Ecole Normale Sup´erieure 20056-2007
Cours d’Analyse Fonctionnelle et EDP mai 2007
Chapitre 6 - Espaces de Sobolev et probl`emes variationnels
1 - Le Laplacien avec condition de Dirichlet dans un ouvert born´e.
Th´eor`eme 1.1. L’espaceH1(Ω) est un espace de Hilbert s´eparable. L’espaceW1,p(Ω), 1< p <∞est un espace r´eflexif s´eparable. L’espaceW1,1(Ω) est un espace de Banach s´eparable et l’espaceW1,∞(Ω) est un espace de Banach non s´eparable.
Preuve du Th´eor`eme 1.1. • Montrons que W1,p(Ω), 1 < p < ∞ est r´eflexif. En effet, l’application T : W1,p(Ω) → Lp(Ω)N+1, u7→ [u, ∂1u, ..., ∂Nu] est une isom´etrie. Donc T(W1,p(Ω)) est un sev ferm´e de Lp(Ω)N+1 qui est r´eflexif comme produit fini d’espaces r´eflexifs. On en d´eduit que T(W1,p(Ω)) est r´eflexif et donc ´egalementW1,p(Ω).
• Montrons queW1,p(Ω), 1≤p <∞ est s´eparable. En effet, T(W1,p(Ω)) est s´eparable et donc ´egalement
W1,p(Ω). ⊔⊓
Remarques 1. (i) Soit (un) une suite deW1,p, 1≤p≤ ∞, telle queun →udans Lp et (∇un) admet une limite dans (Lp)N, alorsu∈W1,p etun→udansW1,p. On peut remplacer les convergences dans Lp par des convergences au sensσ(Lp, Lp′). En particulier, si 1< p≤ ∞, (un) est une suite born´ee de W1,pet un⇀ u σ(Lp, Lp′) alorsu∈W1,p.
(ii) Pour 1< p <∞et (un) une suite deW1,p, il y a ´equivalence (`a extraction d’une sous-suite pr`es) entre (1)un⇀ uau sensσ(W1,p,(W1,p)′);
(2)un⇀ uet ∇un⇀∇uau sensσ(Lp, Lp′);
(3) (un) est born´ee dansW1,p.
En effet, (3) est ´equivalent `a dire que (un) et (∇un) sont born´ees dansLp, qui est ´equivalent `a son tour `a (2) grˆace `a la compacit´e faible de la bouleBLp d’une part et grˆace `a un corollaire de Banach-Steinhaus d’autre part. L’´equivalence entre (1) et (3) est vraie pour les mˆemes raisons.
(iii) Pour p = ∞, on garde l’´equivalence entre (2) et (3). Plutˆot que (1) on s’attend `a une convergence faible∗. La question reste donc: W1,∞ est-il le dual d’un espace de Banach?
(iv) Pour 1≤p≤ ∞,fj ∈Lp′, 0≤j ≤ ∞, l’application u∈W1,p 7→ Λ(u) :=
Z
Ω
f0u+
N
X
i=1
Z
Ω
fi∂iu
est une forme lin´eaire continue surW1,p, donc un ´el´ement de (W1,p)′. En choisissantfj= 0 pour toutj6=i, on obtient ainsi que (1) implique (2) ´egalement dans le casp= 1.
(v) On voit que pour toutϕ∈ D(Ω)
Λ(ϕ) =hf0, ϕi+X
i
hfi, ∂iϕi=hf0−X
i
∂i{fi}, ϕi,
de sorte que
Λ|D(Ω)∈W˜−1,p′(Ω) :={T ∈ D′(Ω); T =f0−X
i
∂i{fi}, fj ∈Lp′}.
SiD(Ω) est dense dans W1,p(Ω) on a Λ∈W˜−1,p′.
Th´eor`eme 1.2 (Friedrichs). Soitu∈W1,p(Ω) 1≤p <∞. Il existe une suite (un) de D(Ω)⊂ D(RN) telle que
(i)un →udansLp(Ω);
(ii)∇un|ω→ ∇u|ω dansLp(ω)N pour toutω⊂⊂Ω.
(iii) Par la r´eciproque du th´eor`eme de convergence domin´ee on peut donc ´egalement affirmer que
|un| ≤v∈Lp(Ω), un→up.p. dans Ω,|∂iun| ≤wi∈Lploc(Ω), ∂iun →∂iup.p. dans Ω.
Preuve du Th´eor`eme 1.2. On reprend la suiteun:=ρn∗(ζnu), avecζ=1Kn, (Kn) une suite exhaustive de compacts de Ω telle que dist(Kn,Ωc)≥2/n, et (ρn) une suite r´egularisante,ρn=nNρ(n x), 0≤ρ∈ D(RN), suppρ⊂B(0,1), kρkL1 = 1, utilis´ee dans la preuve de la densit´e de D(Ω) dans D′(Ω). On remarque que vn=ζnu→udansLp, par convergence domin´ee et puisqueu∈Lp(Ω), puis
kρn∗vn−ukLp(Ω) ≤ kρn∗(vn−u)k¯ Lp(RN)+kρn∗u¯−uk¯ Lp(RN)→0, d’o`u (i). De plus,
∇un =ρn∗(u∇ζn+ζn∇u) dans ω⊂⊂Ω,
avec n−1 < dist(Knc,ω) et¯ n−1 < dist(¯ω,Ωc) de sorte que ζn ≡ 1 sur ¯ω+B(0,1/n). Alors d’une part, ρn∗(ζn∇u) = ρn∗(∇u) → ∇udans Lp(ω). Et d’autre part, puisque ∇ζn = 0 sur ¯ω+B(0,1/n), on a ρn∗(u∇ζn) = 0 sur ω. On a donc (ii). L’assertion (iii) est alors une cons´equence de la ”r´eciproque du
th´eor`eme de convergence domin´ee”. ⊔⊓
Proposition 1.3. Soitu∈Lp(Ω) avec 1< p≤ ∞. Les propri´et´es suivantes sont ´equivalentes (i)u∈W1,p(Ω);
(ii)∃Ctelle que Z
Ω
u ∂iϕ
≤CkϕkLp′ ∀ϕ∈ D(Ω);
(iii)∃C telle que∀ω⊂⊂Ω,∀h∈RN |h|<dist(¯ω,Ωc) on akτhu−ukLp(ω)≤C|h|.
De plus, dans le casp= 1, on a (i) ⇒(ii)⇔(iii).
Preuve de la Proposition 1.3. L’implication (i)⇒(ii) est une cons´equence imm´ediate de la d´efinition d’une fonction deW1,p(Ω), 1≤p≤ ∞.
