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ARTheque - STEF - ENS Cachan | L'interaction entre les Sciences Naturelles et les Sciences Sociales : un travail interdisciplinaire sur l'idée d'une société soutenable

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Academic year: 2021

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L’INTERACTION ENTRE LES SCIENCES NATURELLES ET

SOCIALES : UN TRAVAIL INTERDISCIPLINAIRE SUR L’IDÉE

D’UNE SOCIÉTÉ SOUTENABLE.

Ângela Maria MARIA HARTMANN(1), Erika ZIMMERMANN(2)

(1) Secrétariat d’État d’Éducation du District Fédéral, (2) Université de Brasília, Brésil

MOTS-CLÉS : INTERDISCIPLINARITÉ – SOUTENABILITÉ – ENSEIGNEMENT DES SCIENCES.

RÉSUMÉ : Ce travail rend compte des résultats d’une enquête réalisée auprès de jeunes âgés de 14 à 18 ans, étudiants de l’Enseignement Moyen d’une école publique brésilienne, sur leur conception de ce qu’est une société soutenable. L’enquête a été faite à la suite d’un travail interdisciplinaire, réalisé par des professeurs des domaines des Sciences Naturelles et des Sciences Sociales. Ont été examinées l’importance accordée par les jeunes aux études sur ce genre de sujet, ainsi que leur perception de l’implication des différentes disciplines scolaires.

ABSTRACT : This work describes the results of a research made with a public high school students with ages from 14 through 18, on their conceptions on what is a sustainable society. The research was undertaken after an interdisciplinary work made by teachers of the areas of Natural Sciences and Social Sciences. It examines the importance ascribed by these young people to studies about such a subject, and how they perceive the involvement of different disciplines in it.

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1. INTRODUCTION

À cause de la dégradation croissante de l’environnement, due à l’utilisation sans critères de préservation des ressources naturelles, la question de la soutenabilité planétaire a pris de l’ampleur depuis la fin du XXº siècle. Parallèlement à l’effort des défenseurs de l’environnement et des scientifiques en vue de contenir et d’apporter des solutions aux problèmes causés par l’exploitation incontrôlée, les éducateurs ont contribué à la formation de nouvelles générations d’étudiants conscients de la nécessité d’une utilisation étique et responsable des ressources naturelles. De même que la solution aux problèmes auxquels l’humanité est confrontée exige des actions intégrées entre scientifiques et gouvernements, l’enseignement scolaire s’est tourné vers l’interdisciplinarité, réunissant les enseignants des domaines des Sciences Naturelles et des Sciences Sociales autour d’un travail planifié et exécuté ensemble. En incorporant le souci social à la préservation de l’environnement, le travail pédagogique interdisciplinaire se tourne vers l’étude de problèmes socio-environnementaux, avec l’objectif de promouvoir une formation de base qui contribue à l’insertion étique et responsable des étudiants dans la société et dans le domaine professionnel. Dans ce contexte, certaines des questions qui se posent sont celles qui traitent de la perception, par des étudiants de ce niveau scolaire, du débat sur le développement durable de la planète, qui présuppose le maintien de la vie humaine en harmonie avec l’environnement. Jusqu’à quel point l’étude de questions socio-environnementales est-elle importante pour eux ? Quelle est la conception de société à développement durable qu’ils parviennent à construire et quelles sont les disciplines qui, d’après eux, ont contribué à cette étude, en sachant qu’elle a été développée conjointement par des enseignants des domaines des Sciences Naturelles et des Sciences Sociales ?

2. L’ÉTUDE DES CONCEPTIONS

L’Enseignement Moyen, au Brésil, correspond à une étape finale de trois ans de l’éducation de base, qui compte douze ans de scolarité. La tranche d’âge des étudiants de ce niveau d’enseignement regroupe les jeunes âgés de 14 à 18 ans. En comptant avec une plus grande maturité des étudiants, les objectifs éducatifs de l’Enseignement Moyen ont une plus grande ambition formatrice, tant par rapport à la nature des informations, des procédés et attitudes, que par rapport aux habiletés, aux compétences et aux valeurs à développer (Brasil, 2002, p. 207). L’objectif général à ce niveau d’enseignement est de donner du sens et de la profondeur aux connaissances scolaires, en les contextualisant et en les mettant en rapport par l’interdisciplinarité, et le développer des compétences de base, ayant comme priorité le développement de la pensée et l’autonomie des étudiants. L’enseignement des Sciences Naturelles a pour objectif de fournir aux élèves des conditions pour développer une vision du monde actualisée, en y incluant une compréhension

