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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Gillet, O. (1995). L'Eglise orthodoxe et l'Etat communiste roumain, 1948-1989: étude de l'idéologie de l'Eglise orthodoxe : entre traditions byzantines et national-communisme (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres – Philosophie et Sciences des religions, Bruxelles.

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Université Libre de Bruxelles

Faculté de Philosophie et Lettres

Institut d’Etude des Religions et de la Laïcité année académique

1994-1995

L’EGLISE ORTHODOXE

ET L’ETAT COMMUNISTE ROUMAIN

(1948-1989)

Etude de l’idéologie de l’Eglise orthodoxe :

entre traditions byzantines et national-communisme

Volume II

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Université Libre de Bruxelles

Faculté de Philosophie et Lettres

Institut d’Ëtude des Religions et de la Laïcité année académique

1994-1995

L’EGLISE ORTHODOXE

ET L’ETAT COMMUNISTE ROUMAIN

(1948-1989)

Etude de l’idéologie de l’Eglise orthodoxe :

entre traditions byzantines et national-communisme

Volume II

Olivier GILLET

!/■ Z

Dissertation originale présentée en vue de l’obtention du grade de docteur en Philosophie et Lettres (Histoire)

sous la direction de Monsieur le Professeur Hervé HasQUIN

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QUATRIEME PARTIE

EGLISE ORTHODOXE ET

« INTERNATIONALISME »

FRONT ORTHODOXE DE LA PAIX

LEGITIMATION PAR EGLISE DE LA COLLABORATION « INTER-ORTHODOXE »

AVEC LES REGIMES COMMUNISTES UN « PACTE DE VARSOVIE »

ECCLESIASTIQUE ?

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Chapitre I : L’« INTERNATIONALISME », LE

« MOUVEMENT DE LA PAIX » ET LE

« PANSLAVISME » SOUS GHEORGHIU DEJ :

le front orthodoxe « communiste » (frontal ortodoxieij

L’essentiel de l’argumentation de l’Eglise orthodoxe privilégie son caractère « national » et ethnique. L’Eglise s’inscrit ainsi dans le cadre du national-communisme caractéristique de l’après 1948 dans les pays de l’Est. Par ailleurs, depuis l’instauration du communisme, l’Eglise a également une conception ecclésiale que l’on pourrait également qualifier d’« internationaliste ». Complémentairement à son caractère national, l’Eglise a une idéologie

« universelle » de l’unité de l’Eglise. Toutes les Eglises sœurs orthodoxes s’inscrivent dans l’unité chrétienne selon le principe de la synodalité ou de la « sobomicité ». Chaque Eglise nationale participe à l’unité chrétienne de l’Eglise universelle.

Tous les Etats national-communistes devaient d’après l’idéologie communiste collaborer à la cause de l’internationalisme tout en respectant l’intégrité territoriale et la spécificité culturelle.

C’était la thèse particulièrement défendue en Roumanie.

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La conception de l’universalisme orthodoxe a cependant évolué au cours de la période communiste. Cette évolution peut être mise en parallèle avec l’évolution du national- communisme. Alors qu’au début il s’agissait de lutter dans les mouvements de la paix d’origine moscovite contre le fascisme, le capitalisme, le Vatican et l’impérialisme capitaliste, les années soixante vont constituer la charnière décisive pour une réorientation vers l’œcuménisme et le rapprochement interconfessionnel par la participation aux grandes organisations œcuméniques et conférences pour la paix dans le contexte de la « coexistence pacifique ». On peut d’emblée noter le changement qui va s’opérer dans le discours orthodoxe avec les années Ceausescu. Il est clair que le ton agressif anti-occidental va s’estomper pour quasiment disparaître dans les années quatre-vingt.

Face à la « catholicité » de l’Eglise catholique occidentale, qui confond, pour les auteurs orthodoxes, universalisme et impérialisme, l’Eglise orthodoxe a une conception de la

« catholicité » régie par les principes de l’Eglise orientale, à savoir ce qu’elle appelle la

« sobomicité »65l. La sobornicité, du mot russe sobor (Co6op = concile, assemblée), consiste en la conception synodale des Eglises orthodoxes sœurs unies entre elles. Dans sa

« sobornicité », « conciliarité » ou « synodalité », l’Eglise orthodoxe est infaillible, contrairement à la conception romaine de l’infaillibilité pontificale, entre les mains d’une seule autorité, le pape^^^ L’Eglise orthodoxe est « Une, Sainte, “ Sobomique ” et Apostolique » {Una, Sfintâ, Soborniceasca si apostoleasca Biserica)^^^. Comme le dit K. Rousselet, « le

On verra surtout V. Ion ParaSCHIV, « Sobomicitatea (catolocitatea) Bisericii, problema centrala în teologia contemporana », dans Mitropolia Olteniei, an. XXII, 1970, 3-4, pp. 245- 256 ; Liviu ST AN, « Problème de ecclesiologie », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, VI, 1954, 5-6, pp. 295-315 ; Ion Bria, « Ecleziologia comuniunii », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, XX, 1968, 9-10, pp. 669-681.

652 G COMAN, « Organizarea sinodala a Bisericii Ortodoxe în paralela eu cezaro-papismul catolic », dans Studii Teologice, 1950, 1-2, pp. 40-64.

653 Gfr notamment les écrits à ce sujet du patriarche JUSTINIAN, Patriarhul Bisericii Ortodoxe Romîne, « Una, Sfinta, Soborniceasca si Apostoleasca Biserica », dans Ortodoxia, VI, 1954, 2-3,1-VIII.

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principe de théologie de la sobomost, spécifique à l’orthodoxie, permet une fusion harmonieuse entre le tout et le particulier La « sobomicité » complète ainsi l’ethnicité de l’Eglise, ces deux principes n’étant pas, d’après les auteurs, en contradiction. L’ecclésiologie est ainsi définie par une « dialectique », qui synthétise ethnicité nationaliste et sobomicité internationaliste, en une conception ecclésiale originale apparamment contradictoire. C’est un leitmotiv dans la littérature qui permet aux auteurs d’échapper aux critiques nationalistes.

L’infallibilité pontificale sera donc un élément de doctrine particulièrement critiqué par les orthodoxes, ainsi que le centralisme pontifical, puisque c’est sur ces deux notions que les Eglises orthodoxe et catholiques sont en opposition, au dire des auteurs orthodoxes®^^.

Concluant sur le problème de l’infaillibilité pontificale, D. Staniloae affirme : « L’enseignement orthodoxe oppose à cet individualisme monarchique illimité, la croyance dans une conscience commune de l’Eglise »^56 Le thème de la monarchie papale, qui vient de la « tradition des Césars romains » {yine din traditia cezarilor romani)^^^, conception « étrangère à l’esprit de l’Evangile et de l’Eglise œcuménique », est récurrent dans la littérature. Lorsque Byzance, nous dit le patriarche Justinian, demanda l’aide de Rome contre les Turcs, c’était au prix de la soumission au pouvoir de Rome^^^. En raison du droit des peuples et de la conception ecclésiale orthodoxe du respect de la patrie nationale, « on ne peut concevoir une autorité ecclésiastique personnelle suprême qui commande la chrétienté toute entière, selon la volonté romaine médiévale »659

C’est pourquoi de nombreuses études des années cinquante sont consacrées au problème des origines du schisme de 1054, provoqué par l’impérialisme latin dont la quatrième croisade

Kathy ROUSSELET, « L’Eglise orthodoxe russe et la politique », op. cit., le chap.

« L’extrême-droite. Orthodoxie et grandeur de la Russie », p. 46.

655 On verra notamment les travaux de Dumitru STANILOAE, « Autoritatea Bisericii », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, XVI, 1964, 3-4, pp. 183-215.

656 ihid., p. 200.

657 Justinian, « Una, Sfinta, Sobomiceasca si Apostoleasca Biserica », op. cit.,

ni.

658 jhid., IV.

