Mathématiques
Devoir libre n o 9
à rendre le lundi 28 février 2010
Applications linéaires, arithmétique et polynômes
Ï L’usage de la calculatrice est interdit durant l’épreuve.
Ï Le candidat attachera la plus grande importance à la clarté, à la précision et à la concision de la rédaction.
Ï Si le candidat découvre en cours d’épreuve ce qu’il croît être une erreur d’énoncé, il le précisera dans sa copie.
Ï L’épreuve comporte six exercices.
Paris XVIe 2010-2011
Exercice 1 — Posé à l’oral du concours Centrale en 2010 dans la filière PSI
SoientEunK-ev de dimension finie, f etg dansL(E) tels que E=Im(f)+Im(g)=Ker(f)+Ker(g) 1. Montrer que les deux sommes sont directes.
2. Donner un contre-exemple en dimension infinie.
Exercice 2 — Posé dans la filière MP au concours Mines-Ponts en 2010 Donner le reste dans la division euclidienne de 20102010par 13.
Exercice 3 — Posé à l’oral de l’Ecole Polytechnique en 2010 dans la filière PC
Déterminer lesP∈C[X] tels que
©z∈C|P(z)=0ª
=©
z∈C|(P◦P)(z)=0ª
Exercice 4 — Posé à l’oral de l’Ecole polytechnique en 2010 dans la filière PC
SoitP∈C[X] de degrénÊ2. Sim∈N∗, on notePm=P◦ · · · ◦P(composéemfois). Montrer que, pour tout entier naturelmnon nul,P(X)−X divisePm(X)−X dansC[X].
Exercice 5 — Posé en 2010 à l’oral du concours Mines-Ponts dans la filière PC
Soit (Pn)nÊ0une suite de polynômes telle que
P0=1, P16=0, ∀n∈N, ∀(x,y)∈R2, Pn(x+y)=
n
X
k=0
Pk(x)·Pn−k(y) Pour tout entier natureln, on posean=Pn′(0).
1. ExprimerP1en fonction dea1. 2. Montrer que
∀n∈N, ∀x∈R, Pn′(x)=
n
X
k=0
ak·Pn−k(x)
3. Déterminer le degré dePnainsi que le coeffcient dominant dePnpour toutn∈N.
Exercice 6 — Les polynômes de Tchebychev
SoitnÊ0.
1. Montrer qu’il existe un unique polynôme réelTntel que,
∀t∈R, cos(nt)=Tn(cos(t)) 2. ExpliciterTkpourkÉ3.
3. Pour toutnÊ1, trouver une relation entreTn+1,TnetTn−1.
4. Préciser, pour toutn∈N, la parité, le degré et le coefficient dominant deTn. 5. Déterminer les racines deTn. On précisera les ordres de multiplicité.
6. Etablir que, pour toutnÊ2
¡X2−1¢
·Tn′′+X ·Tn′−n2·Tn=0 7. On pose
Tn=
n
X
k=0
akXk Déduire de ce qui précède une relation entreak+2etak. 8. Prouver que∀k∈Ntel que 2kÉn,
an−2k=(−1)k·n·2n−1−2k·(n−k−1)!
k!(n−2k)!
Corrigé de l’exercice 1 — Posé à l’oral du concours Centrale en 2010 dans la filière PSI
Notonsn=dim(E).
1. Appliquons d’abord la formule de Grassmann à chacune des deux sommes
½n = dim¡
Im(f)+Im(g)¢
=rg(f)+rg(g)−dim¡
Im(f)∩Im(g)¢ n = dim¡
Ker(f)+Ker(g)¢
=dim¡
Ker(f)¢
+dim¡
Ker(g)¢
−dim¡
Ker(f)∩Ker(g)¢ puis le théorème du rang aux endomorphismesf etg
½n = rg(f)+rg(g)−dim¡
Im(f)∩Im(g)¢ n = n−rg(f)+n−rg(g)−dim¡
Ker(f)∩Ker(g)¢ En faisant la somme membre à membre, on aboutit à
0= −dim¡
Im(f)∩Im(g)¢
−dim¡
Ker(f)∩Ker(g)¢ Comme la dimension de tout sev deEest un entier naturel, on en déduit que
dim¡
Im(f)∩Im(g)¢
=dim¡
Ker(f)∩Ker(g)¢
=0 puis que les sommesE=Im(f)+Im(g)=Ker(f)+Ker(g) sont directes.
