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Chapitre 11 Application au cas du quasar BAL H1413+117

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Chapitre 11

Application au cas du quasar BAL H1413+117

Dans ce chapitre nous montrons comment l’analyse de l’effet de mi- crolentille ` a l’oeuvre dans certaines composantes du mirage gravitationnel H1413+117 permet d’apporter des informations quant ` a la g´ eom´ etrie et la dimension des r´ egions ` a l’origine des BAL observ´ ees dans son spectre. Dans un premier temps, nous pr´ esentons le quasar H1413+117 et insistons sur les indices menant ` a penser qu’au moins une des images du mirage subit un effet de microlentille en utilisant des donn´ ees spectroscopiques couvrant 16 ann´ ees.

L’analyse et une premi` ere interpr´ etation de ces donn´ ees font l’objet d’un ar- ticle

1

dont nous sommes co-auteur et soumis pour publication ` a la revue Astronomy & Astrophysics (Hutsem´ ekers et al. [2009], fourni en Annexe B).

Dans un second temps, nous montrons dans quelle mesure les variations de profil de la raie de r´ esonance du CIV observ´ ees dans le composante D de ce mirage peuvent ˆ etre reproduite ` a l’aide de l’effet de microlentille appliqu´ e au spectre g´ en´ er´ e par MCRT pour un mod` ele de vent ` a deux composantes.

11.1 Carte d’identit´ e

Le quasar BAL H1413+117 (z = 2.558) d´ ecouvert par Hazard et al. [1984]

a ´ et´ e identifi´ e comme ´ etant un mirage gravitationnel par Magain et al. [1988].

Il consiste en quatre images de magnitudes comparables dispos´ ees de fa¸con quasi-sym´ etrique et qui lui ont valu le surnom de “tr` efle ` a quatre feuilles”

(Voir Fig. 11.1). La s´ eparation angulaire entre les composantes est de l’ordre

1

La r´ ef´ erence compl` ete : Hutsem´ ekers, D., Borguet, B., Sluse, D., Riaud, P. & Anguita, T. [2009] “Microlensing in H1413+117 : disentangling line profile emission and absorption in a Broad Absorption Line quasar”, soumis pour publication au journal A&A.

179

(2)

Fig. 11.1 – Le mirage gravitationnel H1413+117. L’image de gauche pr´ esente une des premi` eres images du mirage observ´ e ` a l’aide du t´ elescpe spatial HST. A droite se trouve une image infrarouge d´ econvolu´ ee ` a l’aide de MCS, faisant apparaˆıtre en plus des quatre images (A, B, C, D) du mirage, la galaxie lentille (indiqu´ ee par une fl` eche verte) et ´ egalement un morceau de l’anneau d’Einstein (image tir´ ee de Chantry & Magain [2007]).

de la seconde d’arc. La galaxie lentille ` a l’origine du mirage n’a ´ et´ e observ´ ee que r´ ecemment (Kneib et al. [1998], Chantry & Magain [2007]). Le d´ elai temporel existant entre les images du mirage n’a, ` a ce jour, pas encore ´ et´ e mesur´ e avec pr´ ecision. Etant donn´ e la disposition sym´ etrique des compo- santes du mirage, les mod´ elisations sugg` erent un d´ elai temporel inf´ erieur au mois (Chae & Turnshek [1999]).

11.2 H1413+117 : un quasar affect´ e par un effet de microlentille gravitationnelle

Observant les variations photom´ etriques de la composante D du mirage,

Kayser et al. [1990] interpr´ et` erent ces derni` eres en termes d’effet microlentille

(Kayser et al. [1990]). Angonin et al. [1990] furent les premiers ` a publier des

observations spectroscopiques r´ ev´ elant des spectres quasi-identiques pour les

quatre composantes du mirage, renfor¸cant l’interpr´ etation en termes d’un

effet de macrolentille gravitationnelle. Ils not` erent toutefois des diff´ erences

notables dans le profil des raies du CIV et du SiIV pour la composante

D du mirage, ces derni` eres montrant une largeur ´ equivalente de la partie

en ´ emission inf´ erieure ` a celle observ´ ee dans les autres composantes. Ils in-

terpr´ et` erent ces observations en termes d’un effet de microlentille, la r´ egion

(3)

11.2. H1413+117 ET LES MICROLENTILLES 181

´ emettant le continuum ´ etant fortement amplifi´ ee alors que la r´ egion ` a l’ori- gine de l’´ emission, plus ´ etendue, n’est que tr` es faiblement affect´ ee (voir aussi Hutsem´ ekers [1993]). Depuis ces observations, des diff´ erences entre les com- posantes ont ´ egalement ´ et´ e observ´ ees dans les rayons X. Dans ce domaine spectral, les variations temporelles de la luminosit´ e de la composante A furent interpr´ et´ ees en termes d’effet microlentille (Chartas et al. [2004], Chartas et al. [2007]).