659 VII.

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est un des exemples les plus éloquents. Les auteurs montrent toutes les formes de l’intolérance catholique dans l’histoire, comme l’inquisition par exemple. Il est intéressant de noter que si l’Eglise orthodoxe légitime sa doctrine actuelle de l’Apostolat social en le replaçant dans la continuité de la tradition de l’orthodoxie byzantine, elle montre également la continuité catholique incarnée par la volonté vaticane d’incarner la succession des Césars « souverains pontifes » par le maintien du césaropapisme de droit divin^ôO, « Le Vatican n’est pas une Eglise, mais un supra-Etat (suprastat) ; le pape n’est pas un évêque chrétien, mais un souverain terrestre ; la curie papale n’est pas un presbytère ou un collège sacerdotal, mais un gouvernement ; les nonces pontificaux ne sont pas des missionnaires, mais des agents diplomatiques en soutane ; l’esprit qui guide l’organisation papale n’est pas chrétien, religieux et moral, d’essence évangélique, mais celui du monde romain terrestre. Le “ successeur de Pierre ” n’est rien d’autre que le successeur de César

Nous avons vu à propos de la conception symphonique de l’Etat l’idéologie orthodoxe et les critiques de l’interprétation catholique des « deux glaives » de l’Eglise orthodoxe. L’Eglise et l’Etat sont deux institutions distinctes, le citoyen doit respecter les deux institutions, et l’Etat étant voulu par Dieu, l’Eglise doit vivre en harmonie avec lui. L’Eglise condamne ainsi le césaropapisme de l’Eglise catholique qui confond les deux institutions. La « sobomicité » est un second élément fondamental de l’Eglise orthodoxe, non seulement pour contrebaJlancer son caractère « nationaliste », mais également pour s’opposer au centralisme catholique du Vatican

« Etat-Eglise ». Le mot catolicitate existe en roumain, mais à cause de l’ambiguïté avec le terme qualifiant l’Eglise romaine, le mot utilisé est dans la majorité des cas le terme d’origine russe, ceci dans la même logique que les mots duhovnicesc, etc., dans la tradition pravoslavniceascd^^^.

On verra particulièrement les articles de Teodor M. POPESCU, « Cezai'opapismul romano- catolic de ieri si de azi », dans Onodoxia, III, 1951, 4, pp.495-538 ; ID., « Ortodoxie si catolicism », Ibid., an. IV, 1952, 3-4, pp. 462-487.

661 Teodor M. POPESCU, « Ortodoxie si catolicism », op. cit. , p. 481.

662 (];fj. flans le chap. I, le point II sur le vocabulaire d’origine slavonne et latine.

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C’est ainsi que les auteurs montrent « théologiquement » que les Eglises orthodoxes sœurs orientales devaient constituer un « front uni face à l’Occident ». Sur le plan du principe de la « sobomicité », toutes les Eglises sœurs devaient être placées sur un même pied, selon le principe oriental de la « catholicité ». Cependant, le rôle de l’Eghse orthodoxe de Moscou devait être prépondérant et servir de point de référence dans le monde orthodoxe des démocraties populaires. Moscou devait supplanter l’autorité « œcuménique » du patriarcat de Constantinople^^^. L’autorité « dogmatique » du Phanar devait céder la place à l’autorité politique et « morale » de Moscou. Comme le dit P. Rezus, « l’exemple nous vient de l’Eglise orthodoxe de toute la Russie de Moscou, sous la direction du patriarche Alexis, pour que toutes les Eglises Orthodoxes des démocraties populaires créent un front organisé pour la défense de la paix de toute l’Orthodoxie » (frontal organizatpentru apârarea pacii al întregei Ortodoxii (...) tuturor Bisericilor Ortodoxe din Deinocratille Populare)^^.

Il s’agissait de relayer la propagande de l’internationalisme de Moscou, caractérisée par les mouvements pour la paix et le désarmement, conçu dès le synode de Moscou de 1948^^^.

C’est dans ce cadre que l’on peut finalement parler d’une sorte de « Pacte de Varsovie ecclésiastique », en tant que « front orthodoxe » « panslave » visant à contrer l’influence

663 V loNITÀ, « Relations de l’Eglise orthodoxe roumaine avec les Eglises orthodoxes soeurs : La christianisation des Russes refletée dans l’historiographie ecclésiastique roumaine

», dans Nouvelles de l'Eglise orthodoxe roumaine, XVIIIe an., 1988, 1, pp. 55-59 ; REDACTIA, « Colaborarea actuala dintre Bisericile Ortodoxe Rusa si Romîna în sprijinul prieteniei dintre popoarele Uninunii sovietice si poporul romîn », dans Mitropolia Olteniei, 1957, 9-10, p. 579 ; cfr. aussi l’auteur roumain en exil en France D.G.R. SERBANESCO, Sous

la botte soviétique, 2e éd. de Ciel rouge sur la Roumanie, Ed. Intercontinentale, Arpajon, 1957, Le crédo de Moscou tient lieu de Religion et de philisophie, pp. 255-270.

Petru REZUS, « Pozitia bisericii ortodoxe române fatâ de lupta pentru pace. Sarcinile preotimii în aceasta problema », dans Studii Teologice, IV, 1952, p. 11.

665 Orest BUCEVSCHI, « Pacea. Obiectiv al misiune bisericii ortodoxe în lume », op. cit., pp. 3-7 ; N. NEAGA, « Ideea de pace si dreptate în scrierile P.F. Patriarch Justinian 1945-

1955 », dans Studii Teologice, VH, 1955, 9-10, pp. 627-639.

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catholique occidentale, le « cordon sanitaire antisoviétique » établi par le Vatican^^^. Le Vatican était considéré comme une « institution politique qui, sur le plan religieux, est tombée dans le péché dans des proportions lucifériennes (de proportii luceferice), par ses activités d’espionnage »667 On comprend d’autant mieux dans ce contexte pourquoi les Eglises gréco- catholiques devaient disparaître à partir de l’immédiat après-guerre. L’Eglise orthodoxe doit être une Eglise « combattante » (O Biserica luptdtoare), paiticipant au front des Eglises. « Ce front ne peut être que le front de l’Orthodoxie (frontul Ortodoxiei), dans lequel l’Eglise moscovite et les Eglises orthodoxes constituent l’immense majorité « Le Vatican ne peut incarner la parole du Sauveur, parce qu’il représente la concentration des pouvoirs politique et religieux dans les mains de l’Evêque de Rome pour disposer du pouvoir dictatorial afin de gérer le destins des hommes « C’est le problème du césaropapisme romano-catholique qui constitue le principal obstacle pour le Vatican de pratiquer une véritable politique de paix et d’œcuménisme, comme le souligne le théologien O. Bucevschi, de par son « esprit gueiTier »(spiritul razboinic)^'^^. C’est pourquoi « le Vatican constitue depuis deux mille ans un véritable et périlleux cancer de l’humanité » (un adevarat sJ primejdios cancer al omenirii)^^^. La Conférence de Moscou de 1948, à laquelle participèrent les dignitaires des Eglises orthodoxes des démocraties populaires, définissait le Vatican comme « antichrétien, par l’altération de l’authentique orthodoxie œcuménique et de l’esprit du christianisme, par sa transformation en une organisation temporelle et politique, antidémocratique, par l’infaillibilité

Cultele religioase în Republica Populard Roinând, op. cit., p. 44.

667 Liviu Stan, « Relatiile dintre Biserica si Stat. Studiu istorico-juridic », op. cit., p . 453.

668 Stanciu STOIAN, « Atitudinea regimului de démocratie popularâ fatâ de cultele religioase », op. cit., p. 75.

669 Orest BUCEVSCHI, « Pacea. Obiectiv al misiune bisericii ortodoxe în lume », op. cit., p.

6

.

670 jhid., p. 6.

671 L. PaduREANU, « Vaticanul cetate zidiia pe nisip, minciuna papalitatii în primele trei veacuri », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, IV, 1952, p. 293.

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pontificale révélatrice de l’esprit de la classe des privilégiés, et antinationale, par son oppression des peuples avec l’aide de la sainte inquisition et des guerres

Dans ces conditions, en raison des « anciennes relations » entre les Eglises orthodoxes russe, roumaine et bulgare et sous l’égide de l’Eglise orthodoxe russe, « sont apparues des perspectives de restauration de l’unité de l’Orthodoxie » et « comme l’a affirmé Sa Sainteté notre Patriarche Justinian, est apparue la volonté unanime d’ouvrir un front orthodoxe, destiné à favoriser le prestige de l’Orthodoxie dans le monde et d’opposer une résistance plus puissante aux actions ennemies déployées par le Vatican » (a închegarii unui front ortodox [...] sa opund O rezistentd maiputemicdactiunilor dusmanoase desfasurate de Vatican)^^^. L’œcuménisme orthodoxe « panslave » des années cinquante se conjugue donc avec antivaticanisme.

« C’est pourquoi il importe que les prêtres participent aux mouvements de la paix >>'574.

