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Il V a 3 0 an la Lune

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Academic year: 2022

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№ 14 - Juin 1999

Il V a 3 0 an la Lune

v

Is

«Starwars»

Chaque génération a éa Légende. Celle Inventée par G. LUCOJ tire éa force de mytheé ancedtraux. Retour aux éourceé du film-culte

J

J

Vivre à la plage contre vents et marées

P O L I T I Q U E : L E C O N S E I L F É D É R A L D A I M S L A T O U R M E N T E -

E C O N O M I E : L E S F U S I O N S , C E S T P O U R L ' E G O

DES P D G - C A M B R I O L A G E S : Q U I A PEUR DE L'ÉTÉ ? -

(2)

V I L #

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Trêve de théorie:

chez diAx, la

pratique vous tend les bras.

diAx, l'entreprise suisse de télécommunications de la nouvelle génération, offre un envi ronnement professionnel e x t r ê m e m e n t intéressant. Celui-ci vous p e r m e t t r a de mettre en pratique le savoir acquis durant votre f o r m a t i o n . Contactez-nous et nous vous présenteron d'excellentes perspectives de carrière, di

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Le Conseil fédéral en ballottage

Portée par des victoires électorales récentes, l'UDCdeChristoph Blocher veut augmenter sa présence au Conseil fédéral. Au détriment des deux socialistes ou de l'un des nou­

veaux élus PDC Ruth Metzler ou Joseph Deiss. De leur côté, les éco­

logistes visent le fauteuil que cette UDC agressive peut perdre dans la bataille. La «formule magique», qui règle la représentation au Conseil fédéral, a du plomb dans l'aile.

Le détail en page 11 ç.

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il lì II > " " "

1

Les fusions, c'est surtout bon pour l'orgueil des PDG

A en croire les patrons, la déferlante actuelle des fusions d'entreprises serait due au «besoin de performances, à la recherche de synergies ou aux écono­

mies d'échelle». Les professeurs de l'Université de Lausanne parlent plu­

tôt d'effet de mode et/ou d'effet bour­

sier.

Explkat'wiu en page 46

THE DEAL

IMPRESSUM Allez savoirl

Magazine de l'Université de Lausanne

№14, juin 1999 Tirage 21'000 ex.

44'000 lecteurs (Etude MIS Trend 1998) Internet: http://www.unil.ch/spul Rédaction:

Service de presse de l'UNIL

Axel-A. Broquet resp., Florence Klausfelder BRA, 1015 Lausanne-Dorlgny

Tél. 021/692 20 71 Fax 021/692 20 75 [email protected] Rédacteur responsable:

Axel-A. Broquet

Conception originale et coordination:

Jocelyn Rochat, journaliste à L'Hebdo Ont collaboré à ce numéro:

Sonia Arnal, Michel Beuret,

Patricia Brambilla, Jean-Bernard Desfayes, Jacques-Olivier Pldoux

Photographe: Nicole Chuard Correcteur: Albert Gain

Concept graphique: Richard Salvl, Chessel http://www.swisscrart.ch/salvi/

Imprimerie et publicité:

Imprimerie Corbaz SA Editions-Publicité: Philippe Beroud Av. des Planches 22,1820 Montreux Tél. 021/966 81 81

Fax 021/966 81 83 Photos de couverture:

Starwars, Episode I: Lucasfilm Ltd.

Coquillage: C. Kœnlg Lune: NASA

S o m m a i r e

Edito page 2

MOLLUSQUES ET CRUSTACÉS : CEUX QUI VIVENT À LA PLAGE

CONTRE VENTS ET MARÉES page

Alors que l'été ramène les touristes vers les plages page

Roscoff, l'observatoire de la plage page Une saison pour déguster page

P O L I T I Q U I

AVIS DE TEMPÊTE SUR LE CONSEIL FÉDÉRAL page 11

Les changements à la tête de l'Etat (1848-1999) page 13 1917-1919: la parenthèse libérale page 15

1929 : l'heure des paysans page 17 1954: l'accord conservateur-socialiste page 19

TOUT CE QU'ON A APPRIS SUR LA HUNE DEPUIS

QU'ON N'Y MARCHE PLUS page 20

Imaginer la naissance de la Lune page 22 Moins de sondes mais plus de science page 27 Clémentine et Prospector page 28

INTERVIEW

CAMBRIOLAGES: «FAUT-IL AVOIR PEUR DES GRANDES VACANCES?»

L'INTERVIEW D'OLIVIER RLBAUX page 29

Les mois de juillet et août sont-ils propices aux cambriolages? page 30 Ces petits riens qui rendent votre demeure peu attractive page 35

LES MYTHES DE «STARWARS», COMPRENDRE TU PEUX page 36

La force des mythes page 37 La Saga, image par image page 43

LES FUSIONS, C'EST SURTOUT BON POUR L'ORGUEIL DES PDG page 46

Aucune contrainte économique ne justifie les fusions page 47 Les fusions en quelques chiffres page 51

«Il y aura toujours une place pour les petites entreprises» page 52 C E Q U ' I L S E N P E N S E N T

page 55 F O R M A T I O N C O N T I N U E

page 56

WÊËËÊBÈËÊSSÊÊBÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÈÊÊÈBA

Cinq ans

d'Allez savoir!

en un coup d'œil page 60

Abonnez-vous, c'est gratuit ! page 64

(3)

L'UNIVERSITÉ À PORTÉE DE TOUTES LES TÊTES

A v e c la sortie de presse du n u m é r o 14 à!Allez j avoir! (que vous tenez en main), le magazine de l'Université de Lau­

sanne passe le cap des cinq ans d'exis­

tence. C'est en juin 1994, en effet, que paraissait le numéro zéro d'une nou­

velle publication destinée à succéder à UniLaïuanne, la revue qui avait jusqu'alors pour mission de «faire rayonner la haute école hors de ses murs». A un magazine essentiellement scientifique, où des enseignants et des chercheurs de la haute école publiaient les résultats de leurs travaux, succédait un titre privilégiant la vulgarisation. Le pari tenté avec Allez javoir! consistait à trouver une nouvelle forme de colla­

boration entre journalistes et cher­

cheurs, histoire de tirer le meilleur p r o ­ fit des qualités des uns et des autres.

En résumé : nous voulions rendre la recherche universitaire plus facile d'ac­

cès. Avec ce rêve : permettre à tous les gens qui s'intéressent à la science de suivre son évolution.

Q u e reste-t-il de cette ambition, cinq ans plus tard? Le bilan chiffré fournit un premier élément d'appréciation:

depuis juin 1994, nous avons enregis­

tré un seul désabonnement p o u r près de 2700 abonnements. Mais le bilan de santé d'un journal tient aussi à des détails plus subtils. Prenons deux exemples dans ce numéro : si vous étu­

diez par exemple les portraits croqués p a r notre talentueuse photographe Nicole Chuard, vous serez sans doute sensible à la confiance que nous font ces chercheurs qui osent poser avec des masques de science-fiction lorsqu'il est question de «La Guerre des étoiles», ou sourire derrière un croissant en papier lorsque nous évoquons les origines de la Lune, ou qui posent devant le Café Fédéral, à Berne, parce qu'Allezàavoir!

refait la politique gouvernementale de la Suisse... Ils témoignent tous de la

connivence qui a pu s'établir entre le magazine et les universitaires.

