• Aucun résultat trouvé

ARTheque - STEF - ENS Cachan | L'importance du concept de développement durable dans la formation des professeurs de sciences

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "ARTheque - STEF - ENS Cachan | L'importance du concept de développement durable dans la formation des professeurs de sciences"

Copied!
6
0
0

Texte intégral

(1)

L'IMPORTANCE DU CONCEPT DE DÉVELOPPEMENT

DURABLE DANS LA FORMATION

DES PROFESSEURS DE SCIENCES

Vitor OLIVEIRA

Département d'Éducation, Université d'Évora

MOTS-CLÉS: DÉVELOPPEMENT DURABLE - ÉDUCATIONÀ L'ENVIRONNEMENT-FORMATION DE PROFESSEURS - ENSEIGNEMENT DES SCIENCES

RÉSUMÉ: Dans la présente crise environnementale le terme "développement durable" est utilisé dans tous les domaines. Malgré son ambiguïté, il exprime les préoccupations des différents acteurs avec la globalité et les caractéristiques structurelles des problèmes. Son usage dans l'enseignement des sciences, notamment dans la formation de professeurs, peut servir comme un instrument pour la réflexion et pour l'action dans les domaines éthique, conceptuel et méthodologique.

SUMMARY: ln the current environmental crisis, the term "sustainable development" is linked with every domain of social life, despite its ambiguity. ln this paper we stress ilS importance in science education, namely in teacher education, as a conceptual tool to rethink our relationship with nature and to rein force the links between science and values, in education for a sustainable future.

(2)

1. INTRODUCTION

La couverture d'un livre récent sur le développement durable (Moffat, 1996) est illustrée d'une gravure d'Escher,La chute d'eau. L'illusion du mouvement perpétuel, créée par l'image d'un flux d'eau qui remonte et retombe sans cesse, nous remet au problème de l'(im)possibilité conceptuelle et pratique d'associer le "développement" et la "durabilité". Sommes-nous confrontés avec une utopie inutile et dépassée, le perpecuum mobile, quand nous essayons de rendre opérationnel le développement durable? Est-ce que, au contraire, nous avonsànotre disposition un concept, peut-être inachevé et controversé, mais mobilisateur?

2. UNE TERRE ET UNE HUMANITÉ PÉRISSABLES

La possibilité d'un développement économique et social, sans dégrader les rapports entre l'homme et la nature et sans compromettre leur propre survie est une aspiration relativement récente de l'humanité, en conséquence des désastres écologiques de plus en plus graves et globales. L'idée que la finitude des ressources de la Terre et la dégradation irréversible de la nature pepvent provoquer la disparition de notre propre espèce, n'a pas plus d'une trentaine d'années. Le besoin immédiat de changer de cap a conduitàla première Conférence des Nations-Unies sur l'Environnement, réaliséeà Stockholm, en 1972, et au Programme des Nations-Unies pour l'Environnement (PNUE). Malgré ceci la dégradation écologique et l'aggravation des conditions économiques d'une grande partie de la population mondiale ont poursuivit d'une fomle accélérée (Ramade, 1996).

Toutefois, il était de plus en plus évident qu'une stratégie,àniveau mondial, pour sauver la "Terre des hommes", passait par la réconciliation entre l'homme et son milieu, entre la Culture et la Nature. Il fallait changer les rapports de domination et la mentalité de conquête, non seulement envers la nature, mais surtout dans la communauté humaine. Il fallait créer des nouveaux partenariats, basés sur la solidarité et l'équité entre les hommes, cenes, mais aussi sur une autre forme de valoriser le monde non-humain: un nouveau contrat social, sans oublier l'établissement, pour la toute première fois, d'un contrat naturel (Serres, 1990).