Les autorités orthodoxes roumaines, à l’instar des hiérarques des autres Eglises orthodoxes du bloc de l’Est participèrent aux congrès pour la paix, comme les Conseils Mondiaux de la Paix organisés à l’initiative de Moscou^75

De même, au début des régimes populaires, les Eglise de l’Est n’ont pas participé aux mouvements oecuméniques occidentaux, l’un soutenu par l’Eglise romano-catholique, l’autre par l’Eglise anglicane, accusés de servir l’impérialisme « Yankee », l’impérialisme britannique portant atteinte à la souveraineté et à l’indépendance de l’Etat de la république populaire^^ô q

faut remarquer que le discours des années cinquante est particulièrement virulent dans la littérature orthodoxe. Le thème de l’« antigermanisme fasciste », et du « néofascisme d’outre-

672 Al. 1. ClUREA, « Rezistenta Bisericii românesti fata de prozelitismul catolic », dans Studii Teologice, ser. ll-lea, 1949, 3-4,pp. 205-225.

673 RedaCTIA, « Roadele adev^atei libertati religioase », dans Ortodoxia, V, 1953, 1, p.

22. Cfr. aussi JUSTINIAN, « Frontul Ortodoxiei », op. cit., pp. 70-75.

674 On verra en plus : Ion Bria, « Pacea lumii si umanismul crestin », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, XIX, 1967, 7-8, pp. 411-417.

675 N NEAGA, « Ideea de pace si dreptate în scrierile P.F. Patriarch Justinian 1945-1955 », op. cit., p. 631.

676 Stanciu STOIAN, « Atitudinea regimului de démocratie populaiâ fata de cultele religioase », op. cit., p. 80.

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océan », c’est-à-dire américain, lié aux appétits de domination mondiale de l’Eglise romano- catholique est largement répandu^^^. Comme le dit Justin Moisescu, en 1953 avant qu’il ne devienne patriarche, « c’est l’action déplorable des catholiques romains qui a finalement détruit l’image de la religion chez les hommes de sciences, et qui empêche toujours aujourd’hui au XXe siècle la construction d’un monde nouveau basé sur le socialisme scientifique

Les dénonciations de l’action « propagandiste » du Vatican constituent une des lignes directrices de cette littérature et montrent à quel point l’Eglise occidentale a toujours cherché à s’implanter dans les pays de l’Europe orientale et balkanique^^^. L’Eglise catholique pénétra en Roumanie, en Moldavie et en Valachie pour gagner la cause des « valaques schismatiques » et pour détruire la croyance des ancêtres {credinta strdmoseasca)^^^.

Comme le confirme le ministre des cultes, Stanciu Stoian, conformément aux affirmations du généralissime Staline, le règlement pacifique entre les nouveaux pouvoirs du monde ne peut se faire que dans l’intérêt de la paix. L’Eglise en général et l’Eglise orthodoxe en particulier doit mener une lutte juste et sainte. Conjointement avec les autres Eglises orthodoxes et en premier lieu avec l’Eglise russe orthodoxe (eupravoslavnica Biseriedruseased^^^), l’Eglise orthodoxe roumaine peut contiibuer à la création sur le plan religieux d’une bonne solidarité spirituelle qui peut servir la paix de manière décisive

677 On verra notamment l’article de Olimp N. CaCIULA, « Ura de rasa pacat strigator la cer

», dans Ortodoxia, IV, 1952, 3-4, pp. 238-352.

678 Justin MOISESCU, « Atitudinea papalitatii fata de progresul omenirii », dans Ortodoxia, an. V, 1953, 1, pp. 130-131. Cfr. aussi ; ID., « Biserica Ortodoxa Romîna în slujba pacii », dans Mitropolia Olteniei, VI, 1954, 7-8, pp.306-334.

679 On verra principalement pour le cas précis du prosélytisme dans les pays roumains dans l’histoire, outre les articles déjà cités : Mircea, PÀCURARIU, « încercârile de propaganda romano-catolicâ în tara romîneasca si moldova în secolul XIX », dans Studii Teologice, ser.

Il-lea, X, 1958, 7-8, pp. 424-439.

680 Ibid,, p. 439.

681 On remarquera l’emphase attribuée à l’adjectif « pravoslavnica » marqué de l’article (c’est-à-dire le « a » et non le « a ») et non sur le substantif comme cela se fait généralement.

682 Stanciu STOIAN, « Atitudinea regimului de démocratie popularâ fata de cultele religioase », op. cit., p. 82.

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« Les Eglise orthodoxes ont toujours fait front contre les envahisseurs romano- catholiques occidentaux ou ottomans dans l’histoire Comme l’affirme Al. I. Ciurea,

« en raison du contact permanent avec le peuple, et du caractère populaire de l’Eglise orthodoxe, les pays orthodoxes n’ont jamais connu l’anticléricalisme comme dans le monde catholique qui a perdu tout contact avec les masses L’inexistence de l’anticléricalisme dans l’orthodoxie est aussi un leitmotiv de la littérature orthodoxe, déjà dans l’entre-deux- guerres, nous l’avons souligné dans le cadre de l’Eglise « populaire ». En effet, l’Eglise étant en symphonie avec l’Etat et le peuple, le problème de la domination du pouvoir spirituel romano-catholique ne se pose pas dans la conception orthodoxe. L’Eglise orthodoxe représente ainsi un pouvoir incontestable qui s’intégre dans la société, sans susciter de mouvement « laïque », tel qu’on le définirait en Occident.

On constate donc que ce front orthodoxe se définit évidemment dans le contexte communiste. La légitimation de ce front orthodoxe s’inscrit la tradition mythifiée des pays balkaniques et de l’Europe orientale orthodoxe. En effet on constate que les Eglises orthodoxes veulent inscrire cette solidarité orthodoxe dans la tradition de l’opposition multi-séculaire entre catholicisme et orthodoxie. Les démocraties populaires « orthodoxes » s’opposent ainsi à l’impérialisme catholique, qui n’est pas seulement propre à la guerre froide, mais à l’histoire depuis l’antiquité. Face aux successeurs de César, au centralisme et au cléricalisme du catholicisme, il faut faire front par l’établissement d’une solidarité « pan-orthodoxe », ou

« panslave » et « populaire ».

683 p. 86-87.

684 Al. I. Ciurea, « Rezistenta Bisericii românesti fata de prozelitismul catolic », op. cit., pp. 224-225.

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Chapitre II : L’ŒCUMENISME, LA LUTTE POUR LA PAIX SOUS CEAUSESCU :

9

VEglise orthodoxe : une Eglise de la Paix (o Biserica a Pacii)

Nous l’avons déjà souligné, on ne peut faire de distinction chronologique nette dans révolution de l’attitude de l’Eglise orthodoxe entre l’époque Gheorghiu Dej et celle de Ceausescu. Il est clair que l’attitude de l’Eglise changea progressivement à partir des années soixante surtout, dans le contexte de la coexistence pacifique. L’antivaticanisme agressif des années cinquante disparut progressivement, même si les différences doctrinales restent soulignées. Alors que l’« œcuménisme » des démocraties populaires était conçu en opposition avec l’Occident, dans le cadre des mouvement de la paix, l’œcuménisme sous Ceausescu abandonna son caractère « manichéen » pour, au contraire, s’ouvrir à l’Occident, selon la pohtique de « séduction » de Ceausescu.

L’Eglise Orthodoxe Roumaine ne se lança dans le mouvement œcuménique que dans les années soixante^^^. Pendant les années cinquante, la participation effective de l’Eglise

685 Pour l’Eglise orthodoxe et l’œcuménisme, on verra surtout les travaux de : E.C. SUTTNER, « Oekumenismus in der Rumànischen Orthodoxen Kirche unter Patriarch Justinian I », dans Orientalia Christiana Periodica (Pont. Institutum Orientaüum Studiorum), Rome, 1975, vol. 41, f. 2, pp. 399-448 ; 1976, vol. 42, f. 1, pp. 92-116. Cfr. aussi : Ion

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orthodoxe roumaine, à l’instar des autres Eglises orthodoxes de l’Est, était « entravé » par le caractère exclusivement politique moscovite des mouvements de la paix. « Préparés à parler de l’unité entre chrétiens, ces théologiens se virent réduits à devoir écrire sur la paix du monde et sur la prospérité matérielle, alors que le régime ne se souciait que d’industrie et d’armements »686, « On sait comment pendant la période de 1’“ anticosmopolitisme ”, qui dura jusqu’à la mort de Staline, les Eglises Orthodoxes des pays sous domination russe furent amenées à refuser de participer à ce mouvement international qui cherche à regrouper les chrétiens »687

On comprend pourquoi l’Eglise catholique s’est toujours montrée réticente à participer au Conseil Œcuménique de Genève, celui-ci ayant servi dans une certaine mesure à la propagande de l’Est en Occident^^^ On verra à ce sujet les nombreuses études et articles de Ion Bria^^^,

GOIA, « L’Orthodoxie roumaine et le mouvement œcuménique, Attitudes récentes », dans Istina, 1957, n°l, pp. 55-79 ; ID., « Vues orthodoxes roumaines sur le schisme et l’unité chrétienne », dans Istina, 1955, n°l, pp. 31-50 ; I. DOENS, « L’Eglise orthodoxe roumaine.

