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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Hirtz, N. V. (2014). Argentine: de la révolte vers un nouveau cycle de gouvernance : l'expérience du mouvement des entreprises récupérées par les travailleurs (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des Sciences sociales et politiques – Sciences sociales et Sciences du travail, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/209206/6/52572a47-f664-477b-8233-490aacb0b734.txt

(English version below)

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(2)

UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES Faculté des Sciences Sociales et Politiques

Département des Sciences Sociales et des Sciences du Travail

Argentine: de la révolte vers un nouveau cycle de gouvernance. L’expérience du mouvement des

entreprises récupérées par les travailleurs

Dissertation doctorale présentée en vue d’obtenir le titre de Docteure en Sciences politiques et sociales.

par

Natalia Vanesa Hirtz

Sous la codirection des Professeures

Marcelle Stroobants et Bérengère Marques—Pereira

Membres du Jury Marcelle Stroobants (Université Libre de Bruxelles) Bérengère Marques—Pereira (Université Libre de Bruxelles) Mateo Alaluf (Université Libre de Bruxelles) Laurent Vogel (Université Libre de Bruxelles) David Garibay (Université Lumière Lyon 2 et Université d’Auvergne)

Année académique 2014-2015

(3)

REÇU LE

2 4 -06- 2014

Cariotta PISCOPO

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UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES Faculté des Sciences Sociales et Politiques

Département des Sciences Sociales et des Sciences du Travail

Argentine: de la révolte vers un nouveau cycle de gouvernance. L’expérience du mouvement des

entreprises récupérées par les travailleurs

Dissertation doctorale présentée en vue d’obtenir le titre de Docteure en Sciences politiques et sociales.

par

Natalia Vanesa Hirtz

Sous la codirection des Professeures

Marcelle Stroobants et Bérengère Marques—Pereira

Membres du Jury Marcelle Stroobants (Université Libre de Bruxelles) Bérengère Marques-Pereira (Université Libre de Bruxelles) Mateo Alaluf (Université Libre de Bruxelles) Laurent Vogel (Université Libre de Bruxelles) David Garibay (Université Lumière Lyon 2 et Université d’Auvergne)

Année académique 2014-2015

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Remerciements

Cette recherche n’aurait jamais vu le jour sans le soutien, l’amitié et la solidarité de nombreuses personnes. En premier lieu, je tiens à remercier les travailleurs et les travailleuses de Brukman, de Zanôn et de Junin mais aussi de l’IMPA et du BAUEN qui m’ont transmis leurs expériences et leurs savoirs. Faute de pouvoir tous les nommer, je citerai plus particulièrement ceux avec lesquels j’ai entretenu les rapports les plus étroits et dont leur rencontre fut essentielle pour l’enquête de terrain : Carlos Qininir et sa famille, mais aussi tous les travailleurs de Zanôn ont été des hôtes extrêmement accueillants ; le rôle d’Alffedo a été déterminant dans le déroulement de l’enquête à Brukman ; Esteban Torletti m’a permis de mener dans la durée des observations et des entretiens au sein de la Clinique Junin ; enfin, Pablo Pineiro a apporté des informations très précises et du matériel d’enquête extrêmement important sur le Mouvement National des Entreprises Récupérées.

Au commencement, cette thèse était codirigée par Bérengère Marques-Pereira et Mateo Alaluf. Je les remercie chaleureusement pour leur encadrement, leur confiance et leur soutien tout au long de ces années. Marcelle Stroobants a accepté d’être d’abord présidente du comité d’accompagnement, puis promotrice de la thèse après le départ en retraite de Mateo Alaluf et de Bérengère Marques-Pereira. Sa rigueur dans le travail et les orientations scientifiques qu’elle a suggérées furent d’un grand apport. Un tout grand merci à Bérengère Marques- Pereira qui a toujours été disponible pour lire cette thèse et suggérer des remarques fort pertinentes. Son investissement et ses conseils avisés m’ont permis de mener à bien cette recherche. Je tiens à remercier également Laurent Vogel et David Garibay d’avoir accepté de faire partie du jury de thèse.

Cette thèse doit beaucoup au travail collectif du groupe de recherche « La estructura del Trabajo en la Argentina (encuesta obrera) » de l’Université Nationale de Côrdoba (UNC) au sein duquel nous avons mené une enquête sur la condition de travail dans la clinique Junin entre 2007 et 2011. La collaboration étroite que nous avons nouée dans ce cadre avec Pablo Alejandro Pozzi, Marta Susana Giacone, Eduardo Maturano, Ana Lia Machado, Andrés Damiani et Carlos Alvarez ainsi que le climat convivial ont favorisé des échanges et des réflexions primordiales pour cette thèse. Le financement octroyé par la Secretaria de Ciencia

(6)

Je tiens aussi à remercier, pour le soutien qu’ils m’ont accordé, mes collègues du groupe de recherche « Capitalisme y burocracia estatal en el siglo XXI » (Universidad Nacional de Côrdoba, Secretaria de Ciencia y Tecnologia Côrdoba, Argentina) : Jorge Nelson Ahumada, Stella Marys Regis, Marta Susana Giacone, Gabriela Rômer, Edgardo Daniel Vaca et Maria Gisela Veritier. En effet, ils m’ont libérée de certaines tâches de travail durant les derniers mois de rédaction de cette thèse, ce qui fut essentiel pour mener ce travail à son terme.

Mes amies. Amandine Cheyns et Myriam Dieleman m’ont soutenue durant les moments les plus difficiles. Myriam a tenu jusqu’au bout du projet. Son aide fut d’une importance essentielle pour la rédaction de cette thèse à laquelle elle a consacré beaucoup de son temps pour la lecture de chaque chapitre et a apporté des conseils toujours judicieux de réécriture. Je tiens à remercier également ma mère qui fiit la première à m’encourager à tenter cette expérience de recherche et qui m’a appuyée jusqu’au bout de ce long chemin. Enfin, l’amour et la patience de Thierry De Meersman y sont pour beaucoup mais aussi son aide dans la construction de la base de données statistiques.