Montrons (i)⇒(iii). Siu∈Cc1(RN) et 1≤p <∞, on ´ecrit u(x−h)−u(x) =−
Z 1 0
h· ∇u(x−t h)dt.
Par H¨older, il vient
|τhu(x)−u(x)|p≤ |h|p Z 1
0
|∇u(x−t h)|pdt, et apr`es int´egration sur le domaine
kτhu−ukpLp(ω)≤ |h|p Z
ω
Z 1 0
|∇u(x−t h)|pdtdx≤ |h|p Z 1
0
Z
Ω
|∇u(y)|dy dt=|h|pk∇ukpLp(Ω). Siu∈W1,p(Ω) et 1≤p <∞on raisonne par densit´e en utilisant le th´eor`eme de Friedrichs. Siu∈W1,∞(Ω) on applique ce qui pr´ec`ede dansW1,p(Ω∩BR) avecR, p <∞et on laisse tendrep→ ∞, puisR→ ∞.
Montrons (ii) ⇒ (i). De (ii), on d´eduit que la distribution Ti:ϕ∈ D(Ω)7→ − Z
Ω
u ∂iϕ dx s’´etend en une forme lin´eaire continue de Lp′(Ω), elle s’identifie donc `a un ´element de Lp(Ω): ∃vi ∈ Lp(Ω) telle que
∂iu=Ti={vi}. Doncu∈W1,p(Ω).
Montrons enfin (iii)⇒(ii). Pour toutϕ∈ D(Ω) ett >0,|t|<dist(suppϕ,Ωc) on a
Z
Ω
(τt eiϕ−ϕ)u dx
= Z
Ω
(τt eiu−u)ϕ dx
≤C|t| kϕkLp′,
et on obtient (ii) en passant `a la limitet→0. ⊔⊓ D´efinition 1.4. Soit 1≤p <∞. On d´efinitW01,p(Ω) comme ´etant la fermeture deCc1(Ω) dansW1,p(Ω).
On noteH01(Ω) =W01,2(Ω). L’espaceW01,p(Ω) est un espace r´eflexif, s´eparable comme sev ferm´e de l’espace W1,p(Ω) et l’espaceH01(Ω) est un espace de Hilbert. On montre sans difficult´e en reprenant la preuve du Th´eor`eme 1.1 queW01,p(RN) =W1,p(RN), mais en g´en´eralW01,p(Ω)6=W1,p(Ω).
Remarques 2. (i) Par exemple,1Ω∈W1,p\W01,p si Ω est un ouvert born´e.
(ii) Pour 1 ≤p <∞, W01,p est un sev ferm´e faible de W1,p au sens o`uun ∈W01,p, un⇀ u dansLp faible et (∇un) est born´ee dans Lp implique u ∈ W01,p. Indiquons deux preuves. Le plus simple est de dire que cela implique un⇀ u au sens σ(W1,p,(W1,p)′) et de conclure grˆace `a un corollaire de Hahn-Banach.
Une deuxi`eme preuve consiste `a supposer de plus que un →u dansLp, et donc∇un⇀∇u σ(Lp, Lp′), et d’invoquer le lemme de Mazur, il existe une combinaison convexevN des (un)n≥N telle que∇vN → ∇udans Lp fort, et donc ´egalementvN →udansW1,p. On a pas besoin de l’hypoth`ese suppl´ementaireun→udans Lpici. En effet, sivN =P
θiNuni etdest la distance associ´ee `a la convergence au sens de la topologie faible, on a
d(u, vN) =X
j
X
i
θNi 2−j|hwj, u−unii| ≤ sup
n≥Nd(u, un)→0 lorsque N → ∞,
ici (wj) est une suite dense deBLp′, donc encorevN⇀ uau sens faibleLp. En it´erant le lemme de Mazur, mais cette fois-ci avec la suite (vN), on construit une suite (wN) telle quewN →uen norme dansW1,p. (iii) On a (W01,p)′ =W−1,p′ lorsque 1≤p <∞. On reprend l’isom´etrieT du th´eor`eme 1.1, qui est donc une bijection deW01,psurG:=T(W01,p)⊂(Lp)N+1. PourF ∈(W01,p)′ on d´efinit∀v∈GΛ(v) :=hF, T−1viqui est une application lin´eaire et continue. Par Hahn-Banach on ´etend Λ en un ´el´ement ¯Λ∈((Lp)N+1)′, avec kΛk((Lp)N+1)′ =kFk(W1
0)′. Par le th´eor`eme de Riesz, il existefj ∈Lp′, 0≤j≤N, telle que Λ(v) =¯
N
X
j=0
Z
vjfj ∀v ∈(Lp)N+1, avec donc kΛk¯ ((Lp)N+1)′ = max
0≤j≤NkfjkLp′. On en d´eduit pour toutu∈W01,p
hF, ui= Λ(T u) = Z
u f0+
N
X
j=1
Z
fj∂ju.
Or le terme de droite s’identifie `a (est!) un ´el´ement deW−1,p′, d’o`u l’inclusion (W01,p)′ ⊂W−1,p′. L’inclusion
´etant prouv´e dans la remarque 1, on a bien ´etabli l’existence d’une isom´etrie entre (W01,p)′ et W−1,p′. (iv) On doit pouvoir ´etablir queW1,∞= (W−1,1)′ (`a v´erifier ...).
(iv) Lorsque W01,p 6= W1,p on a W−1,p′ ⊂ (W1,p)′ sans avoir ´egalit´e, au moins dans le cas d’un ”ouvert r´egulier”. C’est un argument d´ej`a rencontr´e dans le cadre fonctions continues/mesures de Radon. Soit donc un ouvert r´egulier Ω et acceptons l’existence d’un op´erateur ”trace” (ou ”valeurs au bord”)γ:W1,p(Ω)→ Lp(∂Ω) lin´eaire continu et tel queγu =u|∂Ω si u∈W1,p(Ω)∩C( ¯Ω) On introduit l’espace vectoriel G:=
W01,p+R1Ω 6= W01,p puisque 1Ω ∈/ W01,p. Alors γ(u+λ1Ω) = λ1∂Ω, ce qui permet de d´efinir (grˆace au th´eor`eme de Hahn-Banach) une forme lin´eaire continue ϕ : W1,p → R telle que ϕ|G1∂Ω = γ|G. Alors si i : W01,p → W1,p est l’injection canonique, on voit que i∗ϕ = 0 et pourtant ϕ 6= 0, cela prouve que i∗ n’est pas injective. On peut ˆetre plus pr´ecis. En effet, acceptons l’existence d’un op´erateur ”rel`evement”
R : γW1,p → W1,p(Ω) lin´eaire continu et tel que ∀u ∈ γW1,p(Ω) γ R u = u, de sorte que l’application P =Id−R◦γ :W1,p →W1,p est un projecteur sur W01,p. En introduisant i: W01,p→ W1,p et j : V :=
(R◦γ) (W1,p)→W1,p les injections canoniques, on constate que Φ = (i∗, j∗) : (W1,p)′ →(W01,p)′×V′ est un isomorphisme et donc (W01,p)′ s’identifie viai∗`a un sev strict de (W1,p)′.