Problèmes interorthodoxes. Dialogue avec l’Eglise catholique romaine », dans Irénikon , vol.

41, 1968, f. 3, pp. 414-443 ; Hildegard SCHAEDER, « “ Renaissance and Aggiomamento ” der orthodoxie. Die orthodoxen Kirchen aus Vorabend von Uppsala », dans ÔkumenischeRundschaui., 17, 1968, pp. 123-138 ; Flaviu POPAN, « Das Zweite Vatikanische Konzil und die Rümanische Orthodoxe Kirche », dans Ostkirchliche Studien, 17, 2-3, 1968,

113-133.

Ion GOIA, « L’Orthodoxie roumaine et le mouvement oecuménique. Attitudes récentes », op. cit., p. 57.

687 ihiti., p. 69.

688 On verra surtout Antonie PLAMADEALA, « Points de vue. L’Eglise Orthodoxe Roumaine et l’œcuménisme ; un quart de siècle depuis l’entrée dans le Conseil Œcuménique des Eglises (1961-1986) -Evocation », dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 4, pp.

87-99 ; Nifon PLOIESTEANUL, « Points de vue. L’Eglise orthodoxe roumaine et le mouvement oecuménique », dans Romanian Orthodox Church News, XVIIe an., 1987, 5, pp. 65-70 ; Nifon PLOIESTEANUL, « Editorial : La vocation oecuménique de l’orthodoxie roumaine », dans Nouvelles de l’Eglise orthodoxe roumaine, XIXe an., 1989, 2, pp. 3-7.

689 cfr. notamment, outre les articles et ouvrages déjà cités : Ion BRIA, « Pacea lumii si umanismul crestin », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, XIX, 1967, 7-8, pp. 411-417 ; ID., Autre visage de Roumanie..., op. cit.

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représentant de l’Eglise Orthodoxe Roumaine à Genève qui succéda à lustin, alors métropolite de Moldavie. L’Eglise catholique n’a jamais été membre à part entière au Conseil Œcuménique des Eglises (C.O.E.), mais membre observateur à ce Conseil^^^. C’est dans le contexte de la

« coexistence » que les Eglises orthodoxes de l’Est ont commencé à s’intéresser au mouvement œcuménique. Il faut cependant attendre les années soixante pour voir l’adhésion de l’Eglise Orthodoxe Roumaine au C.O.E. et les années soixante-dix pour sa participation à toutes les grandes conférences internationales, la Conférence des Eglises Européennes, la Conférence Chrétienne pour la Paix, et les divers « dialogues bilatéraux

L’Eglise Orthodoxe Roumaine a adhéré au C.O.E. à New Delhi en 1961. « Le programme pastoral de l’Apostolat social initié en 1948 par le patriarche Justinian, est allé de pair avec la fraternité saine qui existait entre les fidèles de religions différentes du pays. Cette fraternité résulte d’une théologie œcuménique et de l’action au niveau local L’Eglise orthodoxe participa à la IVe assemblée à Uppsala en 1968, à la Ve à Nairobi en 1975 et à la Vie à Vancouver en 1983^^^. Mais comme se le demande I. Goïa, « les Orthodoxes roumains entendaient-ils prendre vraiment position face à l’œcuménisme ou simplement s’acquitter d’un devoir, exécuter un ordre du régime de démocratie populaire ?

On veiTa les démentis du C.O.E. à propos de son rôle ambigu durant la guerre froide et les accusations de tendances pro-communistes : « Les relation du COE et des Eglises d’Europe de l’Est à l’époque du régime communiste », dans La Documentation Catholique, 74e an., t.

LXXXIX, n° 2057,1992, n°17, pp. 859-861 ; « Roumanie : “ Nous aurions pu faire plus ” », dans La Documentation Catholique, n°2003, 72e an., t. 87, avr. 1990, n°7, pp. 364-367.

On verra notamment les hommages au patriarche lustin Moisescu : « Le patriarche lustin Moisescu de l’Eglise Orthodoxe Roumaine endormi dans le Seigneur », dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 3, pp. 5-23.

Nifon PlOIESTEANUL, « Points de vue. L’Eglise orthodoxe roumaine et le mouvement œcuménique », dans Romanian Orthodox Church News, XVIIe an., 1987, 5, p. 66.

693 On verra en outre : D.D.I. ClOBOTEA, « Documentaire : Le problème d’une théologie vitale et cohérente dans le Conseil Œcuménique des Eglises », dans Nouvelles de l’Eglise orthodoxe roumaine, XIXe an., 1989, 2, pp. 40-46.

694 jon GOIA, « L’Orthodoxie roumaine et le mouvement oecuménique. Attitudes récentes », op. cit., p. 78.

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« Dès le début, l’Eglise Orthodoxe Roumaine a voulu que le C.O.E. soit une force, un tribunal, une voix de paix et de la bonne entente entre les peuples, une espérance pour la sauvegarde de la vie et, en dernière instance, de la planète menacée de destruction »695 C’est le patriarche Justinian qui inspira l’œcuménisme roumain par son précepte : « ni pan­

hellénisme, ni pan-catholicisme, ni pan-slavisme, mais pan-œcuménisme »696 Son oeuvre a été parachevée par son successeur, le patriaiche lustin Moisescu, créateur de « l’œcuménisme militant irénique »697. La recherche de la paix devint ainsi un grand thème corollaire de l’œcuménisme^^^ pour un « monde sans armes et sans guerres »699_ Ainsi à la mort du patriarche lustin Moisescu, métropolite de Moldavie, Teoctist, le nouveau patriarche, assura que « l’Eglise Orthodoxe Roumaine continuera d’appuyer, à partir de ses positions et par ses moyens spécifiques, les actions entreprises par notre Etat, notamment par le Président Nicolae Ceausescu, en vue du progrès de la Patrie, de la réalisation des idéaux de liberté, d’indépendance et de souveraineté nationale, de la protection de la paix et de l’instauration dans le monde d’un climat de sécurité et de collaboration

On remarquera une fois de plus le parallélisme entre le discours « religieux » orthodoxe et le discours officiel du régime roumain sur le plan de l’indépendance et de la souveraineté de l’Etat roumain. On sait combien le rôle de la Roumanie au sein des pays du pacte de Varsovie a été ambigu, surtout après la déclaration de non-intervention de la Roumanie lors du printemps

Nifon PLOESTEANUL, « Points de vue. L’Eglise orthodoxe roumaine et le mouvement œcuménique », op. cit., p. 68.

696 Nifon PLOIESTEANUL, « Editorial ; La vocation œcuménique de l’orthodoxie roumaine », dans Nouvelles de l’Eglise orthodoxe roumaine, XIXe an., 1989, 2, p. 5.

697 p. 6.

698 Qn verra notamment les écrits du métropolite du Banat : NICOLAE, « L’anné internationale de la paix. Arguments en faveur de la paix », dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 3, pp. 57-59.

699 Nestor VORNICESCU, « Editorial : Notre paix et notre vie — La paix et la vie du monde entier », dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 1, pp. 3-10.

700 « Le patriarche lustin Moisescu de l’Eglise orthodoxe roumaine endoiTni dans le Seigneur », op. cit., p. 9.

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de Prague en 1968 en Tchécoslovaquie. Au nom de l’intégrité des Etats nationaux, Ceausescu décida de ne pas intervenir, se démarquant ainsi du bloc communiste. On connaît le rôle mobilisateur de cette déclaration au sein de la population roumaine, associant d’une certaine manière la population au régime. On notera que c’est surtout à partir de 1968 que s’établit en Roumanie un régime plus « démocratique », caractérisé par un certain libéralisme par rapport à la période précédente, période libérale qui se termina en dans les premières années soixante-dix.

On sait cependant que Ceauæscu ne renonça pas pour autant à l’internationalisme prolétarien communiste, et qu’en réalité, si la Roumanie fut, à partir de cette époque, considérée comme une porte pour l’Occident au sein du bloc de l’Est, le régime restait fidèle à l’idéologie et profita de cette situation pour donner une image de marque favorable en Occident. Parallèlement, l’Eglise orthodoxe suivit cette option politique, en montrant sa spécificité par rapport aux autres Eglises slaves, tout en maintenant sa fidélité pour la tradition de l’Apostolat social et son caractère « sobomique ».

A partir des années 1970, l’Eglise suivit la politique du régime, montrant de plus en plus son indépendance, s’inspirant d’une certaine manière de ce que I. Pacepa appelle l’opération

« horizons rouges »^0i^ ^ savoir l’ouverture vers l’Occident par une mise en exergue de la spécificité roumaine, selon le slogan « une île latine dans un océan slave », afin d’obtenir la clause de la nation privilégiée à l’Organisation des Nations Unies et les faveurs de l’Occident.

