Mathématiques
Devoir libre n o 3
à rendre le lundi 8 novembre 2010
Equations différentielles
Ï L’usage de la calculatrice est interdit durant l’épreuve.
Ï Le candidat attachera la plus grande importance à la clarté, à la précision et à la concision de la rédaction.
Ï Si le candidat découvre en cours d’épreuve ce qu’il croît être une erreur d’énoncé, il le précisera dans sa copie.
Ï L’épreuve comporte un problème sur les équations différentielles.
Paris XVIe 2010-2011
Problème Equation de Legendre
Pour tout entier natureln, on considère l’équation différentielle (En) : (x2−1)y′′+2x y′−n(n+1)y=0
appelée équation de Legendre d’ordren. Elle intervient très souvent lors de l’étude de
phénomènes physiques comme la conduction de la chaleur. On recherchera des solutions de cette équation sur l’intervalle ]−1, 1[.
Partie 1 — Résolution de(E0) On considère (E0) : (x2−1)y′′+2x y′=0.
1. 1. Déterminer la solution générale de cette équation sur l’intervalle ]−1, 1[. On poseraz=y′. 1. 2. Trouver les solutionsf de (E0) telles que f(0)=0.
Partie 2 — Résolution de(E1) On considère (E1) : (x2−1)y′′+2x y′−2y=0.
2. 1. Déterminer les solutions polynomiales non nulles de (E1).
2. 2. Soityune fonction définie surΩ=]−1, 1[. Pour toutxdansΩ∗=Ω\ {0}, on pose z(x)= y(x)
x .
2. 2. a. Montrer que siyest solution de (E1) sur ]−1, 1[, alors,zvérifie surΩ∗une équation différentielle du second ordre, notée (E′1), que l’on précisera.
2. 2. b. Etablir l’existence de trois réelsα,βetγtels que
∀x∈Ω∗, 4x2−2 x(x2−1)=α
x+ β
x−1+ γ x+1. 2. 2. c. Résoudre (E′1) sur chacun des intervalles ]−1, 0[ et ]0, 1[.
2. 2. d. En déduire la solution générale de (E1) sur l’intervalleΩ=]−1, 1[.
Partie 3 — Cas général
On considère (En) : (x2−1)y′′+2x y′−n(n+1)y=0 avecnÊ2. On souhaite déterminer l’ensemblePndes solutions polynomiales de (En). On considère le polynôme suivant
P(x)=aqxq+aq−1xq−1+ · · · +a1x+a0, avecaq6=0.
3. 1. Montrer queP∈Pnimpliqueq=netan−1=0.
3. 2. On suppose queP∈Pn.
3. 2. a. Trouver, pour tout 0ÉkÉn−2, une relation de récurrence liantak etak+2. 3. 2. b. Vérifier quean−2k−1=0 pour tout entier naturelktel que 2k+1Én.
3. 2. c. Montrer que, pour tout entier naturelktel que 2kÉn, on a an−2k= (−1)k(n!)2(2n−2k)!
(2n)!k!(n−2k)!(n−k)!an. 3. 2. d. En déduirePn.
Corrigé du problème Equation de Legendre
Partie 1 — Résolution de(E0)
On considère (E0) : (x2−1)y′′+2x y′=0.
1. 1. En posantz=y′, l’équation (E0) est équivalente sur ]−1, 1[ à (E′0) : z′+ 2x
x2−1z=0.
CommeR 2x
x2−1d x=ℓn|x2−1| =ℓn(1−x2) sur ]−1, 1[, les solutions de (E′0) sur ]−1, 1[ sont de la forme
x7→z(x)=λe−ℓn(1−x2)= λ
1−x2, avecλ∈R.
On en déduit que les solutions de (E0) sont exactement les primitives des fonctions précédentes, ie les fonctions de la forme
x7→y(x)= Z
λ d x
1−x2=λargth(x)+µ, avecλetµdansR.
