L e s C o n s u l a t s s u i s s e s à l ' é t r a n g e r r e ç o i v e n t le j o u r n a l .
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pa Douzième Année.— N
011.
Prix du numéro 10 centime
Dimanche 7 Février 1897.
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Suisse . . . . Fr. 6»— Fr. 3»
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O r p n n e d e In S o c i é t é i n t e r c a n t o n a l e «le*. I n d u s t r i e s d u J u r a , d e s C h a m b r e s d e c o m m e r c e , d e » B u r e a u x d e c o n t r ô l e e t d e s S y n d i c a t s p r o f e s s i o n n e l * .
Exposition nationale Le banquet des exposants de la
Chaux-de-Fonds
S a m e d i 'M j a n v i e r é c o u l é , l e s e x p o s a n t s c h a u x - d e - f o n n i e r s , r é u n i s à l ' H ô t e l Central^
au n o m b r e d ' u n e t r e n t a i n e , o n t fêté, d a n s u n j o y e u x b a n q u e t , l e s u c c è s d e l ' h o r l o - g e r i e n e u c h a t e l o i s e , e n c h o i s i s s a n t c e l t e c i r c o n s t a n c e p o u r é c h a n g e r l e u r s v u e s s u r d e s q u e s t i o n s i n t é r e s s a n t n o t r e i n - d u s t r i e e t p l u s p a r t i c u l i è r e m e n t , le d é v e l o p p e m e n t d e n o i r e v i l l e .
L e c o m i t é d ' o r g a n i s a t i o n a v a i t c o n v i é à c e t t e r é u n i o n i n t i m e , M . F . H u g u e n i n , s e c r é t a i r e g é n é r a l d e l a C h a m b r e c a n t o - n a l e d u c o m m e r c e ; l e s m e m b r e s d e la C o m m i s s i o n locale ; M . A . B r a u n s c h w c i g p r é s i d e n t d e la S o c i é t é d e s f a b r i c a n t s d ' h o r l o g e r i e ; l e s d e u x m e m b r e s d u j u r y d u g r o u p e d e l ' h o r l o g e r i e h a b i t a n t l a C h a u x - d e - F o n d s et M . W . H u g u e n i n , d e N e u c h à t e l , r e p r é s e n t a n t v e n d e u r d e n o t r e c o l l e c t i v i t é d e f a b r i c a n t s .
S u r la d e m a n d e u n a n i m e d e s p a r t i c i - p a n t s , le C o m i t é d ' o r g a n i s a t i o n a fait u n récit d e c e t t e b e l l e s o i r é e , e t r é s u m é l e s d i s c o u r s q u i o n t é t é p r o n o n c é s .
L e s o u p e r t r è s b i e n s e r v i , c o m m e n c e à 8Vs h e u r e s M . H . R o b e r t , p r é s i d e n t d u C o m i t é d ' o r g a n i s a t i o n , p r o n o n c e l e d i s c o u r s s u i v a n t :
Messieurs.
Il est des moments bien doux dans la vie : ce sont ceux qui succèdent au devoir accompli.
Et vous êtes dans un de ces moments-là, messieurs les exposants. Vous êtes la petite phalange, parmi tous ceux qui ont été solli- cités, qui a jugé que c'est une affaire d'hon- neur pour chacun de nos horlogers, quand nous avons en Suisse u n e exposition natio- nale, de faire taire tout sentiment de fatigue relatif aux expositions Irop fréquentes, d'im- poser silence à toute velléité d'égoïsme, ce vilain sentiment qui est une des tares de la nature humaine et de m a r c h e r crânement à l'Exposition avec ses produits, de façon à montrer au monde entier la force et la pros-
périté de notre première industrie nationale.
Je ne songe pas a vous tresser des couron- nes, Messieurs les exposants : mais je suis heureux de ce devoir accompli. Vous savez tous quelle Exposition-nationale admirable nous avons eue à Genève, où nos principales industries se sont toutesimontrées à la hauteur des progrés actuels. Vous savez que le salon de l'horlogerie ne laissait rien à désirer et que l'exposition de notre Chaux-de-Fonds, malgré le nombre restreint de ses exposants, était remarquable p a r sa richesse et par sa grande variété.
• Mais, quand on s'est décidé à participer à une exposition -et- quarKÎ on s'est préparé à y figurer aussi dignement que possible, tout n'est pas fait, loin de là. Il faut, pour réussir, que des hommes intelligents et dévoués se mettent à la tète de l'entreprise,qu'ils groupent les intéressés, qu'ils les stimulent et les diri- g e n t ; de ces hommes d'élite, qui sont rares en général, nous avons le privilège d'en pos- séder bon nombre à la Chaux-de-Fonds et nous avons eu le bonheur inappréciable d'en avoir particulièrement un avec nous, qui s'est dévoué à notre cause et s'y est donné tout entier. P a r m i nous depuis quelques années, la greffe a si bien pris qu'il est devenu le type du parfait Chaux-de-fonnier : il n'y en a point de plus zélé que lui. Notre vie sociale intense, notre caractère spécial l'ont gagné et nous sommes convaincus de l'avoir gagné à notre tour. Il est notre secrétaire incomparable de la Chambre cantonale du Commerce, où il nous rend tous les j o u r s de signalés services.
Dépendant du Département cantonal de l'Industrie, la Chambre cantonale avait à s'occuper naturellement des exposants neu- chàtelois à Genève : mais son secrétaire ne s'est pas borné à ses attributions officielles dans lesquelles il aurait pu se confiner: il a pris notre affaire en mains, nous a poussés en avant et n'a pas eu de paix qu'il n'ait ac- quis la persuasion que la Chaux-de-Fonds, que sa Chaux-de-Fonds, que notre Chaux-de- Fonds serait armée et bien armée pour la lutte : réunions, circulaires, lettres, démarches particulières, conseils, rappels à l'ordre pleu- vaient: bien s u r que nombre de fils ont été tendus sans que nous nous en soyons même doutés. Cela, c'est son secret : il est très diplo- mate. Les exposants étaient émerveillés de sa marche sûre au but vers lequel il les en- traînait, de son flair infaillible, de sa ténacité à défendre nos intérêts à Genève et leur re- connaissance est acquise pour toujours à notre ami. Monsieur Fritz Huguenin, c a r c'est en-
core une petite qualité des Chaux-de-fonniers de savoir être reconnaissants.
J e parie même que c'est grâce à lui que nous devons d'avoir pu faire le si heureux choix de notre représentant, le meilleur ven- deur de l'Exposition ; car ce n'est pas le tout que la gloire, qui est éphémère et ne rapporte pas de bénéfices ; si l'on peut y joindre un peu de solide, l'effet n'en est pas gâté, bien au contraire ; et il est même nombre d'exposants qui y tiennent d'une façon tellement spéciale qu'ils abandonneraient presque la gloire pour le plaisir de faire des ventes. Or, un re- présentant-vendeur est une grosse affaire;
nous l'avons vu dans d'autres expositions.