Merci aussi à Rachel Carton, Claire Scohier, Francine Bolle et Cataline Sénéchal qui ont lu différents chapitres de cette thèse et qui ont largement contribué à son amélioration. Je voudrais aussi remercier Eduardo Maturano pour ses recommandations concernant certains processus clés d’analyse des données ainsi que Fabien Chantry qui a eu une patience inouïe pour m’expliquer comment dépasser certains problèmes d’incompatibilité entre mon programme Excel et le logiciel d’analyse de données et de traitement statistique SPAD. Enfin, merci à Milena Strange pour sa collaboration dans la mise en page de cette thèse.

Le soutien financier octroyé par le Centre de Documentation et d’information sur l’Enseignement Supérieur (du Ministère de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du Gouvernement du Grand- Duché de Luxembourg) m’a permis de mener à bien les premiers années de cette recherche. Le Prix Fonds David et Alice VAN BUUREN, a été d’une grande aide pour terminer cette thèse.

y Tecnologi'a (Côrdoba - Argentina) nous a permis de compter avec une partie du matériel nécessaire pour mener cette enquête.

(7)

Absurdo es suponer que elparaiso es solo la igualdad, las buenas leyes.

El sueno se hace a mano y sin permiso arando el parvenir con viejos bueyes.

Silvio Rodriguez

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(9)

TABLE DES MATIERES

Remerciements 5

Listedessigles 17

INTRODUCTION_______________________________________________________________________________________ 21

1. Présentationgénérale 21

Naissancedumouvementdesentreprisesrécupérées 21

La formation des organisations des entreprises récupérées 24

Genèsed'une RECHERCHE 26

2. ÉTAT DES CONNAISSANCES 26

Centro Culturaldela Cooperaciôndel Instituto Movilizadorde Fondos Cooperativos (CCC) 27

Facultad Abierta 28

Lavaca 29

PROGRAMA DE INVESTIGACIÔN SOBRE CAMBIO SOCIAL (P.I.CA.SO) 30

Bilangénéraldesrecherchessurlesentreprisesrécupérées 31

3. Problématisationetdémarcheméthodologique 33

Approchesthéoriquesderecherche 34

Le cycle de révolte 34

Cycle de gouvernance 35

4. Plan DE LA thèse 38

CHAPITRE I : GENÈSE ET FORMATION DE LA CLASSE LABORIEUSE EN ARGENTINE__________________ ^

1. Naissanceetdéveloppementdesrapportsdeproductioncapitalistes 41

2. Genèsedelaclasselaborieuseen Argentine 44

2.1 Formation DES ORGANISATIONS OUVRIÈRES 45

2.2 Rapportdeclassesettransformationspolitiques 46

Les organisations ouvrières. Formation du syndicalisme révolutionnaire 47

2.3. Répressionetmesuresd'institutionnalisationdumouvementouvrier 48 Ouverture démocratique, répression et réalignements politiques des organisations syndicales 49

3. L'ouvriercitoyen 50

(10)

3.1. Nouvellesformesd'organisationsyndicale 51

Formation d'une identité ouvrière nationale 52

3.2. Coupd'état ET AVÈNEMENT DU JUSTICIALISME 53

3.3. Le GOUVERNEMENT DE PERÔN (1946-1952) 54

3.4. Deuxième GOUVERNEMENT DE PERÔN (1952-1955) 58

3.5. Coupsd'étatetproscriptiondupéronisme 59

3.6. Cycledesluttesrévolutionnaires 62

3.7. Crisedurégimemilitaireetretourde Perôn 64

4. PERIODE CONTRE-REVOLUTIONNAIRE 67

4.1. Sur, paredônydespués : le « Processusde Réorganisation Nationale » 68

4.2. La TRANSITION DÉMOCRATIQUE 70

Virage social et politique 71

4.3. Les ANNÉES Menem 72

4.4. Cyclederévolte 74

4.4.1. Le Santiaguenazo 75

4.4.2. L'occupation de Cutral-Cô, de Plaza Huincul, de Tartagal, de Jujuy et de Cruz del Eje (1996 et

1997) 75

4.4.3. Coalition entre péronistes et radicaux 76

4.4.4. El « aguante » de Corrientes 78

4.4.5. Confrontations sociales à Salta et dans la banlieue de la ville de Buenos Aires (2000-2001) 78

4.4.6. L'Argentinazo 79

5. Conclusion : lestransformationsdumouvementouvrierargentin 81

CHAPITRE II : MÉTHODOLOGIE________________________________________________________________________85

1. Explorationintensive 86

1.1 DesCRITÈRES DE SÉLECTION ÉLABORÉS PROGRESSIVEMENT 86

1.1.1. Échantillon 88

1.1.2. Processus et contexte de la première phase de la recherche 90

1.2. Guided'entretien 93

1.3. L'observation directe 94

1.4. Conditionsd'enquête 95

1.5. Recueil DES DONNÉES 99

(11)

2. Explorationextensive 100

2.1. Définition DES ER 101

2.2. Dépouillement ET TRAITEMENT DE l'information 104

Le dépouillement 104

CHAPITRE III : LES ORGANISATIONS DU MOUVEMENT DES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES____________ 117

1. PREMISSES DES ORGANISATIONS DES ENTREPRISES RECUPEREES : LE MOPES 119

1.1. L'UOM DE Quilmes 121

1.2. Eduardo MurÜA 122

1.3. IMPA 123

1.4. Fédération DES Coopératives DE Travail(FECOOTRA) 124

1.5. LuisCaro 125

1.6. Daniel Flores ET VictorTurquet 127

2. Fondationsdespremièresorganisationsdesentreprisesrecuperees 127

2.1. Le Mouvement National DES Entreprises Récupérées (MNER) 132

2.1.1. Dirigeants et promoteurs 136

2.1.2. Mouvement social et partis politiques 138

2.1.3. Ruptures et formation de nouvelles organisations des entreprises récupérées 139 2.2. Le Mouvement Nationaldes Usines Récupéréesparleurs Travailleurs (MNFRT) 140