1. 2. Avec les notations précédentes, on af solution de (E0) etf(0)=0si et seulement siµ=0, ie f(x)=λargth(x), avecλ∈R.
Partie 2 — Résolution de(E1)
On considère (E1) : (x2−1)y′′+2x y′−2y=0.
2. 1. SoitP(x)=anxn+ · · · +a1x+a0une solution polynomiale de (E1) avecan6=0. On a alors (x2−1)P′′(x)+2xP′(x)−2P(x)=an[n(n−1)+2n−2]xn+Q(x)=an[n2+n−2]xn+Q(x) avecQ(x) polynôme de degré inférieur àn−1. Ainsin2+n−2=(n−1)(n+2)=0, d’oùn=1. Ainsi, les seuleséventuellessolutions polynomiales non nulles de (E1) sont de degré un. On trouve sans peine, en posantP(x)=ax+baveca6=0, quePest solutionsi et seulement si b=0, ieP(x)=ax.
2. 2. Soityune fonction définie surΩ=]−1, 1[. Pour toutxdansΩ∗=Ω\ {0}, on pose z(x)= y(x)
x .
2. 2. a. Soityune solution de (E1) surΩ. On ay(x)=xz(x),y′(x)=xz′(x)+z(x) et y′′(x)=xz′′(x)+2z′(x) d’oùzest solution surΩ∗de l’équation
(E1) : x(x2−1)z′′(x)+(4x2−2)z′(x)=0, ie. z′′+ 4x2−2
x(x2−1)z′=0.
2. 2. b. Soientα,βetγtrois réels. Pour toutxdansΩ∗, on a α
x+ β
x−1+ γ
x+1=(α+β+γ)x2+(β−γ)x−α x(x2−1) . En choissantα,βetγtels que
α+β+γ=4, β−γ=0, −α= −2, ieα=2 etβ=γ=1, on a bien l’égalité voulue surΩ∗. Ainsi,
∀x∈Ω∗, 4x2−2 x(x2−1)=2
x+ 1
x−1+ 1 x+1. 2. 2. c. Comme surΩ∗,
Z 4x2−2 x(x2−1)d x=
Z2d x x +
Z d x x−1+
Z d x
x+1=ℓn(x2(1−x2)), les solutionszde (E′1) sur ]−1, 0[ et ]0, 1[ sont les primitives de la forme
x7→ λ
x2(1−x2), avecλ∈R. Comme surΩ∗, on a
1
x2(1−x2)= 1 x2+ 1
1−x2 et que
Z d x x2(1−x2)=
Zd x x2 +
Z d x
1−x2 = −1
x+argth(x), les solutionszde (E′1) sur ]−1, 0[ et ]0, 1[ sont les primitives de la forme
z:x7→ −λ
x+λargth(x)+µ, avecλetµdansR.
2. 2. d. Soityune solution de (E1) surΩ. Alors, d’après la question2.2.a., la fonction
x7→z(x)=y(x)/xvérifie (E′1) et donc (d’après la question2.2.c.) qu’il existeλ1,λ2,µ1etµ2dansR tels que
∀x∈]−1, 0[, z(x)= −λ1
x +λ1argth(x)+µ1 et ∀x∈]0, 1[, z(x)= −λ2
x +λ2argth(x)+µ2
et donc
∀x∈]−1, 0[, y(x)=y1(x)= −λ1+λ1xargth(x)+µ1x et ∀x∈]0, 1[, z(x)=y2(x)= −λ2+λ2xargth(x)+µ2x.
Commeyest définie en 0, on doit avoiry1(0)=y2(0), ieλ1=λ2. Commeyest dérivable en 0, on doit aussi avoiry′1(0)=y2′(0), ce qui équivaut, après tout calcul àµ1=µ2. Ainsi,
∀x∈]−1, 1[, y(x)= −λ1+λ1xargth(x)+µ1x.
Réciproquement, on vérifie sans peine queyest solution de l’équation (E1). Les solutions de cette équation surΩsont donc les fonctions de la forme
∀x∈]−1, 1[, y(x)= −λ+λxargth(x)+µx, avecλetµdansR.
