Induction pendant la réalisation de l’action

Dans le document Pourquoi vérifie-t-on que la porte est bien fermée ou que les plaques sont bien éteintes ? (Page 42-51)

4. Expérience 2

4.1.3. Induction pendant la réalisation de l’action

Lors de cette expérience, nous donnions également l’indication à un premier groupe de participants (N=10) d’effectuer une focalisation sur le résultat final de l’action (condition

« haut niveau d’identification de l’action » ; Annexe XI) et à un autre groupe (N=10) sur la progression cran par cran de la flèche (condition « bas niveau d’identification de l’action » ; Annexe XII), mais ici la consigne stipulait de procéder à cette focalisation pendant la réalisation de l’action, c’est-à-dire pendant la reproduction du modèle par les sujets. Un groupe contrôle (N=10, condition contrôle), ne recevant aucune consigne de focalisation de l’attention particulière, était également constitué (Annexe IV).

4.1.4. Variables mesurées

Nos variables dépendantes étaient identiques à celles dans l’expérience 1: le pourcentage total de vérifications (« Verif »), le pourcentage de réussites à la tâche (% de reproductions correctes ; « RepCorr »), le pourcentage de réponses correctes avec évaluation

de sa production comme étant correcte (« RepCorrEvalCorr »), le pourcentage de réponses correctes avec évaluation de sa production comme étant incorrecte (« RepCorrEvalIncorr »), et enfin le pourcentage de réponses correctes en ayant un doute sur sa production (« RepCorrEvalDoute »).

4.1.5. Matériel

Le matériel est en tout point identique à celui employé dans l’expérience 1 : les participants ont également passé la tâche sur l’écran d’ordinateur avec eye-tracker intégré, qu’il a fallu calibrer de la même manière que lors de la première expérience. Les questionnaires passés après la tâche étaient également les mêmes (OCI-R, OC-TCDQ, BIF et STAI).

4.1.6. Analyses statistiques

Nous avons procédé de la même manière que pour l’expérience 1, en utilisant la version 12 du logiciel STATISTICA. Le seuil de significativité choisi était également fixé à 5% (alpha = 0,05).

Nous avons, tout d’abord, examiné la distribution de nos données pour déceler d’éventuelles valeurs extrêmes. Nous avons ensuite exploré nos variables grâce à quelques analyses descriptives, suivies par des analyses corrélationnelles entre les variables d’intérêt.

Nous avons testé notre hypothèse principale en évaluant l’effet de l’induction du niveau d’identification de l’action pendant la réalisation de l’action à l’aide d’ANOVAs simples.

Nous avons également effectué des ANOVAs simples et une ANCOVA dans le but de voir s’il y avait des différences entre les groupes pour les autres variables dépendantes.

Comme dans l’expérience 1, il est à noter que les données de l'eye-tracker n'ont pas été exploitées dans le cadre de ce travail, compte tenu de la grande complexité du traitement de ces données.

4.2. Résultats

4.2.1. Analyses descriptives 4.2.1.1. Questionnaires

Le tableau 6 rapporte les moyennes, écarts-types et étendues des scores obtenus par les participants aux différents questionnaires, à savoir le BIF, la sous-échelle de vérification de

l’OCI-R, l’OC-TCDQ et le STAI-E (pour plus d’informations sur les échelles, cf.

« Expérience 1 : Questionnaires » (3.1.5.3)).