2.2.1. Dirigeants 144

2.2.2. Politique et mouvement social 146

2.3. FÉDÉRATION Nationaledes Coopérativesde Travailetdes Entreprises Reconverties (FENCOOTER)

148

2.4. La Commission Nationale DES Usines Occupées (la Commission) 149

2.4.1. Promoteurs 153

2.4.1.1. Zanôn et le SOECN 154

Formation de la Commission Interne de Zanôn 154

Le SOECN 156

La fermeture et la récupération par les travailleurs de Zanôn 158

2.4.1.2. Les travailleuses de Brukman Confecciones 162

2.4.2. Politique et mouvement social 167

2.4.3. Dissolution de la Commission 169

(12)

172

3. Quelquesconvergencesetdivergencesentrelesorganisationsdesentreprisesrécupérées

3.1. Formesd'organisation 172

3.1.1. Promoteurs, dirigeants et médiateurs poiitiques 173 3.1.2. Promotion des formes d'organisation au sein des entreprises récupérées 178

3.2. Revendications 181

3.2.1. Le travail comme source de dignité 181

Travail, légalité et légitimité 185

3.2.2. Étatisation sous contrôle ouvrier et coopérativisme 186

4. Conclusions : trajectoires, reseauxpolitiquesetrevendicationsdesorganisationsdesentreprises

RÉCUPÉRÉES 191

CHAPITRE IV : LES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES_______________________________________________________ 197

1. Caractéristiquesgénéralesdesentreprisesrécupérées 198

1.1. Année DE RÉCUPÉRATION 198

1.2. Territoires DES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES 199

1.3. Secteurséconomiquesdesentreprisesrécupérées 200

1.4. Origineducapitaldesentreprisesrécupérées 203

1.5. Tailledesentreprises 204

2. Leprocessusderécupérationdesentreprises 207

2.1. Processusdecrisedel'entrepriseetarrêtdel'activitééconomique 208

Abandon, faillite et fermeture de l'entreprise 210

2.2. Le CONFLIT 211

2.2.1. L'occupation 212

2.2.2. Syndicats et entreprises récupérées 214

2.2.3. Continuités et différenciations 216

2.3. Relancedelaproductionparlestravailleurs 217

La remise en fonction « de fait » de l'entreprise par les travailleurs 219

2.4. Organisationdelalutte 220

2.4.1. Articulation avec d'autres acteurs sociaux 220

2.4.2. Articulations entre les travailleurs 221

2.4.3. Formes d'organisation 222

3. Situationdesentreprisesrécupéréesen 2004 224

(13)

3.1. L'expropriation 225

3.2. Loi Nationaledesconcoursetdesfaillites 231

3.3. Autres STRATÉGIES 233

4. Organisationsdestravailleursdesentreprisesrécupérées 235

4.1. Territoire ET ORGANISATIONS 237

4.2. Organisations ET SEaEURS ÉCONOMIQUES 243

4.3. Le CONFLIT 245

4.4. Organisationsetstratégiespourrelancerlaproduction 247 4.5. Organisationsetsituationlégaledesentreprisesrécupéréesen2004 250

4.5.1. Les entreprises expropriées 250

4.5.2. Autres situations 254

Les expulsions 255

Caractéristiques des entreprises récupérées où les travailleurs furent expulsés 257 4.5.3. Situation productive des entreprises récupérées 258

5. Conclusions : Processustypesderécupérationsdesentreprises 260

CHAPITRE V : L'AUTOGESTION_______________________________________________________________________2M

1. Formesdegestiondesentreprisesrécupérées 270

1.1. Formessociétairesdesentreprisesrécupéréesetformesdegestion 273 Année de création des coopératives et formes de gestion 274

1.2. Situationlégaledesentreprisesrécupéréesetformesdegestion 275

1.3. Conflit ET FORMES DE GESTION 277

1.4. Nombre DE TRAVAILLEURS ET FORMES DE GESTION 282

1.5. Secteurs ÉCONOMIQUES ET FORMES DE GESTION 283

1.6. Caractéristiquesdesentreprisesrécupéréeslestravailleursparticipentactivementàlagestion 284 1.7. Organisationsdesentreprisesrécupéréesetformesdegestion 285

2. Distributiondesbénéficesentretravailleurs 286

2.1. Distributionégalitairedesbénéficesentrelestravailleurs 288

Distribution égalitaire des bénéfices entre des personnes « égales » 289 2.2. Conflitetformesdedistributiondesbénéficesentrelestravailleurs 293 2.3. Secteurs ÉCONOMIQUES ET FORMES DE DISTRIBUTION DES bénéfices 297

(14)

2.4. Caractéristiquesdesentreprisesrécupéréeslestravailleursnedistribuentpaslesbénéficesde

MANIÈRE ÉGALITAIRE 299

2.5. Organisationsdesentreprisesrécupéréesetformesdedistributiondesbénéfices 300

2.6. Formes DE GESTION ET DE distribution DES BÉNÉFICES 301

3. Organisationetdivisiondutravail 304

LaROTATION DES POSTES DE TRAVAIL 308

Caractéristiques des entreprises récupérées où les travailleurs alternent les tâches 315

4. Tensionsentreautogestionetconditionséconomiques 319

4.1. Production ET REPRODUCTION DU CAPITAL 321

4.1.1. Sur les revenus des travailleurs 322

4.1.2. Sur le temps, l'intensité et la productivité du travail 324

4.2. L'exemplede Zanôn 330

5. Conclusions : Formesd'autogestiondesentreprisesrécupérées 333

CHAPITRE VI : PROCESSUS DE STRUCTURATION DU MOUVEMENT DES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES DANS UN CYCLE DE RÉVOLTE________________________________________________________________________ 341

1. Réformesd'ajustementstructureletmouvementssociaux 343

1.1. Réformesdeseconde GÉNÉRATION 344

La critique du capitalisme comme source de renforcement : l'exempie de l'approche par la capabilité

346

2. Cyclederévolté 348

2.1. Prémissesdesorganisationsd'entreprisesrécupérées 349

2.1.1. Le MOPES 350

2.1.1.1. Transformations des structures d'opportunités politiques 352

2.1.1.2. Genèse d'un nouvel acteur social 353

2.1.2. Zanôn sous contrôle ouvrier 355

2.2. Formation DU MOUVEMENT DES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES 358

2.2.1. Le MNER et les ouvriers de Zanôn 359

2.2.2. L'Argentinazo 365

Occupation de Brukman et formation de la Commission 369

3. Gouvernementintérimaireetmouvementssociaux : suriatransitionversunenouvelle

GOUVERNANCE 374

(15)