C'est dans ce sens qu'en 1980 l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature se réfère, pour la première fois, au "développement durable", dans sa publicationStratégie Mondiale pour la Conservation(lUNC et al., 1980), en abandonnant la vision, plus limitée, de la protection stricte de la nature. C'est encore dans cette nouvelle perspective que la Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement, mandatée en 1983 par les Nations-Unies, a publié son célèbre Rapport Brundtland(WCED, 1987). Dans ce rapport on trouve la plus connue et la plus citée définition de "développement durable", utilisée d'ailleurs comme point de départ pour les travaux er pour les conclusions du Sommet de la Terre, nom par lequel est connue la Conférence des Nations-Unies sur l'Environnement et le Développement, célébrée en 1992, à Rio de Janeiro. Son principal document,l'Agenda21, long de plus de 500 pages et 39 chapitres, et plein de bonnes intentions, se proposait constituer "une association globale pour le développement durable" (UNCED, 1992).

(3)

Manque de volonté politique et de budgets, beaucoup des décisions globales sont restées sans application (Soromenho-Marques, 1993).

3. LE DÉVELOPPEMENT D'UN CONCEPT

Parmi les plusieurs définitions proposées pour essayer de rendre opérationnel l'idée de développement durable (Moffat, 1996), celle de la Commission Brundtland (WCED, 1987) est sûrement une des plus concises: "le développement durable est celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins", Selon ses auteurs, il y a deux importantes idées sous-jacentes à cette définition, qui aident à dépasser son apparente ambiguïté:

- l'idée de "besoins", en particulier ceux des plus démunis, auxquels on devrait accorder une priorité absolue,

- l'idée des limitations imposées par l'état actuel de la technologie et de j'organisation sociale, devant la (in)capacité de l'environnement pour satisfaire les besoins actuels et futurs.

Énoncé de cette forme, et malgré les critiques qui l'accusent d'adopter une "nordiste" pour étouffer les aspirations des pays du Sud (Meira, 1996), le concept dépasse, à notre avis, les dimensions économique et politique à court terme, en mettant l'accent sur l'équité entre les peuples actuels et envers les générations futures. D'autre part il souligne l'importance de l'application d'un principe de précaution dans les affaires humains, qui doit précéder et accompagner l'action.

Après le Sommet de la Terre l'utilisation du terme "développement durable" s'est généralisé et, malgré tout, futàl'origine d'initiatives sincèresàplusieurs niveaux. Àce propos, Godard (1994) s'interroge: "Effet de mode? Sans doute, mais une fois inscrite dans les doctrines et le droit, cette référence va peuàpeu s'imposer comme un élément pemlanent de la rhétorique collective". Plusieurs auteurs vont dans le même sens, en soulignant sa capacité d'organiser la pensée et la action: "Le développement durable inviteàintégrer des argumentations éthiques dans les processus de décision et de négociation économiques" (Larrère et Larrère, 1997) ; "Il sert à afficher un enjeu, la reconnaissance de l'interdépendance généralisée des activités humaines sur la planète, etàfavoriser de multiples recompositions" (Esambert, 1996). Comme souligne Godard (1994), un de ses mérites est le pouvoir de faire entendre des voix jusqu'ici refoulées: "Des propositions alternatives vont trouver des lieux d'expression et de légitimation".

4. DÉVELOPPEMENT DURABLE ET ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT

Albert Jacquard (1991) nous rappelle que "nous sommes entrés dans le temps du monde fini", et ajoute: "la plupart de nos réflexes, et même de nos raisonnements, sont

1

encore] basés sur l'idée implicite que notre domaine est infini el surtout inépuisable". Dans quelle mesure pouvons-nous mener le combat aux possibles conséquences désastreuses de cette finitude? Comment pouvons-nous

(4)

nous rendre compte de l'existence même de ces limites? Et, avant tout: pourquoi devons-nous le faire? Ces trois questions nous remettent aux fondements de l'éducation à l'environnement, aujourd'hui. La globalisation des problèmes, la complexification du concept d'environnement et les implications futures de notre agir actuel nous confèrent la responsabilité de prendre en mains le futur, pour qu'il soit "viable et vivable".