Nous pouvons constater, comme dans l’expérience 1, que les scores obtenus sont également proches de ceux trouvés dans l’étude de Belayachi & Van der Linden (2009), qui, pour rappel, ont relevé un score de 13,70 (ET=4,2) au BIF, ainsi que de 3,10 (ET=2,6) à la sous-échelle de vérification de l’OCI-R. Malgré la différence de taille d’échantillon (123 participants dans l’étude susmentionnée), la moyenne d’âge de 21,7 ans (ET=2,9) reste également similaire à celle des participants de notre expérience 2. En ce qui concerne le STAI-E, le score de 32,70 (ET=12,14) obtenu lors de l’expérience 2 est également similaire à celui de l’étude de Zermatten et al. (2006), citée dans l’expérience 1. Le résultat moyen obtenu par cet échantillon à l’échelle de vérification de l’OCI-R de 1,45 (ET=1,90) peut sembler différent du nôtre (M=3,30). Cependant, il faut noter que l’écart-type associé à notre expérience est considérable (ET=3,19). Enfin, nous pouvons comparer les scores obtenus par nos participants à l’OC-TCDQ avec ceux relevés dans l’étude de Cougle et al. (2013), mentionnée dans l’expérience 1. Le résultat obtenu à la sous-échelle d’incomplétude (M=16,16 ; ET=6,00), ainsi celui de la sous-échelle d’évitement du danger (M=13,39 ; ET=5,40), sont similaires aux nôtres : respectivement, 19,63 (ET=7,91) et 14,36 (ET=7,36).

Tableau 6

Moyennes, écarts-types et étendues du score total au BIF, du score à la sous-échelle de vérification de l’OCI-R, du score à l’OC-TCDQ (incomplétude et évitement du danger) et du score au STAI-E, pour l’expérience 2.

Variables M(écart type) Etendue

BIF 14,66(4,47) 3-22

OCI-R Vérification 3,30(3,19) 0-12

OC-TCDQ Incomplétude 19,63(7,91) 8-35

OC-TCDQ Evitement du danger 14,36(7,36) 2-33

STAI-E 32,70(12,14) 20-74

4.2.1.2. Tâche de vérification

Le tableau 7 révèle les résultats à la tâche de vérification sur ordinateur. Il est important de noter que les données de deux participants n’ont pas été enregistrées. Ainsi, les résultats sont sur 28 participants au lieu de 30 (Tableau 6). Les participants ont obtenu, en moyenne, un excellent pourcentage de réussite à la tâche (M=88,50%, ET=14,33).

Tout comme dans la première expérience, le pourcentage d’évaluations « je ne sais pas » quand la réponse était correcte est faible (M=1,11%, ET=3,07).

Les participants ont vérifié leur production dans 2,75 (ET=4,65) pourcent des cas, en moyenne. Sur les 54 essais que comporte la tâche, les participants ont vérifié une à deux productions. Cependant, il est à noter que les étendues vont jusqu’à 20% de vérification. Ceci indique que certains sujets sont allés jusqu’à vérifier leurs productions dans environ un quart des cas.

Tableau 7

Moyennes, écarts-types et étendues du pourcentage de reproductions correctes, du pourcentage de reproductions correctes avec évaluation de la réponse comme étant correcte, du pourcentage de reproductions correctes avec évaluation comme ayant un doute sur la réponse, et du pourcentage de reproductions correctes avec évaluation de la réponse comme incorrecte, pour l’expérience 2.

Variables M(écart type) Etendue

RepCorr 88,50(14,33) 52-100

RepCorrEvalCorr 84,68(0,15) 52-100

RepCorrEvalDoute 1,11(3,07) 0-15

ReprCorrEvalIncorr 2,35(6,09) 0-30

Verif 2,75(4,65) 0-20

Notes. « RepCorr» : pourcentage de réussites à la tâche ; «RepCorrEvalCorr» : pourcentage de réponses correctes avec évaluation de sa production comme étant correcte;

«RepCorrEvalDoute » : pourcentage de réponses correctes en ayant un doute sur sa réponse ;

«RepCorrEvalIncorr» : pourcentage de réponses correctes avec évaluation de sa réponse comme étant incorrecte ; «Verif» : pourcentage total de vérifications.

4.2.2. Analyses corrélationnelles

4.2.2.1. Liens entre les différents questionnaires

Nous avons également examiné les corrélations entre questionnaires lors de cette expérience (Tableau 8). Comme dans l’expérience 1, le BIF ne corrèle avec aucun autre questionnaire. En revanche (et comme précédemment), la dimension d’évitement du danger, mesurée par l’OC-TCQ, corrèle positivement avec l’OCI-R vérification. Encore une fois, plus les individus ont tendance à vouloir éviter le danger, plus ils vérifient. L’évitement du danger est aussi corrélé au sentiment d’incomplétude.