On note ainsi que cette « duplicité » roumaine, ou du moins cette ambiguïté, fut largement relayée par l’Eglise orthodoxe roumaine.

Il est révélateur que dans la foulée, Ceausescu s’est rendu en mai 1973 au Vatican, montrant non seulement l’ouverture de la Roumanie à l’Occident, mais également son ouverture à l’Eglise catholique^^^

701 Ion M. Pacepa, Horizons rouges, op. cit.

702 « La visite de M. Ceausescu à Paul VI », dans La Documentation Catholique, n°1634, 55e an, t. 70, f. 12, juin 1973, pp. 560-561 ; I. GOIA, « L’Orthodoxie roumaine et le mouvement œcuménique. Attitudes récentes », op. cit., pp. 55-79. « Réception d’une délégation du patriarcat de Roumanie », dans La Documentation Catholique, n° 1608, 54e an., t. 69, f. 9, 1972, pp. 413-414. Cfr. aussi ; D. GELSI, « Une rencontre d’Eglise : La visite du

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On remarquera également l’importance accordée à partir de ces années par le département des affaires extérieures du patiiarcatde l’Eglise orthodoxe roumaine aux visites des chefs d’Etat étrangers en Roumanie^®^^ ainsi qu’aux relations avec les Eglises orientales. En 1972 déjà, une délégation du patriarcat roumain s’était rendue au Saint-Siège. Comme le soulignait A. Plamadeala à cette occasion, « L’Eglise orthodoxe a gardé à travers les siècles, sa croyance orthodoxe et le peuple roumain son caractère latin, fait qui, selon nous, facilite les contacts, surtout entre nous et les autres peuples d’origine latine

L’Eglise Orthodoxe Roumaine a donc développé à partir de ces années une politique de rapprochement vers l’Occident que l’on ne peut dissocier de la politique de l’Etat roumain.

Il faut également citer le cas particulier de l’évêché orthodoxe catholique de France à Paris, sorte d’« uniatisme » dans le sens catholique-orthodoxe, n s’agissait d’une Eglise fondée

patriarche Justinien de Roumanie en Allemagne », dans Irénikon, t. 43, 1970, n°4, pp. 601- 607. A. JlVI, « Contributii la istoria relatiilor ecumenice româno-anglicane », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, XXXVI, 1984,7-8, pp. 482-493 ; C. Vasiliu, « La Chiesa ortodossa Rumena e le sue relazioni con la Chiesa cattolica negli anni del postconcilio (1966-1976) », dans Oikoumenikon, 1978, vol. 18, pp. 13-42.

Les comptes rendus de ces visites officielles constituent une part importante de la littérature des années soixante-dix et quatre-vingt. On verra en outre les interviews suivants ;

« Interview » (Mme H. Paetrow de l’UNESCO), dans Nouvelles de l’Eglise orthodoxe roumaine, XIXe an., 1989, pp. 63-64 ; « Interview accordée à l’agence “ France Presse ” par l’évêque Nifon Ploiesteanul, vicaire patriarcal, secrétaire du Saint Synode », Ibid., XVIIIe an., 1988, 1, pp. 64-65 ; « Interview accordé par le métropolite Dr. Antonie de Transylvanie », dans Romanian Orthodox Church News, XVIIe an., 1987, 2, pp. 87-89 ; « Interview : Le rôle de l’Eglise aujourd’hui, interview accordée par le Métropolite Nicolae de Banat », dans Nouvelles de l’Eglise orthodoxe roumaine, XXIe an., 1991, 1, pp. 3-8. On notera la propagande des années cinquante, soixante, comme par ex. ; André LANGE VIN, « J’ai pu constater que la liberté religieuse est totale », dans Les visiteurs étrangers parlent de la République populaire roumaine, Bucarest, 1952, p. 141. « The Place of the Church in a Socialist Society », dans Romanian Orthodox Church News, Quarterly Bulletin, an. III, 2, 1973, p. 2.

« Réception d’une délégation du patriarcat de Roumanie », dans La Documentation Catholique, n° 1608, 54e an., t. 69, f. 9, 1972, pp. 413-414.

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au début du régime soviétique en U.R.S.S. par des catholiques unis à l’orthodoxie, gardant leur « rite catholique », sorte d’Eglise catholique d’avant le schisme de 1054. Cette Eglise connut une existence assez mouvementée et finit par être rattachée après la deuxième guerre mondiale à l’Egüse orthodoxe roumaine de Bucarest II est également révélateur que le patriarcat prit en charge et mit sous tutelle en 1972 cette Eglise de France, dans la lignée de la politique d’« ouverture » roumaine vers l’Occident^*^^

L’Eglise orthodoxe créa en 1972 une nouvelle revue {Orthodox Church News) destinée particulièrement à l’Etranger, en français et en anglais, afin de relayer la propagande de l’Etat vers l’Occident.

Dans l’ensemble, on peut considérer, une fois de plus, que la spécificité de l’orthodoxie roumaine, latine et orientale, servit largement le régime. Grâce à la latinité de la Roumanie, l’orthodoxie est le meilleur moyen pour le pouvoir de faire son ouverture diplomatique à l’Ouest, tout en gardant ses liens privilégiés avec l’U.R.S.S. L’œcuménisme fit place à l’internationalisme et aux mouvements de la paix des années cinquante. L’œcuménisme local était compris dans le cadre de l’assimilation des nationalités cohabitantes, l’œcuménisme permettait de montrer l’ouverture de la Roumanie à l’Occident.

L’Eglise orthodoxe participa, à l’instar des autres Eglises, aux institutions de l’Etat, avec des représentants à la Grande Assemblée nationale {Mare Adunarea Naüonald) et au Front de la Démocratie et de l’Unité Socialistes {Frontal al Democratiei sJ Unitdtii Socialiste)^^^.

Par sa participation au Front de la Démocratie et de l’Unité Socialistes, l’Eglise orthodoxe contribuait à la propagande pour la paix, pour le désarmement et l’instauration d’un nouvel ordre économique, au profit de l’Etat^®^. « Animés par vos vibrants appels à la paix et au

705 « La Position du patriarcat roumain à l’égard de l’Evêché Orthodoxe Catholique de France et de son dirigeant, l’Evêque Germain », dans Ronianian Orthodox Church News, XVIIe an., 1987, 5, p. 57.

706 « Le Ille congrès du Front de la Démocratie et de l’Unité Socialistes », dans Romanian Orthodox Church News, XVe an., 1985, 1, pp. 7-11.

707 Qn pourrait citer de très nombreux articles et volumes à ce sujet. On verra parmi tous les

« appels pour la paix », « hommages au président Ceausescu pour son activité intense pour la

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désarmement, exprimant notre adhésion plénière à la Déclaration-appel du Front de la Démocratie et de l’Unité Socialistes et à la Déclaration de la Grande Assemblée Nationale concernant l’Année Internationale de la Paix, aux idées incluses dans votre brillante allocution lors du grand événement jubilaire du peuple roumain, du 8 mai 1986, nous, les représentants des cultes, nous adhérons avec enthousiasme à ces programmes d’action et, aux côtés du peuple tout entier, nous intensifierons nos efforts au service du bien et de la paix

parfaite unité de pensée et d’esprit, nous exprimons notre adhésion totale à la Déclaration ferme et engageante de la Grande Assemblée Nationale de la R. S. de Roumanie concernant l’Année Internationale de la Paix

Le Front de la Démocratie et de l’Unité Socialistes réunit les différentes organisations communistes et panicipe au développement économique et social de l’Etat. Ceausescu en était le président.

paix mondiale et le désarmement », principalement : « Appel au désarmement et à la paix, adressé par le Front de la Démocratie et de l’Unité Socialistes de la République Socialiste de Roumanie aux partis et aux organisations démocratiques, aux gouvernements, à tous les peuples des pays d’Europe, des Etats Unis d’Amérique et du Canada », dans Romanian Orthodox Church News, XVe an., 1985, 2, pp. 3-9 ; « Paix sur la terre, séance solennelle des représentants des cultes de Roumanie consacrée aux initiatives pour la paix et le désarmement au cours de l’Année Internationale de la Paix - 1986 », Ibid., XVIe an., n°2, 1986, pp. 3-27.

Cfr. aussi lUSTIN, « La troisième assemblée des cultes de Roumanie pour le désarmement et la paix », Ibid., XVe an., 1985, 3-4, pp. 9-21.

