A. GIORDAN, J.-L. MARTINAND et D. RAICHVARG, Actes JIES XXVI, 2004 1
CORPS ET ESPRIT :
LA CONSCIENTISATION DE L’HUMAIN DANS L’ÉDUCATION
Carla Mara PORTELA ANDRADE CEFET-PR, Brésil
MOTS-CLÉS : HUMANISME – ÉDUCATION SUPÉRIEURE – FORMATION DU PROFESSEUR
RÉSUMÉ : On reconnaît la perspective de l’Humanisme de l’Éducation quand le dialogue entre les acteurs construit une perception de monde à partir des interrelations des êtres humains dans le contexte où ils vivent. Pour Paulo Freire, l’Éducation, comme l’émancipation du sujet, doit consister en l’appropriation du monde. De cette manière, la conscientisation du corps et de l´esprit humain ainsi considérée comme point de départ de cette recherche sont les traits qui nous distingue des autres êtres vivants. La perception de « nous » dans et avec le monde nous construit.
2 1. INTRODUCTION
Nous abordons la réflexion sur la formation des professionnels de l’Éducation par rapport la société d’aujourd’hui. En effet, nous considérons l’Éducation dans une perspective humanisme pour laquelle les valeurs et les savoirs du professeur et de l’élève doivent être incorporés au processus éducatif de manière à promouvoir le dialogue afin de construire une perception de monde globale et systémique, à partir des relations des êtres humains dans le contexte où ils vivent.
2. L’ÉDUCATION ENTRE PASSÉ ET FUTUR, CONSERVATISME ET CRITIQUE
L’Histoire de l’Éducation reflète les progrès et les reculs de notre civilisation. À travers ce processus d’humanisation, déclenché par l’Éducation, l’Homme s’insère à la société toujours en construction, pour connaître, créer et résoudre ses défis. Pour l’éducateur et pédagogue brésilien Alvaro Vieira Pinto, l’Éducation est aussi un processus par lequel la société modèle ses individus à son image et en fonction de ses intérêts. De cette manière l’être humain est intégré au mode de vie d’une société à un moment déterminé et avec des objectifs collectifs. L’Éducation est ainsi un phénomène qui se déroule dans le temps. Ce processus constitutif de l’être humain découle alors du degré de développement culturel d’un milieu, des conditions, des possibilités, des priorités et des intentions de la société par rapport le développement des activités éducationnelles.
Alvaro Vieira Pinto considère également que l’Éducation sera toujours un processus intentionnel – dirigé vers – et donc déterminé par les intérêts d’un groupe qui détient le pouvoir. Cependant, il existe là une contradiction. Pinto dit que la formation de la conscience critique multiplie chez les individus la nécessité à la recherche du savoir et développe leurs capacités créatrices. Alors, en même temps que l’Éducation fonctionne comme un instrument de conservation et préservation de la connaissance et des mœurs de la société (la perpétuation de la société et sa reproduction), elle fonctionne aussi comme un instrument de création et rupture, de telle manière qu’elle travaille à la promotion du progrès social, à sa continuité et son histoire.
D’autres éducateurs, Gimeno Sacristan et Gomez Perez, considèrent que la socialisation des individus à l’école aide aussi à la préparation à l’incorporation au monde du travail, c’est-à-dire, la préparation des nouvelles générations pour les nouvelles connaissances, abilités et capacités formelles, ainsi que les attitudes, intérêts et comportements exigés par le marché du travail.
L’autre objectif de ce processus de socialisation est la formation du citoyen pour l’intervention à la vie publique adulte, pour la continuité des institutions et règles sociales. Néanmoins, l’école
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incorpore, de nouveau, les contradictions qui existent dans la société contemporaine. Le monde du travail, gouverné par la loi d’offre et de la demande et par l’hiérarchie des relations de travail exige une formation différente de celle de la sphère publique d’une société démocratique où les individus sont, par le droit, égaux.
Un autre grand éducateur brésilien, Paulo Freire, nous dit que dans l’école où l’Education est de nature oppressive, on domestique le Présent pour continuer de la même façon dans le Futur : on domestique, adapte et opprime les gens qui y vivent, de manière à les faire vivre dans des conditions inhumaines, une situation de « auto-dévaluation », où s’opère le dépérissement du sujet et le mouvement d’intériorisation du sentiment « d’être moins », craintif même face à l’idée de l’émancipation. Paulo Freire propose aussi l’Éducation comme pratique de la liberté, au contraire de celle-là pratiquée comme instrument de domination. L’Éducation comme pratique de la liberté prend en compte le monde, de manière à le démythifier et l’expliciter car « le monde est le moyen par lequel l’être humain se considère de manière critique.
De cette manière, Freire reconnaît l’être humain comme un Etre qui se fait à chaque jour, inachevé et non conclu, puisqu’il est dans une réalité qui, historiquement, est également inachevée. Le fatalisme ou l’acceptation de la continuité des choses diminue à mesure que l’élan pour la transformation et pour la recherche augmente.
Ce mouvement de recherche et ce dialogue avec le monde et avec les autres qui conduisent vers des « êtres plus », sont imprégnés de criticité, puisque l’appréhension de la réalité, des données et des faits du monde et de la vie est réalisée par la réflexion et l’intégration, et non par l’assimilation et l’accommodation. Le but de cette Éducation est de libérer et d’émanciper l’individu. Après cela, l’être humain doit être aussi capable de transcender, de reconnaître d’autres réalités existentielles différentes et de distinguer le « moi » du « non moi ». Or, la conscientisation du corps et de l’esprit humain et l’initiation de la recherche de la connaissance sont les traits qui nous distingue des autres êtres vivants. C’est la perception de « nous » dans et avec le monde qui nous construit.
On peut reconnaître l’importance de ce concept dans le document élaboré par l’Unesco (1995) – qui représente le paradigme de l’humanisme de nos jours et qui oriente vers un nouveau concept en Éducation basé sur les « Quatre Piliers de l’Éducation » : apprendre à connaître, apprendre à vivre ensemble, apprendre à faire et apprendre à vivre. Dans le domaine scolaire, on doit se demander quelles attitudes on veut trouver chez les professionnels de l’Éducation du XXIe siècle ? Pour les pédagogues fidèles aux idées de Paulo Freire, le pilier de « l’apprendre à être » oriente les attitudes, puisque on cherche promouvoir l’épanouissement du sujet, de la conscientisation d’être dans le monde, d’être capable d’agir avec autonomie et responsabilité par rapport à la vie et aux autres.
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