L'autre détail révélateur tient dans la collaboration, souvent active, que nous rencontrons lorsqu'il s'agit de traiter de sujets a priori peu académiques. Au cours des ans (voir l'index publié en page 60), Allez savoir! s'est ainsi inté­

ressé à des sujets inspirés de films comme « J u r a s s i c Park», «Titanic», ou, cette fois, «La Guerre des Etoiles»

(pages 36 à 45). Parce qu'ils offraient une occasion unique d'évoquer la théo­

rie du chaos, la sociologie des foules ou la nature des mythes. A chaque fois, nous avons trouvé des chercheurs prêts à saisir ce genre d'opportunités pour faire connaître un aspect de la vie scien­

tifique aux cinéphiles qui allaient se ruer dans les salles obscures. Ce 14e numéro est exemplaire à cet égard: les chercheurs qui viennent enrichir notre lecture de «Starwars» travaillent dans des domaines comme la linguistique allemande, le français médiéval et la didactique de l'allemand. Cette ren­

contre du I I Ie type, entre des matières académiques à l'apparence austère et un rendez-vous culturel très attendu, résume bien l'ambition que s'était don­

née Allez savoir!: mettre l'université à portée de toutes les têtes.

Jocelyn Rochat

2 A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

N A T U R E

Mollusques et crustacés :

ceux qui vivent

à la plage contre vents et marées

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9 3

(4)

N A T U R E : C e u x q u i v i v e n t à l a p l a g e c o n t r e v e n t s e t m a r é e s

A LORD QUE L'ÉTÉ RAMÈNE LED TOURIDTED VERD LED PLAGED, L'OCCASION EDT BELLE DE NE PAD D'ALLONGER IDIOT. ET DE DÉCOUVRIR LE PETIT PEUPLE DE L'EDTRAN, AUX CONDITIOND DE VIE DIFFICILED : MOULED, NUCELLED, CRABED ET CIE.

EXCURDION À RODCOFF, EN BRETAGNE, POUR OBDERVER LED FRUITD DE LA MER. MIEUX QUE DUR UN PLATEAU.

.1 acqua l lancier, professeur de biologie à l'Université de Lausanne

L

a vie est ainsi faite qu'elle se fau­

file même dans les lieux les plus extrêmes. Qu'elle occupe jusqu'aux ter­

rains les plus hostiles et rudes. C'est le cas des grèves, ces zones littorales situées entre deux e a u x : tour à tour recouvertes par la mer, puis délaissées, ces terres qui échappent aux catégories élémentaires offrent des conditions de vie particulièrement âpres. Ainsi sur l'estran breton de Roscoff, champ d'ob­

servation privilégié des étudiants en zoologie de l'Université de Lausanne (lire encadré page 7), l'existence pour le petit peuple du grand large est un combat à répétition.

Pas question de couler des jours pai­

sibles quand on est crustacé, mollusque ou annélide. Ici, il faut être capable de tenir la vague, de résister aux coups por­

tés par la mer, puis survivre au jusant.

Supporter d'être battu par les flots puis exposé à l'air libre. Souffrir la lame qui dévisse puis le soleil qui cogne la coquille. L'eau salée et l'eau douce, le sel et la pluie, la sécheresse ou les grands froids, l'oxygène et l'asphyxie. Si le ventre de la mer est clément - la tem­

pérature y est relativement constante - , ses rivages sont tourmentés. Dans l'Aber de Roscoff, les marées atteignent une amplitude de plus de neuf mètres.

4 A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

Sur certaines zones, la mer se retire toutes les six heures sur plus de deux kilomètres, laissant à nu laminaires et goémons, ainsi qu'un large échantillon­

nage d'individus avec ou sans cuirasse.

Faune des profondeurs

Qui sont-ils ces survivants de l'ex­

trême, ces acharnés de l'exploit phy­

siologique? Pour la plupart, ce sont des représentants de la faune benthique, comprenez la faune des profondeurs:

balanes, patelles, moules, nucelles, vers et petits crabes. Emigrés de la grande mer, ce sont les habitants de l'ombre:

des fouisseurs, des filtreurs, des ratis- seurs, habitués à se nourrir des résidus organiques et de leurs colonies de bac­

téries. Ils se souviennent des bas-fonds, là où l'on vit sans lumière. Là où il faut ruser, compenser sans cesse l'absence de confort par l'ingéniosité.

Normal finalement que ce soient eux qui aient réussi à s'adapter aux zones difficiles de l'estran. Pas question tou­

tefois de trop changer sa latitude, ils sont répartis dans des espaces très p r é ­ cis : aller trop haut sur la grève serait prendre le risque de dépasser les limites de leur résistance physiologique.

D e s c e n d r e t r o p bas reviendrait à s'exposer à d'invincibles p r é d a t e u r s :

«Les espèces intertidales ont dû inves­

tir p o u r leur survie, développer une coquille plus épaisse ou un système de respiration autonome. En revanche, elles sont moins bonnes compétitrices que les autres espèces p u r e m e n t marines qui, évoluant dans un milieu favorable, ont eu tout loisir de peaufi­

ner leurs techniques de chasse», explique J a c q u e s Hausser, professeur

de biologie à l'Université de Lausanne, en triturant un briquet orné du triskell, l'emblème celtique.

L'escargot brouteur

Les conditions climatiques sont ru­

des, mais pour la plupart, elles sont devenues vitales. Le rythme binaire des marées a été assimilé, il est devenu hor­

loge interne. Pour preuve, ces petites nucelles ramenées de la côte, installées en aquarium pour observation : elles doivent être chaque jour extraites puis replongées dans l'eau, à heure fixe, his­

toire de leur donner l'impression des marées. A cheval sur les éléments, Lit- torina neritoides est lui aussi dépendant de la terre et de l'eau. Si ce petit escar­

got passe la plupart de son temps sur le rivage, et broute avec plaisir les lichens émergés, il ne peut en revanche se repro­

duire que grâce à la mer. Il pond des œufs planctoniques, que la vague emporte, berce et fait éclore. En sortent des larves nageuses, qui ont la faculté de se disséminer avec les courants et de recoloniser rapidement les emplace­

ments où les populations ont été détruites par des nappes polluées.

Littorina s'accommode bien de son existence terrestre. Au besoin, il peut

toujours se dissimuler sous les cailloux qui offrent leur fraîcheur. C'est le cas de Littorina rupeatri) qui, dès que le soleil énerve les rochers, se rentre dans sa coquille et se laisse tomber à l'aveuglette dans les interstices ombragés. «Un bruit caractéristique et amusant, se souvient J a c q u e s Hausser. Peu importe où le petit brouteur atterrit. La marée mon­

tante le ramènera à la surface.»

La coquille scaphandre

Une stratégie opportuniste et som­

maire, que n'appliquent pas tous les gas­

téropodes. La patelle avec sa coquille en forme de chapeau chinois dispose d'un appareillage plus sophistiqué. Nor­

mal quand on vit continuellement au front, dans les rochers exposés. Maso­

chisme? Péché mignon: elle aime se nourrir des microalgues qui poussent sur la pierre, qu'elle racle de sa langue dentelée (radula). Un goût culinaire ris­

qué, possible à deux conditions : primo, éviter d'être asséchée par une exposi­

tion à l'air libre; secundo, ne pas être emportée par une méchante vague, dont la seule force pourrait la fracasser. Pas question, donc, de s'adonner à une gour­

mandise désordonnée : avant le passa­

ge de la marée et aux heures chaudes d emersion, il faut ranger les couverts. —

Jeunes patelles, Anémone Actinia equinia refermée, balanes et algum rouges encrustantes.

L'escargot est une nu ce lie. mangeur de balanes

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9 5

(5)

N A T U R E : C e u x q u i v i v e n t à l a p l a g e c o n t r e v e n t s e t m a r é e s

Le professeur Hausser sur le terrain

Patella vulgata doit alors penser à sa sur­

vie : s'amarrer et s'encapsuler.

