LES CHEMINS DE L'AMITIE
Une collection de passionnants romans pour adolescents.
Pour vous tous qui avez choisi de mieux connaître, de mieux compren- dre, de mieux vivre les grands pro- blèmes d'actualité.
Honor Arundel
ET SI ELLE SE TROMfAIT...
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LA MAISON DES FUGITIFS Jean Coué
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L'ETE NE FINIRA JAMAIS Max Lundgren
POUR L'AMOUR DE LISE
PIERRE EST VIVANT
LES CHEMINS DE L'AMITIE
JEAN COUE
PIERRE EST VIVANT
EDITIONS DE L'AMITIE .G.T: RAGEOT
P h o t o c o u v e r t u r e : T. GIRARD-SEPIA
ISBN 2 - 7 0 0 2 - 0 1 0 2 - 7
© É d i t i o n s d e l ' A m i t i é G . T . R a g e o t - P a r i s 1 9 7 7 .
T o u s d r o i t s d e r e p r o d u c t i o n , d e t r a d u c t i o n et d ' a d a p t a t i o n r é s e r v é s p o u r t o u s p a y s .
Puisque tu parles si bien de la souffrance, parle-moi donc du bonheur. Tu m'ex- pliques bien le jour en me parlant de le nuit.
Glenmor
Je ne t'ai pas vue.
Tu crois que je ne t'ai pas vue. Et j'ai fait comme si.
Pas pour moi. Depuis le temps, je m'en fous ! Pour toi, pour ta paix intérieure.
Imaginons : je lève la tête au moment où ton regard se pose sur moi. Je te regarde sans te voir; et je souris.
Je sais sourire, tu sais! Même si les gens se détour- nent parce que mon sourire ne ressemble pas à un sourire, qu'il n'a jamais ressemblé à un sourire. Tel que vous l'entendez, tout au moins. Il est intérieur.
« Un éclat dans l'œil », disait Madeleine.
Madeleine savait trouver mon sourire dans les boursouflures de la peau. Mon sourire n'est rien d'autre qu'une grimace. J'ai appris à le savoir. Les gosses déjà, de tout temps : « Maman! Maman! J'ai peur ! » Et le grognement prolongé des chiens, babines retroussées sur le jauni des crocs...
« Là, mon Pelot, n'aie pas peur! »
La voix de Madeleine à laquelle je m'accroche encore... « N'aie pas peur, mon Pelot! »
Si elle avait seulement pu se douter que, très vite, j'ai rêvé d'avoir peur! Le jour où j'ai compris que, rien qu'à me voir, c'étaient les chiens qui étaient effrayés!
Je ne t'ai pas vue et je sais que tu es comme les autres.
Gosses et chiens.
Ce regard en coin que j'ai deviné tout de suite,
parce que je l'ai senti comme une brûlure... Ma jour- née n'est qu'une suite de brûlures.
Sur le visage, la nuque, le dos, la poitrine aussi.
Le visage, la nuque, le dos, la poitrine. Partout.
Tout mon moi.
Tu crois que je ne t'ai pas vue parce que très vite tu as tourné la tête.
Peut-être a-t-il suffi du regard de Maggie, d'un fron- cement de sourcils de Maggie.
Bonjour Autruche, belle Autruche. Belle, oui. Je sais que tu es belle. Je t'ai sentie belle. A la fraîcheur de l'air que tu as déplacé, à une odeur... Je vais te sur- prendre : une odeur que personne ne sent plus, une odeur de savon frais. Tu sais, pas « savonnette-le-se- cret-de-ma-jeunesse », ou « neuf-stars-sur-dix », non.
Une odeur savon-savon, bloc cubique vieilli à se recroqueviller, savon de linge sur les prés. Blanc.
Blanc le linge, vert le pré, bleue l'eau de lessive, bleu le ciel, bleue la mer aussi.
Qu'est-ce que ça veut dire, bleu?
Parce que je me suis persuadé que ta robe était bleue, le mot a pris une importance démesurée. Je veux savoir ce qu'est le bleu. Le savoir vraiment.
M'en souvenir.
Retrouver le bleu.
Je sais que tu n'es plus là, Yseut-que-je-ne-verrai-ja- mais, que-je-ne-toucherai-jamais.
Tu viens de traverser la rue. Des odeurs d'essence chaude et de goudron fondu sont venues griffer le savon frais.
Bien sûr que tu ne te nommes pas Yseut. Tu es Yseut. Je ne pouvais pas continuer à te nommer Autruche, à cause du bleu de ta robe et de l'odeur de savon.
A cause aussi de cette première journée de prin- temps que je viens de sentir comme une caresse.
La ville et la vie ont terminé de t'absorber. Je n'ai été qu'un obstacle que tu as contourné.
Merci, Yseut.
De ta robe bleue, peut-être blanche, verte ou jaune.
Merci de tes longs cheveux que je vois blonds, même s'ils sont courts et gris.
Merci de cette chaleur, même si elle me fait mal à crier.
Je crie dans mon silence, dans mon obscurité.
Et dans mon moi.
Comme pour me convaincre que
JE SUIS TOUJOURS UN HOMME.
J'ai vingt-deux ans.
Deux fois dix plus deux.
Ou quatre fois cinq plus deux.
Sept fois trois plus un.
Six fois quatre moins deux.
Je sais, c'est peu vingt-deux ans.
Je sais aussi que ça peut être une éternité.
Vingt-deux moins deux égale vingt.
Vingt plus deux égale vingt-deux.
Je suis mort il y a deux ans.
A vingt ans.
c h a p i t r e
- Vas-y p'tit gars! Appuie, tu les as!
C'est chouette, chouette, chouette.
Il n'y aurait pas tous ces gens massés de chaque côté de la route et le peloton qui chasse derrière moi, je lâcherais le guidon, je laisserais le vélo tracer des arabesques en travers de la route et je gueulerais n'importe quoi... Mais à tue-tête.
A la face du soleil.
- Ne te retourne pas, tu les as!
Je n'entends plus. Je ne vois plus. Je suis seul avec le chuintement des boyaux sur la route sablonneuse.
- Yvon ! Yvon ! Yvon !
Claquant comme des applaudissements de théâtre.
Je rigole. C'est vrai, je rigole. Parce que je l'ima- gine, le Yvon ! Dressé debout sur les pédales, les mus- cles des cuisses et des mollets roulant sous la peau bronzée, la visière de la casquette rejetée en arrière et les cheveux blonds frisés qui lui battent la nuque.
Yvon Le Fur.
Le fils d'Alphonse. Les Le Fur de l'épicerie.
Alphonse Le Fur père et fils.
Je rigole. Et j'accentue mon déhanchement, glissant au long de la selle, d'une fesse sur l'autre. Je fais le crapaud. Plus crapaud que nature.
Ils aiment.
Je balance la tête de haut en bas, retourne mes yeux à ne laisser voir que le blanc. Si je pouvais baver, je
PIERRE EST VIVANT Un jour, on a 20 ans.
Deux jambes pour faire encore un sacré bout de chemin.
Deux bras à arrondir autour des épaules d'une fille.
Deux yeux à lancer à la crête des vagues.
Deux.
On se grise de la stridence lointaine d'une mouette.
Et, parce qu'on est heureux, on hurle sa joie à la face du vent.
Et le lendemain...
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