708 « Télégramme à son Excellence Monsieur Nicolae Ceausescu...», dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 1, p. 4 ; Nestor VORNICESCU, « Editorial : Notre paix et notre vie - La paix et la vie du monde entier », Ibid., XVIe an., n°l, 1986, pp. 3-10.

^09 Nestor, VORNICESCU, « Nouveaux et vibrants appels à la paix de la Roumanie du Président Nicolae Ceausescu », dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 1, p. 26. On verra aussi le volume « La Ille assemblée des cultes de Roumanie pour le désarmement et pour la paix. Le 60e anniversaire du patriarcat roumain », dans Romanian Orthodox Church News, XVe an., 1985, 3-4, pp. 3-20.

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Ce sont en fait tous les thèmes chers aux gouvernements communistes que les cultes, dont l’Eglise orthodoxe, devaient propager dans le monde^*^. C’est aussi l’occasion de dénoncer les campagnes faites à l’étranger concernant le manque de liberté en Roumanie pour les nationalités cohabitantes et les minorités confessionnelles. « En réponse à la publication inopportune et injustifiées de certaines données fausses concernant l’histoire des Roumains en Transylvanie, ainsi que la propagande menée par des milieux hostiles de l’étranger au sujet du soi-disant manque de libertés nationales et religieuses en Roumanie (...), on rappela les preuves documentaires incontestables de l’histoire, qui affirment la permanence et la continuité du peuple roumain en Transylvanie, sa foi chrétienne, son hospitalité et sa tolérance manifestées à l’égard de tous ceux venus s’installer sur les territoires habités par lui, pour décrire ensuite les relations de bonne entente et de collaboration existant entre le peuple roumain et les nationalités cohabitantes

La participation de l’Eglise dans les institutions officielles de l’Etat permettait à la fois de museler l’Eglise impliquée dans les rouages de l’Etat, et de montrer la transparence et la pleine participation de l’Eglise aux organes de pouvoir dans un souci de transparence démocratique. Il n’est pas innocent que les revues destinées à l’Etranger comme Romanian Orthodox Church News ou Nouvelles de l’Eglise Orthodoxe Roumaine font un large écho à cette implication de l’Eglise au sein du F.D.U.S., et de la Grande Assemblée Nationale. « Nous tous, servants de l’Eglise Orthodoxe Roumaine, prenant une part active à la vie de tout le pays par le Front de la Démocratie et de l’Unité Socialistes, nous ne ménagerons aucun effort pour soutenir à l’avenir aussi, avec un zèle accru, toutes vos initiatives destinées à consolider notre unité de pensée et de sentiment roumains, à élever sur de nouveaux sommets de progrès matériel et spirituel notre

On veiTa aussi JUSTINIAN, « România ; stegar important si pretuit al nazuintelor de pace între popoare », dans Apostolat Social. Slujind lui Dumnezeu sJ oamenilor. Pilde si îndemnuri pentru cler, Ed. I.B.M.B.O.R., 1971, pp. 222-227.

« La 49e conférence théologique interconfessionnelle », dans Romanian Orthodox Church News, XVIIe an., 1987, 2, pp. 26.

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chère Patrie, la République Socialiste de Roumanie, à protéger son indépendance et sa souveraineté et à promouvoir les grands idéaux de paix, etc.

On notera le vocabulaire utilisé dans ce type de propagande à propos du culte de la personnalité pour le Président Ceau^scu qui atteint son paroxysme dans les années quatre- vingt. D est intéressant de souligner ce vocabulaire pour montrer à quel point l’autoritarisme de l’Etat transparaît dans cette littérature. « Les membres du Saint Synode de l’Eglise Orthodoxe Roumaine (...) en parfaite unité de pensée et d’action avec tout le clergé et tous les fidèles, expriment les sentiments de profonde estime et appréciation qu’ils nourrissent à Votre égard, notre estimé et bien-aimé Président Nicolae Ceausescu, brillant dirigeant de notre nation, fondateur de la Roumanie moderne, promoteur inlassable de la cause de la paix, de la bonne entente et de la collaboration entre les peuples (...), appuient avec fermeté et dévouement l’œuvre noble dont Vous êtes le magistral architecte (...). Exprimant leur adhésion plénière à la politique interne et externe de notre Etat (...) cher Monsieur le Président Nicolae Ceausescu, personnalité proéminente de la contemporanéité, les hiérarques, etc. On citera des expressions telles que, « Votre Excellence, Monsieur le Président Nicolae Ceau^scu, reconnu sur tous les méridiens du globe comme un penseur génial et un homme d’Etat exceptionnel « au gouvernail de notre pays » par « l’abnégation et le génie créateur mis au service du peuple

712 « Réélection de Monsieur Nicolae Ceausescu à la fonction suprême de Président de la République Socialiste de Roumanie, acte de volonté de toute la Nation », Roinanian Orthodox Church News, XVe an., 1985, 1, p. 6.

713 « La Session de travail du Saint Synode de l’Eglise orthodoxe roumaine pour l’année 1987 », dans Romanian Orthodox Church News, XVIIe an., 1987, 2, p. 34.

714 « A Son Excellence Monsieur Nicolae Ceausescu...», dans Romanian Orthodox Church News, XVIIe an., 1987, 5, p. 8. Cfr. aussi « Le Message du Saint Synode de l’Eglise orthodoxe Roumaine adressé à M. Nicolae Ceausescu... », Ibid., IVe an., n°2, 1974, pp. 3-5.

715 « Hommage au président de la Roumanie », dans Nouvelles de l’Eglise orthodoxe roumaine, XVIIIe an., 1988, 1, p. 8. Cfr. aussi REDACTIA, « Omagiu Presedintelui Republicii Socialiste România », dans Glasul Bisericii, XLVII, 1988, 1, pp. 9-15. Cfr. aussi :

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Cette « liturgie » communiste à laquelle l’Eglise orthodoxe, mais aussi tous les cultes de Roumanie, participa, témoigne de la violence du totalitarisme intellectuel imposé par le régime.

Ceci montre combien l’Eglise orthodoxe a dû se plier à l’idéologie communiste. Il faut se garder de considérer ces extraits comme les preuves de la collaboration de l’Eglise orthodoxe avec l’Etat. Au-delà de cette logomachie communiste sur la contribution de l’Eglise à l’édification du socialisme, il faut constater la vacuité de l’argumentation qui y est développée. On peut cependant affiiTner qu’à ce point de vue, l’Eglise orthodoxe a répercuté la propagande de l’Etat^^^ et lui a pemiis de montrer la convergence possible des idéaux chrétiens, orthodoxes et communistes.

On peut donc affirmer que l’Eglise devait être une institution au service de l’Etat, un instrument docile au service de la patrie. La cérémonie d’investiture du nouveau patriarche Teoctist en 1986 est à ce point de vue révélatrice. « Heureux de recevoir le Décret Présidentiel reconnaissant mon élection en tant que Patriarche de l’Eglise Orthodoxe Roumaine, je vous prie de bien vouloir assurer les autorités suprêmes de notre Etat, personnellement Monsieur le

ASSEMBLEE DES CULTES DE ROUMANIE POUR LE DESARMEMENT ET POUR LA PAIX,

« Appel de l’Assemblée des Cultes de la république socialiste de Roumanie à toutes les Eglises et organisations religieuses internationales », dans Romanian Orthodox Church News, XVe an., 1985, 3-4, pp. 5-8 ; ASSEMBLEE DES CULTES DE ROUMANIE POUR LE DESARMEMENT ET POUR LA Paix, « Télégramme à son Excellence Monsieur Nicolae Ceausescu... », Ibid., XVe an., 1985, 3-4, pp. 3-4.

On vema par ex. les deux livres suivants : Jacques DE Launay, Nicolae Ceausescu. Un combat pour le désarmement et la paix, Ed. Paul Legrain, Bmxelles, 1982 ; Jacques FRENNET, La philosophie de la paix vue par le Président Nicolae Ceausescu, Les Auteurs Réunis, 1985, s.l. On verra également Nicolae CEAUSESCU, The Solving of the National Question in Romania, Bucharest, 1980 ; Donald CATCHLOVE, Jîomanta’i Ceausescu, Ed. Abacus Press, London, 1972. On comparera notamment avec : Gheorghe VASILESCU, « Aspecte ale contribuüei poporului român la dezvoltarea istorica universalà », dans Glasul Bisericii, XLVI, 1988, 5, pp. 5-22 ; REDACTIA « Independenta, suveranitatea si integritatea teritoriala — Coordonate permanente ale politicii externe românesti », dans Glasul Bisericii, XLVI, 1987,1, pp. 5-13.

