VIEILLISSEMENT PROACTIVE ET EFFICIENTE

Dans le document Rapport « Concertation : Grand âge et autonomie » - Dominique LIBAULT - Mars 2019 - APHP DAJDP (Page 171-174)

Faire évoluer l’organisation de notre système pour passer progressivement d’une prise en charge de la dépendance qui reste nécessaire, à la prévention d’un risque de perte d’autonomie par une approche nouvelle et

multidimensionnelle.

Déployer le programme intégré de

surveillance des fonctions « Integrated Care for Older PEople » (ICOPE), conçu par l’OMS avec l’aide des plus grands spécialistes internationaux, dont la France, visant à maintenir et développer les capacités

intrinsèques de l’individu, et ainsi diminuer la prévalence de la perte d’autonomie :

La capacité intrinsèque correspond à l’ensemble des capacités physiques et mentales d’une personne. L’aptitude fonctionnelle est

déterminée par les interactions entre la capacité intrinsèque et l’environnement. L’état de santé de la personne sera ainsi défini selon ses

« capacités intrinsèques » et ce via l’utilisation d’un outil dévaluation multidimensionnel.

S’appuyer sur un réseau national, de centres d’experts et de ressources, constitué

notamment des gérontopôles, et des grands pôles de gériatrie, pour former et mettre en pratique les mesures de la politique de longévité avec l’appui d’équipes territoriales dédiées.

Mettre en œuvre les recommandations du programme ICOPE, en développant des actions de prévention ciblées :

- entre 50 et 75 ans pour maintenir le plus longtemps possible les cinq capacités intrinsèques ;

- dès 75 ans pour suivre ces fonctions et alerter en cas de risque de perte fonctionnelle en évaluant systématiquement et régulièrement - prévoir ainsi pour les médecins : un stage

systématique dans un service de gériatrie durant le 2e cycle des études, une immersion obligatoire dans les EHPAD pour les étudiants du DES de médecine générale et du DES de gériatrie ; le renforcement de la formation aux soins palliatifs et à la prévention ; la promotion de l’interdisciplinarité favorisée en imposant des moments partagés ; la création d’une formation diplômante nationale aux métiers de médecin coordonnateur en EHPAD et aux dispositifs d’appui à la coordination dédiés aux personnes âgées en perte d’autonomie.

Développer et rendre plus attractifs les métiers au service du grand âge que cela soit dans le soin, l’aide, les services de prestations, la gestion territoriale des politiques :

- augmenter le nombre de gériatres pour tenir compte des besoins actuels et futurs ;

- promouvoir le métier d’infirmière en pratique avancée (IPA) en gériatrie ;

- déployer plus largement le métier d’assistant de soins en gérontologie (ASG) ;

- revisiter les périmètres et référentiels de

certains métiers du soin et tout particulièrement du métier d’aide-soignant en allant « vers le haut » : créer ainsi une nouvelle fonction spécialisée d’aide-soignante gériatrique ; - reconnaître les actes des soignants et

médecins, en particulier les actes non techniques (l’évaluation gériatrique

standardisée des fonctions, la réflexion, les échanges avec la personne avancée en âge) ; - compléter les efforts de formation par une

revalorisation des carrières, une organisation du travail qui réduise la pénibilité des métiers de l’aide et une coordination des services intervenant au domicile.

bonne santé, grâce à une responsabilisation et une acculturation aux déterminants de la santé et des facteurs de risque de perte

d’autonomie. Le patient va pouvoir ainsi bénéficier, d’une culture préventive avec des outils pour être attentif à sa santé et réagir en cas de détection de signaux de fragilité liés à ses aptitudes fonctionnelles.

En effet, ce programme va être enrichi dans cet objectif, par l’OMS, avec l’aide du gérontopôle de Toulouse, centre collaborateur OMS pour la fragilité et la recherche clinique. D’ailleurs, les réflexions des acteurs internationaux comme ceux de l’Institut Américain de la santé et de la Commission européenne, (réunis récemment à l’occasion du ICFSR 2019) convergent toutes vers cette nécessité d’une politique de prévention centrée patient, lui permettant d’en être pleinement partie prenante.

Faire évoluer les pratiques d’évaluation dont la vocation est actuellement, de valider un

financement, en intégrant une démarche (monitorage) l’état des 5 capacités intrinsèques,

en s’appuyant notamment des nouvelles technologies.

Tester rapidement cette nouvelle démarche pour ensuite la généraliser à grande échelle, à titre d’exemple, et de façon non exclusive : - en formant l’ensemble des infirmières,

pharmaciens et médecins ;

- en pratiquant les évaluations fonctionnelles au sein des stations thermales ;

- en lançant un plan de communication à destination des professionnels de santé et des personnes pour promouvoir cette nouvelle démarche et les acculturer à cette approche capacitaire.