Th´eor`eme 1.5 (In´egalit´e de Poincar´e). Supposons Ω born´e (dans un moins une direction) et 1≤p <∞.
Alors il existe une constanteC=CΩ,ptelle que
∀u∈W01,p(Ω) kukLp(Ω)≤Ck∇ukLp(Ω).
Remarque. L’in´egalit´e de Poincar´e est ´egalement vraie dans le cas o`u Ω est de mesure finie et r´egulier, c’est alors une cons´equence de l’in´egalit´e de Sobolev.
Preuve du Th´eor`eme 1.5. On peut supposer Ω born´e dans la direction e1: Ω ⊂ {x∈ RN,|x1| ≤R/2}.
Pouru∈Cc1(Ω) on a alors
u(x) =u(x)−u(x1−R e1) =R Z 1
0
(∂1u)(x−R t e1)dt
et donc Z
Ω
|u|p≤Rp Z
Ω
|∂1u|pdx.
On raisonne ensuite par densit´eCc1(Ω)⊂W01,p(Ω). ⊔⊓
Exemple 1.7. Soit Ω un ouvert born´e. On consid`ere le probl`eme de Dirichlet homog`ene, i.e. ´etant donn´ee une fonctionf sur Ω, on cherche une fonctionu: ¯Ω→Rtelle que
(1) −∆u=f dans Ω, u= 0 sur ∂Ω.
Etape 1 (formulation variationnelle). Une solution classique est une fonctionu∈C2( ¯Ω) qui satisfait (1) en tout point. Une solution variationnelle est une fonctionu∈H01(Ω) qui satisfait
(2)
Z
Ω
∇u∇v= Z
Ω
f v ∀v∈H01(Ω).
Remarques 1.8. - La condition aux limitesu= 0 sur∂Ω est incluse dans le choix de l’espace dans lequel on travail: H01(Ω) et non pasH1(Ω) par exemple.
- Il est fondamental ici d’avoir le mˆeme espace pour la solution uet les fonctions tests v. Si l’espace des fonctions tests est plus petit, on parlera de solution faible. Par exemple, u∈H01(Ω) est solution faible de (1) si
(3)
Z
Ω
∇u∇v= Z
Ω
f v ∀v∈ D(Ω), ou
(3′)
Z
Ω
u(−∆v) = Z
Ω
f v ∀v∈ D(Ω).
Dans ce dernier cas, on parlera de solution au sens des distributions. Ici, il est ´evident qu’une solution u∈H01(Ω) de (3′) est une solution de (3) (il suffit d’utiliser la d´efinition de∂iu), et qu’une solution de (3′) est solution de (2) (par densit´e deD(Ω) dansH01(Ω)). Attention, il n’est pas vrai qu’une solutionu∈H1(Ω) de (3′) est solution de (2), car on a perdu la condition aux limites.
Proposition 1.9. Une solution classiqueu∈C2( ¯Ω) est une solution variationnelle.
Preuve de la Proposition 1.9. - On a d’une part, pour toutϕ∈Cc1(Ω) grˆace `a la formule de Stokes Z
Ω
∇u∇ϕ=− Z
Ω
div(∇u)ϕ− Z
∂Ω
(n· ∇u)ϕ= Z
Ω
f ϕ
puisque le terme de bord est nul `a cause de la condition de support deϕ. Donc par densit´e la mˆeme identit´e est vraie pour toutϕ∈H01(Ω).
- Il faut montrer d’autre part queu∈H01(Ω). On consid`ereGε:R→Rla primitive qui s’annule en 0 de la fonction paireG′ε(s) = 0 si s < ε,G′ε(s) =s/ε−1 siε≤s≤2ε,G′ε(s) = 1 sis >2ε. AlorsGε(u)∈C1(Ω)
et Gε(u) = 0 en dehors du compact K := {x∈ Ω, |u(x)| ≤ ε} avec K∩Ωc = ∅, donc K ⊂ Ω et enfin Gε(u)∈ Cc1(Ω). Comme Gε(u) → udans Lp(Ω) et (∇Gε(u)) est born´ee, on en d´eduit que u ∈ W01,p(Ω)
grˆace `a la Remarque 2. ⊔⊓
Etape 2 (existence et unicit´e d’une solution variationnelle). On d´efinit a:H01(Ω)×H01(Ω)→R, a(u, v) =
Z
Ω
∇u∇v et F :H01(Ω)→R, F(v) = Z
Ω
f v.
Alorsaest une forme bilin´eaire, continue et coercive, puisque d’apr`es l’in´egalit´e de Poincar´e a(u, u) =
Z
Ω
|∇u|2≥ 1 2
Z
Ω
|∇u|2+CΩ
2 Z
Ω
u2≥1
2min(1, CΩ)kuk2H1
0,
et F est une forme lin´eaire et continue. On applique le th´eor`eme de Lax-Milgram qui affirme l’existence et l’unicit´e d’une solutionu∈H01(Ω) `a l’´equation
a(u, v) =F(v) ∀v∈H01(Ω),
c’est-`a-dire pr´ecis´ement une solution variationnelle. De plus,uest alors la solution du probl`eme de minimi- sation
E(u) = min
v∈H01(Ω)E(v), E(v) =1 2
Z
Ω
|∇v|2− Z
Ω
f v.
Enfin, on remarque que de l’in´egalit´e 1
2min(1, CΩ)kuk2H1
0 ≤ Z
Ω
|∇u|2= Z
Ω
f u≤ kfkL2kukL2
on d´eduit kukH1
0 ≤CkfkL2, en particulier l’application f 7→uest continue de L2 dans H01. Ce probl`eme est donc bien pos´e au sens de Hadamard.
On dit qu’un probl`eme (lin´eaire ou non lin´eare)
f ∈Y, u∈X, Λu=f
est bien pos´e au sens de Hadamard si pour toutf ∈Y ilexisteuneuniquesolutionu∈X `a ce probl`eme, et si de plus,f 7→uestcontinue.