Les ´ etudes r´ ecentes montrent une stabilit´ e temporelle du ph´ enom` ene de microlentille affectant l’image D du mirage, ce dernier ´ etant observ´ e de- puis plus de 15 ans (Anguita et al. [2008], Hutsem´ ekers et al. [2009]). Nous d´ ecrivons ci-dessous une compilation des observations spectroscopiques ob- tenues au fil des ann´ ees (de 1989 ` a 2005), en nous focalisant uniquement sur les spectres du domaine visible contenant la raie du CIV (domaine UV dans le r´ ef´ erentiel du quasar). Une discussion d´ etaill´ ee de ces spectres et de spectres obtenus dans le domaine infrarouge est propos´ ee dans Hutsem´ ekers et al. [2009]. Nous discutons ensuite les variations spectrales observ´ ees et leur interpr´ etation en termes de microlentille et de variabilit´ e intrins` eque.

11.2.1 Seize ann´ ees d’observations spectroscopiques dans le domaine visible

Les premi` eres observations spectroscopiques des quatre composantes du quasar H1413+117 remontent ` a 1989 et ont ´ et´ e obtenues ` a l’aide du spectro- graphe SILFID plac´ e au foyer du t´ elescope CFHT. Elles furent discut´ ees par Angonin et al. [1990]. La seconde s´ erie d’observation fut men´ ee ` a l’aide de l’instrument FOS ` a bord du t´ elescope spatial Hubble. Ces spectres, couvrant le domaine UV-visible ont ´ et´ e obtenus entre 1993 et 1994 et sont d´ ecrits dans Monier et al. [1998]. De nouvelles observations ont ´ egalement ´ et´ e obtenues en 2000 ` a l’aide du spectrographe STIS ` a bord du HST (PI : E. Monier). Les derni` eres observations obtenues ` a ce jour dans le domaine UV-visible datent de 2005. A cette ´ epoque H1413+117 fut observ´ e ` a l’aide du spectrographe int´ egral VIMOS plac´ e au foyer du Very Large Telescope. Ces donn´ ees ont ´ et´ e pr´ esent´ ees par Anguita et al. [2008].

Variabilit´ e intrins` eque du quasar

L’observation des profils de raies illustr´ es dans la Fig. 11.2 nous r´ ev` ele

l’existence d’une variation temporelle r´ eguli` ere. Au fil des ann´ ees, nous consta-

tons une diminution de l’absorption aux vitesses ´ elev´ ees, alors que la compo-

sante ` a basse vitesse semble moins affect´ ee. Notons ` a ce titre que les profils

montrant l’absorption la plus intense (ceux de 1989) sont ´ egalement ceux dans

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lesquels l’´ emission est plus intense, sugg´ erant que la diffusion r´ esonnante de la radiation joue un rˆ ole important dans la formation du profil de raie. No- tons que plusieurs ´ etudes ont soulign´ e la variabilit´ e intrins` eque des profils de raies dans les quasars BAL (e.a. Gibson et al. [2008]).

11.2.2 Diff´ erences spectrales au fil du temps

La Fig. 11.2 montre les diff´ erences spectrales observ´ ees entre les com- posantes du mirage H1413+117 aux ´ epoques auxquelles les spectres ont ´ et´ e obtenus. Un facteur multiplicatif a ´ et´ e appliqu´ e afin de faire correspondre les niveaux de continuum des spectres compar´ es. Si seul le ph´ enom` ene de ma- crolentille ´ etait ` a l’oeuvre, nous ne devrions pas observer de diff´ erences spec- trales entre les composantes. Par contre les ´ eventuelles diff´ erences spectrales observ´ ees entre les composantes sur des p´ eriodes temporelles plus grandes que le d´ elai temporel peuvent ˆ etre interpr´ et´ ees comme la cons´ equence d’une amplification diff´ erentielle des r´ egions ` a l’origine du spectre du quasar, pour autant que ces r´ egions soient de dimensions diff´ erentes (cf. Sect 10.3).