En plus de prévenir activement les risques de déclin fonctionnel, le programme ICOPE va permettre à terme, une implication plus forte du patient, lui permettant de devenir

véritablement acteur de son vieillissement en

de santé (ex : récupération d’une fonction améliorant l’autonomie) ;

- valoriser à titre d’exemple, la pratique d’exercice physique et les activités sociales, dont l’effet sur le vieillissement et la fragilité est prouvé. Par exemple, aux USA1, l’inscription est gratuite pour les seniors, dans les clubs de gymnastique, ainsi que les interventions

« multi-domaines » (exercice physique, cognitif, nutrition, social).

Mettre en place de nouveaux indicateurs permettant de juger de l’efficacité du déploiement de la politique de longévité : - suivre l’état de santé perçu chez les personnes

âgées de 65 ans et plus, en ayant l’objectif de le faire progresser ;

- suivre cet état de santé par quintile de revenus ; - suivre l’état et l’évolution des 5 capacités

fonctionnelles des personnes (la locomotion, la cognition, le sensoriel, le psycho-social et la vitalité), l’objectif étant de les maintenir au maximum ;

- mettre en place un indicateur qui permette de mesurer la qualité des services dispensés tant en établissement qu’à domicile ;

- mettre en place des indicateurs, pour évaluer, au sein des territoires, le nombre et la qualité des services et dispositifs mis en œuvre, pour permettre aux personnes avançant en âge, d’évoluer dans un environnement inclusif et favorisant la mobilité.

Créer de nouveaux indicateurs permettant de suivre les inégalités et rendant compte de l’ensemble des dimensions de la prise en charge lors du vieillissement : niveau de recours à la prévention, niveau de recours aux aides professionnelles, continuité de service à domicile (jours ouvrables, dimanche et jours fériés), qualification des intervenants, type de prise en charge (domicile, institution, etc.).

Accélérer et encourager les travaux de

recherche liés au vieillissement dans toutes ses composantes :

la recherche constitue un levier essentiel pour permettre des avancées significatives, tant au plan médical que social.

complémentaire, qui permette de suivre l’état fonctionnel de la personne pour ensuite décliner des actions préventives :

- intégrer toutes les données de l’évaluation de l’état de santé (médicales, capacités fonctionnelles, etc..) et mettre en place un programme intégré afin de permettre le maintien à domicile ;

- réorganiser les évaluations lors d’une

admission en EHPAD : l’infirmière et le médecin coordonnateur doivent réaliser l’évaluation à l’entrée du résident (pathologies, traitements, fonctions, etc.), ils peuvent ensuite au moyen de la télémédecine, se mettre en contact avec le gériatre pour réaliser l’évaluation globale de la personne et notamment juger de la nécessité de recourir à l’expertise de spécialistes ;

- accompagner le développement des nouvelles technologies, par des stratégies renforcées d’acquisition de données et de soutien aux Intelligences Artificielles, pour notamment développer de nouvelles métriques de suivi des capacités fonctionnelles, permettant ainsi des alertes précoces, en cas de perte fonctionnelle et des actions correctives beaucoup plus immédiates. Ces évolutions doivent être réalisées en étant, non seulement très attentif, aux enjeux éthiques liés à l’utilisation de ces nouveaux outils, mais aussi en développant la recherche en design, pour se prémunir du risque d’hypertrophie technologique de l’environnement direct des personnes en perte d’autonomie ;

- intégrer et former tous les acteurs pouvant potentiellement assurer ces évaluations selon les opportunités (infirmière gérontologique, infirmière libérale, médecin généraliste et gériatre, pharmacien, etc.).

Dans le cadre du processus de tarification, prévoir des leviers financiers permettant de stimuler et d’encourager la mise en œuvre des actions préventives :

- valoriser l’évaluation des fonctions et la prévention par les médecins, soignants et pharmaciens ;

- faire de l’écoute et des échanges avec la personne avançant en âge, un acte de soin ; - valoriser les transitions positives de l’état

activité professionnelle), l’organisation des prises en charge à domicile et en hébergement, l’égalité territoriale, l’impact de l’environnement sur la prise en charge ;

- analyser et évaluer la régulation publique de l’offre d’aide et de la coordination entre professionnels, la qualification des personnels et qualité de vie au travail, la mesure de la qualité dans des environnements différents ; - associer des usagers et leurs représentants ou

de professionnels de terrain dans les équipes projets et mettre en place des recherches participatives ;

- programmer davantage la recherche au niveau national ; créer les conditions de la participation des équipes en sciences humaines et sociales françaises, à la recherche internationale sur le vieillissement et la perte d’autonomie ; - s’assurer de la continuité de la contribution

française aux dispositifs européens de financement de cette recherche.

Dans le document Rapport « Concertation : Grand âge et autonomie » - Dominique LIBAULT - Mars 2019 - APHP DAJDP (Page 171-174)