Etape 3 (r´egularit´e de la solution). De mani`ere impr´ecise, si les donn´ees du probl`eme sont r´eguli`eres alors la solution l’est ´egalement. Par exemple, on a le r´esultat suivant: si Ω est de classeCm+2etf ∈Hm(Ω), m∈N, alorsu∈Hm+2(Ω). La preuve d’un tel r´esultat est fastidieuse car elle demande de prendre en compte la g´eom´etrie de l’ouvert, et ceci n’est jamais tr`es agr´eable `a ´ecrire! A l’int´erieure du domaine les choses sont plus facile `a ´ecrire. Donnons l’id´ee de la preuve.
On part du calcul formel suivant. On prendv=∂2iiudans la formulation variationnelle, et il vient Z
Ω
|∇∂iu|2= Z
Ω
f ∂iiu≤ kfkL2k∂iiukL2 ≤ kfkL2k∇∂iukL2, de sorte quek∇∂iukL2≤ kfkL2, donc∀i, k ∂ik2u∈L2, et en conclusionu∈H2.
Pour justifier ce calcul on consid`ere plutˆot la d´eriv´ee discr`etev=D−h(Dhu),Dhv=|h|−1(τhu−u), disons dans le cas Ω =RN, de sorte quev∈H1(RN). Il vient alors
Z
Ω
|∇(Dhu)|2= Z
Ω
∇u∇D−hDhu= Z
Ω
f D−hDhu≤ kfkL2kD−hDhukL2 ≤ kfkL2k∇DhukL2.
On en d´eduit
k∇(Dhu)kL2 ≤ kfkL2, et doncu∈H2en passant `a la limiteh→0.
Une fa¸con alternative de d´emontrer le r´esultat est d’utiliser le partiel et les espacesHlock (Ω) d´efinis `a l’aide de la transform´e de Fourier.
La m´ethode ci-dessus s’adapte `a de nombreux autres probl`emes du type L u=−X
ij
∂i(aij(x)∂ju) +X
j
bj∂ju+c u=f
aveca= (aij),b= (bj) etcau minimum born´ees (r´eguli`eres pour pouvoir appliquer l’´etape 3) etav´erifiant une condition d’´ellipticit´e
∃α0>0, ∀x∈Ω, ∀ξ∈RN a(x)ξiξj≥α0|ξ|2, avec des conditions aux limites vari´ees
u= 0 Dirichlet homog`ene, ∂u
∂n = 0 Neumann homog`ene, u=g Dirichlet non homog`ene, ∂u
∂n =g Neumann non homog`ene, αu+β∂u
∂n =g mixtes.
Cette m´ethode s’adpte ´egalement pour le probl`eme du biLaplacien
∆2u=f Ω, u=g et ∂u
∂n=h ∂Ω, et le prob`eme de Stokes
∀f : Ω→RN ∃(u, p) : Ω→RN ×R −∆u+∇p=f Ω, divu= 0 Ω, u= 0 ∂Ω.
La difficult´e est alors double: d’une part trouver le bon espace Hilbertien qui permet de mettre l’´equation sous la forme d’une ´equation variationnelle (mais avec un peu d’entraˆınement on y arrive assez bien); d’autre part montrer que la forme bilin´eaireaest coercive (cela peut ˆetre plus subtile).
2 - Le probl`eme aux valeurs propres pour l’´equation de Laplace avec condition de Dirichlet dans un ouvert born´e.
Pouru∈L1loc(Ω) on d´efinit ¯u∈L1loc(RN) par ¯u(x) =u(x) six∈Ω, ¯u(x) = 0 six /∈Ω.
Proposition 2.1. Soit 1≤p <∞etu∈W01,p(Ω). Alors la fonction ¯uappartient `aW1,p(RN) et∂iu¯=∂iu.
Preuve du Th´eor`eme 2.1. Commeu∈W01,p(Ω) il existe (un) une suite deCc1(Ω) telle queun→u W1,p(Ω).
Pourϕ∈Cc1(RN) on a alors Z
Ω
un∂iϕ dx
= Z
Ω
∂iunϕ dx
≤ k∇unkLp(Ω)kϕkLp′
(Ω). On en d´eduit en passant `a la limiten→ ∞
Z
RN
¯ u ∂iϕ dx
= Z
Ω
u ∂iϕ dx
≤ k∇ukLp(Ω)kϕkLp′
(RN).
Cela implique ¯u∈W1,p(RN) d’apr`es la proposition 1.3. En passant `a la limite dans l’identit´e Z
Ω
un∂iϕ dx= Z
Ω
∂iunϕ dx,
il vient Z
RN
¯
u ∂iϕ dx= Z
Ω
u ∂iϕ dx= Z
Ω
∂iu ϕ dx= Z
RN
∂iu ϕ dx,
on conclut que∂iu¯=∂iu. ⊔⊓
Th´eor`eme 2.2. Soit Ω un ouvert born´e deRN. Alors l’injectionW01,p(Ω)⊂Lp(Ω) est compacte.
Preuve du Th´eor`eme 2.2. On d´efinit l’op´erateur de prolongementP :W01,p(Ω) →W01,p(RN) l’application u7→u. Soit¯ F =BW1,p
0 et G=PF. AlorsG est un sous-ensemble born´e deLp(RN) tel quekτhv¯−vk¯ Lp≤ C|h| pour toutv ∈ F. D’apr`es le th´eor`eme de Riesz-Fr´echet-KolmogorovG|Ω est un compact de Lp(RN),
i.e. F est un compact de Lp(Ω). ⊔⊓
Th´eor`eme 2.3. Il existe une base Hilbertienne (en)n≥1 de L2, il existe (λn)n≥1 telle que λn > 0 et λn→ ∞et
en∈H01(Ω), −∆en=λnen
On dit que (λn) est valeur propre de−∆ avec condition de Dirichlet et que les (en) dont les fonctions propres associ´ees.
Preuve du Th´eor`eme 2.3. On d´efinit l’applicationf ∈L2(Ω)7→u=T f l’unique solution variationnelle du probl`eme
u∈H01(Ω), −∆u=f, i.e.
∀f ∈L2(Ω), T f ∈H01 et Z
Ω
∇T f∇w= Z
Ω
f w.
Nous avons vu que l’op´erateurT :L2→H01⊂L2 est continu. Il est ´egalement auto-adjoint car∀f, g∈L2 en utilisant deux fois (pourgpuis pourf) la d´efinition pr´ec´edente
(T f, g)L2= Z
(T f)g= Z
∇T f · ∇T g= Z
f T g= (f, T g)L2.