Mais cette fois-ci, nous étions tombés — et nous n'avons pas été longs à le constater — sur un homme rompu a u x affaires, solide, actif et ardent. Aussi le résultat général a-t-il été magnifique pour lui et pour nous, telle- ment que M. William Huguenin y a pris goût et qu'il se prépare à partir pour Bruxelles orné d'un beau titre, où il représentera nos exposants. Nous le remercions chaleureuse- ment d'avoir mis à notre dispositon toutes ses qualités. Il est entendu qu'il est nommé à vie représentant des fabricants d'horlogerie de la Chaux-de-Fonds a u x futures expositions et nous prévoyons que c'est à P a r i s en 1900,.
qu'il remportera et que nous remporterons. * tous le succès les plus éclatant.
Nous ne sommes pas au bout de n o s t é - moignages de reconnaissance et d'affection ; nous devons en exprimer de tout spéciaux à:
la commission locale pour l'examen des pro- duits horlogers à envoyer à Genève ; les quatre membres de cette commission, MM. Albert Vuille, Jules Calame-Colin, Louis Rozat et Const. Girard-Gallet ont sacrifié à leur tache très délicate et ardue huit bons j o u r s ; ils y ont apporté un dévouement, un tact que nous ne saurions assez louer, le tout assaisonné de Ia meilleure h u m e u r . Nous les remercions cor- dialement d'avoir bien voulu se charger de ce travail ingrat et difficile.
Nous remercions également M. Louis-Henri Brandt, le collègue de notre secrétaire a u Comité du groupe de l'horlogerie du soin qu'il a pris de nos intérêts au sein du Comité du groupe de l'horlogerie à Genève et nous remercions le sympathique et excellent pré- sident de la Société des fabricants d'horloge- rie, M. Alphonse Braunsclnveig, d'avoir accepté notre invitation. Nous désirions vive- ment l'avoir au milieu de nous ce soir et nous tenons à lui dire combien nous sommes heu- , eux que la présidence de notre Société des
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:is LA FEDERATION HORLOGERE SUISSE
fabricants, si importante, ail été confiée à un homme aussi éclairé, homme d'affaires et dévoué qui suit si dignement les traces de ses prédécesseurs.
Messieurs, les exposants des deux collecti- vités de la Chaux-de-Fonds à Genève n'ont pas voulu remercier purement et simplement celui qui s'est particulièrement dévoué pour eux d a n s cette campagne : ils ont désiré lui laisser une preuve plus sensible de leur pro- fonde reconnaissance. Permettez-moi donc, M. Fritz Huguenin, notre cher ami, de vous offrir, au nom des exposants de Ia Chaux-de- F o n d s , ce petit souvenir: nous -désirons que vous l'acceptiez comme il vous est offert, du fond du cœur et que, chaque fois que vous le regarderez, vous pensiez à vos bons amis de la Chaux-de-Fonds. Connaissant vos goûts artistiques, nous vous avons choisi une œ u v r e d'art. Vous ne chercherez dans le sujet de ce bronze aucun rapprochement quel- c o n q u e : David ayant anéanti son ennemi, ne saurait vous être comparé puisque — et nous vous en félicitons — vous n'avez point d'en- nemis parmi nous.
Les exposants de la Chaux-de-Fonds ont désiré aussi témoigner à leur représentant à Genève toute leur satisfaction pour ses bons offices, son zèle et le plein succès qu'il a rem- porté. Permettez-moi à votre tour, cher M.
William Huguenin, de vous présenter au nom des exposants de la Chaux-de-Fonds ce sou- venir que vous emploierez journellement et qui vous rappellera Genève 189(3.
Et maintenant, tant bien que mal ma tache est accomplie: je suis heureux ce soir et j'espère, Messieurs, que vous l'êtes tous avec moi. Exposants, portez avec moi un toast formidable à M. Fritz H u g u e n i n , à M.
William Huguenin, aux quatres membres de la commission locale, à M. Louis-Henri Brandi et à M. Alpbonse Braunschweig.
M. F . Huguenin se lève. La délicate atten- tion dont il vient d'être l'objet le remplit de confusion et sa surprise est grande, car le secret a été bien gardé. Ce n'est pas sans émotion qu'il admire le superbe bronze que les deux collectivités lui offrent et c'est du fond du c œ u r qu'il les remercie.
Dans cette campagne de l'Exposition, tout le monde a fait son devoir: les comités divers qui l'ont préparée et en ont assuré la m a r c h e ; les exposants qui ont présenté au monde entier les splendeurs de notre horlogerie ; leurs collaborateurs, les chefs d'ateliers et ouvriers de toutes les branches, qui ont mis à disposition leur bonne volonté et leur talent;
l'Etat de Ncuchàtcl, qui a fait répartir aux exposants du canton des groupes I et II, la belle somme de douze mille francs, prise sur la subvention votée par le Grand Conseil en faveur de la participation neucbàteloise.
M. F . Huguenin envisage que nous pouvons, maintenant, porter un jugement bien assis sur l'Exposition nationale et que le moment est venu d'en tirer des leçons et des enseigne- ments pour l'avenir.
Il fait l'historique de la période de prépara- tion, durant laquelle, les membres du Comité du groupe, pris dans les différents cantons horlogers et dont plusieurs ne se connaissent pas, ont travaillé sous une présidence impar- tiale et habile, dans un esprit d'entente et d'union, sachant faire taire les rivalités can- tonales ou locales et s'inspirant, dans les me- sures qu'il fut en leur pouvoir de décréter, des seuls intérêts généraux de l'horlogerie.
— Nous ne pouvons suivre notre secrétaire- général dans tous les détails de son exposé;
nous en voulons rappeler quelques points particulièrement intéressants.
— On pouvait, nous dit-il, exposer à Ge- nève de quatre manières différentes: sans c o n c o u r i r : en concourant individuellement:
en participant à une collectivité exposante et
â sa récompense collective ; en se faisant juger individuellement, tout en étant membre d'une collectivité. On a sans doute voulu, par là, favoriser la participation et attirer le plus grand nombre possible d'exposants. Mais ce devait être bien compliqué, pour le J u r y prin- cipalement.
Selon M. F. Huguenin, les deux modes de participation, individuel et collectif, devraient être absolument distincts et l'exposant d'une collectivité ne devrait pas avoir la faculté d'être en même temps individuel, au risque d'obtenir une récompense personnelle infé- rieure ou supérieure à celle de la collectivité dont il fait partie, comme le cas s'est présenté à Genève.
— Quant a u x récompenses, deux systèmes sont en présence: la récompense u n i q u e , — comme à Zurich et â Chicago — avec diplôme indiquant les motifs: et la récompense gra- duée, allant de Ia simple mention honorable à la plus haute médaille.
P o u r le J u r y , le premier système est le plus simple et le plus commode: on récompense ou on ne récompense pas. Mais l'exposant de première valeur se trouve ainsi placé sur le même rang que celui dont les produits onl tout juste mérité d'être jugés.
En général, l'exposant qui se sent d'une certaine force, préfère le système des récom- penses graduées, qui établit un classement visible à l'œil, que le fabricant peut utiliser pour sa réclame commerciale. Mais il néces- site, de la part des juges, un travail beaucoup plus minutieux et ouvre la porte à des récla- mations que le plus consciencieux des jurys ne peut prévenir.