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Président Nicolae Ceausescu, qu’aux côtés de tous les fils de notre Eglise et du peuple roumain tout entier, nous intensifierons de plus en plus nos efforts, appuyant la grandiose œuvre d’épanouissement de notre patrie bien-aimée, la République Socialiste de Roumanie, et les initiatives mobilisatrices en faveur de la protection de la paix et de la vie (...)- La confirmation dans cette fonction, a montré Monsieur Nicolae Ceausescu, suivant une coutume ancienne de notre pays, vient souligner que l’Eglise Orthodoxe Roumaine, par toute son activité, doit servir le peuple, l’œuvre d’édification du nouvel ordre social de la société socialiste multilatéralement développée, d’élévation du niveau de vie matérielle et spirituelle de la nation, de consolidation permanente du prestige de la Roumanie dans le monde .

C’est dans ces conditions que la littérature orthodoxe souligne l’harmonieuse collaboration de l’Eglise orthodoxe avec l’Etat, « au bénéfice de l’héroïque et généreux peuple roumain, en vue de la conservation et de la promotion de l’héritage et des traditions nationales

L’Eglise et l’Etat s’inscrivent ainsi dans la tradition roumaine (suivant une coutume ancienne du pays). L’Eglise légitime son patriotisme, c’est-à-dire sa soumission à toutes les injonctions de l’Etat, par un discours qui souligne ses sources byzantines ; « O, combien acmels sont les mots d’exhortation et de réconfort de St. Jean Chrysostome : “ Le temps présent nous est cher : éveillons-nous, mettons de l’ordre en nous-mêmes, soyons pleins d’un zèle authentique envers tous ! ”. “Le temps présent ’’ est celui que nous vivons et qui demande de donner une réponse immédiate Et le métropolite d’Olténie, Nestor Vomicescu affirme, justifiant le patriotisme et la lutte pour la paix ; « Le 23 novembre 1986, nous avons tous exprimé notre adhésion totale à une importante initiative de paix par notre participation unanime.

Alexandre TUDOR, « Le nouveau patriarche de l’Eglise orthodoxe roumaine, sa béatitude Teoctist Arapasu », dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 4, pp. 14-15.

718 jbid., p. 43.

719 NESTOR, « Gloire à dieu...et Paix sur la terre », dans Romanian Orthodox Church News, XVIe an., 1986, 4, pp. 55-59.

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disant un OUI énergique au Référendum pour la réduction de 5 % de l’armement, des dépenses militaires de notre pays

720 iijid,, p. 58.

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CONCLUSION

Antivaticanisme et anti-occidentalisme : preuve d^une opposition séculaire entre Occident latin et Orient orthodoxe ?

La conception nationale de l’orthodoxie roumaine est fondamentale pour comprendre sa conception de l’universalisme. La sobomicité est conçue selon le principe de la synodalité entre les Eglises sœurs. C’est ce qui la différencie fondamentalement de l’Eglise catholique. C’est la raison pour laquelle sous le communisme, mais aussi depuis 1989, un véritable dialogue oecuménique est entravé par des conceptions ecclésiales opposées, puisque les orthodoxes ne peuvent concevoir une domination de Rome sur le plan administratif en raison de l’autocéphalie des Eglises orthodoxes. Il n’est pas étonnant que ces thèmes apparaissent sous le communisme et prennent aujourd’hui tout leur sens dans le contexte du post-communisme.

Il est clair que sur le plan idéologique les Eglises orthodoxes se différencient du monde catholique. Cependant, au sein même du monde orthodoxe, invoquer un front orthodoxe en dehors du contexte communiste nous paraît abusif. Pour les années cinquante, on constate effectivement qu’il y avait l’intention, du moins dans l’idéologie, de créer un front

« panslave », avec toutes les réserves pour ce terme, surtout dans le cas de la Roumanie. En effet, le terme « panslave » pour l’Eglise roumaine « latine » doit être pris avec les précautions

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d’usage. La solidarité orthodoxe influence encore la situation actuelle largement influencée par l’ère communiste, même s’il existe de nombreuses tensions au sein même de l’orthodoxie. Le rôle de la Russie actuellement et les tendances « impériales » de certaines franges de l’Eglise orthodoxe russe n’est pas sans susciter la crainte des auU'es Eglises sœurs.

La question de l’idéologie orthodoxe à propos de l’antivaticanisme et en tous les cas à propos de la conception ecclésiale occidentale pose également le problème de la continuité idéologique entre la période de l’entre-deux-guerres, le régime communiste et la période actuelle. En effet, si les régimes communistes ont largement exploité ces aspects dans la logique de la confrontation Est-Ouest, il apparaît aussi que l’Eglise orthodoxe s’est inscrite dans la continuité de son idéologie. L’Eglise orthodoxe ne devait avoir aucune difficulté à s’adapter à l’idéologie politique communiste, du moins pour cet aspect précis. Il y avait là le ferment d’un anti-occidentalisme orthodoxe que les communistes ont pu exploiter.

Le problème de la nation est fondamental dans toute l’argumentation orthodoxe. Cet aspect de l’idéologie de l’Eglise permet de mettre en lumière une problématique intéressante, où l’antivaticanisme et l’anti-occidentalisme s’inscrivent dans une continuité historique. La doctrine communiste bolchévique ne fut pas imposée stricto sensu, même si la source d’inspiration, en tant que détonateur, fut moscovite. On constate que cet aspect tire ses origines dans l’histoire de l’orthodoxie. La propagande anti-occidentale actuelle peut démontrer également cette continuité.

Il n’est pas étonnant dans ce contexte que les auteurs légitiment la tradition sociale de l’Eglise en montrant le rôle déterminant de la civilisation byzantine dans l’acquisition des droits de l’homme. « On peut voir l’influence qu’a exercée l’EgHse dans la législation byzantine, dans le domaine de la défense des libertés individuelles. L’enfant, la femme, l’esclave et toutes les catégories d’hommes, qui dans le droit antique n’avaient pas de personnalité juridique ou qui se trouvaient dans une situation inférieure et étaient opprimés pai' les classes privilégiées, furent pris sous la tutelle de l’Eglise (...). Sous l’influence de l’Eglise, les empereurs byzantins ont introduit le principe de l’amour et ainsi la morale sociale a reçu un souffle nouveau pour la

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protection et la libération de l’homme « Toutes ces constatations nous amènent à la conviction que l’Eglise orthodoxe n’a jamais été étrangère aux réalités de la vie, mais bien au contraire elle a initié et promu les idées les plus hautes et les plus saines pour l’élévation de la valeur humaine et la défense des libertés individuelles

L’orthodoxie est ainsi présentée comme la meilleure synthèse entre l’universalité chrétienne et les particularités nationales, par la dialectique entre l’autocéphalie nationale et la

« sobomicité », les principes de nationalité et d’« œcuménicité », à l’inverse du monde catholique dominé par une volonté dogmatique « centraliste » et du monde protestant prônant un « individualisme trop prononcé »^23

Gh SOARE, « Aspecte din legislatia bizantina în legaturâ eu ocrotirea omului », dans Studii Teologice, ser. Il-lea, X, 1958, 1-2, pp. 66-67.

722

^ p.

67

.

723 Nicolae BÂLAN, « Biserica si natiunea », dans Ortodoxia româneascd, Ed.I.B.M.B.O.R., Bucuresti, 1992, pp. 35-39.

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CONCLUSION

L’« ETHIQUE » ORTHODOXE UN FREIN AU PLURALISME

DEMOCRATIQUE ?

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I. D’AUTRES PISTES DE RECHERCHE :

« catégories » orthodoxes et « théophanie »

Nous avons montré les lignes de force de l’argumentation de l’Eglise Orthodoxe Roumaine relatives à la légitimation de son rôle dans l’Etat communiste roumain, son adaptation à la société communiste, sa soumission à la démocratie populaire et sa collaboration avec l’Etat socialiste roumain. Il est clair que l’on ne pouvait pas aborder tous les aspects de l’orthodoxie roumaine contemporaine qui ont pu influencer son comportement dans la société. C’est pourquoi nous citerons ici quelques aspects qui peuvent compléter l’image que nous avons tenté d’établir de l’orthodoxie roumaine, et qui mériteraient assurément de plus amples investigations.

En effet, en dehors de l’argumentation politique de l’Eglise, d’autres éléments pourraient certainement éclairer de manière plus précise les particularités fondamentales de l’orthodoxie, surtout en matière de spiritualité et de théologie. Nous pensons qu’il y a là certainement matière à réflexion, tant la problématique de ce tiavail pose les questions les plus diverses.

