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III. Les différentes approches de la performance

5. La relation entre la performance et la taille de l’entreprise

Comme on l’a indiqué précédemment, la performance d'une entreprise peut être mesurée par son taux de profit, le rendement des actifs et la stabilité des parts de marché. Certaines de ces mesures de performance sont liées à la taille de l'entreprise. Les études empiriques existantes sur la relation entre la taille de l'entreprise et sa performance fournissent des résultats parfois contradictoires.

La théorie évolutionniste de la firme, fondée sur les compétences, affirme qu’il n’y a pas de relation entre la taille de l’entreprise et sa croissance. Ainsi, l’accumulation des nouvelles compétences détermine la croissance de l’entreprise. Toutefois, l’accumulation des compétences n’est pas suffisante. La sélection se fait au niveau du marché où les firmes les moins performantes sont systématiquement éliminées. La taille de l’entreprise ne joue pas. Une PME adoptant des technologies efficaces peut avoir un taux de croissance plus élevé que celui d’une grande entreprise. Pour Porter (1998), la taille de l’entreprise et son âge sont corrélés à la probabilité de sa survie. Les petites entreprises peuvent occuper des niches. Elles n’ont pas besoin d’avoir une forte croissance pour survivre. Elles n’ont pas d’inconvénients liés à la taille. L'effet de la taille de l'entreprise sur la performance dépend des coûts moyens de production (coût par unité produite). S'il ya des économies d'échelle présentes, les entreprises peuvent réduire leurs coûts moyens de production et améliorer ainsi leur compétitivité et leur performance. Pour un niveau de technologie donné, une condition doit être présente afin que la taille de l’entreprise influence sa performance. Les économies d'échelle doivent être présentes. Ainsi, pour des technologies et des méthodes de travail données, le coût moyen de production doit diminuer à mesure que la production augmente. Cela permettrait aux grandes entreprises d'avoir un faible coût unitaire moyen.

5.1.La loi de l’effet proportionnel : la loi de Gibrat

La loi de Gibrat,(1931), appelée la loi de l’effet proportionnel, stipule que le taux de croissance d’une entreprise est indépendant de sa taille (le principe de base qui sous-tend la

loi de Gibrat est que le taux de croissance d'une entreprise donnée est indépendant de sa taille initiale au début de la période examinée).

L'argument, selon lequel la taille de l’entreprise influence sa performance, a toujours intrigué les chercheurs. Hymer et Pashigian (1962) ainsi que Mansfield (1962), entre autres, ont validé empiriquement la loi de Gibrat. Plus tard, d'autres chercheurs ont observé que, plus la taille de l'entreprise est élevée, plus élevé est son taux de profit (Hall et Weiss, 1967 ; Shepherd, 1972). Récemment, Punnose (2008) a également montré la relation positive entre la taille de l'entreprise et la rentabilité. Geroski (1999) et Cefis et al., (2007) ont indiqué que la loi de Gibrat reste valable pour les grandes et les vieilles entreprises alors que les petites entreprises enregistrent des taux de croissance plus élevés. Une autre série d'études indique toutefois que les grandes entreprises connaissent des taux de profits inférieurs en raison de rendements décroissants dus aux coûts de production fixes (Marshall, 1961 et Marcus, 1969). Par exemple, Haines (1970), en utilisant les données pour les grandes entreprises américaines, a observé une corrélation négative entre la taille des entreprises et leurs taux de profit. De même, Evans (1987) a également constaté une relation inverse entre la taille et la rentabilité de l'entreprise. Audretsch et al., (2002) ont donné un aperçu détaillé des études empiriques sur la loi de l'effet proportionnel. Les chercheurs, qui ont vérifié le lien entre les économies d'échelle et les profits des entreprises, ont généralement trouvé que les profits sont plus élevés lorsque les processus de production et de commercialisation présentent des économies d'échelle. Bhattacharyya et al., (2009) dans une étude sur les entreprises indiennes du secteur de l’acier et des industries électriques et électroniques ont montré que la taille des entreprises influence positivement la rentabilité dans les secteur de l’acier et négativement dans le secteur électrique et électronique. Par conséquent, la littérature empirique existante sur des données des entreprises manufacturières ne donne pas des informations concluantes sur l'effet de la taille sur la performance des entreprises.

5.2.Taille de l’entreprise et performance à l’exportation

Plusieurs revues de littérature majeures sur le lien entre taille de l’entreprise et performance à l’exportation ont été entreprises (Roper et Love 2002 ; Aaby et Slater 1988).