Dans la r´ egion spectrale s´ electionn´ ee, les composantes A et B du mirage poss` edent un spectre identique ` a toutes les ´ epoques, sugg´ erant qu’aucune de ces composantes n’est affect´ ee par un effet de microlentille. Ainsi, le spectre moyen AB est choisi comme spectre de r´ ef´ erence du quasar lorsque nous

´ etudierons l’effet de microlentille. La composante C du mirage montre par contre des diff´ erences spectrales par rapport au spectre de r´ ef´ erence AB. Nous observons que l’intensit´ e des raies en ´ emission du CIV et du SiIV de la com- posante C est syst´ ematiquement sup´ erieure ` a celle du spectre de r´ ef´ erence, sugg´ erant que cette composante est affect´ ee par un effet de microlentille, et plus pr´ ecis´ ement une d´ esamplification du continuum par rapport aux raies en ´ emission.

La composante D du mirage est celle dont le spectre montre les traces les plus ´ evidentes d’´ ev` enements li´ es aux microlentilles. Ainsi une fois ramen´ ee au mˆ eme niveau de continuum que le spectre de r´ ef´ erence AB, nous obser- vons que l’´ emission est moins intense pour la composante D, et ceci ` a toutes les ´ epoques, sugg´ erant un effet de microlentille relativement stable dans le temps, amplifiant le continuum de la composante D par rapport aux raies en

´ emission. La diff´ erence spectrale se marque ´ egalement dans une partie du pro-

fil en absorption pour lequel on constate un d´ eficit dans le spectre de la com-

posante D par rapport ` a la r´ ef´ erence AB. Cette diff´ erence, particuli` erement

intense dans les spectres de 1989 et 1993, a fait l’objet d’interpr´ etations re-

qui´ erant l’amplification s´ elective de nuages optiquement ´ epais (Angonin et

al. [1990], Hutsem´ ekers [1993], Lewis & Belle [1998]). Nous montrons dans

la suite que cette diff´ erence spectrale peut ˆ etre expliqu´ ee dans le cadre d’un

(5)

11.2. H1413+117 ET LES MICROLENTILLES 183

Fig. 11.2 – Comparaison des profils des raies du CIV et du SiIV pour les quatres

composantes du mirage H1413+117 et pour les diff´ erentes ´ epoques d’observa-

tions d´ ecrites dans la Sect. 11.2.1. Le facteur multiplicatif n´ ecessaire ` a l’ajuste-

ment du niveau du continuum entre les composantes est indiqu´ e. Les lignes ver-

ticales indiquent la position des doublets du SiV (λλ1393.8, 1402.8) et du CIV

(λλ1548.2, 1550.8). Le spectre AB se r´ ef` ere ` a la moyenne des spectres des compo-

santes A et B du mirage. Cette figure est extraite de Hutsem´ ekers et al. [2009].

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Fig. 11.3 – R´ esultats de la d´ ecomposition spectrale F

M

-F

M µ

obtenue ` a partir des spectres D et AB du mirage H1413+117. Les facteurs de macro et micro- amplification sont donn´ es pour chaque ´ epoque. Pour clarifier la d´ ecomposition, la composante F

M µ

a ´ et´ e d´ ecal´ ee de deux unit´ es vers le haut. Cette figure est extraite de Hutsem´ ekers et al. [2009].

mod` ele de vent ` a deux composantes.

Interpr´ etation en termes d’effet de microlentille

En utilisant la m´ ethode de d´ ecomposition spectrale pr´ esent´ ee dans la Sect. 10.4.4, il est possible de s´ eparer la composante spectrale F

M

uniquement affect´ ee par la macrolentille de la composante F

M µ

affect´ ee ` a la fois par la macrolentille et la microlentille. Nous consid´ erons ici les variations spectrales observ´ ees dans la composante D par rapport ` a la r´ ef´ erence AB. Dans la m´ ethode de d´ ecomposition nous posons F

1

= F

D

et F

2

= F

AB

. Le r´ esultat de la d´ ecomposition spectrale est illustr´ e dans la Fig. 11.3 pour les diff´ erentes

´ epoques d’observations.