Grâce à un pied qui joue les ven­

touses, elle se fixe solidement à un rocher, dont les anfractuosités sont épousées au millimètre près par les bords de sa coquille. Fermeture : tota­

lement hermétique. Elle crée ainsi un microcosme qui, en cas de longue émer- sion, lui permet de conserver l'humidité nécessaire à ses branchies. Q u e la cha­

leur frappe trop fort, la voilà qui se sou­

lève légèrement pour laisser s'échapper un peu d'eau, histoire de rafraîchir la pierre. Capital : cette brouteuse doit tou­

jours revenir se fixer au même endroit.

Une patelle, trahie par sa mémoire kinesthésique, qui ne retrouve pas son emplacement, sera emportée par le flot, faute de ne pouvoir assurer une parfaite adhésion avec le rocher.

Un crustacé bien amarré

La vie des balanes est encore plus émérite, puisqu'elles seules sont parve­

nues à coloniser les parois les plus bat­

tues par les vagues. Mais aux grandes secousses, les grands moyens : Chthama- Luddtellatiu), pour plus de sûreté, a renon­

cé à toute mobilité et se fixe définitive­

ment à un endroit. Pas question de le déloger: ce crustacé s'installe dès le stade larvaire sur un rocher, s'y cramponne par les antennes et, peu à peu, construit sa carapace tout autour. C'est une loge calcaire, une forteresse, un véritable bunker que l'animal se fabrique. Que l'eau vienne à manquer et le voilà qui ferme ses quatre valves. Que la tempé­

rature monte insupportablement, le voilà qui laisse échapper un jet de vapeur, façon cocotte. Et si la situation devient

vraiment intenable, que l'évaporation est trop forte? «Il ferme tout et passe en anaérobiose. C'est-à-dire qu'il n'utilise plus l'oxygène comme accepteur termi­

nal d'électron dans la respiration. Il se coupe entièrement du milieu et peut tenir une semaine dans cet état, sans se nour­

rir», explique le spécialiste.

La vie en colonie

La moule a opté pour un mode de vie presque similaire, quoique moins cha­

huté. Aux promontoires exposés, elle préfère les failles protégées, où elle peut couler des jours (presque) tranquilles en compagnie de ses congénères. Soli­

dement amarrée grâce à son byssus, elle ne risque pas d'être balayée par les marées. D'ailleurs, les colonies de moules, par leur nombre, forment un biotope relativement protégé de l'impé­

tuosité des vagues et des risques de des- sication. Pour manger? Cette filtreuse n'a qu'à ouvrir ses coques. Elle aspire l'eau, stocke l'oxygène dans ses bran­

chies ciliées, envoie les particules ali­

mentaires à sa bouche et rejette l'eau excédentaire par un siphon. Comme la balane, elle peut se renfrogner derrière sa fermeture hermétique, pour peu que l'eau vienne à manquer.

Duels en eau trouble

Imprenable, le mollusque? Presque.

Son point faible: son ouverture, à la manière d'un calice, sur le haut. O r la chair des moules est tendre et goûteuse, pas seulement au palais des terriens.

Pour peu que la moule se soit installée trop bas dans l'infralittoral et c'est le défilé des dangereux gastronomes. A commencer par l'étoile de mer, qui en raffole. Sa technique est cavalière: elle chevauche de ses bras puissants le petit bivalve et, avec patience et détermina­

tion, force l'ouverture de ses ventouses.

Le bras de fer a commencé : l'une à cali­

fourchon, pressée par son seul appétit, l'autre dessous, contractant son muscle de verrouillage des portes jusqu'à épui­

sement. Q u a n d la moule cède, ce qui arrive dans la plupart des cas, l'étoile de mer dévagine son estomac: elle l'introduit dans sa proie, y sécrète des sucs gastriques, bref consomme sans plus attendre le repas.

L'approche de la nucelle, petit escargot intertidal, est plus laborieuse.

Plus sournoise aussi. A l'affrontement direct, elle préfère le forage, le t a r a u - dage patient et oblique. D e sa redou­

table langue dentelée, Nucetla lapilltu perce un trou dans la coquille de la

Une colonie de balanes

6 A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

R O S C O F F , L ' O B S E R V A T O I R E D E L A P L A G E

C

haque année, Jacques Hausser, professeur de biologie à l'Université de Lausanne, emmène une poignée d'étudiants à la station biologique de Roscoff, située à 60 kilomètres à l'est de Brest. Les liens qui existent entre l'Académie suisse des sciences naturelles et l'observatoire breton permettent ainsi à une trentaine d'étu­

diants défaire un stage de deux semaines sur le terrain. L'occasion pour eux de répertorier la faune marine, de l'analyser et d'en observer la distribution. Au total:plus de 300

espèces passent sous la loupe des uni­

versitaires. Cet enseignement en plein air a généralement lieu en mars, parce que les grandes marées d'Equinoxe offrent un champ d'observation particulièrement intéressant. C'est

aussi le bon moment pour gentiment déranger les crustacés sans être importuné par les touristes: à cette saison, l'estran est vide, beau et riche de milliers de vies aussi fascinantes que discrètes. Pourquoi choisir le littoral armoricain? «Parce que l'on y trouve une quantité étonnante d'embranchements. Au niveau de la

faune et de la flore, il y a plus de différences là-bas en dix mètres d'altitude qu'ici en 2500 mètres», résu­

me le professeur enthousiaste. Pour s'en convaincre : on a répertorié sur le site de Roscoff, lors d'un récent inven­

taire, plus de 300 espèces différentes des seuls mollusques! Anecdotique, mais persuasif: un litre de sable contiendrait plus de mille espèces à mi-marée. Il faut y inclure bien sûr des représentants de la méiofaune, invisibles à l'œil nu.

P.B.

I

I

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(6)

N A T U R E : C e u x q u i v i v e n t à l a p l a g e c o n t r e v e n t s e t m a r é e s

Une moulière bretonne

moule. E n trois ou q u a t r e heures, le mal est fait, la situation irréversible : un petit orifice d ' u n millimètre lui suf­

fit p o u r injecter des enzymes et savou­

rer sa victime, qu'elle aspire à petites gorgées, à la manière d ' u n j u s pressé siroté à la paille.

La tête dans le sable

Pour venir à bout des problèmes de marées et de dessication, certaines es­

pèces jouent les fouisseurs. L'eau est incertaine, trop agitée? Autant dispa­

raître dans le sable qui sait garder une humidité constante, a dû se dire Areni- cola marina, un grand ver d'une vingtaine de centimètres. Le tout est d'arriver à s'y faufiler. Pas si simple quand on est un poids plume. Grâce à sa trompe déva- ginable, il parvient à provoquer de brusques changements de pression dans le sable, le rendant momentanément fluide, le temps de s'y engouffrer. Côté gastro, le lombric n'est pas fine bouche pour un sou: il ingurgite en vrac des bouchées de sable, garde ce qui peut l'être et rejette les grains indigestes. Ce petit aspirateur sans discernement laisse derrière lui, en surface, de minuscules tas de sable excrété, que l'on peut voir à marée basse.

L'amour à distance

Mais comment se reproduire quand on est un ver, planqué, solitaire et miraud? En écoutant la nature. Pas de rencontre romantique au détour d'un corail pour cet annélide très répandu à Roscoff. Mais une fécondation in utero de la m e r : le mâle largue ses gamètes au moment opportun, dicté par la tem­

pérature et certaines conditions de marée. Laquelle, quand elle remonte, se charge de les disperser et de les dissé­

miner dans les terriers des femelles. D e cet accouplement anonyme naissent quantité de larves nageuses, qui passe­

ront une bonne partie de leur petite enfance à la surface de l'eau, encapsu­

lées dans un tube nourrissier. A nou­

veau, c'est un changement brusque de la température aquatique qui déclen­

chera le passage à l'âge adulte. Q u a n d les marées ralentissent et que la mer s'adoucit au contact du sable imprégné de soleil, les larves se laissent tomber au fond de l'eau, très haut sur l'estran.

