LA GUERRE DES
AVANT-POSTES
Ce volume a été déposé à la Bibliothèque Nationale en 1940.
MAURICE NOËL
LA GUERRE DES
AVANT-POSTES
P a r i s
LIBRAIRIE PLON
LES PETITS-FILS DE PLON ET NOURRIT Imprimeurs-Éditeurs-8, rue Garancière ( 6
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Qu 'il soit permis au corres- pondant de guerre du Figaro de dédier, en hommage de grati- tude et d'admiration, ces images hâtives des premiers mois de guerre, aux officiers et aux sol- dats dont il a reçu l'amical accueil aux avant-postes de la Moselle, de la Sarre, de la Blies et des Vosges.
En lisière de bois, cet avant-poste n'était en somme qu'une primitive cahute de planches entre deux hêtres, habitée par les chasseurs à cheval — sans leur monture... Deux d'entre eux, un peu sur la droite exerçaient, derrière le fusil-mitrailleur une surveillance rigoureuse sur le vallon à travers les branches d'un sapin.
Quelques autres, assis sur des caisses, vidaient leurs gamelles, captant les grains de riz sur la paroi avec un art prudent (le tintement même de la cuiller sur le fer est banni tant la nécessité du silence est impérieuse en pareil endroit).
L'un des chasseurs, un fermier des environs
de Caen, tend soudain à son lieutenant une feuille imprimée et à voix basse :
— Vous voyez, mon lieutenant, la guerre n'est pas commencée... c'est écrit sur le jour- nal. Comme quoi c'est par erreur qu'on est ici... Eh bien! le travail m'attend chez moi.
C'est pas des erreurs à faire...
Tous les gars se mettent à rire de l'humour de ce cartésien. Ils rient, et hier ils relevaient après l'attaque d'un détachement allemand, un tué et trois blessés des leurs.
Ce petit livre rassemble des images de la guerre sur terre là seulement où, depuis le 3 septembre elle a pris une réalité : aux avant-postes. Le public parle du front et parle des tranchées tant demeurent souverains sur les esprits les souvenirs de l'autre guerre. Mais la guerre présente déconcerte la mémoire du passé. Il vaudrait mieux parler de la ligne de résistance; elle comprend la ligne Maginot, c'est-à-dire les grands et moyens ouvrages maintenant connus de tous, elle comprend aussi la prolifération extraordinaire qui lui a été donnée depuis cinq mois en milliers de blockhaus, de petits ouvrages de défense, d'abris d'armes automatiques, de fossés et de barbelés. Position inexpugnable où viendrait buter l'ennemi,
Mais en avant de la ligne de résistance, en avant de bien des kilomètres, ainsi que des bourgeons avancés, vivent et combattent les avant-postes. La tactique militaire les désigne sous ce vocable : les sonnettes. Dans le dispo- sitif général, en cas d'offensive allemande leur mission est périlleuse : la garnison de chaque avant-poste reçoit la première vague enne- mie, résiste un moment si elle le peut, la re- tarde et puis se replie. Et ce faisant, elle est pour la ligne de résistance la sonnerie d'alerte.
La guerre, contrairement à l'attente, a borné son activité aux sonnettes. Les avant- postes ne doivent pas évoquer la ligne continue des tranchées de l'autre guerre : ils enferment, dans la plupart des cas, derrière des barbelés, de petites garnisons isolées, de dix, de vingt, de trente hommes et espacées les unes des autres. Véritables postes du désert qui doivent lutter contre les entreprises ennemies le plus souvent sans l'espoir d'un renfort.
Si les Allemands se bornent à faire la guerre à nos sonnettes frontalières, est-ce seulement pour les jeux d'une épreuve de force locale?
Ils exercent au contraire des sondages. Leurs coups de main, ainsi que les nôtres, ont pour objet de tâter le pouls, l'énergie, l'esprit, les
premières positions d'une grande armée silen- cieuse — de faire des prisonniers.
Nous pouvons l'écrire avec une foi honnête : les Allemands auront appris en quatre mois que les combattants français de cette guerre, pas plus que ceux de Verdun, ne sont disposés à lâcher un pouce du sol national, pas mieux à fléchir sous l'attaque. Et s'il est vrai que l'ennemi cherche beaucoup moins des gains de terrain que la capture de la petite garnison d'un poste, nos soldats solitaires font face vic- torieusement aux entreprises minutieuses et mordantes d'effectifs ennemis souvent supé- rieurs de trois ou quatre fois.
Qui a connu les défenseurs des avant-postes a connu aussi la plus haute espérance.
GUERRE DES AVANT-POSTES LA
LA PREMIÈRE RELÈVE DES SOLDATS DE 1939
I
— C'est le temps idéal pour une relève, nous dit le colonel en s'engageant sur la route.
C'est un temps sinistre. Les nuages de la pluie encombrent le ciel. Et pourtant, cette ombre sans fin doit contenir une pincée de blancheur quelque part puisqu'il est possible de deviner là-bas, à deux kilomètres, les masses sombres des deux bois où le bataillon va faire la relève, mais il est bien impossible à dix mètres, de reconnaître les chemins de tra- verse où tour à tour chaque compagnie s'en- gage.
On voit bien où est l'idéal : les gros plans demeurent et les détails s'effacent ; les fan-
vaine, car notre armée ne fait pas d'économie de munitions, dès qu'il s'agit de protéger la vie des nôtres et l'honneur des artilleurs, dans les pires nuits, c'est de ne rien ménager de leur force et de leur savoir, pour protéger la vie de leurs camarades.
Avec le groupe franc dont le mouvement incessant et intrépide les garde, nos avant- postes ont pour protecteurs tout-puissants, les 75.
Janvier 1940,
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