Etant donn´ e la diff´ erence de luminosit´ e entre les composantes AB et D,

M < 1. Comme F

M µ

ne d´ epend de M qu’` a un facteur multiplicatif 1 − µ,

(7)

11.3. INTERPR ´ ETATION ` A L’AIDE DE MCRT 185 F

M µ

est d’abord d´ etermin´ e en variant M dans l’Eq. (10.27). Si on suppose que la microlentille affecte essentiellement le continuum et pas la r´ egion de formation des raies en ´ emission, alors M est choisi de sorte ` a laisser un mi- nimum de la composante en ´ emission dans le spectre F

M µ

sur l’intervalle de fr´ equence correspondant ` a la raie consid´ er´ ee. La variation de l’intensit´ e du pic d’´ emission sugg` ere que le continuum de la composante D est microam- plifi´ e par rapport ` a celui de la r´ ef´ erence, aussi µ > 1. Ainsi dans un second temps, F

M

est d´ etermin´ e en variant le facteur de microamplification µ dans l’Eq. (10.27) et en choisissant la valeur de µ > 1 satisfaisant la contrainte de posivit´ e.

Ici nous nous contentons d’´ evoquer le cas se r´ ef´ erant aux raies de r´ esonan- ce UV. Une discussion d´ etaill´ ee de la valeur des facteurs de macro et de micro-amplification en fonction du domaine spectral est d´ etaill´ ee dans Hut- sem´ ekers et al. [2009]. Dans la Fig. 11.3 une valeur identique du facteur de macro-amplification a ´ et´ e choisie aux diff´ erentes ´ epoques d’observation.

Une valeur du facteur de micro-amplification µ propre ` a chaque ´ epoque est n´ ecessaire, mais conduit ` a une d´ ecomposition spectrale similaire. Dans cette derni` ere, la composante spectrale F

M µ

subissant ` a la fois l’effet de macro- lentille et de microlentille contient le continuum, la raie en absorption ainsi qu’une petite partie de la raie en ´ emission. La composante spectrale F

M

af- fect´ ee uniquement par la macrolentille contient la majeure partie de la raie en ´ emission. Cette derni` ere pr´ esente par ailleurs une forme caract´ eristique, compos´ ee de deux pics en ´ emission, particuli` erement visible pour le CIV pour lequel le pic bleu (` a ∼ 5375 ˚ A) est plus faible que le rouge (` a ∼ 5500 ˚ A). Ceci sugg` ere que la variation observ´ ee dans l’absorption est due ` a une ´ emission sous-jacente peu affect´ ee par l’effet de microlentille.

11.3 Mod´ elisation ` a l’aide de MCRT et d’un effet microlentille

Dans cette section nous testons l’hypoth` ese formul´ ee par Hutsem´ ekers

et al. [2009], ` a savoir que la diff´ erence spectrale observ´ ee dans la raie de

r´ esonance du CIV de la composante D du mirage H1413+117 peut ˆ etre ex-

pliqu´ ee en utilisant un mod` ele de vent ` a deux composantes pour d´ ecrire la

r´ egion de formation de la raie. Dans ce but, nous avons construit ` a l’aide de

MCRT les images I(ν, x, y) qui correspondent aux param` etres du mod` ele de

vent ` a deux composantes permettant de reproduire le profil de la raie de CIV

pour les spectres obtenus en 2000, ces derniers poss´ edant le meilleur S/N. Les

param` etres du mod` ele sont repris dans Borguet & Hutsem´ ekers [2009].

(8)

Fig. 11.4 – Cette figure illustre les variations spectrales induites par le transit

d’une lentille de Chang-Refsdal devant un mod` ele de vent reproduisant le profil de

la raie CIV du quasar H1413+117. Les param` etres de la lentille sont κ

C

= 0.0, γ =

0.5 et R

in

= 0.125 r

E

. La trajectoire suivie est pr´ esent´ ee sur la carte d’amplification

(le cercle vide repr´ esente la taille de la source de continuum et le rectangle vertical,

l’orientation du disque ´ equatorial par rapport ` a la caustique). Dans la partie droite,

nous repr´ esentons la d´ ecomposition spectrale F

M

-F

M µ

r´ ealis´ ee pour l’´ epoque du

transit repr´ esent´ ee par la ligne rouge.