Elles sont prêtes alors pour commencer leur vie d'adultes en terrier.

Quant à ceux qui ne peuvent se nour­

rir de sable, il leur faut se ménager une bouche en surface. C'est le cas des bivalves, coques ou couteaux p a r

La coriace anémone de mer Actinia equlnia, que lu Bretons appellent «couïlle de chat»

exemple, qui, le corps planqué dans l'épaisseur des fonds marins, utilisent leur siphon comme tuyau d'aération et d'alimentation: «Les crustacés se construisent, eux, un tube en sable, consolidé avec du mucus, qui leur sert à la fois à se pourvoir en oxygène et à se nourrir, à marée haute exclusivement.

Le reste du temps, ils attendent. En fait, ils mangent et respirent à mi-temps», explique J a c q u e s Hausser.

Un crabe entre deux eaux

Mais l'habitant intertidal par excel­

lence reste le crabe enragé, car lui seul a les moyens biochimiques de vivre à la frontière des espèces et des espaces:

grâce à une constitution extrêmement raffinée, en l'occurence trois paires de branchies spécialisées (sur sept ou neuf en tout), cet ubiquiste peut passer d'un milieu à forte salinité à de l'eau presque douce. L'espace de ses branchies étant suffisamment étanche, il se risque même en balades exondées, de préférence pen­

dant la nuit: 1 evaporation est alors plus faible et il évite aussi toute exposition aux U V du soleil. Ce que Carciniu mae- naj redoute plus que tout, ce sont les passages de la marée. Pourquoi? Parce qu'une méchante lame peut le briser en -+P.10

8 A L L E Z S A V O I R ! / 1 4 J U I N 9 9

U N E S A I S O N P O U R D É G U S T E R

M

oules, huîtres et autres petits bivalves font le bonheur des palais gourmands. En toute saison, ou presque. Il faudrait éviter d'en manger entre mai et septembre. Pourquoi? Changent-elles de mode culinaire entre l'été et l'hiver? Non, mais c'est le contenu alimentaire qui change à leur insu. A la belle saison, où les longues heures de lumière favorisent la pousse des végétaux, le menu des petites filtreuses se compose principalement de

phytoplancton, comprenez du plancton d'algues. Or, si les algues en question sont souvent inoffensives pour les mollusques, la plupart sont en revanche toxiques pour les hommes. Une bonne raison de contourner les plateaux de fruits de mer en plein été.

P.B.

A • . *Li

A L L E Z S A V O I R ! / 1 4 J U I N 9 9

(7)

N A T U R E : C e u x qui v i v e n t à la p l a g e c o n t r e v e n t s et m a r é e s

№& «ras- Tf .^^Hw H B

1*

Le crabe enragé (Carcinus Maenas), aussi appelé petit vert, redoute les marées

l'envoyant contre un rocher ou l'entraî­

ner, à son corps défendant, sur les hautes plages. Une véritable tuile qui peut tour­

ner au drame pour celui que l'on appelle aussi le petit vert: il devra redescendre à pied jusqu'à la mer! Au rythme de sa démarche oblique, il ne lui reste parfois plus qu'à espérer trouver un généreux rocher avant l'arrivée du soleil.

Une coriace sans cuirasse

O n l'aura c o m p r i s : pour s'adapter à ce biotope tourmenté, il faut être muni d'un appareillage sophistiqué, d'une solide carapace ou être suffisamment agile pour se déplacer au bon moment.

A moins d'être particulièrement coria­

ce, comme l'anémone de mer Actinia equinia. Cette jolie anomalie n'a ni coquille ni cuirasse et pourtant, elle tient le coup hors de l'eau, pour autant que l'emplacement soit un peu humide.

Il faut dire qu'elle peut rentrer ses ten­

tacules et se transformer, quand la marée est basse, en gros bouton rouge et brillant, caoutchouteux au toucher.

Son enveloppe de mucus lui permet alors de garder un minimum d'eau à l'intérieur, comme une petite gourde de survie. Reste que cet organisme sim- plissime, cette «couille de chat», comme

l'appellent les Bretons, est un miracle de la nature.

Une bonne raison, lors des escapades estivales au bord de la mer, de ralentir, de s'arrêter même. De scruter le sable et les cailloux, à l'heure des grandes marées. De troquer peut-être le solide plateau de fruits de mer, si vite avalé, contre une belle balade attentive et lente. Et de s'asseoir simplement sur l'estran pour s'étonner.

Patricia Bram/nlta

Bibliographie :

« C o n n a î t r e et r e c o n n a î t r e l a f a u n e du l i t t o r a l » de Yves Turquier et Maurice Loir, Ed. O u e s t - F r a n c e , 1981.

« L a m e r v i v a n t e en B r e t a g n e » de François de Beaulieu, Ed. Le Chasse-Maréee/ArMen, 1997.

« L a m e r » de J u l e s Michelet, Ed. Gallimard, Folio.

« G u i d e d e s b o r d s d e m e r » de Peter Hayward, Tony Nelson-Smith et Chris Shields, Ed. Delachaux Niestlé, 1998.

D i t e s - l e e n b r e t o n ! Actinia equinia :

Kouilhenngazh, couille de chat.

Sans doute parce que cette anémone de mer prend une forme arrondie, souple et brunâtre quand elle est contractée.

Dendroloa grosularia :

Bronnou m z , seins rouges.

Parce que ce petit urochordé au corps souple, rouge-marron, éjecte un fin jet d'eau lorsqu'on le touche.

Anamonia viridis :

seurezor, bonne sœur.

Parce que cette anémone de mer est aussi collante qu'une religieuse qui récolte des dons pour les pauvres...

Aplysia punctata :

marc-hadour gwin, marchand de vin.

Sans doute parce que ce mollusque crache un liquide pourpre lorsqu'on le dérange.

1 o

A L L E Z S A V O I R! / №14 J U I N 99

P O L I T I Q U E

Avis de tempête sur le Conseil fédéral

J^JED ÉLECTIOND D'OCTOBRE POURRAIENT BOULEVERDER L'ÉQUILIBRE DED GRANDE PARTID DUIDDED ET DONC LA COM- PODITION DU GOUVERNEMENT. LA «FORMULE MAGIQUE»

EDT DE PLUD EN PLUD DIDCUTÉE. LE COURANT PRO-BLOCBER COMME LED ÉCOLOGIDTED FRAPPENT À LA PORTE DU CONDEIL FÉDÉRAL. LA COURDEPOUR DÉLOGER UN DED NOUVEAUX ÉLUD

PDC OU LED DEUX DOCIALUFTED A DÉJÀ COMMENCÉ.

A L L E Z S A V O I R! / №14 J U I N 99

(8)

P O L I T I Q U E : A v i s d e t e m p ê t e s u r l e C o n s e i l f é d é r a l

. Ii Lu

y

ilt l)i -t.i.i (ci-dessous) et Ruth Metzler (photo du ba.i) accueilli.) à

Fribourg aprè,< leur élection

Ioannii Papadopoulos, politologue, professeur à l'Université de Lausanne

E

lus depuis si peu de temps et déjà menacés... Même si les fanfares d'Appenzell et de Fribourg résonnent encore dans les oreilles de la jeune Ruth Metzler et de l'ex-Monsieur Prix Joseph Deiss, il faut bien songer aux orages annoncés pour l'automne. Les élections fédérales d'octobre - et le renouvellement du Conseil national et du Conseil des Etats qui en découle - s'inscrivent en effet dans un contexte de révolution de palais.

