UNIVERSIT´E PARIS 6 LM260. 2010-2011 Corrig´e de l’examen de Math´ematiques du 7 Janvier 2011
Exercice 1. A tout entier` n∈N, on associe la fonctionfn: R→Rd´efinie parfn(x) = 2nπ 1+n12x2. 1. Pourx >0 fix´e, on afn(x)∼2/(πnx2) quandn→+∞donc la suite (fn(x))n∈Na pour limite 0. La suite de fonctions (fn)n∈Nconverge simplement sur ]0,+∞[ vers la fonction nulle.
2. On remarque que, pourn∈Nfix´e, la fonctionfn est positive et d´ecroissante sur [0,+∞[. On a donc, pour touta >0 : ||fn||[a,+∞[=fn(a)−−−−−→
n→+∞ 0. Par d´efinition, la suite (fn)n∈N converge uniform´ement versf = 0 sur l’intervalle [a,+∞[, pour touta >0.
Elle ne converge pas uniform´ement sur ]0,+∞[ car||fn||]0,+∞[= 2n/πne tend pas vers 0 quandn→+∞.
3. Sin∈N, la fonctionfn est continue sur [0,1]. SoitIn =2nπ R1
0 fn(t)dt. On calcule : In=2n
π Z 1
0
1
1 +n2t2dt= 2 π
Z n
0
1
1 +s2ds= 2
πArctgn.
La suite (In)n∈N est croissante de limite 1.
4. Soitg: [0,1]→Cune fonction continue fix´ee.
Siδ∈]0,1[, on ´ecrit : R1
0 fn(t)|g(t)−g(0)|dt=Rδ
0 fn(t)|g(t)−g(0)|dt+R1
δ fn(t)|g(t)−g(0)|dt.
Commefn est positive d´ecroissante et 0≤In≤1 , on a les majorations : Z δ
0
fn(t)|g(t)−g(0)|dt ≤ ||g−g(0)||[0,δ]
Z 1
0
fn(t)dt≤ ||g−g(0)||[0,δ], Z 1
δ
fn(t)|g(t)−g(0)|dt ≤ (1−δ)||fn||[δ,1]||g−g(0)||[δ,1]≤2||g||[0,1]fn(δ), et donc R1
0 fn(t)|g(t)−g(0)|dt≤ ||g−g(0)||[0,δ]+ 2||g||[0,1]fn(δ). On en d´eduit : (1)
Z 1
0
fn(t)g(t)dt−g(0)In
≤ ||g−g(0)||[0,δ]+ 2||g||[0,1]fn(δ).
(“||g||[0,1]est un nombre” carg est continue (int´egrable suffirait) donc born´ee sur le segment [0,1].) On se donne >0. Comme la fonction g est continue en 0, la fonctionδ7→ ||g−g(0||[0,δ] tend vers 0 quandδ→0+. On peut doncchoisir δ=δ()>0 tel le premier terme du second membre de (1) soit
< /2 pour toutn ∈N. Alors, le second terme 2||g||[0,1]fn(δ()) est une suite qui tend vers 0 quand n tend vers +∞. Il existe doncn0∈Ntel qu’il soit< /2 pour toutn≥n0.
Ceci montre que le premier membre de (1) tend vers 0 quand n → +∞. Comme d’autre part g(0)In −−−−−→
n→+∞ g(0), on obtient : R1
0 fn(t)g(t)dt−−−−−→
n→+∞ g(0).
Exercice 2. Remarquons que la fonction (t, x)7→ u(t, x) = e−xt(1 +t4)−1/2 est d´efinie sur R×R, s´epar´ement continue par rapport `atet `ax, partiellement d´erivable par rapport `ax, de d´eriv´ee partielle la fonction (t, x)7→v(t, x) =−te−xt(1 +t4)−1/2, partiellement continue par rapport `atet `axsurR×R. 1. Pourx∈[0,+∞[, on posef(x) =R+∞
0 u(t, x)dt. On a :
∀(t, x)∈[0,+∞[×[0,+∞[, 0≤u(t, x)≤(1 +t4)−1/2.
Comme la fonction g(t) = (1 +t4)−1/2 est continue sur [0,+∞[ et commeg(t)∼1/t2 quand t →+∞, l’int´egraleR+∞
0 g(t)dtest convergente. Par comparaison, l’int´egrale qui d´efinitf(x) est convergente.
2. L’in´egalit´e pr´ec´edente est une in´egalit´e de “domination”, une majoration par une fonctiong(t) qui est ind´ependante dex∈[0,+∞[ et dont l’int´egrale (ent) sur [0,+∞[ est convergente. Compte tenu de la remarque pr´eliminaire et par th´eor`eme, on en d´eduit que la fonctionf est continue sur [0,+∞[.
3. On remarque que, pour tout t ∈ [0,+∞[, supx∈[0,+∞[|v(t, x)| = t(1 +t4)−1/2, fonction h(t) dont l’int´egrale sur [0,+∞[ est divergente (en effet, h(t) ∼ 1/t quand t → +∞). On ne peut donc pas appliquer directement le th´eor`eme de d´erivation sous le signe somme.