Cette éducation à la durabilité n'est pas seulement une éducation scolaire formel; c'est une éducation pour tous, au long de toute la vie, où les questions associées au savoir, au pouvoir et au devoir sont interdépendantes. La connaissance des problèmes, associée à la possibilité et à la pratique de participer dans les discussions et les décisions, sont àla base de l'exercice d'une citoyenneté responsable en matière d'environnement.

Dans ce contexte, où les responsabilités collectives et individuels sont associées, l'impératif catégorique kantien garde toute son actualité: "Agis de telle sorte que tu puisses également vouloir que ta maxime devienne une loi universelle". Toutefois, selon le philosophe allemand Hans Jonas, il faut élargir son champ d'application, ayant en compte les nouvelles dimensions synchroniques et diachroniques de notre responsabilité: "Agis de fa,;on que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre" (Jonas,1990).

Dans la pratique quotidienne des individus et des communautés ce type de responsabilité est habituellement traduit tpar la consigne des "trois R" : réduire, réutiliser et recycler, dans toutes les échelles de la production et de la consommation. Bien que cela implique un apprentissage qui va à contre-courant de la pratique actuelle des sociétés de consommation, ces "trois R" ne sont pas suffisants; dans une perspective plus vaste, concernant les rapports entre les communautés humaines, il faut encore:

- revaloriser (trouver des nouveaux indicateurs de développement, centrés sur la qualité de vie des populations et non sur la croissance),

- restructurer (les, systèmes macro-économiques doivent être restructurés pour englober les coOts sociaux et écologiques dans les prix des biens et des services),

- redistribuer (tous les habitants de la Terre ont le droitàune distribution équitable des biens et des ressources, dans une perspective de développement durable).

Ces objectifs nous concernent ous et doivent faire partie, d'ores et déjà des programmes de l'éducation à l'environnement, ou de l'éducation, tout court (UNESCO, 1990).

5. DÉVELOPPEMENT DURABLE

ET FORMATION DES PROFESSEURS DE SCIENCES

L'éducation scientifique scolaire peut contribuer pour la construction d'une nouvelle culture de réconciliation avec la nature et de partage avec les autres. La formation des professeurs de sciences y joue un rôle essentiel, dans un contexte où l'exigence d'un approche global et pluridisciplinaire des problèmes se confronte avec un enseignement traditionnel, divisé en disciplines et centré sur les connaissances conceptuelles. Toutefois, un peu partout, il y a des symptômes de changement.

(5)

Au Portugal, le programme de la discipline de Physique, dans l'enseignement secondaire, a changé considérablement dans sa structure, depuis quelques années. Des unités thématiques, tels que "la production et la consommation d'énergie électrique", "les transports et les communications", "l'atmosphère et le climat", par exemple, fOIll maintenant partie du programme et permettent des approches où le concept de "développement durable", tel que nous l'avons présenté, peut servir comme organisateur central pour une stratégie il long tenne.

Les professeurs, et pas seulement ceux qui sont en formation initial, nécessitent d'appui pédagogique et de matériaux didactiques pour travailler ces thèmes-là, avec ses élèves; mais il ont besoin surtout d'un facteur de légitimation mobilisateur pour changer les anciennes pratiques. L'idée, clairement formulée, de l'importance de l'enseignement et de l'apprentissage des sciences pour un développement durable, peut être le point de départ pour une nouvelle approche des savoirs scientifiques.