Metzler et Deiss dans la tourmente

Le Parti démocrate-chrétien (PDC) aborde cette échéance électorale la peur au ventre. Car son issue peut remettre en question les deux fauteuils de Conseillers fédéraux qui lui sont traditionnellement attribués. C'est, du moins, ce que prédi­

sent des sondages insistants. Ces quatre dernières années, les baromètres électo­

raux ont régulièrement donné l'Union

démocratique du centre (UDC) de Chris- toph Blocher et du Conseiller fédéral Ogi devant le P D C et ses deux nouveaux ministres Ruth Metzler et Joseph Deiss.

Si la «Metzlermania» n'agit pas et que ces augures se confirment lors des élec­

tions d'automne, c'est la «formule ma­

gique» qui est menacée. Depuis 1959, en effet, les grands partis s'attribuent les fau­

teuils du Conseil fédéral en fonction des scores électoraux : deux sièges reviennent ainsi aux socialistes, deux autres aux radi­

caux, deux au P D C et le dernier des sept va à l'UDC. La répartition actuelle cor­

respond grosso modo aux forces en pré­

sence: les socialistes ont obtenu 21,8%

des voix aux élections fédérales d'automne 1995, les radicaux 20,2 %, le P D C 16,8 %, contre 14,9%àl'UDCet 1 seul Conseiller fédéral. De quoi se sentir à l'étroit quand on sait que ce ministre est le Bernois «mo­

déré» Adolf Ogi, un homme peu repré­

sentatif du courant anti-européen et natio-

1 2 A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

Les sept premiers conseillers fédéraux de 1848. De haut en bas et de gauche à droite : Josef

Munzinger (Soleure), Ulrich Ochsenbein (Berne), Jonas Furrer (Zurich), Henry Druey (Vaud), Stefano Franscini (Tessin), Friedrich Frey-Herosé (Argovie), Wilhelm Nàff

(Saint-Gall)

Le¿ changements à La tête de L'Etat

(1848-1999)

D e 1848 à nos jours, la composition du Conseil fédéral a régulièrement évolué. Elle témoigne des multiples modifications d'équilibres politiques intervenus en 151 ans d'histoire. L e lent passage à la

«formule magique» que nous connaissons (2 radicaux, 2 socialistes, 2 P D C et 1 U D C ) témoigne encore d'une progressive intégration des forces d'opposition.

Celles-ci ont, tout aussi progressivement, atténué leur discours pour le rendre plus gouvernemental. Résumé des étapes précédentes :

1 0 0 % r a d i c a l Le 16 novembre 1848, des chambrer fédérales à forte majorité radicale éluenl ,iept radicaux au Conseil fédérai Parmi eux, il y a un Vaudois (Henri Druey), un Tessinois (Stefano Franacini) et, déjà, un élu de moins de 40 ans (Ulrich

Ochsenbein, 57 ans). Cette gestion du pouvoir monopolistique va durer jusqu'en 1891.

l ' a r r i v é e d e s c a t h o l i q u e s - c o n s e r v a t e u r s

Année charnière à plus d'un titre.

Le peuple s'offre une extension du droit d'initiative qui lui permet désormais de modifier des détaib de la Constitution (jusqu 'alors, seule la révision

totale était enviuigeable).

Et le Lucernoii Joseph Zenip, un catholique- conservateur

(futur PDC), accède au

Conseil fédéral. Les radicaux, qui restent majoritaires au parlement, admettent en effet une forme de

«proportionnelle volontaire" au gouvernement. Cet élargissement du Conseil fédéral récompense la principale force d'opposition qui était devenue très habile dans le blocage du système en gagnant des référendums devant le peuple.

Le gouvernement est désormais composé de 6 radicaux etd'l calhotiqtie-conservateur (6-1).

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

(9)

P O L I T I Q U E : A v i s d e t e m p ê t e s u r l e C o n s e i l f é d é r a l

naliste regroupé autour de l'aile zurichoise et de Christoph Blocher.

Metzler et Deiss doivent être réélus en automne

L'éventuelle contestation de la formule magique serait d'autant plus aisée que le Conseil fédéral in corpore (y compris les deux nouveaux élus PDC) doit être réélu quelques semaines après les élections nationales d'automne. Concrètement, cela signifie que Ruth Metzler comme Joseph Deiss devront être confirmés à leur poste. Le seront-ils si le P D C s'est effondré? La question agite les états- majors de partis.

Leur élection a d'ailleurs été placée dans ce contexte de lutte possible pour les places au Conseil fédéral. Dès février et l'annonce des démissions simultanées - si opportunes, tactiquement parlant - des deux Conseillers fédéraux démo­

crates-chrétiens Flavio Cotti et Arnold

Koller, on a pu prendre la mesure des appétits qui s'aiguisent sous la coupole fédérale.

Les libéraux, ouvertement, et l'Union démocratique du centre (UDC), plus in­

sidieusement, ont signalé leur intérêt pour l'un des fauteuils de ce P D C affaibli.

Quant au président écologiste Ruedi Bau- mann, il a aussi déclaré dans un congrès que l'idée d'une candidature au gouver­

nement faisait son chemin chez les Verts.

La «formule magique»

contestée mais maintenue

Peu adepte de la politique-fiction, le politologue lausannois Ioannis Papado- poulos constate pour sa part que «l'on parle de modifier la formule magique à chaque élection. Or, celle-ci n'a pas changé depuis quarante ans! En compa­

raison internationale, ce système de gou­

vernement apparaît plutôt comme extrê­

mement stable, quasi rigide.»

Si la formule n'a pas évolué, ses détrac­

teurs, eux, ont changé de camp au cours des dernières décennies : «Dans les années 80, la formule magique était surtout contestée à gauche, observe le professeur de l'Université de Lausanne. Certains, au parti socialiste notamment, considéraient que l'appartenance au gouvernement constituait une forme de trahison, eu égard au peu d'influence qui en décou­

lait. Ces derniers temps, la contestation vient plutôt de la droite. On y estime en effet que la présence de la gauche au gou­

vernement impose trop de concessions par rapport aux besoins de l'économie.»

En témoigne l'idée lancée par Chris­

toph Blocher à fin avril : éjecter les deux socialistes du Conseil fédéral et mettre un gros bloc radical - U D C - P D C à la place !

Le paradis des opposants

Originalité du système suisse, il a cher­

ché à intégrer les opposants politiques qui

1 4 A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

la parenthèse libérale

L'abandon du deuxième siège radicai au Conseil fédéral intervient au ternie d'un formidable scandale. En pleine Première Guerre mondiale, au mo- ment où la Suisse est fortement divi- dèe entre des Romandd pro-francai) et ded Alémaniqued pro-allemandd, le payd découvre avec dtupefaction que le

Condeiller fédéral Arthur Hoffmann joue led médiateurs decretd entre

l'Allemagne et la Ruddie

révolutionnaire. Sa tentative vidant à négocier une paix déparée lui coûte

don podte, qui échoit au libéral genevois

Gustave Ador. Cette figure de

condendud national et international prédirait alord le Comité International de la Croix-Rouge.

Le Coiideilfédéral edt dèd lord compodé de 5 radicaux, d'1 libéral et d'1 catholù]ue-cousen'ateur (5-1-1).

Juin 1917. Caricature de

«L'Arbalète» : un scandale politique avait forcé le

Conseiller fédéral Hoffmann à la démission

la révolution proportionnelle

C'edt au sortir de la Guerre mondiale el de la Grève générale de 191S que le peuple duidde adopte enfin le scrutin à

la proportionnelle pour led électiond au Conseil national (précédemment refusé en 1900 et 1910). Cette révo- lution favorise l'éclodion ded formations d'oppodition. Le parti radical y perd da majorité au Conseil national (des 105 élus de 1918, il n'en reste que 63en 1919). Les docialistes (quipassent de 19 à 41 élus) et le nouveau parti des paysans (25 élus) sortent renforcés de

l'opération. «C'en est fini de l'hégémonie des r a d i c a u x qui durait depuis 1848. L'ancien g r a n d parti est obligé de c h e r c h e r des p a r t e n a i r e s de coalition qu'il t r o u v e chez les catholiques- conservateurs », écrit Hans-Ulrich Jost dans «La Nouvelle hutoire de la Suisse...» Les catholujius-eonser- vateurs obtiennent ainsi des radvcau le deuxième fauteuil de Conseiller fédéral qu 'ils réclament depuis des années. Le départ du libéral genevois Ador leur offre cette opportunité.