En analysant les p-valeurs, nous pouvons constater que le sentiment d’incomplétude corrèle tendanciellement (p=0,06) avec l’OCI-R vérification. Ainsi, plus les individus ont un sentiment d’incomplétude prononcé, plus ils vérifient leurs productions.

Tableau 8

Corrélations de Pearson entre les scores au BIF, à l’OCI-R vérification, à l’OC-TCDQ (incomplétude et évitement du danger) et au STAI-E, pour l’expérience 2.

Variables BIF OCI-R

Vérification

OC-TCDQ Evitement du

danger

OC-TCDQ Incomplétude

BIF

OCI-R Vérification 0,21

OC-TCDQ Evitement du danger -0,04 0,41*

OC-TCDQ Incomplétude 0,31 0,35 0,64***

STAI-E -0,10 -0,06 0,17 -0,06

Note. *p < 0.05 , **p < 0.01, ***p < 0.001

4.2.2.2. Liens entre les questionnaires et la tâche de vérification

Les analyses corrélationnelles réalisées révèlent une seule corrélation significative, entre l’évitement du danger mesuré par l’OC-TCDQ et le pourcentage de reproductions correctes en ayant évalué sa production comme juste (Tableau 9).

Tableau 9

Corrélations de Pearson entre les scores aux questionnaires (BIF, OCI-R vérification, OC-TCDQ incomplétude et évitement du danger, STAI-E), et les variables dépendantes, pour l’expérience 2.

Variables BIF OCI-R

Vérification

OC-TCDQ Evitement du danger

OC-TCDQ

Incomplétude STAI-E

RepCorr -0,14 0,13 0,37 0,21 0,00

RepCorrEvalCorr 0,05 0,24 0,48** 0,36 0,08

RepCorrEvalDoute -0,15 -0,10 -0,19 -0,15 -0,25

RepCorrEvalIncorr -0,37 -0,25 -0,23 -0,37 -0,06

Verif -0,14 -0,06 0,02 -0,02 -0,05

Note. *p < 0,05 , **p < 0,01, ***p < 0,001

« RepCorr» : pourcentage de réussites à la tâche ; «RepCorrEvalCorr» : pourcentage de réponses correctes avec évaluation de sa production comme étant correcte;

«RepCorrEvalDoute » : pourcentage de réponses correctes en ayant un doute sur sa réponse ;

«RepCorrEvalIncorr» : pourcentage de réponses correctes avec évaluation de sa réponse comme étant incorrecte ; «Verif» : pourcentage total de vérifications.

4.2.2.3. Lien entre le pourcentage de vérifications et l’évaluation des productions

Nous avons ensuite examiné s’il existait des liens entre la tendance à vérifier pendant la tâche sur ordinateur et les variables dépendantes nous renseignant sur l’évaluation que les participants ont faite de leurs propres productions correctes (Tableau 10).

Nous avons relevé une corrélation largement positive et significative entre l’évaluation

« je ne sais pas » et la tendance à vérifier sa production. Similairement à la première expérience, plus les participants ont correctement reproduit le modèle mais en ayant un doute sur leur production (évaluation « je ne sais pas »), plus ils ont vérifié cette production.

Tableau 10

Corrélations de Pearson entre le pourcentage de vérifications et le pourcentage de reproductions correctes avec évaluation de la réponse comme correcte, le pourcentage de reproductions correctes avec évaluation comme ayant un doute sur la réponse, et le pourcentage de reproductions correctes avec évaluation de la réponse comme incorrecte, pour l’expérience 2.

Variables Vérification

RepCorrEvalCorr -0,11

RepCorrEvalDoute 0,79***

RepCorrEvalIncorr 0,25

Note. *p < 0,05 , **p < 0,01, ***p < 0,001

« RepCorr» : pourcentage de réussites à la tâche ; «RepCorrEvalCorr» : pourcentage de réponses correctes avec évaluation de sa production comme étant correcte;

«RepCorrEvalDoute » : pourcentage de réponses correctes en ayant un doute sur sa réponse ;

«RepCorrEvalIncorr» : pourcentage de réponses correctes avec évaluation de sa réponse comme étant incorrecte ; «Verif» : pourcentage total de vérifications.