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minimum des techniques et principes scientifiques sur lesquels elles sont basées. Cette connaissance doit être complétée par une compréhension plus large de la technologie en tant que phénomène social. Il revient aux disciplines des domaines des Sciences Sociales de construire une réflexion sur les rapports entre la technologie et la totalité culturelle. On cherche, par là, à formuler une Éducation scolaire qui puisse faire la synthèse ente l’humanisme et la technologie, contribuant ainsi à la construction d’une société plus juste et égalitaire (Brasil, 2002, p. 286). Dans ce contexte, l’interdisciplinarité est insérée comme principe d’orientation des activités pédagogiques pour permettre une conduite organique de l’apprentissage. L’interdisciplinarité se caractérise par l’interaction entre spécialistes et par un changement d’attitude face au problème de la connaissance, soit « la substitution de la conception fragmentaire par une conception unitaire de l’être humain » (Fazenda, 2002, p. 40). Les propositions pédagogiques ont incorporé l’objectif social d’éduquer les nouvelles générations en les préparant à faire face aux problèmes locaux et mondiaux complexes, dont les solutions doivent prendre en compte les points de vue scientifiques, économiques, environnementaux, sociaux et culturels de façon intégrée, et non plus fragmentée. Ainsi, l’articulation interdisciplinaire est encore la meilleure stratégie pour rencontrer des réponses plus intégrées pour l’étude de l’environnement et de la soutenabilité (Gonzales-Gaudiano, 2005).

3. L’ENQUÊTE

L’enquête rapportée ici a eu pour but d’examiner l’impact d’un travail interdisciplinaire dont l’objectif était centré sur le débat avec les étudiants de l’Enseignement Moyen sur les principes d’une Société Soutenable. D’abord a été menée une recherche de terrain, basée sur l’observation participante (Vianna, 2003), dans une école publique du District Fédéral. Après avoir observé comment dix-huit des enseignants s’organisaient pour pouvoir développer leur travail interdisciplinaire, il a été demandé aux élèves de répondre à un questionnaire, à des questions ouvertes. Les objectifs de cette recherche ont été d’examiner : (a) si l’étude de questions socio-environnementales, telle qu’elle a été proposée par les enseignants, est importante pour les étudiants ; (b) quelle est la conception de Société Soutenable construite par les élèves à partir de ce travail interdisciplinaire ; et (c) quelles sont les disciplines perçues par les élèves comme étant présentes dans l’étude de thèmes socio-environnementaux. Conformément à la négociation et aux décisions prises lors des réunions collectives, les enseignants ont assumé la responsabilité de réaliser auprès des élèves le travail interdisciplinaire autour de questions socio-environnementales de l’actualité. Les tâches qui ont été proposées lors des activités interdisciplinaires ont été réalisées par des groupes de trois à six étudiants. Le travail interdisciplinaire a été structuré en trois étapes. Dans la première, chaque groupe d’élèves a eu comme tâche de choisir, parmi les nouvelles qui

