Un effort de compréhension du processus de radicalisation

Dans le document Rapport d'activité 2016-2017 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires - APHP DAJDP (Page 89-93)

L’expérience de la Miviludes sur les phénomènes de type sectaire a été mise à profit dans le dispositif de prévention et de lutte contre la radicalisation dès mi-2014 du fait de points communs entre les deux phénomènes : l’adhésion inconditionnelle à un corpus de croyances ; leur rôle pivot dans la constitution du groupe, dans la motivation de l’individu et la légitimation de son action ; le caractère « extrême » de ces croyances.

La Miviludes a précisé dans son précédent rapport d’activité (rapport 2015, p. 61-66) son approche et ce qui lui semblait devoir distinguer la radicalisation salafiste djihadiste de la dérive sectaire telle qu’elle est entendue par les pouvoirs publics. Devant l’hétérogénéité des profils des personnes signalées engagées dans un processus de radicalisation, devant l’ampleur du phénomène et ses particularités, il importait de ne pas s’enfermer dans un cadre d’interprétation au risque de sous-estimer la part de l’engagement volontaire politique et/ou religieux, la part pulsionnelle, la part de solidarité avec un groupe ou une communauté.

Les nombreux échanges tout au long de l’année 2016 avec des profes-sionnels impliqués sur le terrain dans la prise en charge de personnes en voie de radicalisation, avec des chercheurs et des professionnels de santé, et le travail d’analyse qu’a poursuivi la Miviludes confirment qu’il convient d’être nuancé dans l’analyse de la radicalisation violente. En effet, si des facteurs de disponibilités à la réception d’un discours radical

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et à l’engagement pour servir la cause sont clairement identifiés et si les mécanismes à l’œuvre ne sont pas inconnus, la généralisation peut empêcher de saisir des parcours de vie très différents qui conduisent à l’acceptation de la violence jusqu’au passage à l’acte de certains.

Pour donner aux acteurs de la prévention des éléments de compréhen-sion sur lesquels fonder leurs interventions, la Miscompréhen-sion s’appuie sur la recherche et les retours d’expériences. Démonter les mécanismes d’ad-hésion et d’engagement invite au décloisonnement, à la coopération et à la mobilisation de nouveaux intervenants.

La contribution de la Miviludes a porté plus précisément sur les mesures 4, 32, 38, 39, 44, 45, 50, 51, 56, 60 du plan d’action gouvernemental contre la radicalisation et le terrorisme présenté le 9 mai 2016.

Les formations

Au total, la Mission a réalisé 112 formations sur le processus de radica-lisation en 2016 (contre 74 en 2015) et 53 au 1er semestre 2017.

La Miviludes a participé à la formation d’environ 30 000 agents publics sur le processus de radicalisation depuis trois ans, notamment dans le cadre des sessions organisées par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR).

Le contenu des interventions de la Miviludes est modulé selon le format, le public, la présence ou non des services de l’État directement en charge du dispositif de prévention (SG-CIPDR) ou de la lutte anti-terroriste (l’UCLAT), d’islamologues ou de spécialistes du djihadisme. Centrée sur le processus de radicalisation, l’intervention donne un aperçu de l’offre politico-reli-gieuse salafiste djihadiste, des facteurs qui jouent quasi invariablement dans la radicalisation et les mécanismes qui conduisent progressivement à l’acceptation de la violence et à la nécessité de l’action. Au besoin, la Miviludes contextualise le phénomène en dressant un rapide panorama des grands registres d’explications : géopolitique, socio-économique, évolution du paysage religieux, et évolution de l’idéologie politico-religieuse djihadiste. Selon les professionnels auxquels s’adresse la Mission, des éléments à retenir pour la prévention sont tirés de la compréhension du phénomène et des retours d’expériences.

Outre la participation aux modules de formation organisés par le CIPDR et les préfectures, la Miviludes a répondu aux demandes de la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) et de la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP). La nouvelle convention signée entre la Miviludes et la DPJJ le 15 mai 2017 prévoit la formation des person-nels, la formation de formateurs relais, la mutualisation des informations et des outils pédagogiques, non plus seulement en matière de dérives

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sectaires mais également sur le volet de la prévention de la radicalisa-tion. Le même type de convention pourrait être signé avec la Direction de l’administration pénitentiaire qui a aussi d’importants besoins de formation de ses personnels.

La collaboration avec le ministère des Solidarités et de la Santé s’est traduite par quelques formations générales, mais surtout par la partici-pation de la Miviludes à la réflexion sur les modules de sensibilisation que les Agences régionales de santé organisent. La Miviludes s’est ainsi engagée auprès des ARS pour participer à la formation des profession-nels de santé (psychiatres, psychologues…) qui doit être proposée par chacune des ARS d’ici la fin 2017. La Mission aura participé à 8 sessions sur les deux années 2016 et 2017. Le concours de la Miviludes dans ces sessions de sensibilisation repose sur les travaux du groupe d’experts qu’elle a réuni au cours de l’année 2016 (voir ci-après).

S’agissant du ministère de l’Éducation nationale, la conseillère Éduca-tion naÉduca-tionale de la Mission a apporté des éléments pour l’élaboraÉduca-tion des ressources pédagogiques diffusées par Canopée et a participé aux formations des personnels d’encadrement et à des sessions de sensibi-lisation organisées à l’initiative conjointe des DASEN et des préfectures (départements 59, 78, 75, 94).

On peut encore mentionner que, au cours de l’année 2016, la Miviludes a répondu à des demandes émanant de collectivités locales. Après une participation à l’atelier « Prévention de la radicalisation » au congrès de l’Association des maires de France en juin 2016, des associations départementales des maires ont sollicité la Mission. Quelques conseils régionaux et conseils départementaux se sont associés aux préfectures pour organiser des sessions de formations, auxquelles la Miviludes a participé, à destination des personnels. La Miviludes a participé à deux colloques organisés par le Centre national de la fonction publique terri-toriale (CNFPT) – délégation Première Couronne d’Ile-de-France à Pantin en septembre 2016 puis Pays-de-Loire à Angers en décembre 2016 – qui ont été suivis par le déploiement d’une offre de formation dans l’ensemble des CNFPT. La Miviludes a à ce titre participé à une session de formation en février 2017 à la Réunion (974).

L’implication des collectivités locales, plus développée dans certains pays européens, rend particulièrement intéressantes les rencontres qui font intervenir des personnes qui peuvent témoigner des actions engagées en Europe avec un recul suffisant pour en tirer des leçons. C’est pour-quoi la Miviludes a participé avec beaucoup d’intérêt aux journées de formation et d’échanges organisées par le Forum européen de sécurité urbaine (janvier 2017) et par l’Euro métropole de Strasbourg (mai 2017).

Ces initiatives mettent en relation des acteurs de la politique de la ville,

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présents dans des quartiers sensibles, dont le rôle sur le terrain pourrait être beaucoup plus valorisé en France.

Coopérations et participations aux groupes de travail

La Miviludes a poursuivi sa participation aux travaux du CIPDR, ce qui a représenté une vingtaine de réunions au cours de l’année 2016 : groupe de travail pour l’élaboration d’outils de détection (indicateurs de bascu-lement et indicateurs de désengagement) ; comité de suivi de l’équipe mobile d’intervention ; conseil d’administration et comité pédagogique du GIP Réinsertion Citoyenneté (centre de Pontourny).

Tout au long de l’année 2016 et début 2017, la Miviludes a participé aux réunions régulières du groupe de travail réuni par le Service d’information du Gouvernement (SIG) pour l’élaboration du contre discours notamment sur le site Stop-djihadisme.

Parmi les nombreux échanges avec différents services, on peut mentionner l’audition en avril 2017 de la Miviludes par la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse sur le thème : « Prise en charge éducative des mineurs radicalisés ou en danger de radicalisation violente – contenu et outils de la prise en charge ».

La Miviludes a apporté son concours à l’élaboration du guide Acteurs du sport et de l’animation. Mieux connaître, mieux comprendre et mieux prévenir les phénomènes de radicalisation, publié en 2016 par le ministère en charge de la ville, de la jeunesse et des sports.

La Miviludes a participé à plusieurs colloques sur la radicalisation dont : le colloque franco-belge organisé par la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA, février 2017) ; le colloque sur la prise en charge des adolescents difficiles organisé par l’Orspere-Samdarra au ministère de la Santé (Paris, décembre 2016) ; le colloque de la Fédération européenne des centres de recherche et d’in-formation sur le sectarisme (FECRIS) sur « L’emprise mentale et processus de radicalisation » (mai 2017), ou encore à un temps d’échanges organisé par l’Observatoire franco-québécois de la santé et de la solidarité (OFQSS, mars 2017). En revanche, la Miviludes regrette de n’avoir pas pu dégager un temps suffisant pour pouvoir participer aux travaux du Radicalisation Awareness Network (RAN) initiés par la Commission européenne.

Rapprochement avec la recherche

La Miviludes, soucieuse de s’appuyer sur des travaux de recherche a souhaité nouer un partenariat universitaire pour renforcer son équipe.

Dans la mesure où sa participation à la prévention de la radicalisation djihadiste s’est faite à moyens constants, il s’agissait, outre l’apport de

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compétences scientifiques, de trouver un relai pour honorer des demandes de formations de plus en plus nombreuses. Il était capital que l’engage-ment de la Miviludes dans la prévention de la radicalisation ne se fasse pas au détriment de la lutte contre les dérives sectaires.

La Mission a ainsi passé une convention avec une unité de recherche de l’Université de Versailles-Saint-Quentin (CESDIP UMR 8183) dans le cadre de laquelle a été signé un contrat post doctoral pour deux ans avec un chercheur ayant travaillé précisément sur les mécanismes de la radicalisation salafiste djihadiste.

Le renfort d’un chercheur, chargé de mission auprès de la Miviludes, permet de maintenir la qualité des formations dispensées et de répondre à davantage de demandes d’intervention depuis octobre 2016. Il permet aussi d’approfondir certaines hypothèses de travail.

Groupe de travail sur la prise en charge

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