2. Le résultat précédent devient faux en dimension infinie. Posons f : R[X]−→R[X]
P 7−→P′′
et g :R[X]−→R[X] P 7−→P(0)
On a ½
Im(f) = R[X] Im(g) = R0[X] et
½Ker(f)= R1[X] Ker(g)= X·R[X] AinsiR[X]=Im(f)+Im(g) etR[X]=Ker(f)+Ker(g) mais
Im(f)∩Im(g)=R0[X]6={0} et Ker(f)∩Ker(g)=vect(X)6={0}
Corrigé de l’exercice 2 — Posé dans la filière MP au concours Mines-Ponts en 2010
On a successivement
2010≡8 [13]
20102≡64≡ −1 [13]
20104≡1 [13]
La division euclidienne de 2010 par 4 s’écri- vant 2010=4·502+2, on a
20102010=¡
20104¢502
·20102
≡1502×20102[13]
≡20102[13]
≡ −1 [13]
≡12 [13]
Le reste dans la division euclidienne de 20102010par 13 est donc égal à 12.
Corrigé de l’exercice 3 — Posé à l’oral de l’Ecole Polytechnique en 2010 dans la filière PC
Posons
Z(P)=©
z∈C|P(z)=0ª Z(P◦P)=©
z∈C|(P◦P)(z)=0ª Ï Les polynômes constantsP vérifient claire- mentZ(P)=Z(P◦P).
Ï Recherchons les éventuels polynômes P non constants vérifiant Z(P)=Z(P◦P). Soit P un tel polynôme, notons n Ê 1 son de- gré. Soit z ∈ Z(P). On déduit du théorème de D’Alembert-Gauss que le polynôme non constant
Q(X)=P(X)−z
admet au moins une racine complexe, i.e. il existez′∈Ctel que
z=P(z′)
On a alors
(P◦P)(z′)=P(z)=0 doncz′∈Z(P◦P)=Z(P) d’où
z=P(z′)=0
Ainsi, 0 est la seule racine complexe de P. PuisqueP est scindé sur C, on en déduit que P est de la formeP =λ·Xn avecλ∈C∗. Il est clair que, réciproquement, tout polynôme P de la formeP=λ·Xn avec (λ,n)∈C∗×N∗est solution puisqu’on a alorsP◦P=λn+1·Xn2. Ï Conclusion: les polynômes P ∈C[X] véri- fiantZ(P)=Z(P◦P) sont exactement ceux de la forme
λ·Xn avec (λ,n)∈C×N.
Corrigé de l’exercice 4 — Posé à l’oral de l’Ecole polytechnique en 2010 dans la filière PC
Raisonnons par récurrence surm∈N∗. Pour tout entier naturelmnon nul, notonsHR(m) la proposition suivante : toutP∈C[X] de degré supérieur ou égal à 2,P(X)−X divisePm(X)−X dansC[X].
Ï Pourm=1, le résultat est banal carPm(X)−X =P(X)−X.
Ï SoitmÊ1. SupposonsHR(m) vraie. SoitP∈C[X] de degrénÊ2. Ecrivons P(X)=
n
X
k=0
pk·Xk
CommePm+1=P◦Pm, on a Pm+1(X)−P(X)=
n
X
k=0
pk·Pm(X)k−P(X)=
n
X
k=0
pk·
³
Pm(X)k−Xk´ Pour tout 0ÉkÉn, on a
Pm(X)k−Xk=(Pm(X)−X)·
k−1
X
ℓ=0
Pm(X)ℓ·Xk−1−ℓ
ainsiPm(X)−X |Pm(X)k−Xk dansC[X] et doncPm(X)−X |Pm+1(X)−P(X) dansC(X]. D’après HR(m),P(X)−X |Pm(X)−X dansC[X] doncP(X)−X divisePm+1(X)−P(X) dansC[X] d’où P(X)−X divisePm+1(X)−P(X)+(P(X)−X)=Pm+1(X)−X dansC[X] etHR(m+1) est vraie.
P(X)−X divisePm(X)−X dansC[X].