4.2.3. Analyses de variance

4.2.3.1. Effet de l’induction d’un niveau de l’identification de l’action Afin de voir si l’induction d’un haut ou d’un bas niveau d’identification de l’action a un effet sur le pourcentage de vérifications, nous avons effectué une analyse de variance (ANOVA simple).

Le facteur prédictif était de nouveau le niveau d’induction (induction d’un « haut » versus « bas » niveau d’identification de l’action versus contrôle), et la variable dépendante était le pourcentage de vérifications lors de la tâche sur ordinateur. L’analyse de variance effectuée sur les données8 montre que le pourcentage de vérifications ne diffère pas suivant la condition (F(2,21)=0,72, p=0,50). Ainsi, les participants dans la condition « bas » niveau d’identification de l’action ne vérifient pas plus que les participants dans la condition « haut », ou encore dans la condition contrôle (Figure 4).

8 Suite aux analyses exploratoires et aux analyses des résidus, nous avons dû transformer les données (transformation Arcsin(sqrt)) car le postulat d’homoscédasticité n’était pas respecté. L’analyse a été effectuée sur 24 participants.

Figure 4. L’effet de l’induction pendant la réalisation de l’action sur le pourcentage de vérifications dans la tâche (expérience 2).

4.2.3.2. Analyses des différences entre les groupes sur l’évaluation des productions

Afin de voir si l’absence d’effet observé était due à une différence quant à la réussite de la tâche ou à son évaluation, nous avons réalisé des analyses de variance (ANOVAs simples, et ANCOVAs pour les variables dépendantes qui corrélaient avec certains questionnaires).

Comme vu précédemment, nous n’avons pas mis en évidence d’effet de la condition (« haut » versus « bas » niveau d’identification de l’action, versus contrôle). Ceci est indépendant du fait que les participants ont tout autant réussi la tâche sur ordinateur (F(2,25)=1,17, p=0,33). De même, il n’y a de différences entre les groupes ni sur l’évaluation

« oui j’ai reproduit correctement le modèle », tel que mis en évidence par une ANCOVA (car l’évitement du danger mesuré par l’OC-TCDQ corrélait avec cette évaluation ; F(2,24)=0,50, p=0,61), ni sur l’évaluation « non je n’ai pas correctement reproduit le modèle » (F(2,24)=0,53, p=0,59) 9.

Comme dans l’expérience 1, la différence entre les groupes quant à l’évaluation de sa production comme « je ne sais pas si j’ai correctement reproduit le modèle » est non

9 Au vu des analyses exploratoires, l’ANOVA a été réalisée sur 27 données. De plus, le postulat d’homogénéité de la variance n’étant pas respecté, une transformation (Arcsin(sqrt)) sur les données a été opérée.

-0,05 0 0,05 0,1 0,15 0,2 0,25

Contrôle Haut Bas

Pourcentage de vérifications

Condition

significative mais tendancielle (F(2,23)=3,03, p=0,07, η² partiel=0,21)10. En analysant le graphique obtenu (Figure 5), nous pouvons voir que les participants dans la condition « bas » semblent plus souvent avoir répondu « je ne sais pas », alors même que leurs productions étaient correctes. Cette tendance est confirmée par l’analyse post-hoc LSD de Fisher, qui montre une différence significative entre la condition contrôle et la condition « bas » (p=0,04), et une différence tendanciellement significative entre la condition « haut » et « bas » (p=0,06). De nouveau, les analyses post-hoc ont été faites dans un but essentiellement informatif, étant donnée la non-significativité de la statistique F.

Figure 5. L’effet de l’induction pendant la réalisation de l’action (expérience 2) sur le pourcentage d’évaluations « je ne sais pas » lorsque la réponse est correcte.

10 L’analyse a été effectuée sur 26 données suite à la détection de deux extrêmes.

-0,02 -0,015 -0,01 -0,005 0 0,005 0,01 0,015 0,02 0,025

Contrôle Haut Bas

Pource ntage de réponses "je ne sais pas"

Condition

Dans le document Pourquoi vérifie-t-on que la porte est bien fermée ou que les plaques sont bien éteintes ? (Page 42-51)