Partie 3 — Cas général
On considère (En) : (x2−1)y′′+2x y′−n(n+1)y=0 avecnÊ2. On souhaite déterminer l’ensemblePndes solutions polynomiales de (En). On considère le polynôme suivant
P(x)=aqxq+aq−1xq−1+ · · · +a1x+a0, avecaq6=0.
3. 1. On a a
(x2−1)P′′(x)+2xP′(x)−2P(x)=aq[q(q−1)+2q−n(n+1)]xq+Q(x)=aq[q2+q−n(n+1)]xq+Q(x) avecQ(x) polynôme de degré inférieur àq−1. Ainsiq2+q−n(n+1)=(q−n)(q+n+1)=0, d’où q=ncarq∈N. De plus, On a
Q(x)=[2(n−1)+(n−1)(n−2)−n(n+1)]an−1xn−1+R(x)=[−2n]an−1+R(x) et donc−2nan−1=0 et puisquen6=0, on aan−1=0.
3. 2. On suppose queP∈Pn. On sait alors, d’après la question précédente, que deg(P)=net que
P(x)=
n
X
k=0
akxk avec an−1=0.
3. 2. a. Pour toutxréel, on a
−n(n+1)P(x)=
n
X
k=0
−n(n+1)akxk, 2xP′(x)=
n
X
k=0
2k akxk, x2P′′(x)=
n
X
k=0
k(k−1)akxk et
−y′′(x)=
n
X
k,=2
−k(k−1)akxk−2=
n−2
X
k,=0
−(k+2)(k+1)ak+2xk et donc, puisque les termes de degrésns’éliminent etan−1=0,
(x2−1)y′′(x)+2x y′(x)−n(n+1)y(x)=
n−2
X
k=0
[−n(n+1)ak+2k ak+k(k−1)ak−(k+2)(k+1)ak+2]xk. AinsiP est solution de (En)si et seulement si
∀kÉn−2, −n(n+1)ak+2k ak+k(k−1)ak−(k+2)(k+1)ak+2=0, ie
∀kÉn−2, ak+2=k2+k−n2−n (k+1)(k+2) ak.
3. 2. b. Commean−1=0, on déduit de la relation établie à la question précédente par une récurrence immédiate (surktel que 2k+1Én) que
∀2k+1Én, an−2k−1=0.
3. 2. c. Raisonnons par récurrence surk∈Ntel que 2kÉn. Pour un tel entierk, on note HR(k) : an−2k= (−1)k(n!)2(2n−2k)!
(2n)!k!(n−2k)!(n−k)!an. Ï HR(0) est banale.
Ï Soit un entierktel que 2k+2Én. On supposeHR(k) vraie. On a alors, d’après la formule de récurrence établie à la question..,
an−2k−2= (n−2k)(n−2k−1)
2(k+1)(2(k−n)+1)an−2k= − (n−2k)(n−2k−1) 2(k+1)(2(n−k)−1)an−2k
= − (n−2k)(n−2k−1)
2(k+1)(2(n−k)−1)× (−1)k(n!)2(2n−2k)!
(2n)!k!(n−2k)!(n−k)!an
= (n−2k)(n−2k−1)
2(k+1)(2(n−k)−1)× (−1)k+1(n!)2(2n−2k−2)!(2n−2k−1)2(n−k)
(2n)!k!(n−2k−2)!(n−2k−1)(n−2k)(n−k−1)!(n−k)an
= (−1)k+1(n!)2(2n−2k−2)!
(2n)!(k+1)!(n−2k−2)!(n−k−1)!an d’oùHR(k+1) est vraie.
3. 2. d. D’après ce qui précède, les solutions polynomiales de (En) sont les polynomes de la forme P(x)=λ X
0É2kÉn
(−1)k(n!)2(2n−2k)!
(2n)!k!(n−2k)!(n−k)!xn−2k, avecλ∈R.