Corrigé de l’exercice 5 — Posé en 2010 à l’oral du concours Mines-Ponts dans la filière PC
1. CommeP0=1,P1vérifie
∀(x,y)∈R2, P1(x+y)=P1(x)+P1(y) Fixons arbitrairementy∈Ret dérivions par rapport àx: on obtient
∀x∈R, P1′(x+y)=P1′(x)
En particulier pourx=0,P1′(y)=a1. Comme cela est vrai pour touty∈R, il existec∈Rtel que
∀y∈R, P1(y)=a1·y+c Mais l’égalité
∀(x,y)∈R2, P1(x+y)=P1(x)+P1(y)
impose alors, pour les valeurs particulièresx=y=0,P1(0)=c=2P1(0)=2c d’oùc=0. Ainsi,
∀x∈R, P1(x)=a1·x 2. Soitn∈N. On a
∀(x,y)∈R2, Pn(x+y)= Xn k=0
Pk(x)·Pn−k(y) En fixant arbitrairementx∈Ret en dérivant par rapport ày, on obtient
Pn′(x+y)=
n
X
k=0
Pk′(x)·Pn−k(y) En particulier, pourx=0 :
Pn′(y)=
n
X
k=0
Pk′(0)·Pn−k(y)=
n
X
k=0
ak·Pn−k(y) Commeyest une variable muette arbitrairement fixée dansR, on a
∀x∈R, Pn′(x)=
n
X
k=0
ak·Pn−k(x)
3. Prouvons par récurrence surn∈Nla proposition suivanteHR(n) : pour tout 0ÉkÉn,Pkest une fonction polynôme de degréket de coefficient dominanta
k 1
k!. Ï HR(0) est clairement vraie carP0=1.
Ï Soitn∈N. SupposonsHR(n) vraie. CommeP0est constant,a0=P0′(0)=0. Ainsi
∀x∈R, Pn′(x)=
n+1
X
k=0
ak·Pn+1−k(x)=
n+1
X
k=1
ak·Pn+1−k(x)
n+1−k
1ÉkÉnet queP0′=0. Commea16=0 et deg(Pn)=n(d’aprèsHR(n)),a1·Pn+1−1=a1·Pnest de degrénet de coefficient dominant égal àa1·a
n 1
n! (toujours d’aprèsHR(n)) d’oùPn+1′ est de degrén et de coefficient dominant égal à a
n+1 1
n! . On en déduit quePn+1est de degrén+1 et de coefficient dominant n+11 ·a
n+1 1
n! = a
n+1 1
(n+1)!. La propriétéHR(n+1) est donc vraie.
Ï On en déduit que, pour tout entier natureln,Pnest un polynôme de degrénet de coefficient dominant a
n 1
n!.
Corrigé de l’exercice 6 — Les polynômes de Tchebychev
1. C’est parti !
Ï Prouvons l’unicité de Tn. SoientUnetVndeux polynômes vérifiant la relation de l’énoncé.
PosonsP=Un−Vn. Le polynômeP vérifie
∀t∈R, P(cos(t))=0
il admet donc une infinité de racines : les réels appartenant au segment [−1, 1]. On a doncP=0 etUn=Vn.
Ï Prouvons l’existence de Tn. Soientn∈Nett∈R. D’après la formule de Moivre, cos(nt)=Re³³
ei t´n´
Or, d’après la formule du binôme,
(ei t)n=(cos(t)+isin(t))n=
n
X
k=0
Ãn k
!
iksink(t) cosn−k(t) Et puisqueik∈Rsi et seulement si k est pair,
cos(nt)= X
0É2kÉn
Ãn 2k
!
·i2k·sin2k(t) cosn−2k(t)= X
0É2kÉn
Ãn 2k
!
·(−1)k·cosn−2k(t)¡
1−cos2(t)¢k
Ainsi, en posant
Tn= X
0É2kÉn
Ãn 2k
!
·(−1)k·¡
1−X2¢k
·Xn−2k on a bien
∀t∈R, Tn(cos(t))=cos(nt) 2. On a clairementT0=1 etT1=X.
Ï Puisque pour touttréel cos(2t)=2 cos2(t)−1, on aT2=2X2−1.