Une recherche sur des auteurs orthodoxes des XIXe et XXe siècles, surtout des auteurs orthodoxes russes comme Nicolas Berdiaev, Constantin Leontiev et Serge Boulgakov, s’imposerait pour mieux comprendre la conception orthodoxe de l’Etat, voire de la société en

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général. Si ces auteurs ne sont jamais cités dans la littérature orthodoxe roumaine sous le communisme, il faut noter que, depuis 1989, ils ont fait leur réapparition en Roumanie par de nouvelles traductions en roumain, à l’instar des auteurs roumains de l’entre-deux-guerres, comme les théologiens du mouvement Gândirea7^^. Un auteur tel que N. Berdiaev serait particulièrement intéressant à étudier sur ce plan, en tant que représentant important de la pensée orthodoxe contemporaine. Comme l’affirme cet auteur, « le pouvoir de l’Etat a une origine religieuse (...). L’ontologie du pouvoir provient de Dieu. Le génie de l’apôtre Paul l’a annoncé au monde chrétien : tout pouvoir vient de Dieu, et ce n’est pas en vain que l’autorité porte le glaive »725 Qn étudierait également avec profit sa conception de la nation, dans la mesure où nous nous trouvons devant un auteur orthodoxe « non-communiste »226_ Comme se le demande S. Boulgakov, « y aurait-il un rapport dogmatique et prédéterminé entre l’Orthodoxie et le pouvoir monarchique (“ autocratique ”), analogue à celui qui existe entre le catholicisme et le papisme, ou n’y aurait-il qu’un lien causé par l’histoire et que celle-ci aurait elle-même aboli ? Une telle étude aurait le mérite de poser le problème en dehors de toute influence

On verra notamment parmi ces rééditions depuis 1989 : Vladimir SOLOVIOV, Nikolai Berdiaev et Gheorghi FEDOTOV, Crestinism si antisemitism, Ed. Humanitas, Bucuresii,

1992.

725 Nicolas BERDIAEV, De l’inégalité, coll. « Slavica », Ed. L’ Age d’Homme, Lausanne, 1976, p. 57. On verra aussi Jean-François DUVAL, Flamboyante liberté. Essai sur la philosophie de Nicolas Berdiaev visionnaire et prophète de notre temps, Ed. Présence, 1992.

On verra aussi pour les auteurs russes les articles dans : Kathy ROUSSELET, L’Eg/ise orthodoxe russe et la politique. Problèmes Politiques et Sociaux, op. cit. Cfr. aussi Nicolas BERDIAEFF, Constantin Leontiejf. Un penseur religieux russe du dix-neuvième siècle, trad.

d’Hélène Iswolsky, Ed. Desclée de Brouwer et Cie, coll. « Les îles », Paris, s.d. et ID., Les sources et le sens du communisme russe, NRF., Ed. Gallimard, 1951. cfr. aussi V. LOSSKY, Théologie mystique de l’Eglise d’Orient, Paris, 1960. On verra aussi l’interprétation de A. BESANÇON, Le Tsarévitch immolé, La symbolique de la loi dans la culture russe, rééd. de 1967, Payot, Bibliothèque historique, Paris, 1991.

726 Nicolas BERDIAEV, op. cit., pp. 73-97, de la nation.

727 Serge BOULGAKOV, L’orthodoxie, coll. « Slavica », Ed. L’Age d’Homme, Lausanne, 1980, p. 179.

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communiste et permettrait de cerner plus distinctement ce qui relève intrinsèquement de la conception orthodoxe.

La littérature roumaine en général pourrait aussi nous éclairer sur les conceptions de la religion et de l’Etat dans les mentalités. En dehors de toutes considérations relatives à l’idéologie de l’Eglise orthodoxe par rapport à l’Etat, l’ensemble des éléments constitutifs des mentalités culturelles et religieuses peuvent jouer un rôle important dans ce que l’on appellerait en sociologie les schémas mentaux. Les catégories rationnelles occidentales qui sont nées de l’évolution de la pensée en Occident depuis la Renaissance, la Réforme et le Siècle des Lumières ne peuvent visiblement pas être transposées dans le monde orthodoxe. Les caractéristiques doctrinales et théologiques que nous avons relevées dans ce travail en témoignent.

Une étude générale de la littérature roumaine sur le plan des catégories de pensée serait nécessaire afin de cerner la façon dont les problèmes de société sont envisagés^^^. Le mouvement Gândirea est à ce point de vue exemplatif et extrêmement intéressant^^9 Mais il faudrait s’intéresser également à des auteurs tels que Lucian Blaga^^O^ Mircea Vulcanescu^^^

728 Pour la littérature roumaine, particulièrement riche d’ailleurs, on verra essentiellement en plus de la monumentale œuvre de G. CÂLEMESCU, Istoria literaturii romane...op. cit. : la toute nouvelle édition de Al. PIRU, Istoria literaturii române, Ed. Grai si suflet, cultura nationala, Bucuresti, 1994 ; Serban ClOCULESCU, Vladimir Streinu, Tudor VlANU, Istoria literaturii române moderne, Ed. Eminescu, Bucuresti, 1985 ; I. NEGOITCSCU, Istoria literaturii române, vol. 1 (1800-1945), Ed. Minerva, Bucuresti, 1991. On verra aussi en français le fascicule de Tudor VlANU, Permanences de la littérature roumaine, UNESCO, Bucarest, 1960.

On reverra toutes les références relatives à Gândirea dans le chapitre concernant l’ethnicité de l’Eglise orthodoxe.

730 On verra par exemple Lucian BlagA, Spiritualitdti crestine, coll. « Lucratorul crestin », fratia ortodoxa, Wiesbaden, 1959, ainsi que toute la querelle entre L. Blaga et N. Crainic sur le roumanisme.

731 Mircea VULCANESCV, Dimensiunea româneascd a existentei, Ed. Fundatiei culturale române, Bucuresti, 1991 (rééd.).

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Nicolae lorga^^^ et Nae lonescu, auteur de la fameuse affirmation reprise par les légionnaires :

« Nous sommes orthodoxes, parce que nous sommes roumains, et nous sommes roumains, parce que nous sommes orthodoxes Pareille étude serait d’autant plus importante que ces auteurs sont abondamment réédités actuellement et utilisés comme source de référence dans le contexte de l’après 1989 et de la renaissance de l’idéologie légionnaire.

Des notions telles que l’ethnicité liée à la religion témoignent, pour le moins, de catégories fondamentalement différentes de l’Occident. C’est le cas de la « mystique » légionnaire, mais aussi du roumanisme et du nationalisme roumain. Une des particularités de la pensée orthodoxe est sans aucun doute la distinction entre monde visible et invisible, entre extériorité et intériorité.

Eglise « visible » et « invisible », {Biserica vàzuta et nevâzuta), cette dernière étant de l’ordre du mystère et indicible. La seule « Eglise » dont on puisse parler, affirmait L. Stan, ne serait que l’Eglise « visible » {din afara), « extérieure », par rapport à une dimension « intérieure » (dinduntru), ou {iduntric)'^^^. Ainsi la séparation fondamentale ne se situerait pas entre le sacré et le profane, le spirituel et le temporel, ces deux domaines étant fondamentalement liés, mais

La littérature de cet auteur est bien entendu de la plus grande importance pour la conception de l’entre-deux-guerres, notamment son histoire de l’Eglise orthodoxe : Nicolae lORGA, Istoria Bisericii românesti s/ a vietii religioase a Românilor, Ed. Neamul Românesc, le éd. 2 vol., Valenii-de-Munte, 1908-1909, 2e éd., 2 vol., 1928-1930 ; ID., Concepüa roniâneascd a orîodoxiei, conferintd tinutd în ziua de 13 ianuarie 1940 la societatea « Femeilor ortodoxe ». Cu o prefatd si note de Ion Popinceanu, Munich, 1958.

^33 Cej auteur est certainement un des plus importants à ce sujet et constitue une des personnalités parmi les plus importantes entre-deux-guerres, notamment pour son influence sur la philosophie légionnaire. Nae lONESCU, Indreptar ortodox, coll. « Lucrâtorul crestin », fratia ortodoxa, Wiesbaden, 1957. Cfr. aussi ID., Prelegeri de filosofia religiei, Biblioteca Apostrof, Cluj, 1993 ; ID., Roza vînturilor, Ed. Roza vînturilor, Bucuresti, 1990.

734 Alexandre DUTU, « Sacré et profane dans le sud-est européen, réflexions préliminaires », dans Etudes Roumaines et Aroumaines, Paris, Bucarest, 1990, pp. 52-53 ; ID., « Pour une histoire de la dévotion sud-est européenne. Contributions récentes », dans Revue des Etudes sud-est européennes, t. XXIX, 1991, n°3-4, pp. 241-245 ; iD., « Sacru si profan în Sud-Estul european -secolele XVII-XVIII », dans Anuarul Institutului de Istorie, Cluj, XXXI, 1992, pp. 37-44.

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