3.1. RÉSOLUTIONS GOUVERNEMENTALES FACE AUX ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES 376

3.1.1. Création de l'Unité Exécutrice de Récupération des Entreprises en Crise (UEREC) et de la

FENCOOTER 376

3.1.2. Réforme de la Loi Nationale des concours et des faillites 380 3.2. Positionnementsdesorganisationsd'entreprisesrécupérées 381

3.3. Primes ET châtiments 384

3.3.1. Les expropriations : des mesures particulières pour ceux qui les « méritent » 385 3.3.2. Sur la judiciarisation et la répression des travailleurs 388 3.3.2.1. Zanon : brève chronologie des persécutions, pressions, judiciarisation et répression 391 3.3.2.2. Brukman ; brève chronologie des persécutions, pressions, judiciarisation et répression 396 3.4. REALIGNEMENTS POLITIQUES : SCISSION DU MNER ET CREATION DU MNFRT 400

4. CONCLUSIONS : Processusdestructuration/ désarticulationdesorganisationsd'entreprises

RÉCUPÉRÉES 402

CHAPITRE VII : CYCLE DE GOUVERNANCE ET MOUVEMENT DES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES 405

1. Nouveaucycledegouvernance 406

1.1. LeGOUVERNEMENT de KIRCHNER 408

1.2. Surlesmesuresgouvernementalesconcernantlesentreprisesrécupérées 412 Programme national de promotion et d'assistance au travail autogéré 413

2. Processusdestructuration / déstructurationdesorganisationsd'entreprisesrécupérées 418

2.1. Dissolution dela Fédération Nationaledes Coopérativesde Travailetdes Entreprises

Reconverties (FENCOOTER) 418

2.2. Tensionsentrelesouvrièresde Brukmanetdissolution dela Commission Nationaledes Usines

Occupées 420

2.2.1. Synthèse analytique des expériences et vécus propres aux ouvriers de Zanon et de Brukman

face aux dispositifs de répression 420

2.2.2. Divisions au sein de Brukman 422

2.2.3. Dissolution de la Commission 430

2.3. Nouvelle FRACTURE AU SEIN DU MNER 433

2.3.1. À la recherche de la formation d'une nouvelle force sociale interclassiste 433

2.3.2. De nouveaux réalignements politiques 435

2.4. Créationdela FACTA 441

(16)

2.5. CREATION DE LA CONFEDERATION NATIONALE DES COOPERATIVES DE TRAVAIL (CNCT) 443

2.6. Renforcement DU MNFRT 445

3. Sur LA SITUATION ACTUELLE DES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES 451

4. Conclusions : Processusd'institutionnalisationdumouvementdesentreprisesrécupérées 452

CONCLUSIONS GÉNÉRALES_________________________________________________________________________ ^

1. ÉMERGENCE DU MOUVEMENT DES ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES 457

2. Processusdestructurationdesstratégiesdestravailleurspourrécupéreruneentreprise 461 3. Transformationdesstructuresd'opportunité, réalignementspolitiquesetdésarticulationdes

ORGANISATIONS D'ENTREPRISES RÉCUPÉRÉES 464

4. Processusdestructurationinterneauxentreprisesrécupérées : autogestion, productionet

REPRODUCTION DU CAPITAL 468

5. Nouvellespistesderecherche 471

BIBLIOGRAPHIE______________________________________________________________________________________ 473

ANNEXES_____________________________________________________________________________________________ 495

ANNEXE I : GUIDES D'ENTRETIEN 497

ANNEXE II : TABLEAUX STATISTIQUES 521

(17)

Liste des siales

AG : Assemblée Générale.

AIT : Association Internationale des Travailleurs.

AMBA : Région Métropolitaine de Buenos Aires.

ANTA : Association Nationale du Travail Autogéré.

BID : Banque Interaméricaine du Développement.

BM : Banque Mondiale.

CA : Conseil administratif.

CAP : Coordination d’Action Productive.

CCC ; Corriente Clasista y Combativa.

CeProDH ; Centre des professionnels pour la défense des droits humains.

CGT : Confédération Générale du Travail.

CI : Commission interne.

CNCT : Confédération Nationale des Coopératives de Travail.

COA ; Confédération Ouvrière Argentine.

CORA : Confédération Ouvrière Régionale Argentine.

CTA : Centrale des travailleurs de l’Argentine.

CUSC : Comité d’Unité Syndicale Clasiste.

ER : Entreprises récupérées.

ERP : Armée Révolutionnaire du Peuple.

FACTA ; Fédération Argentine des Coopératives des Travailleurs Autogérés.

FAP : Forces Armées Péronistes.

FAR ; Forces Armées Révolutionnaires.

FECOOTRA : Fédération des Coopératives de Travail.

FENCOOTER : Fédération Nationale des Coopératives de Travail et Entreprises Reconverties.

FMI : Fond Monétaire International.

FOA : Fédération Ouvrière Argentine.

FORA : Fédération Ouvrière Régionale Argentine.

FPV : Front pour la victoire.

(18)

FREPASO : Front Pays Solidaire.

FTV : Fédération Terre et Logement.

INAES : Institut National d’Assoeiativisme et Économie Sociale (Instituto Nacional de Asociativismo y Economia Social).

lUA : Union Industrielle Argentine.

JP : Jeûneuse Péroniste.

MAS : Mouvement vers le socialisme.

MERPBA : Mouvement des Entreprises Récupérées de la Province de Buenos Aires.

MIJD : Mouvement Indépendant des Pensionnés et des Chômeurs.

MNER ; Mouvement Natioiîal des Entreprises Récupérées.

MNFRT : Mouvement National des Usines Récupérées par leurs Travailleurs.

MOPES ; Mouvement Populaire d’Économie Sociale.

MOYEN : Mouvement des Entrepreneurs Nationaux.

MST : Mouvement Socialiste des Travailleurs.