Les plupart des méthodes empiriques ont généralement porté sur l'explication de la relation entre les performances à l'exportation et une seule variable de la taille de l’entreprise, compte tenu d'autres facteurs spécifiques à l'entreprise. Les mesures de la performance des exportations utilisées ont inclus l'intensité des exportations et la valeur des exportations,

tandis que les mesures de la taille de l'entreprise ont compris les ventes totales, le nombre d'employés ou l'actif total. La majorité des études analysées montrent une relation positive et statistiquement significative entre les mesures de la taille des entreprises et des performances à l'exportation. Néanmoins, certaines études n'ont trouvé aucune relation statistiquement significative, tandis que d'autres suggèrent une relation négative entre la taille des entreprises et des performances à l'exportation.

Pant (1993) a constaté que la probabilité d’augmenter les exportations des industries chimiques et des industries mécaniques indiennes a augmenté avec la taille des entreprises (mesurée par le chiffre d'affaires annuel), tandis que l'intensité des exportations a diminué avec la taille des entreprises, vu que les grandes entreprises sont focalisées sur demande intérieure du marché domestique. Athukorala et al., (1995) ont trouvé un résultat similaire pour les entreprises manufacturières au Sri Lanka. Roper et Love (2002) dans une étude sur les entreprises manufacturières au Royaume-Uni et en Allemagne ont trouvé un lien positif, et en général statistiquement significatif, entre l'intensité des exportations et la taille de l’entreprise mesurée par le nombre d’employés et ce dans les deux pays. Dans une étude sur les entreprises australiennes, Atuahene-Gima (1995) n'a trouvé aucune relation entre la taille des entreprises mesurée par les ventes annuelles et la performance des exportations, après avoir contrôlé une gamme d’autres facteurs (intensité de R & D, expérience internationale et la performance sur le marché intérieur).

La littérature théorique suggère, entre autres choses, que la présence de coûts fixes associés à l'exportation peut signifier que la performance des exportations pourrait s'améliorer avec la taille des entreprises jusqu'à un certain point, mais par la suite, demeurer stable ou diminuer. Globalement, une importante littérature a émergé sur la relation entre la taille de l'entreprise et les performances à l'exportation. Cette littérature a mis l'accent sur diverses mesures de la taille mesurée en termes de facteurs tels que le nombre d’employés ou le total des ventes. La performance des entreprises à l'exportation peut également être évaluée en termes d'intensité d'exportation, qui est une mesure de ventes à l'exportation par rapport aux ventes totales. Toutefois, une analyse plus approfondie, qui tient compte d'une gamme de facteurs qui peuvent influencer la performance à l'exportation, suggère que, bien que la taille globale soit généralement liée à cette performance, d’autres facteurs technologiques et organisationnels spécifiques à l’entreprise sont nécessaires pour réussir au niveau international. Les entreprises doivent développer des compétences spécialisées et posséder un avantage concurrentiel à l’international.

SECTION 2

LES DETERMINANTS DE L’ADOPTION DES TIC

Le point de départ théorique de notre analyse est la littérature sur l'adoption des nouvelles technologies. Cette littérature explique entre autre les facteurs d'adoption de nouvelles technologies et des différences dans les taux d'adoption entre les entreprises, les industries et les pays (Geroski, 2000). Pour comprendre l'adoption et la diffusion des TIC dans les entreprises des PED, il est donc essentiel de découvrir les facteurs qui expliquent le retard et la variation du taux d’adoption. Les modèles théoriques existants se concentrent sur un certain nombre de facteurs expliquant ce retard et la variation du taux d'adoption, notamment: l'incertitude sur les caractéristiques de la nouvelle technologie (Jensen, 1982), des considérations stratégiques, comme les différences dans les taux de profit avant et après l’adoption de la technologie en fonction de la structure du marché (Reinganum, 1981), les processus d’apprentissage par la pratique (Jovanovic et MacDonald, 1994) et les différences dans le capital humain (Nelson et Phelps, 1966; Chari et Hopenhayn, 1991 ). Helpman et Trajtenberg (1998) ont analysé l'adoption des technologies génériques. Ils ont montré que l'adoption de ces technologies est plus rapide quand la croissance de la productivité est élevée par rapport à celle de l'ancienne technologie. Les TIC favorisent la croissance de la productivité, ce qui suggère que l'adoption des TIC peut être plus rapide dans les industries à forte intensité de TIC par rapport au reste des industries. Love et al., (2005) ont conclu que le niveau d'investissement dans les TIC diffère selon les industries. Cheung et Huang (2002) ont trouvé des preuves de différences majeures dans l'utilisation des TIC à travers les industries à Singapour.