Les séminaires de fonn ati on , dans cette perspective, doivent contempler trois aspects des problèmes, qui sont en étroite liaison: les aspects éthiques, conceptuels et méthodologiques. La défense d'une éthique basée sur la responsabilité, la solidarité et la prudence a des implications pratiques dans l'action éducative: la méthodologie du travail de projet est le meilleur moyen pour démontrer que les enseignants et les élèves sont ensembles dans le même bateau. Sous le point de vU,e conceptuel, il faut valoriser l'importance de ce qu'on apprend, dans la nécessaire rénovation scientifique et technologique pour accomplir les idées sous-jacentes au principe du développement durable. Ce que nous défendons, en fin de compte, c'est l'importance de mellre ensemble les différents savoirs, pour la construction d'une société plus sage, comme stratégie de survie.

BIBLIOGRAPHIE

ESAMBERT B., Le développement durable: une clé pour le XXle siècle, in A. Giordan et J. Denis-Lempereur (Éds), DOl/ze questions d'actllalité sur l'environnement, Paris : Ministère de l'Environnement, 1996.

GODARDO., Le développement durable: paysage intellectuel, Natures - Sciences - Sociétés, 1994, 2(4), 309-322.

LV.C.N., V.N.E.P. andW.W.F., Caring for t!le Earth : a strategy for sllsrainable living, Gland, Switzerland : LU.C.N., 1980.

JACQUARDA., Voici le temp.1' du monde fini, Paris: Seuil, 1991.

JONAS H.,Le Principe de Responsabilité: ulle éthique pour la civilisation technologique, Paris: Cerf, 1990.

LARRÈRE

c.,

LARRÈRE R. (Éds.),La crise environnementale, Paris: LN.R.A., 1997.

MEIRA P., Nuestro presente comÜn : cri sis ecol6gica y educaci6n ambientaJ en el dialogo Norte-Sur, inLibro de POflencias ; Congreso Internaciollal "Estratexias e Practicas en Educacion Ambiental", Santiago de Compostela: Universidad de Santiago, 1996,47-68.

(6)

MOFFAT1.,Sustainable developmenl. Princip/es, ana/ysis and policies, New York: Parthenon, 1996.

RAMADE F., Écologie et prospective, in R. Scheps (Org.), Les sciellces de /a prévision, Paris: Seuil, 1996, pp. 177-194.

SAEZ M., RI QUARTS K., El desarroilo sostenible y el flltllro de la ensenanza de las ciencias. Enseiianza de las Ciencias, 1996, 14(2), 175-182.

SERRES M., Le contrat naturel, Paris: François Bourin, 1990.

SOROMENHO-MARQUES V., Regressarà Terra, Lisboa: Fim de Século, 1994. United Nations Conference on Environment anrd Development, Agenda 21, Genève, 1992. Environmentally educated teachers : the priorily of priorities, Connect, 1990, 15, 1-3.

World Comission on Environment and Development, Our commOfl future, Oxford: Oxford University Press, 1987.

Références

Documents relatifs

Ensemble des procédés d'un art, d'un métier em- ployés pour produire une oeuvre ou pour obtenir un résultat déterminé. La technique d'un

Après avoir placé les 3 9 mots suivants dans le tableau ci-contre, il vous restera de la place pour un mot mystère répondant à la définition:" La notre semble

Cette dynamique recherche et action a abouti jusqu'à présent à la publication de divers livrets d'observation de vivants (pour le premier degré), et à un ensemble didactique:

daires). Ces deux heures seraient définies localement ou régionalement dans une plage horaire commune. -soit celle du remplacement systéntatique du professeur absent pour

et à la diffusion des technologies nou- velles dans l'ensemble du système éducatif" alors que nous savons tous, nous enseignants de techno- logie, que ni la quantité, ni la

La simulation peut-elle être un instrument important pour l'acquisition de cette "valeur ajoutée" dans le développement de la capacité d'intuition et de compréhension

Dans ces conditions, pour exprimer le rendement, il suffit d’adapter la définition bien connue au cas instantané : d’abord nous utilisons la loi de conservation de l’énergie,

Par ailleurs, l'emploi du mot "animal" dans la vie courante induit, d'une certaine façon, la formation d'un modèle très proche de celui du mammifère: "On va au Zoo pour