ONG : Organisation Non Gouvernementale.

PAN : Parti Autonomiste National.

PCA : Parti Communiste d’Argentine.

PCR : Parti Communiste Révolutionnaire de l’Argentine.

PJ : Parti Justicialiste.

PO ; Parti Ouvrier.

PRD ; Parti de la Révolution Démocratique.

PRT : Parti Révolutionnaire des Travailleurs.

PSI : Parti Socialiste International.

PTS : Parti des Travailleurs Socialistes.

UB : Unité de Base (cellules des quartiers du parti justicialiste).

UCR : Union Civique Radicale.

UEREC : Unité Exécutrice de Récupération des Entreprises en Crise.

UGT : Union Générale des Travailleurs.

UIA : Union Industrielle Argentine.

UOM : Union des Ouvriers de la Métallurgie.

USA : Union Syndicale Argentine.

SITRAC : syndicat maison de l’usine Fiat, situé à Concord (Côrdoba).

(19)

SITRAM : syndicats maison de l’usine Fiat situé à Materfer (Côrdoba).

SMATA ; syndicat de l’automobile.

SOECN : Syndicat des Ouvriers et des Employés Céramistes de Neuquén.

(20)
(21)

INTRODUCTION

1. Présentation générale

Un nouveau mouvement social est né en Argentine en 2001, dans un contexte de crise socio­

économique sans précédent dans l’histoire du pays : le mouvement des entreprises récupérées par les travailleurs.

La récupération des entreprises s’est développée comme une alternative à leur fermeture : les travailleurs occupent l’entreprise et relancent la production et la vente de produits. Ce mouvement surgit dans un moment historique de luttes sociales où le rapport de forces est favorable aux travailleurs, permettant le développement de pratiques en dehors du cadre déterminé par la loi. Or, la production et la commercialisation des produits ne sont pas durables sans l’obtention d’une autorisation légale. Les travailleurs s’organiseront et développeront diverses stratégies pour leur reconnaissance juridique et politique.

L’ambition de la présente recherche est de comprendre le processus d’institutionnalisation de ce mouvement en analysant les formes de gestion et d’organisation internes des entreprises récupérées (ER), les réalignements politiques produits à l’intérieur de leurs organisations ainsi que leurs rapports avec les institutions d’État, les syndicats, le péronisme, et autres organisations sociales et politiques.

Naissance du mouvement des entreprises récupérées

En 1991, dans la ville de Paranâ, la fabrique de briques et de tuiles en céramique « Coceramic S.A » se déclare en faillite et licencie ses travailleurs. Face à cette situation, les ouvriers occupent l’usine et relancent la production. Un an plus tard, ils négocient leur dette salariale en échange de l’entreprise\ Coceramic S.A sera la première ER. Des phénomènes similaires

' Voir à ce propos le reportage réalisé par « Canal 11 de Paranâ » (25/01/2010).

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se produisent ensuite dans diverses régions de l’Argentine. Entre 1992 et 2000, vingt-neuf entreprises furent ainsi récupérées par les travailleurs^.

Ces premières récupérations surgissent de manière spontanée lors d’un conflit qui, dans la plupart des cas, commence par un processus de crise de l’entreprise, marqué par la diminution et/ou le non paiement des salaires, la perte des avantages sociaux, les licenciements et finalement, la fermeture de l’entreprise. Face à cette situation, les travailleurs procèdent, dans un premier temps, à l’occupation de l’entreprise. Mais ils n’ont toujours accès ni aux salaires ni aux indemnisations. Cette situation les amène à envisager la relance de la production de manière « autogérée ». En effet, l’autogestion ne répond pas à une définition fixe, mais s’inscrit dans une dynamique permanente qui prend forme dans les pratiques et les rapports quotidiens des travailleurs. Pour caractériser l’autogestion, la plupart des travailleurs mettent en avant deux éléments centraux : la participation de tous les travailleurs à la gestion de l’ER et la distribution des bénéfices selon le temps de travail (et non pas selon le type de travail effectué).

Au départ, ces expériences n’ont pas représenté un enjeu social majeur. Elles se déroulaient hors du regard des médias et de l’opinion publique dans un moment d’émergence et d’accentuation des luttes sociales, caractérisé par Cotarelo et Carrera (2004) comme cycle de révolte.

Ce cycle commence en décembre 1993, moment où la ville de Santiago del Estero fut paralysée par des révoltes sociales durant lesquelles les manifestants ont occupé l’espace public et ont incendié le siège du gouvernement. Cet événement a marqué un point d’inflexion sur les formes d’organisation et d’action qui deviendront dominantes durant ce cycle. En effet, des actes de révoltes similaires ont eu lieu dans différentes régions du pays durant toute la décennie jusqu’en 2002.

^ Les chiffres des ER correspondent à notre propre recherche quantitative à partir des données recueillies par Lavaca (2004).

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Ces luttes se sont déroulées dans un contexte économique sans précédent : le déficit de création d’entreprises privées, par rapport au nombre de disparitions, a été de 48.000 entre 1998 et 2002. Ceci s’est traduit par une suppression de 431.000 emplois (Castillo et ai, 2006 : 43). La fermeture des entreprises a impliqué une diminution de la demande de travail, produisant à son tour un important accroissement du nombre de chômeurs, une augmentation de la concurrence entre travailleurs et une précarisation du travail, comme en témoigne la prolifération des emplois informels et du nombre de salariés vivant en dessous du seuil de pauvreté^ Dans ce contexte, la récupération des entreprises est apparue aux yeux des travailleurs comme une alternative pour conserver leurs sources de revenu. En 2001, le nombre des ER a doublé et leurs travailleurs ont forgé leurs premières organisations marquant de la sorte la naissance d’un nouvel acteur social : le mouvement des ER, constitué par diverses organisations visant un objectif commun et déployant des formes de lutte et d’organisation qui acquirent une permanence et une continuité dans le temps.