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circulaient dans les journaux et/ou revues de l’époque, cinq thèmes abordant des questions sociales et/ou environnementales. Le choix étant fait, la tâche suivante consistait à résumer les informations contenues dans les nouvelles et ensuite de montrer les implications sociales et environnementales des thèmes choisis. Dans la deuxième étape, les élèves ont approfondi l’étude sur l’un des thèmes abordés, et ont présenté le résultat de leur recherche à leurs collègues. Pendant la troisième étape, les groupes ont identifié un problème socio-environnemental propre à leur ville, et ont relevé des données à partir d’une recherche sur le terrain. Ensuite, ils ont réuni des informations sur la manière de résoudre ce problème en utilisant les connaissances scientifiques disponibles. Les données servant à l’étude de l’impact de ce travail interdisciplinaire ont été collectées via un questionnaire auquel ont répondu 150 élèves de deux classes de chaque niveau, à la fin de la troisième étape du travail. Les questions étaient ouvertes et demandaient des réponses justifiées. Dans cette enquête, approches quantitative et qualitative ont été utilisées, parce qu’il a été jugé autant important d’évaluer statistiquement les réponses données par les élèves aux questions élaborées que de les évaluer qualitativement, afin d’examiner plus profondément les justifications qu’ils ont présentées. Pour illustrer les catégories construites à partir de l’analyse de contenu des réponses des étudiants, nous avons sélectionné des réponses individuelles. L’analyse de contenu a été choisie pour la construction de catégories parce que, d’après Franco (2003), le chercheur peut analyser des messages afin d’y faire apparaître les conceptions du monde, les représentations sociales, les motivations et les attentes de ceux qui répondent à une enquête, qu’elle soit qualitative ou quantitative. Les catégories présentées à la suite ont été construites à partir des réponses données par les élèves. Pour les illustrer, sont présentés le pourcentage – prédominance – de réponses de chaque type et quelques exemples de réponses.

(a) L’importance pour les étudiants d’études de thèmes socio-environnementaux

 Est importante : 74,7 %. Les réponses données par les étudiants à la question « Le thème Société

Soutenable est-il important pour vous ? » montrent que pour les trois quarts d’entre eux l’étude de questions

socio-environnementales est importante, car cela signifie un plus grand rapprochement de la réalité : « Oui,

car pour avoir une chose ou une ville, ou une société organisée, nous devons savoir quoi faire ».

 N’est pas importante : 11,3 %. Un petit pourcentage des étudiants n’a pas été sensibilisé par l’étude de questions socio-environnementales ou n’a pas saisi l’importance qu’elle a pour leur vie. Quelques-uns de ces élèves, inquiets avec le Vestibular, examen qui leur permet d’accéder aux formations universitaires, ont critiqué ce genre d’étude, en la considérant comme une perte de temps : « Les activités devraient être

orientées vers une meilleure étude des matières pour nous préparer aux concours et vestibulares ».

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(b) Les conceptions des étudiants sur ce qu’est une société soutenable - L’examen des réponses des étudiants à la question « Qu’est-ce, à ton avis, qu’une société soutenable ? » montre qu’elles sont assez hétérogènes et que les élèves ont élaboré différentes compréhensions de ce qu’est une société soutenable. Nous constatons entre-temps que deux tiers d’entre eux ont réussi à construire des représentations assez significatives à propos de ce concept à la suite du travail interdisciplinaire.

 Pour 18 % des étudiants, une société soutenable est celle qui préserve la nature. Ce type de réponse est lié à un regard naturaliste (Sauvé, 2005), qui n’intègre pas les préoccupations sociales et les considérations économiques au souci de préservation de la nature, mais considère le droit inhérent de la nature d’exister par et pour elle-même : « C’est une société qui discerne le correct de l’incorrect au sein de l’environnement ».  Pour 17,3 % des étudiants, une société soutenable est celle qui est socialement équitable, en harmonie et qui vit en équilibre avec la nature : « Une société qui se respecte et respecte la nature ».

 Pour 16,7 % des étudiants, une société soutenable est autonome, c’est-à-dire qui se maintient par elle-même sans dépendre des autres : « Une société qui travaille pour et en faveur d’elle-même ».

 Pour 15,3 % des étudiants, une société soutenable est celle qui parvient à se développer sans mettre fin à ses ressources naturelles. Ce type de réponse ressemble, d’une certaine façon, au concept de développement durable, d’après lequel le « développement économique, considéré comme la base du développement humain, est indissociable de la conservation des ressources naturelles et de leur utilisation équitable » (Sauvé, 2005) : « Celle qui sait allier développement et préservation de l’environnement ».

 30 % des étudiants n’ont pas répondu à la question ou leur réponse a été vague ou confuse. Rappelant que les enseignants n’ont pas travaillé sur un concept formel de Société Soutenable, nous vérifions que le travail développé n’a pas permis à un tiers des étudiants d’élaborer leur propre concept.