Il est aussi compact puisque l’injection H01 ⊂L2 est compacte. D’apr`es le th´eor`eme ? il existe donc une base orthonorm´ee (en) deL2form´ee de vecteurs propres deT: T en =µnen, (en, em) =δnm∀n, m∈N. De plus, le cararact`ere positif de−∆, plus pr´ecis´ement
∀n µn= (µnen, en) = (T en, en) = Z
Ω
|∇(T en)|2≥CΩ
Z
Ω
|T en|2≥0
impliqueµn ≥0 ∀n∈N. Enfin, siµn = 0 alorsT en= 0, et par d´efinition de T la fonctionen est solution variationnelle de l’´equationT en ∈H01, −∆(T en) =en, doncR
env =R
∇T en∇v = 0 pour tout v ∈ H01, et d’o`u on tireen = 0, ce qui est absurde. En conclusion, µn >0 ∀n∈N∗, et toujours par le th´eor`eme ? µn→0. En posantλn=µ−1n on obtient la suite (λn, en) annonc´ee.
Proposition 2.4. Soit 1 ≤ p < ∞ et soit G ∈ C1(R)∩Lip(R). Alors pour tout u ∈ W1,p(Ω) on a G(u)∈Wloc1,p( ¯Ω) et∂iG(u) =G′(u)∂iu. Si de plusG(0) = 0 alorsu∈W1,p(Ω) implique G(u)∈W1,p(Ω) et u∈W01,p(Ω) implique G(u)∈W01,p(Ω).
Preuve de la Proposition 2.4. Comme G est Lipschitzienne on a |G(u)| ≤ L|u|+|G(0)| ∈ Lp(Ω) et
|G′(u)∂iu| ≤L|∂iu| ∈Lp(Ω). On consid`ere une suite (un) deD(Ω) telle que un→uau sens du th´eor`eme
de Friedrichs. AlorsG(un)∈C1(Ω) et∂iG(un) =G′(un)∂iun. Il suffit alors de passer `a la limite (grˆace au th´eor`eme de convergence domin´ee) dans la formulation int´egrale de cette ´egalit´e. ⊔⊓ Proposition 2.5. On ne fait plus l’hypoth`ese sur G d’ˆetre de classe C1, mais seulement G : R → R Lipschitzienne et de classe C1 par morceaux, G′ admet une limite `a droite et une limite `a gauche en tout point. Alors les conclusions de la Proposition 2.4 restent vraies. En particulier, u ∈ W(0)1,p implique u+, u−,|u| ∈W(0)1,p. Enfin, pour toutc∈R, on a
∇u= 0 sur {x∈Ω, u(x) =c}.
Preuve de la Proposition 2.5.
Corollaire 2.5. Soitu∈H1(Ω) telle queu≥0 sur∂Ω (au sensu−∈H01(Ω) et−∆u≥0 dans Ω (au sens des distributions) alorsu≥0 dans Ω (au sens presque partout).
Preuve du Corollaire 2.5. Pour toutϕ∈ D(Ω), ϕ≥0, on a Z
Ω
∇u∇ϕ= Z
u(−∆ϕ) =hu,−∆ϕi=h−∆u, ϕi ≥0.
Par densit´e et puisqueu+=1u>0u,u−=−1u<0u, il vient 0≤
Z
∇u∇u−= Z
(1u>0∇u+1u<0∇u)∇u−=− Z
1u>0∇u1u<0∇u− Z
|∇u−|2=− Z
|∇u−|2, ce qui implique∇u−= 0, doncu−= 0 (grˆace `a l’in´egalit´e de Poincar´e), ce qui signifie bienu≥0. ⊔⊓ Proposition 2.6. On d´efinit
J1:= inf
u∈H01(Ω)
R|∇u|2 R u2 .
AlorsJ1=λ1 et il existe une valeur propre positivee1 associ´ee `aλ1, i.e. 0≤e1∈H01(Ω).
Preuve de la Proposition 2.5. On remarque queJ1 ≥0 et mˆemeJ1≥CΩ grˆace `a l’in´egalit´e de Poincar´e.
On d´efinitK={u∈H01(Ω); kukL2= 1}et soit (vn) une suite deK telle queR
|∇vn|2 → J1. On remarque queun=|vn| ∈K et
Z
|∇un|2= Z
|(signvn)∇vn|2= Z
1vn6=0|∇vn|2= Z
|∇vn|2 → J1.
Comme (un) est une suite born´ee deH01, on peut en extraire une sous-suite (toujours not´ee (un)) qui converge au sens faible deH01, i.e. ∃u∈H01telle queun⇀ udansL2,∇un⇀∇udans (L2)N. De plus, de l’injection compacteH01⊂L2 on d´eduit que en faitun →ufortement dansL2, ∇un⇀∇udans (L2)N. De plus, de l’injection compacteH01⊂L2on d´eduit qu’en fait un→ufortement dansL2. Par continuit´e d’une part on obtientu∈K, par un corollaire de Banach-Steinhaus d’autre part on a
(J1≤) Z
Ω
|∇u| ≤lim inf Z
Ω
|∇un|=J1. On retrouve ici queJ1>0, puisque u6≡0.
Soitw∈H01(Ω),w6≡0. Alorsu+t w∈H01(Ω) etku+t wkL2 6= 0 pour toutt∈(−a, a),a:=kwk−1L2. Par d´efinition deJ1, on a donc
Z
Ω
∇ u+t w ku+t wkL2
2
≥J1.
On calcule alors Z
|∇u|2+ 2t Z
∇u· ∇w+t2 Z
|∇w|2≥J1
Z
u2+ 2t Z
u w+t2 Z
w2
En simplifiant le terme constant (en t), en divisant par t >0, puis en passant `a la limitet →0 on obtient
donc Z
∇u· ∇w≥J1
Z
u w ∀w∈H01(Ω).
On a donc ´egalit´e (prendrewet −w), ce qui signifie queuest une solution variationnelle du probl`eme aux valeurs propres
u∈H01(Ω), −∆u=J1u Ω.