Durant cette année, les grèves et les manifestations s’intensifient. En décembre, la population affamée et à bout en vient au pillage collectif des magasins. Le président de la Nation, Fernando de la Rùa, décrète l’État de siège. Mais dans ce pays, la dernière dictature militaire (qui a fait plus de 30.000 victimes) est fortement condamnée par une population qui s’est forgé une forte conscience politique quant à l’importance de la démocratie. Cette déclaration a pour conséquence la mobilisation spontanée de milliers des personnes. Les 19 et le 20 décembre 2001 sont marqués par d’importants combats de rue. Face à cette situation, le gouvernement ordonne une répression qui provoque, selon les déclarations officielles, plus de trente-cinq morts en deux jours. Mais la répression ne fait pas céder la révolte populaire et, le 20 décembre. De la Rùa est poussé à la démission. Trois présidents intérimaires lui succèdent sans parvenir à stabiliser la situation sociale. Après ces démissions répétées, le 2 janvier 2002, le Congrès nomme Eduardo Duhalde pour achever le mandat présidentiel.

Les actes de révolte qui ont traversé cette décennie ont été l’embryon d’un processus d’autonomisation qui a trouvé sa forme centrale dans l’action directe. Les groupes piqueteros, les assemblées de quartier et les entreprises récupérées sont devenus les emblèmes de ces

^ En 2002, le taux de chômage était de 24,26 % (Ferreres, 2005 ; 466). Durant le premier semestre 2003, 50 % de la population était pauvre, tandis que 27,7 % vivait dans l’indigence (Journal Pagina 12, 26/03/2004).

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luttes. Et, bien que chacun avançait des revendications particulières, tous exprimaient une forte remise en question du « contrôle » des élites gouvernementales et économiques sur leurs destinées. Cette remise en question du contrôle, mais aussi du pouvoir les a menés à adopter des formes d’organisation « horizontales », ce qui impliqua, pour ces mouvements, une organisation régie par des décisions prises en assemblées générales auxquelles tous les membres participaient. Par ce moyen, ils visaient l’autogestion de l’espace (quartier, usine, communauté,...) et de leurs vies.

En 2002, quarante nouvelles entreprises sont récupérées par les travailleurs. La réalité sociale de l’Argentine avait été fortement transformée par et dans le cycle de révolte. Les travailleurs des ER ont recueilli une forte empathie sociale. Elles ont réveillé la curiosité de nombreux journalistes, artistes'* et chercheurs. En 2002, il n’était pas rare de lire ou d’écouter des réflexions autour des ER sur l’existence des « ouvriers sans patrons », sur « l’autogestion », sur « l’expropriation » ou même sur la relation entre le « droit à la propriété privée » et le

« droit au travail » ainsi que sur les tensions entre « légalité » et « légitimité ».

La formation des organisations des entreprises récupérées

Le mouvement des ER est traversé par différents courants et tendances. Une première grande divergence entre les travailleurs concerne les stratégies à développer afin d’accéder à la récupération de l’entreprise. Deux grands courants ont surgi : l’un optant pour la revendication d’expropriation par l’Etat de l’entreprise et un transfert de propriété aux

'* De nombreux groupes musicaux ont participé aux festivals organisés par les travailleurs des ER. Dans le parking de Zanôn, des groupes d’importance nationale et internationale (comme Manu Chao, Rage Against the Machine ou Ska-p) ont défilé lors des concerts organisés par les ouvriers. Des groupes comme Attaque 77 (groupe punk très écouté par la jeimesse argentine) et Las Manos de Filippi ont composé une chanson sur l’histoire des travailleurs de Zanôn. Des acteurs se sont aussi solidarisés avec les ER, notamment avec Brukman où des comédiens très médiatisés en Argentine ont joué une pièce de théâtre devant l’usine et d’autres ont posé avec les costumes de Brukman pour faire la publicité de cette usine textile pour l’habillement. En littérature, ce phénomène eut plus de succès dans la section enfants. Les deux livres ayant eu le plus de retentissement sont :

« La fâhrica es del pueblo » (Saldano, 2009), retraçant l’histoire des ouvriers de Zanôn et « Duendespor la dignidad » (Narosky, 2007) expliquant la lutte des travailleurs de l’hôtel Bahuen. Pour les adultes nous n’avons trouvé qu’un roman : « QTH. Zanôn » (Moya, 2007). Enfin, ime diversité de films (documentaires mais aussi fictionnels) ont vu le jour.

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travailleurs, organisés en coopérative de travail ; l’autre revendiquant l’étatisation des entreprises sous contrôle ouvrier. La première stratégie a donné naissance au Mouvement National des Entreprises Récupérées (MNER) qui a rassemblé la majorité des ER. La deuxième stratégie a été notamment défendue par les ouvrières de l’usine textile pour l’habillement Brukman et par les travailleurs de l’entreprise de carrelage Zanôn qui, visant le contrôle ouvrier, furent les organisateurs de la Commission Nationale des Usines Occupées (Commission). Cette revendication fut suivie par très peu d’ER. Cependant, par sa lutte, sa solidarité et ses formes d’organisation et d’expression, Zanôn et Brukman sont devenus les emblèmes des ER. La Commission n’était pas exclusivement intégrée par des travailleurs des ER mais aussi par des étudiants, des travailleurs avec et sans emploi, des groupes politiques et d’autres mouvements sociaux.

Ces organisations sont nées dans un cycle de révolte qui, vers la fin de l’année 2002, est entré dans une phase descendante laissant la place à la formation d’un nouveau cycle caractérisé par Zibechi (2009) comme cycle de gouvernance durant lequel divers mécanismes de contrôle furent déployés afin de rétablir l’ordre social et politique. Les revendications d’étatisation sous contrôle ouvrier furent exclues des négociations politiques et les travailleurs furent souvent réprimés. Parallèlement, la stratégie visant la formation d’une coopérative par les travailleurs afin de demander le transfert de propriété de l’entreprise fut institutionnalisée.

Toutes les ER ont alors dû former une coopérative pour obtenir un statut légal. Vers la fin de l’année 2003, dans un contexte où la mobilisation commençait à s’essouffler et où les travailleurs qui revendiquaient l’étatisation sous contrôle ouvrier étaient de plus en plus réprimés, la Commission fut dissoute. En même temps, au début de cette année, la première grande rupture s’est produite au sein du MNER, donnant naissance à une troisième grande organisation, plus institutionnelle : le Mouvement National des Fabriques Récupérées par ses travailleurs (MNER).