— Ce qui précède amène notre secrétaire général a parler des travaux du J u r y de l'Ex- position. Le Comité du groupe avait admis que les dix jurés — chiffre trop faible, mais qui fut maintenu malgré d'instantes réclama- tions — seraient répartis entre les cantons horlogers, dans la proportion du nombre de leurs exposants. Choisis parmi des personnes d'une compétence et d'une impartialité recon- nues, les jurés du groupe de 1 horlogerie ont accompli, dans le court temps qui leur a été accordé, un travail consciencieux, en tenant compte de la recommandation expresse qui leur avait été faite, d'être très avares de mé- dailles d'or. Le J u r y du groupe n'a pas été à l'abri de critiques : c'est le sort commun à tous les J u r y s : disons tout de suite qu'il a été, sous ce rapport, particulièrement favorisé,...
dans ce sens que les réclamations se sont trouvées réduites au minimum prévu.
Au-dessus des J u r y s de groupe, fonctionnait le J u r y supérieur, dont le mandat était d'exa- miner les réclamations des exposants. On sait qu'il remania profondément le travail du J u r y du groupe, — qui ne fut pas appelé à donner son avis dans la circonstance — et que 13 nouvelles médailles d'or, pour ne parler que de celles-là, furent décernées. Ces modi- fications considérables, apportées aux verdicts du J u r y du groupe, causèrent une surprise générale, surprise fort agréable pour ceux qui furent élevés d'un cran, et sans l'avoir sollicité, comme c'est le cas de plusieurs.
— P a r l a n t des produits exposés, M. F . Hu- guenin n'ajoutera rien à ee que nous savons tous: l'horlogerie suisse s'est manifestée de superbe façon et le canton de Neuchàtel. au- quel nous pouvons bien tresser une couronne, a eu sa large et brillante part dans le sueeès général: son horlogerie s'est montrée riche en progrès réalisés dans les dernières années.
Pour le reste, il s'en réfère à ce que nous dira l'excellent représentant vendeur de la collec- tivité de la Chaux-de-Fonds, qui a beaueoup vu, beaucoup entendu et beaucoup o b s e r v a
— En terminant, notre secrétaire gétteml exprime l'espoir que les exposants de Gt>ne\o se retrouvent tous à Paris, en I1JtKK cl que tant de bonnes maisons, de la Chaux-de-Fonds
principalement, qui nous onl manqué à Ge- nève, viennent, à la fin du siècle, consacrer noire triomphe, dans cette Exposition univer- selle qui sera, dit-on, la dernière.
— M. F . Huguenin porte son toast à la prospérité et à l'avenir de l'horlogerie neu- chàteloise, au développement de la grande cilé montagnarde et à celui de *es industries:
aux exposants de nos deux collectivités, qu'il i-emercie encore pour la magnifique preuve de sympatbie et d'affection qu'ils viennent de lui offrir.
On vientde proclamer aux applaudissements de l'assistance, qu'on le considérait comme un vrai et bon Chaux-de-fonnier: dans une journée comme celle-ci, nous dit-il, ce té- moignage, venant de l'un de vous, est le plus flatleur et le plus précieux qui se puisse donner.
M. Jules Calame-Colin, conseiller national, commence par remercier MM. les exposants de leur cordiale réception et leur exprime le plaisir qu'il éprouve a ce joyenx banquet présidé avec un brio remarquable par leur spirituel major de fête et à se retrouver avec d'anciens collègues avec lesquels il est heu- reux de travailler la main dans la main de- puis de longues années.
Monsieur Calame parle de la Société des fabricants d'horlogerie, dont les débuts ont été difficiles et qui est aujourd'hui une puissance chez nous : elle a réussi à vaincre les méfiances, les suspicions que fait naître toute idée nou- velle et à réunir, non pas en un syndicat dur et oppressif, mais en un groupement volon- taire et bienveillant, tous nos industriels qui étudient dans un sentiment de confiance et de solidarité les nombreuses questions d'intérêt général et poursuivent le noble but de la pros- périté de noire commerce et par conséquent du pays tout entier. Elle a fait disparaître bien des arrière-pensées et de ridicules préjugés, aussi ceux de ses membres qui sont ici sont- ils heureux d'assister à cette belle réunion d'hommes s'estimant, se comprenant et fêtant ensemble les brillants résultats acquis par notre industrie locale à l'exposition nationale de Genève.
Les belles armoiries de la Chaux-de-Fonds représentent une ruche d'abeilles. L'emblème est des plus heureux, l'image vraie de notre population active et laborieuse. Il compare les exposants de ISt)G aux abeilles sorties en avant-garde pour butiner, pour aller au prix de lourds sacrifices faire connaître et appré- cier au IOÏE nos produits et le nom de notre cité montagnarde à laquelle ils ont fait hon- n e u r : il les en remercie.
Un banquet de nos exposants, auquel ont été conviés et fêtés le Secrétaire général de la Chambre cantonale du commerce qui leur a rendu de précieux services, avec un tact et une distinction remarquables: leur habile re- présentant commercial un vendeur hors ligne, digne de nos sincères félicitations: leurs jurés qui ont accompli leur mandat délicat avec un dévouement et un patriotisme à toute épreuve : les membres de la commission locale qui ont examiné avec un vrai plaisir et une légitime fierté les produits destinés â l'exposition : leur actif représentant au Comité du groupe el enfin le vaillant Président de notre Société des fabricants, un tel banquet prouve en même temps l'esprit d'entente et d'union qui préside à cette fête et les sentiments de satis- faction et d'estime qui animent tous les con- vives. C'est d'un heureux augure et un en- eourageiueul pour l'avenir.
M, Cillante eotilhute en ces termes: Mais uwus avons causé longuement du passé; jetons UH «vsard dans l'avenir. Le siècle que nous terminons a vu le petit village perdu dans les montagnes, grandir et prospérer, devenir un CWtliv populeux, une des villes importantes de notre chère patrie, grâce au travail béni, honnête, laborieux et à l'esprit d'initiative de
L A F E D E R A T I O N H O R L O G E R E S U I S S E 59 ses habitants. Lc modeste village réduit en
cendres.en ITi)-I-, se nomme aujourd'hui la Ville de la Ghaux-de-Fonds! Que lui réserve le 20",c siècle ( Nous osons espérer qu'avec le mèms esprit persévérant, indépendant cl beaucoup de volonté el de travail, la jeune génération a devant elle une longue série d'années prospères. Jc m'explique: L'arrivée d'une eau pure et abondante a beaucoup con- tribué au développement de notre cité. J e n'hésite pas à affirmer que l'arrivée des forces électriques sera pour nous un événement d'une plus grande portée encore, si nous savons nous on servir. Actuellement l'indus- trie horlogère est partagée en deux courants opposés en apparence : la grande fabrique et l'ancien système d'établissage. J e crois que ni l'un ni l'autre ne sont complètement dans le vrai et que l'avenir est incontestablement a u x procédés mécaniques avec leur régularité et leur précision magnifiques, mais aussi (sauf dans les articles extra bon marché) à une production limitée, à une infinie variété de genres comme le comporte les besoins d'une clientèle hétérogène et une industrie où le goût et l'art même jouent un grand rôle. La grande manufacture a pour elle la régularité, mais produit t r o p : l'ancien sys- tème a à son actif le goût et la variété, mais il lui manque la précision. Grâce à la sub- division de la force électrique en quantités infinitésimales (jusqu'à un demi-cheval) et à son transport facile à domicile, la petite in- dustrie pourra se pratiquer dans de nombreux ateliers occupant chacun un petit nombre d'ouvriers. Nous atteindrons ainsi à la per- fection du travail à l'aide des machines, tout en conservant la grande variété et en évitant le gros écucil de la production d'énormes quantités, que le commerce n'est pas à môme d'absorber régulièrement. La C h a u x - d c - Fonds me parait placée pour réussir dans celte voie. Vous m'avez compris Mrs., et en- semble il nous est permis d'entrevoir les nouvelles et immenses ressources qu'elle devra aux forces motrices dont elle vient d'être dotée.