Premier geste fort du nouveau parlement proportionnel: il refuse

d'élire le candidat officiel que les radicaux vaudou cherchaient à imposer: le syndic de Lausanne Pai, Maillcfer, qui s'est fait des ennemis à gauche, dans la droite alémanique et chez les catholiques, est battu par ce nouveau parlement pliu> difficile à contrôler. A sa place et au cinquième tour d'un scrutin

fou, le parlement élit le radical vaudoLi Ernest Cbtiard qui ne voulait pas entendre parler de Conseil fédéral.

Le gouvernement est désormais composé de 5 radicaux et de 2 catholiques-conservateurs (5-2).

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9 1 5

(10)

P O L I T I Q U E : A v i s d e t e m p ê t e s u r l e C o n s e i l f é d é r a l

gagnent en influence plutôt que de les maintenir à l'écart du pouvoir. La pre­

mière modification de la composition du gouvernement (en 1891, voir ci-contre) a ainsi récompensé la capacité des démo­

crates-chrétiens à bloquer les initiatives des radicaux majoritaires en utilisant l'arme du référendum.

Quant à l'introduction de l'élection du Conseil national à la proportionnelle en 1919, elle a largement facilité l'accès au pouvoir des partis d'opposition. Cela vaut pour les paysans dissidents du parti radi­

cal (entrés au gouvernement en 1929) comme pour les socialistes, qui accèdent finalement au Conseil fédéral durant la Deuxième Guerre mondiale.

Les socialistes longtemps écartés

«C'est vrai qu'un parti d'opposition efficace finit par être intégré à plus ou moins long terme au gouvernement fédé­

ral, observe Ioannis Papadopoulos. Mais

1 6

cela ne veut pas dire pour autant que toute formation politique qui compte sur un électorat important doive siéger au Conseil fédéral. Il n'y a pas de mécanisme automatique du genre stimulus-réponse. » A cet égard, l'exemple du PS est révé­

lateur. Les socialistes n'ont été admis au gouvernement qu'en 1943, soit bien après l'UDC (en 1929). «On peut déduire de cet épisode qu'il ne suffit pas à l'UDC actuelle de dépasser le P D C pour lui prendre un fauteuil au Conseil fédéral», poursuit le professeur de l'Université de Lausanne. Car l'entrée au gouvernement

«s'échange» encore contre un certain nombre de concessions de la part du can­

didat d'opposition. «Si nous reprenons l'exemple socialiste, on voit que ce parti a dû adoucir son programme avant d'entrer au Conseil fédéral : il y a eu au préalable l'acceptation de la doctrine de défense nationale, la Paix du travail, et le PS a rejoint le gouvernement après Sta-

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

lingrad, lorsqu'on s'est rendu compte qu'il fallait désormais compter avec l'URSS.»

Intégrer, mais paralyser

La tendance à l'intégration des oppo­

sants peut-elle se poursuivre cet automne?

Le microcosme politique, qui anticipe un gros revers du P D C (donné à 12 % de voix dans certains sondages), se demande déjà à qui profiterait le siège que perdrait Ruth Metzler ou Joseph Deiss...

On peut songer aux écologistes, ces grands utilisateurs du droit d'initiative qui arrivent au gouvernement en France et en Allemagne, comme dans les cantons vaudois et genevois. On doit aussi pen­

ser au courant blochérien, très habile à mobiliser cette Suisse qui dit «non» dans le cadre de campagnes référendaires.

«Le problème est particulièrement aigu pour l'intégration du courant blochérien, pour des raisons évidentes de crédibilité internationale, estime Ioannis Papado-

' h e u r e d e s p a y s a n s

Erruit Nobs, le premier conseiller fédéral socialiste sur le chemin du gouvernement (caricature du

«Nebelspalter», décembre 1943).

L'accession des socialistes au Conseil fédéral a nécessité du temps et des concessions

/,.-' jeune parti des PAB (les paysans, artisans et indépendants, futurs

UDC) profite d'une double vacance au Conseil fédéral et d'un tour de passe- passe pour se glisser dans la porte.

L'ordre du jour, établi par le président socialute de l'Assemblée fédérale

(Graber), prévoit d'élire le traditionnel Conseiller fédéral zurichois avant le non moins

traditionnel ministre zurichois. Pour ce dernier poste, le socialiste Klb'tti est pressenti. Mais le président des

conservateurs-catholiques, le «faiseur de rois» Heinrich Walter, obtient

l'inversion des deux scrutins. Et ses troupes trouvent suffisamment d'alliés pour pousser au pinacle le dent du PAB bernois Minger, qui devance le candidat radical

Schupbach. Doiwhés à l'eau froide, certains radicaux s'allient alors avec les conservateurs pour faire échouer le candidat socialiste zurichois, et poussent le radical Aleyer, plus proche des milieux économiques, dans le deuxième fauteuil.

La formule gouvernementale est désormais de 4 radicaux, 2 catholiques-conservateurs et 1

•gricu/teur

(4-2-1).

u n s o c i a l i s t e a u g o u v e r n e m e n t Alors que le Parti socialiste présente — sans succès —

des candidats à chaque élection depuis 1929, il finit par trouver l'ouverture

en pleine Deuxième Guerre mondiale. Le parti a le vent en poupe: il vient de gagner Il sièges au Conseil national lors des élections d'octobre. Avec 56 élus sur 194, le PS est devenu le

parti le plus important du Conseil national Mieux, U PS a également remporté deux victoires spectaculaires dans des élections au Conseil des Etats (Soleure et Argovie).

Le Zurichois Ernst Nobs hérite donc d'un siège radical. Il est élu

quasiment sans opposition. «Ce n ' e s t p l u s le militant de classe de 1918

(réd. il avait alors été condamné à six semaines de prison pour son rôle dirigeant durant la grève générale), mais u n m a g i s t r a t d ' e s p r i t social et de m a n i è r e s b o u r g e o i s e s , p a r f a i t e m e n t a d a p t é à la t r a d i t i o n d u Conseil fédéral», observe H.-U.

Jost (op. cit.).

La formule magique est alors de 3 radicaux, 2 catholiques-

conservateurs, 1 agriculteur et 1 socialiste

(3-2-1-1).

u n e p o r t e c l a q u e Elu depuis deux ans à peine, le socialiste zurichout Max Weber claque la porte du gouvernement. Le grand argentier n 'a pas supporté que

le peuple et les cantons refluent son projet de réforme des

finances. C'est un cas rare dans le système démocratique suisse.

Le PS se range néanmoins derrière son ministre et décide de renoncer à sa participation au gouvernement.

Un radical succède à Weber, et la formule gouvernementale passe à : 4 radicaux, 2 catholiques- coiuervateurs et 1 agriculteur

(4-2-1).

SCHÜTZT DIE HEIMAT!

1955, affiche en faveur du projet de réforme des finances fédérales proposée par Max Weber. Le peuple ayant refusé cette réforme, il démissionna aussitôt. (Muséum fur Gestaltung, Zurich)

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

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P O L I T I Q U E A v i s d e t e m p ê t e s u r l e C o n s e i l f é d é r a l

poulos. Si on poursuivait dans la logique en vigueur depuis plus de 100 ans, son intégration devrait se faire un jour ou l'autre. Mais l'histoire ne se répète pas nécessairement.»