Des nouvelles fractures et alliances surgiront au long des années suivantes. En 2012, certaines organisations des ER (nées des ruptures qui se sont produites à l’intérieur du MNER) et des Fédérations des coopératives fondent la Confédération Nationale des Coopératives de Travail (CNCT). Cette confédération est reconnue par l’État comme interlocutrice privilégiée avec des coopératives (dont certaines d’entre elles sont des ER). Elle administre les fonds publics

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destinés au développement des projets coopératifs, assiste et contrôle la production et se charge de la formation technique et administrative des associés des coopératives.

Genèse d^une recherche

Notre première rencontre avec des travailleurs des ER date de 2002, lorsque nous avons assisté à la deuxième rencontre de la Commission Nationale des Usines Occupées.

Enthousiasmée par la force de ce mouvement, de retour en Belgique, nous avons collaboré avec le « Collectif de solidarité avec la lutte du peuple argentin pour organiser le voyage en Europe d’une ouvrière de Brukman (Ester Valdez) et d’un travailleur de Zanôn (Carlos Quininir). À ce moment, nous ne comptions pas entamer une recherche sur les ER. L’idée émerge seulement en 2004, moment où l’ampleur et la profondeur des mouvements sociaux en Argentine avaient fortement diminué et où les ER étaient parvenues à trouver un certain cadre institutionnel pour produire et vendre leurs marchandises. Cette thèse naît ainsi d’un intérêt social qui vise à comprendre le processus traversé par les mouvements sociaux nés dans un cycle de révolte et consolidés dans un contexte de résolution capitaliste de cette crise sociale, politique mais aussi économique. Processus que nous avions décidé d’analyser à travers l’un des mouvements les plus emblématiques. Le choix d’analyser ce mouvement plutôt qu’un autre (comme par exemple les piqueteros) fut au départ motivé par la rencontre en Belgique avec les ouvriers de Zanôn et de Brukman. Les discussions entamées à ce moment ont éveillé notre intérêt à creuser plus en profondeur les convergences et les divergences au sein d’un mouvement qui était globalement présenté comme homogène dans les textes scientifiques et journalistiques disponibles à l’époque.

2. État des connaissances

La naissance du mouvement des ER a donné lieu à une abondante production de recherches scientifiques. Vu le grand nombre de travaux, nous nous limiterons ici à citer les publications des équipes de recherche centrées sur cette problématique. Ensuite nous procéderons à une lecture plus générale des aspects qui n’ont pas été développés dans ces études et que, considérant leur importance, nous avons problématisé dans cette thèse afin d’apporter une analyse originale des ER.

^ Ce Collectif a été fondé en Belgique suite aux événements de décembre 2001.

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Centro Cultural de la Cooperacion del Instituto Movilizador de Fondos Cooperativos fCCC)

Le premier groupe de recherche à avoir édité des travaux sur les ER fut le « Centro Cultural de la Cooperacion del Instituto Movilizador de Fondos Cooperativos » (CCC)®. Entre mars 2003 et mai 2004, le CCC a publié quatre cahiers de travail et un livre sur les ER.

Les deux premières publications (Rezzônico, 2003 ; Echaide, 2003) ont apporté un éclairage sur la situation juridique des ER. Ces ouvrages nous permettent de comprendre les enjeux stratégiques qui se sont présentés aux travailleurs.

La troisième publication (Cafardo et Dominguez Font, 2003) cherche à déceler les transformations subjectives des travailleurs des ER, notamment en ce qui concerne les rapports de genre et les relations familiales. Ce texte a le mérite de poser la question de l’imbrication entre vie privée et vie publique. 11 reste néanmoins fidèle à un moment historique où l’enthousiasme général vis-à-vis de ces expériences (représentant l’utopie de l’autogestion) empêchait parfois de voir d’autres aspects plus problématiques mais bien réels.

Enfin, la quatrième publication (Meyer et Pons, mai 2004) répertorie divers problèmes (juridiques, économiques et de gestion) rencontrés par trente ER de Buenos Aires. Ce travail n’a pas eu beaucoup d’échos vu la publication, aux mêmes éditions (CCC), d’une analyse extensive réalisée par treize chercheurs sous la direction du sociologue Gabriel Fajn (2003). Il s’agit de la première recherche élaborée à partir d’une base de données de quatre-vingt-sept ER (sur un total de quasiment 170 ER dans tout le pays en novembre 2003, selon cet auteur).

L’analyse extensive des ER porte sur leur distribution géographique, les secteurs productifs et de services auxquels elles appartiennent, le degré d’utilisation des capacités productives de l’entreprise, l’organisation du travail, les formes de gestion, les modalités de distribution des profits et certains aspects de leurs luttes. Cette publication est très riche en informations mais elle n’interroge nullement la trajectoire historique de ces expériences.

* Le CCC fait partie du Consejo Latinoamericano de Ciencias Sociales (CLACSO).

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Le livre contient toutefois un article rédigé par d’autres auteurs (Davolos et Pelerman, 2003) consacré au rapport entre syndicats et ER. Cet article est d’un intérêt particulier car il permet de rompre avec les prénotions (véhiculées par la plupart des recherches publiées à cette époque) postulant l’apparition des ER comme une forme de lutte nouvelle, déliée de tout rapport avec le syndicat. Or, cette étude relève que des sections syndicales locales ont promu la lutte des ER, analysant les continuités entre cette forme d’action et le répertoire des luttes syndicales des années 1990.

Facultad Abierta

En 2002, fiit créé le « Programa Interdisciplinario de Transferencia Cientifico-Tecnolôgica con Empresas Recuperadas por sus Trabajadores » de la Facultad Abierta. Ce groupe de recherche est composé de dix-neuf chercheurs et de septante-sept étudiants de l’Université de Buenos Aires sous la direction (jusqu’en 2008) de l’anthropologue et vice-doyen de la Faculté de Philosophie et Lettres, Hétor Hugo Trinchero puis, de l’anthropologue Andrés Ruggeri^.

