalement l’´equation de transport de l’´energie cin´etique turbulente peut se mettre sous la forme simplifi´ee:
Ck=Pk+d(u)k +d(p)k +d(µ)k +φp+Kk− hρiε(µ) (2.34) o`u il est n´ecessaire de d´eterminer des fermetures pour les termes: Pk, d(u)k , d(p)k , ethρiε(µ) si les termes de compressibilit´eKket φp sont n´eglig´es.
2.3.4 Equations de transport exactes du tenseur de dissipation du tenseur de Reynolds´ εij
Afin de d´eterminer la fonctionnelleFij (Eq. 2.25), il est n´ecessaire d’ajouter une ´echelle turbulente de longueur ℓT =Lou de tempsT `a l’´echelle de vitesse turbulenteU d´etermin´ee par la r´esolution des ´equations de transport du tenseur de Reynolds ou de l’´energie cin´etique turbulente. Certains auteurs [31, 122] proposent d’estimer l’´echelle de longueur turbulenteℓT =L`a partir de la longueur de m´elange propos´ee par Prandtl [235, 236]: