En France, comme dans d'autres pays d'ailleurs, l'Enseignement Tech-nique est un peu méprisé et souvent ignoré, ce qui est bien plus grave encore. Pourtant la richesse de la matière enseignée et bien souvent la nouveauté et l'originalité des métho-des pédagogiques sont incontestables. N'est-il pas aussi intéressant et forma-teur pour l'esprit d'étudier le fonctionnement d'une machine-outil automatisée et ultérieurement sa con-ception, que de répéter les théorèmes sur la continuité des fonctions ou la loi d'Ohm. Beaucoup ignorent donc ce qu'est l'enseignement technique, et de ce fait se le représentent comme l'apprentissage ennuyeux de tâches fastidieuses. Seuls quelques-uns savent; par exemple, les inspec-teurs qui, bien souvent ne tarissent pas d'éloges envers des équipes dyna-miques de professeurs qui ont obtenu de belles réalisations en même temps que l'adhésion complète de leurs élèves.
Or, le grand public ne sait pas cela. Il ignore par exemple que l'épreuve pra-tique du brevet de technicien supérieur en fabrication mécanique est passée sous la forme d'un travail continu réparti sur l'année et que c'est un travail d'équipe. fi ignore encore que tel établissement conçoit et réalise des machines-outils modu-laires qui rivalisent avec les réalisa-tions industrielles sur le plan de la qualité, que tel autre conçoit, réalise et commercialise un accessoire audio-visuel de grande diffusion, associant ainsi les activités des sections indus-trielles du .lycée à celles des sections commerciales... fi serait possible de citer bien d'autres exemples, mais tel n'est pas mon propos. Si je rappelle ici ce type d'activité et son originalité c'est pour montrer aux professeurs de l'Enseignement Technique qu'ils font un travail important, sérieux et dans une voie moderne d'Education. Or les professeurs de technologie n'écrivent pas volontiers ce qu'ils font et c'est bien là leur tort.
L'ancien bulletin de notre association a eu de la peine à vivre, du fait de dif-ficultés matérielles certes, mais aussi à cause d'une carence d'articles, notamment d'articles concrets concernant la vie de tous les jours de l'enseignant. Or ce danger n'est pas écarté avec le nouveau bulletin. Il
faut donc que chacun se sente concerné. Cependant, je voudrais bien montrer ici que le problème est plus important que d' «alimenter» un bulletin en articles afin d'en assurer la parution régulière.
Si notre bulletin se maintient et se développe, ce que je souhaite très vivement, il fera connaître au-delà du monde fermé des initiés, dont je faisais état plus haut, ce qu'est la technologie telle qu'on l'enseigne dans les lycées d'enseignement tech-nologique, les lycées d'enseignement professionnels, les écoles techniques au-delà du baccalauréat... Il nous faut penser plus loin encore et nous dire que la seule réussite de notre bulletin et de notre association ne serait que la vaine satisfaction d'amour propre de quelques milliers de professeurs si elle ne débouchait pas, plus tard, sur une plus grande activité des techno-logues en matière de publication (revues, manuels, ouvrages) dont le manque de diversité pénalise cruelle-ment notre discipline.
Pour en arriver là, il faut commencer modestement par un travail de fond que nous seuls, «enseignants du Technique» pouvons faire, car nous seuls connaissons bien les deux aspects de l'enseignement technolo-gique : les techniques d'une part, les problèmes pédagogiques que pose leur acquisition, d'autre part. Ce travail de fond consiste d'abord à dépasser cette idée reçue, trop fré-quente chez nous, que seul compte ce qu'on fait et qu'il n'est pas néces-saire de le crier sur les 'toits. En effet j'entends bien souvent des profes-seurs se plaindre du fait que nos enseignements n'ont pas, comme l'on dit, «pignon sur rue»; or il faut être lucide, que faisons-nous pour remé-dier à cela ? ... Trop souvent nous restons à maugréer dans notre solitude... Il vaudrait mieux écrire!... et le bulletin de notre association donne à chacun cette possibilité. Mais écrire n'est pas facile, il est vrai. Il ne suffit pas, en effet de prélever une quinzaine de pages de son cours pour faire un article. Ecrire c'est communiquer, chercher à mettre sous une forme explicite ses propres idées, bien souvent constater qu'une fois couchées sur le papier, elles n'ont plus le sens qu'on voulait leur donner. Il faut alors avoir le courage
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éditorial ...
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est capital, dans ce genre d'exercice, de se mettre à la place du lecteur, qui ignore le sujet. On est alors bien souvent conduit à préciser tout un ensemble de données ou d'hypothèses qui, autrement, resteraient implicites. Le texte a gagné en clarté, l'auteur a clarifié ses idées et son enseignement s'en ressen-tira. Combien de fois, personnelle-ment, ai-je constaté que je n'avais bien cerné une question que lorsque j'avais écrit à son sujet, et pour les autres.Si nous voulons recueillir le fruit de l'intense activité qui existe dans nos établissements, il faut communiquer, il faut écrire. Peut-être peut-on aussi, après qu'un travail ait abouti, associer les élèves à la rédaction; ce serait sans doute une activité très enrichissante pour eux, et combien motivante de se voir imprimer. Pourquoi ne pas demander aussi un petit coup de main aux collègues pro-fesseurs de lettres?
Je le disais plus haut, les professeurs de technologie sont modestes et n'éprouvent pas le besoin de se mettre en valeur. Or la modestie est une excellente chose et je souhaite vivement qu'elle subsiste, la vanité ne conduit à rien de bon; cependant, rester muet quand on est porteur d'un message, est de la modestie mal comprise.
Je demande à tous de faire l'effort de dépasser cette modestie là pour communiquer avec les autres et leur faire part de leur riche expérience. Faire l'effort d'écrire pour dire ce que l'on sait, et pour cela solliciter des conseils, des critiques, c'est là la vraie modestie, la modestie bien comprise qui nous conduira à une plus grande richesse encore, fera vivre notre association et, à travers elle, les enseignements technologi-ques auxquels nous consacrons notre vie professionnelle.
Pour le renouveau de notre asso-ciation, faire l'effort de payer sa cotisation est bien, c'est même néces-saire, sans cela notre bulletin ne pourra survivre. Participer à sa vie en écrivant un article... C'est infiniment mieux.
B.MERY