En 2003, la Facultad Abierta a publié les résultats d’une analyse extensive de 59 ER sur un total de 128 ER (Trinchero, 2003). En 2005, une deuxième publication a été réalisée à partir de 72 ER (Trinchero, 2005). Enfin, en 2010, une troisième analyse sur la base de 85 ER sur un total de 205 ER a été effectuée (Ruggeri, 2010). L’intérêt de ce travail réside dans l’importance du dernier recensement, car il n’y avait plus eu de relevé des ER depuis 2005.

Concernant la première publication, la recherche dirigée par Fajn (2003) était plus extensive et, en outre, elle considérait pratiquement les mêmes variables. Pour ce qui concerne le deuxième recensement, le travail publié quelques mois auparavant par le collectif de journalistes Lavaca® s’est avéré plus éclairant.

La Facultad Abierta est devenue une structure de référence. Depuis 2005, elle a participé, sous la direction de l’Institut National de Technologie Industrielle (institution gouvernementale) au

^ Les facultés de Sciences Sociales, Philosophie et Lettres, Ingénierie et Sciences Exactes de l’Université Nationale de Buenos Aires participent à ce projet.

* Les responsables des recherches concernant les ER sont : Claudia Acuna, Judith Gociol, Diego Rosemberg et Sergio Ciancaglini. Avi Lewis et Naomi Klein ont rédigé le prologue de l’ouvrage.

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«Réseau Assistance Technique et Innovation pour les ER» ayant pour but la formation en gestion et l’assistance technique aux travailleurs des ER. En 2007, elle a créé un centre de documentation sur les ER et l’économie solidaire. En outre, Facultad Abierta a organisé quatre colloques internationaux sur l’autogestion et leurs chercheurs ont obtenu une prime du Ministère de l’Éducation afin de réaliser un recensement des ER dans les pays du Mercosur.

Lavaca

La recherche publiée par cette équipe (2004, rééditée et actualisée en 2007) est d’une importance singulière parmi les sources bibliographiques sur les ER. Lavaca est une coopérative de travail constituée de journalistes se consacrant non seulement à la communication, mais aussi à la recherche. L’intérêt de leur ouvrage réside dans son apport d’une liste synthétique sur l’histoire de 161 ER en 2004. Cette liste comprend : le secteur auquel appartient chaque entreprise, leur distribution géographique, le nombre de travailleurs concernés, le processus de récupération, la date de création de la coopérative, le potentiel économique, les avantages et/ou les inconvénients dans le marché, le système de redistribution des profits, la situation légale et les formes de gestion. Ce travail constitue une référence incontournable pour les chercheurs qui n’ont pas accès aux bases de données employées dans les études extensives. En même temps, c’est la première publication contenant des informations sur toutes les ER recensées alors qu’il est très difficile de connaître leur nombre exact. Les recherches existantes avaient tendance soit à le surestimer soit à le sous-estimer. Ainsi, Fajn avançait un total de 170 ER en novembre 2003 (Fajn, 2003 : 9) mais n’en fournissait pas la liste. Pour sa part, Trinchero considérait, à travers une analyse plus minutieuse, mais centrée essentiellement sur Buenos Aires, l’existence de 136 ER à la fin de 2004 (Trinchero, 2005 : 5).

Malheureusement, l’édition actualisée du livre (2007) n’atteint pas le même niveau de rigueur : à l’exception de quelques ER retirées de la liste (car elles n’existaient plus) et de quelques nouvelles intégrées, les auteurs n’ont pas véritablement procédé à d’autres mises à jour des informations. Entre autres, le nombre de nouvelles ER semble être bien inférieur au nombre d’entreprises qui furent récupérées entre 2004 et 2007 : selon le troisième recensement des ER

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de la Facultad Abierta, entre 2005 et 2007, vingt-cinq entreprises furent récupérées (Ruggeri, 2010 :12), tandis que la liste de Lavaca n’en reprend que douze (entre 2004 et 2007).

Proarama de Investiaacion sobre Cambio Social f P.I.CA.SO^

Il faut souligner l’intérêt des recherches du « Programa de Investigaciôn sobre Cambio Social » (P.I.CA.SO)®. L’équipe est constituée de cinq chercheurs de la faculté de sociologie de l’Université de Buenos Aires, sous la direction de Julian Rebôn. En 2004, Rebôn a publié un ouvrage contenant les premiers résultats de recherches. Il s’agit d’une étude quantitative portant sur vingt-six ER de Buenos Aires et qui apporte aux travaux cités plus haut une analyse sur la dimension politique du processus de récupération des entreprises.

En effet, Rebôn cherche à comprendre ce qui a amené les « acteurs » à récupérer une entreprise. Il remet en question les explications « dominantes sur l’activisme ou sur la crise et la protestation sociale en tant que facteurs déterminants du processus de récupération » (Rebôn, 2004 : 30). Selon Rebôn, les conditions « objectives » ne déterminent pas de manière mécanique les prédispositions des travailleurs à « / 'action collective ». En même temps,

« / 'activisme » ne peut pas expliquer à lui seul pourquoi la récupération des entreprises surgit à tel moment historique et dans telle région du monde. U activisme ne crée donc pas les conditions du processus de récupération des entreprises, mais il permet son développement lors des moments de crise sociale (Rebôn, 2004 : 30-31).

Rebôn affirme que, pour s’engager dans la récupération d’une entreprise, les travailleurs ont besoin de « preuves concrètes » démontrant que la récupération est possible, ainsi que des connaissances (surtout légales) sur les procédures à suivre afin de récupérer une entreprise.

Dans 90 % des ER analysées par cet auteur, les connaissances et les preuves sur la possibilité de récupérer une entreprise ne proviennent pas des travailleurs mais sont fournies par des

« promoteurs » externes à l’entreprise (Rebôn, 2004 : 67-68). Rebôn analyse le rôle de ces promoteurs en centrant son regard sur les stratégies politiques qu’ils développent afin d’atteindre leurs buts. Sa recherche repose quasi exclusivement sur les résultats des enquêtes réalisées au sein des ER et sur des entretiens approfondis effectués avec des membres du

^ Ce programme de recherche s’est développé au sein de l’Institut Gino Germani de l’Université de Buenos Aires.

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