Pour toute valeur propreλet toute fonction propre associ´eev∈H01(Ω) on a Z
Ω
|∇v|2=λ Z
Ω
|v|2,
et la d´efinition deJ1 implique donc J1≤λ. AinsiJ1 =λ1 est bien la plus petite valeur propre associ´ee au
probl`eme. ⊔⊓
Remarque 2.6. Ce r´esultat est `a comparer au th´eor`eme sur les op´erateurs auto-adjoints qui affirme que
M = sup
f∈L2,kfkL2=1
(T f, f)
est tel que M ∈σ(T). Comme T ≥0,M >0 etT est compact, on en d´eduit queM ∈VP(T) d’apr`es le th´eor`eme sur le spectre des op´erateurs compacts.
Exercice 2.6. Soit Ω un ouvert deRN.
a) Rappeler pourquoi I−∆ est un isomorphisme de Hσ+2(RN) → Hσ(RN) pour tout σ ∈ R, pourquoi Cck(RN) ⊂ Hk(RN) pour tout k ∈ N et pourquoi Hσ(RN) ⊂ Ck(RN) pour tout σ > k+N/2, k ∈ N. Montrer que∇:Hσ(RN)→Hσ−1(RN) et que siu∈Hσ(RN) etϕ∈ D(RN) alorsu ϕ∈Hσ(RN).
Pourσ∈Retω⊂Ω un ouvert, on d´efinit
Hlocσ (ω) :={u∈ D′(ω); ∀ϕ∈ D(ω), ϕ u∈Hσ(RN)}.
b) Montrer que toute distribution est localement dansHs; i.e. ∀T ∈ D′(Ω), ∀ω ouvert tel que ¯ω ⊂Ω il existe∃s=s(T, ω)∈Rtel queT ∈Hlocs (ω).
c) Soitf ∈ D′(Ω) etu∈ D′(Ω) une solution de −∆u=f au sens deD′(Ω). Supposons que f ∈Hlocr (ω) avecω ouvert tel que ¯ω ⊂Ω et montrer queu∈Hlocr+2(ω). En d´eduire que sif ∈C∞(ω) alorsu∈C∞(ω).
On dit que l’op´erateur ∆ est hypo´eliptique.
Correction de l’Exercice 2.6.
a) - On rappelle que
Hσ(RN) :={u∈ S′(RN), (1 +|ξ|2)σ/2uˆ∈L2(RN)}.
a1) - Pour toutT ∈ S′, on aF(∂xiT) =i ξiTˆ, puisque pour toutϕ∈ S
hF(∂xiT), ϕi=h∂ξiT,ϕiˆ =−hT, ∂ξiϕiˆ =hT, iF(xiϕ)i=hi ξiT , ϕi.ˆ DoncF((I−∆)T) = (1 +|ξ|2) ˆT, et pour toutT ∈ S′ on a
T ∈Hσ+2 ssi (1 +|ξ|2)σ/2+1Tˆ∈L2
ssi (1 +|ξ|2)σ/2F((I−∆)T)∈L2 ssi (I−∆)T∈Hσ.
Il est alors clair queT 7→S:=F−1((1 +|ξ|2) ˆT) est un isomorphisme deHσ+2 dans Hσ. En particulier, si S∈Hσ alorsT :=F−1((1 +|ξ|2)−1S)ˆ ∈Hσ+2.
a2) - Pour toutu∈Cck(RN), on a∂αu∈Cc(RN)⊂L2 ∀α,|α| ≤keti|α|ξαuˆ=F(∂αu)∈L2 (F est une isom´etrie deL2). En particulier, (1 +|x|2)k/2|ˆu| ≤C(1 +|x1|k+...+|xN|k)|ˆu| ∈L2et donc u∈Hk.
a3) - On rappelle queHσ(RN)⊂C0(RN) siσ > N/2 (car alors ˆu∈L1 par Cauchy-Schwarz et on utilise queF−1:L1→C0). Comme∂i:Hσ+1 →Hσ (c’est juste l’in´egalit´e|ξ|(1 +|ξ|2)k/2 ≤C(1 +|ξ|2)(k+1)/2), on a∂αu∈C0(RN) pour toutu∈Hσ(RN) et toutα,|α| ≤[σ−N/2], o`u [.] d´esigne la partie enti`ere. Enfin, on remarque que (1 +|ξ|2)k/2≤16k/2(1 +|η|2)k/2(1 +|ξ−η|2)k/2 ∀ξ, η∈RN. En effet, pourη∈RN tel que|η| ≥ |ξ|/4 on a (1 +|η|2) (1 +|ξ−η|2)≥1 +|η|2 ≥1 +|ξ|2/16 et pourη ∈RN tel que |η| ≤ |ξ|/4 on a (1 +|η|2) (1 +|ξ−η|2)≥1 +|ξ−η|2 ≥1 +|ξ|2/2− |η|2 ≥1 +|ξ|2/16 (on a utilis´e l’in´egalit´e de Young
|ξ·η| ≤ |ξ|2/4 +|η|2). Ainsi en notant ˜u= (1 +|ξ|2)k/2uˆ et ˜ϕ= 16k/2(1 +|ξ|2)k/2uˆon obtient
|F(ϕ u)|(1 +|ξ|2)k/2≤ |ˆu∗ϕ|ˆ (1 +|ξ|2)k/2≤u˜∗ϕ,˜ et donc
ku ϕkHk≤ k˜u∗ϕk˜ L2≤ k˜ukL2kϕk˜ L1≤CNkϕkHk+N+1kukHk <∞.
b) Soit ω ⊂ ω¯ ⊂ Ω. Il existe χ ∈ D(Ω) tel que χ ≡ 1 sur ¯ω. On a alors T χ ∈ E′(Ω), et donc on peut consid´erer T χ comme un ´el´ement deS′(RN) (en posant hT χ, ϕi= hT, χ ϕi pour tout ϕ ∈ S(RN)). Par d´efinition d’une distribution, il existem∈N,C >0 tels que
∀ψ∈ D(Ω), suppψ⊂suppχ |hT, ψi| ≤C sup
α,|α|≤m
sup
x∈Ω
|(∂αψ)(x)|.