("est à son avenir el à sa prospérité que je porte mon toast.
M. W . H u g u c n i n d o n n e lecture de son l ' a p p o r t : n o u s en r e p r o d u i r o n s un certain n o m b r e de passages.
M o n s i e u r Ie Président et .Messieurs les M e m b r e s de la Collectivité des fabricants d ' h o r l o g e r i e de la Chaux-de-FOnds. Mes- s i e u r s les fabricants d ' h o r l o g e r i e des lîrenets p a r t i c i p a n t s à l'Exposition na- tionale suisse de Genève, ISiMi.
Monsieur le Président et Messieurs, A v a n t de vous r e n d r e c o m p t e du m a n d a t que vous m'avez confié, j'ai bâte d'accom- p l i r ce qui me parait être un d e v o i r inéluc- table el je l'accomplis avec la c e r t i t u d e que tous vous éprouvez le même s e n t i m e n t .
J e voudrais q u ' u n e parole [dus a u t o r i s é e (pie la m i e n n e témoignât, à notre cher Se- c r é t a i r e général de la C h a m b r e c a n t o n a l e du c o m m e r c e , toute la g r a t i t u d e que n o u s lui d e v o n s p o u r Ia façon magistrale en même t e m p s que b i e n v e i l l a n t e avec laquelle il a o r g a n i s é la p a r t i c i p a t i o n de nos fabricants n e u e h à t e l o i s à cette g r a n d e manifestation i n d u s t r i e l l e el p o u r la p e r s é v é r a n c e qui ca- ractérisa ses efforts el l'énergie qu'il sut toujours d é p l o v e r p o u r défendre nos in- térêts.
P e r s o n n e n'est mieux placé p o u r consta- ter l'efficacité de ses efforts q u e votre re- présentant c o m m e r c i a l , lequel a toujours t r o u v é en lui un guide s u r et éclairé.
O u i . Messieurs, j e tiens à le d é c l a r e r h a u t e m e n t : si d a n s c e r t a i n s m o m e n t s trou- blés votre m a n d a t a i r e luttait avec énergie
p o u r la s a u v e g a r d e de vos intérêts, c'est qu'il se sentait a p p u y é p a r celui que vous aviez choisi c o m m e d i r e c t e u r .
C'est donc a u t a n t en mon nom p e r s o n n e l q u ' e n celui des collectivités de la Chaux- de-Fonds que j e lui a d r e s s e les p l u s cha- l e u r e u x r e m e r c i e m e n t s . J ' a j o u t e r a i que grâce à la b i e n v e i l l a n c e de c h a q u e m e m b r e de la Collectivité, j ' a i pu e x e r c e r mon m a n - dat l i b r e m e n t et s a n s r e g r e t t e r un seul i n s t a n t d ' a v o i r accepté cette l o u r d e respon- s a b i l i t é ; de ce chef, ma r e c o n n a i s s a n c e . Messieurs, vous est é g a l e m e n t a c q u i s e .
Les fabricants que j ' a v a i s l ' h o n n e u r de r e p r é s e n t e r avaient exposé au n o m b r e de 28 el les g e n r e s les plus d i v e r s étaient p r é - s e n t s ; d'emblée, il me plait de c o n s t a t e r q u e cette g r a n d i ' variété de p r o d u i t s et la richcs.se de q u e l q u e s e x p o s i t i o n s a t t i r a i e n t
«le suite l'attention du visiteur.
N o m b r e u x , j ' o s e le d i r e , furent les éloges ([ue j e recueillis p o u r ce bel e n s e m b l e , mais n o m b r e u x aussi les e n v i e u x . L a i s s o n s ces d e r n i e r s el s u i v o n s , si vous le p e r m e t t e z , ces g r o u p e s d ' é t r a n g e r s s u r p r i s de t r o u v e r d a n s nos v i t r i n e s des p r o d u i t s q u ' i l s s u p p o - saient, j u s q u ' i c i , être l ' a p a n a g e exclusif d ' a u t r e s c e n t r e s de fabrication.
Ecoulons-les c o m p a r e r nos prix avec ceux qu'ils sont h a b i t u é s à p a y e r ; ils t r o u - vent chez n o u s le m ê m e goût d a n s le choix des d é c o r a t i o n s el. bien qu'ils soient encore i m b u s du préjugés q u ' u n e a u t r e e s t a m p i l l e ([ne Ia n ô t r e doit c o u v r i r tout bon p r o d u i t , ils achètent et c o m m e , d a n s la p l u p a r t des cas. la q u a l i t é de la pièce r é p o n d à l e u r a t t e n t e , ils n o u s r e c o m m a n d e n t à leur en- t o u r a g e .
La portée de ce l'ail est g r a n d e ; il n o u s i n c o m b e . M e s s i e u r s , de l ' a u g m e n t e r encore et cela v o u s sera facile, j ' e n a i la c e r t i t u d e a b s o l u e , si v o u s vouez t o u s vos efforts à ce b u t .
Succès o b l i g e . Il faut qu'en Ii)(K) vous ar- riviez à P a r i s avec une e x p o s i t i o n encore plus c o m p l è t e . Vous pouvez, vous devez faire m i e u x encore (pie p o u r G e n è v e .
Au point de vue du m o u v e m e n t , n o u s lut- t o n s à a r m e s égales et n o u s n e c r a i n d r o n s p e r s o n n e , l o r s q u e n o u s a u r o n s d o n n é plus de place à la c h r o n o m é t r i e .
M. W . H u g u c n i n d o n n e ici des renseigne- m e n t s el des i n d i c a t i o n s d'une n a t u r e par- ticulière, ([ni t r o u v e r o n t place d a n s le r a p - port que chaque exposant recevra : puis il c o n t i n u e :
Il s'est v e n d u 2(i m o n t r e s de d a m e s en j)lus (pie de m o n t r e s d ' h o m m e s , bien que celles-ci fussent exposées en p l u s g r a n d n o m b r e . Il est vrai que c e r t a i n e s v i t r i n e s é t a i e n t p a r t i c u l i è r e m e n t visitées et que le gortt ex([iiis ([ni a v a i t p r é s i d é à l e u r expo- sition, ajouté à la qualité i r r é p r o c h a b l e du p r o d u i t , a v a i t de suite consacré u n e répu- tation i n c o n t e s t a b l e et j ' a j o u t e r a i incon- testée.
N o u s d e v o n s au n o m b r e toujours p l u s g r a n d des a m a t e u r s du vélocipède, la faveur dont jouissent les pièces de v a l e u r m o y e n n e . Combien de fois ai-je e n t e n d u un client d o n n e r a choisir à son IiIs e n t r e l'achat d'un bon c h r o n o m è t r e et un v é l o c i p è d e : d a n s la p l u p a r t des cas. le cheval d'acier était ré- clamé el la m o n t r e métal j u g é e suffisante.
N o t r e v e n d e u r c u i r e ensuite d a n s des détails c i r c o n s t a n c i é s s u r les différents g e n r e s exposés et d o n n e le chilfre d e s m o n - tres qu'il a v e n d u e s , dont la v a l e u r r e p r é - sente le q u a r t de la v a l e u r totale des expo- sitions qu'il avait sous sa r e p r é s e n t a t i o n .
Ce résultat, n o u s dit-il. aurait été p l u s brillant si. dès le passage du J u r y , n o u s a v i o n s pu l i v r e r les m a r c h a n d i s e s choisies.
U ne m ' a p p a r t i e n t pas, Messieurs, d é j u - ger le travail du J u r y de n o t r e g r o u p e , pas plus ([ue celui du J u r y s u p é r i e u r . J e me
b o r n e r a i s e u l e m e n t à c o n s t a t e r l'effet d'é- loniiemeiit qu'à c e r t a i n s é g a r d s le j u g e m e n t de ce d e r n i e r a p r o d u i t .
J ' a u r a i s encore à vous faire c o n n a î t r e la nécessité q u ' i l y a u r a i t eu. à mon a v i s , de m a r q u e r o s t e n s i b l e m e n t · l e s prix de t o u t e s vos m o n t r e s .
S o u v e n t , en elfet. celte r e m a r q u e m ' é t a i t faite p a r le p u b l i c : il se t r o u v a i t môme des gens qui i g n o r a i e n t q u e ces m a r c h a n d i s e s fussent à v e n d r e , et d ' a u t r e s n ' o s a i e n t p a s me d é r a n g e r p o u r se l'enseigner.
Cette façon de p r o c é d e r a u r a i t eu encore l'avantage d ' i n s p i r e r p l u s de confiance à la clientèle.
Le nom du fabricant figurant soit s u r le cadran soit s u r la cuvette a u r a i t été égale- m e n t très a p p r é c i é p a r n o m b r e de clients.
J e sais que cela offre c e r t a i n s i n c o n v é n i e n t s si la m o n t r e doit être vendue p l u s tard à un d é t a i l l a n t ; mais d a n s les pièces d'un c e r t a i n p r i x , n'y aurait-il p a s la possibilité de faire la d é p e n s e d'un c a d r a n p o r t a n t la r a i s o n sociale de la fabrique, lequel c a d r a n s e r a i t retiré si la pièce n'était p a s v e n d u e à u n p a r t i c u l i e r .
Beaucoup de p e r s o n n e s c o n s i d è r e n t q u e le fabricant qui n'ose p a s s i g n e r ses p r o - d u i t s , le fait en parfaite c o n n a i s s a n c e de cause, et j'ai m a n q u é q u e l q u e s belles v e n t e s p o u r cette r a i s o n .
J e t e r m i n e r a i , M e s s i e u r s , en vous réité- r a n t les r e m e r c i e m e n t s q u e j e vous adres- sais p l u s h a u t p o u r votre b i e n v e i l l a n c e à mon égard et p o u r le j o l i s o u v e n i r q u e v o u s venez de m'offrir. J'ai contracté e n v e r s la C h a u x - d e - F o n d s u n e dette de r e c o n n a i s - sance (pie j e ne s a u r a i s oublier, el c h a q u e fois que vous ferez a p p e l à mon dévoue- m e n t , v o u s me t r o u v e r e z p r ê t .
M. Al])IiOUSe B r a u n s c h w e i g , p r é s i d e n t de la Société des fabricants d ' h o r l o g e r i e , p a r l e en ces t e r m e s :
Messieurs,
J e porte mon toast à celte vertu cardinale, à cette vertu essentielle, à celle vertu indis- pensable au maintien et au développement de notre prospérité industrielle et commerciale, à la Solidarité !
Vous avez donné un grand exemple, Mes- sieurs, en allant à Genève groupés en deux collectivités, effaçant volontairement vos per- sonnalités, pour que le triomphe remporté soit le triomphe de notre ville.
Vos concitoyens vous ont su un gré infini de les avoir si dignement représentés et se sont réjouis de votre grand et indiscutable succès et du nouveau et brillant renom dont notre cité peut, grâce à vous, s'enorgueillir.
11 faut que votre exemple soit continué, que l'intérêt général de noire industrie domine les rivalités particulières, que chacun sache faire un peu d'abnégation, quand il s'agit, du bien de tous.
Lo comité de la Société des fabricants d'horlogerie, que j ' a i l'honneur de représenter dans cette assistance choisie, s'est engagé dans celte voie et l'immense majorité de ses membres l'encourage et suit avec une faveur toute particulière tout ce qu'il entreprend dans cet ordre d'idées.
J e ne voudrais riendire de prématuré, mais nous allons entreprendre et bientôt, sous la direction très autorisée et très compétente de M. Fritz Hugucnin, secrétaire général de la Chambre de Commère, et avec le concours d'autres sociétés, une campagne d'une portée considérable, d'un intérêt vital pour notre avenir.
Ge ne sera qu'avec la plus grande persévé- rance et surtout par une étroite solidarité, que nous parviendrons à surmonter toutes les difficultés et à vaincre tous les obstacles, pour atteindre le but que nous nous proposons,
60 LA FÉDÉRATION HORLOGÈRE SUISSE
et qui e s t : Lo prospérité croissante de notre industrie nationale.
C'est, Messieurs, dans ces sentiments que je lève mon verre et que je vous invile à boire à la solidarité intelligente et désintéressée de toutes les forces vives de notre industrie et de notre commerce.
R e p r e n a n t q u e l q u e s - u n e s des idées de Mr J u l e s Calame-Colin. M1' A r t h u r R i c h a r - det voit a u s s i , d a n s l ' i n t r o d u c t i o n de la force é l e c t r i q u e , un é v é n e m e n t d ' u n e g r a n d e i m p o r t a n c e ' p o u r la localité et u n élément de d é v e l o p p e m e n t de la fabrication des p a r t i e s détachées de la m o n t r e . Nous pour- r o n s tout p r o d u i r e chez n o u s , dit M. Ri- c h a r d e t : n o u s le p o u r r i o n s déjà, si tous nos f a b r i c a n t s e n c o u r a g e a i e n t d ' u n e façon p l u s effective les chefs d'ateliers îles b r a n c h e s accessoires de la m o n t r e .
M e s s i e u r s A l b e r t Yuille et Louis Rozat, t o u s deux m e m b r e s du J u r y , p r e n n e n t suc- cessivement la p a r o l e , d o n n e n t discrète- m e n t q u e l q u e s r e n s e i g n e m e n t s s u r l e u r s t r a v a u x et se p l a i s e n t à c o n s t a t e r les excel- l e n t s r é s u l t a i s o b t e n u s p a r n o i r e h o r l o g e r i e n e u c h â t e l o i s e .
P o u r ce qui c o n c e r n e la G h a u x - d e - F o n d s , m a l g r é l'abstention r e g r e t t a b l e de quelques a n c i e n n e s et b o n n e s m a i s o n s , l'ensemble était excellent et l'on a pu c o n s t a t e r que t o u t e une pléiade de j e u n e s fabricants p r e - n a i t h a r d i m e n t sa place au soleil.
Q u a n t a u x décisions du J u r y s u p é r i e u r d o n t le v e r d i c t a p r o v o q u é q u e l q u e étonne- m e n t , on c o m p r e n d r a que les j u r é s du g r o u p e s o n t t e n u s à la p l u s e x t r ê m e ré- s e r v e .
M. Couleru-Meuri prend la parole.
Permettez-moi, dit-il, d'ajouter quelques idées complémentaires, à celles émises par MM. Richordet et Calame-Colin.
L'utilisation des forces motrices à l a C h a u x - de-Fonds aura certainement pour effet de transformer notre fabrication et d'améliorer encore notre situation industrielle et commer- ciale. Ainsi que l'a dit M. Calame-Colin, notre localité ne doit pas être seulement un centre commercial, mais bien aussi un centre de production. Pour cela il faut soutenir et favo- riser de tout notre possible les parties déta- chées, les spécialistes, etc.
Si nous ne désirons pas voir s'implanter outre mesure les grandes usines, préférant autant que possible le travail en famille et les petits ateliers, il faut pour cela livrer à domicile la force motrice à bon marché.
L'énergie électrique se prête admirablement a u x besoins de notre industrie horlogére: elle remplace avantageusement les moteurs à va- peur et à gaz, qui sont encombrants et ne peuvent être installés partout; avec l'électri- cité plus de mauvaises odeurs, plus de trépi- d a t i o n s : comme on peut la fractionner à l'in- fini, dans bien des cas l'installation se fait aussi facilement que celle d'une machine à coudre.
Dans ces conditions j'envisage que la créa- tion de grandes usines n'a plus actuellement, pour noire localité, l'importance qu'elle avait ces dernières années. — J e crois que nous pourrons lutter facilement, car si la grande manufacture a ses avantages, elle a aussi de lourdes charges. 11 n'est pas difficile de se faire une idée des frais généraux considé- rables nécessaires à l'administration et à l'ou- tillage d'une grande fabrique d'horlogerie.
La mise en exploitation d'un nouveau genre de montre occasionne des frais qui chiffrent non seulement par 20 à 30,000 fi\, mais sou- vent dépassent même 100,000 fr. Ces fabriques produisent énormément, en peu de temps, inondent le marché et arrivent rapidement à la surproduction ; comme pour tous les pro-
duits, surproduction est synonyme de baisse de prix. L'article n'étant plus rémunérateur, la création d'un article nouveau s'impose, el suscite de nouveaux frais: les crises que nous sommes appelés à traverser seront toujours plus pénibles pour les grandes manufactures que pour le fabricant.
L'emploi intelligent de nos forces motrices à domicile aura pour effet de transformer toute notre cité ouvrière en une immense usine et nous permettra de continuer le travail en famille, ce qui a fait jusqu'à ce jour le bonheur de noire population et lui a conservé ce cachet spécial, ou les différences de castes n'existent pas, où patrons et ouvriers font partie des mêmes cercles, des mômes sociétés.
Mais pour arriver au résultat cherché, il nous faut, comme on l'a dit, soutenir le spé- cialiste, celui qui travaille à ce que nous ap- pelons les parties détachées.
Nous sommes trop tributaires du d e h o r s : il est vrai que la plupart des grandes fabriques le sont aussi pour bien des articles ; je ne citerai, en passant, que les pignons que l'on lire surtout de la Savoie ainsi que les taillages et les pièces de mécanisme: les fabriques s'a- dressent aussi aux spécialistes, fabricants de vis, assortiments pour échappements, balan- ciers, etc. — Donc facilitons Ie spécialiste en alimentant sa fabrication et clans quelques années le fabricant désirant créer un genre nouveau, trouvera sur place toutes les pièces nécessaires: le travail du spécialiste est géné- ralement mieux exécuté qu'en fabrique, où l'on a la prétention de tout vouloir faire: les frais généraux répartis sur tous les fournis- seurs se trouvent de par ce fait passablement réduits: résultat: hienfactnre, économie et grande variété dans nos produits, ce qui fait notre force.
Le spécialiste ayant à sa disposition la force motrice, emploiera de plus en plus la machine automatique, celte seconde humanité maté- rielle, qui, quoique on en dise, travaille au bien-être de la société tout entière.
Grâce au talent inventif de notre population je ne doute pas qu'il ne se réalise dans l'ou-
tillage des progrès considérables. Mais pour que ces progrès se réalisent il ne suffit pas d'avoir la force motrice à domicile, il faut qu'elle soit fournie à bon marché, et je m'a- dresse à ceux d'entre vous, Messieurs, qui font partie des autorités communales, per- suadé que vous aurez à c œ u r d'étudier cette question qui est d'une grande importance.
Il est à prévoir que l'installation pour le transport des forces motrices à la Chaux-de- Fonds dépassera de beaucoup les premiers devis: si la commune veut en faire une affaire financière, une affaire rentable, elle fait fausse r o u t e : je crois qu'elle agirait sagement en passant immédiatement par profits el pertes la moitié des frais d'installation aux Gorges de l'Areuse.
Le bénéfice représenté par un tant 7° n e
doit pas seul entrer en ligne de compte pour une c o m m u n e : celle-ci doit surtout faire les sacrifices nécessaires pour assurer la prospé- rité de sa localité : (pie l'industrie chez nous périclite, il s'en suivra forcément une crise immobilière. — On dit à tout propos que l'his- toire est faite pour nous instruire et que nous devons profiter de ses enseignements: ce n'est pas toujours le cas. Pour ne citer qu'un exemple, voyez Genève: celte ville a traversé une crise sérieuse et c'est grâce à de grands sacrifices faits pour favoriser ses différentes industries, qu'elle a repris et augmentera tou- jours d'avantage sa prospérité. — Soyons prévoyants el faisons sans relard les sacrifices nécessaires: la force molrice sera d'un prix trop élevé: il faut absolument la mettre à la portée du plus grand nombre de travailleurs.
C'est la prospérité qui fait la richesse d'une commune, donc celle-ci doit soutenir l'indus- trie en facilitant le travail.
J'ai entendu dire que la Commune a accor- dé un prix de faveur pour la force électrique concédée au moulin qui s'est construit der- nièrement dans notre localité: celte nouvelle industrie occupera bien 5 ou (5 ouvriers meu- niers el menœuvres. J'ose espérer que pareille faveur sera, cas échéant, aussi accordée à un monteur de boites, à un fabricant d'assorti- ments, â un spécialiste quelconque en horlo- gerie, pouvant occuper de 30 à 50 ouvriers.
Permettez-moi, Messieurs qui faites partie de nos autorités, de vous signaler ce fait, et je vous prie d'examiner avant qu'il ne soit trop tard, s'il ne serait pas utile dans l'intérêt de notre localité, d'accaparer les forces qui sont encore disponibles sur le Doubs; je me souviens qu'à une des premières assemblées de la Commission des forces motrices, avant que les travaux soient commencés, avoir de- mandé l'étude des propositions de la Société de la Goule qui nous offrait la force, rendue à l'Usine centrale, à un prix très a v a n t a g e u x : on me répondit que la Goule ne disposait pas de la moitié des forces prévues, que cette usine était sur le canton de B e r n e : (il parait que malgré la suppression de l'ohmgeld, il existe encore des frontières cantonales qui nous effraient) on m'a aussi rendu attentif à ce que plus lard on pourrait nous offrir la force depuis Schaff house ou depuis les Alpes.
(Pourquoi pas depuis l'océan, puisque il est question d'utiliser les marées).
Permettez-moi de croire que le transport de force à grande distance sera toujours plus coûteux, que si l'on utilise le Doubs qui se trouve à quelques kilomètres de chez nous, d'où le transport par conduit aérien peut se faire sans difficulté. Si nous avions accepté les offres de la Société de la Goule nous pour- rions depuis longtemps utiliser la force élec- trique et ne serions pas en relard de quelques années sur lous les villages et hameaux ans Franches-Montagnes; notre devoir était d'ac- caparer ces forces dans la limite du possible.
Vous savez. Messieurs, qu'en matière in- dustrielle et commerciale, l'ennemi à com- battre c'est la concurrence : celte lutte qui s'impose même dans la localité s'impose aussi bien pour le voisin que pour l'étranger, c'est la lutte pour l'existence : nous fumes donc très imprévoyants de laisser profiter nos con- currents dans une aussi large mesure, des forces de la Goule.
Il reste des forces disponibles sur le Doubs, c'est pourquoi je vous prie de vouer toute votre sollicitude à l'élude de celte question, car je sais que vous avez à c œ u r les intérêts de notre localité. On objectera que pour le moment il faut commencer par utiliser les forces que nous a v o n s : mais persuadé que nous n'en aurons jamais de trop, je vous prie Messieurs, de ne pas négliger cette ques- tion et d'insister tout particulièrement pour que la force soit fournie à bon marché : car de cette condition dépend, à mon avis, l'ave- nir de notre chère localité, à laquelle je bois.
Monsieur A r m a n d Sehinit.lt a e n t e n d u avec plaisir ce qu'a dit M. Richardet des p a r t i e s détachées de la m o n t r e el de l'appui que l'on doit p r ê t e r à ceux qui les p r o d u i s e n t . Le d e v o i r du fabricant est s a n s doute de favoriser l ' i n d u s t r i e l o c a l e : mais il faut, d'un a u t r e côté, qu'il puisse t r o u v e r aussi bien et m ê m e mieux q u ' a i l l e u r s et qu'il ne soit p a s t r i b u t a i r e du d e h o r s , p o u r n ' i m - p o r t e quelle p a r t i e de la m o n t r e . C'est à cela q u e n o u s d e v o n s tous t e n d r e .
L ' h a r m o n i e et la b o n n e e n t e n t e qui doi- vent r é g n e r e n t r e fabricants et chefs d'atelier, doit aussi exister d a n s l e u r s r a p p o r t s avec l e u r s o u v r i e r s . U n e notion m a n q u e à un t r o p grand n o m b r e de ces d e r n i e r s : c'est celle de la s o l i d a r i t é des i n t é r ê t s du c a p i t a l et du t r a v a i l , du p a t r o n et de son c o l l a b o r a t e u r l'ouvrier. Mais il
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LA FEDERATION HORLOGERE SUISSE
61Faut aussi reconnaître que certains patrons ne PeIIi])IiSSCUt pas tous leurs devoirs et que la baisse des prix, qui se répercute si dou- loureusement sur l'ensemble de la popula- tion est souvent le l'ait de quelques uns.
Parlant des syndicats professionnels, M.
Schinidt reconnaît qu'ils peuvent jouer un rôle heureux comme instrument de défense des gains, des salaires, mais qu'ils devien- nent dangereux, quand ceux qui les inspi- rent prêchent la guerre entre employés et employeurs et la résistance contre d'in- évitables transformations industrielles.
Il lève son verre à la bonne entente et à l'harmonie entre toutes les classes de noire population industrielle.
Nos écoles d'horlogerie ont leur tour.
M. Gérold Jeanneret voudrait voir im- posé parl'Ktat l'examen obligatoire des ap- prentis.
A son point de vue, des sacrifiées plus grands devraient être faits pour que les jeunes gens puissent, dès leur sortie de l'Ecole d'horlogerie, être à môme de gagner leur vie. Il trouve que des adjonctions de classes complémentaires et d'ateliers prati- ques dans l'Ecole même, mèneraient certai- nement à ce but.
Cette opinion provoque une discussion des plus intéressantes. M. Charles Couleru ne croit pas qu'une telle juxtaposition puisse s'imposer. 11 combat l'idée trop enracinée déjà dans noire population, que l'Ecole d'horlogerie doive en quelques années pro- duire des ouvriers absolument formés, joi- gnant à un bagage scientifique considérable, une habileté ni inuelle consommée.
Aucune école professionnelle ne peut prétendre parvenir à ce but. M. Couleru a la conviction profonde qu'à sa sortie de l'Ecole, l'élève qui a travaillé avec zèle et intelligence arrive promptcinent à conqué- rir son indépendance et à gagner sa vie, devenant pour notre industrie un élément de prospérité.
M. Albert Vuille, président de la Com- mission de l'Ecole d'horlogerie, assure que l'Etat e! la Confédération ne refusent jamais d'allouer aucune subvention, quand l'Ecole peut en justifier la nécessité.
Il cite à titre d'exemple l'ouverture ré- cente, en notre ville, d'une classe de rhabil- lage. Les fonds nécessaires ont été accordés immédiatement; cette création qui, au dire de beaucoup, s'imposait comme une néces- sité, est devenue un fait accompli, il y a un an environ. Le professeur est entré en fonc- tions, mais la fréquentation a été presque nulle. Est-ce à l'Etal, à l'Ecole ou au publie qu'il faut attribuer cet insuccès?
La Confédération n'est jamais restée en arrière. C'est grâce à ses larges subventions que nous devons l'acquisition du bel outil- lage de notre Kcole d horlogerie et de mé- canique.