Ï Puisque pour touttréel,
cos(3t)=cos(2t) cos(t)−sin(2t) sin(t)=(2 cos2(t)−1) cos(t)−2(1−cos2(t)) cos(t)
=4 cos3(t)−3 cos(t) on aT3=4X3−3X.
cos(p)+cos(q)=2 cos³p+q 2
´
·cos³p−q 2
´
Ainsi,∀nÊ0 ett∈R,
cos((n−1)t)+cos((n+1)t)=2 cos(nt) cos(t) Le polynôme
P=Tn−1+Tn+1−2X Tn
admet donc une infinité de racines, les nombres de la forme cos(t),tdécrivantR. On en déduit que le polynômeP est nul, ieTn+1=2X Tn−Tn−1.
4. Prouvons par récurrence surnÊ1 la propositionHR(n) suivante,
«pour tout1ÉkÉn,Tkest de degré k, de cœfficient dominant2k−1et a la même parité que k».
Ï L’hypothèse est banale aux rangs 1 et 2.
Ï SoitnÊ2. SupposonsHR(n) vérifiée. PuisqueTn+1=2X Tn−Tn−1, on a deg(2X Tn)=n+1>deg(Tn−1)
donc deg(Tn+1)=n+1 et le coefficient dominant deTn+1est celui de 2X Tnc’est-à-dire 2×2n−1=2n. Les polynômes 2X TnetTn−1ayant la parité inverse de celle deTn, il en est de même deTn+1. L’hypothèseHR(n+1) est donc vérifiée.
Ï L’hypothèseHR(n) est donc vraie pour tout entier naturelnÊ1 d’après le principe de récurrence.
5. SoitnÊ1. Posons pour tout 0ÉkÉn−1, αk=cos
µ π 2n+kπ
n
¶
On a alors
Tn(αk)=cos(π/2+2kπ)=0 Puisque pour tout 0ÉkÉn−1 ,
0É π 2n+kπ
n Éπ
et que la fonction cosinus est injective sur [0,π], lesαk sontnracines disctinctes deTn ;Tnétant de degrén, lesαksont les seules racines deTnqui sont donc simples.
6. Posons pour tout nombre réelt,
f(t)=cos(nt)−Tn(cos(t)) La fonction f est de classeC∞surRet sur cet intervalle,
f′(t)= −nsin(nt)+sin(t)Tn′(cos(t)) puis
f′′(t)= −n2cos(nt)−sin2(t)Tn′′(cos(t))+cos(t)Tn′(cos(t))
= −n2cos(nt)+cos(t)Tn′(cos(t))−¡
1−cos2(t)¢
Tn′′(cos(t)) Puisquef est nulle surR, le polynôme
P=¡
X2−1¢
Tn′′−X Tn′−n2Tn
admet une infinité de racines, les nombres de la forme cos(t),tdécrivantR. AinsiP=0.
X2Tn′′=
n
X
k=0
k(k−1)akXk et Tn′′=
n−2
X
k=0
(k+1)(k+2)ak+2Xk, mais aussi
X Tn′ =
n
X
k=0
k akXk
La relation démontrée à la question précédente s’écrit donc
n
X
k=0
(k2−n2)akXk=
n−2
X
k=0
(k+1)(k+2)ak+2Xk Ainsi, après identification des coefficients, pour tout entierkÉn−2,
ak+2= k2−n2 (k+1)(k+2)ak
8. Soit un nentier naturelnÊ1. Prouvons par récurrence surkÉ¥n
2
¦que an−2k=(−1)kn2n−1−2k(n−k−1)!
k!(n−2k)!
Ï Le résultat est acquis au rang 0 puisquean=2n−1. Ï Supposons la formule vérifiée au rangk<¥n
2
¦. Posonsℓ=n−2k−2. On a aℓ = aℓ+2
(ℓ+1)(ℓ+2)
ℓ2−n2 = −an−2k(n−2k−1)(n−2k) 4(k+1)(n−k−1)
= −(−1)kn2n−1−2k(n−k−1)!
k!(n−2k)!×(n−2k−1)(n−2k) 4(k+1)(n−k−1)
= (−1)k+1n2n+1−2(k+1)× (n−k−2)!
(n−2k−2)!(k+1)!
D’oùHR(n+1).
Ï La formule est donc acquise jusqu’au rang¥n
2
¦d’après le principe de récurrence.