(9)

11.3. INTERPR ´ ETATION ` A L’AIDE DE MCRT 187 Nous pr´ esentons dans la Fig. 11.4 les variations de profils induites dans le cas d’une lentille de Chang-Refsdal de param` etres κ

C

= 0.0 et γ = 0.5. Dans le cas choisi ici, nous avons fix´ e la taille du continuum R

in

= 0.125 r

E

. Dans cette figure, nous constatons qu’il est possible ` a certains moments lors du transit de reproduire la variation spectrale observ´ ee dans la com- posante D du mirage H1413+117. Ces moments correspondent aux r´ egions o` u la largeur ´ equivalente de la raie diminue. Dans cette mˆ eme figure nous r´ ealisons la d´ ecomposition spectrale F

M

−F

M µ

pour les spectres simul´ es. Pour cette d´ ecomposition spectrale, nous utilisons comme spectre de r´ ef´ erence F

2

le spectre non affect´ e par l’effet de microlentille et comme spectre F

1

le spectre affect´ e par cet effet ` a l’´ epoque ` a laquelle on observe la diminu- tion de W

eq

. Le facteur de macro-amplification M est simplement ´ egal ` a l’unit´ e (pas de macro-amplification) et le facteur de micro-amplification µ est donn´ e par le facteur d’amplification du continuum calcul´ e dans le mod` ele. La d´ ecomposition spectrale r´ ealis´ ee montre, dans la composante F

M µ

, la pr´ esence du continuum, de la raie en absorption ainsi que d’une partie de l’´ emission.

La composante subissant uniquement l’effet de macrolentille, F

M

, contient une partie de la composante en ´ emission, cette derni` ere pr´ esentant un double pic.

Les r´ esultats de la simulation r´ ealis´ ee ici concordent qualitativement avec les observations. Nous confirmons ainsi le sc´ enario selon lequel la variation observ´ ee dans la partie en absorpion du profil pourrait ˆ etre due ` a une com- posante en ´ emission sous jacente. L’effet microlentille permet donc de r´ ev´ eler l’existence d’une r´ egion r´ eabsorbant une partie de l’´ emission. D’apr` es nos mod´ elisations, cette composante lente pourrait ˆ etre la signature d’un vent

´ equatorial, vu dans le cas pr´ esent par la tranche.

Cependant, bien que la d´ ecompostion r´ ealis´ ee en Fig. 11.3 sur les spectres observ´ es sugg` ere qu’une partie de la composante en ´ emission subit ´ egalement un effet de microlentille, cette derni` ere est bien inf´ erieure ` a la composante en

´ emission pr´ esente dans le spectre F

M µ

simul´ e. Dans les Figs. 11.5 A et B, la

d´ ecomposition spectrale est r´ ealis´ ee en consid´ erant des tailles de continuum

diff´ erentes : R

in

= 0.05 r

E

et R

in

= 0.5 r

E

. En comparant cette figure avec la

Fig. 11.4 nous constatons que lorsque la taille du continuum diminue par rap-

port ` a la section efficace r

E

de la microlentille, la fraction de la composante

en ´ emission subissant l’effet de microlentille diminue, et inversement lorsque

la taille de la r´ egion ` a l’origine du continuum augmente. Ceci s’explique par

le fait que lorsque r

E

augmente, la r´ egion plus ´ etendue dans laquelle la raie

en ´ emission est produite ressent de plus en plus l’effet de la microlentille de

sorte qu’une partie substantielle de l’´ emission apparait dans la composante

F

M µ

. Ainsi la pr´ esence excessive d’´ emission dans la composante F

M µ

simul´ ee

pourrait provenir d’une surestimation de R

in

. Notons cependant que plus la

(10)

taille de la r´ egion ´ emettant le continuum diminue, plus le facteur de micro- amplification l’affectant est ´ elev´ e (µ ∼ 5 pour la p´ eriode consid´ er´ ee dans la Fig. 11.5 B.) et s’´ ecarte des valeurs d´ etermin´ ees ` a partir des observations.

Une autre fa¸con de diminuer l’influence de la microlentille sur la composante en ´ emission est d’augmenter la taille effective de cette r´ egion. Ainsi, si l’es- sentiel de la raie en ´ emission n’est pas produit dans le voisinage direct de la source de continuum (comme c’est le cas avec les lois d’opacit´ e et de vi- tesse choisies, cf. Sect. 9.2) mais ` a plus grande distance du continuum comme sugg´ er´ e dans certains mod` eles (e.a. Murray et al. [1995]), l’ajustement pr´ ecis de F

M µ

observ´ e pourrait nous fournir une estimation de la taille de la r´ egion

`

a laquelle le vent prend naissance (R

in

).