La prime aux partis profilés

La question de l'avenir de la «formule magique» n'est pas uniquement politi­

cienne. Elle témoigne de la crise de confiance qui frappe cette Suisse qui doute de ses élus comme de ses institu­

tions, sur fond d'affrontement entre des clivages profonds (ville/campagne, alé­

maniques / romands, pro / anti-ouverture).

«Nous avons le choix entre une crise d'adaptation ou une crise de représenta­

tion, poursuit le politologue. C'est une sor­

te d'impasse, où il y a d'un côté la perspec­

tive d'intégrer un courant qui dénonce les élites politiques et sape leur légitimité, mais qui comporte encore le risque de paralyser un gouvernement déjà sur la défensive.»

D'un autre côté, la non-intégration des blochériens leur donnerait une stature de véritable contre-pouvoir, ce qui cons­

tituerait un excellent argument électoral.

Ces derniers temps, en effet, les élec­

tions ont plutôt souri aux partis les plus profilés : « Le PS a réussi à endiguer la pro­

gression écologiste en devenant plus vert, analyse Ioannis Papadopoulos. Quant à l'UDC de Christoph Blocher, elle a mar­

ginalisé les petites formations conserva­

trices de droite, comme les automobilistes ou les nationalistes.»

Changer les hommes?

Plutôt le système

Comment sortir de l'impasse? Avec un changement plus fondamental, suggère le politologue lausannois, qui vote pour un gouvernement plus cohérent plutôt que pour un gouvernement plus intégrateur. La réforme peut passer par l'élection - en bloc - d'une équipe de Conseillers fédéraux qui

auraient adopté un programme commun.

Ce gouvernement devrait pouvoir être sanctionné s'il ne tient pas ses objectifs.

Pourquoi faire table rase? «Le modèle de gouvernement suisse, copié sur le Di­

rectoire français d'ily a deux siècles, a at­

teint ses limites, estime Ioannis Papado­

poulos. Il fait peser un poids trop lourd sur les Conseillers fédéraux, qui ne sont épaulés que par une administration relativement faible en comparaison inter­

nationale.»

Une réforme aussi fondamentale est- elle imaginable en Suisse, où l'on vient juste d'accepter la perspective théorique d'élire deux conseillers fédéraux du même canton? «C'est vrai que les différentes réformes en profondeur, notamment celles proposées par Gilles Petitpierre et René Rhinow, ont échoué. Cela ne veut pas dire qu 'il ne faille pas souhaiter un changement de formule.»

Jocelyn Roc bat

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

1

C'est la Conseillère fédérale Rutb Metzler qui est chargée de gérer le dossier concernant la réforme du Conseil fédéral

l'accord

conservateur-socialiste

'n théorie, deux sièges radicaux et un diège catholique-conservateur dont à repourvoir dimultanénient.

Mais led catholiqued œuvrent en coulidde. Ib proposent aux socialistes l'arrangement suivant: un coup de main cette fois-ci pour priver led radi- caux du 4 e fauteuil, en échange d'une aide dès la prochaine démission du Conseiller fédéral catholique Etter. A ce moment-là, Us catholiqued renver- raient l'asceiueur en permettant aux socialistes d'élire deux des leurs au gouvernement. La gauche accepte et les élus sont deux conservateurs (dont le Tessinois G. Lepori) et un radical.

Le nouveau Conseil fédéral est désormais composé de: 3 radicaux, 3 catholiques-conservateurs et 1 aqriculteur

(3.3-1).

Giuseppe Lepori est élu à la succession du Conseiller fédéral Kobelt au 2' tour par 128 voix

la «formule magique»

La démission simultanée de quatre Conseillers fédéraux fournit l'opportunité attendue par led socialistes. La gauche rappelle alors la promesse de 1954 aux catholiques- conservateurs ( «deux sièges à vous, deux sièges à nous!»). Et la nouvelle coalition peut imposer la formule actuelle du Conseil fédéral, construite sur la base d'une représentation proportionnelle des partis en présence au Conseil national.

désormais «magique»

passe à : 2 radicaux, 2 catholiques- conservateurs, 2 socialistes et 1

agriculteur

(2-2-2-1).

Le PAB s'appelle désormais UDC et les catholiques-conservateurs ont été rebaptidés PDC. L'UDC grimpe dans les sondages et menace l'équilibre politique établi depuis 1959: le parti

de AI. Blocher lorgne en effet sur le deuxième siège PDC et/ou sur les deux fauteuils docialbted. Leur projet:

il faut un véritable gouvernement de droite. De leur côté, les écologistes visent le siège de l'UDC Ogi. Leur scénario: l'UDC devient tellement marginale dans ses prises de position qu 'elle pourrait être exclue du gouvernement...

Sur un plan moins politicien, un projet de réforme du Conseil fédéral a été ré- cemment soum'id à consultation. Il por- te sur deux nouveaux modèles de gouvernement (un Conseil fédéral élar- gi, peut-être à onze membres, ou un

Conseil fédéral réduit, mais doté de nombreux ministres sous sed ordres).

Si cette reforme devait aboutir, elle changerait fondamentalement la donne.

C'est la Conseillère fédérale Rut h Aletzler qui est désormais chargée de gérer ce dossier. Enfin, si on lui en

laisse le temps.

Jocelyn Rochat

S OURCES

U r s A l t e r m a t t , «Conseil fédéral», E d . C a b é d i t a , 1993.

H a n s - U l r i c h J o s t , « M e n a c e e t repliement», in: «La N o u v e l l e h i s t o i r e d e la S u i s s e et d e s Suisses», t o m e III, P a y o t , 1983.

A r t h u r Fritz Reber, « D e r W e g zur Z a u b e r f o r m e l , S c h w e i z e r B u n d e s r a t s w a h l e n 1919-1959», P e t e r L a n g , 1979.

J o c e l y n R o c h a t , « E r n e s t Chuard, le C o n s e i l l e r fédéral m a l g r é lui», in: «Revue s u i s s e d'histoire», vol. 39, 1989.

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

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T

T

rente ans déjà! C o m m e le temps passe! » Il y a u r a 30 ans le 20 juillet ( p o u r les Américains, mais le 21 juillet p o u r les l ù u o p é e n s ) , les a s t r o n a u t e s Neil A r m s t r o n g e t Edwin Aldrin étaient les p r e m i e r s h o m m e s à mettre le pied s u r le satellite naturel de la Terre. A r m s t r o n g â n o n n a i t alors la p h r a s e , p r é p a r é e d e longue date, q u e tous les livres d'histoire ont repris d e p u i s : «C'est un petit pas p o u r l'homme mais un g r a n d bond p o u r l'humanité...»

Cinq missions Apollo et trois a n s plus tard, tout s'est a r r ê t é , LIN a p p a ­ rence, plus p e r s o n n e ne s'intéresse à

la Lune. Vous le croyez v r a i m e n t ? Vous avez tout faux! M ê m e déflorée, la Lune c o n t i n u e à p a s s i o n n e r les savants, d o n t b e a u c o u p rêvent d'y retourner.

L e s d é b u t s d e l ' é t u d e

d e s m a t é r i a u x e x t r a t e r r e s t r e s

«Le p r o g r a m m e Apollo a été fon­

d a m e n t a l , s'enthousiasme le p r o l . J e a n H e r n a n d e z , de l'Institut d e minéralogie et p é t r o g r a p h i e de l'Uni­

versité de Lausanne. G r â c e aux douze a s t r o n a u t e s de ces six missions, c'est la p r e m i è r e lois - hormis la r é c u p é ­ ration des météorites - q u e nous

E S P A C E

Tout ce qu'on a appris sur la Lune

depuis qu'on n ' Y marche plus

J^/a Terre célèbre, le 21 juillet prochain, le trentième anni- versaire du premier aluniddage d'Apollo. Un «petit pad pour l'homme» qui d 'edt transformé en bond de géant dand la connaiddance de notre satellite. Une science qui n 'a ceddéde progredder, même di l'on n 'envoie plud de middiond habitéed

rompre le calme infini de la Mer de Sérénité.