On en d´eduit
∀ϕ∈ S(RN), |hT χ, ϕi| ≤Ckχ ϕkWm,∞ ≤Ckχ ϕkH−s ≤CkϕkH−s,
o`u on a pos´e−s := m+N/2 + 1. Par ailleurs, F(χ T) ∈ C∞ puisque χ T ∈ E′(RN). Ainsi, pour tout ϕ∈ D(RN) et une suite (ρm) d’approximation de l’identit´e
Z
RN
(1 +|ξ|2)sF(T χ)ϕ dξ = lim
m→∞
Z
RN
(1 +|ξ|2)sF((T χ)∗ρm)ϕ dξ
= lim
m→∞
Z
RN
(T χ)∗ρmF((1 +|x|2)sϕ)dξ
= hT χ,F((1 +|x|2)sϕ)i ≤CkF((1 +|x|2)sϕ)kH−s =CkϕkL2. Puisque (L2)′ = L2, cela d´emontre que (1 +|ξ|2)sF(T χ) ∈ L2 et donc T χ ∈ Hs(RN). On conclut que T ∈Hlocs (ω) puisque pour toutϕ∈ D(ω) on aT ϕ=T(ϕ χ) = (T χ)ϕ.
c) D’apr`es l’´etape b) il existestel queu∈Hlocs (ω). On noter0= min(r, s). Soitϕ∈ D(ω) et soitχ∈ D(ω) telle queχ≡1 sur suppϕ. On a
∇(χ u) =χ∇u+u∇χ et
u ϕ−∆(u ϕ) = u ϕ−u∆ϕ−2∇u· ∇ϕ−ϕ∆u
= u
ϕ−∆ϕ+ 2∇χ·∇ϕ χ
−2∇(χ u)· ∇ϕ
χ +ϕ f=:S.
Puisque f ∈ Hlocr (ω) et u ∈ Hlocr0(ω) on a f θ ∈ Hr0(RN), u θ ∈ Hr0(RN), et ∇(u θ) ∈ Hr0−1(RN) pour tout θ ∈ D(ω), et donc S ∈ Hr0−1(RN). On en d´eduit, grˆace au fait que (I−∆)−1 : Hσ →Hσ+2, que u ϕ∈ Hr0+1. Ceci ´etant vrai pour tout ϕ∈ D(ω) cela signifie que u∈Hlocr0+1. En it´erant l’argument on obtient in fineu∈Hlocr+2. Enfin, sif ∈C∞(ω) alors f ∈Hlocr pour tout r ∈N, donc u∈Hlocr+2 pour tout r∈N, et enfin doncu∈C∞(ω).
Corollaire 2.7. Toute valeur propreen v´erifieen∈H01(Ω)∩C∞(Ω).
Preuve de la Proposition 2.7. il suffit d’utiliser le th´eor`eme pr´ec´edent et de faire un raisonnement par Bootstrap: on a en ∈L2(Ω) implique en∈Hloc2 (Ω) qui implique `a son touren ∈Hloc4 (Ω) et ainsi de suite.
On obtient ainsien∈Hloc∞(Ω) =C∞(Ω). ⊔⊓
Th´eor`eme 2.8 (propri´et´es/formules de la moyenne et principe du maximum fort). Soit Ω un ouvert connexe. Soit u ∈ C2(Ω) telle que −∆u≥ 0. Alors pour toutx0 ∈ Ω et tout r > 0 tel que B(x0, r)⊂Ω on a
u(x0)≥ I
∂B(x0,r)
u(y)dσ(y) et u(x0)≥ I
B(x0,r)
u(x)dx.
Si de plusu≥0 et en notantm:= infΩuon a alors
ou bien u≡m Ω, ou bien u > m Ω.
Preuve du Th´eor`eme 2.8. Par la formule de Stokes on a
− Z
∂B(x0,r)
∂u
∂ndσ=− Z
B(x0,r)
∆u dσ≥0.
On introduit les coordonn´ees sph´eriques y = x0+ρ ω, ω ∈ RN, |ω| = 1, ρ > 0, et la nouvelle fonction v=v(ρ, ω) =u(x) =u(x0+ρ ω). Par les propri´et´es de l’int´egrale sur la sph`ere, on a
Z
∂B(x0,r)
∂u
∂ndσ= Z
∂B(0,1)
∂v
∂ρρN−1dω=ρN−1 ∂
∂ρ Z
∂B(0,1)
v dω=ρN−1 ∂
∂ρ
"
ρ1−N Z
∂B(x,ρ)
u dσ
# .
Combinant la premi`ere in´egalit´e et cette identit´e on a ainsi montr´e que l’application ρ 7→ ρ1−N
Z
∂B(x,ρ)
u dσρ
est d´ecroissante pourρ∈(0, r). En particulier,
∀ρ∈(0, r]
I
∂B(x0,ρ)
u dσρ≤ I
∂B(x0,r)
u dσ.
On obtient la premi`ere formule de la moyenne en passant `a la limite ρ → 0. La seconde formule de la moyenne s’en d´eduit
Z
B(x0,r)
u dx= Z r
0
Z
∂B(x0,ρ)
u dσρdρ≥ Z r
0
|S1|ρN−1u(x0)dρ= |S1|
N rNu(x0) =|Br|u(x0).
Soientm:= infΩu≥0 etA:={x∈Ω; u(x) =m}. Aest un ferm´e de Ω. Si A6=∅, il existe x0∈Ω tel que u(x0) =met il exister >0 tel queB(x0, r)⊂Ω. Alors
0 =u(x)−m≥ I
B(x0,r)
[u(y)−m]dy≥0,
caru(y)−m≥0 dans Ω, et doncu(y)−m= 0 dansB(x0, r). Cela prouve queA est ´egalement ouvert, et
doncA= Ω, soit encoreu≡mdans Ω. ⊔⊓
Proposition 2.9. L’espace propre E1 associ´e `a λ1 est de dimension 1 et E1=Re1 avece1 >0 dans Ω.
Enfin,λ1 est la seule valeur propre associ´ee `a une fonction propre positive.
Preuve de la Proposition 2.9. Soitu∈H01(Ω) une fonction propre associ´ee `a la valeur propreλ1. Montrons par l’absurde queune change pas de signe. On suppose donc queu± 6≡0. Commeu±∈H01et par d´efinition deλ1on a
(∗1)
Z
Ω
|∇u+|2≥λ1
Z
Ω
|u+|2 et Z
Ω
|∇u−|2≥λ1
Z
Ω
|u−|2, Or on a ´egalement
Z
Ω
|∇u+|2+ Z
Ω
|∇u−|2= Z
Ω
|∇u|2=λ1
Z
Ω
|u|2=λ1
Z
Ω
|u+|2+λ1
Z
Ω
|u−|2.
Ainsi les in´egalit´e dans (∗1) sont n´ecessairement des ´egalit´es. Cela implique en particulier en reprenant la preuve de la proposition 2.5 queu+ etu− sont des fonctions propres associ´ees `a la valeur propreλ1, et donc
−∆u±=λ1u± ≥0 dans Ω. D’apr`es le corollaire 2.7, on a u± ∈C∞(Ω) et donc d’apr`es la proposition 2.8 u±>0 (puisqueu± 6≡0 par hypoth`ese). Cela est absurde puisque l’int´erieur des supports deu+ etu−sont disjoints. Cela d´emontre donc queune change pas de signe.