Un second probl` eme vient du fait que dans les simulations r´ ealis´ ees, la p´ eriode durant laquelle les observations peuvent ˆ etre reproduites (i.e. dimi- nution W

eq

) ne repr´ esente qu’une faible partie de la dur´ ee totale du transit de la microlentille. Dans le cas consid´ er´ e ici, cette dur´ ee est proche de celle n´ ecessaire pour franchir la caustique. Son estimation dans le cas d’une confi- guration typique est de quelques mois (cf. Sect 10.3.1). L’analyse de l’effet de microlentille dans la composante D du mirage H1413+117 montre par contre une stabilit´ e temporelle s’´ etalant sur plusieurs ann´ ees. Cette diff´ erence peut ˆ etre interpr´ et´ ee de diff´ erentes fa¸cons. Ainsi, il est possible que la trajectoire suivie par la caustique conduise ` a une amplification significative du contin- num uniquement si la r´ egion ` a l’origine de l’´ emission reste dans une partie de la carte d’amplification o` u le facteur µ est proche de l’unit´ e. En consid´ erant un cas plus r´ ealiste de cartes d’amplification sous forme de r´ eseau de caus- tiques, il peut ˆ etre possible d’amplifier fortement la r´ egion ´ emettant le conti- nuum sur de longues p´ eriodes temporelles en n’affectant que faiblement la r´ egion ´ emettant les raies en ´ emission (lorsque le cisaillement γ est significa- tif, p.ex. Abajas et al. [2007]). Une taille sup´ erieure de la r´ egion ` a l’origine des raies en ´ emission pourrait ´ egalement permettre d’accroˆıtre la dur´ ee du- rant laquelle la microlentille amplifie substantiellement le continuum tout en affectant peu la composante en ´ emission.

11.4 Conclusions

Dans ce chapitre, nous avons ´ etudi´ e le cas du ph´ enom` ene de microlentille

`

a l’oeuvre dans la composante D du quasar H1413+117. Nous nous sommes

limit´ e ici ` a l’explication de la variation spectrale observ´ ee dans le profil de la

raie de r´ esonance du CIV. Cette derni` ere montre depuis plus de dix ann´ ees un

profil en ´ emission dont la largeur ´ equivalente est sensiblement moindre dans

la composante D que dans les autres composantes du mirage. De plus, une

(11)

11.4. CONCLUSIONS 189

Fig. 11.5 – Figure similaire ` a la Fig. 11.4 mais ici pour les cas (A) R

in

= 0.5 r

E

et (B) R

in

= 0.05 r

E

.

(12)

partie du profil en absorption semble ´ egalement ˆ etre affect´ ee par la micro- lentille. Hutsem´ ekers et al. [2009] ont sugg´ er´ e que cette observation pouvait s’expliquer simplement si la diff´ erence spectrale observ´ ee dans l’absorption

´ etait due ` a une ´ emission sous-jacente peu ou pas affect´ ee par la microlentille.

En mod´ elisant la raie du CIV ` a l’aide de MCRT et en consid´ erant un tran- sit de caustique typique, nous montrons qu’il est possible de reproduire la diff´ erence spectrale observ´ ee dans la composante D du quasar H1413+117. Le profil en ´ emission pr´ esente un double pic, caract´ eristique de la pr´ esence d’un vent optiquement ´ epais r´ e-absorbant une partie de l’´ emission. Le ph´ enom` ene de microlentille gravitationnelle s’av` ere donc particuli` erement int´ eressant pour r´ ev´ eler, dans ce cas, la pr´ esence d’un vent ´ equatorial en expansion plus lente.

Nos mod´ elisations montrent cependant qu’une partie significative du pro-

fil en ´ emission subit l’effet de la microlentille, alors que la d´ ecomposition

spectrale r´ ealis´ ee ` a partir des spectres observ´ es indique que seule une faible

partie de l’´ emission subit effectivement une amplification. Cette observation

sugg` ere que la r´ egion ` a l’origine des raies en ´ emission devrait poss´ eder une

taille effective sup´ erieure ` a celle consid´ er´ ee dans la mod´ elisation. Ainsi en

supposant par exemple que le vent se forme ` a plus grande distance de la

r´ egion ` a l’origine de la source du continuum, il devrait ˆ etre possible de moins

affecter le profil en ´ emission lors du transit de la microlentille et de mieux re-

produire les observations, tout en contraignant la taille de la r´ egion ` a l’origine

des raies en ´ emission et en absorption.

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