2 0 A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9 2 1

(13)

E S P A C E : 3 0

e

a n n i v e r s a i r e d u p r e m i e r a l u n i s s a g e d ' A p o l l o

Jean Hernández, de l'Institut de minéralogie et pétrographie de l'Université de Lausanne

>

pouvions mettre la main sur du maté­

riau e x t r a t e r r e s t r e et l'étudier. Il a été d é t e r m i n a n t non seulement p o u r la connaissance de notre satellite lunaire mais encore p o u r celles de la Terre et du système solaire, s u r t o u t d a n s la r e c h e r c h e sur leur origine respective.

Il nous a permis de d é v e l o p p e r des m é t h o d e s et t e c h n i q u e s nouvelles en géochimie isotopique et en géotech­

nique; plus q u e la connaissance p u r e , cela nous a permis p a r la suite d'aller plus loin sur la Terre. C'est en quelque sorte du r e m b o u r s e m e n t sur inves­

tissement...»

Q u e l q u e 2'200 échantillons de r o ­ che lunaire, d'un poids total de 386,7 kg et p r o v e n a n t de six sites différents, ont été r a m e n é s de ces expéditions. A raison de 25 milliards de dollars d é p e n s é s dans les années 1960 p o u r l'ensemble du p r o g r a m m e Apollo, ça fait cher le g r a m m e . M a i s le résultat de l'analyse de ces fragments de roche s'est révélé sans prix. Q u e nous ont- ils a p p r i s ? N o t a m m e n t qu'ils étaient très différents de matériaux terrestres à certains égards, mais parfois aussi t r è s r e s s e m b l a n t s , p u i s q u ' o n y d é c o u v r e d ' é t o n n a n t e s similitudes avec la croûte t e r r e s t r e .

Imaginer la naissance de la Lune

D a n s les p i e r r e s lunaires, recueil­

lies à la surface, p a s t r a c e d'eau, p e u d'éléments volatils c o m m e le sodium ou le potassium; mais d a v a n t a g e d'éléments réfractaires, c o m m e l'alu­

m i n i u m ou le m a g n é s i u m qui exigent des t e m p é r a t u r e s plus élevées p o u r s'évaporer. La L u n e a d o n c p e r d u la quasi-totalité de ses éléments volatils

mais p a s ses éléments réfractaires.

Ces conclusions, p e u p a r l a n t e s p o u r le profane, sont p o u r t a n t des pièces essentielles d'un r é b u s qui p e r m e t finalement a u x spécialistes d'imagi­

n e r ce q u ' a été la naissance de n o t r e satellite.

«On est proche aujourd'hui du con­

sensus d a n s ce d o m a i n e n a g u è r e con­

troversé, explique J e a n H e r n a n d e z . O n imagine désormais q u ' i l y a eu une collision e n t r e ce q u ' o n p e u t a p p e l e r la p r o t o - T e r r e et un planétoïde d ' u n e fois et demie la taille de M a r s - d o n t le d i a m è t r e est inférieur de moitié à celui de notre globe. Cela s'est passé il y a un peu plus de 4 milliards d'années, à l'époque où les planètes étaient en train de p r e n d r e forme. Il y avait encore q u a n t i t é d'astéroïdes t o u r n a n t avec elles a u t o u r du Soleil.

Les chocs étaient n o m b r e u x et vio­

lents, comme on peut le constater sur la p l u p a r t des objets célestes qui en

p o r t e n t encore les traces d'impact.

Celui qui nous intéresse ici a été t a n - gentiel. E n t e n d e z p a r là q u ' u n e p a r ­ tie du noyau de l'objet p e r c u t e u r a p é n é t r é d a n s le m a n t e a u t e r r e s t r e ; l'énergie développée a volatilisé u n e partie de la matière, p r é c i s é m e n t ce qui était volatil. M a i s des fragments du m a n t e a u t e r r e s t r e et ce qui restait du planétoïde ont été projetés d a n s l'espace et mis en orbite a u t o u r de la proto-Terre. P a r le p h é n o m è n e connu d'accrétion, ces m o r c e a u x se sont re­

g r o u p é s a u t o u r du plus g r o s . C'est ainsi q u e la L u n e a dû naître...»

La théorie de la collision

O n sait aussi q u e , d a n s cette colli­

sion d ' u n e violence inouïe, u n e frac­

tion du noyau de fer du collisionneur a fondu et s'est en partie amalgamée avec le c œ u r en ferro-nickel de n o t r e Terre. Seuls des débris plus p a u v r e s

Cette simulation montre les résultats de la collision intervenue entre un gros météorite et la Terre, il y a quatre milliards d'années

(image de gauche). Vingt heures après le choc, la gravité commence à faire effet sur les débris (milieu). Et 200 heures plus tard, la Lune s'est formée.

Les petits morceaux qui ne se sont pas concentrés dans la Lune et qui sont encore en orbite vont retomber sur Terre (droite)

en fer ont été réexpédiés vers le ciel.

«Cela p o u r r a i t expliquer le petit noyau ferreux de la L u n e qui r e p r é ­ sente à peine 4 % de son volume contre 1 6 % d a n s le cas de la Terre», explique notre interlocuteur.

L'analyse des d o n n é e s les plus récentes (mars 99) a p p o r t e la certi­

t u d e q u e le noyau (ou faut-il dire le

«pépin»?) de l'astre de la nuit n ' a q u ' e n t r e 440 et 900 km de diamètre, p o u r un d i a m è t r e total de 3'476 km;

la théorie de la collision est ainsi c r é ­ dibilisée sinon confirmée.

Exit le cortège de théories plus ou moins plausibles ou farfelues: pas

Ce dessin de

d ' a c c o u c h e m e n t de la L u n e p a r la Terre en rotation (vitesse de rotation insuffisante p o u r cela), pas d'attirance irrésistible de la L u n e p o u r la Terre avec qui elle a u r a i t flirté de t r o p p r è s (attraction de la Terre juste suffisante p o u r faire dévier l'objet, pas p o u r le c a p t u r e r ) et p a s de n a i s s a n c e conjointe d a n s un même nuage de gaz et de poussières (toutes deux, comme on l'a dit, ont u n e composition t r o p d i s s e m b l a b l e ) . Tant pis... ou t a n t mieux, car c h a q u e semaine qui passe nous en a p p r e n d d a v a n t a g e sur le passé de cet astre mort, sur son p r é ­ sent — observé en p e r m a n e n c e à dis-

NASA, qui date du début des années 60, montre de la Lune telle qu 'on l'imaginait alors

tance mais comme au microscope — et sur son avenir qui conditionne p e u t - être celui de nos d e s c e n d a n t s .

Clémentine

et Lunar Prospector

C'est ainsi q u ' à la fin du mois de m a r s de cette a n n é e , la revue Science a publié, sous la p l u m e d'Alex Halli- day, de l'Ecole polytechnique fédérale de Z u r i c h , un article qui fait le point s u r ce q u e l'on sait et sur ce q u e l'on ne sait p a s encore tout à fait. Le cher­

c h e u r s'appuie non seulement sur les expériences réalisées d a n s le c a d r e

colonisation

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9 2 3

A L L E Z S A V O I R ! / № 1 4 J U I N 9 9 2 2

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Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France disponible en ligne http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/fr/. 1 Rémy

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