M. (ïirard-Ciallct ne vomirait pas qu'on accréditât, dans notre population, l'erreur trop répandue déjà, que les jeunes gens sortant de nos écoles professionnelles doi- vent être des ouvriers accomplis. 11 n'est pas possible, en vouant à l'enseignement théorique le temps qu'on y consacre à bon droit, d'exiger que les apprentis sortant de nos écoles soient d'habiles praticiens ; mais ils ont tout pour le devenir.
Tout en reconnaissant l'importance de bons apprentissages. M. Girard pense que ce qui fait un tort considérable à beaucoup de nos ouvriers et même à bon nombre de fabricants, c'est de croire qu'ils savent, tandis qu'ils ont encore beaucoup à ap- prendre : c'est aussi de préférer travailler pour ceux qui acceptent tout sans observa-
tions, plutôt que pour ceux qui exigent un travail fait correctement: ce n'est pas de celte manière qu'on se prépare à progresser et à lutter victorieusement contre la concur- rence toujours plus intense de l'étranger.
Que notre devise soit « exeelsior », ce n'est qu'en progressant sans cesse que nous arri- verons à maintenir notre suprématie.
M. Paul Ditishcim commence par rendre hommage aux travailleurs anonymes et modestes qui. unissant leurs efforts à ceux de nos chefs d'industrie, méritent leur bonne part des succès remportés à Genève.
Il désirerait que l'on fit davantage pour ceux qui n'ont pas eu dans leur jeunesse le privilège de pouvoir fréquenter les cours d'une école professionnelle.
M. P. D. préconise la création en notre ville d'une bibliothèque industrielle, com- plète, moderne et vraiment populaire où, à l'instar des Free Libraiy· si répandues en Angleterre, l'ouvrier avide île s'instruire puisse, à toute heure, trouver dans un local attrayant, le germe de science semée atout venant.
Les musées industriels crue nous possé- dons à l'état embryonnaire à l'Ecole d'hor- logerie et à l'Ecole d'art, devraient être beaucoup plus importants au point de vue de l'horlogerie et des industries annexes.
Il serait indispensable que des crédits suf- fisants permissent l'achat de toute innova- tion présentant quelque intérêt.
A 1 appui de cette nécessité, l'orateur cite entr'autres la visite à l'Exposition de Ge- nève de M. Gautsch. président de l'Ecole des Arts industriels de Stuttgart.
M. Gautsch était chargé par son gouver- nement de visiter à fond l'Exposition et d'acheter sur le crédit spécial de dix mille francs qui lui était alloué, tout objet pou- vant servir de type pour une industrie à créer ou à perfectionner dans son pays.
Sachons, nous aussi, être renseignés sur ce qui se fait ailleurs et. avec l'aide de nos forces motrices, pourrait être utilement in- troduit à la Chaux-de-Fonds.
Aucun sacrifice ne doit paraître trop lourd quand il peut assurer pour l'avenir, la pros- périté de notre chère cité.
Dans notre canton, l'appui matériel et moral des autorités ne fait jamais défaut.
Nous en trouvons une preuve nouvelle dans la généreuse subvention que le Grand Con- seil a votée sur la proposition du Conseil d'Etat. Sur celte subvention, douze mille francs ont été répartis aux exposants hor- logers.
M. Paul Ditishcim se fait l'organe des exposants pour remercier le Département de l'Industrie et son chef M. Robert Com- tesse, de sa sollicitude et. en terminant, porte son toast au développement de nos établissements professionnels.
Le dernier discours est prononcé par M. L.-ll. Brandt-Juvet.
Monsieur le Président et Messieurs,
Je m'aperçois, et cela à ma confusion, que je suis le seul des invités qui n'ait pas pris la parole ce soir: aussi me permettrais-je de réclamer pour quelques instants votre bienveillante attention.
Tout d'abord je tiens à vous remercier.
Messieurs les exposants, de l'aimable invi- tation C[UC vous avez bien voulu me faire, comme membre du Comité du Groupe I.
d'assister au banquet de ce jour. J'y ai été excessivement sensible.
Laissez-moi vous exprimer ensuite tout le plaisir que j'ai éprouvé en entendant les différents orateurs qui ont pris successive- ment Ia parole. Vraiment cette réunion a pris un cachet tout-à-fait spécial et sort
complètement des traditions habituelles des repas de ce genre.
Après les grands discours officiels et d'une portée plutôt générale de Monsieur le Secrétaire général de la Chambre canto- nale du Commerce et de Monsieur le Con- seiller national Calame-Colin :
après l'excellent rapport de Monsieur William Hugucnin, représentant commer- cial des exposants de notre ville, qui a bien voulu nous communiquer, outre le résumé de son activité à Genève, toute une série de conseils pratiques, résultat de ses expé- riences pendant l'exposition;
après cela, dis-je, nous avons vu plusieurs de nos industriels prendre successivement la parole : soulever, traiter ou discuter les ([ueslions d'actualité intéressant au plus haut degré notre industrie nationale en général et notre chère localité en parti- culier.
Forces motrices, écoles professionnelles, relations entre patrons et ouvriers, etc., tous ces sujets si importants pour nous, ont soulevé des discussions excessivement inté- ressantes et d'une valeur pratique indiscu- table, dans ce moment surtout où notre industrie est appelée à subir des transfor- mations majeures pour se mettre à la hau- teur des exigences modernes.
11 restera donc plus qu'un simple sou- venir de la belle réunion de ce jour et j'estime qu'elle aura la plus heureuse in- fluence, non seulement au point de vue de notre activité industrielle, mais aussi des excellents rapports que nous devons tou- jours nous efforcer d'entretenir les uns avec les autres.
Je terminerai. Messieurs, en vous pro- posant une santé et une santé chaleureuse à l'adresse de notre si aimable et si dévoué président et major de table. Monsieur Henri Robert-Charrue. Vous avez tous, connue moi. admiré la manière distinguée en· la- quelle la fête de ce soir a été ordonnée par lui et l'énergie, la verve qu'il déploie pour obtenir que chacun contribue pour sa petite pai't à l'agrément général.
Je suis d'autant plus heureux d'avoir l'occasion de porter ce toast, que Monsieur
Robert, depuis que j'ai l'honneur de le connaître, a toujours personnifié pour moi ce bon vieux caractère neuehatelois, un peu caustique et frondeur, mais plein de poli-
tesse et d'originalité, qui a toujours eu pour devise : Probité et Travail.
A la santé de Monsieur Henri Robert- Charrue, qu'il vive !
La soirée a élé agréablement coupée par les productions les plus variées ; musique, chants, déclamations, etc. MM.
Rodolphe U h l m a n n , P e r r e t , Dulché.
Braillard, Breitling, Spillmann, Vurpillat se sont particulièrement distingués.
Cette belle réunion ne s'est terminée qu'à une heure avancée : elle laissera à tous ceux qui ont eu le privilège d'y assister, un inellaçable souvenir.
La Chaux-de-Fonds, le 4 février 1897.
Le Comité d'organisation.
Cote d e l ' a r g e n t
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