En revanche, sia >0, on a l’in´egalit´e de “domination”
∀(t, x)∈[a,+∞[×[0,+∞[, |v(t, x)| ≤e−at,
fonction ind´ependante de x≥aet dont l’int´egrale sur [0,+∞[ converge. Compte tenu de la remarque pr´eliminaire, on peut appliquer le th´eor`eme de d´erivation sous le signe somme. Comme c’est vrai pour touta >0, on obtient quef est d´erivable sur l’intervalleouvert ]0,+∞[ avecf0(x) =R+∞
0 v(t, x)dt.
1
2
4. Pourt∈[0,+∞[, posonsg(t) = 1−e−t−te−t. La fonctiong est r´eelle etg0(t) =te−t≥0 pour tout t≥0. Commeg est croissante etg(0) = 0, la fonctiong est positive : t≥0⇒1−e−t≥te−t.
Pour toutx >0 et compte tenu de ce qui pr´ec`ede , on a : f(0)−f(x)
x =
Z +∞
0
1−e−xt
x (1 +t4)−1/2dt≥ Z +∞
0
e−xtt(1 +t4)−1/2dt, qu’on minore par l’int´egrale sur [1,+∞[. Comme (par exemple) 1 +t4≤4t4, on en d´eduit :
f(0)−f(x)
x ≥ 1
2 Z +∞
1
e−xtt−1dt.
Le changement de variable t=s/xdonneRT
1 e−xtt−1dt=RxT
x e−ss−1ds, et donc, quandT vers +∞: f(0)−f(x)
x ≥ 1
2 Z +∞
x
e−ss−1ds.
Comme e−s/s ∼ 1/s quand s → 0+, l’int´egrale R+∞
0 e−ss−1ds est divergente. Autrement dit, dans l’in´egalit´e ci-dessus, le second membre tend vers +∞quandx→0+.
Finalement, (f(0)−f(x))/x−−−−→
x→0+ +∞et la fonctionf n’est pas d´erivable `a droite en 0.
Exercice 3. Soitf ∈C∞([−1,1]).
1. Poura, b∈[−1,1] fix´es, d´emontrons, pour toutn∈N, la formule de Taylor (2) f(b) =Pn+Rn, Pn =
n
X
k=0
f(k)(a)
k! (b−a)k, Rn= Z b
a
f(n+1)(t)(b−t)n n! dt.
Pour n= 0, c’est la formule fondamentale f(b) =f(a) +Rb
af0(t)dt. On suppose maintenant n≥0 et que la formulef(b) =Pn+Rn est vraie. On int`egreRn par parties :
f(b) =Pn+
−f(n+1)(t)(b−t)n+1 (n+ 1)!
t=b
t=a
+ Z b
a
f(n+2)(t)(b−t)n+1
(n+ 1)! dt=Pn+1+Rn+1. C’est la formule `a l’ordren+ 1. Par r´ecurrence, la formule (2) est vraie pour toutn∈N. 2. On suppose maintenantf(k)(t)≥0 pour toutk∈Net toutt∈[−1,1].
a) Soitx∈[−1,1] donn´e etn∈Ndonn´e. La formule (2) donne : f(1) =
n
X
k=0
f(k)(x)
k! (1−x)k+ Z 1
x
f(n+1)(t)(1−t)n n! dt.
Par hypoth`ese et puisque 1−x≥0, tous les termes du membre de droite sont positifs.
b) Tous ces termes sont donc major´es par leur somme f(1). En consid´erant le (n+ 1)-i`eme terme f(n)(x)(1−x)n/n!, on obtient :
∀x∈[−1,1[, ∀n∈N, 0≤f(n)(x)≤f(1)n! (1−x)−n. c) En particulier, le module du terme g´en´eral de la s´erie enti`ere P+∞
n=0f(n)(0)xn/n! est major´e par f(1)|x|n. Par comparaison avec la s´erie g´eom´etrique P+∞
n=0xn, on en d´eduit que la s´erie enti`ere P+∞
n=0f(n)(0)xn/n! est (absolument) convergente si|x|<1. Son rayon de convergence est donc≥1.
3. Soitx∈]−1,1[. La formule (2) donnef(x) =Pn k=0
f(k)(0)
k! xk+Rn(x), Rn(x) =Rx
0 f(n+1)(t)(x−t)
n
n! dt.
Compte tenu de l’in´egalit´e|f(n+1)(t)| ≤(n+ 1)!(1−t)−n−1f(1) qu’on vient de d´emontrer, on obtient :
|Rn(x)| ≤(n+ 1)f(1)
Z x
0
(1−t)−n−1(x−t)ndt .
Finalement, si|x|<1/2, on a 1−t≥1/2 sitest compris entre 0 etxet donc
|Rn(x)| ≤(n+ 1)f(1)2n+1
Z x
0
(x−t)ndt
≤f(1)(2|x|)n+1. Il en r´esulte queRn(x)−−−−−→
n→+∞ 0 et quef est d´eveloppable en s´erie enti`ere sur l’intervalle ]−1/2,1/2[ :
|x|<1/2, f(x) =
+∞
X
n=0
f(n)(0) n! xn.