Soitw ∈H01(Ω)∩C∞(Ω) une fonction propre associ´ee `a la valeur propre λ1. On peut donc supposer par exemplew >0 dans Ω. Pour tout t∈R on d´efinit la fonctionv=e1−t wqui est ´egalement une fonction propre associ´ee `a λ1. On a v0 =e1>0 dans Ω etvt→ −∞dans Ω lorsquet→ ∞. On d´efinitτ ∈(0,∞) minimal tel que maxvτ = 0. Si un tel τ n’existait pas, on aurait donc toujours maxvt >0, et ´egalement minvτ′ <0 pour τ′ assez grand. Alorsvτ′ serait une fonction propre associ´ee `aλ1 qui change de signe, et cela n’est pas possible. Maintenant, une premi`ere possibilit´e est quevt>0 dans Ω pour toutt < τ etvt<0 dans Ω pour toutt > τ. Dans ce cas on avτ ≡0 et la fonction propre west proportionnelle `a e1, c’est ce que nous voulions ´etablir. Une seconde possibilit´e serait que l’on n’ait pas vt>0 dans Ω pour toutt < τ, et doncvtchange de signe, ou que l’on n’ait pasvt<0 dans Ω pour toutt > τ, et doncvtchange de signe.
Mais encore une fois cela n’est pas possible. En conclusionE1=Re1.
Enfin, siw∈H01(Ω) est une valeur propre, disons positive, associ´ee `a une valeur propreλ, on a λ
Z
Ω
w e1= Z
Ω
(−∆w)e1= Z
∇w· ∇e1= Z
Ω
w(−∆e1) =λ1
Z
Ω
w e1, ce qui impliqueλ=λ1 puisqueR
Ωw e16= 0 par hypoth`ese (e1>0 etw≥0,w6≡0).
3 - L’´equation de la chaleur avec condition de Dirichlet dans un ouvert born´e.
On consid`ere dans cette section l’´equation de la chaleur
(3.1) ∂tu−∆u= 0 Ω, u= 0 ∂Ω
avec condition initiale
u(0, .) =u0,
qui porte sur l’inconnueu=u(t, x) : (0, T)×Ω¯ →R. Observer que pour que ce probl`eme soit bien pos´e on prescrit une condition aux limites (qui est ici la plus simple possible: la condition de Dirichlet homog`ene).
On souhaite pr´esenter lam´ethode spectralequi consiste `a ”projeter” cette ´equation sur une base de fonctions propres du Laplacien. Cela fonction bien grˆace `a la r´esolution du probl`eme aux valeurs propres effectu´ee dans la section pr´ec´edente, et donc fondamentalement parce que Ω est born´e. Lorsque Ω =RN ce probl`eme peut ˆetre r´esolu plus simplement grˆace `a l’existence d’une formule int´egrale explicite (celle-ci peut ˆetre obtenue en effectuant une transformation de Fourier en la variablex par exemple). Dans le cas g´en´eral, Ω 6=RN non born´ee, le probl`eme (3.1) est encore bien pos´e et il se r´esout grˆace `a la th´eorie de Hill-Yosida sur les op´erateurs non born´es.
On commence `a chercher une solution sous la formeu(t, x) =a(t)w(x) (m´ethode de s´eparation des variables).
On auest solution si, et seulement si,
−∆w=−a′(t)
a(t) w dans (0,∞)×Ω ce qui impliquea′/aconstant etwest une fonction propre.
En prenantu(t, x) =an(t)en(x) il vient
a′n =−λnan
et donc
u(t, x) :=e−λnten(x)
est une ”solution” de l’´equation (3.1). Pr´ecisons le sens. Ici, c’est une solution classique d`es que l’on sait que en∈C2( ¯Ω) puisqu’alorsu∈C2([0,∞)×Ω). Sans hypoth`ese de r´egularit´e sur Ω, on a seulement¯ en ∈H01(Ω), et dans ce cas pour toutϕ∈ D(Ω) ouϕ∈H01(Ω)
d dt
Z
Ω
u(t, x)ϕ(x)dx = d dt
Z
Ω
e−λnten(x)ϕ(x)dx=−λne−λnt Z
Ω
en(x)ϕ(x)dx
= −e−λnth−∆en, ϕi=−e−λnt Z
Ω
∇en(x)∇ϕ(x)dx
= −
Z
Ω
∇u(t, x)∇ϕ(x)dx, et cette ´egalit´e `a lieu au sens classique sur (0,∞).
On d´efinit Hm := {u ∈ L2;u = C.L. des e1, ..., em} s.e.v. de dimension finie et Sm : Hm → Hm par Sm(t)ei:=e−λitei. Alors
(i)∀t≥0Sm(t) :Hm→Hmest un op´erateur lin´eaire et continu;
(ii)Sm(t+s) =Sm(t)◦Sm(s)∀t, s≥0;Sm(0) =IHm; (iii)∀u0∈Hmt7→Sm(t)u0 est continue deR+ dansL2; (iv) et enfinkSm(t)kL(L2)≤1.
On dit queSm est un semi-groupe de contraction s’il v´erifie (i)–(iv).
Lemme 3.1. On d´efinitS(t)′′:= limm→∞Sm(t)′′. Alors cette limite existe bien etS(t) ainsi d´efini est un semi-groupe de contraction.
Lemme 3.1. On d´efinit Πm : L2 → Hm la projection orthogonale et ˜Sm := Sm◦Πm la suite de semi-groupes de contraction dansL2.
4 - In´egalit´es de Sobolev et Morrey.
Th´eor`eme 4.1 (Sobolev, Gagliardo, Niremberg). Soit 1≤ p < N. Alors W1,p(RN)⊂Lp∗(RN) o`u p∗ ∈(p,∞) est d´efini par la relation
1 p∗ =1
p− 1 N, et il existe une constanteC=C(N, p) telle que
kukLp∗ ≤Ck∇ukLp ∀u∈W1,p(RN).
Preuve du Th´eor`eme 4.1. (Trois preuves: celle de Br´ezis, celle de Gilbarg, Trudinger, Evans, enfin celle de Lieb et Loss qui repose sur l’in´egalit´e de HLS) On commence par traiter le casp= 1, et donc 1∗=N/(N−1).
Soitu∈Cc1(RN). On ´ecrit
|u(x1, ..., xn)| ≤ Z
R
|∂iu|(x1, ..., xi−1, t, xi+1, .., xN)dt