(c) La présence des disciplines dans le travail interdisciplinaire - Ci-dessous sont présentés les résultats qui catégorisent les réponses des élèves en fonction de leur perception de l’implication des disciplines dans l’étude.  Toutes les disciplines y sont impliquées : 32,7 %. Pour que les étudiants perçoivent la complexité des problèmes de l’environnement, il est important d’intégrer le plus grand nombre possible de disciplines scolaires traditionnelles dans une étude interdisciplinaire : « Avec toutes, car chaque sujet nous tire vers un côté

différent ».

 55 % des étudiants perçoivent l’étude comme étant restreinte à certaines disciplines. Dans ce résultat, il est important de souligner que les disciplines de Géographie et de Biologie sont manifestement les plus citées.  11,3 % des étudiants n’ont pas établi de rapport entre l’étude et les disciplines qui composent le cursus. Ce genre de réponse montre que certains étudiants n’associent pas les questions socio-environnementales et de soutenabilité aux disciplines enseignées traditionnellement dans l’Enseignement Moyen, mais les considèrent comme dépassant le cadre des disciplines scolaires, et construisant ainsi une vision transdisciplinaire de l’objet du savoir : « Déforestation, violence environnementale, corruption ». « Économie, environnement, politique ».

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4. CONCLUSIONS

L’étude des problèmes de l’actualité, au-delà de contextualiser le contenu étudié, permet un apprentissage où les étudiants perçoivent la contribution des différentes disciplines et les rapports qu’elles maintiennent entre elles. Les objets de connaissance ne sont plus des abstractions scientifiques mais deviennent des questions concrètes et les disciplines acquièrent un nouveau sens, ce qui peut permettre un meilleur apprentissage des contenus disciplinaires en général. Incités à comprendre des situations réelles, les étudiants font usage de concepts et développent des habiletés travaillées par les différentes disciplines. Le savoir devient un instrument pour comprendre, analyser, réfléchir et agir sur la réalité quotidienne dans laquelle ils vivent, et non plus, comme le décrit Santomé (1998), un « savoir académique », déconnecté de la réalité quotidienne, et servant uniquement à franchir une étape ou un niveau de plus. L’étude de situations socio-environnementales, de son côté, est un chemin propice pour la réalisation d’activités interdisciplinaires pendant l’Enseignement Moyen, car il permet de réunir des contributions des différentes disciplines, autant des Sciences Naturelles que des Sciences Sociales. Les questions sociales et environnementales réelles peuvent être explorées dans une étude interdisciplinaire, impliquant les différentes disciplines scolaires, dès le moment que les enseignants y participent activement. Parmi les stratégies développées par les enseignants se trouve la quête permanente d’informations, discutées avec les étudiants, cherchant à établir, avec eux, des connexions entre les différentes disciplines. Construire des activités interdisciplinaires constitue un défi pour l’enseignant. En plus de maîtriser le contenu de sa discipline, l’enseignant doit connaître celui des autres disciplines pour réussir à établir des liens entre elles. Il doit encore savoir stimuler les élèves à construire des savoirs de forme intégrée, au travers d’une contextualisation efficace. Finalement, l’approche interdisciplinaire des questions socio-environnementales contribue à ce que les étudiants perçoivent la contribution des différentes sciences dans les réalisations humaines et enrichit le savoir des étudiants et des enseignants.

BIBLIOGRAPHIE

BRASIL. (2002). Ministério da Educação. Secretaria de Educação Média e Tecnológica.

Parâmetros Curriculares Nacionais : Ensino Médio. Brasília : Ministério da Educação.

FAZENDA, I. C. A. (2002). Integração e interdisciplinaridade no ensino brasileiro : efetividade ou

ideologia ? 5. ed. São Paulo : Edições Loyola.

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GONZÁLEZ-GAUDIANO, E. ( 2005). Interdisciplinaridade e educação ambiental : explorando novos territórios epistêmicos. In : Educação ambiental : pesquisa e desafios. pp 119-134. Porto Alegre : Artmed.

SANTOMÉ, J. T. (1998). Globalização e interdisciplinaridade : o currículo integrado. Porto Alegre : Artmed.

SAUVÉ, L. (2005). Uma cartografia das correntes em educação ambiental. In : M. Sato e I. Carvalho (eds) Educação ambiental : pesquisa e desafios. pp. 17-44. Porto Alegre : Artmed. VIANNA, H. M. ( 2003). Pesquisa em educação : a observação. Brasília : Plano.

Références

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